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7 novembre 2021 7 07 /11 /novembre /2021 15:17

Gérard Borvon

(première mise en ligne,15/08/2018)

 

"C'est un fait connu, & sans doute depuis longtemps, qu'une chambre, qu'un carrosse, une couche, sont plus fortement chauffés par le soleil, lorsque ses rayons passent au travers de verre ou de châssis fermés, que quand ces mêmes rayons entrent dans les mêmes lieux ouverts & dénués de vitrage. On sait même que la chaleur est plus grande dans les chambres ou les fenêtres ont un double châssis."

 

C'est ainsi que Horace Bénédict de Saussure débutait une lettre, datée du 17 avril 1784, adressée, depuis Genève, au "Journal de Paris". Géologue et naturaliste né à Conches près de Genève, en 1740, Saussure est surtout connu pour ses excursions dans les Alpes et en particulier pour avoir été l'un des premiers à atteindre le sommet du Mont Blanc où il avait pu constater que la température d'ébullition de l'eau n'était plus que de 86° de notre échelle Celsius.

 

La chaleur est également l'un de ses premiers centres d'intérêt. C'est pourquoi ce phénomène d'élévation de la température derrière une vitre ne pouvait pas manquer d'attirer son attention.

 

"Lorsque je réfléchis pour la première fois à ces faits si connus, je fus bien étonné qu'aucun Physicien n'eût cherché à voir jusqu'où pouvait aller cette augmentation ou cette concentration de la chaleur", écrit-il.

 

Horace Bénédict de Saussure, l'héliothermomètre et l'effet de serre.

 

Il se propose donc de rendre compte d'une série de mesures qu'il à commencées dès 1767. Son dispositif expérimental, auquel il donne le nom d'Héliothermomète, est une "caisse en sapin d'un pied de longueur sur 9 pouces de largeur et de profondeur". Des études antérieures lui ont montré qu'un corps sombre absorbe mieux la chaleur, il choisit donc de tapisser l'intérieur de la boite "d'un liège noir épais d'un pouce" qui constitue par ailleurs un bon isolant thermique. Son couvercle est constitué de trois glaces "placées à un pouce et demi de distance l'une de l'autre". l'expérience demande de suivre la course de soleil de telle sorte que ses rayons entrent toujours dans la boite perpendiculairement à la vitre. Utilisant cette méthode, la plus grande température qui est atteinte est de 87,7°, "c'est à dire de plus de 8 degré au dessus de la chaleur de l'eau bouillante". L'échelle utilisée est ici celle de Réaumur qui fixe à 80 degré la température d'ébullition de l'eau. Prenant des mesures pour mieux isoler la boite, il obtiendra même des températures atteignant 128°R soit 160°C.

 

Voilà pour l'observation.

"Quant à la théorie, écrit-il, elle me paraît si simple, que je ne crois pas qu'elle ajoute beaucoup à la gloire de celui qui la développera". Il se souvient que "l'immortel Newton" a prouvé que les corps sont réchauffés par la lumière qu'ils absorbent. L'explication lui paraît donc évidente :

 

 

"Sans décider si les rayons du soleil sont eux-mêmes du feu, ou s'ils ne font qu'imprimer au feu contenu dans les corps un degré de mouvement qui produit la chaleur, c'est un fait qu'ils les réchauffent. C'est un fait tout aussi certain, que quand le corps sur lesquels ils agissent est exposé en plein air, la chaleur dont ils le pénètre lui est en partie dérobée par les courants qui règnent dans l'air, & par ceux que cette chaleur produit elle même, Mais si ce corps est situé de manière à recevoir ses rayons sans être accessible à l'air, il conserve une plus grande proportion de la chaleur qui lui est imprimée".

 

La météorologie mesure aujourd'hui l'importance des phénomènes de convection pour les échanges de chaleur dans les fluides, en particulier dans l'atmosphère ou dans les océans. Saussure les avait déjà bien analysés en constatant que dans une boite vitrée, fermée et isolée, l'air conservait sa chaleur car il ne pouvait y avoir d'échange avec l'air extérieur plus froid. Bien imaginées aussi les applications possibles de son montage expérimental.

 

"Quant aux applications, je m'en suis aussi occupé", écrit-il, Comme je ne me flattais pas de fondre des métaux, je ne pensais qu'à faire servir cette invention à des usages qui ne demandent qu'une chaleur peu supérieure à celle de l'eau bouillante. Je voulais aussi éviter l'assujettissement et la perte du temps qu'entraîne la nécessité de présenter toujours la caisse au soleil à mesure que sa position change. Dans cette intention j'ai essayé d'employer des calottes de verre hémisphériques qui s'emboîtent les unes dans les autres".

 

L'idée se justifiait, la démarche témoignait d'un réel comportement scientifique. Hélas, le résultat escompté ne fut pas au rendez-vous et l'expérimentateur constate "qu'on ne pourrait pas même se flatter de faire cuire sa soupe dans cet appareil". Il préfère donc s'en tenir à sa caisse initiale qui en plus de pouvoir servir de "thermomètre solaire" serait apte, dit-il, à pratiquer des distillations ou toute autre opération qui ne demanderait pas "un degré de chaleur fort supérieur à celui de l'eau bouillante". Pourrait-il imaginer que deux siècles et demi plus tard de telles boites, d'une plus grande surface, au fond noirci traversé par des serpentins parcourus par un liquide caloporteur, seraient disposées sur les toits des maisons pour fournir à ses occupants l'eau chaude nécessaire à leur usage domestique. Son dispositif, qui avait mis en évidence ce que nous désignons aujourd'hui comme "effet de serre", est en effet devenu, par l'usage des panneaux solaires thermiques, une utilisation économe, intelligente et non-polluante du rayonnement solaire.

 

Jean Baptiste Joseph Fourier. De l'héliothermomètre à la température du globe terrestre.

 

Fourier (1768-1830) est d'abord connu comme mathématicien pour ses "séries", outil mathématique qu'il a d'abord appliqué à l'étude de la diffusion de la chaleur. En 1827 est publié dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de l'Institut de France son "MÉMOIRE sur les températures du globe terrestre et des espaces planétaires". S'interrogeant sur l'influence de l'atmosphère sur la température du globe il fait une référence appuyée aux travaux de Saussure. On doit, dit-il au célèbre voyageur, une expérience qui apparaît très propre à éclairer la question". Il décrit avec précision l'instrument mis au point par Saussure. Celui-ci l'intéresse particulièrement par le fait qu'il a permis à son constructeur de "comparer l'effet solaire sur une montagne très élevée à celui qui avait lieu dans une plaine inférieure", montrant ainsi le rôle de l'épaisseur de l'atmosphère dans le phénomène.

 

"La théorie de cet instrument est facile à concevoir", dit-il. Comme Saussure il considère "que la chaleur acquise se concentre parce qu'elle n'est point dissipée immédiatement par le renouvellement de l'air". Il y ajoute une seconde raison qui nous rapproche d'une vision contemporaine largement vulgarisée :

 

"la chaleur émanée du soleil a des propriétés différentes de la chaleur obscure. Les rayons de cet astre se transmettent en assez grande partie au-delà des verres dans toutes les capacités et jusqu'au fond de la boite. Ils échauffent l'air et les parois qui le contiennent : alors la chaleur ainsi communiquée cesse d'être lumineuse; elle ne conserve que les propriétés commune de la chaleur rayonnante obscure. Dans cet état, elle ne peut traverser librement les plans de verre qui couvrent le vase ; elle s'accumule de plus en plus dans une capacité enveloppée d'une matière très-peu conductrice, et la température s'élève jusqu'à ce que la chaleur affluente soit exactement compensée par celle qui se dissipe".

 

Une dizaine d'année sépare ce texte de la présentation par Fresnel de sa théorie ondulatoire de la lumière. Cette "chaleur rayonnante obscure" attendra encore quelques années avant d'être qualifiée de "rayonnement infrarouge".

 

L'analogie avec l'atmosphère s'impose alors à Fourier. Le même phénomène expliquerait la température plus élevée dans les basses couches de l'atmosphère. Si les différentes couches de l'atmosphère restaient immobiles, elles se comporteraient comme des vitres. "la chaleur arrivant à l'état de lumière jusqu'à la terre solide perdrait tout-à-coup et presque entièrement la faculté qu'elle avait de traverser les solides diaphanes ; elle s'accumulerait dans les couches inférieurs de l'atmosphère, qui acquerraient ainsi des températures élevées". Fourier n'ignore pourtant pas que l'air chaud s'élève et se mélange à l'air froid des altitudes mais il estime que ce phénomène ne doit pas altérer totalement l'effet de la lumière obscure "parce que la chaleur trouve moins d'obstacles pour pénétrer l'air, étant à l'état de lumière, qu'elle n'en trouve pour repasser dans l'air lorsqu'elle est convertie en chaleur obscure".

 

Depuis Lavoisier on sait que l'air est un mélange de gaz, que signifie alors la perméabilité de l'air au rayonnement solaire ou à la "chaleur rayonnante obscure" ? Les différents gaz qui le composent ont-ils tous le même comportement ? C'est la question que se pose John Tyndall.

 

John Tyndall (1820-1893), le découvreur des gaz à "effet de serre".

 

John Tyndal est né en Irlande et y a vécu sa jeunesse. Autodidacte, comme Faraday dont il a été l'élève, ses travaux scientifiques lui valent une solide renommée, tant en Europe que dans les Etats d'Amérique. Excellent vulgarisateur, il donne, en 1864 à Cambridge, une conférence, sous le titre "La radiation", dans laquelle il expose ses travaux sur l'absorption des rayons lumineux par différents gaz. Sa traduction par l'Abbé Moigno est publiée en France dès l'année suivante. Son traducteur est enthousiaste : "Le motif de sa dissertation lui était imposé par par l'immense retentissement des ses admirables découvertes dans le domaine des radiations lumineuses et caloriques. Il l'a traité avec une lucidité, une sobriété, une élégance, une aisance magistrales ; et nous ne nous souvenons pas d'avoir lu avec plus de plaisir d'autres dissertations scientifiques".

 

Le texte est court (64 pages) et l'éloge justifié. Il mérite d'être lu dans sa totalité. Qui le lirait y trouverait l'essentiel de ce que nous enseignent les climatologues aujourd'hui. Son exposé s'attache d'abord à établir l'existence de lumières invisibles à l'oeil. Il est acquis, depuis Fresnel, que la lumière solaire est composée de multiples radiations. En particulier il s'intéresse à celle qu'il désigne sous le terme "d'ultra-rouge" et que nous désignons aujourd'hui comme "infra-rouge". Il expose comment son existence a été révélée par l'astronome britannique Wiliam Herschel. L'expérience est belle, elle mérite d'être rappelée.

 

"Forçant un rayon solaire à passer à travers un prisme, il le résolu dans ses éléments constituants, et le transforma en ce qu'on appelle techniquement le spectre solaire (souligné par lui). Introduisant alors un thermomètre au sein des couleurs successives, il détermina leur pouvoir calorifique, et trouva qu'il augmentait du violet, ou du rayon le plus réfracté, au rouge ou rayon le moins réfracté du spectre. Mais il ne s'arrêta pas là. Plongeant le thermomètre dans l'espace obscur au delà du rouge, il vit que, quoique la lumière eût entièrement disparu, la chaleur rayonnante qui tombait sur l'instrument était plus intense que celle que l'on avait mise en évidence à tous les points du spectre visible."

 

Mentionnant les travaux de Ritter et Stokes sur les "ultraviolets" Tyndall pouvait alors présenter le rayonnement solaire comme composé de "trois séries différentes".

  1. des rayons ultra-rouges d'une très grande puissance calorique, mais impuissants à exciter la vision.

  2. Des rayons lumineux qui déploient la succession suivante de couleurs : rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet

  3. des rayons ultra-violets, impropres à la vision comme les rayons rouges, dont le pouvoir calorifique est très-faible, mais qui en raison de leur énergie chimique, jouent un rôle très important dans le monde organique.

 

Suit un exposé sur la nature des radiations. Quel est le lien entre la chaleur dégagée dans un fil de platine chauffé au rouge ou au blanc par un courant électrique le traversant et la perception de cette lumière par l'oeil ? Son compatriote Maxwell a émis récemment l'hypothèse selon laquelle la lumière serait une onde électromagnétique se déplaçant dans un hypothétique éther. Sa réponse est conforme au modèle. Il existe dit-il un "éther lumineux" qui comme l'air transmet les sons, est "apte à transmettre les vibrations de la lumière et de la chaleur". Ainsi "chacun des chocs de chacun des atomes de notre fil excite en cet éther une onde qui se propage dans son sein avec la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde". C'est cette onde, reçue par la rétine, qui provoque chez nous la sensation de lumière.

 

Le chapitre qui suit a pour titre "Absorption de la chaleur rayonnante par les gaz". Son objet concerne particulièrement notre sujet, à savoir ce que nous désignons par "effet de serre".

 

"Limitant tout d'abord nos recherches au phénomène de l'absorption, nous avons à nous figurer une succession d'ondes issues d'une source de rayonnement et passant à travers un gaz. Quelques-unes de ces ondes viennent se heurter contre des molécules gazeuses et leur cèdent leur mouvement ; d'autres glissent autour des molécules, ou passent à travers leurs espaces intermoléculaires, sans obstacle sensible. Le problème consiste à déterminer si de semblables molécules libres ont à un degré quelconque le pouvoir d'arrêter les ondes de la chaleur, et si les différentes molécules possèdent ce pouvoir à différents degrés".

 

Le montage expérimental consiste en un plaque de cuivre chauffée jusqu'à incandescence. La lumière produite est transmise à un tube fermé par deux plaques de sel gemme "seule substance solide qui offre un obstacle presque insensible au passage des ondes calorifiques". Le tube peut être rempli de gaz divers sous la même pression de 1/30 d'atmosphère. La température y est mesurée par une "pile thermo-électrique", instrument d'une invention récente.

 

Les résultats sont publiés dans un tableau qui exprime les quantités de radiations absorbées respectivement par les différents gaz, "en prenant pour unité la quantité absorbée par l'air atmosphérique".

 

 

On y retrouve la plupart des gaz dont la nuisance nous préoccupe aujourd'hui. En particulier le dioxyde de carbone (acide carbonique), le méthane, le protoxyde d'azote, l'acide nitreux.

 

Une dernière partie vient compléter ce tableau. Elle concerne l'étude "des vapeurs aqueuse de l'atmosphère dans leurs rapports avec les températures terrestres". L'importance des résultats mérite une mise en scène. Après les premières mesures effectuées sur différents gaz, "nous voici préparés à accepter un résultat qui sans ces préliminaires serait apparu complètement incroyable", annonce le conférencier.

 

Le nouveau gaz étudié n'est autre que la vapeur d'eau. C'est "un gaz parfaitement impalpable, diffusé dans toute l'atmosphère même les jours les plus clairs". La quantité de cette vapeur est infinitésimale comparée à la composition de l'air en oxygène et azote. Pourtant les mesures effectués montrent que son effet est 200 fois supérieur à celui de l'air qui la contient. Ce fait, note-t-il, "entraîne les conséquence les plus graves relativement à la vie sur notre planète".

 

Conséquences les plus graves ? C'est exactement ce que seraient tentés de dire la plupart de nos contemporains mais John Tyndall y voit en réalité une chance. La chaleur du sol échauffé par les rayons du soleil se communiquent à l'atmosphère sous formes de ces ondes de lumière "ultra-rouges" de grande puissance calorique. L'air seul serait insuffisant pour les retenir. Heureusement, constate Tyndall "les vapeur aqueuses enlèvent leur mouvement aux ondes éthérées, s'échauffent et entourent ainsi la terre comme d'un manteau qui la protège contre le froid mortel qu'elle aurait sans cela à supporter". Plus tard, dans sa conclusion, le constat prend des proportions lyriques. "La toile d'araignée tendue sur une fleur suffit à la défendre de la gelée des nuits ; de même la vapeur aqueuse de notre air, tout atténuée qu'elle soit, arrête le flux de la chaleur rayonnée par la terre, et protège la surface de notre planète contre le refroidissement qu'elle subirait infailliblement, si aucune substance n'était interposée entre elle et le vide des espaces célestes". Il en veut pour preuve que partout où l'air est sec (déserts, sommets des hautes montagnes) cela entraîne des températures diurnes extrêmes. Inversement "pendant la nuit, la terre rayonne sans aucun obstacle la chaleur vers ses espaces célestes et il en résulte un minimum de température très-basse".

 

La découverte est d'importance et il la revendique. S'il reconnaît à ses prédécesseurs, de Saussure, Fourier, Pouillet, Hopkins, d'avoir "enrichi la littérature scientifique" sur ce sujet, il fait le constat que ce n'est pas, à présent, à l'air, comme ils l'ont fait, qu'il faut s'intéresser mais à la vapeur d'eau qu'il contient.

Notons ici que, s'il cite Saussure, l'effet qu'il décrit n'a plus rien à voir avec celui d'une serre dans laquelle l'air chauffé par le soleil serait confiné. C'est donc de façon erronée que l'expression "effet de serre" continue à alimenter nos débats contemporains. D'où vient l'expression ? on la trouve utilisée par Arrhenius, dont nous verrons bientôt la contribution. "Fourier, écrit-il, le grand physicien français, admettait déjà (vers 1800) que notre atmosphère exerce un puissant effet protecteur contre la perte de chaleur par rayonnement. Ses idées furent plus tard développées par Pouillet et Tyndall. Leur théorie porte le nom de la théorie de la serre chaude (souligné par nous), parce que ces physiciens admirent que notre atmosphère jour le même rôle que le vitrage d'une serre".  Si le terme retenu par la milieu scientifique est "forçage radiatif", l'image torride d'une serre est tellement plus parlante que son succès est assuré pour longtemps encore.

 

Ainsi donc la terre est protégée par la vapeur d'eau ? Nous sommes dans la première période du développement industriel de l'Europe, comment Tyndall pourrait-il imaginer que cet équilibre qui dure depuis des milliers d'années sera rompu dans le siècle à venir. Non pas essentiellement par la vapeur d'eau mais par le CO2. Que dit-il de ce gaz ? Il a déjà mesuré que son pouvoir d'absorption des rayons lumineux est près de 1000 fois supérieur à celui de l'air. Il constate également qu'il existe un nombre de rayons "pour lesquels l'acide carbonique est impénétrable". Il en fait même un moyen de mesure du taux de CO2 dans l'air expiré par les poumons. Mais il ne percevra pas son rôle prépondérant dans le réchauffement de l'atmosphère. Ce sera la contribution de Svante Arrhenius.

 

Svante Arrhenius.

 

Svante Arrhenius est né à Vik en Suède en 1859. Chimiste, Prix Nobel, les apprentis chimistes le connaissent par la loi concernant les vitesses des réactions chimiques à laquelle on a donné son nom. Les météorologues se souviennent d'abord de ses études sur l'absorption de la lumière infrarouge par la vapeur d'eau et le CO2. Son article "De l'influence de l'acide carbonique dans l'air sur la température au sol", publié en 1896, a été longtemps une référence. Même si ses calculs ont ensuite été contestés, son analyse a amené certains commentateurs à faire de Arrhenius "le père du changement climatique".

 

Utilisant des mesures faites par Frank Washington Very et Samuel Pierpont Langley sur le rayonnement lunaire, il déduit le pourcentage d'absorption du CO2 par notre atmosphère. Il prend alors conscience du fait que l'augmentation rapide de la consommation de charbon peut contribuer à augmenter cette quantité. "L'acide carbonique, écrit-il, forme une fraction si peu importante de l'atmosphère que même la consommation industrielle de charbon semble pouvoir y influer. La consommation annuelle de houille a atteint en 1907 1200 millions de tonnes et elle augmente rapidement". Il note que sa progression est régulière : 510 millions de tonnes en 1890, 550 millions de tonnes en 1894, 690 en 1899, 890 en 1904 et il estime donc que "la quantité répandue dans l'atmosphère puisse être modifiée, dans le cours des siècles, par la production industrielle" .

La combustion de ce charbon faisant augmenter le taux de CO2 dans l'atmosphère, il estime que si ce taux doublait, la température terrestre pourrait augmenter de l'ordre de 4°C.

 

Ce taux était alors de l'ordre de 300ppm et il n'imaginait pas ce doublement avant 3000 ans, c'est à dire le temps qu'il estimait nécessaire avant d'épuiser l'essentiel des ressources du sous-sol en charbon. Un siècle plus tard, ce taux a déjà dépassé 400ppm. Sans être trop pessimistes les scientifiques du Giec estiment que cette augmentation de température de 4°C pourrait être atteinte à la fin de ce siècle et nous alertent sur tous les bouleversements qui nous attendent !

 

Arrhenius, quant à lui, n'est pas inquiet. S'il pense aux générations futures c'est en considérant que cette augmentation de la température pourrait  avoir pour elles un aspect bénéfique. Il l'affirme sans hésiter dans un ouvrage publié en 1907 dans lequel il présente sa vision de l'apparition et de l'évolution de la vie sur terre sous le titre "Worlds in the making; the evolution of the universe", traduit en France sous le titre "L'évolution des mondes.

 

"Nous entendons souvent, écrit-il, des lamentations sur le fait que le charbon stocké dans la terre est gaspillé par la génération présente sans aucune pensée pour la future… Nous pouvons trouver une sorte de consolation dans la considération que ici, comme souvent, il y a un bénéfice d'un côté pour un dommage de l'autre. Par l'influence de l'accroissement du pourcentage de l'acide carbonique dans l'atmosphère, nous pouvons espérer profiter dans le futur d'un climat meilleur et plus équitable, spécialement en ce qui regarde les régions les plus froides de la terre. Dans le futur la terre produira des cultures beaucoup plus abondantes qu'actuellement, au profit de l'accroissement rapide de l'humanité."

 

 

Il a fallu moins d'un siècle pour que ce rêve d'un avenir radieux, du moins pour les habitants de l'hémisphère nord, se transforme en cauchemar pour l'ensemble de la planète Terre.

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Voir aussi :

 

 

Histoire du Carbone et du CO2. De l'origine de la vie au dérèglement climatique.

 

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Extrait :

 
CO2, fatal ou vital ?

 

« CO2 - Élixir de vie et tueur du climat » est le titre d’une exposition présentée au musée Naturama de Aarau en Suisse à la charnière des années 2012 et 2013.

 

Élixir… le mot est fort. Il a été emprunté à l’arabe médiéval « al iksīr » désignant la liqueur d’immortalité des alchimistes ou la pierre philosophale supposée transformer le plomb en or.

 

Dans une première partie nous choisirons ce côté lumineux de l’histoire.
 

Nous découvrirons la suite de tâtonnements, de réussites et aussi parfois d’échecs, qui a fait prendre conscience de l’existence et du rôle de cet « élixir », le dioxyde de carbone et de ce joyau minéral, le carbone.

 

Tueur de climat. Qui peut encore le nier ? Et qui peut refuser de voir que la dangereuse augmentation du CO2 dans l’atmosphère, loin d’être une malédiction portée par ce gaz, est le résultat de l’emballement d’un monde industriel développé qui gaspille les ressources fossiles accumulées sur la planète au cours de millions d’années et les disperse sous forme d’objets inutiles et de polluants multiples.

 

Élixir ou poison, amour ou désamour… Le carbone et le dioxyde de carbone sont symboliques de cette chimie aux deux visages qui sont aussi ceux de la science en général.

 

D’une part, une science « pour comprendre », qui enthousiasme les scientifiques comme les esprits curieux par ses extraordinaires avancées dans la connaissance des phénomènes naturels. Une science qui donne la liberté de penser le monde en dehors des dogmes et qui, en même temps, peut apporter du confort à la vie quotidienne de chacune et chacun.

 

De l’autre côté, une science au service d’une « croissance infinie », décrétée par un système économique qui impose ses choix techniques et politiques. Une science et une technique dont les bénéfices pour la société sont de plus en plus occultés par les nuisances sociales et environnementales qu’elles provoquent.

 

Qui s’intéresse à l’histoire des sciences et des techniques ne peut échapper à ce double sentiment :

 

- L’émerveillement devant l’ingéniosité de l’esprit humain et les constructions intellectuelles et matérielles qu’il met en oeuvre pour comprendre son environnement et améliorer son cadre de vie.

 

- La lucidité devant le redoutable pouvoir des sciences et des techniques entre les mains de ceux pour qui elles représentent d’abord un outil pour posséder ou dominer.

 

À travers cette histoire du carbone et du CO2, nous n’échapperons pas à ces allers et retours.

 

Depuis l’Antiquité grecque jusqu’à Lavoisier nous suivrons une science dans laquelle nous serons tentés de ne reconnaître que la curiosité de l’enfance et l’enthousiasme de l’adolescence. Cette première partie nous apprendra ce que sont le carbone et le CO2 et comment ils contribuent à la vie sur cette planète.

 

Nous verrons ensuite une accélération extraordinaire des connaissances scientifiques et une multiplication de leurs applications techniques, au cours d’un 19e siècle qui s’achève avec les ondes électromagnétiques, les rayons X, la radioactivité, les premières automobiles, etc. Viendra ensuite le 20e siècle qui exploitera ces découvertes, pour le confort des sociétés développées, en même temps que se développeront leurs usages les plus redoutables.

 

Un développement qui amène à s’interroger sur la fonction des sciences dans nos sociétés. Car les scientifiques en font eux-mêmes le constat : alors qu’elle est depuis longtemps un indiscutable synonyme de progrès, à la fois pour les connaissances et pour la vie quotidienne, un désamour s’installe entre la science et la société.

 

C’est dans ces moments de doute qu’un retour aux sources peut faire revivre, à travers les écrits des auteurs des époques antérieures, les élans et les joies des premiers succès. Peut-être trouverons-nous également, dans ces expériences passées, des aides pour imaginer un nouvel avenir des sciences dans une société qui fonctionnerait sur d’autres bases que celles d’une croissance matérielle effrénée.

 

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 11:51

 

 

Henri Becquerel, Marie Curie : la découverte de la radioactivité.

 

Cette histoire commence en France avec le physicien Henri Becquerel alors qu’il étudie la phosphorescence à partir de composés particulièrement actifs : des sels d'uranium. L'Uranium est connu depuis 1789 quand le chimiste prussien Martin Heinrich Klaporth découvre dans la pechblende, un minerai présent dans certaines mines d'argent, un corps auquel il donne le nom d'Urane en référence à la planète Uranus découverte quelques années plus tôt. Son intérêt pratique est limité. On l'utilise essentiellement pour donner au verre une légère fluorescence verte. C'est pourtant cette modeste propriété qui le fera entrer, avec Henri Becquerel, dans la grande Histoire.

 

En décembre 1895, Wilhelm Röntgen fait connaître au monde l'existence des rayons X dont la propriété est de traverser les corps opaques et de pouvoir impressionner une plaque photographique. L’année suivante Henri Becquerel annonce qu’il a lui même observé que des sels d'uranium enfermés dans une enceinte de plomb peuvent impressionner une plaque photographique placée à proximité. Vient le temps de Marie Sklodowska, jeune Polonaise récemment mariée à Pierre Curie.

 

Elle a décidé de consacrer sa thèse universitaire à la découverte de Becquerel en cherchant à savoir si des corps autres que les composés de l'uranium présentaient la même propriété. C'est ainsi qu'en juillet 1898 elle annonce la découverte d'une nouvelle substance "radio-active" (le terme est d'elle) à laquelle elle donne le nom de polonium en hommage à son pays d'origine. Puis vient la découverte du radium, un composé dont l'activité est alors estimée à 100 000 fois celle de l'uranium.

 

Le Radium apparaît comme un produit miracle. Les rayons X ont déjà été utilisés dans le traitement du cancer, le rayonnement du radium est encore plus efficace. Une nouvelle branche de la médecine va se développer : la médecine nucléaire. En 1909 sera créé en France l'Institut du Radium. Devenu par la suite Institut Curie, il se consacre aux recherches sur l'application de la radioactivité au diagnostic et à la guérison des maladies, en particulier celle du cancer.

 

De la radioactivité à la structure de l'atome.

 

Au moment où se découvre la radioactivité, les atomes ne sont encore considérés que comme des sphères pleines d'une matière qu'on ne puisse plus diviser. Ce sont les expériences menées à partir des corps radioactifs qui amènent rapidement au modèle actuel, celui d'un noyau constitué de particules massives : les protons portant de l'électricité positive, et les neutrons électriquement neutres. Autour de ce noyau, un "nuage" de légères particules négatives, de nombre égal à celui des protons : les électrons. L'ensemble de la science moderne découle de ce modèle. Évènement rare, Marie Curie se verra honorée, pour ses découvertes, de deux prix Nobel l’un en physique, l’autre en chimie.

 

Quand naît la physique nucléaire.

 

Parallèlement à ces découvertes fondamentales une nouvelle branche de la science se développe : la physique nucléaire. Chaque élément chimique est d'abord caractérisé par le nombre des protons qui constituent le noyau de ses atomes. Cependant certains atomes d'un même élément chimique peuvent se distinguer par un nombre différent de neutrons. Deux corps de cette nature sont appelés isotopes. Ils ont les mêmes propriétés chimiques mais certaines propriétés physiques différentes. C'est le cas de l'Uranium qui comporte deux isotopes principaux : l'uranium 238 (92 protons et 146 neutrons), le plus courant (99,28%) et l'uranium 235 (0,72%) (seulement 143 neutrons). Les deux sont radioactifs.

 

Rapidement les physiciens ont cherché à produire des transmutations, le vieux rêve des alchimistes, en bombardant les noyaux de certains atomes massifs par des neutrons. En Allemagne deux chimistes, Otto Hahn et Fritz Strassmann, observent que des noyaux d'uranium 235 ayant capturé des neutrons se scindent en deux parties en émettant de l'énergie. C'est la découverte de la fission nucléaire. Lise Meitner et son neveu Otto Frisch calculent le dégagement d’énergie accompagnant la réaction. Elle est énorme ! L'aventure ne s'arrête pas là. A Paris, Frédéric Joliot et Irène Curie constatent que lors de cette fission plusieurs neutrons sont émis qui produiront à nouveau la fission de noyaux voisins , d'où une réaction en chaîne qui peut être explosive. Chacun parmi les physiciens a compris que le monde va entrer dans une nouvelle ère.

 

L'entrée dans l'ère de la violence nucléaire.

 

Une course aux publications et aux brevets est lancée. Frédéric Joliot et ses collaborateurs, Hans Alban, Lew Kowarski, Francis Perrin, déposent trois brevets le 4 mai 1939. L'un d'entre eux expose le détail de la réaction en chaîne et annonce clairement son usage militaire. "On a cherché, conformément à la présente invention, à rendre pratiquement utilisable cette réaction explosive, non seulement pour des travaux publics ou des travaux de mine, mais encore pour la constitution d'engins de guerre (souligné par nous), et d'une manière très générale dans tous les cas où une force explosive est nécessaire".

 

Quatre mois après ce dépôt, l'Allemagne envahit la Pologne, la France et l'Angleterre lui déclarent la guerre. La demande de brevet est mise en sommeil mais une large publicité lui a déjà été faite. Dès le deuxième semestre de 1939 une revue de vulgarisation scientifique française publiait un texte allant même jusqu'à donner des indications quant à la masse critique nécessaire pour déclencher une explosion : une sphère de rayon 0,65m correspondant à 10 tonnes d'oxyde d'uranium. L'article décrivait l'apocalypse qui s'en suivrait : "On s'imagine aisément quelle catastrophe représenterait une pareille déflagration portant sur 10 tonnes d'uranium ; et équivalant au dégagement instantané de l'énergie de combustion de 25 millions de tonnes de charbon ; l'effet serait sans doute celui d'un violent tremblement de terre ou d'une grande éruption volcanique : tout serait détruit dans un grand rayon autour du foyer de l'explosion". Le scénario de l'entrée dans l'ère de la violence nucléaire était écrit.

 

Hiroshima.

 

On connaît la suite. La fuite des chercheurs européens vers l'Angleterre et les USA. La lettre de plusieurs d'entre eux signée par Einstein et adressée au président Roosevelt. Le projet Manhattan et sa conclusion avec les bombardements de Hiroshima et Nagasaki. "Succès" que le parti communiste s'empresse de revendiquer pour les scientifiques français dans un article du journal l'Humanité en soulignant "la part qu'ont prise les savants français, et en particulier Frédéric Joliot-Curie, dans les travaux et les recherches qui ont permis cette conquête monumentale de l'homme". Conquête monumentale ? Seul Albert Camus sauvait l'honneur des intellectuels français dans un article resté célèbre du journal Combat. Après avoir constaté que "la civilisation mécanique" venait de parvenir "à son dernier degré de sauvagerie", il affirmait qu'il y avait "quelque indécence à célébrer ainsi une découverte qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles".

 

Hiroshima bombardée.

 

Le nucléaire : une obsession française.

 

Qui pouvait alors entendre son message ? A la sortie de la guerre, le général de Gaulle, président du gouvernement provisoire, n'a qu'une obsession : rétablir la "grandeur" de la France. Le nucléaire qui dispose encore des meilleurs spécialistes du domaine devient, dans son esprit, le principal moyen d'effacer la honte de la défaite et de rejoindre le clan des "grands". Deux mois après Hiroshima était créé le C.E.A (Commissariat à l'énergie atomique) avec pour mission de poursuivre les recherches sur l'utilisation de l'énergie atomique dans les domaines "de la science, de l'industrie" et aussi "de la défense nationale". Sous la direction de Joliot le nouvel organisme s'attachait en priorité aux applications civiles mais en coulisse le lobby militaire s'y préparait à la fabrication de la bombe et obtenait finalement l'éviction de Joliot hostile à cette orientation. Le retour de De Gaulle au pouvoir accélère le processus et amène à l'explosion de la première bombe nucléaire française dans le Sahara. 

 

Du nucléaire militaire au nucléaire "civil".

 

Il est indispensable de souligner l'imbrication totale des programmes "civils" et "militaires" de l'industrie nucléaire. Une phrase n'est pas passée inaperçue dans le discours de Emmanuel Macron en décembre 2020  au Creuzot : "Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil". Depuis le temps que nous nous sommes employés à le faire savoir, l'aveu est de taille !

 

La première pile, Zoe, qui entre en fonctionnement en décembre 1948 en France n'a qu'une faible puissance électrique mais elle permet de produire les premiers milligrammes de Plutonium, l'élément nécessaire à la fabrication de bombes nucléaires. Ici un mot sur le plutonium. L'uranium utilisé dans les réacteurs est constitué essentiellement d'uranium 238 non fissile et d'une proportion plus ou moins grande d'uranium 235 fissile. Lors de la réaction de fission de ce dernier, des neutrons viennent frapper les noyaux de l'uranium 238 et produisent un nouvel élément, absolument absent sur terre avant le début de l'industrie nucléaire : le plutonium 239. Celui-ci est lui même susceptible de réaction en chaîne avec une masse critique bien plus faible que celle de l'uranium. (8kg, la taille d'un gros pamplemousse). C'est une bombe au plutonium qui sera larguée sur Nagasaki. Obtenir du plutonium deviendra alors la principale finalité des premières centrales nucléaires construites en France.

 

Le choix par de Gaulle de l'armement nucléaire n'a pas laissé inactifs les adversaires de la force de frappe. Parmi ceux-ci, Joliot investi dans le Mouvement de la Paix, lié au parti communiste alors opposé à la bombe avant de s'y convertir en 1977. En 1963 se crée le Mouvement contre l'armement atomique (MCAA) qui deviendra par la suite le Mouvement pour le Désarmement, la Paix et la Liberté (MDPL). Le "cri d'indignation et d'espoir" du biologiste Jean Rostand, son président d'honneur, massivement diffusé sous forme d'un disque 33 tours, a largement popularisé le mouvement de résistance. Dans ce contexte de contestation de la bombe nucléaire, la construction de centrales électriques nucléaires pouvait être présentée comme "un atome pour la paix", version civile opposée à la version militaire. Publicité efficace qui convaincra même, dans un premier temps, les plus attachés à la défense de l'environnement. Ce sera en particulier le cas en Bretagne lors de la construction de la petite centrale de Brennilis en 1962.

 

EDF commence alors la construction d'une série de réacteurs utilisant l'uranium naturel comme combustible, le graphite comme modérateur et le gaz carbonique sous pression comme fluide caloporteur : la filière graphite-gaz. Ainsi se succèdent, à partir de 1957,  sur le site de Chinon trois prototypes (EDF1, EDF2 et EDF3) puis deux autres à Saint-Laurent-des-Eaux (EDF4 et EDF5) suivis d'un autre à Bugey qui sera le dernier de la série.

 

Avant Tchernobyl et Fukushima, quand la France a frôlé le pire.

 

L'accident nucléaire de Tree Mile Island, en 1979 aux USA, avait largement fait la une des médias internationaux. Il avait donné lieu à une forte mobilisation en France, et en particulier en Bretagne engagée contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff. (voir)

 

 

 

 

Qui aurait pu alors imaginer l'accident survenu le 17 octobre 1969 au premier réacteur de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux. Gardé secret pendant quarante-deux ans, il ne sera connu qu'en 2011 après une enquête du journal Le Point publiée sous le titre "Le jour où la France a frôlé le pire". Une mauvaise manipulation lors du chargement du cœur entraîne la fusion de 50 kilos d'uranium. "Je suis allé ramasser l'uranium fondu sous le réacteur avec une raclette. La radioactivité était tellement forte qu'on ne pouvait pas rester plus de deux minutes. En ressortant, on avait pris la dose autorisée pour un an." rapporte un des nettoyeurs parmi les centaines envoyés sur le site. Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Le 13 mars 1980, au moment même où à Plogoff se termine l'enquête publique, une deuxième fusion se produit sur le réacteur n°2. Des centaines de liquidateurs sont à nouveau contaminés, des effluents radioactifs sont évacués dans la Loire. Parmi ceux-ci du plutonium dont on sait que la dose mortelle par contamination se mesure en millionièmes de gramme. Qui alors aurait pu imaginer les accidents de Tchernobyl puis de Fukushima ?

 

centrale de Fukushima après l'explosion.

 

Et qui pourrait imaginer les catastrophes futures, avec des installations nucléaires vieillissantes et mal protégées dans un monde de plus en plus instable ? Pourtant rien ne réussit à faire douter la nucléocratie française qui entend poursuivre son programme.

 

La démocratie bafouée.

 

Ni la population, ni les parlementaires n'ont été consultés quand la décision a été prise d'abandonner la filière française pour celle américaine des PWR de Westinghouse. Pierre Messmer, éphémère premier ministre après le décès de Pompidou, a profité de ce moment d'inter-règne pour lancer le fameux programme qui fera de la France le pays proportionnellement le plus nucléarisé du monde avec ses 58 réacteurs produisant les trois quart de l'électricité consommée.

 

Le 5 octobre 1977, un rapport de la commission des finances de l’assemblée nationale s’attaquait clairement aux choix nucléaires. Le rapporteur général en état M. Edouard Schloesing. Il mettait l'éclairage sur le poids des "grands corps" d’État dans le choix de ce programme : "On sait, disait le rapport, que toute la politique nucléaire française est élaborée et proposée par la commission de production d’électricité d’origine nucléaire (commission dite PEON). Or cette commission est constituée pour une large part par les représentants d’EDF et du CEA ainsi que par les représentants des industriels intéressés à la réalisation du programme. Cette composition en elle-même fait problème. On n’imagine pas que la politique des constructions scolaires soit pour l’essentiel élaborée par les entreprises du bâtiment." On ne pouvait être plus clair.

 

Au même moment, Philippe Simonot dans "Les Nucléocrates" montrait l’emprise des ingénieurs de ces "grands corps", qu’ils noyautent la fonction publique ou qu’ils dirigent le secteur privé. Sur 15 fonctionnaires de la commission PEON, 11 étaient des polytechniciens du corps des mines ou de celui des Ponts. Sur 13 personnalités du secteur privé (Thomson, Péchiney, Alsthom, CGE, Framatome, Creuzot-Loire...) 9 étaient encore polytechniciens. "Les nucléocrates échappent à tout contrôle" soulignait-il "Leur existence et leur pouvoir ouvrent une faille gigantesque dans la démocratie française. Les choix qu’ils ont faits et qui engagent la France au moins jusqu’en 1985, ils n’en répondront devant aucune Assemblée...".


 

Ce sont leurs successeurs qui monopolisent encore les hauts postes dans les ministères et à la tête des grandes entreprises. Ce sont eux qui dictent leur choix au pouvoir politique et qui ont obtenu le lancement du programme EPR qui s'illustre avec le fiasco de la première centrale construite à Flamanville. Ce sont eux qui se mobilisent à nouveau, en cette fin d'année 2021, pour une relance du nucléaire en France.


A nouveau le temps du mépris.

 

Mardi 8 décembre 2020. Illustration de son mépris pour la population comme pour les institutions parlementaires, Emmanuel Macron a choisi le site de la forge de Framatome pour "dire à la filière nucléaire tout le bien qu’il pensait de cette énergie (Le Monde)" et annoncer son projet de relance d'un nouveau programme de construction de centrales nucléaires EPR.


 

En préalable à sa visite au Creuzot il avait donné un interview, destiné à un jeune public, dans le média internet Brut. Comment leur faire parvenir un message pro-nucléaire ? L'argument de l'indépendance énergétique ne tient plus. Les importations de pétrole et de gaz naturel n'ont jamais été aussi importantes. Quant à l'uranium, faut-il rappeler que la sécurisation de ses sources en Afrique, implique la France dans des conflits armés dont personne ne peut prévoir l'issue. Oubliée donc l'indépendance énergétique.


 

Pour influencer une jeunesse sensibilisée par la lutte contre le réchauffement climatique Emmanuel Macron n'hésitait pas à tirer sur la dernière des grosses ficelles imaginées par le lobby nucléaire  : "La France produit une électricité qui est parmi les plus décarbonée au monde. Grâce à quoi ? Grâce au nucléaire", osait-il. Message auquel il était très facile d'en opposer un autre par cette jeunesse, mieux informée que le président ne l'imaginait : "La France est en retard dans le développement des énergies renouvelables. La faute à quoi ? La faute au nucléaire !". Car oui, la France peut se passer du nucléaire pour répondre au défi climatique.


Les énergies renouvelables, nous en avions rêvé.

 

Le moment est venu de rappeler qu’en décembre 1979 était publié le "Projet Alter Breton" pour une Bretagne sans pétrole et sans nucléaire. L’équipe de rédacteurs était composée de scientifiques de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), de l’Institut d’études marines (IEM), du Centre national pour l’exploitation des océans (CNEXO), de l’Université de Bretagne occidentale (UBO). Ce plan s’appuyait sur un triptyque qui est toujours d’actualité : économies d’énergie, efficacité énergétique et recours aux énergies renouvelables (vent, soleil, biomasse et marées) dans un cadre décentralisé. "Il est temps décidément de tuer des mythes qui ont la vie dure", celui d’un "modèle de développement industriel" sensé apporter le bonheur à l’humanité. Un modèle de société qui "transforme l’ensemble des secteurs de l’économie pour réaliser un objectif : la croissance par la production massive de biens industriels. On produit et on vend n’importe quoi pourvu que ça rapporte. Qu’importe si les matières s’épuisent, si certaines régions sont véritablement laminées par ce rouleau compresseur...". A la place était proposée une société capable de satisfaire ses besoins tout en stabilisant sa consommation. Une société qui ne fasse pas de la croissance un critère de réussite économique et sociale. Une société qui s’affirme solidaire de tous les peuples du monde.

 

Plusieurs projets n'attendaient que d'être mis en œuvre après l'abandon de Plogoff, comme celui de l’association "Plogoff-alternatives" porteuse d’un projet de "maison autonome". On avait des raisons d'y croire après l’élection de François Mitterrand, peu avare de promesses en ce sens dans une lettre datée du 24 avril 1981 adressée au comité de défense de Plogoff.

 

"La politique de l’énergie que je mettrai en place reposera sur la recherche d’une croissance d’économie en énergie et sur la diversification de nos sources d’approvisionnement. Les crédits économisés par la réduction du programme nucléaire permettront d’augmenter fortement les moyens accordés aux économies d’énergie et aux énergies nouvelles. Ces investissements, à la différence du programme nucléaire, sont décentralisés, fortement créateurs d’emploi et réduisent tout de suite nos importations."

 

On connaît la suite. Plogoff c'est fini annonce Louis Le Pensec, ministre de la mer, à l’issue du premier conseil des ministres du gouvernement Mauroy, le 28 mai 1981. Mais hélas, hormis Plogoff, le programme nucléaire entamé par Giscard sera mené jusqu'au bout par le nouveau pouvoir socialiste. Oubliées les promesses de loi-cadre et de référendum sur la politique énergétique. Les travaux reprendront à Golfech, à Chooz, à Flamanville, à la Hague. Nous y étions pour protester aux côtés des militantes et militants locaux. Nous nous sommes encore mobilisés jusqu’à la victoire quand reviendront sur le tapis des projets de centrales nucléaires en Bretagne, à Saint-Jean-du-Doigt (29), à Plouézec (22), au Carnet (44) près de Saint-Nazaire et les projets d’enfouissement de déchets nucléaires à Quintin (22) et Fougères (35).

 

Et les énergies nouvelles ? Oubliées elles aussi. Rien pour le financement du projet de maison autonome de Plogoff. Rien pour aider les centres de recherches associatifs nés pendant la lutte. Rien pour aider les pionniers tentés par l’énergie éolienne. Les nucléocrates au sommet de l’Etat et leurs relais dans les partis majoritaires ne laisseront aucun espoir aux partisans des alternatives.

 

Quarante ans après, la France peine à combler son retard sur les pays voisins. Il a fallu attendre 2015 pour que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (l'Ademe) et la Direction générale de l’énergie et du climat du ministère de l’écologie publient un rapport qui prouve qu’il est possible en France de sortir du nucléaire et d’arriver, à moyen terme, à un mix électrique 100 % renouvelables. Lueur d’espoir tout de même, la conscience d'une nécessaire alternative aux énergies fossiles et nucléaire progresse enfin dans la population.

 

Ce n'est qu'un début, le combat continue.

 

Malgré les forces de répression déployées à chaque manifestation, malgré la collusion de l'ensemble des partis institutionnels favorables au programme nucléaire, droite et gauche confondus, la mobilisation s’est développée. La répression violente de la manifestation de Malville n'a pas arrêté la contestation sans laquelle la fermeture du surrégénérateur Super-phénix n'aurait pas été obtenue en 1997. La poursuite des Travaux à Flamanville n'a pas découragé les militants du CRILAN qui ont empêché que les déboires de la construction de l'EPR ne soient restés occultés. Sans les incursions de Greenpeace sur les sites nucléaires que saurions nous de leur fragilité et des risques qu'ils font courir en cas de malveillance. Comment sans le CRIRAD aurait été dénoncée la fable du nuage de Tchernobyl s'arrêtant à nos frontières. Sans la mobilisation transfrontalière, la centrale de Fessenheim serait-elle arrêtée aujourd'hui. Sans la pression de l'opinion publique les gouvernements successifs se seraient-ils engagés à la réduction de 75 % à 50 % du poids du nucléaire d’ici 2025. La mesure est insuffisante, bien éloignée de l'engagement de nos voisins allemands de sortir définitivement du nucléaire. On peut douter de sa sincérité après l'annonce de la relance des EPR.

 

Mais la fin de l'histoire n'est pas encore écrite. La sortie du nucléaire reste l'objectif. Avec l'espoir qu'un accident majeur ne viendra pas, auparavant, confirmer nos craintes. 

 


 

 

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 20:41

Gérard Borvon. première mise en ligne mai 2015.

 

La vie affiche sa singularité : sur la centaine de corps inscrits dans le tableau périodique des éléments chimiques, quatre seulement lui servent de support et un seul est indispensable : le carbone ! Qui aurait pu imaginer, au temps des alchimistes, que le résidu noir qui restait au fond de leur cornue quand toutes les matières utiles en avaient été dégagées, était, en réalité, le principe organisateur du vivant, le "mercure" de la véritable "pierre philosophale" capable de transformer la matière inerte en organisme vivant.

 

Le programme du chimiste, après Lavoisier, semblait tout tracé : étudier les corps en séparant les éléments qui les constituent, c'est-à-dire les analyser.

 

Une nouvelle question se posait alors. Le chimiste allait-il pouvoir reproduire l'œuvre de la nature et faire renaître, à partir du carbone, de l'oxygène, de l'azote et de l'hydrogène les corps organiques dont ils étaient issus ?

 

La chimie devient "organique".

 

Dans "la chimie organique fondée sur le synthèse" (1860) Marcellin Berthelot (1827-1907) consacre un chapitre à "la synthèse des matières organiques". Il y pose clairement le problème : "A partir du jour où Lavoisier fonda la chimie sur la base définitive des corps simples, le domaine minéral de cette science ne tarda pas à être parcouru dans tous les sens, ses limites furent tracées, ses lois générales découvertes. Bientôt on put à volonté décomposer toute substance minérale, la résoudre par l'analyse des éléments qui la constituent ; puis, à l'inverse, on réussit presque toujours à reconstituer le composé primitif par l'union des corps simples que l'analyse avait mis en évidence ; il devint en général facile d'expliquer et de reproduire les conditions naturelles dans lesquelles ce composé pouvait avoir pris naissance.

Lorsqu'on essaya d'aborder par les mêmes méthodes l'étude des matières organiques, on reconnut aussitôt une différence radicale. A la vérité, on parvint aisément à décomposer ces matières et à les ramener à leurs éléments. Ceux-ci se trouvèrent même bien moins nombreux que les éléments des minéraux ; car ils se réduisent presque exclusivement à quatre corps, savoir : le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote. Mais, dès qu'il s'agit de recomposer les matières organiques à l'aide des éléments mis en évidence par l'analyse, dès que l'on tenta de reproduire, par l'art, la variété infinie de leurs états et de leurs métamorphoses naturelles, tous les efforts demeurèrent infructueux. Une barrière, en apparence insurmontable s'éleva dès lors entre la chimie organique et la chimie minérale".

 

Pour la plupart des contemporains de Berthelot la cause était, en effet, entendue : la Nature agissait par un moyen qui échappait au chimiste : une "force vitale" dirigeait la matière vivante.

 

"Il n'y a que les tissus végétaux vivants, il n'y a que leurs organes végétants, qui puissent former les matières qu'on en extrait, et aucun instrument de l'art ne peut imiter les compositions qui se font dans les machines organisées des plantes", déclarait Fourcroy, collaborateur de Lavoisier. L'opinion du très respecté Berzelius n'était pas différente. Plus radical encore le chimiste Charles Gerhardt déclarait : "le chimiste fait tout le contraire de la nature vivante ; il brûle, détruit, opère par analyse ; la force vitale opère par synthèse, elle reconstitue l'édifice abattu par les forces chimiques" (Précis de chimie organique, 1844). Le terme "d'organique" utilisé pour décrire cette nouvelle chimie illustrait d'ailleurs le fait qu'elle était supposée n'être mise en œuvre que par les seuls "organismes" vivants.

 

De la synthèse organique à la génétique.

 

Berthelot est de ceux qui refusent cette distinction. "La synthèse, dit-il, nous conduit à la démonstration de cette vérité capitale, que les forces chimiques qui régissent la matière organique sont réellement et sans réserve les mêmes que celles qui régissent la matière minérale" (La Chimie organique fondée sur la synthèse, 1860).

 

Preuve à l'appui, son expérience de "l'œuf électrique", présentée en 1862 devant l'Académie des sciences, est restée célèbre. Un ballon équipé de deux électrodes de carbone est rempli d'hydrogène. Des décharges électriques y étant répétées, le carbone et l'hydrogène se combinent pour former de l'acétylène C2H2. L'addition d'hydrogène puis d'eau sur la triple liaison liant les deux atomes de carbone de l'acétylène conduira ensuite à l'éthylène, C2H4, puis à l'alcool éthylique, C2H5OH, corps "organique" produit naturellement par la fermentation du glucose contenu, entre autre, dans le jus du raisin ou le malt des brasseries.

 

De la petite molécule d'alcool éthylique à la complexité de l'ensemble des corps organiques il y aura bien des étapes à franchir mais, devant une assemblée d'industriels de la chimie, Berthelot osait quand même une prophétie pour l'an 2000, date symbolique qui alimentait déjà nombre de fictions de l'époque.

 

"Un jour viendra où chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azotée, sa petite motte de matière grasse, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit flacon d'épices aromatiques, accommodés à son goût personnel ; tout cela fabriqué économiquement et en quantités inépuisables par nos usines ; tout cela indépendant des saisons irrégulières, de la pluie ou de la sécheresse, de la chaleur qui dessèche les plantes, ou de la gelée qui détruit l'espoir de fructification ; tout cela exempt de ces microbes pathogènes origine des épidémies et ennemis de la vie humaine". Rêve d'hier pour une "malbouffe" d'aujourd'hui, ainsi vivent les prophéties.

 

Plus conférencier que chercheur, Berthelot laissera à d'autres le soin de franchir les étapes de cette voie royale qu'il annonçait. Son obstination à refuser les atomes, et à imposer ce refus dans l'enseignement de la chimie en France, laissera le champ libre à la chimie allemande qui deviendra la première en Europe, en particulier sous l'impulsion de Friedrich August Kekulé (1829-1896). C'est ce dernier qui établira les différents modes de liaison des atomes de carbone, en particulier dans la molécule de benzène. La légende, véhiculée par le savant lui-même, est trop belle pour ne pas être rapportée : ce serait en rêvant une nuit à l'Ouroboros, le serpent se mordant la queue, symbole des alchimistes, qu'il aurait eu la vision de la structure cyclique du benzène.

 

 

L'Ouroboros

(Berthelot, Les origines de l'Alchimie, 1885)

 

Les élèves et successeurs de Kekulé, les Körner, Van't Hoff, Fischer, Baeyer, Friedel, Crafts… engagent alors la chimie dans l'extraordinaire aventure de la synthèse organique "acte de création qui mobilise toutes les facultés – raisonnement, intuition, goût esthétique" (Bernadette Bensaude-Vincent, Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, La découverte, 1993).

 

La synthèse organique, nous l'avons déjà évoquée avec la houille et le pétrole. Elle a alimenté une industrie productrice de plastiques, de biocides et autres produits dont on peut discuter de l'intérêt et de la nocivité. Mais qui peut refuser de voir que, dans le même temps, la chimie organique, associée à la biologie, a fait faire un bond extraordinaire à la connaissance des mécanismes de la vie.

 

Depuis Lamarck et Darwin l'évolution du monde vivant alimente les débats des scientifiques et agite "l'opinion publique". En 1970, Jacques Monod (1910-1976) publie "Le hasard et la nécessité, essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne". L'ouvrage était, pour beaucoup de lectrices et lecteurs, l'occasion d'une prise de conscience des avancées de la connaissance dans le domaine de la biologie depuis près d'un siècle.

 

Jacques Monod devait alors sa notoriété au Prix Nobel de physiologie ou médecine qu'il avait partagé en 1965 avec François Jacob et André Lwoff pour leurs découvertes concernant le "contrôle génétique des synthèses enzymatiques et virales".

 

Faut-il décrypter ? Il y était question d'ADN, acide désoxyribonucléïque et de son messager l'ARN, acide ribo nucléique. Difficile de résumer en quelques lignes une histoire qui nous mène jusqu'au gène, ce groupe de molécules dont on sait aujourd'hui qu'il commande la mécanique du vivant. Elle commence en l'année 1869, quand le biologiste suisse, Friedrich Miescher, isole une substance riche en phosphore dans le noyau des cellules à laquelle il donne le nom de nucléine. Plus tard, l'allemand Richard Altmann montre que ce corps est la combinaison d'un acide, qu'il nomme acide nucléique et de protéines, un acide aminé.

 

Les trois lettres, ADN, devenues aussi banales dans le langage courant que peut l'être la formule CO2, représentent cet acide : l'acide désoxyribonucléïque. En 1896, Albrecht Kossel montre que l'acide se compose de quatre éléments, adénine, cytosine, thymine, guanine, désignées par les lettres A, C, T et G. Nous retiendrons seulement que ces quatre lettres, et les quatre molécules qu'elles désignent, constituent, associées sous formes de gènes, l'alphabet du code qui régit les mécanismes de la vie.

 

La génétique, associant les outils et les concepts de la biologie, de la chimie, de la physique, est certainement la plus grande aventure scientifique du 20ème siècle. De l'archéologue à qui elles apprennent le nom des parents de Toutânkhamon jusqu'au médecin qui cherche le remède à une maladie génétique, ses applications sont trop popularisées pour que nous en fassions ici la liste.

 

Posant la question "que sommes-nous", la génétique amène l'autre question : "d'où venons-nous".

 

Le carbone, du Big-bang à l'homo-sapiens.

 

Fred Hoyles (1915-2001), cosmologiste Britannique, n'imaginait pas le succès de son "big-bang" quand il utilisait cette expression ironique en 1950 pour désigner la théorie qui supposait une expansion de l'univers dont l'origine se situerait à 13,7 milliards d'années de notre ère.

 

Tout aurait donc commencé par un "Big-bang". C'est-à-dire une évolution de l'univers qui débute par un état dans lequel l'espace, le temps, l'énergie seraient une seule et même chose. Même si notre imagination est incapable de nous en donner une représentation, c'est du moins ce que décrivent les équations issues des théories actuelles.

 

A partir de cet indicible, l'univers se dilate à une vitesse prodigieuse. Arrive l'instant où se forment les premières particules : des quarks, des électrons, des neutrinos. Elles se combinent bientôt en protons et neutrons cohabitant avec leurs jumeaux d'antimatière qui peu à peu disparaîtront dans un scénario que les chercheurs modernes n'ont pas encore fini d'écrire.

 

Nous sommes alors à quelques milliers d'années de l'origine, la température est "descendue" jusqu'à 10.000 degrés. Apparaît l'atome le plus simple dont le noyau ne comporte qu'un seul proton : l'hydrogène. Vient ensuite l'hélium dont le noyau contient deux protons et deux neutrons. Chaque noyau étant associé à son cortège d'électrons. Les nuages d’hydrogène et d’hélium se refroidissent et se contractent sous l'effet de la gravité en une multitude de grumeaux : les galaxies.

 

Deux milliards d'années se sont passées. Les galaxies elles-mêmes se sont fractionnées en nuages d'hydrogène et d'hélium qui se concentrent à leur tour sous l'action de la gravitation. Leur densité augmente, leur température atteint des millions de degrés. Bientôt les chocs disloquent les atomes d'hydrogène dont les protons se regroupent quatre par quatre pour donner des noyaux d'hélium, libérant au passage d'énormes quantités d'énergie sous la forme d'un flux de particules de lumière : les photons. Ainsi naissent et brillent les premières étoiles.

 

La réserve d'hydrogène s'épuise. Faute de réactifs, le rayonnement de l'étoile fléchit et la gravitation reprend le dessus. Le cœur d'hélium atteint la centaine de millions de degrés. Dans ce formidable "Athanor" commence le rêve des alchimistes. Les noyaux d'hélium se combinent trois par trois pour former du carbone et quatre par quatre pour donner de l'oxygène. Puis se forme l'azote et ainsi naissent les quatre éléments primordiaux, ceux qui seront à l'origine de la vie : H, C, O, N.

 

Nous ne décrirons pas ici la vie mouvementée des étoiles. L'extinction des plus petites sous forme de "naine noire", l'explosion des plus grosses dans l'éclair d'une "supernova" visible même en plein jour. De ces vies naissent tous les éléments qui s'affichent dans les cases du tableau périodique et qui, expulsés lors des feux d'artifice des explosions finales, constituent la poussière interstellaire qui engendrera les planètes.

 

Naissance de la Planète bleue.

 

Un nuage d'hydrogène et d'hélium a pris la forme d'une élégante galaxie spirale, notre voie lactée. Parmi les étoiles qui y naissent l'une, de taille raisonnable, est située aux 2/3 de son centre, notre Soleil. Un anneau de poussières stellaires l'entoure. Celles-ci s'agrègent autour des plus gros grains. Ainsi se forment les planètes solaires elles-mêmes entourées d'anneaux et de satellites.

 

Une ségrégation s'établit. Plus proches du soleil sont les planètes telluriques : Mercure, Vénus, Terre, mars. Peu massives, elles ont un sol solide dont les roches sont composées des éléments les plus lourds. Plus loin se trouvent Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, les géantes gazeuses, essentiellement formées d'hydrogène et d'hélium.

 

La Terre, nous dit Stephen Hawking, est une suite de hasards heureux.

 

- Sa distance au soleil lui donne une température compatible avec la présence d'eau liquide.

 

- Son orbite est un cercle presque parfait, ce qui lui procure une température sensiblement constante et uniquement modulée par les saisons résultant de l'inclinaison de son axe de rotation par rapport à son plan orbital. Une orbite plus aplatie provoquerait l'ébullition des océans au moment où la Terre serait la plus proche du soleil et les ferait geler quand la Terre en serait la plus éloignée. Difficile de s'adapter !

 

- Sa masse est juste suffisante pour que la force de gravité lui conserve une atmosphère. Trop faible, elle perdrait ses gaz et aurait un ciel aussi noir que celui de la lune.

 

On sait aujourd'hui que ce hasard n'est pas unique. La traque des planètes orbitant autour de soleils étrangers a été lancée et la liste de celles tout aussi miraculeusement situées devrait s'allonger rapidement. L'hypothèse d'une vie qui pourrait s'y développer, peut-être même suivant le mode terrestre, prend corps. Et pourquoi ne pas rêver : des êtres intelligents, peut-être un jour, capteront les signaux que nous avons commencé à leur adresser.

 

Quand s'assemblent les molécules du vivant.

 

Revenons à la Terre. Vers les années 1950 on estimait son atmosphère initiale, constituée quatre milliards d'années plus tôt, comme étant composée de vapeur d'eau, d'hydrogène, de méthane et d'ammoniac. L'eau apporte l'oxygène. Le méthane apporte le carbone, l'ammoniac l'azote. L'hydrogène se présente aussi bien à l'état de simple molécule qu'associé à chacun des trois autres. Les quatre éléments constitutifs des acides aminés sont donc présents dans cette atmosphère. Est-ce suffisant pour produire ces molécules support du vivant?

 

En 1953, Le jeune chimiste Stanley Miller, encore étudiant en thèse, imaginait une expérience rappelant l'œuf de Berthelot. Dans un simple ballon de verre, un dispositif simulant le système "eau-atmosphère primitive" était soumis à l'action d'étincelles électriques reproduisant les éclairs qu'une atmosphère si chargée ne pouvait manquer de provoquer.

 

Après plusieurs jours d'exposition, les parois du ballon présentaient des traces huileuses et l'eau qu'il contenait était devenue brune. Dans cette "soupe primitive" l'étudiant trouvait trois acides aminés. La découverte faisait l'effet d'un coup de tonnerre et l'idée s'imposait : l'origine de la vie est terrestre !

 

Mais bientôt la terre quitte son statut privilégié. Les astronomes ont détecté dans le gaz interstellaire une multitude de molécules composées des quatre éléments du vivant, C, H, O, N. On y trouve essentiellement des molécules de dihydrogène H2, d'eau H2O. On y trouve aussi des molécules construites sur un squelette de carbone : du monoxyde de carbone CO, du méthane CH4, de l'ammoniac NH3, toutes molécules que l'on retrouve dans l'atmosphère initiale de la terre. On y détecte surtout une bonne centaine de molécules particulièrement complexes dont des acides aminés qui se concentrent sur les météorites. Une nouvelle proposition rencontre la faveur des scientifiques : la vie est née de l'espace, la Terre n'ayant été qu'un support fertile !

 

Mais faut-il exclure totalement une origine terrestre ? La Terre, avec ses volcans ou ses sources hydrothermales enfouies dans les fonds océaniques est riche en milieux où pressions et températures peuvent provoquer des synthèses proches de celles naissant dans l'univers stellaire. Il est admis que les acides aminés, produits aussi bien sur terre que dans l'espace, ont trouvé sur notre planète, et en particulier dans ses océans, les conditions des réactions chimiques propices à la naissance de la vie. L'eau est en effet essentielle. Elle concentre les molécules qu'elle reçoit et favorise les occasions de rencontres. Elle protège les nouvelles combinaisons des rayons ultraviolets issus d'un soleil encore particulièrement actif.

 

En quelques centaines de millions d'années les molécules se complexifient, les acides aminés s'assemblent en protéines de plus en plus longues jusqu'à atteindre les millions d'atomes de l'ADN. La vie s'installe dans une atmosphère sans oxygène jusqu'à ce qu'apparaissent les premiers organismes utilisant le rayonnement solaire pour puiser leur carbone dans le gaz carbonique de l'atmosphère en y rejetant un déchet, l'oxygène, qui rend l'atmosphère toxique pour la plupart des organismes vivant alors sur terre.

 

Une autre forme de vie va naître et une longue évolution mènera à l'être humain. Un être humain qui s'interroge encore sur la nature de cette vie qui anime la matière carbonée et sur la suite de hasards qui a fait s'allumer, chez lui, cette conscience qui lui a permis d'imaginer toute cette histoire. Ailleurs, peut-être, sur d'autres planètes tournant autour d'autres soleils, d'autres êtres vivent.

 

Des êtres qui pourraient nous être proches ? Comme Jacques Monod il est difficile de l'imaginer. "L'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard", écrivait-il en conclusion de son essai sur le "hasard et la nécessité".

 

Chacune des espèces vivant sur terre est elle-même seule dans "l'immensité indifférente de l'Univers" mais on sait, à présent, que toutes sont interdépendantes. Le hasard les a fait naître mais le hasard n'est plus nécessairement la première cause de leur disparition. Un espèce, l'espèce humaine, est devenue, en moins de deux siècles, le premier des animaux terrestres capable de modifier, profondément, les conditions de la vie sur la planète. Au point d'y menacer l'existence des autres espèces, y compris de la sienne.

 

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voir aussi : Carbone et CO2. De l'origine de la vie au dérèglement climatique. Toute une histoire.

 

 

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 20:16

 

Par un jugement du 14 octobre 2021, le tribunal administratif de Paris a, pour la première fois, enjoint à l’Etat de réparer les conséquences de sa carence en matière de lutte contre le changement climatique. A cette fin, le tribunal a ordonné que le dépassement du plafond des émissions de gaz à effet de serre fixé par premier budget carbone (2015-2018) soit compensé au 31 décembre 2022, au plus tard.

 

En mars 2019, les associations de défense de l’environnement Oxfam France, Notre Affaire à tous, Fondation pour la Nature et l’Homme et Greenpeace France ont introduit quatre requêtes devant le tribunal administratif de Paris afin de faire reconnaître la carence de l’Etat français dans la lutte contre le changement climatique, d’obtenir sa condamnation à réparer non seulement leur préjudice moral mais également le préjudice écologique et de mettre un terme aux manquements de l’Etat à ses obligations.

 

Par un jugement du 3 février 2021, le tribunal a considéré que l’Etat devait réparer le préjudice écologique causé par le non-respect des objectifs fixés par la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a également ordonné un supplément d’instruction avant de statuer sur l’évaluation et les modalités de réparation concrètes de ce préjudice.

 

Par son jugement rendu le 14 octobre 2021, le tribunal indique tout d’abord qu’il lui revient de vérifier si le préjudice né du dépassement du premier budget carbone perdure et s’il a déjà fait l’objet de mesures de réparation à la date du jugement. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer, ainsi que le demandaient les associations, sur le caractère suffisant de l’ensemble des mesures susceptibles de permettre d’atteindre l’objectif de réduction de 40 % des gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990, cette question ayant été examinée par le Conseil d’Etat dans sa décision du 1er juillet 2021, Commune de Grande-Synthe.

 

Le tribunal relève ensuite que le plafond d’émissions de gaz à effet de serre fixé par le premier budget carbone pour la période 2015-2018 a été dépassé de 62 millions de tonnes « d’équivalent dioxyde de carbone » (Mt CO2eq). L’évaluation du préjudice se faisant à la date du jugement, le tribunal relève que la réduction substantielle des émissions de gaz à effet de serre en 2020, bien que liée de façon prépondérante aux effets de la crise sanitaire de la covid-19 et non à une action spécifique de l’Etat, doit être prise en compte en tant qu’elle permet, pour partie, de réparer le préjudice. En définitive, le tribunal constate que le préjudice perdure à hauteur de 15 Mt CO2eq.

 

S’agissant des modalités de réparation du préjudice, le tribunal ordonne au Premier ministre et aux ministres compétents de prendre toutes les mesures sectorielles utiles de nature à réparer le préjudice à hauteur de la part non compensée d’émissions de gaz à effet de serre au titre du premier budget carbone. Le tribunal ajoute que le contenu de ces mesures relève de la libre appréciation du gouvernement à laquelle il ne lui appartient pas de se substituer.

 

Le tribunal précise que le préjudice écologique né d’un surplus d’émissions de gaz à effet de serre présente un caractère continu et cumulatif dès lors que le dépassement du premier budget carbone a engendré des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre, qui s’ajouteront aux précédentes et produiront des effets pendant toute la durée de vie de ces gaz dans l’atmosphère, soit environ 100 ans. Par conséquent, la réparation de ce préjudice implique non seulement l’adoption de mesures propres à le faire cesser mais également que celles-ci soient mises en œuvre dans un délai suffisamment bref pour prévenir l’aggravation des dommages constatés. Le tribunal ordonne en conséquence que la réparation du préjudice constaté de 15 MtCo2eq soit effective au 31 décembre 2022 au plus tard. Et, à ce stade, il n’assortit pas cette injonction d’une astreinte.

 

Lire le jugement n° 1904967-1904968-1904972-1904976

Contact Presse : Florence Demurger, florence.demurger@juradm.fr

                                                     documentation.ta-paris@juradm.fr

 

 

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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 15:48

Quand, en ces dernières années du 20ème siècle, j'enseignais les sciences physiques au lycée de l'Elorn à Landerneau, je conduisais mes élèves au  centre des archives qui se trouvait au manoir de Keranden proche du lycée (voir). Là se trouvait une collection de la revue "La Nature" qui était une source fabuleuse pour un retour sur l'histoire des sciences. Un des exercices imposé chaque année était la rédaction d'un ouvrage collectif sous le titre de "Les sciences il y a 100 ans". En binômes, chacune et chacun choisissait alors la découverte qui lui semblait la plus illustrative. Rayons X, radioactivité, début du cinéma... bien des sujets ont été ainsi explorés.

En cette année 2021 marquée par le confinement pour cause de Covid, l'idée m'est venue de reprendre l'exercice et d'en livrer le résultat aux éventuels lecteurs et lectrices de ce site.

 

1921. Premier semestre.

 

Alors que l'extraction de gaz et de pétrole de schiste fait l'objet de débats en cette période de dérèglement climatique, je ne pouvais que m'arrêter sur l'article : Huiles et essences de schiste, une richesse inexploitée de notre sol (P. MAISONS) (p.254).

 

Une introduction qui invite à lire la suite.

 

Extrait : "La France possède actuellement deux centres principaux d'extraction de ces schistes : le Bourbonnais et l'Autunois, en outre desquelles il existe diverses concessions de schistes dans les Basses-Alpes, le Puy-de-Dôme, la Vendée et le Var, mais, sauf dans cette dernière région où les mines de Boson, près de Fréjus, viennent d'être mises en exploitation, ces concessions sont à peine exploitées.

 

En 1913, d'après une statistique du ministère des travaux publics, on n'extrayait en France que 221 000 t. de schiste d'où étaient tirées 133 000 hectolitres d'huile brute, dont la moitié pour le Bourbonnais et l'Autunois ; mais dans un rapport sur les ressources de la France en carburant établi pendant la guerre par Messieurs Périssié et Guiselin, ceux-ci estimaient qu'on pourrait sans difficultés extraire annuellement de notre sol 420 000 tonnes de schistes donnant 300 000 hl d'huiles brutes. D'après d'autres estimations plus récentes, le seule production du Bourbonnais et de l'Autunois pourrait être décuplée et atteindre annuellement un million de tonnes de schiste."

 

Cent ans plus tard : Controverses sur le gaz de schiste

 

_____________________________________________________________________

 

1921 : Quarante-neuvième année, deuxième semestre.

 

Étonnant pour le breton que je suis : un article sur les Bigoudenn !

 

 

http://cnum.cnam.fr/CGI/fpage.cgi?4KY28.101/421/80/658/5/653

 

 

On peut y lire que la population bigoudenn soulève "un curieux problème d'ethnographie, dont peu de savants jusqu'ici se sont préoccupés : quelle est l'origine de ces bigoudenn ? Sont-ce des blancs, comme les autres bretons, ou bien quelque enclave de race jaune primitive, finalement repoussée vers l'extrémité du continent ? Ne peut-on retrouver dans leur si curieux costume des traces de ces origines lointaines ?"

 

Une hypothèse que l'auteur de l'article, le breton Auguste Dupouy, s'emploie à détruire : " la population bigoudenn n'est nullement une enclave touranienne parmi les Aryens, à peine une enclave celtique parmi d'autres celtes. On peut admettre qu'il y a eu superposition ou juxtaposition de tribus dans l'Armorique, distinguer, par exemple, des autochtones et des insulaires, tous de même race fondamentale."

 

 

 

La légende bigoudène aura encore une longue vie...

 

 

 

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 11:40

 

C’est par hasard que nous avons rencontré Pierre Gane.

 

Cela s’est fait au détour d’un article publié le 26 novembre 1946 dans Ouest-France qui nous parlait d’une des premières éoliennes installées en Bretagne.

 


 

Cet article se trouvait dans les archives familiales d’amis finistériens particulièrement sensibilisés à la nécessité d’’économiser l’énergie et de mettre en œuvre des énergies renouvelables.

 

On imagine leur satisfaction en se souvenant que c’était dans la ferme de leur enfance qu’avait tourné l’une des premières éoliennes installées en Bretagne.

 

 

Quand la fée électricité vient, enfin, visiter la campagne, elle est reçue avec les honneurs dus à son rang. Le ton du journaliste est enthousiaste :

 

"Le vent soufflait dur sur le plateau de Ker-Deniel, en Landudal quand, en compagnie de Pierre Gane, nous arrivâmes à la ferme de M. Le Naour, puis de celle de M. Quintin. Une portée de fusil sépare les deux habitations. Entre-elles, ailes rabattues, l’éolienne ne s’inquiétait pas du vent qui sifflait dans son fuselage. Les 28 éléments de la batterie d’accus avaient fait leur plein d’électricité. Les moteurs tournaient dans les fermes, des lampes versaient une belle lumière blanche dans les pièces sombres et l’eau sous pression s’échappait avec force des tuyaux d’acier.

 

Voilà, nous déclara M. Quintin ce que nous devons à l’éolienne. Depuis son installation, nous possédons une nouvelle richesse.

 

Pierre Gane, l’ingénieur-constructeur, ne soufflait mot. Il enregistrait avec modestie, mais satisfaction, les propos du fermier qu’il n’avait pas provoqués."

 

 

Monsieur Quintin, Pierre Gane... et l'éolienne.

voir aussi

 

Pierre Gane, adepte du verlan, a inversé son nom pour baptiser ses éoliennes du nom de "Enag". Elles sont réputées simples, solides et faciles à monter. Les pales sont en duralumin, un alliage d’aluminium qui commence à être utilisé. La dynamo, conçue pour avoir un bon rendement à bas régime, alimente des accumulateurs au plomb.

 

Le journaliste semble en avoir rajouté dans le lyrisme. Si les enfants de M. Quintin se souviennent des lampes électriques il n’ont pas le souvenir de la longue liste de machines décrites :

 

"Les lampes ont été montées au grenier ; une pression sur un bouton, l’écrémeuse ronronne, le broyeur d’ajoncs, le coupe-racines, le hache-paille entrent en action... la scie électrique chante et crie sous la grange".

 

Ces belles machines agricoles qu’on ne trouve plus que dans les musées ne pouvaient à l’évidence pas être toutes alimentées par la modeste éolienne installée. Au moins le journaliste concède-t-il que la faiblesse de la batterie ne permettrait pas d’alimenter la cuisinière électrique qui plairait à la fermière.

 

Le fermier, lui, est sensible à l’idée d’être un maillon dans la chaîne des utilisateurs du vent :

 

"Nos grands-pères utilisaient le vent pour broyer le grain, nos pères, pour monter l’eau ; à notre stade nous en sommes à fabriquer de l’électricité avec application immédiate aux besoins de la maison et de la profession. Qu’inventerons nos fils ?"

 

Des projets d’invention, l’ingénieur Pierre Gane n’en manque pas.

 

Pierre Gane, l’ingénieur.

 

Quand Pierre Gane a-t-il commencé à s’intéresser à l’électricité et aux éoliennes ? En 1943, on le dit occupé à en construire à Quimper en faisant travailler des réfractaires au S.T.O. et en se débrouillant pour trouver les matériaux. ( Cahier d’éole n° 2 page 13). Deux mille machines, dont beaucoup exportées, auront ainsi été fabriquées par Enag dans le demi siècle qui a suivi.

 

L’éolienne qu’il installe à Landudal doit être proche de ses premiers prototypes.

 

En 1948, on sait que cinq de ses éoliennes ont été choisies pour équiper des maisons forestières à Châlons-sur-Marne.

 

"L’éloignement de la majorité de nos Maisons Forestières crée, dans les circonstances économiques actuelles, une impossibilité pratique absolue d’envisager leur électrification par l’Électricité de France.

En effet, les dépenses occasionnées par l’électrification des « écarts » se montent à un ou plusieurs millions dès que les distances sont de l’ordre de 1 à 2 km., ce qui représente cependant des éloignements courants pour des logements forestiers...

 

Notre attention fut alors attirée sur la solution éolienne, par un de nos agents qui eut l’initiative de procéder à l’installation d’une éolienne sur son logement (Maison forestière appartenant aux Hôpitaux- Unis de Châlons-sur-Marne).

 

Réalisée à l’époque pour une dépense relativement peu élevée (70.000 francs en 1946), cette installation fonctionna un an avec la plus complète régularité. Il s’agissait d’une éolienne 12 volts du type « Enag », placée au sommet d’un épicéa de 32 à 35 m. de hauteur, équipée d’une simple batterie d’auto de 12 volts.

Encouragés par cette expérience, nous avons donc proposé et pu réaliser en 1948, 5 installations d’éolienne « Enag », en vue d’assurer l’électrification de 5 maisons forestières doubles ou simples." (REVUE FORESTIÈRE FRANÇAISE)

 

Les responsables des maisons forestières font à cette occasion mention d’une méthode de stockage de l’énergie éolienne se substituant éventuellement aux batteries :

 

"La génératrice envoie le courant dans un bac d’eau, l’électrolyse de l’eau donne : à l’anode de l’oxygène, à la cathode de l’hydrogène. Ces deux gaz sont emmagasinés automatiquement sous pression.

 

L’oxygène peut être vendu sur la base de 25 francs le mètre cube à la production ; l’hydrogène sert à actionner un moteur à gaz pauvre qui, aux heures d’accalmie, entraîne la génératrice, assurant ainsi la continuité de la production de l’électricité."

 

L’idée n’est pas irréaliste. Elle fait partie des solutions proposées par de savantes études contemporaines.

 

Voir encore :

 

 

Un lecteur nous communique que Pierre Gane avait équipé la première expédition de Paul Emile Victor en Terre Adelie d'au moins une éolienne. Par ailleurs à la fin des années 70 et au début des années 1980 il avait mis au point et réalisé une voiture électrique d'une autonomie de 400KM avec des vitesses de l'ordre de 110 à 120 km/H : il avait réussi à réduire la taille des batteries et commençait à envisager un réseau permettant de changer les batteries pour faire le plein. Il existait au moins deux voitures électriques conçues par Pierre Gane en état de marche. Une à Quimper et l'autre dans les Landes où il avait un client un général en retraite qu'il avait équipé d'une Turbine pour recharger sa voiture. 

 

 

Après Plogoff, les éoliennes, on y croyait !

 

 

Faire de la Bretagne une vitrine des énergies renouvelables, nous en avons rêvé après la victoire de Plogoff. Les éoliennes ENAG y auraient eu leur rôle pour peu que cette activité industrielle ait été encouragée.

 

La création du "Centre national d’essais éoliens de Lannion" en 1983 (voir la vidéo de son inauguration) avait suscité un véritable espoir suivi d’une vraie déception quand il a été fermé en 1989.

 

1998 :  Fondateur de la société ENAG Pierre Gane n'est plus.


le Télégramme

 

Il était malade depuis l'été dernier. Il s'est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi à son domicile de la cité Kerguélen à Quimper. Il venait d'avoir 94 ans, puisqu'il est né le 22 janvier 1904 à Eymoutiers (Haute Vienne) près de Limoges, tout comme son épouse, née Jeanne Champeaux, disparue l'année dernière.

 

Pierre Gane était arrivé à Quimper avant-guerre. Il faisait du cinéma ambulant dans les salles de danse. A Quimper, son point de chute était l'hôtel Moderne où, finalement, en 1936, il ouvrit une vraie salle de projection qu'il baptisa le Rex, puis le Korrigan, 20 ans plus tard, à l'occasion de travaux de rénovation. Après-guerre, il créa le Cornouaille, au dernier étage duquel il installa son appartement, cité Kerguélen.

Mais Pierre Gane était plus qu'un exploitant de salle de cinéma. Inventif et infatigable, en 1946, il ouvrit un atelier d'électro-mécanique, rue de Pont-l'Abbé, à la hauteur de la rue Bourg-lès-bourgs. Cette entreprise, qu'il baptisa ENAG, anagramme de GANE, connut vite le succès et c'est une usine qu'il fallut bientôt construire. Elle employa jusqu'à plus de 80 salariés.

 

La société ENAG fournissait la Marine et l'Aviation. Celle là même que Pierre Gane céda en 1984, à 70 ans, au repreneur qui l'exploite encore aujourd'hui. Homme indépendant, épris de liberté, Pierre Gane se flattait d'être le seul patron quimpérois d'importance adhérent d'aucune organisation patronale et sans syndicat dans son entreprise.

 

Autre facette de l'industriel quimpérois, l'élevage de chevaux de course dans sa ferme de Fao Glaz à Plonéour-Lanvern. Il n'y a pas si longtemps encore il en possédait une vingtaine. Plusieurs de ses pur-sang connurent des succès flatteurs sur les champs de course. Son meilleur crack avait été baptisé Fao Glaz.

 

Toute une époque ! Mais n'est-ce pas une autre époque qui s'en va avec ce Limougeot qui aura vécu les deux tiers du siècle à Quimper ? Les obsèques de Pierre Gane seront célébrées lundi à 14 h à Saint-Corentin. Son corps sera inhumé au cimetière Saint-Louis où reposent déjà son épouse, ainsi que son fils qu'une maladie emporta dans son jeune âge. Pierre Gane, à 90 ans, continuait de cultiver sa passion pour les chevaux dans sa ferme de Fao Glaz à Plonéour-Lanvern.

 

ENAG aujourd’hui.

 

D’autres repères viendront peut-être, par la suite, nous permettre d’en savoir un peu plus sur Pierre Gane. Une chose est certaine : l’aventure ENAG s’est poursuivie.

 

"Forte de plus de 60 ans d’expérience, ENAG innove, conçoit et réalise des produits destinés à la conversion d’énergie statique et dynamique."

 

 

"Un peu d’histoire...

 

1946 Naissance d’ENAG (anagramme du nom de son fondateur, Pierre Gane).

 

2009 Déménagement des sociétés ENAG et CRISTEC dans une usine neuve, nettement plus grande et facile d’accès, en zone industrielle de Kerdroniou Est à Quimper."

 

Des éoliennes aux hydroliennes.

 

C’est une des génératrices Enag qui a équipé le premier essai d’hydrolienne dans l’Odet.

 

 

Voir encore en Juin 2015

Cet été, une partie de l’électricité de l’île d’Ouessant sera produite par l’hydrolienne Sabella D10 immergée dans le Fromveur. Une première nationale !


 

voir aussi :

 

Le jour où l’électricité est arrivée dans le Finistère.

 

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Voir encore :

Avel kentoc’h eget gaz.

 

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Décembre 2017.  Quimper. La société Enag met le train sur pile (Le Télégramme

 

L'entreprise quimpéroise Enag, spécialisée dans la conversion d'énergie, a développé un système de traction sur batterie pour locomotives.

 

Une innovation qui pourrait permettre aux trains de circuler sur des tronçons non électrifiés, sans utiliser de diesel.

 

 

 

Imaginons un train, qui, sur une portion du réseau non électrifiée, pourrait circuler sans faire tourner son moteur diesel, sans bruit ni pollution. L'entreprise quimpéroise Enag, pionnière, depuis 1946, dans la conversion d'énergie l'a fait. En moins d'un an, elle a mis au point un système de traction alimenté par batterie pour les locomotives diesel. « Un opérateur qui réalise des travaux sur les voies, dont je ne peux pas encore dévoiler le nom, nous a commandé un train de travaux à propulsion hybride », annonce Henri Le Gallais, le président d'Enag.

 

Pour l'instant, une seule unité est sortie des ateliers de fabrication, situés zone de Kerdroniou à Quimper (29), pour un montant « inférieur au million d'euros ». Elle débutera, lundi, sa deuxième session de certification pour une mise en service en janvier prochain. Le système, composé d'une batterie lithium ion, d'une armoire de commande, d'un moteur électrique et d'une prise à quai, équipe une locomotive de travaux, destinée à tracter les trains contenant le matériel : grues, ballasts, rails, traverses... « Lors d'un chantier sur voie, les caténaires sont coupées, la locomotive est donc obligée d'utiliser la traction au diesel. Cela pose des problèmes, notamment dans les tunnels, à cause des émissions de gaz, et dans les zones urbaines où le moteur produit des nuisances sonores », poursuit celui qui a pris la direction de la société en 2014.

 

 

 

 

 

Expérience en milieu hostile

Avec ce système, les locomotives pourront circuler une heure, à une vitesse d'environ 10 km/h, le moteur électrique délivrant une puissance de deux fois 250 kW. Suffisant pour passer tous les types de pentes et « arracher » le train, terme utilisé pour désigner sa mise en mouvement. Quatre procédés sont utilisés pour charger la batterie : le branchement électrique à quai, le freinage, l'alternateur du moteur diesel et un groupe électrogène. « Le système est parfaitement autonome, le conducteur ne doit pas avoir à le gérer, c'est tout l'intérêt ».

 

Pour cette quasi-innovation - « à ma connaissance il y a déjà eu quelques trains hybrides, fabriqués par des géants comme Alsthom » - la « petite » entreprise de 90 salariés a pu s'appuyer sur une solide expérience dans la conversion d'énergie en milieu sévère. Déjà, en 1950, Enag fournissait une éolienne à l'explorateur français Paul-Émile Victor pour son expédition polaire au Groënland. Depuis les innovations se sont succédé dans le monde ferroviaire, maritime ou de la défense. « Nous avons réalisé la propulsion hybride des deux nouveaux patrouilleurs commandés par l'État pour la Guyane ». Au moment d'imaginer l'avenir de la batterie pour train, Henri Le Gallais avoue « ne pas avoir encore étudié le marché », mais une société suisse pourrait déjà être intéressée.

 

Histoire. Il y a un siècle, les éoliennes prenaient déjà place dans les paysages de l’Ouest.

 

« C’est le vent qui m’éclaire »

 

Déjà une éolienne. La lubie d’un bricoleur inspiré ? Pas vraiment. Au lendemain de la guerre, en 1946, Ouest-France s’intéresse aussi à cette grande roue qui tourne avec le vent, cette fois dans une exploitation agricole de Landudal (Finistère). À l’époque, l’électricité ce n’est pas aussi simple que d’appuyer sur un bouton, surtout à la campagne. Si en ville, le problème de l’électricité ne se pose pas, il devient entier dans nombre de villages éloignés des grandes routes et des lignes à basse tension​, rappelle Ouest-France.

Ici aussi, dans cette ferme sur le plateau de Ker-Deniel, une éolienne entre en action. Elle permet de faire tourner les machines agricoles comme d’éclairer les bâtiments de la ferme. On ne connaît pas les coupures de courant sur le plateau de Ker-Deniel​, résume le journal.


 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 15:24

Août 2017, sur le sable de la plage de la baie des trépassés un "mandala" géant. Il a été réalisé à l'initiative de l'association "Plogoff, mémoire d'une lutte" qui, chaque année, organise une marche dans la pointe du Raz en souvenir de l'abandon du projet de centrale nucléaire à Plogoff. Cette année, la cinéaste Dominique Agniel est en cours de tournage de son film "Plogoff mon amour, mémoire d'une lutte". Elle est à l'origine de ce projet  de mandala, réalisé sous la direction de Émilie Vincent. Ses images ponctueront son film.

 

A y regarder de plus près, un message écologique est inscrit dans le sable.

Plogoff, mémoire d'une lutte.
Les quatre éléments dans le mandala de Émilie Vincent dans la baie des trépassés.

 

En opposition aux centrales nucléaires, le feu, l'air, l'eau, la terre, les quatre éléments de Empédocle, Platon, Aristote, sont mis à contribution. Chacun est associé à une énergie alternative.

 

- Le feu symbolise l'énergie du soleil qui trône au centre de la composition.

 

- L'air nous rappelle le vent qui souffle dans les éoliennes dont les premières, en Bretagne, ont été installées dans le Cap Sizun à proximité de Plogoff.

 

- L'eau, c'est l'énergie des fleuves mais aussi des courants marins si actifs dans la mer d'Iroise.

 

- La terre fournit la biomasse qui, bien exploitée, peut apporter un complément d'énergie.

 

Une renaissance des quatre éléments ?

 

A la fin du 18ème siècle le chimiste Lavoisier et ses collaborateurs ont signé l'acte de mort des quatre éléments en tant que théorie scientifique. Aucun d'entre eux ne résiste :

 

- Le feu n'est plus la substance matérielle que ses prédécesseurs immédiats ont cru pouvoir caractériser sous le nom de "phlogistique". Les combustions s'expliquent par  des réactions entre éléments chimiques.

 

- L'air est en réalité un mélange de gaz dont les principaux sont l'azote et l'oxygène.

 

- L'eau peut se décomposer en oxygène et hydrogène.

 

- La terre a depuis longtemps perdu , avec l'alchimie, son statut d'élément.

 

Du point de vue scientifique l'affaire est entendue : oublions les quatre éléments.

 

Et voilà qu'un scientifique et philosophe, Gaston Bachelard (1884-1962), les fait renaître sous une forme poétique dans "La psychanalyse du feu", "L’eau et les rêves", "L’air et les songes", "La terre et les rêveries de la volonté". La psychanalyse se définit comme une exploration de l'inconscient, les quatre éléments y seraient-ils durablement inscrits ?

 

Leur retour avec l'écologie ?

 

L'écologie ne rejette pas les enseignements de Lavoisier qui a exclu les quatre éléments de la réflexion scientifique. Elle est une des filles des sciences. Ce sont les scientifiques aujourd'hui regroupés dans le GIEC qui nous alertent, chiffres à l'appui, sur la catastrophe climatique qui s'annonce. D'autres scientifiques font le bilan de la perte de biodiversité qui menace allant même jusqu'à évoquer une sixième extinction en cours. Ce sont des agronomes qui  dénoncent les dégâts de l'agriculture productiviste et proposent d'autres alternatives. L'écologie militante se nourrit de leurs recherches. Pourtant les connaissances scientifiques ne s'opposent pas à la rêverie poétique. Il est remarquable que c'est encore souvent autour des quatre éléments que s'organise la réflexion des écologistes dans le débat public.

 

Le feu, c'est l'énergie. L'économiser, des énergies renouvelables non polluantes pour remplacer les énergies d'origine fossile ou nucléaire. Tel est le débat.

 

L'air ? On commence à peine à mesurer les effets de la pollution de l'air sur la santé (50.000 décès prématurés par an en France). Quant à l'augmentation des gaz à effet de serre et leur action sur le climat, tout a été dit.

 

L'eau. Sa pollution est dénoncée mais aussi son partage inégal sur la planète sans parler des sécheresses qui gagnent ici et des inondations ailleurs.

 

La terre. Celle qui nous nourrit. On semble seulement découvrir  qu'elle est le résultat d'un long processus biologique que la chimie et la mécanique s'emploient à détruire.

 

 

La mer a emporté vers d'autres horizons le message des quatre éléments porté par le mandala de la baie des trépassés. La force poétique du feu, de l'air, de l'eau, de la terre, qui a traversé les millénaires, habite encore, et peut-être pour longtemps,  nos inconscients.

 

 

à écouter : Stivell, Beg ar van.

 

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26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 08:50

Lors de sa visite à Brest, en août 1858, Napoléon III assiste à la coulée d'une hélice. Le choix est symbolique. Depuis l'année 1850 qui voit le lancement du Napoléon, la France est la première nation à équiper sa marine de guerre de navires à vapeur actionnés par une hélice. Un nom est associé à cette prouesse technique, celui de Dupuy de Lôme.

 

Né à Ploemeur, dans le Morbihan, en 1816, Henri Dupuy de Lôme passe son enfance dans une famille liée à la marine par son père, capitaine de frégate, et au milieu des armateurs de la Compagnie des Indes par sa mère. Admis à l’École Polytechnique, il choisit, à sa sortie, le corps des ingénieurs militaires du génie maritime. Il s'y illustre par des nombreuses innovations comme le blindage des navires ou la construction de bâtiments totalement en fer. Mais son titre de gloire reste la construction du Napoléon, premier navire de guerre à vapeur muni d'une hélice.

Le Napoléon.

Dupuy de Lôme l'ingénieur de la marine.

 

Utiliser une machine à vapeur sur un navire n'est pas une nouveauté. Denis Papin, l'inventeur, l'avait lui même expérimenté. Sa machine actionnait une roue à aube, directement inspirée de celles qui équipaient les moulins à eau. De telles roues à aubes mises en mouvement par le moteur humain équipaient déjà la marine chinoise au 10ème siècle. Actionnées par la vapeur elles feront le succès des navires à fond plat naviguant sur les lacs et les rivières. L'ingénieur américain Robert Fulton en fera une première démonstration sur la Seine sous le Directoire avant de les mettre en activité sur les fleuves américains. Leur relative fragilité les rendra cependant peu efficaces pour les navires de haute mer qui devront affronter vagues et tempêtes. Et encore moins pour des navires de guerre où ces roues volumineuses se révéleront particulièrement exposées aux tirs ennemis.

 

C'est à ce problème que se trouve confronté l'ingénieur Dupuy de Lôme intimement persuadé que la vapeur est l'avenir de la marine. Si le modèle de la roue à aube équipant les moulins des rivières ne peut convenir pourquoi ne pas s'inspirer des moulins à vent  dont les ailes annoncent les pales des hélices ? Le problème est qu'une hélice doit avoir un diamètre réduit pour être constamment immergée. Il en résulte qu'elle devra tourner à une grande vitesse pour développer la puissance nécessaire au déplacement à plus de 13 nœuds d'un lourd navire de 5000 tonnes de déplacement portant 90 canons. Les lentes machines des bateaux à aubes ne peuvent plus convenir. C'est tout un ensemble technique qui doit être imaginé. Un véritable défi à relever. Pourtant le coup d'essai sera un coup de maître. Le Napoléon, premier prototype achevé en 1850, se verra remarquer dans la guerre de Crimée par sa maniabilité et sa capacité à remorquer les voiliers de son escadre en l'absence de vent. Il sera rapidement imité et son concepteur, souvent présenté comme "l'inventeur" de l'hélice, sera appelé aux plus hautes distinctions.

 

Dupuy de Lôme l'aérostier.

 

Si on ne retient dans notre Ouest maritime que ce titre de gloire de Dupuy de Lôme, c'est une autre innovation qui lui vaudra la célébrité dans le milieu parisien. En 1857 il a été nommé à la direction des constructions navales et du matériel au ministère de la Marine. En 1866 sa qualité scientifique est reconnue par l'Académie des Sciences qui le reçoit parmi ses membres. Loin des ports de sa Bretagne natale c'est un nouveau domaine qui l'attire : celui de l'aérostation et de son possible usage militaire. Le premier ballon utilisé en temps de guerre a été lancé par les troupes républicaines à Fleurus en 1794. On se souvient aussi des ballons du siège de Paris en 1870 quand le photographe Nadar a créé la "compagnie des aérostiers militaires" équipée de ballons captifs pour l'observation et de ballons libres pour les expéditions de courrier ou l'exfiltration de responsables militaires et politiques. Problème : ces derniers sont livrés au caprice du vent et atterrissent souvent bien loin de leur cible. C'est pourquoi le Gouvernement de Défense Nationale donne mission à Dupuy de Lôme de concevoir un aérostat dirigeable propulsé par une hélice.

 

Celui-ci ne sera testé qu'en 1872 à Vincennes. L'ingénieur lui donne la forme, devenue classique, d'un long fuseau. "La forme oblongue du ballon est non seulement utile (souligné par lui) pour diminuer sa résistance sous un même volume, mais elle est nécessaire pour permettre de gouverner en route" écrit-il dans le mémoire qu'il adresse à l'Académie des sciences et qu'il fait publier. Le Ballon est gonflé à l'hydrogène produit par la méthode mise au pont par Lavoisier et déjà utilisée par les aérostiers des armées républicaines.

 

Sous le fuseau est suspendue une nacelle de 6m50 de longueur. Dans celle-ci "quatorze hommes d'équipage" ! Car ce sont bien des marins auxquels a fait appel l'ingénieur du génie maritime. Parmi ceux-ci, huit seront chargés de faire tourner l'hélice au moyen d'un "treuil à bras composé tout simplement d'un arbre en fer coudé porté par deux bancs de la nacelle". Une robuste manivelle en quelque sorte. Ils devront se relayer par groupe de quatre toutes les demi-heures tant l'effort demandé est intense. Un timonier sera chargé du gouvernail, les autres seront occupés à des tâches diverses dont l'observation.

 

Naviguer à la rame au siècle de la vapeur ? Gaston Tissandier, chroniqueur scientifique et lui même aérostier s'en amuse. Il rappellera pour l'occasion que dès 1852, Henri Giffard avait piloté un ballon dirigeable dont l'hélice était actionnée par une machine à vapeur.

 

On trouve encore le nom de Dupuy de Lôme donné à un ballon dirigeable construit en 1912 pour l'armée française. Il est utilisé pour des missions d'observation et de bombardement dès le début de la guerre en 1914. Mais sa vie militaire sera courte. Au retour d'une mission il est confondu avec un Zeppelin de l'armée allemande et abattu par l'artillerie de son propre pays.

 

Retour à la marine où on se souvient encore de Dupuy de Lôme. Un cuirassier lancé à l'arsenal de Brest en 1887 a porté son nom ainsi qu'un sous-marin construit en 1916 à Toulon.

Actuellement le Dupuy de Lôme est un navire truffé d'électronique de la Direction du Renseignement Militaire.


 

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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 19:41

En privilégiant l’expérimentation, l’astronome italien Galileo Galilei a révolutionné le monde de la science.

Un éclairant documentaire-fiction sur ARTE

C’est en partie grâce à lui que la science empirique s'est imposée, envers et contre tout. Mathématicien, physicien, géomètre et astronome, l’Italien Galileo Galilei (1564-1642), dit Galilée, a bousculé les savoirs établis en prônant une vision du monde fondée sur l’observation. Il a dès lors remis en cause les grandes autorités de son temps, réfutant les théories d’Aristote, qui encore à l’époque faisaient référence, et s’attirant les foudres de certains de ses confrères, puis de l’Église catholique, au sein de laquelle on se divise à son propos. Commence alors une longue controverse, au cours de laquelle Galilée s’aliène ses plus fervents soutiens, tel le pape Urbain VIII. Finalement condamné pour hérésie pour avoir défendu l’héliocentrisme copernicien contre le sens littéral des Écritures, Galilée n’a été réhabilité qu’en 1992 par le pape Jean-Paul II.   
 

Ce documentaire-fiction retrace le parcours mouvementé d’un savant à l’esprit critique affûté, expérimentateur plein de ressources, auquel on doit, entre autres, le perfectionnement du télescope et la découverte de quatre des lunes de Jupiter : Io, Europe, Ganymède et Callisto. 

 

Réalisation :

  • Eike Schmitz

  • Susanne Utzt

Pays :

  • Allemagne

Année :

  • 2021

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8 septembre 2021 3 08 /09 /septembre /2021 17:00

 

Les récentes analyses scientifiques d’une œuvre du peintre David (1748-1825) bouleversent notre compréhension de ce portrait emblématique en révélant des modifications artistiques majeures.

 

 

L'analyse du tableau de Jacques-Louis David, "Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794) et Marie-Anne Lavoisier  (1758-1836)" a révélé de nombreuses modifications et une première version de l'oeuvre, différente.

Crédits: Metropolitan of Art, MET, New York

 

"Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme"… Lavoisier, le père de la chimie moderne n’aurait pu mieux dire ! Dans l’étude d’une des plus célèbres réalisations du peintre Jacques-Louis David (1748-1825), le double Portrait d’Antoine-Laurent Lavoisier et Marie-Anne Lavoisier, exposé depuis 1977 au Metropolitan Museum of Art (MET) de New York (Etats-Unis), l’utilisation des nouvelles technologies a révélé un secret au coeur de l'oeuvre, attribuant soudain un regain d’intérêt pour cette toile représentant le couple de savants six ans avant qu'Antoine-Laurent Lavoisier ne soit guillotiné sous la Terreur en 1794.

 

Un article publié dans la revue Heritage science sous la direction du conservateur David Pullins affirme en effet que trois années d'analyses ont révélé des modifications importantes apportées par le chef de file du mouvement néoclassique français à la composition originale de son tableau monumental (259,7 x 194,6cm). Cette "première étude technique approfondie jamais réalisée sur un tableau de David", laisse en effet apparaitre le couple dans une toute autre posture et un décor beaucoup plus aristocratique. 

 

 

Les transformations de l'oeuvre originale "Portrait d’Antoine-Laurent Lavoisier (1743-1794) et Marie-Anne Lavoisier (1758-1836)", par le peintre David (1748-1825), révélées par de récents examens.  ©Metropolitan Musem of Art, New york.

 

Un riche couple aristocratique "consommateur de grand luxe"

 

Les analyses effectuées par les équipes de conservation et de recherche scientifique du MET ont été réalisées grâce notamment à la microscopie optique, utilisée initialement dans le cadre de l’élimination d’un vernis synthétique détérioré. Une approche analytique combinant de la spectrométrie de fluorescence des rayons X (MA-XRF), de la spectroscopie Raman associés à de la microscopie électronique à balayage et de la réflectographie infrarouge (IRR) ont ensuite permis de faire apparaitre certaines irrégularités et des couleurs sous-jacentes inattendues. Aux yeux des spécialistes, celles-ci révèlent qu’à l’origine, le peintre David, artiste alors à la mode au sein de la haute société parisienne, avait opté pour une tout autre représentation du couple. Pas celle du savant et de son épouse et collaboratrice "Ils travaillaient ensemble à la publication d’un Traité élémentaire de chimie", explique Stephane Blond, Maître de conférences en histoire moderne à l’Université d’Evry (Essonne).

 

Mais plutôt celle d’un riche couple aristocratique "consommateur de grand luxe". Ainsi, madame Lavoisier arborait initialement un grand chapeau à plumes orné de rubans bleus, de noeuds et de fleurs artificielles -dit "chapeau à la Tarare"- très en vogue en ces années. De même, la nappe rouge a drapé ce qui était originellement un bureau décoré de bronze doré. Ce n'est qu'ultérieurement que David a choisi d'y rajouter les instruments scientifiques qui marquent la place du couple à la naissance de la chimie moderne, changeant ainsi radicalement le sens de son tableau. David montre ainsi Lavoisier dans ce qui est sans doute l'hôtel du Grand Arsenal où le savant des Lumières possédait un laboratoire que matérialisent baromètre, gazomètre et autre ballon de verre sur la toile. En procédant à ces modifications, le peintre a-t-il choisi d'atténuer l'impression de richesse émanant de sa première version et de privilégier le savant par rapport à sa charge de Fermier général, riche collecteur des impôts royaux?

 

Le tableau de Jacques-Louis David tel qu'il est aujourd'hui exposé. © Metropolitan Musem of Art, New york.

 

Des modifications apportées par David juste avant la Révolution Française de 1789

 

"Il a finalement mis en avant le statut de scientifiques progressistes du couple, présentant Lavoisier et son épouse comme des penseurs rationnels réunis dans une pose affectueuse", écrivent les auteurs de la publication. Une pose dirait-on plus populaire. Les analyses ont également permis de comprendre de quelle manière magistrale David est parvenu à modifier son œuvre en dissimulant la première version par l’utilisation de mélanges de peinture qui permettaient une couverture maximale de la toile, en laissant peu d’indices de ses transformations en surface.  

 

Probable version originale du portrait du couple Lavoisier par David. ©Metropolitan Musem of Art, New york.

 

La toile ayant été datée et signée en 1788, ces modifications ont été apportées par David juste avant la Révolution Française de 1789. Des circonstances historiques qui expliquent sans doute ces changements, l'évolution rapide des évènements ayant peut-être conduit l'artiste (et ses modèles?) a faire preuve d'une sobre prudence. L'hostilité envers Lavoisier avait en effet grandi depuis sa commande en 1784 d'un mur autour de Paris destiné à faire respecter la perception des impôts, peut-on lire dans le magazine Burlington, qui publie également ces résultats. Ce ressentiment n'a d'ailleurs fait que croître, atteignant son paroxysme à  l'été 1789, lorsque le savant, trois semaines après la chute de la Bastille, avait en tant que Régisseur des poudres, ordonné qu'une grande quantité de barils de poudre à canon soient retirés de l'Arsenal de Paris: une façon de rendre les munitions inaccessibles, selon la population, ce qui avait déclenché des émeutes. Une chose est certaine, le renom "et le génie de Lavoisier ne l'ont pas sauvé de la guillotine", a commenté David Pullins. Et ce sont ses fonctions de collecteur des impôts qui l'y ont plus sûrement envoyées!

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