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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 14:37

L’école Polytechnique organisait la remise de diplômes de ses trois dernières promotions, ce vendredi 24 et samedi 25 juin. Chacune d’entre elles a souhaité mettre en garde contre l’urgence climatique, en appelant notamment à la sobriété.

 

Des étudiants de l’école polytechnique en uniforme, dans l’un des amphithéâtres du campus de Saclay, à Palaiseau (Essonne).

 

Des étudiants de l’école polytechnique en uniforme, dans l’un des amphithéâtres du campus de Saclay, à Palaiseau (Essonne). | PHOTO D’ILLUSTRATION : COLLECTIONS ÉCOLE POLYTECHNIQUE / JÉRÉMY BARANDE / WIKIMEDIA COMMONS (CC BY-SA 3)

 

 
 
 

Les promotions des années 2015, 2016 et 2017 de l’école Polytechnique étaient mises à l’honneur, ce vendredi 24 et samedi 25 juin 2022. Retardée à cause du Covid, leurs remises de diplômes ont dû patienter un peu avant de pouvoir se tenir dans les grands amphithéâtres du campus, sur le plateau de Saclay, à Palaiseau (Essonne). Pourtant, c’est la mine grave que plusieurs d’entre eux ont pris la parole, pour alerter sur l’urgence climatique. Une décision partagée par les trois promotions, et qui n’est pas sans rappeler les discours de diplômés d’AgroParisTech et d’HEC.

 

Lire aussi : Formée à HEC, elle profite de sa remise de diplôme pour alerter sur l’urgence climatique

 

Un constat : « L’urgence climatique est là »

 

« Nous n’avons plus le temps de nous donner bonne conscience ou de nous voiler la face », a ainsi lancé l’un des nouveaux diplômés. « Nous devons résoudre en trente ans le défi écologique, un défi dont l’enjeu est la possibilité même de soutenir la vie », assenait une autre, avant notamment de lister les menaces qui guettent l’humanité : « Effondrement de la biodiversité […], dérèglements des écosystèmes, famines, guerres… »

 

Ces discours, « d’une radicalité inédite dans l’histoire de l’institution », expliquent les trois promotions dans un communiqué, ont été notamment motivés par « l’immobilisme climatique » de l’école Polytechnique.

 

« La technologie ne va pas nous sauver »

 

Ce discours a été pensé pour toucher le grand public, confie en marge de sa remise de diplôme Charly, l’un des membres de la promotion 2015, qui travaille désormais pour une entreprise de conseil. « Même si nous, polytechniciens, sommes bercés dans une foi en la rationalité en la science et la technique, nous voyons bien qu’il n’y aura pas de solution miracle, que la technologie ne va pas nous sauver. »

 

« Non, l’essor de l’hydrogène vert, des batteries longue durée, des biocarburants et de la capture carbone ne suffiront pas à éviter un réchauffement [de la planète, NdlR] de 4 °C et l’effondrement du vivant, déclarait également une polytechnicienne. Nous qui sommes « câblés » pour rationaliser, nous ne pouvons pas le nier. »

 

Pour plus de sobriété écologique

 

En écho, les trois promotions ont lancé un appel à la « sobriété », c’est-à-dire à la diminution de la consommation d’énergie et de ressources naturelles. « Le constat est clair, nous devons diminuer nos consommations matérielles, surtout nous, les plus privilégiés », estimait ainsi l’une des oratrices. Un appel pour un changement radical des modes de vie et de productions, mais aussi de la manière de consommer, de se déplacer.

 

Cet appel à la sobriété a été mesuré en amont, explique Élie, un membre de la promotion 2015, désormais doctorant au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) : « Sortant de Polytechnique, on sait bien qu’on a un statut privilégié. On est bien conscient que c’est à nous de réfléchir à notre statut et de faire les efforts en premier. »

 

Des propos qui rappellent ceux de cette polytechnicienne, lors de sa remise de diplôme : « Avoir pu bénéficier d’études supérieures payées, c’est une chance incroyable. Une chance qui nous donne la possibilité, le devoir, de réfléchir : à quel bénéfice est-ce que j’emploie aujourd’hui ces privilèges ? »

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Une institution « devant réfléchir à la notion de bien public »

 

Certains nouveaux diplômés ont également adressé des critiques à l’école Polytechnique, coupable selon eux de ne plus avoir l’intérêt général au cœur de son système. « Il y a une vraie ambivalence dans le récit de l’école, explique Élie. D’un côté, elle est au service de l’État et du bien commun [sa devise est d’ailleurs « Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire », NdlR], mais cela n’empêche de grandes entreprises d’avoir leur siège au conseil d’administration. Ou encore à l’école de nous faire rencontrer des cabinets de conseils. On sait la chance qu’on a de faire partie de cette institution, on souhaiterait juste qu’elle réfléchisse de nouveau à la notion d’intérêt général. »

La devise de l’école Polytechnique, sur la façade du pavillon Joffre, au Jardin Carré, à Paris | PHOTO D’ILLUSTRATION : ΒΕΡΝΑΡΔ / WIKIMEDIA COMMONS (CC BY-SA 3.0)

 

Selon lui, le modèle de réussite proposé par l’école tendrait à ignorer l’urgence écologique et sociale, ainsi que la responsabilité qu’elle peut avoir dans son aggravation et dans les réponses à y apporter.

 

Pour autant, chaque promotion a souhaité éclairer leur prise de parole avec un message positif. Pour Élie, il s’agit de proposer un nouveau « récit », composé par les étudiants d’AgroParisTech, d’HEC et de Polytechnique. « On doit également montrer qu’il y a des façons multiples de s’engager, et que ces approches complémentaires sont positives. »

 

Pour Charly, voir que « partout, des gens s’engagent », ça ne peut être que le début d’un mouvement positif, qui « permettra d’échanger, de grandir ensemble, de voir comment on peut évoluer collectivement et faire changer les choses. »

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