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26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 08:50

Lors de sa visite à Brest, en août 1858, Napoléon III assiste à la coulée d'une hélice. Le choix est symbolique. Depuis l'année 1850 qui voit le lancement du Napoléon, la France est la première nation à équiper sa marine de guerre de navires à vapeur actionnés par une hélice. Un nom est associé à cette prouesse technique, celui de Dupuy de Lôme.

 

Né à Ploemeur, dans le Morbihan, en 1816, Henri Dupuy de Lôme passe son enfance dans une famille liée à la marine par son père, capitaine de frégate, et au milieu des armateurs de la Compagnie des Indes par sa mère. Admis à l’École Polytechnique, il choisit, à sa sortie, le corps des ingénieurs militaires du génie maritime. Il s'y illustre par des nombreuses innovations comme le blindage des navires ou la construction de bâtiments totalement en fer. Mais son titre de gloire reste la construction du Napoléon, premier navire de guerre à vapeur muni d'une hélice.

Le Napoléon.

Dupuy de Lôme l'ingénieur de la marine.

 

Utiliser une machine à vapeur sur un navire n'est pas une nouveauté. Denis Papin, l'inventeur, l'avait lui même expérimenté. Sa machine actionnait une roue à aube, directement inspirée de celles qui équipaient les moulins à eau. De telles roues à aubes mises en mouvement par le moteur humain équipaient déjà la marine chinoise au 10ème siècle. Actionnées par la vapeur elles feront le succès des navires à fond plat naviguant sur les lacs et les rivières. L'ingénieur américain Robert Fulton en fera une première démonstration sur la Seine sous le Directoire avant de les mettre en activité sur les fleuves américains. Leur relative fragilité les rendra cependant peu efficaces pour les navires de haute mer qui devront affronter vagues et tempêtes. Et encore moins pour des navires de guerre où ces roues volumineuses se révéleront particulièrement exposées aux tirs ennemis.

 

C'est à ce problème que se trouve confronté l'ingénieur Dupuy de Lôme intimement persuadé que la vapeur est l'avenir de la marine. Si le modèle de la roue à aube équipant les moulins des rivières ne peut convenir pourquoi ne pas s'inspirer des moulins à vent  dont les ailes annoncent les pales des hélices ? Le problème est qu'une hélice doit avoir un diamètre réduit pour être constamment immergée. Il en résulte qu'elle devra tourner à une grande vitesse pour développer la puissance nécessaire au déplacement à plus de 13 nœuds d'un lourd navire de 5000 tonnes de déplacement portant 90 canons. Les lentes machines des bateaux à aubes ne peuvent plus convenir. C'est tout un ensemble technique qui doit être imaginé. Un véritable défi à relever. Pourtant le coup d'essai sera un coup de maître. Le Napoléon, premier prototype achevé en 1850, se verra remarquer dans la guerre de Crimée par sa maniabilité et sa capacité à remorquer les voiliers de son escadre en l'absence de vent. Il sera rapidement imité et son concepteur, souvent présenté comme "l'inventeur" de l'hélice, sera appelé aux plus hautes distinctions.

 

Dupuy de Lôme l'aérostier.

 

Si on ne retient dans notre Ouest maritime que ce titre de gloire de Dupuy de Lôme, c'est une autre innovation qui lui vaudra la célébrité dans le milieu parisien. En 1857 il a été nommé à la direction des constructions navales et du matériel au ministère de la Marine. En 1866 sa qualité scientifique est reconnue par l'Académie des Sciences qui le reçoit parmi ses membres. Loin des ports de sa Bretagne natale c'est un nouveau domaine qui l'attire : celui de l'aérostation et de son possible usage militaire. Le premier ballon utilisé en temps de guerre a été lancé par les troupes républicaines à Fleurus en 1794. On se souvient aussi des ballons du siège de Paris en 1870 quand le photographe Nadar a créé la "compagnie des aérostiers militaires" équipée de ballons captifs pour l'observation et de ballons libres pour les expéditions de courrier ou l'exfiltration de responsables militaires et politiques. Problème : ces derniers sont livrés au caprice du vent et atterrissent souvent bien loin de leur cible. C'est pourquoi le Gouvernement de Défense Nationale donne mission à Dupuy de Lôme de concevoir un aérostat dirigeable propulsé par une hélice.

 

Celui-ci ne sera testé qu'en 1872 à Vincennes. L'ingénieur lui donne la forme, devenue classique, d'un long fuseau. "La forme oblongue du ballon est non seulement utile (souligné par lui) pour diminuer sa résistance sous un même volume, mais elle est nécessaire pour permettre de gouverner en route" écrit-il dans le mémoire qu'il adresse à l'Académie des sciences et qu'il fait publier. Le Ballon est gonflé à l'hydrogène produit par la méthode mise au pont par Lavoisier et déjà utilisée par les aérostiers des armées républicaines.

 

Sous le fuseau est suspendue une nacelle de 6m50 de longueur. Dans celle-ci "quatorze hommes d'équipage" ! Car ce sont bien des marins auxquels a fait appel l'ingénieur du génie maritime. Parmi ceux-ci, huit seront chargés de faire tourner l'hélice au moyen d'un "treuil à bras composé tout simplement d'un arbre en fer coudé porté par deux bancs de la nacelle". Une robuste manivelle en quelque sorte. Ils devront se relayer par groupe de quatre toutes les demi-heures tant l'effort demandé est intense. Un timonier sera chargé du gouvernail, les autres seront occupés à des tâches diverses dont l'observation.

 

Naviguer à la rame au siècle de la vapeur ? Gaston Tissandier, chroniqueur scientifique et lui même aérostier s'en amuse. Il rappellera pour l'occasion que dès 1852, Henri Giffard avait piloté un ballon dirigeable dont l'hélice était actionnée par une machine à vapeur.

 

On trouve encore le nom de Dupuy de Lôme donné à un ballon dirigeable construit en 1912 pour l'armée française. Il est utilisé pour des missions d'observation et de bombardement dès le début de la guerre en 1914. Mais sa vie militaire sera courte. Au retour d'une mission il est confondu avec un Zeppelin de l'armée allemande et abattu par l'artillerie de son propre pays.

 

Retour à la marine où on se souvient encore de Dupuy de Lôme. Un cuirassier lancé à l'arsenal de Brest en 1887 a porté son nom ainsi qu'un sous-marin construit en 1916 à Toulon.

Actuellement le Dupuy de Lôme est un navire truffé d'électronique de la Direction du Renseignement Militaire.


 

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