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3 mars 2022 4 03 /03 /mars /2022 13:39

 

Gérard Borvon. Première rédaction novembre 2019.

 

"Épuisant", "stressant", "déprimant"... Des climatologues nous racontent leur désarroi face au manque d'actions contre le réchauffement.

 

Les délégués des Etats de l'ONU, réunis à Incheon en Corée du Sud à partir du lundi 1er octobre 2018, ont eu à se pencher sur le dernier rapport des scientifiques du GIEC consacré à la montée des dérèglements climatiques et au retard pris pour les contrer.

 

A l'évidence, ce dernier rapport a révélé aux scientifiques eux-mêmes l'étendue de la catastrophe prévisible. Pour ne pas décourager ou démobiliser ceux et celles qui leur font confiance, ils préfèrent taire les pensées et les émotions qu'ils ne peuvent refouler quand ils quittent leur laboratoire.

 

Plusieurs d'entre eux interrogés, par la chaîne "France Info", au moment où ils allaient publier leurs résultats, laissent pourtant parler le langage du cœur.

 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-on-a-l-impression-d-etre-annonciateur-de-mauvaises-nouvelles-des-climatologues-racontent-leur-quotidien_2956509.html

 

 

"C'est sans doute la période la plus difficile que j'ai vécue dans mon travail" constate Andrew Rosenberg, biologiste marin américain et directeur du Centre pour la science et la démocratie au sein de l'Union des scientifiques inquiets.

 

"On a l'impression d'être toujours annonciateurs de mauvaises nouvelles. En tant que citoyen, j'y crois plus trop en fait, je ne crois plus au fait qu'on va arriver à lutter contre le changement climatique et à éviter ce qu'on prédit", déplore Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

 

"C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps" confie Valérie Masson-Demotte.

 

Tous déplorent un manque d'action de la part des pouvoirs publics.

 

"Depuis une trentaine d'années, rapport après rapport, les scientifiques montrent le changement climatique. A l'échelle globale, rien ne se passe", regrette Gilles Ramstein, directeur de recherche au CEA. "On n'a pas arrêté de lancer l'alerte ! Face à ça, il y a un manque d'action, d'ambition. Il y a une très grande frustration de voir qu'alors que l'on sait que le climat se dégrade, les décideurs et les citoyens n'agissent pas suffisamment", abonde Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie belge et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

 

"En tant que climatologue, on parle souvent des conséquences pour la fin du XXIe siècle et ça paraît loin. Finalement il y a peu de personnes qui s’intéressent ou qui veulent prendre des responsabilités sur un temps aussi long", explique Françoise Vimeux climatologue à l'IRD.

 

Cassandre.

 

"Nous nous approchons du bord du gouffre..."

 

Dans un discours prononcé au siège des Nations Unies à New York, en septembre 2018, António Guterres, le Secrétaire général de l’Organisation, adressait aux peuples du monde un discours d'une profonde sensibilité. "Chaque jour où nous ne parvenons pas à agir est un jour où nous rapprochons un peu plus du destin qu'aucun d'entre nous ne souhaite. Un destin qui résonnera à travers les générations dans les dommages causés à l'humanité et à la vie sur terre".

 

Incendies monstres, vagues de chaleur, tornades, inondations... "Le monde change sous nos yeux", nous rappelle-t-il. Le message s'adresse en particulier aux "policymakers" tel que l'ONU désigne les responsables politiques et dirigeants d’entreprises, tous ceux qui s'attribuent le titre de "décideurs" : "ce qui rend cela encore plus inquiétant, c'est que nous avons été prévenus. Les scientifiques nous le disent depuis des décennies. Encore et encore... Beaucoup trop de dirigeants refusent d'écouter."

 

Valérie Masson-Demotte, qui a co-présidé la cession du Giec d'octobre 2018 en Corée, lui répond comme en un écho :"Il y a un peu parfois l'impression d'observer une tragédie grecque. Vous savez ce qu'il va se produire et vous voyez les choses se produire"

 

Une tragédie grecque...

 

Cassandre, fille de Priam, roi de Troie, dont la beauté égalait celle d'Aphrodite, refusa les avances d'Apollon qui lui avait fait le don de prophétie. Vengeance indigne d'un dieu solaire, il la condamna à ce que personne ne la croie. Quand Troie fut assiégée, ses compatriotes refusèrent de l'entendre. Elle dut assister, impuissante, à la mort de ses proches et à la ruine de la ville.

 

"Pourquoi m’as-tu chargée de proclamer tes oracles avec une pensée clairvoyante dans une ville aveugle ? Pourquoi me fais-tu voir ce que je ne puis détourner de nous ? " lui fait dire Friedrich Schiller dans le poème qu'il lui dédie. 

 

Et maudissant le dieu qui l'a condamnée :"Rends-moi mon aveuglement ; rends-moi le bonheur de l’ignorance"

 

Toutes celles et tous ceux qui s'engagent dans la lutte contre le dérèglement climatique, comme les scientifiques du Giec, ne retrouveront plus jamais le "bonheur de l'ignorance". Il leur faudra résister au découragement, informer sans cesse, imaginer les bons gestes, saisir les dernières chances d'éviter le désastre.

 

Et lutter contre l'aveuglement volontaire de celles et ceux qui, spéculateurs, dirigeants d'entreprises, lobbies divers et dirigeants politiques, tirent profit de cet emballement. 

 

Quelle sera la forme de cet affrontement ? Quelle en sera la conclusion ? Cassandre n'est plus là qui nous le dira.

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2 février 2022 : « L’abdication » des dirigeants mondiaux est « criminelle », dénonce Guterres

 

 

https://youtu.be/3lH4ltHMO48

 

Il s’agit d’un sombre tableau que dresse le GIEC dans ce deuxième volet de son sixième rapport d’évaluation. Il montre que le changement climatique constitue une menace grave et croissante pour le bien-être humain et la santé de la planète.

 

« Ce rapport est un terrible avertissement sur les conséquences de l’inaction », a affirmé l’économiste sud-coréen Hoesung Lee, président du GIEC.

 

Finalement, ce nouveau rapport du GIEC reste « un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques », a déclaré pour sa part, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pointant du doigt une « abdication de leadership criminelle ». « Les coupables sont les plus grands pollueurs du monde, qui mettent le feu à la seule maison que nous ayons », a-t-il dit.

 

Pourtant, près de la moitié de l’humanité vit dans la zone de danger – aujourd’hui et maintenant. « De nombreux écosystèmes ont atteint le point de non-retour – aujourd’hui et maintenant (...) Les faits sont là, indéniables », a-t-il ajouté dans un message vidéo.

 

Pour le chef de l’ONU, le rapport du GIEC met en évidence deux vérités fondamentales. « La première est que le charbon et les autres combustibles fossiles étouffent l’humanité », a insisté António Guterres, rappelant que ces combustibles fossiles sont une impasse pour la planète, l’humanité et pour les économies aussi.

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