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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 14:07

2000 ans d'histoire.

Patrice Gélinet a consacré son émission de mercredi 9 décembre 2009 à l’histoire de l’électricité.

 

Invité : Gérard Borvon pour son livre publié chez Vuibert, "Histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron"


 

 

 

« Il est un agent puissant, obéissant, qui se plie à tous les usages : il m’éclaire, il m’échauffe, il est l’âme de mes appareils mécaniques. Cet agent, c’est l’électricité. »

Jules Verne Vingt Mille Lieues sous les mers

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Pendant des milliers d’années, l’humanité s’est contentée d’observer sans les comprendre les manifestations de ce qui allait devenir sa première source d’énergie. Emerveillés par les aurores boréales, ou terrorisés par la foudre, qui n’était croyaient-ils que l’expression de la colère des dieux, les hommes ont mis des siècles à comprendre et à domestiquer l’électricité pour qu’elle les éclaire, les réchauffe, leur permette de se déplacer, de communiquer, et pour faire tourner leurs machines. En 1780, un savant italien, Luigi Galvani, avait même réussi à faire bouger des cadavres de grenouille en y faisant passer de l’électricité. C’était l’époque où elle n’était encore qu’un objet de curiosité dans les salons du XVIII° siècle.

 

Ecouter l’émission

 

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La marche des sciences. La fée électricité,

sur France Culture.

 

De Thalès, fasciné par l'ambre et sa force d'attraction, à l'électricité de demain, l'énergie électrique a toujours été au coeur des préoccupations humaines. Aujourd'hui, loin des craintes premières des hommes face à la foudre et aux éclairs, c'est l'avenir de la planète, et la position de l'homme dans cet environnement en souffrance, qui font progresser la place et l'image de l'électricité dans la vie de chacun. De nouvelles voies ont été explorées, des énergies renouvelables proposées. De l'hydroélectricité à l'électricité verte obtenue à partir de déchets industriels et agricoles, en passant par les panneaux photovoltaïques, les éoliennes, la géothermie, le solaire hydraulique et les énergies marines, ces filières d'énergie « propre » commencent à se faire une place au côté de l'électricité traditionnelle, sans toutefois la détrôner.

 

De l'ambre à l'électron, cette histoire de l'électricité mérite que l'on s'y attarde, car si l'électricité est devenue pour tous un droit inaliénable, et s'affiche comme l'énergie de demain, elle le doit à des hommes, amateurs ou scientifiques reconnus, à des expériences heureuses ou hasardeuses, et à des erreurs aussi, sans parler du hasard omniprésent dans l'histoire des sciences.

 

Un parcours que nous vous proposons de retracer, aujourd'hui, en direct du studio 167 de France Culture, en compagnie de Gérard Borvon, ancien professeur de physique, formateur en Histoire des sciences techniques dans les IUFM (institut universitaire de formation des maîtres), et auteur du livre « Histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron », paru chez Vuibert à l'automne 2009. Et avec lui, Patrice Carré, qui a signé en 1991, avec Alain Beltran, un livre intitulé « La fée et la servante », paru chez Belin. Il est spécialiste de l'histoire culturelle et sociale des réseaux.

 

 

Aurélie Luneau

 

Ecouter l'émission

 

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Histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron sur "Les années lumière" de Radio Canada.

 

Gérard Borvon a publié Histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron aux éditions Vuibert. Il y fait le récit de l'évolution de l'électricité, curiosité de la Grèce antique devenue une ressource essentielle à notre civilisation.

 

 

Ecouter l'émission

 

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Semences de Curieux est une émission animée par Jacques Olivier sur la radio belge RTBF.

 

Par définition, les sciences sont toujours en mouvement. Semences de Curieux se propose d’en suivre la marche en les mettant en perspective, entre les acquis du passé et les questions en suspens avec leur enjeu pour demain.

 

 


 

Pour réécouter les deux émissions voir :

 

 

1ere émission

 

2eme émission

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Athena. Recherche et d é v e l o p p e m e n t

t e c h n o l o g i q u e ... ... 2010 Le mag’ scientifique

 

 

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Bulletin de l'Union des Physiciens.

 

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La Recherche

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Il était une fois l’électricité. De l’ambre à la lumière.

 

"Il y aurait bien des façons de raconter l’histoire de l’humanité ; mais il est certain que depuis le jour où l’un de nos ancêtres inconnu s’est emparé d’une flamme, l’histoire de l’humanité se confond avec celle de la domestication des énergies. Et parmi celles-ci, l’énergie électrique tient une place de premier plan.L’Histoire de l’électricité, c’est une histoire vieille comme le monde - ou presque : tout a commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, lorsque Thalès de Milet a découvert qu’en frottant un morceau d’ambre sur une peau de mouton, l’ambre se chargeait d’électricité statique... L’ambre : elektron en grec - l’électricité était née."

Voir la vidéo

Une recherche documentaire intéressante. Des images animées attractives.

Parfois, hélas, quelques raccourcis hasardeux (Thalès n’a pas nommé l’électricité Elektron, mot qui est simplement le nom grec de l’ambre - Nollet ne distinguait pas deux sortes d’électricité, la découverte est de Dufay).

Éclairant cependant.

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Les commentaires sur Amazon.

 
Cet ouvrage est un exemple de ce que devrait être la vulgarisation de la science au sens noble de vulgarisation: action de rendre accessible aux non spécialistes la quête inlassable et collective du génie humain pour arracher à une nature terriblement complexe ses secrets
J'ai commandé ce livre car je suis professeur des écoles et je dois réaliser une séquence sur l'électricité.
Ce livre est très intéressant et très bien fourni. Enfin un moyen de connaitre véritablement l'histoire de l'électricité !

De plus, le livre est arrivé en très bon état et très rapidement.
 
Ce livre permet d'appréhender clairement les différents concepts historiques qui ont permis d'élaborer la théorie actuelle de l’électricité.
Je le recommande particulièrement à tous ceux qui ont été rebutés au cours de leur scolarité par l'enseignement de cette matière.Vous comprendrez par exemple pourquoi la charge de l'électron est négative et non positive, d’où vient les signes + et -...et beaucoup de chose qui ne sont malheureusement pas enseignées au collège ou au lycée.
Merci à l'auteur.
L'histoire de l'électricité est très bien racontée par Gérard Borvon. Ce livre n'est pas du tout rigide et formel, il se lit très bien et c'est ce qui fait qu'on retient plus de choses ! Les anecdotes y sont très bien rapportées et on s'amuse à les lire. Ce livre casse la malheureuse idée rigide et complexe que l'on peut avoir des sciences, on apprend en s'amusant et ça réconcilie les gens avec la physique.

 

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France Culture. La Méthode Scientifique.

par Nicolas Martin.

Faut-il réhabiliter Nicolas tesla ?

 

 

J’ai lu histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron de Gérard Borvon

Un livre écrit par un passionné d’histoire, de physique et d’électricité:

Un sympathique article d'un lecteur.

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 12:41

 

Par Gérard Borvon

Utopie ! Le mot supposé tuer toute idée de changement. Du bio dans les cantines, vous rêvez ? Des villes, des routes, des champs, des jardins, sans désherbants chimiques, vous y croyez ? Trier ses déchets, recycler, composter dans son jardin ou au pied de son HLM, et quoi encore ? Oublier sa voiture, covoiturer, isoler son habitat, produire localement son énergie, qui allez-vous convaincre ?

Et pourtant tout cela entre, peu à peu et en douceur, dans le quotidien. Se nourrir en toute confiance, respirer un air qui ne nuise pas à sa santé, un air sans pesticides et sans particules fines, oui, c’est possible.

Des villes, des routes, des champs, des jardins, sans pesticides.

Faut-il encore rappeler les chiffres ? Les 30% à 75% des pesticides épandus qui se retrouvent dans l’air que nous respirons. Nous savons qu’ils contaminent déjà toute le planète et que certains le feront pendant des siècles. Qui peut imaginer de poursuivre leur usage ? Pouvons-nous laisser ce cadeau empoisonné à nos descendants ? Les promesses régulièrement repoussées de "réduction" ne trompent plus personne, l’objectif doit être leur suppression. Et ceci n’est pas une nouvelle "utopie", la voie est déjà ouverte.

Il semble déjà loin le temps des pionniers de l’agriculture biologique. Les modestes étals des agriculteurs bios sur les marchés se sont étoffés et multipliés. Les magasins bios, aux étagères bricolées par leurs premiers sociétaires-coopérateurs, ont laissé la place à des commerces spacieux, ayant pignon sur rue, que les grandes surfaces se sont empressées d’imiter, ajoutant un îlot "bio, solidaire, équitable" à leur océan de produits issus de l’agrochimie subventionnée. Des municipalités même ne craignent plus de se faire les promoteurs du bio.

L’exemple est encore trop rare en France mais il mérite d’être cité. A Lons le Saunier la cuisine centrale, établissement public géré par un syndicat intercommunal, sert 5000 repas par jour : 3000 scolaires (70 écoles), 1000 hospitaliers, 300 personnes âgées, 200 entreprises et 500 sur place, dans lesquels il y a 25% de produits bios issus de circuits courts.

Dans les années 90 la commune avait constaté une augmentation alarmante du taux de nitrate dans les eaux de la ville. Plutôt que de construire une usine de traitement des eaux, la municipalité et son maire Jacques Pélissard s’étaient adressés aux agriculteurs présents sur les champs captants alimentant la commune pour leur proposer de se convertir au blé bio. En échange la municipalité s’était engagée à acheter une partie de cette production en produisant du pain bio. Puis ce furent des yaourts et des fromages (depuis 2007, 100% des yaourts consommés par les enfants sont bio). Ensuite un jeune producteur de pommes de terre aidé à se lancer. Au total 14 tonnes de pommes de terre, des carottes, des navets, des choux, des radis, des betteraves produits localement et en bio sont transformés dans la cuisine centrale. Enfin la ville s’est intéressée à la valorisation de la filière d’élevage de la race locale, la Montbéliarde en achetant 200 bêtes par an à 45 éleveurs (100% de la viande consommée) à un prix supérieur au prix du marché. Le service souhaite introduire progressivement encore plus de produits bio en privilégiant les filières locales.

En France, la progression est déjà réelle et se lit dans les chiffres. De 3600 producteurs bios en 1995, leur nombre a dépassé le seuil des 25000 en 2013 avec une progression particulièrement forte (+104%) entre 2007 et 2012. Les surfaces cultivées passant dans le même temps de cent vint mille à un million d’hectares avec une progression de 85% dans les cinq dernières années. Certes, la production bio ne représente encore que 2,5% du marché mais la progression de 10% par an est régulière. Même progression du côté des consommateurs avec une croissance de 10% par an de 1999 à 2005 et un doublement entre 2007 et 2012.

Chez les bios la petite entreprise ne "connaît pas la crise". Pas de barrages sur les routes et d’édifices publics incendiés quand les Russes arrêtent d’importer du porc français ou quand l’Arabie Saoudite décide de ne plus manger de poulets nourris au soja transgénique brésilien et poussés aux antibiotiques. Il est vrai que le "bio" ne prétend pas nourrir la Planète entière et maintenir la France sur le podium des exportateurs mondiaux en compagnie des USA, de la Hollande et du Brésil. Son credo c’est la proximité, le plus court chemin du champ à la fourchette. Mais si les "bios" du monde entier, producteurs et distributeurs, aspirent d’abord à nourrir, chez eux, la part de l’humanité au sein de laquelle ils vivent, cela ne les empêche pas d’échanger leurs productions, de façon équitable et au moindre coût environnemental, avec celles cultivées sur d’autres terres et sous d’autres cieux .

La Planète et le bio.

Une "Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire", s’est tenue à Rome en mai 2007 dans le cadre de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture). L’objectif de ses travaux était "de déterminer de quelle manière l’agriculture biologique pourrait contribuer à l’émergence d’un nouveau paradigme de la sécurité alimentaire". Son rapport final a jeté un pavé dans la marre.

Une phrase en a été retenue :  " Une conversion planétaire à l’agriculture biologique, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d’engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l’ordre de 2640 à 4380 kilocalories par personne et par jour ".

Sachant qu’il est admis qu’une ration calorique jugée suffisante varie, suivant la personne et son activité, entre 2000 et 3500 calories par jour, il n’est pas exagéré de traduire la phrase par : "l’agriculture biologique pourrait nourrir la planète". Même si l’expression a déclenché le tir de barrage de tous les tenants d’une agriculture dopée à la chimie, l’ensemble du rapport prouvait bien, en effet, avec sagesse et pondération, que l’hypothèse d’un passage généralisé au bio était réaliste et qu’une sortie rapide du système industriel actuel était, non seulement indispensable, mais surtout possible.

La sortie est indispensable  : le rapport mettait d’abord en lumière l’échec du système actuel dans une introduction qui mérite d’être largement citée.

"Les travaux de la Conférence se sont inscrits dans le cadre du débat sur le caractère paradoxal du système alimentaire dans son ensemble, l’objectif étant de déterminer de quelle manière l’agriculture biologique pourrait contribuer à l’émergence d’un nouveau paradigme de la sécurité alimentaire. Concrètement, le paradoxe qui caractérise le système alimentaire tient aux aspects suivants :


. les approvisionnements alimentaires mondiaux sont suffisants, mais 850 millions de personnes souffrent de la faim ;

. l’utilisation d’intrants agricoles chimiques n’a cessé d’augmenter ces 20 dernières années, mais la productivité du secteur céréalier est en constant recul ;

. le coût des intrants agricoles est en augmentation, alors que le coût des produits agricoles de base diminue régulièrement depuis 50 ans ;

. on peut aujourd’hui avoir accès facilement et rapidement à un grand volume de connaissance grâce aux technologies de l’information, alors que, dans le même temps, les maladies liées à la malnutrition ne cessent de gagner du terrain ;

. les systèmes alimentaires de type industriel ont un coût environnemental et social qui menace la sécurité alimentaire (décès professionnels dus à des empoisonnements aux pesticides, suicides d’agriculteurs endettés, disparition de millions d’emplois dans les zones rurales)."

La sortie est possible :

Rappelons la question initiale proposée à la réflexion de la Conférence

"Reconnaissant qu’il convient d’augmenter la productivité agricole de 56 pour cent d’ici à 2030, la Conférence a évalué dans quelle mesure l’agriculture biologique était à même de proposer un système de substitution permettant de corriger ce paradoxe en renforçant la santé du système agricole grâce à des améliorations dans les domaines suivants : accès à la nourriture ; technologies adéquates ; efficience économique ; suffisance nutritionnelle ; qualité de l’environnement et équité sociale."

Et voyons ses conclusions :

. L’agriculture biologique peut contribuer à la sécurité alimentaire, mais sa capacité à affirmer son rôle dépend en grande partie de l’existence d’une véritable volonté politique.

. L’agriculture biologique peut atténuer les effets des nouveaux problèmes, comme les changements climatiques, grâce à des mesures comme la fixation améliorée du carbone du sol.

. Elle propose également des solutions pratiques en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques. L’agriculture biologique permet de renforcer la sécurité hydrique dans plusieurs domaines : qualité de l’eau potable, diminution des besoins en irrigation des sols biologiques et augmentation des rendements dans des conditions de stress hydrique dû à la variabilité climatique.

. L’agriculture biologique permet de protéger l’agrobiodiversité et d’en garantir une utilisation durable.

. L’agriculture biologique renforce la suffisance nutritionnelle, grâce à une diversification accrue des aliments biologiques, qui sont plus riches en micronutriments.

. L’agriculture biologique stimule le développement rural, en créant des revenus et des emplois dans des zones où les populations n’ont d’autre choix que de recourir à la main-d’œuvre, aux ressources et aux connaissances locales.

. L’agriculture biologique établit un lien entre les objectifs économiques et les objectifs environnementaux et sociaux.

 

Le bio, une agriculture savante.

Peut-être est-il utile de rappeler que l’agriculture biologique n’est pas une agriculture conventionnelle qui se contenterait d’abandonner subitement les pesticides et les engrais. Interrogé par le groupement des agriculteurs bios de Bretagne (GAB), Marc Dufumier, Ingénieur agronome et professeur émérite à AgroParisTech, définissait l’agriculture bio comme "un système d’agriculture savante".

Une agriculture savante issue, comme la plupart des sciences, d’une longue tradition empirique. "Nous ne proposons pas de retourner à l’âge de pierre" déclarait Marc Dufumier en introduction à son exposé, "mais ce n’est pas inutile de regarder dans le rétroviseur, de retrouver des variétés anciennes, de se ré-intéresser à la microbiologie des sols, de s’intéresser aux pratiques associées comme l’agroforesterie". Il expliquait alors comment il avait entamé sa carrière comme coopérant dans les pays du Sud, d’abord à Madagascar, puis au Venezuela et au Laos en restant deux à trois ans dans chaque pays. Il y avait observé la façon dont les paysanneries pratiquaient des agricultures complexes, souvent bio, sans le dire ou le savoir, car tout simplement ils n’avaient pas les moyens d’acheter des intrants chimiques.

Ce sont ces agricultures très savantes qui lui ont, dit-il "plus appris en agronomie, là-bas sur place, que dans mon institut d’origine. Et c’est de là que j’ai découvert qu’on pouvait aller vers des systèmes intensément écologiques", c’est à dire "une utilisation intensive de toutes les énergies renouvelables, un usage raisonnable des énergies fossiles et zéro agro-toxiques". Aujourd’hui, ajoute Marc Dufumier, "il faut penser une agriculture qui ne tue pas".

C’est ce savoir que recherchent également les agronomes qui, dans les Antilles, s’efforcent de découvrir les secrets des jardins créoles. Ces jardins où on cherche "à utiliser de manière intensive l’énergie solaire et le carbone du CO2 atmosphérique pour fabriquer notre énergie alimentaire, à utiliser de manière intensive l’azote de l’air pour fabriquer des protéines avec des légumineuses".

Une agriculture déjà savante avant la chimie.

Savante était déjà la pratique agricole développée et popularisée par ces agronomes de la fin du 19ème siècle tel Théophile de Pompéry. Propriétaire et agriculteur dans la commune du Faou dans le Finistère, membre de "l’Association bretonne" créée en 1843 pour "hâter le développement des progrès agricoles de la Bretagne et former un centre d’études et de relations". Fouriériste convaincu, républicain sous le Second Empire, il s’était attaché à améliorer les assolements, à utiliser au mieux les fumiers et à amender la terre de ce squelette d’algue calcaire, richesse des fonds marins bretons : le maërl. Cette expérience il avait cherché à la partager dans un ouvrage Français-breton sous le titre de "Nouveau guide du cultivateur breton – Quelennou var Labour pe gonnidegues an douar". La dédicace de l’ouvrage s’adressait à ses voisins, les agriculteurs de sa commune qui l’avaient accompagné dans ses expériences. Faites partager votre savoir, leur disait-il.

"Vous avez adopté les instruments aratoires perfectionnés, abandonné l’ancien mode de culture, en usage parmi vous, pour lui substituer une méthode raisonnée, qui diminue vos labeurs et augmente les produits du sol. Cependant , des hommes qui ne peuvent vous connaître, parce qu’ils n’ont jamais vécu parmi vous, vous accusent de vous complaire dans la routine et d’être rebelles à toute idée de progrès et d’améliorations. Vous continuerez à démentir, par vos judicieuses innovations, ces injustes reproches, et à donner d’utiles exemples aux autres populations agricoles, qui ne tarderont pas à vous suivre dans la carrière féconde que vous leur tracez".

Judicieuses innovations ? C’était un temps où un "catéchisme agricole à l’usage de la jeunesse bretonne" apprenait à ceux-ci à distinguer les "terres froides" des "terres chaudes", leur enseignait la façon de semer les ajoncs et le genêt avec le seigle et l’avoine sur les brûlis d’écobuage pour nourrir les chevaux et les troupeaux et comment installer étables et écuries pour un meilleur confort et une meilleure productivité des animaux. Un temps ou des conférenciers expliquaient, en langue bretonne, l’intérêt de cultiver du trèfle blanc pour l’ajouter au fourrage habituel et enrichir en azote le sol des prairies. Un temps ou un réseau serré de voies ferrées secondaires amenait vers la Bretagne intérieure le sable coquiller nécessaire à l’amendement des terres pauvres pendant que, dans la riche "ceinture dorée" des côtes du nord Finistère, productrice des primeurs expédiés par wagons entiers à Paris, des agronomes analysaient avec précision la valeur nutritive des goémons utilisés comme engrais.

Une ambiance de progrès agricole, construit sur les ressources locales, commençait alors à se manifester dans toutes les régions françaises avant que la guerre ne vienne faucher dans les tranchées le meilleur de leur jeunesse rurale. C’est alors que l’industrie des nitrates massivement développée pour la fabrication d’explosifs est venue chercher un débouché dans l’agriculture. Les utiliser étant alors présenté comme le nouveau devoir patriotique de l’agriculteur. Un phénomène qui s’est accéléré après la deuxième guerre mondiale et le débarquement massif des nitrates de l’industrie de guerre américaine à bord de ces "liberty ships" dont l’un, ’l’Ocean Liberty", est venu exploser en rade de Brest en Juillet 1947 faisant 33 morts, des centaines de blessés et détruisant des quartiers entiers d’une ville qui commençait à peine à se redresser de ses ruines. Marée de nitrates auxquels sont venus s’ajouter les pesticides, dérivés des armes chimiques, dont les tranchées de la première guerre mondiale et les camps d’extermination nazis nous rappellent la sinistre origine.

Le temps du retour à l’agronomie.

La pression était forte. Peu d’agriculteurs ont choisi de prendre une autre voie, celle d’une agriculture sans chimie. Ces résistants font, à présent, figure de pionniers. Peu nombreux aux débuts, obligés de se serrer les coudes, ils ont su aller au devant des autres résistants de la société de consommation, tous ces protecteurs d’espaces naturels, ces empêcheurs de bétonner en rond, ces créateurs d’écoles bilingues, ces semeurs de solidarités locales et planétaires. Des magasins coopératifs se sont montés, des marchés se sont mis à revivre. Le phénomène est resté discret jusqu’au moment où ont éclaté les crises de la vache folle et des poulets à la dioxine. Les bios sont aujourd’hui dépassés par la demande. Ceux qui les regardaient avec suspicion reconnaissent enfin leur capacité technique et leur clairvoyance économique. La grande distribution s’y cherche de nouveaux créneaux. Les chambres d’agriculture, les syndicats agricoles majoritaires, les groupements de producteurs ne boudent plus ceux qu’ils traitaient encore il y a peu de temps de "jardiniers" et se sentent obligés d’accrocher un wagon "bio" à leur train productiviste.

Si les bios d’aujourd’hui retrouvent, souvent sans en être conscients, une partie des savoirs anciens, leurs méthodes sont loin d’être archaïques. Le tracteur, utilisé de façon conviviale, ne leur fait pas peur pas plus que internet et l’informatique. Plus savante est leur technique que celle qui consiste à cultiver, année après année, le même maïs consommateur d’engrais industriels, de lisier et de pesticides sur le même sol privé de matière organique et de vie biologique.

Signe d’un intérêt retrouvé, l’agriculture biologique commence à réinvestir les écoles et lycées agricoles. Témoin ce dossier sur le site du ministère de l’agriculture : "Ambition Bio 2017, un nouvel horizon pour la bio ! Apprendre autrement, la bio dans l’enseignement agricole". L’agriculture bio y revendique sa place dans l’enseignement : "Pour plus d’agriculture biologique, il faut davantage d’agriculteurs formés aux méthodes de l’agriculture biologique ! Dans cette équation mathématique somme toute très logique, l’enseignement agricole joue un rôle primordial. Dans les exploitations agricoles des établissements, où les élèves, apprentis et stagiaires acquièrent les gestes et les méthodes qu’ils utiliseront en tant que professionnels, l’agriculture biologique est bien présente ! "

Entre 2007 et 2012 le nombre d’exploitations scolaires ayant au moins un atelier de production bio a été multiplié par 3, ce qui porte à 54% le nombre d’établissements touchés par le bio dont 11% totalement bios. De nombreux enseignants s’en félicitent : l’agronomie a retrouvé toute sa place dans l’enseignement agricole. Exemple pour les plus jeunes, l’agriculteur bio se déclare "bien dans sa peau" et de plus en plus nombreux sont celles et ceux qui veulent les rejoindre, même si le métier nécessite un engagement permanent. Bonne nouvelle.

Personne ne peut ignorer la place essentielle des agriculteurs. Ils nous nourrissent, ils entretiennent l’espace rural, naturel et domestiqué. Pourtant, globalement, leur nombre diminue année après année. Au rythme de 3% par an, les petites et moyennes exploitations disparaissent au profit des grandes structures. Le rapport de la Conférence de la FAO de mai 2007 rappelle le coût social, pour les agriculteurs, de cette évolution : "décès professionnels dus à des empoisonnements aux pesticides, suicides d’agriculteurs endettés, disparition de millions d’emplois dans les zones rurales". Les dettes, le travail difficile, les crises de production, la pollution, la culpabilisation, constituent le lot de nombreux producteurs. De plus en plus nombreux sont ceux qui souhaiteraient sortir d’un système piloté, en amont et en aval, par l’industrie agroalimentaire, les grandes chaînes de distribution et des "coopératives" qui, ayant oublié leur fonction première, participent à leur exploitation. N’y aurait-il pas de politique plus salutaire que celle qui consisterait à aider à se reconvertir au bio les agriculteurs conventionnels qui le souhaitent et à libérer des terres pour les jeunes qui veulent s’installer.



On en parle dans :

 

RESPIRER TUE. Un livre pour s’informer et agir contre la pollution de l’air.

 

cliquer sur l’image pour agrandir.

 

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 13:04

Par Gérard Borvon.

 

Robida, dans son ouvrage "Le 20ème siècle, la vie électrique", publié en 1890, nous décrit un monde soumis à des pollutions diverses. Eau et air pollués, malbouffe... il ne manque que l'effet de serre et le réchauffement climatique.

 

L'air et l'eau pollués.

Cliquer sur l'image pour agrandir.

 

La malbouffe.

La chimie envahissante.

 

1913. Encore la malbouffe.

23 ans plus tard, le 1er avril 1913, paraissait le premier numéro d'une revue promise à un long succès : "La Science et la Vie", devenu "Science et Vie".

 

On pouvait y lire un article sur "La répression des fraudes alimentaire", avec une citation du professeur et académicien Paul Brouardel :

 

"Quand un homme a pris le matin, à son premier déjeuner, du lait conservé par l'aldéhyde formique, quand il a mangé à midi une tranche de jambon contenant du borax, accompagnée d'épinards verdis par du sulfate cuivre, quand il a arrosé cela d'une demi-bouteille de vin fuchsiné ou plâtré à l'excès, et cela pendant vingt ans, comment voulez-vous que cet homme ait encore un estomac ? ". 

 

Mais Robida n'avait pas prévu l'effet de serre et le dérèglement climatique.

 

Souvenons nous que nous sommes en 1954. Relisons Robida.

 

" La science moderne a mis tout récemment aux mains de l'homme de puissants moyens d'action pour l'aider dans sa lutte contre les éléments, contre la dure saison, contre cet hiver dont il fallait naguère subir avec résignation toutes les rigueurs, en se serrant et se calfeutrant chez soi, au coin de son feu.

 

Aujourd'hui les observatoires ne se contentent plus d'enregistrer passivement les variations atmosphériques ; outillés contre pour la lutte contre les variations intempestives, ils agissent et ils corrigent autant que faire se peut les désordres de la nature.

 

Quand les aquilons farouches nous soufflent le froid des banquises polaires, nos électriciens dirigent contre les courants aériens du Nord des contre-courants plus forts qui les englobent dans un noyau de cyclone factice et les amènent se réchauffer au dessus des Saharas d'Afrique ou d'Asie, qu'ils fécondent en passant par des pluies torrentielles.

 

Ainsi ont été reconquis à l'agriculture les Saharas divers, d'Afrique, d'Asie et d'Océanie ; ainsi ont été fécondés les sables de Nubie et les brûlantes Arabies.

 

De même, lorsque le soleil d'été surchauffe nos plaines et fait bouillir douloureusement le sang et la cervelle des pauvres humains, paysans ou citadins, des courants factices viennent établir entre nous et les mers glaciales une circulation atmosphérique rafraîchissante.

 

Les fantaisies de l'atmosphère, si nuisibles ou si désastreuses parfois, l'homme ne les subit plus comme une fatalité contre laquelle aucune lutte n'est possible. L'homme n'est plus l'humble insecte, timide, effaré, sans défense devant le déchaînement des forces brutales de la Nature, courbant la tête sous le joug et supportant tristement aussi bien l'horreur régulière des interminables hivers que les bouleversements tempêtueux et les cyclones. 

 

Les rôles sont inversés, c'est à la Nature domptée aujourd'hui de se plier sous la volonté réfléchie de l'Homme" 

 

Inondations, incendies et cyclones dévastateurs... La Nature rappelle avec violence à  l'Homme du 21ème siècle, "humble insecte, timide, effaré", qu'elle ne se laisse pas si facilement dompter.

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 
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25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 12:38

"Connais premièrement la quadruple racine de toute choses : Zeus aux feux lumineux, Héra mère de vie, et puis Aidônéus, Nestis enfin, aux pleurs dont les mortels s'abreuvent"

 

Ainsi parlait Empédocle.

 

Empédocle (-490 ; -430), né dans la ville grecque d'Agrigente en Sicile, ne peut laisser indifférent. D'abord par la forme poétique des fragments qui nous sont parvenus de ses paroles. Par leur contenu ensuite. 

 

La légende a surtout retenu sa mort. Il aurait choisi, dit-on, de s'immoler par le feu en se jetant dans l'Etna, ne laissant en témoignage, sur le bord du cratère, que ses sandales. Des sandales "d'airain" précise même la légende. Le mythe a alimenté une abondante littérature. Dans "La psychanalyse du feu", Bachelard, appelant la mythologie grecque à son secours ne pouvait manquer de rencontrer Empédocle.

 

Bachelard et le "complexe d'Empédocle".

 

Dans le chapitre intitulé "Feu et rêverie, le complexe d'Empédocle", Bachelard explore la "rêverie au coin du feu".  "Le feu enfermé dans le foyer fut sans doute pour l’homme le premier sujet de rêverie, le symbole du repos, l’invitation au repos. On ne conçoit guère une philosophie du repos sans une rêverie devant les bûches qui flambent".

 

Il nous entraîne alors dans la contemplation de l'enfant devant la cheminée "les coudes aux genoux et la tête dans les mains". Puis, rompant avec cette image,  il poursuit :

 

"Mais la rêverie au coin du feu a des axes plus philosophiques. Le feu est pour l’homme qui le contemple un exemple de prompt devenir et un exemple de devenir circonstancié. Moins monotone et moins abstrait que l’eau qui coule, plus prompt même à croître et à changer que l’oiseau au nid surveillé chaque jour dans le buisson, le feu suggère le désir de changer, de brusquer le temps, de porter toute la vie à son terme, à son au-delà. Alors la rêverie est vraiment prenante et dramatique ; elle amplifie le destin humain ; elle relie le petit au grand, le foyer au volcan, la vie d’une bûche et la vie d’un monde. L’être fasciné entend l’appel du bûcher. Pour lui, la destruction est plus qu’un changement, c’est un renouvellement.

 

Cette rêverie très spéciale et pourtant très générale détermine un véritable complexe où s’unissent l’amour et le respect du feu, l’instinct de vivre et l’instinct de mourir. Pour être rapide, on pourrait l’appeler le complexe d’Empédocle."

 

Il est certain qu'Empédocle a transmis à Bachelard son talent poétique. Se serait-il reconnu dans cette "rêverie très spéciale", dans cette lutte entre instinct de vivre et instinct de mourir dont Bachelard l'a fait le porte flambeau ?

 

Qui pourrait l'affirmer ?

 

Naissance des quatre éléments.

 

Revenons à Empédocle et aux quatre déesses et dieux, Zeus, Héra, Aidônéus, Nestis, dépositaires des "quadruples racines de toutes choses". Empédocle nous somme de les connaître. Faut-il, afin d'obéir à cette si poétique injonction, nous engager dans le dédale des dieux grecs, de leur généalogie, de leur vie et de leurs pouvoirs  ? Fort heureusement, Empédocle a lui-même décrypté son message. 

 

Le dialogue étant une forme prisée dans le monde grec, il s'adresse à "Pausanias, fils du prudent Anchitos".

 

"Ecoute d'abord les quatre racines de toutes choses, le feu, l'eau, la terre et l'éther immensément haut ; c'est de là que provient tout ce qui a été, est et sera".

 

Tout a été dit. Platon, Aristote et la majorité des lettrés des siècles à venir ne feront que commenter, développer ou agrémenter la proposition. Seule modification, l'air remplaçant l'éther.

 

Il se dit que, chez les anciens grecs, Ether était d'abord un dieu à la généalogie complexe qui, entre autres attributions personnifiait le ciel. Plus tard l'éther deviendra la matière emplissant les espaces, au delà de la lune, occupés par les astres et les dieux immortels tandis que, dans les parties inférieures de l'univers, se trouvera l'air respiré par les mortels pour lesquels les "quatre racines de toute chose" deviendront alors : le feu, l'air, l'eau et la terre.

 

Mais Empédocle ne peut ignorer que, bien avant lui, Thalès de Millet (-625 ; -546) considérait l'eau comme premier et seul élément. Que pour Anaximène (-585 ; -525), cet unique élément était l'air et que pour Héraclite d'Ephèse (-544 ; -480) c'était le feu. Aussi en appelle-t-il aux dieux et aux muses pour trancher le différent entre lui et ces autres prétendants.

 

"Détournez, ô dieux, cette folie de ma langue, faites couler une source pure de mes lèvres sanctifiées. Et toi, vierge au bras blanc, Muse que poursuivent tant de prétendants, je ne demande que ce qu'il est permis d'entendre aux éphémères humains. Prends les rênes du char sous les auspices de la piété. Le désir des fleurs brillantes de la gloire, que je pourrais cueillir auprès des mortels, ne me fera pas dire ce qui est défendu".

 
 
Empédocle ne peut en douter : les dieux et les muses l'ont jugé seul digne de recevoir leur message.
 
 
Et ce message est :
 
 
"Il n'y a pas de naissance d'aucune des choses mortelles, il n'y a pas de fin par la mort funeste, il n'y a que mélange et dissociation de mélange".
 
 
Pas de naissance, pas de fin, seulement mélange et dissociation... Rien ne se crée, rien ne disparaît, tout se transforme... A l'évidence, dans le domaine de la pensée chimique, Lavoisier et ses contemporains, n'ont eux même rien créé.
 
Et pour être plus précis sur le mécanisme de ces transformations :
 
 
"Allons, considère ce qui confirma mes premières paroles, vois s'il y a, dans ce que j'ai dit, quelque forme omise : le soleil, brillant source de toute chaleur, L'éther épandu que baignent les blanches lueurs, la pluie, sombre et froide entre toutes choses, la terre d'où provient tout ce qui est solide et pesant.
 
 
Dans la Haine, ils sont tous isolés et défigurés, mais l'Amour les réunit par un désir réciproque.
 
 
C'est d'eux que se forme tout ce qui a été, est ou sera jamais, que poussent les arbres, les hommes et les femmes, les bêtes, les oiseaux, les poissons que l'eau nourrit, et les dieux à la longue vie, à qui appartiennent les suprêmes honneurs. Tous ces êtres sont ces mêmes choses, qui circulent au travers les unes des autres, apparaissent sous divers aspects, que la dissociation fait varier".
 
 
"Mélange et dissociation" ...  "synthèse et analyse". Noter surtout les agents de ces transformation : l'Amour et la Haine.
 
 
C'est par l'Affinité que les alchimistes médiévaux comme les chimistes du 18ème siècle et leurs successeurs du siècle suivant désigneront l'attirance entre deux corps chimiques et leur tendance à se combiner pour créer un corps nouveau. Amour, Affinité : même dans le vocabulaire de la chimie, les mots et les idées qu'ils illustrent, ne disparaissent que pour renaître transformés.
 
 
Ainsi en est il de la théorie des quatre éléments d'Empédocle. Plus de deux millénaires plus tard elle inspire encore les philosophes, les poètes, les artistes et même parfois les scientifiques.
 
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Rencontres sur le chemin d'Empédocle
 
 
Pour rencontrer Empédocle il me fallait un guide. J'ai choisi de suivre Paul Tannery.
 
 
 
 
"Il y a dix ans que ce livre est commencé" écrit-il en introduction. "j'en ai poursuivi l'écriture au milieu des occupations d'un métier qui ne le favorisait guère, et, en même temps, je me laissais aller à consacrer de plus en plus mes loisirs à des recherches spéciales touchant à l'histoire des mathématiques".
 
 
Paul Tannery (1843-1904) n'est pas un helléniste universitaire. C'est un polytechnicien, ingénieur des tabacs. C'est d'ailleurs ainsi qu'il signe son livre : "Paul Tannery, Directeur des Tabacs de Lot-et-Garonne" Tonneins le 7 juin 1887. Ce qui n'empêche pas qu'il soit considéré, aujourd'hui, comme l'un des premiers historiens des sciences.
 
 
Paul Tannery n'est pas un enfant de Tonneins, village du Lot-et-Garonne. Il n'y est pas né. Sa tombe ne s'y trouve pas. Il n'y est pas cité parmi les personnalité locale. C'est pourtant dans ce village qu'un inspecteur des tabacs a réalisé une oeuvre magistrale.
 
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Une librairie à Besançon.
 
 
Besançon est une ville où il fait bon flâner. Le promeneur ne peut manquer de remarquer, dans la rue principale, une librairie au nom étrange : "Les sandales d'Empédocle".
 
Le site internet de la librairie nous explique : 
 
Claire Grimal fonde sa librairie en 1973 au 138 de la Grande Rue à Besançon. Elle a été formée par Francois Maspéro éditeur engagé et libraire parisien à  La joie de Lire. Elle est la fille de l’historien de l’antiquité Pierre Grimal et de la critique littéraire Claude Edmonde Magny. En baptisant la librairie « les Sandales d’Empédocle » titre d’un de ses essais, Claire rend hommage à sa mère.
 

 

Pour en savoir un peu plus sur l'auteure : 
 
" Pour elle, une oeuvre, loin d'être une fin en soi-même, fait partie d'une expérience qui dépasse infiniment la littérature, et qu'elle n'hésite pas à appeler une "expérience spirituelle" : d'où cette métaphore des sandales d'Empédocle pour désigner la production de l'esprit. De même qu"Empédocle abandonna ses sandales sur les pentes de l'Etna avant de se lancer dans sa dernière aventure, de même tout livre, pour Claude Edmonde Magny, n'est qu'une simple trace, un repère, un témoignage de la vie spirituelle de son auteur."
 
 
 

Quand Ernest Renan rencontre Empédocle.

Voir :20 jours en Sicile

 

Dans la nuit du 9 au 10 septembre, l’Archimède nous porta de Sélinonte à Agrigente. La ville de Girgenti, bâtie dans l’acropole de la vieille Agrigente, se trouvant assez éloignée de la mer, il s’est bâti au pied de la montagne un petit port qui, depuis quelques années, a pris une extrême importance commerciale par l’expédition du soufre ; on l’appelle Porto Empedocle. Nous y abordâmes sous un portique décoré des statues de Victor-Emmanuel et d’Empédocle. Empédocle, en effet, est encore le demi-dieu d’Agrigente. Philosophe, savant, ingénieur, musicien, médecin, prophète, thaumaturge, il trouva encore avec cela le temps d’être démocrate, de donner une constitution à sa république, de fonder l’égalité civile, de refuser une couronne, d’abattre l’aristocratie de son temps. Ce dernier trait n’a pas peu contribué à sa moderne fortune. Le parti libéral de Girgenti vit à la lettre d’Empédocle. Son image se voit à chaque pas ; son nom est prodigué aux lieux publics à l’égal de celui de Garibaldi ; à peine y eut-il un discours où sa gloire ne fût rappelée. Cette gloire est en somme de bon aloi. Empédocle ne le cède à aucun de ces génies extraordinaires de la philosophie grecque anté-socratique, qui furent les vrais fondateurs de la science et de l’explication mécanique de l’univers. Les fragments authentiques que nous avons de lui nous le montrent soulevant tous les problèmes, approchant souvent des solutions qu’on devait trouver deux mille deux cents ans plus tard, côtoyant Newton, Darwin, Hegel. Il fit des expériences sur la clepsydre, reconnut la pesanteur de l’air, eut l’idée de l’atome chimique. de la chaleur latente, soupçonna la fécondité de l’idée d’attraction, entrevit le perfectionnement successif des types animaux et le rôle du soleil. En biologie, il ne fut pas moins sagace : il proclama le grand principe : Omnia ex ovo, l’appliqua à la botanique, eut quelques notions du sexe des plantes, vit très-bien que le mouvement de l’univers n’est qu’un réemploi d’éléments désagrégés, que rien ne se crée ni ne se perd. Il conçut même la chimie des corps organisés et se passa des dieux dans ses hypothèses. Lucrèce lui doit autant qu’Épicure. Par d’autres côtés, ce Newton paraît doublé d’un Cagliostro ; il ne marchait dans les rues d’Agrigente que grave et mélancolique, avec des sandales de bronze, une couronne d’or sur la tête, au milieu des jeunes gens qui l’acclamaient. Il se défendait faiblement quand on lui prêtait des miracles, même des résurrections, et qu’on l’adorait comme un dieu. Les Agrigentins modernes n’admettent pas ces reproches et ne veulent voir dans leur célèbre compatriote qu’un « savant tout occupé à moraliser le peuple, qu’un grand citoyen qui rendit à sa patrie ses droits politiques et donna l’exemple de l’abnégation en refusant l’autorité suprême ».

Sélinonte n’est plus qu’un cadavre de ville. Agrigente vit encore et compte près de 20 000 habitants. L’aspect de ce sommet couronné de maisons serrées, s’élevant sur les substructions antiques et sur les flancs taillés du rocher, est grandiose, austère. Le manque d’eau, l’aspect aride de la campagne, portent encore à la tristesse. La ville moderne, avec ses rues étroites, son air sombre, inaccessible et fermé, sa cathédrale étrange, tout espagnole, semble un reste d’un autre monde. À mi-côte s’étend la ville antique avec ses sept ou huit temples, rangés pour la plupart le long de l’ancien mur, de façon que du port cette ligne d’édifices se profilait sur le ciel. Le temple dit des Géants était sûrement quelque chose d’unique ; il présente les plus grandes colonnes doriques que l’on connaisse. Diodore dit vrai à la lettre : un homme peut se tenir dans leurs cannelures ; l’abaque des chapiteaux renversés à terre produit une sorte de stupéfaction. Un seul des télamons qui portaient l’architrave est étendu sur le sol. L’effet de ce colosse, dont les pièces désarticulées semblent les ossements d’un squelette, est tout à fait saisissant. Les pieds sont joints et minces ; ces colosses n’ont jamais rien porté effectivement ; ils étaient adossés à un mur ou à des pilastres. J’incline à croire qu’ils avaient l’air de soutenir un plafond à l’intérieur de la cella, ce qui expliquerait comment Diodore n’en parle pas. À l’extérieur, un tel décor eût trop frappé pour qu’on eût pu le passer sous silence. Le curieux sceau de Girgenti, au moyen âge, représentant l’aula gigantum[4], fournit des arguments pour et contre cette opinion. Ce qui me paraît certain en tout cas, c’est que le temple des Géants se rapporta primitivement à un culte oriental. Girgenti offre bien d’autres traces d’influence phénicienne dans son temple de Jupiter Atabyrius (du Tabor), de Jupiter Polieus (Melkarth), situé à l’intérieur de l’acropole, et dans les indices du culte de Moloch qui se laissent clairement entrevoir derrière les fables relatives au taureau de Phalaris. Ces géants, s’ils étaient à l’intérieur de la cella, pouvaient jouer le rôle des colosses osiriens dans les avenues des temples d’Égypte, et des séraphim dans le temple de Jérusalem.

Les autres temples d’Agrigente sont beaux sans doute ; mais, quand on a vu Athènes, on est difficile. Le soin de l’exécution y est bien moindre que dans les édifices athéniens. Une sorte de stuc revêtait la colonne et dissimulait toutes les imperfections du travail. Des négligences, des à peu près, comme ceux qu’on remarque dans la plupart des temples égyptiens, se rencontrent à chaque pas. L’imprévoyance de l’architecte se trahit. Décidément, la perfection a été l’invention des Athéniens. Venant les derniers, ils ont innové en réalisant l’idée d’édifices bâtis a priori dans la carrière, d’édifices où chaque pierre est taillée d’avance pour la place qu’elle doit occuper. L’exécution des détails de l’Erechtheum par exemple est une merveille qui dégoûte de tout ce que l’on voit ensuite. Dans les temples d’Agrigente, l’enduit et la polychromie masquaient les défauts. Tout voyage, toute recherche, toute étude nouvelle est ainsi un hymne à Athènes. Athènes n’a rien créé de première main ; mais en toute chose Athènes a introduit l’idéal. Et quel respect pour la Divinité ! Comme on ne cherche pas à la tromper ! On a découvert dans un trou devant le Parthénon un tas de tambours de colonnes rebutés. Il faut y regarder de très-près pour apercevoir le défaut qui les a fait rejeter. Ce qu’on ne voit pas est aussi soigné que ce qui est visible. Rien de ces honteux décors vides, de ces apparences menteuses qui forment l’essence de nos édifices sacrés.

Cette rude journée nous avait épuisés, et le cordial banquet que nous donnèrent les Agrigentins sur le champ même des ruines n’avait fait que nous inspirer le désir du repos. Nous reçûmes avec joie la nouvelle que l’hospitalité nous était préparée chez Gellias. Gellias fut un riche citoyen de l’ancienne Agrigente (ve siècle avant Jésus-Christ) qui avait fait bâtir un grand nombre d’hôtelleries, à chacune desquelles était attaché un portier qui invitait les étrangers à entrer pour recevoir une gratuite et splendide hospitalité. Son nom est devenu celui d’un hôtel où nous primes un fort doux repos, — doux mais court. À cinq heures du matin, une course rapide, exécutée partie en chemin de fer, partie en voiture, partie à cheval, nous mena au cœur de la Sicile, à Racalmuto, centre de l’extraction du soufre, industrie qui prend de tels développements, par suite des besoins de l’industrie moderne, que la province de Girgenti en deviendra l’un des pays les plus riches du monde. C’est l’Afrique que nous vîmes ce jour-là se dérouler devant nous en cette chaîne de collines brûlées par les fumées sulfureuses, sans arbres, sans verdure, sans eau. La gaieté sicilienne résiste à tout. Les réceptions de Grotte et de Racalmuto furent de toutes peut-être les plus originales, les plus empreintes de curiosité aimable. Je n’oublierai jamais la banda musicale de Grotte. Elle s’obstinait à résoudre un problème que j’aurais cru insoluble, à suivre le ministre après son départ en jouant à perte d’haleine. Je vois encore un ophicléide passant à travers les roues des voitures sans omettre une seule note. Le chef de la troupe, jouant de la clarinette avec une volubilité sans nom, courait d’une course effrénée, se servant de son instrument comme d’un bâton indicateur pour montrer le chemin à ses compagnons. Le Sicilien ne se soucie pas de savoir si on le regarde ; il agit pour sa satisfaction propre. L’idée de se surveiller pour éviter un prétendu ridicule ne vient qu’à des gens qui ne sont pas sûrs de leur noblesse historique, et qui n’ont pas toujours conscience d’obéir à un entraînement élevé.

 

Voir aussi de Renan la prière sur l'Acropole

 

 

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 12:59

Nous avons choisi de nous aventurer sur un long chemin à la rencontre de tous ces hommes habités par la même obsédante question de l'origine de la vie sur Terre.

Nous y avons rencontré Empédocle, le poète, le prophète. celui auquel les dieux ont révélé les quatre bases du monde : le feu, l'air, l'eau, la terre. Il nous faut à présent rencontrer Platon, le géomètre.

Ainsi parlait Timée.

Platon (-428 ; -358) a choisi de mettre en scène sa pensée au travers de dialogues. Dans celui désigné sous le titre de Timée, il fait dialoguer quatre personnages :  Socrate, Critias, Timée et Hermocrate.

"L’intelligence est le partage des dieux, et, parmi les hommes, d’un bien petit nombre" déclare-t-il. A l’évidence ces quatre personnages font partie des heureux élus. Platon fait surtout parler Timée qu’il présente comme "citoyen de la république très policée de Locres en Italie, ne le cédant pour la fortune et la naissance à aucun de ses concitoyens" et plus encore ayant "été revêtu des plus hautes dignités de sa patrie" et étant parvenu "au point le plus élevé de la philosophie".

C’est donc par la parole de Timée qu’il expose ses propres vues. "Nous sommes convenus que Timée, celui de nous qui connaît le mieux l’astronomie, et qui a le plus travaillé à s’instruire de la nature de l’univers, parlerait le premier" déclare Critias qui s’est vu attribuer le rôle d’annoncer le discours de Timée.

Écoutons donc Timée.

Rompant avec l'anarchie des anciens dieux réfugiés sur l'Olympe, il nous instruit d’abord de l’existence d’un Dieu unique auteur et père de de l’Univers. Quelle est sa nature ? "C’est une grande affaire que de le découvrir, dit-il, et après l’avoir découvert, il est impossible de le faire connaître à tous". Certainement ne chercherons-nous pas à faire partie des heureux élus appelés à cette connaissance, tant de brillants cerveaux s’étant employés, au fil des siècles, à décrypter le message de Timée. Retenons que ce Dieu de Platon, règne d'abord sur l'Univers des Idées inaccessibles à la pensée commune et dont le monde matériel ne révèle qu'une faible illustration. 

Dieu, donc, a créé le monde réel à partir des quatre briques élémentaires annoncées par Empédocle. Mais, nous prévient Platon, quand "Dieu entreprit d’organiser l’univers, le feu, l’eau, la terre et l’air offraient bien déjà quelques traces de leur propre forme,mais étaient pourtant dans l’état où doit être un objet duquel Dieu est absent. Les trouvant donc dans cet état naturel, la première chose qu’il fit, ce fut de les distinguer par les formes et les nombres".

Un dieu géomètre et mathématicien.

Le dieu de Platon est donc celui que nous avait déjà annoncé Pythagore. Il est géomètre et mathématicien. Se souvenir de Pythagore c’est souvent évoquer son "triangle". Ses trois côté respectant les proportions 3, 4 et 5, il est dit "rectangle", l’un de ses angles étant "droit". C’est ainsi qu’il a été emprunté par les constructeurs de pyramides ou de cathédrales pour tracer sur le sol les angles de 90° nécessaires à l’établissement de leurs fondations. Mieux : la somme des "carrés" des deux côtés de son angle droit , 9+16 est visiblement égale au carré du grand côté, l’hypoténuse, soit 25. Comment ne pas voir qu'un message divin est nécessairement caché dans ce triangle. Ainsi pensaient Pythagore et ses disciples. Ainsi enseignera Platon à son tour.

La légende veut que, au fronton l'Académie, l'école qu'il avait créée à Athènes, Platon ait fait inscrire la phrase " Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre". Dieu, selon Platon, affectionne donc les nombres et les figures géométriques.  Parmi ces nombres et figures, il affectionne particulièrement le nombre 3 et le triangle qui sont, par ailleurs, des symboles forts dans de nombreuses cultures et religions. Parmi ces triangles il en existe deux que Platon considère comme les plus beaux. La beauté étant, avec le bonté, la caractéristique de Dieu.

Le premier de ces triangles est le triangle rectangle isocèle. Angle droit, deux côté égaux, c’est aussi la figure d'un carré, autre belle figure, divisé par sa diagonale. Quant à l’autre, le plus beau de tous, à en croire Platon : "nous jugeons que parmi cette multitude de triangles il y a une espèce plus belle que toutes les autres, et pour laquelle nous les laissons toutes de côté, savoir celle dont deux forment un troisième triangle qui est équilatéral". Le triangle équilatéral, avec ses trois côtés et ses trois angles égaux est certainement l’une des figures de triangle les plus remarquables. Divisé en deux par une de ses hauteurs, il se présente sous forme de deux triangles rectangles dont le grand côté, l'hypoténuse, est le double du plus petit des côtés de l'angle droit. C’est à ce triangle rectangle particulier et au triangle équilatéral que Platon attribue la beauté suprême.

Pourquoi ce choix ? "c’est ce qui serait trop long à dire" avoue Platon par la voix de Timée "mais si quelqu’un découvre et démontre que cette espèce n’a pas la supériorité, il peut compter sur une récompense amicale". Le pari a-t-il été relevé ? Quelqu'un a-t-il osé contester la suprême beauté d’un triangle rectangle isocèle ou celle d’un triangle équilatéral ? Pour Platon la cause est entendue : c’est à partir de ces belles figures que Dieu ne pouvait manquer de structurer le monde.

Un corps c'est d'abord un volume. Quels beaux volumes la géométrie nous offre-t-elle ? Pythagore,ses disciples et ses successeurs, ont déjà exploré ce territoire et fait connaître les polyèdres réguliers, c’est à dire ces volumes dont toutes les faces sont identiques. Ils sont au nombre de cinq.

Ce sont nécessairement des triangles équilatéraux qui servent à construire les trois premiers. Le plus simple, le tétraèdre, est une pyramide à quatre faces. Vient ensuite l’octaèdre à huit faces puis l’icosaèdre à vingt faces.

Viennent ensuite le cube à six faces carrées et le dodécaèdres à douze faces pentagonales.

 

 

Platon est-il le premier à associer chaque polyèdre à l'un des éléments définis par Empédocle où en a-t-il reçu la tradition de pythagoriciens tel Philolaos de Crotone ? Ces solides sont aujourd'hui considérés comme les "solides de Platon".

De ces solides, nous dit-il, toujours par la voix de Timée, "celui qui a le moins grand nombre de bases doit nécessairement être le plus mobile, le plus tranchant et le plus aigu de tous et aussi le plus léger", c’est donc la forme du feu. Le second sera celle de l’air et le troisième celle de l’eau.

En quatrième position vient le cube, ou hexaèdre, aux six bases carrées. "Donnons à la terre la figure cubique", propose Platon. "En effet, des quatre genres la terre est la plus stable, de tous les corps c’est le plus facile à modeler, et tel devait être nécessairement celui qui a les bases les plus sûres".

 

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Ainsi se présentent les quatre éléments qui constituent l'ensemble des corps. Pour répondre à qui prétendrait ne pas avoir observé ces différentes formes dans la nature, Il faut "se représenter tous ces corps comme tellement petits que chacune des parties de chaque genre, par sa petitesse,échappe à nos yeux, mais qu’en réunissant un grand nombre, leur masse devient visible" ajoute Timée/Platon.

Tout se transforme.

Il imagine aussi une transmutation possible entre ces différents corps. Ainsi, "lorsque le feu est renfermé dans de l’air, de l’eau ou de la terre, mais en petite quantité relativement à la masse qui le contient, si, entraîné par le mouvement de ces corps et vaincu malgré sa résistance, il se trouve rompu en morceaux, deux corps de feu peuvent se réunir en un seul corps d’air". L’arithmétique est respectée : les huit triangles équilatéraux issus des deux tétraèdres de feu peuvent se convertir en un octaèdre d’air. De même "si l’air est vaincu et brisé en petits fragments, de deux corps et demi d’air un corps entier d’eau peut être formé". Chacun peut vérifier que le compte en terme de triangles équilatéraux est respecté.

Il n'est pas interdit d'en sourire, même si l’observation du changement d’état des corps, l’eau s’évaporant et devenant "air" sous l’effet de le chaleur (du feu) puis se condensant à nouveau en eau pouvait s’accorder à une telle proposition. Soyons indulgents, notre science contemporaine, elle même, s’accorde avec des images tout aussi osées qui feront sourire les générations à venir.

La cinquième essence.

Reste un cinquième polyèdre régulier, le dodécaèdre. Il a des propriétés mathématiques plus riches. Il comporte 12 faces comme le nombre des signes du zodiaque. Chacune étant un pentagone régulier, figure particulièrement symbolique avec sa variante, l’étoile à cinq branches.

Il est facile, au moyen d’une règle et d’un compas de construire un triangle équilatéral, un carré, un hexagone, un octogone. Tracer un pentagone régulier pose un tout autre problème et n’est à la portée que d’habiles géomètres. Disons, sans développer davantage, qu’il fait intervenir des rapports entre longueurs de segments laissant apparaître le "nombre d’Or", le nombre, supposé divin, tardivement attribué aux philosophes et bâtisseurs des temps antiques soit (1+5)/2 = 1,618... .

Le dodécaèdre est donc à lui seul un condensé de rapports magiques. Platon lui confie un rôle à la hauteur de ce statut : "il restait une seule et dernière combinaison, dieu s’en est servi pour tracer le plan de l’Univers". Derrière cette formule ambiguë certains voudront trouver l’esprit pensant, la force vitale, l’énergie motrice ou tout autre concept illustrant l’animation de la matière.

On en fera aussi le symbole de la cinquième essence, la "quinte-essence" (quintessence), la substance qui, désignée encore sous le nom "d’éther", était supposée occuper l’univers des étoiles. Cet "éther", lumineux, électrique et même quantique, qui reviendra de façon cyclique dans le vocabulaire des physiciens quand il leur faudra, comme au temps des premiers philosophes, nommer l’inexplicable.

L’Héritage.

Même si les sciences ne leur doivent rien, les solides de Platon ont marqué les esprits. Leur "beauté" a particulièrement inspiré les artistes de la Renaissance, tel Léonard de Vinci. Le mystérieux dodécaèdre, en particulier, a été soumis à toutes les doctrines ésotériques.

Le dodécaèdre de Léonard de Vinci.

Le dodécaèdre a même inspiré Dali.

Une chose est certaine : Platon a durablement inscrit la théorie des quatre éléments dans la pensée occidentale. Peu oseront après lui s’attaquer à ce monument.

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Notre guide pour cette étude a été Thomas-Henri Martin qui, depuis une Bretagne se souvenant des Celtes, a inlassablement interrogé les penseurs grecs.

Né en 1813, mort en 1884, Thomas-Henri Martin est un helléniste, mais c'est comme historien des sciences et philosophe qu'il a rencontré la notoriété..

Entré en 1831 à l’École Normale, agrégé de lettres en 1834, Docteur ès lettres dès 1836, il est nommé, en 1838, professeur de littérature ancienne à la Faculté des Lettres de Rennes qui a ouvert ses cours en 1810. Il en devint le doyen dès 1845, et le resta jusqu’en 1880.

Même si ce thème était bien éloigné de son enseignement, c’est à l’histoire des doctrines philosophiques dans l’Antiquité, et particulièrement aux théories scientifiques, qu’il a consacré une bonne part de ses travaux. Une chance rare pour les historiens des sciences. Son travail sur "La foudre l’’électricité et le magnétisme chez les anciens" est une source irremplaçable pour qui veut connaître les mythes liés à l’ambre jaune et à la "pierre de magnésie" qui sont à l’origine des mots "électricité" et "magnétisme"..

Sa première publication, en 1841, témoigne de sa double passion pour les sciences et la littérature de la Grèce ancienne. Ce sont des Études sur le Timée de Platon (ou Traité de la Nature), avec une transcription du texte grec accompagné d’une traduction et de nombreux commentaires sur différents aspect de l’oeuvre dont un très long développement sur l’Atlantide. Le texte est-il totalement de Platon ou est-il en partie apocryphe comme le pensent certains des contemporains de l’universitaire rennais ? Nous retiendrons, pour notre part, que cet ouvrage a reçu le prix de la traduction de l’Académie Française. Comment ne pas faire confiance aux "Immortels" ?

"Parmi les dialogues de Platon, celui qui a joué le plus grand rôle dans l’histoire de la philosophie, celui dont les Platoniciens de tous les âges ont invoqué le plus souvent l’autorité, celui qu’on a le plus cité, et qu’on a le moins compris, c’est le Timée" ainsi débute la préface du texte de Henri Martin.

Texte le plus cité et le moins compris ? Les commentaires de l’auteur permettent-ils de mieux le comprendre ? Celle ou celui qui s’aventurera à les lire pourra en juger. Nous nous sommes contentés de citer les passages ayant trait aux quatre éléments qui se sont transmis au cours des âges, et qui sont devenus, depuis Empédocle, le point de départ de toute réflexion sur la Nature .

 

 

Rencontres avec Timée.

 

Lire le Timée c'est aussi faire d'heureuses, de curieuses, ou d'affreuses rencontres.

 

De la nécessité d'être à la fois beau et bon :

"ne point exercer l'âme sans le corps ni le corps sans l'âme, afin que, se défendant l'une contre l'autre, ces deux parties se trouvent en équilibre et en santé. Il faut donc que le mathématicien, ou celui qui s'applique fortement à quelqu'autre travail de l'intelligence, donne aussi du mouvement à son corps, s'exerçant à la gymnastique ; et de même celui qui s'attache à former son corps doit en même temps donner du mouvement à son âme, en s'adonnant à la musique et aux autres études philosophiques, s'il veut justement être appelé beau et en même temps être appelé bon avec vérité".

"Un esprit sain dans un corps sain". Thalès de Milet ne l'avait-il pas déjà énoncé dès le septième siècle avant notre ère ?

 

Comment ne pas sourire ensuite en lisant le discours sur la nourriture. Se nourrir, pour Platon, se résume en un conflit entre "triangles". Ceux de l'aliment et ceux du corps qui les absorbe. De l'issue de ce combat résulte la jeunesse ou la vieillesse et finalement la mort.

"Quand la constitution de l'animal est récente encore, les triangles qui, venus du dehors se trouvent compris dans la masse du corps lui-même, sont vaincus et divisés par ces triangles neufs que le corps lui impose, et l'animal grandit, parce qu'il se nourrit de beaucoup de triangles semblables. Mais quand la pointe de ces triangles s'émousse à cause de ces nombreux combats qu'ils ont soutenus pendant longtemps contre de nombreux triangles, ils ne peuvent plus diviser ceux de la nourriture qui entre et se les assimiler, tandis qu'eux-mêmes sont facilement divisés par ceux qui viennent du dehors. Alors l'animal vaincu dépérit tout entier et cet état se nomme la vieillesse.

Enfin, lorsque les liens qui unissent ensemble les triangles de la moëlle, distendus par la fatigue, ne peuvent plus résister, ils laissent échapper à leur tour les liens de l'âme, et celle-ci, rendue à sa liberté naturelle, s'envole avec joie".

Platon géomètre ? La géométrie n'est-elle pas plus simplement pour lui le support d'un délire poétique ? Notre époque elle même ne voit-elle pas fleurir ces théories qui appellent le vocabulaire de la physique quantique au secours de leurs discours ésotériques.

 

Mais on ne peut plus sourire en lisant la classification établie par Platon entre les hommes, les femmes et les autres êtres vivants.

 

Ce discours, sert de conclusion à toute l'oeuvre : 

"Maintenant cette discussion, que nous avons promise en commençant, sur l'Univers jusqu'à la naissance des hommes, semble presque terminée. Il nous reste seulement à dire en peu de mots comment les autres animaux se sont formés, et nous ne donnerons que les développements indispensables ; car il semble que telle est la mesure convenable à un pareil sujet. Voici donc ce que nous en dirons."

Platon croit à la réincarnation de l'âme. Ce qu'il nous dit d'abord au sujet de l'homme et de la femme est réellement effroyable. 

"Parmi les hommes qui furent formés, ceux qui se montrèrent lâches et qui passèrent leur vie dans l'injustice, furent vraisemblablement transformés en femme dans la deuxième naissance. Telle est donc l'origine des femmes et de tout le sexe féminin". 

 

Ce qu'il nous dit ensuite des autres animaux et la classification qu'il fait de ses contemporains est dans la même tonalité :

 

"Quant à la race des oiseaux qui a des plumes au lieu des poils, elle résultat d'une petite modification de ces hommes exempts de malice, mais légers, qui aiment beaucoup à parler des choses célestes, mais qui croient bonnement que c'est du témoignage des yeux qu'on peut tirer sur ces objets les preuves les plus infaillibles.

 

L'espèce des animaux qui marchent sur terre a été formée de ceux qui ne s'occupent pas du tout de philosophie, et qui ne considèrent jamais la nature céleste parce qu'ils n'ont plus l'usage des révolutions qui ont lieu dans la tête, mais qui s'abandonnent aux parties de l'âme établies dans la poitrine : ainsi, par suite de ces habitudes, ils ont les membres antérieurs et le chef penchés vers la terre, où les attire la ressemblance de leur nature, et ils ont la tête allongée de toutes sortes de formes, suivant la manière dont les cercles de l'âme ont été comprimés dans chacun d'entre eux, à cause du manque d'exercice. Voici d'après quel motif leur espèce reçu quatre pieds, ou d'avantage : c'est que Dieu donna un plus grand nombre de supports à ceux qui étaient plus stupides, afin qu'ils fussent plus attirés vers la terre. 

 

Quant aux plus stupides même de ces derniers, à ceux qui étendaient tout-à-fait sur la terre tout leur corps, comme ils n'avaient aucun besoin de pieds, les dieux les produisirent privés de pieds et rampant sur la terre.

 

Le quatrième genre, qui vit dans les eaux, fut formé des hommes les plus dépourvus d'intelligence et les plus ignorants de tous, que les auteurs de cette transformation ne jugèrent pas même dignes de respirer un air pur, puisque, par leur négligence, leur âme entière était devenue impure ; c'est pourquoi au lieu d'un air pur et léger, ils leur ont donné à respirer un liquide bourbeux, en les reléguant dans les eaux. De là vient la race des poissons, des huîtres et des autres animaux aquatiques, qui, à cause de leur ignorance extrême, ont reçu la dernière demeure. 

 

C'est donc d'après toute ces raisons que maintenant encore tous les animaux se transforment d'un espèce en une autre, suivant qu'ils perdent ou gagnent en intelligence ou en stupidité".

 

En quel animal Platon méritait-il d'être réincarné après avoir aussi maltraité ses compagnes et ses compagnons ?

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Voir aussi :

Feu, Air, Eau, Terre. Vie et mort des quatre éléments.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 12:20

Thalès, nous disent Aristote et Hippias, communiquait la vie aux choses inanimées au moyen de l’ambre jaune mais, également, de la "pierre de magnésie" (μαγνήτις λίθος), l’aimant naturel.


Contrairement à l’ambre, venu des contrées lointaines, l’aimant, oxyde de fer naturellement "magnétique" est largement réparti à la surface du globe. Ses propriétés n’en sont pas moins mystérieuses. L’un de ses noms en grec ancien : "pierre d’Hercule", témoigne de la force des pouvoirs qui lui étaient attribués.

 

Même si l’observation commune ne permettait pas de constater, de sa part, d’autres prodiges que l’attraction de quelques râpures de fer, la légende se nourrissait de récits d’îles attirant les vaisseaux munis de clous de fer et d’hommes cloués au sol par leurs souliers ferrés. Des auteurs aussi sérieux que Plutarque ou Ptolémée n’hésitaient pas à rapporter d’étranges pratiques. "Frottez un aimant avec une gousse d’ail ou du jus d’oignons, disaient-ils, et il cessera d’attirer le fer". "Trempez le dans du sang de bouc, disaient d’autres auteurs, et il reprendra toute sa force" (cité par Henri Martin, doyen de la Faculté des lettres de Rennes dans La foudre, l’électricité et le magnétisme chez les anciens. Paris 1866). A l’évidence une observation de type "scientifique" n’était pas encore à l’ordre du jour !

 

Le terme de "magnétisme" sera donc, comme celui "d’électricité", le principal héritage légué par les grecs.

 

Les hellénistes du 19ème siècle qui, comme Henri Martin, se sont penchés sur l’origine de cette dénomination, ont constaté que l’expression "pierre de magnésie", a pu être interprétée de façon variable suivant les époques. Le sens qui s’est finalement figé est celui d’une pierre issue de la ville Magnésie, cité grecque d’Asie mineure. La ville étant supposée abriter des mines de cet oxyde de fer auquel nous donnons, aujourd’hui, le nom "d’oxyde magnétique" ou "magnétite", et que nous désignons par la formule Fe3O4.

 


cristaux de magnétite.


Ce nom de "Pierre de Magnésie", sera également donné à d’autres minéraux. La "magnésie" est aussi une terre blanchâtre utilisée dans les pharmacopées anciennes comme laxatif. Elle donnera son nom au magnésium dont elle est l’hydroxyde. "Pierre de magnésie" sera aussi le nom ancien du Manganèse, corps dont l’oxyde naturel était utilisé comme fondant par les premiers verriers ou les métallurgistes et qui est indispensable, actuellement, à la fabrication de nombreux alliages.

 

Retenons surtout que Magnésie a donné "magnétisme" et le mot anglais ou allemand "magnet" qui désigne ce que, en France, nous appelons "aimant".

 

Le terme d’aimant est, quant à lui, issu du latin adamas : le diamant. Par une voie obscure le mot "adamas" a également désigné une pierre de magnésie particulièrement active. Ce double sens se retrouve dans le latin médiéval mais bientôt le mot "diamas" désigne le diamant pendant que le terme adamas, conservé pour la magnétite, est interprété comme issu du verbe "adamare" (aimer avec passion) et traduit en langue romane par le mot "aymant" puis aimant (voir Henri Martin : : La foudre, l’électricité et le magnétisme chez les anciens. Paris 1866).

 

Le mystère et la poésie antiques renaissent ainsi dans une pierre capable d’amour. Le domaine des sciences n’échappe pas à la règle, les mots y sont chargés de l’histoire humaine.

 

L’héritage chinois.

 

Magnet, aimant… Les grecs et les latins ont légué le vocabulaire au monde européen. Pourtant la propriété la plus fabuleuse de la pierre de magnésie leur avait échappé. C’est de Chine que viendront les premières lumières à travers l’instrument qui fera le bonheur des marchands et des navigateurs : la boussole.

 

A une période que certains auteurs fixent comme antérieure au troisième siècle avant notre ère y est attesté l’usage d’un "indicateur de sud". C’est une statuette montée sur un pivot vertical et dont le bras étendu montre en permanence le sud. C’est naturellement une tige aimantée qui guide ce bras.

 

On évoque aussi la trouvaille archéologique d’une cuiller divinatoire très particulière. La cuiller utilisée dans ce but a une queue courte et tient en équilibre sur sa base arrondie. On la place au centre d’une plaque polie où sont gravés divers signes propres à lire l’avenir. Un coup vif sur la queue et la cuiller tourne. Quand elle s’arrête, il reste à interpréter les inscriptions indiquées par la direction de son manche. Une cuiller en magnétite et sa plaque de bronze ont ainsi été retrouvées laissant imaginer la façon dont les prêtres chinois aidaient le sort.

 

Plus sérieux. Des boussoles à aiguille suspendue, placées sur pivot ou sur un flotteur sont signalées, en Chine, entre le neuvième et douzième siècle de notre ère. Elles étaient utilisées pour des relevés terrestres. Peut-être étaient-elles déjà connues des ingénieurs qui ont dirigé la construction de la grande muraille.

 

Il est vraisemblable que la boussole a d’abord été adoptée par les arabes avant d’arriver en Europe au début du treizième siècle. Les navigateurs européens seront dès lors capables de s’éloigner des côtes et d’ouvrir les routes maritimes de l’Inde, de la Chine et des Amériques.

 

Pierre de Maricourt ( XIIIe siècle) et les pôles de l'aimant.

 

C’est un "ingénieur militaire" au service du Duc d’Anjou, Pierre de Maricourt dit "Le Pèlerin", qui élucide une partie du mystère de la boussole (son nom est issu de l’italien "bussola" et évoque la "petite boîte" dans laquelle les navigateurs la tiennent enfermée). Pierre de Maricourt est d’ailleurs en Italie, occupé au siège de la ville de Lucera, quand, en 1269, il rédige, sous le titre "Epistola de magnete" (lettre sur l’aimant), le traité qui l’a rendu célèbre.

 

L’unanimité se fait pour considérer ce texte comme l’un des actes fondateurs de la science expérimentale. Suivons, un moment, sa démarche.

 

D’abord quand il définit les "pôles" de l’aimant. "Cette pierre, dit-il, porte en elle la ressemblance du ciel… car dans le ciel il y a deux points remarquables parce que la sphère céleste se meut autour d’eux comme autour d’un axe. L’un est appelé le pôle Nord, l’autre le pôle Sud. Ainsi dans cette pierre tu trouves tout à fait de même deux points dont l’un est appelé pôle Nord et l’autre pôle Sud".

 

Le terme de "pôles" sera conservé dans le vocabulaire du magnétisme mais, notons-le : les pôles dont il est ici question ne sont pas ceux de la terre mais ceux du ciel. La boussole indique le Nord céleste. C’est à l’univers entier qu’est liée la Pierre.

 

L’image du ciel implique une sphère et deux pôles sur celle-ci. Il faut donc que l’aimant soit taillé en forme de sphère :

 

"Pour la découverte de ces deux points tu peux employer divers moyens. L’un consiste à donner à la pierre une forme ronde avec l’instrument employé pour cela pour les cristaux et autres pierres."

 

Reste à y placer les pôles :

 

"Ensuite on pose sur la pierre une aiguille ou un morceau de fer en longueur équilibré comme une aiguille et suivant la direction du fer on marque une ligne divisant la pierre en deux. Ensuite on pose l’aiguille ou le morceau de fer en un autre endroit de la pierre et pour cet endroit, de la même manière, on marque de nouveau une ligne. Et, si tu veux, tu feras cela en plusieurs endroits et sans nul doute toutes ces lignes concourront en deux points comme tous les cercles du monde qu’on appelle azimuths concourent en deux pôles du monde opposés"

 

Ensuite :

 

"Casse un petit morceau d’une aiguille qui soit long de deux ongles et pose le à l’endroit où le point a été trouvé comme on vient de le dire, et s’il se tient perpendiculairement à la pierre, tu as sans nul doute le point cherché… et de même tu trouveras le point opposé. Si tu l’as bien fait et si la pierre est homogène et bien choisie, les deux points seront diamétralement opposés comme les pôles de la sphère céleste"

 

Pour savoir lequel est le pôle Nord, lequel est le pôle Sud, il reste à placer la sphère dans un bol de bois posé sur l’eau et à la laisser s’orienter comme une boussole. On marquera alors comme "pôle Nord" celui qui se dirigera vers le Nord céleste.

 

Maintenant, expérimentons. Une deuxième pierre a été préparée, on l’approche de la première, et voilà que la Nature dévoile l’une des lois cachée jusqu’à présent à la connaissance des hommes !

 

Attraction et répulsion des pôles magnétiques.

 

"Sache donc cette règle", écrit Maricourt " que le pôle Nord d’une pierre peut attirer le pôle Sud de l’autre et le pôle Sud son pôle Nord. Si au contraire tu approches le pôle Nord du pôle Nord, tu verras la pierre que tu portes fuir sur l’eau la pierre que tu tiens et de même si tu approches le pôle Sud du pôle Sud"

 

Le moyen âge, dit-on, est période d’obscurantisme. Pierre de Maricourt semble vouloir prouver le contraire. Il faudra attendre plus de trois siècles pour que William Gilbert apporte de nouveaux éclairages sur le même sujet et plus de quatre siècles pour que Dufay décrive, avec la même précision, les lois de l’attraction et de la répulsion électrique.

 

Louis Néel, en recevant le prix Nobel de physique en 1970 pour ses travaux sur le ferromagnétisme, saura rendre, à Pierre de Maricourt, un hommage mérité. Après avoir salué les travaux de ses prédécesseurs, Pierre Curie, Paul Langevin, Pierre Weiss, il situe ses propres travaux dans l’héritage de son confrère médiéval :

 

" Seules restaient incomprises les propriétés de la plus ancienne des substances magnétiques connues : la magnétite ou pierre d’aimant qui a attiré l’attention des curieux depuis quatre mille ans. J’ai eu la chance de combler cette lacune et d’expliquer ces propriétés, avec la notion de ferromagnétisme.
 

Mais j’avais été précédé dans cette voie, au XIIIème siècle, par Pierre de Maricourt, auteur en 1269 du premier traité sérieux sur les aimants."

 

Pour ajouter à son mérite, notons que Pierre de Maricourt observe également l’aimantation du fer par le contact d’un aimant et qu’il inaugure l’expérience classique de "l’aimant brisé" : quand on brise un aimant, un pôle sud apparaît au niveau de la cassure sur le morceau qui porte le pôle Nord et un pôle Nord sur la partie qui porte le pôle Sud. Deux nouveaux aimants naissent donc de cette rupture.

 


aimant brisé de Pierre de Maricourt

 


William Gilbert

 

Plus de trois siècles se sont écoulés. Nous retrouvons William Gilbert. C’est, rappelons le, dans le cadre d’un ouvrage sur le magnétisme qu’il avait été amené à différencier les actions de l’ambre et de l’aimant et à faire connaître la multiplicité des corps susceptibles d’être "électrisés" par le frottement. C’est lui faire justice que de reconnaître son apport tout aussi fondamental dans le domaine du magnétisme.

 

Quand, en l’année 1600, il publie "De Magnete" l’Univers n’est plus celui de Pierre de Maricourt. Depuis déjà plus d’un demi-siècle, Copernic a mis le soleil au centre du monde et rabaissé la Terre au rang d’une simple Planète. La sphère céleste s’est effacée, le Nord et le Sud ne sont plus les pôles du ciel mais les extrémités de l’axe autour duquel tourne la Terre. La boussole, quant à elle, est devenue l’objet de toutes les attentions. Il y a déjà plus d’un siècle qu’elle a guidé Christophe Colomb vers un nouveau monde. Mais, si ce n’est plus le ciel qui la dirige, comment fonctionne-t-elle ?

 

C’est la Terre, nous dit Gilbert, qui attire la boussole car elle est elle-même un gigantesque aimant.

 


Pour Gilbert la terre est un aimant.


 

Les aimants sphériques de Pierre de Maricourt pouvaient, de façon naturelle, amener à ce modèle. Gilbert en fera des "terellae", des petites Terres sur lesquelles il pourra promener une boussole. Il étudiera ainsi le phénomène d’inclinaison magnétique. Une boussole suspendue n’est horizontale qu’au niveau de l’Equateur. Elle s’incline ensuite quand on se dirige vers les pôles pour se présenter perpendiculaire à ceux-ci quand elle les atteint.

 

Il sait aussi que le Nord magnétique ne coïncide pas exactement avec le Nord géographique. Il n’ignore pas que Christophe Colomb, le premier, a observé la déclinaison, cet écart variable suivant les lieux entre le Nord et la direction de la boussole. Ces variations n’enlèvent rien au modèle qu’il propose. Il les attribue aux imperfections de la Terre qui, avec ses océans, ses montagnes, ses mines métalliques, est loin de l’homogénéité d’un aimant parfait.

 

Le problème !

 

Mais la nouvelle théorie pose un problème de vocabulaire. Si la Terre est un aimant, son pôle Nord géographique qui attire le pôle Nord de la boussole est donc, en réalité, le pôle Sud de l’aimant terrestre !

 

Pour éviter la confusion, des physiciens des siècles suivants, proposeront d’appeler "pôle magnétique positif" le pôle Nord de l’aimant et "pôle magnétique négatif" son pôle Sud. Le pôle Nord de la terre serait ainsi, tout simplement, un pôle "moins" magnétique. Hélas le succès de cette nomenclature ne fut pas au rendez-vous.

 

Les physiciens du 19ème siècle pensaient pouvoir échapper à la confusion en utilisant le terme de "magnétisme boréal" pour l’aimantation du pôle Nord terrestre et de "magnétisme austral" pour celle du pôle opposé. Ainsi le pôle Nord d’une boussole présentait-il un magnétisme "austral". Cet usage artificiel de synonymes ne réglait cependant, en rien, le problème.

 

Combat perdu : les scientifiques ont jusqu’à présent renoncé à réformer un vocabulaire imposé par des siècles de pratique. Nouvelle cicatrice de la science : nous devons nous accommoder d’un "Nord magnétique" des géographes qui est en réalité un "Sud magnétique" des physiciens.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 08:58

Cicatrice de la science : parfois un mot, un nom, une expression, une règle,  semblent échapper à toute la logique que l'on attendrait des sciences. De quoi irriter l'apprenti scientifique. Un retour sur l'histoire de la discipline est alors nécessaire et nous rappelle que la science est une activité humaine, une activité vivante, qui porte parfois les cicatrices de son passé.

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Une cicatrice de la science. Les deux espèces d'électricité et les deux sens du courant électrique.

 

Un premier cours d'électricité est l'occasion d'une mise en scène classique dans la tradition expérimentale des professeurs de physique : Une tige d'ébonite est frottée, une boule de sureau suspendue à son fil de soie ou de nylon est attirée puis vivement repoussée. Commence alors une série de manipulations à base de chiffon de laine, de peau de chat, de tige de verre ou de règle de matière synthétique, supposée faire découvrir une propriété fondamentale de la matière : l'existence de deux espèces d'électricité.

 

Progressant dans le cours on arrive rapidement à la notion de courant électrique. C'est là qu'apparaît "le" problème. A peine a-t-on défini son sens conventionnel de circulation, du pôle positif du générateur vers son pôle négatif dans le circuit extérieur, qu'il faut ajouter que le fluide électrique est, en réalité, constitué d'électrons négatifs se déplaçant en sens inverse !

 

Une explication s'impose.

 

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Une cicatrice de la science : le nom des premiers alcanes.

 

L'apprenti chimiste débutant dans l'étude des alcanes se trouve soudain devant l'obstacle que constitue le nom des quatre premiers corps.

 

Rappelons que la formule d'un alcane est CnH2n+2. A partir de n=5 la nomenclature ne pose aucun problème. La numération grecque est mise à contribution. Le pentane comprend 5 atomes de carbone, puis viennent l'hexane, l'heptane, l'octane, etc.

 

Formule de l'octane linéaire.

Formule de l'iso-octane (2.2.4-triméthylpentane) qui sert de référence pour l'indice de l'essence pour automobiles.

 

Reste que les quatre premiers doivent être appris par coeur : méthane, éthane, propane, butane !

 

Quatre cicatrices qui méritent explication.

 

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Une cicatrice de la science. Le nom des pôles de l'aimant.

 

 

Si la Terre est un aimant, son pôle Nord géographique qui attire le pôle Nord de la boussole est donc, en réalité, le pôle Sud de l’aimant terrestre !

Une explication s'impose.

 

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 08:56
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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 10:02

 

 
MEGE est une association régie par loi de 1901. Elle a été créée en 1992 par des agents et anciens agents d’EDF et de Gaz de France. Elle bénéficie du soutien de EDF, de ERDF, de GrDF et de la Fondation EDF.
 
L’objet de l’Association est de promouvoir la recherche, la conservation et la présentation des matériels et documents mis en œuvre pour assurer la distribution de l’électricité et du gaz en région parisienne, la première utilisation de ces énergies ayant été l’éclairage public.
 
Initialement dénommée « Musée de l’Electricité, du Gaz et de l’Eclairage Public », elle a échangé en 2002 « Musée » par « Mémoire » pour indiquer clairement que l’Association se veut support de la mémoire, aussi bien de l’évolution des technologies que celle des organisations et des conditions de travail, et que l’ambition de ses membres est de maintenir un fil conducteur entre le passé et un présent bien vivant.

 

L’Association MEGE, grande conservatrice, est inlassablement à l’affût de tous les documents et matériel d’hier (et d’aujourd’hui) concernant l’éclairage public et les distributions d’électricité et de gaz en région parisienne.
 
Ces « Trésors », glanés de toutes parts, sont rassemblés sur notre site du 18ème arrondissement de Paris, au 29 rue Doudeauville. Sur environ 1 000m², est exposé ce patrimoine historique et technique où se mêlent livres, affiches, outillage et matériels. Ce site accueille des groupes de visiteurs uniquement sur rendez-vous.

 

Le site de l'association mérite la visite.

http://megedoudeau.free.fr/index.html

 

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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 08:55

C'est un article de la revue La Nature de 1878 qui nous l'apprend. Le vent a poussé des wagons aux USA et bien plus tôt des voitures en Hollande.

 

 

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  • : Comme l'art ou la littérature,les sciences sont un élément à part entière de la culture humaine. Leur histoire nous éclaire sur le monde contemporain à un moment où les techniques qui en sont issues semblent échapper à la maîtrise humaine. La connaissance de son histoire est aussi la meilleure des façons d'inviter une nouvelle génération à s'engager dans l'aventure de la recherche scientifique.
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