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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 19:06

Journal de l'Environnement.

 

La stabilisation du réchauffement à 1,5°C — l’un des objectifs de l’Accord de Paris — reste possible, au prix de profondes et rapides mutations de nos sociétés, avertissent les auteurs du dernier rapport du Giec, publié ce lundi 8 octobre.

 


 

Il s’en est fallu de peu que le Giec ne rende sa copie. Réunis depuis une semaine à Incheon (Corée du Sud), des centaines de climatologues et de représentants des Etats ont travaillé d’arrache-pied à la rédaction du résumé pour les décideurs (RPD) du nouveau rapport spécial du réseau international de climatologues.

Commandé par la COP 21, ce document vise à définir, aussi précisément que possible, les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Pesant quelques centaines de pages, le rapport, uniquement rédigé par des chercheurs à partir de la littérature scientifique, est prêt depuis le mois de juin. Le but de la réunion de la semaine passée était de finaliser la rédaction du fameux rapport pour les décideurs, synthèse d’une trentaine de pages rédigée par les climatologues et les représentants des Etats.

A 2 OU 4 MAINS

C’est là une subtilité du fonctionnement du Giec. Si les scientifiques sont les seuls à tenir le stylo pour le rapport proprement dit, le texte du résumé est élaboré à quatre mains, en quelque sorte. Les Etats pouvant demander ajouts, retraits, à condition que la formulation du RPD soit cohérente avec les données contenues dans le rapport.

Comme souvent en pareil cas, les chancelleries préparent de nombreuses demandes de corrections qui doivent faire l’objet d’un consensus pour être acceptées. Dans l’ultime phase de rédaction, le texte final est lu sur un grand écran et doit être approuvé par l’assemblée plénière, ligne par ligne.

BLUFF SAOUDIEN

Dans la nuit de vendredi à samedi, moins d’une heure avant la clôture de la réunion, l’Arabie saoudite a fait des siennes. «Son délégué voulait biffer du résumé tout ce qui avait trait au pétrole du rapport et du résumé», explique l’un des membres de la délégation française, contacté par le JDLE. Alliance politique oblige, Ryad a été rejoint par l’Égypte. «Nous avons alors craint que de nombreux délégués se joignent à eux, ce qui aurait pu empêcher la publication du rapport», poursuit le représentant tricolore. Le bluff n’a pas duré. Le SPD a été avalisé par l’assemblée plénière. La centaine d’auteurs et d’éditeurs du rapport devront adapter, à la marge, leur texte à celui rédigé à Incheon. Le dernier opus du Giec ne devrait donc pas être disponible, dans sa version définitive (1), avant plusieurs semaines. A quelques jours, sans doute, de l’ouverture de la COP 24, à Katowice.

Derrière sa rédaction très austère, le rapport spécial contient — ce n’est pas si fréquent pour une production de l’institution onusienne — quelques bombes politiques. Après avoir épluché quelque 6.000 articles et études, les rédacteurs concluent à la faisabilité de stabiliser le réchauffement à 1,5°C. «La réponse à cette interrogation était très clivante dans le milieu scientifique», indique un climatologue. C’est finalement oui. Même si cela n’est pas gagné d’avance.

RÉDUCTION DU BUDGET CARBONE

Pas gagné car nous sommes déjà très proches de la limite. Depuis la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, nous avons, collectivement, émis environ 2.000 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2). Notre budget carbone est désormais inférieur à 600 GtCO2. Au rythme actuel d’émission, cela nous laisse 10 à 20 ans avant d’atteindre le fameux 1,5°C de réchauffement global. Et sans doute un peu moins. Pour la première fois, le Giec estime que le dégel du permafrost pourrait relâcher une centaine de GtCO2 d’ici la fin du siècle. De quoi sensiblement réduire notre budget carbone.

KILL THE COAL

Autre nouveauté, que le JDLE avait esquissé en février dernier : stabiliser le niveau du mercure à 1,5°C passe, immanquablement par des transformations rapides et de grande ampleur de nos sociétés. À commencer par le charbon. Dans ses scénarios d’atténuation, le Giec condamne à mort l’utilisation du charbon pour la production d’électricité d’ici à 2050. Une fatwa validée par les grands producteurs et consommateurs de coke : États-Unis, Chine, Inde ou Australie.

Selon que l’on s’autorise ou non un dépassement temporaire de l’objectif, les trajectoires à suivre sont impressionnantes. Entre 2010 et 2030, notre consommation d’énergie finale devra être réduite de 15 à 40%. L’agriculture pourrait devoir baisser de moitié ses émissions de méthane (élevage et riziculture) et des deux tiers ses rejets de protoxyde d’azote (engrais azotés).

LE RETOUR DE CRO-MAGNON?

Finalement, nos sociétés devront abattre de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en deux décennies et des trois quarts d’ici à 2050. Ce que la technologie actuelle et notre organisation ne nous permettent pas: «De telles réductions [d’émission] peuvent être obtenues grâce à des combinaisons de technologies actuelles et nouvelles, de pratiques, comme l’électrification des usages, l’hydrogène, l'agriculture biologique, des produits de substitution, et le captage et stockage (ou réutilisation) du CO2. L’efficacité de ces options est techniquement prouvée à différents niveaux mais leur déploiement à grande échelle devrait être limité par les capacités financières, financières et d’acceptation sociale ainsi que par des contraintes institutionnelles et des caractéristiques inhérentes aux grands sites industriels», souligne le Giec. «Même si nous arrêtions tout, tout de suite, et vivions dès demain comme Cro-Magnon, cela ne suffira pas», résume un climatologue.

TECHNIQUES MAL MAÎTRISÉES

Condition sine qua non de la réussite de toute politique climatique ambitieuse, nous indiquait il y a quelques semaines la climatologue Valérie Masson-Delmotte, il faudra extraire du CO2 de l’atmosphère et le stabiliser dans le sol. Et pas qu’un peu : de 100 à 1.000 milliards de GtCO2 d’ici la fin du siècle, selon les trajectoires que nous suivrons. Cela nécessite la mise en œuvre, là encore, d’une batterie de techniques plus ou moins bien maîtrisées, de la reforestion à l’amélioration des sols, en passant par l’aspiration directe du CO2.

Surtout une une grande place devra être laissée à la valorisation énergétique de la biomasse avec captage et séquestration du carbone. Cette BECCS pourrait devenir l’alpha et l’oméga de nos futures politiques énergétiques. «On l’a caché jusqu’à présent, témoigne notre membre de la délégation française, mais la plupart des scénarios compatible avec un réchauffement de 2°C intègrent la BECCS.»

Incontrôlé, ce recours accru à la biomasse se heurtera à d’autres activités, agricoles notamment. Certains scénarios imposent de consacrer 300 à 800 millions d’hectares aux cultures énergétiques. À comparer aux 1.500 millions d’hectares actuellement cultivées dans le monde.

Cette confrontation annoncée plaide en faveur d’une extension du domaine de la lutte climatique. «Il ne faut plus considérer le climat comme un sujet isolé des autres. Nous devons désormais intégrer les objectifs de développement durable (ODD)», souligne un délégué européen présent à Incheon.«Bien conduites, des politiques d’adaptation qui réduisent la vulnérabilité de l’Humanité et des écosystèmes peuvent aussi contribuer à renforcer la sécurité d’approvisionnement en eau et en denrées alimentaires. Elles peuvent aussi réduire certains risques naturels, améliorer les conditions sanitaires, maintenir les services écosystémiques et diminuer la pauvreté et les inégalités»,poursuivent les rédacteurs du RPD.

«Les politiques ne seront pas tout. Il faudra aussi faire attention à l'acceptation sociale», a insisté Hoesung Lee, le président du Giec, lors de la conférence de presse de ce matin. Un conseil rarement entendu par les gouvernements.

 

(1) Les textes validés au mois de juin sont accessibles au : http://ipcc.ch/report/sr15/

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«Même si nous arrêtions tout, tout de suite, et vivions dès demain comme Cro-Magnon, cela ne suffira pas», résume un climatologue.

 

N'est-ce pas le seul moment de lucidité de ce rapport !

 

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Voir aussi :

 

Budget carbone limité, stratégies de riposte difficiles à mettre en œuvre, conséquences du réchauffement qui s’accélèrent : les conclusions du rapport spécial du Giec sur les effets d’un réchauffement de 1,5 °C sont des plus inquiétantes.

Hervé Le Treut : C’est normal que cela soit plus inquiétant : nous ne cessons d’accroître les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Nous devons résoudre un problème que nous complexifions chaque jour un peu plus. Ce qui m’interpelle particulièrement dans ce rapport c’est qu’à force de réduire les marges d’action on est confronté à une situation vraiment nouvelle. Si nous voulons encore stabiliser le réchauffement à 1,5 °C, nous devons immédiatement engager des efforts colossaux. Des efforts qui pourront ne pas plaire à tous les acteurs de nos sociétés. 

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Climat : comment expliquer une aussi criminelle apathie

face au drame annoncé ?

 

L’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés : le « capitalocène », explique Frédéric Joignot.

 

LE MONDE |

 

Nous avons « parfois l’impression d’observer une tragédie grecque », dans le sens où « vous savez ce qu’il va se produire, et vous voyez les choses se produire ! », confessait, le 26 septembre, sur France Info, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, inquiète des dernières mesures sur la dégradation du climat. Il faut dire qu’un rapport publié la veille, conjointement par l’Organi­sation de coopération et de développement ­économiques (OCDE), l’ONU Environnement et le Groupe de la Banque mondiale, n’était pas fait pour rassurer : on apprenait que, sur les 180 signataires de l’accord de Paris de 2015 (COP21), neuf pays seulement ont soumis aux ­Nations unies des programmes concrets pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES).

 

En attendant que les 171 autres respectent leur engagement devant l’opinion mondiale, l’OCDE constate sombrement que « les gouvernements continuent de consacrer près de 500 milliards de dollars par an [430 milliards d’euros] pour subventionner le pétrole, le charbon et le gaz, et que la plupart d’entre eux n’ont pas su mettre fin à leur dépendance à l’égard des recettes provenant des énergies fossiles ». Ils n’ont pas non plus pris les mesures suffisantes pour placer leurs économies sur « une trajectoire “bas carbone” ». Le secrétaire général de l’organisation, Angel Gurria, prévient : « Cette inertie risque de nous faire perdre la guerre contre le réchauffement climatique », c’est-à-dire l’objectif d’un réchauffement maximal de 2 degrés.

 

Criminelle apathie

 

Comment expliquer une aussi criminelle apathie face au drame annoncé ? Depuis quelques années, des chercheurs, historiens, économistes, et non des moindres, avancent une explication radicale. Nous ne sommes pas entrés dans l’anthropocène avec la révolution industrielle et la mondialisation des économies, tant et si bien que l’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés. Nous sommes entrés dans le « capitalocène » : l’ère du système capitaliste triomphant, incapable de contenir sa course effrénée au profit.

 

Ainsi, Andreas Malm, professeur au département d’écologie humaine à l’université de Lund (Suède), explique, dans L’Anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement ­climatique à l’heure du capital (La Fabrique, 2017), que ce n’est pas tant une « espèce humaine » abstraite qu’il faut rendre responsable du désastre écologique, mais d’abord l’Empire britannique. Il retrace ainsi l’histoire de la ­machine, puis de la locomotive à vapeur, brevetée par l’Ecossais James Watt en 1784, et décrit la manière dont les capitalistes anglais les ont popularisées en Europe, dans leurs colonies, puis dans le monde entier, démarrant ainsi la révolution industrielle.

 

Malm rappelle ensuite comment l’exploitation des sources d’énergie a mené à la mise en place d’une « économie fondée sur la consommation croissante de combustibles fossiles », « en lien étroit avec le processus d’accumulation du capital qu’elle suppose ». C’est cette logique économique qui se perpétue aujourd’hui, générant « une croissance continue des émissions de gaz à effet de serre ». Pour Malm, « blâmer l’humanité du changement climatique revient à laisser le capitalisme se tirer d’affaire ».

 

Capitalisme mondialisé

 

De leur côté, les chimistes américain et néerlandais Will Steffen et Paul J. Crutzen (Prix Nobel 1995), inventeurs du concept d’anthropocène, rappelaient en 2008, dans le Journal of Human Environment, comment la pression destructrice des activités humaines sur l’environnement a connu une « grande accélération » à partir des années 1950 : pollution industrielle massive, sixième extinction animale, acidification des océans, désertification, ­surpêche, fonte des glaces, concentration des GES, ­réchauffement, tout s’est aggravé – mondialisé. Si bien que le sociologue américain John Bellamy Foster comme la journaliste d’investigation canadienne Naomi Klein parlent d’un capitalisme dévastateur.

 

En France, en 2016, Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences et des techniques, a ajouté un chapitre intitulé « Capitalocène » à la dernière édition de L’Evénement ­anthropocène. La Terre, l’histoire et nous (Seuil), livre qu’il a publié avec l’historien des sciences Christophe Bonneuil – popularisé par Thomas Piketty à l’Ecole d’économie de Paris. Ils expliquent que nous vivons aujourd’hui la confrontation violente du « système terre » et du « système monde » du capitalisme mondialisé, grand consommateur de matières premières et de ressources minérales, qui s’est « construit au moyen d’un accaparement des bienfaits de la terre et d’une externalisation des dégâts environnementaux, par le biais de phénomènes de dépossession et d’“échange inégal” ». Pour les auteurs, parler de « capitalocène » plutôt que d’anthropocène est stratégique : c’est désormais la fin du capitalisme qu’il faut penser, et non la fin du monde.

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Jean Jouzel, climatologue breton, confirme l’intérêt du dernier rapport du Giec, montrant les conséquences d’un réchauffement climatique entre 1,5 °C et 2 °C.

 

Le Giec a publié ce lundi son dernier rapport sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur les espèces et les économies. Commandé à l’issue de la COP 21, le document doit servir de base de travail pour la COP 24, qui se tiendra à la fin de l’année en Pologne. Ses conclusions, alarmantes, réclament des efforts « sans précédent ». « Nous sommes dans l’extrême urgence. À un moment, il sera trop tard », lance Jean Jouzel, le climatologue breton, ancien n° 2 du Giec.

 
 

 

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/10/08/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec_4205628_540x959p.jpg

Climat. Ce que change le rapport du Giec
(Le Télégramme)

 

« Ce rapport est complètement dans la ligne avec le précédent rapport du Giec. Après la COP 21, l’objectif était un réchauffement en dessous de 2 °C, voire 1,5 °C. Ce rapport est affreusement dans la ligne puisqu’il nous montre les conséquences sur les espèces animales, le récif corallien et les populations menacées par l’élévation du niveau de la mer », souligne Jean Jouzel, qui a participé à l’écriture de précédents rapports du Giec.

 

À LIRE SUR LE SUJET 

Hausse globale des températures, notamment nocturnes, qui influent sur les possibles épisodes caniculaires, la fonte de la calotte glaciaire, la hausse du niveau de la mer, ce sont quelques-unes des conséquences d’un réchauffement climatique non maîtrisé.

 

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/10/08/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec_4205627.jpg

Climat. Ce que change le rapport du Giec
(Le Télégramme)

Ce réchauffement, de l’ordre de 1 °C depuis le début du XXe siècle, pourrait dépasser les 3 °C d’ici 2100. Le Giec a publié ce rapport à l’attention des décideurs du monde entier, dans l’espoir que ses recommandations puissent avoir un impact sur la politique environnementale.

 

À LIRE SUR LE SUJET 


© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/france/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec-08-10-2018-12101206.php#VvhqAYQmZ6tgQ0UK.99

Paroles, Paroles...

 

En France on va fermer toutes les centrales thermiques. On sera le premier pays qui ferme toutes ses centrales thermiques. Et je ne veux pas réduire ma souveraineté énergétique, c'est à dire importer du gaz de pays qui ne partagent pas forcément mes valeurs ou ré-ouvrir des centrales à charbon. 

Voir la video à partir de 26'

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