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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 13:29

Conférence de Fressoz Jean-Baptiste.

Si tout le monde a en tête la courbe croissante des émissions de CO2 depuis deux siècles, on en a curieusement pas d’histoire. Quels sont les grands processus historiques qu’il faut prioritairement mettre en relation avec cette courbe ? Quels sont les institutions, les pouvoirs, les imaginaires et les intérêts qui nous ont véritablement placés sur le chemin de l’abîme climatique ? Cette conférence visera à redonner au CO2 une histoire et donc une politique.

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Voir aussi :

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24 novembre 2017 5 24 /11 /novembre /2017 21:24

Cet article est reposté depuis Plogoff. Chronique d'une lutte contre le nucléaire..

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 09:29

Monsieur le Président de la République,

Dans votre discours devant la COP23 qui s’est tenue à Bonn, en Allemagne, vous avez déclaré que la France a décidé "l’absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques".

Vous ne pouvez ignorer que l’Etat français envisage toujours de subventionner, à raison de plus de 40 millions d’euros par an, un projet de construction d’une centrale électrique à gaz de 450Mw par le groupe "Direct Energie-Siemens" à Landivisiau.

La résistance de la population locale a obtenu que ce projet ne soit toujours pas en chantier.

Monsieur le Président, nous vous demandons de confirmer vos propos tenus à la COP23 et d’annoncer la fin du projet de centrale à gaz, subventionnée par l’Etat français, à Landivisiau.

Association S-eau-S

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 09:28

Science et magie semblent deux adversaires irréconciliables. A y regarder de près ils peuvent aussi s’alimenter l’un et l’autre.

Quoi de plus "magique" que la découverte des "lois" auxquelles semblent répondre les phénomènes "naturels" ?

C’est, aussi parfois, l’observation et l’analyse de pratiques "magiques" qui aboutit à des découvertes scientifiques.

La magie, à son tour, se colore du vocabulaire et du prestige de la science pour renforcer et étendre son territoire.

Ce va-et-vient est particulièrement visible dans le domaine de l’électricité et du magnétisme. Nous essaierons de le mettre en lumière à différents moments du développement de ces sciences.

Premier exemple : l’ambre.


Thalès, l’ambre et l’aimant.

L’Ambre, matière mythique de la Grèce antique, a été traditionnellement associée à Thalès (625-547 av JC), grec de la ville de Milet. A la fois physicien, astronome et géomètre, il est souvent désigné comme le premier électricien, voire même le premier "magnétiseur". C’est par Aristote et Hippias que nous apprenons qu’il " communiquait la vie" aux choses inanimées au moyen de l’ambre jaune désigné sous le terme grec « ήlectron », êlektron et de la "pierre de magnésie" ( μαγνήτις λιθος), l’aimant naturel.

Communiquer la vie aux êtres inanimés…dès sa naissance l’électricité, le magnétisme, s’entourent de mystère. Nous parlerons ici de l’ambre.

L’ambre

Un rapide coup d’œil sur un dictionnaire contemporain nous apprend que l’ambre est une " résine dure et cassante, dont la couleur varie du jaune pâle au rouge et dont on fait des colliers, des articles pour fumeurs, etc.… ". La photographie qui accompagne ce texte nous montre un insecte prisonnier d’une pierre blonde à la transparence de cristal.

L’ambre nous vient du froid.

Depuis des millénaires, les habitants des côtes de la Baltique recueillent ce don précieux de la mer, déposé sur le sable après chaque tempête. Son origine est-elle marine ou terrestre ? Depuis l’antiquité jusqu’à la fin du 18ème siècle, de longues controverses se succèdent avant qu’il soit admis que l’ambre est une résine fossilisée.

Il y a 40 à 50 millions d’années, dans une période que les géologues désignent par le nom d’Eocène, un climat tropical régnait sur l’Europe et la Scandinavie. Les pins producteurs de la résine, source de l’ambre, poussaient au milieu de palmiers dattiers, de séquoias, de thuyas, de cyprès, de cèdres et de la plupart des feuillus que nous trouvons encore dans nos contrées : chênes, hêtres, châtaigniers. Des nuées de moustiques, de mouches, de guêpes emplissaient l’air de leurs bourdonnements. Les fourmis, les scarabées, les scorpions grouillaient sous la mousse. Tout ce petit peuple venait s’engluer dans la résine encore fraîche. Au printemps, les magnolias et les rhododendrons fleurissaient au-dessus des tapis de genévriers et, même, de théiers qui poussaient là où le sol n’était pas inondé. L’eau, en effet, était partout présente. C’est elle qui a protégé la résine d’une oxydation qui l’aurait détruite. Cette eau alimentait des fleuves qui concentraient l’ambre à leurs embouchures, créant ainsi de riches dépôts.

Puis le climat s’est refroidi. Les glaciers qui ont recouvert l’Europe du Nord, ont transporté et déposé ces terres sédimentaires. L’ambre s’y trouve encore aujourd’hui. Quand, par chance, les gisements bordent les mers actuelles, l’érosion libère les blocs. La densité de l’ambre étant très peu supérieure à celle de l’eau de mer, les courants et les tempêtes l’amènent facilement sur les plages où il est commode de le pêcher.

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Une matière attirante

Douce, chaude au toucher, écrin mystérieux d’insectes étranges, douée du don extraordinaire d’attraction à distance, cette pierre a certainement provoqué chez nos plus anciens ancêtres, la fascination qui est encore la nôtre.

Un morceau d’ambre perforé âgé de 30 000 ans, sans doute un talisman, est considéré comme le premier objet de cette matière associé à l’homme. Des ours, des chevaux sauvages, des sangliers, des élans y ont été façonnés par les hommes qui habitaient le Nord de l’Europe 7000 ans avant notre ère. Les agriculteurs du néolithique qui peuplaient les mêmes régions trois mille ans plus tard, se faisaient enterrer avec des colliers et des amulettes d’ambre. Durant les deux millénaires suivants, l’ambre se répand peu à peu dans toute l’Europe, jusqu’à la Méditerranée. Par les mêmes voies circulent le cuivre et l’étain qui feront s’épanouir les civilisations de l’âge du bronze.

A cette époque, de véritables routes commerciales sillonnent l’Europe. Depuis le Jutland, elles prennent la route de l’Elbe ou celle du Rhin et du Rhône. De la Baltique orientale elles descendent l’Oder et la Vistule pour rejoindre la Méditerranée à travers la mer Noire. Une route maritime existe également qui descend de la Mer du Nord à travers la Manche et contourne l’Espagne pour rejoindre la Méditerranée.

Les tombes sous Tumulus des princes et princesses de l’âge du bronze fouillées dans le sud de l’Angleterre et sur les rivages des côtes armoricaines nous ont transmis de fabuleux trésors. L’ambre s’y associe à l’or pour exalter la puissance de leurs propriétaires.

En Grèce, l’ambre de la Baltique arrive vers 1600-1500 avant J-C. Les tombes de cette époque trouvées à Mycènes en contiennent des centaines de perles qui semblent avoir été importées déjà taillées. Peu de temps après, on trouve ce même ambre en Egypte dans les tombeaux royaux. Ce commerce semble avoir été la spécialité des Phéniciens. Il a fallu attendre le 4ème siècle avant J-C pour que Pythéas, grec de la colonie de Marseille, nous donne le récit de son voyage vers les mers de la Baltique où il aurait lesté son navire par des blocs d’ambre.


Les routes de l’ambreCourrier de l’Unesco. Mars 1966, p 20


L’antique magie de l’ambre.

Dans la mythologie grecque, l’ambre est de nature divine. Ce sont les rayons d’Hélios, dieu du soleil, pétrifiés quand l’astre s’enfonce dans les flots. Ce sont les larmes des Héliades, nymphes mortelles, qui pleurent, chaque soir, la mort de leur frère Phaéton.

Phaéton, fils d’Hélios, avait obtenu la permission de conduire le char du soleil. Hélas, il ne sut pas maîtriser les chevaux ailés de l’attelage. Celui ci se rapprocha de la terre. Des montagnes commencèrent à brûler, des incendies dévastèrent les forêts, la sécheresse gagna de vastes zones qui devinrent des déserts. Zeus, dans sa colère, lança sa foudre sur Phaéton et le fit s’abîmer dans les flots du fleuve Eridan (souvent associé au Pô, l’une des voies d’entrée de l’ambre mais désignant également les mers bordées par le pays des celtes et des germains). Accourues sur les rives du grand fleuve, les Héliades, sœurs de Phaéton, restèrent inconsolables. Les dieux, par compassion, les transformèrent en peupliers pour qu’elles puissent éternellement accompagner de leurs pleurs, la disparition du soleil couchant. Leurs larmes, figées en perles dorées, deviennent la plus belle parure des femmes grecques.

" ήlectron ", êlektron, tel est donc le nom qui nous vient des grecs et qui a donné son nom à une nouvelle science quand le médecin anglais William Gilbert (1540-1603) a désigné par le terme d’électricité la propriété d’une multitude de matières à manifester, comme l’ambre, la propriété d’attraction à distance après avoir été frottées.

Mais que nous rapportent les auteurs grecs en dehors du mythe ? Peu de choses en vérité. Ils savent, au mieux, que l’ambre attire mais n’indiquent pas toujours qu’il faut d’abord le frotter.

Le phénomène reste donc très superficiellement étudié. Rien n’évoque le début d’une pratique ou d’une réflexion qui s’apparente à un comportement "scientifique".

 
L’ambre banalisé : la longue histoire du succin.

L’amélioration des transports, alliée à la richesse des gisements baltes, fait perdre progressivement à l’ambre sa valeur marchande. Inévitablement, son caractère "magique" s’en trouve amoindri. Il se prolonge cependant sous la forme des propriétés médicinales qui lui sont attribuées sous le nom de succin, terme dérivé de sucus (jus, sève), que les latins nous ont transmis pour désigner ce corps.

Présent dans la plupart des remèdes médiévaux, le siècle des lumières le regarde cependant avec un regard plus critique. Un article de l’Encyclopédie ou Dictionnaire Universel raisonné des Connaissances Humaines daté de 1770 indique encore qu’il est conseillé pour les "affections vaporeuses et hystériques", que son sel est "rangé parmi les céphaliques" et son huile "regardée comme un spécifique dans les affections hystériques". Mais, précise l’auteur de l’article, " Les vertus médicinales du succin étaient autrefois très vantées ; on les regarde aujourd’hui comme moins certaines, ou exagérées". L’auteur note cependant un intérêt pratique : "la vapeur de sel de succin fait fuir les rats" !

Plus radical encore est John Fothergill (1712 – 1780), du collège des médecins de Londres dans un article publié en 1744 dans les Transactions Philosophiques de la Société Royale de Londres. Considérant la résistance de l’ambre à la plupart des solvants ordinaires, il estime qu’une telle substance "ne peut probablement pas produire de grands effets sur le corps humain" et en effet, ajoute-t-il, "on a peu d’exemples de ses effets". Alors pourquoi cette longue période de succès ?

"Une imagination préoccupée peut d’abord en avoir introduit l’usage ; le préjugé l’a soutenu & a engagé des personnes qui avaient quelque autorité à le recommander à leurs successeurs".

Comment mieux décrire la diffusion du mythe ? Et comment le combattre ? John Fothergill plaide pour une entreprise d’assainissement de la science médicale :

" Si des personnes habiles et expérimentées voulaient consacrer leurs loisirs à nous instruire de l’inefficacité des méthodes et des remèdes semblables à celui-ci, la Médecine serait renfermée dans des bornes plus étroites ".

dans le laboratoire du chimiste. De l’ambre à l’acide succinique.

Avec Lavoisier et ses contemporains le succin entre dans le laboratoire du chimiste qui y reconnaît, entre autres composés, un acide auquel il sera donné le nom d’acide succinique. Le chimiste moderne le caractérisera comme acide butane-1,4-dioïque, acide organique de structure simple et de formule développée : HOOC-CH2-CH2-COOH. Cet acide a été trouvé dans la plupart des organismes végétaux et animaux où il intervient dans de nombreux métabolismes cellulaires.

Le succin serait donc bien un remède ?

En réalité la concentration en acide succinique est bien plus forte dans la laitue vireuse, la grande chélidoine que dans le succin à partir duquel, comme le remarquait John Fothergill, il est par ailleurs difficilement assimilable.

Il n’y a pas de continuité médicale entre l’ambre et l’acide succinique. Synthétisé aujourd’hui à partir de produits pétroliers, cet acide est plus utilisé pour des peintures et des vernis que pour des remèdes médicaux. Parmi ces remèdes, aucun n’est d’ailleurs supposé guérir des douleurs céphaliques ou de l’hystérie.

Une légende se terminerait donc dans le laboratoire du chimiste ? On n’achève pas aussi facilement un ancien mythe !

 

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Retour du vieux mythe.

 

L’aspect merveilleux de l’ambre réside avant tout dans son action à distance, un phénomène qui a, de façon régulière, alimenté les débats des scientifiques de Descartes et Newton à Einstein et qui continue à le faire. Comment s’étonner qu’il puisse encore inspirer les pratiques des mages et guérisseurs de notre époque désorientée.

Les colliers de perles d’ambre gardent particulièrement toute leur faveur. On trouve couramment dans la littérature académique du 18ème siècle, la mention de colliers portés pour guérir des migraines, des maladies des yeux ou de la gorge.

Les rives de la Baltique voyaient se prolonger cette tradition jusqu’aux périodes récentes. Un morceau d’ambre y était donné à mâcher aux enfants pour les soulager des maux de dents. On y voyait se maintenir, aussi, la coutume de faire porter des colliers d’ambre protecteurs aux enfants en bas âge au risque de provoquer de dangereux accidents par strangulation.

La séparation de l’Europe par le "rideau de fer" de la "guerre froide", en plaçant la Baltique à l’Est, avait tari la circulation de l’ambre. Les habitants de la Pologne se hasardant dans l’Ouest "capitaliste", étaient les premiers à le ramener avec eux comme moyen de troc. Ce temps est oublié et l’ambre de la Baltique se marie à nouveau à l’or et l’argent sur les bijoux du monde entier.

Sa qualité esthétique aurait pu suffire à son succès mais comment résister à l’opportunité d’enrôler les vieux mythes dans l’arsenal de la publicité commerciale ?

A en croire la publication d’un magasin spécialisé dans le collier d’ambre, l’ambre :

- "apporte calme, force et équilibre.

- améliore la circulation sanguine et son PH (le rendent plus alcalin).

- régule le système nerveux, améliore les réflexes.

- active le métabolisme et combat les inflammations.

- freine l’oxydation des cellules et favorise leur régénération."

PH alcalin, métabolisme, oxydation des cellules… la publicité, qui avait déjà recruté Thalès, n’hésite pas à faire également appel à l’assaisonnement des mots de la science "moderne".

Les nouveaux "mages" et les marchands de minéraux qui leur sont associés connaissent le poids du prestige scientifique. On baptisera du terme de "lithothérapie" un amas de recettes, à base de cristaux minéraux, supposées ancestrales et parfois même extraites de vieux grimoires quand elles ne sont pas tout simplement inventées.

L’ambre est naturellement l’une des bases de leur "science" et de leur commerce. Exemple de littérature néo-magique :

"Des études ont permis d’utiliser l’ambre pour soulager les douleurs des articulations dues aux rhumatismes. Par exemple, l’ambre jaune produit des ions négatifs par frottements, ce qui a pour conséquence d’améliorer la circulation des énergies dans l’organisme.Retour ligne automatique
L’ambre est condensateur de courant : en se chargeant lui-même, il décharge de leurs propres excès ceux qui le portent.
"

Ions négatifs, circulation des énergies, condensateur de courants… Autant de mots entendus dans les cours de physique suivis par une majorité de celles et ceux qui ont accompli la "scolarité obligatoire" de nos sociétés modernes. Autant de mots, aussi, dont le sens réel a eu le temps de se perdre au grand désespoir du professeur de la discipline qui voit ainsi sa pédagogie mise au service d’une forme de charlatanisme.

Celui-ci pourrait rappeler que, dès l’an 1600, l’Anglais William Gilbert avait montré que la propriété "électrique" de l’ambre avait été trouvée, avec une bien plus forte intensité, dans des matières aussi banales que le verre et le soufre.

Il pourrait aussi faire constater que les tissus synthétiques, les revêtements de sol et les objets plastiques produits par la chimie moderne sont si sensibles à la production de charges électriques par simple frottement qu’il faut même en protéger les appareils électroniques. Qui n’a pas reçu une décharge électrique le soir en se déshabillant ?

Caresser un morceau d’ambre peut incontestablement alimenter un rêve poétique, surtout s’il enferme l’insecte auquel il a fait franchir cinquante millions d’années et qui à peut-être cohabité avec ces dinosaures objets de tous les fantasmes.

Le rêve a de nombreuses vertus, acceptons l’idée qu’il puisse même en avoir de thérapeutiques.

Par contre, concernant la production "d’ions négatifs par frottement" , le moindre morceau de plastique ferait bien mieux l’affaire à moindre prix. D’ailleurs, à y regarder de près, de prétendus colliers d’ambre sont souvent, en réalité, réalisés à base de perles synthétiques.

Que des adultes se laissent convaincre et achètent le bijou ou le morceau d’ambre qui les rassurera, comme le faisait la peluche ou le chiffon de leur enfance, soit ! Mais que penser du produit vedette : le collier d’ambre pour bébé supposé le soulager des douleurs de dents.

Le site de vente par internet, déjà cité, publie des témoignages :

"Je suis conquise ! Ma fille porte son collier nuit et jour depuis ses 6 mois. Les dents la font un peu souffrir (joues rouges, fesses rouges) mais jamais de pleurs, jamais trop bougon. Je ne lui ai jamais rien donné d’autre et elle a déjà 6 dents. Les deux seules fois ou on a oublié de le lui remettre elle s’est réveillée la nuit en hurlant…"

A lire les échanges sur internet on constate pourtant que beaucoup d’entre eux ne portent pas sur l’efficacité de tels colliers. Celle-ci semble être admise sans aucun débat. La preuve : on les vend même en pharmacie !

Ce qui alimente la discussion c’est leur danger éventuel : bébé ne risque-t-il pas de s’étrangler ?

Etonnant ! Ces parents sont bien conscients du risque qu’il font courir à leur enfant, s’inquiètent et veulent être rassurés. Certains affirment ne jamais laisser le collier pendant la nuit ou la sieste. D’autres garantissent avoir acheté celui "de marque" qui cassera au moindre effort de bébé et dont chaque perle est attachée de façon à ce qu’il ne les avale pas. A les lire il semblerait que le collier-talisman serait l’équivalent d’un vaccin anti-mal-de-dents absolument nécessaire mais non exempt de dangers. L’étranglement possible s’apparenterait alors à ce que les notices pharmaceutiques présentent comme un "effet" secondaire.

Argument souvent entendu : si c’était dangereux ils l’interdiraient. Ce "ils" anonyme, qui a si longtemps autorisé l’amiante ou encore récemment le fameux "médiator", médicament, dénoncé par Irène Frachon, fait souvent office de garantie.


Pas prouvé efficace contre les maux de dents mais à l’évidence dangereux au même titre que tous les colliers pour bébés.


Des médecins ont pourtant lancé des alertes, tel le professeur Olivier Reinberg du service de chirurgie pédiatrique de l’université de Lausanne :

Extrait :

"Il semble utile de rappeler que le port de collier chez les petits enfants constitue un danger permanent de strangulation. Si le collier ne se rompt pas, l’enfant peut rester accroché à une branche ou à un montant de lit par exemple. Le plus souvent, l’enfant strangulé ne peut pas appeler. S’il n’est pas immédiatement délivré, les conséquences sont très sévères, puisque si l’enfant n’est pas trouvé mort, le pronostic des réanimationsRetour ligne automatique
cardio-respiratoires après ce genre d’accident est mauvais, avec un taux importantRetour ligne automatique
de séquelles neurologiques liées à l’ischémie cérébrale.
"

Mais pour certains fabricants pas de problème, les accidents c’est de l’histoire ancienne :

Le collier d’ambre est régulièrement montré du doigt par ceux qui estiment qu’il comporterait un risque de strangulation, au cas où l’enfant l’accrocherait par mégarde à un objet, à une branche ou à un montant de lit… Les accidents de la sorte restent fort heureusement très rares, et sont principalement survenus il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui les fabricants redoublent de vigilance pour que les produits à destination des bébés soient sans danger".

Certains, cependant, veulent se garantir de ce risque de "strangulation" aussi "rare" soit-il : " Par précaution, retirez le collier pendant les siestes et les nuits : vous pouvez alors en profiter pour le laisser se recharger en ions négatifs, en le laissant sur une table. Autre option : le nouer à la cheville de bébé, bien au chaud dans sa turbulette"

Un collier qu’on achète mais qu’on ne porte pas autour du cou pendant le sommeil et qu’il vaut mieux nouer à la cheville. Des perles qui, contrairement à la célèbre pile électrique qui " ne s’use que si on s’en sert", se "rechargent en ions négatifs" quand on ne s’en sert pas !

Ces invitations aux "précautions" d’usage, dont on mesure le peu de sérieux, sont-elles suffisantes pour blanchir les diffuseurs de tels produits ?

On assiste à juste titre à la mise en cause de fabricants de médicaments ou de pesticides qui empoisonnent les humains et leur environnement. A lire la multitude de sites internet consacrés aux colliers d’ambre il ne serait pas étonnant, dans l’avenir, de voir instruire des procès en publicité mensongère voire même en mise en danger de la vie d’autrui à l’encontre de ceux qui font la promotion de cette médecine dont l’efficacité est largement contestable et les dangers loin d’être négligeables.

Contrairement à ce qu’imaginent ses utilisatrices et utilisateurs, la "médecine" de l’ambre peut se révéler, elle aussi, une médecine dure.


Pour aller plus loin :

 

 

Cet ouvrage retrace l’histoire de l’électricité et des savants qui ont marqué son évolution.

L’électricité paraît être une énergie évidente et n’étonne aujourd’hui plus grand monde ; son utilisation est très banale, et pourtant un nombre incalculable de nos actes et modes de vie ne sauraient se passer de son indispensable compagnie. L’électricité est une science récente… mais, des Grecs de l’Antiquité qui, en frottant l’ambre, s’émerveillaient de ses propriétés électrostatiques aux Curie étudiant la radioactivité, de découvertes heureuses en expériences dramatiques, portés par des hommes et des femmes qui ont tout sacrifié à la compréhension des phénomènes électriques, plus de vingt-cinq siècles ont défilé avant que l’on perçoive, peut-être, l’essence de cette force naturelle.

Au fil d’un récit imagé - celui d’une succession de phénomènes généralement discrets qui, sous le regard d’observateurs avertis, débouchèrent sur des applications spectaculaires - nous croiserons des dizaines de savants, d’inventeurs et de chercheurs dont les noms nous sont déjà familiers : d’Ampère à Watt et de Thalès de Milet à Pierre et Marie Curie, ce sont aussi Volta et Hertz, Ohm et Joule, Franklin et Bell, Galvani et Siemens ou Edison et Marconi qui, entre autres, viennent peupler cette aventure. On y verra l’ambre conduire au paratonnerre, les contractions d’une cuisse de grenouille déboucher sur la pile électrique, l’action d’un courant sur une boussole annoncer : le téléphone, les ondes hertziennes et les moteurs électriques, ou encore la lumière emplissant un tube à vide produire le rayonnement cathodique. Bien entendu, les rayons X et la radioactivité sont aussi de la partie.

De découvertes heureuses en expériences dramatiques, l’électricité reste une force naturelle qui n’a pas fini de susciter des recherches et de soulever des passions.

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17 novembre 2017 5 17 /11 /novembre /2017 12:44
Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, lors de la COP23 à Bonn

 

Alors que le projet de "Direct Energie-Siemens" d'une centrale électrique à gaz à Landivisiau n'est toujours pas annulé, le Président de la République annonce qu'aucune centrale thermique ne sera plus mise en chantier en France.

 

Voir le texte du discours.

 

 

Extrait :

"Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l'absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l'Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l'interdiction de tout nouveau permis d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures dans notre pays. C’est la première fois qu'un pays développé décide pour son propre territoire d'une telle politique ; nous l'assumons parce que c'est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée.

Cette transformation, elle implique aussi d’accélérer la montée en puissance des énergies renouvelables. Et donc pour se faire, de pouvoir accélérer les mutations technologiques que je viens d’évoquer et ce partenariat européen. Et que personne ne se trompe ici, prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c'est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon ou des centrales thermiques. Et donc faire l’inverse de ce que nous sommes en train de nous engager à faire.

La priorité, c'est la baisse des émissions, la priorité c'est de baisser les émissions de gaz à effet de serre et donc la politique CO2, c'est celle-ci dans laquelle le gouvernement est pleinement engagé et aura des résultats dans les prochaines années."

Monsieur le président, n’attendez pas le Sommet organisé par la France à Paris le 12 décembre prochain pour le deuxième anniversaire de l'accord sur le climat. C’est maintenant qu’il faut annoncer la fin du projet de centrale à gaz à Landivisiau.

La déclaration que devra faire Emmanuel Macron au " Sommet International sur la lutte contre le réchauffement climatique", le 12 décembre 2017 à Paris.

 

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 20:32

"Le seuil de l’irréversible a été franchi" déclare Emmanuel Macron à Bonn à la COP23.

La phrase de Emmanuel Macron a été reprise par les médias.

cliquer sur l’image.

"Le seuil de l’irréversible a été franchi.

Les équilibres de la Planète sont prêts à rompre comme le traduisent le réchauffement des océans où la disparition des nombreuses espèces menacées. C’est l’ensemble de l’humanité qui est ainsi touchée. Si nous continuons tel que nous le faisons aujourd’hui, quels que soient les efforts déjà faits ces dernières années, cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici, la disparition d’un bon nombre de populations ici représentées.

Nous n’avons donc qu’une obsession, l’action. Qu’un horizon, c’est maintenant."

Monsieur le Président, n’attendez pas le "Sommet" du 12 décembre, organisé à Paris pour le deuxième anniversaire de l'accord sur le climat.

C’est maintenant qu’il faut annoncer la fin du projet de centrale à gaz à Landivisiau.

La déclaration que devra faire Emmanuel Macron avant le "Sommet International sur la lutte contre le réchauffement climatique", le 12 décembre 2017 à Paris.

 

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 18:41

Dans un texte signé il y a 25 ans par 1.700 chercheurs, les auteurs exhortaient à réagir face à la destruction de l'environnement, craignant que « l'humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ». Mais la situation s'est encore plus aggravée et devant l'ampleur du phénomène, plus de 15.000 scientifiques ont signé un cri d'alarme sans précédent. Si nous ne réagissons pas, nous allons droit dans le mur, expliquent-ils. Le temps presse.

  • Plus de 15.000 scientifiques, dans tous les domaines, ont signé un appel à réagir face à l’état de la planète.
  • Jamais un article publié dans une revue scientifique n’aura eu autant de signataires.
  • Ils soulignent non seulement l'urgence mais aussi l'importance de réduire le réchauffement climatique et la destruction des espèces vivantes.

En 1992, 1.700 scientifiques, dont près d'une centaine de prix Nobel, lançaient à l'occasion du Sommet de la Terre à Rio, premier du genre, le « World Scientist's Warning to Humanity ». Cet avertissement à l'humanité décrivait la destruction de l'environnement, peu conscientisée à l'époque, et soulignait combien notre espèce est « sur une trajectoire de collision avec le monde naturel », si elle ne réagit pas.

Vingt-cinq ans plus tard, les scientifiques constatent que la situation ne s'est pas améliorée. Au contraire, elle a empiré dans tous les domaines en crise, avec une exception, l'affaiblissement de la couche d'ozone, réduit grâce à une forte mobilisation internationale. Alors 15.364 scientifiques du monde entier (184 pays) ont signé un nouveau cri d'alarme, d'une ampleur sans précédent. Le texte a été publié le 13 novembre dans la revue scientifique BioScience et dans Le Monde (« Il sera bientôt trop tard » titrait en Une lundi le quotidien), alors que se déroule jusqu'au 17 novembre, la COP23, sur le climat, à Bonn.

 

Le péril climatique

Le climat, justement. « Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d'un changement climatique potentiellement catastrophique »écrivent les auteurs dans le « cri d'alarme » de 2017. Le taux de CO2dans l'atmosphère terrestre, nous l'avons vu récemment, n'a jamais été aussi élevé depuis au moins 800.000 ans. Il est désormais au-dessus de 400 ppm contre 280 ppm avant l'ère industrielle.

Et cela ne devrait pas s'améliorer car les émissions de ce gaz à effet de serre lequel, rappelons-le, peut séjourner 100 ans dans l'atmosphère, sont reparties à la hausse après trois années de stabilité selon le nouveau rapport annuel du Global Carbon Project. Elles devraient être de +2 % en 2017 et atteindre un record de 36,8 milliards de tonnes. « Le monde n'a donc pas atteint son pic d'émissions, affirment les auteurs de l'étude qui vient de paraître dans Nature Climate Change, Environmental Research Letters et Earth System Science DataCela montre qu'il faut agir plus fortement. Il faut oublier toute autosatisfaction. »

Courbe des émissions de CO2 dans l’atmosphère terrestre depuis 1990. 2017 s’annonce comme une année record. © Carbon Global Project

Pour Corinne Le Quéré, de l'université britannique d'East Anglia, selon des propos rapportés par l'AFP : « c'est une grande déception. Avec 41 millards de tonnes de CO2 émis estimés pour 2017 [si l'on ajoute ladéforestationNDLR], on risque de manquer de temps pour garder la température sous 2 °C, et a fortiori 1,5 °C ». D'ailleurs, l'objectif très enthousiaste de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C lors des accords de Paris en 2015 semble de plus en plus hors d'atteinte. Cet été, des chercheurs annonçaient même qu'il n'y aurait que 5 % de chances de le limiter à 2 °C.

Le changement climatique provoqué par une hausse des émissions de gaz à effet de serre n'est qu'un des périls qui assombrit l'avenir de l'humanité et bien sûr avec elle, de la vie sur Terre. Affectés désormais par les perturbations créées par le réchauffement global dont nous sommes responsables, les écosystèmes sont aussi violemment impactés par leur destruction frontale par l'Homme depuis plusieurs siècles : déforestation, braconnage, exploitation minière, artificialisation des sols,agriculture intensive et usages massifs de pesticides... Sans oublier les océans et la vie marine. Tous les voyants passent au rouge. « Nous avons déclenché un phénomène d'extinction de masse, le sixième en 540 millions d'années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement », déplorent les 15.000 signataires.

Un grand nombre de vertébrés et invertébrés, terrestres et marins, sont en danger d'extinction. Nous avons appris il y a quelques semaines que la population d’insectes volants s'est effondrée de 75 % en 30 ans en Allemagne. Un chiffre que l'on peut élargir à l'Europe où les conditions sont similaires sur de nombreux territoires. Leur perte est non seulement dommageable pour la pollinisation mais aussi pour l'ensemble de lachaîne alimentaire, avec les conséquences que l'on peut craindre.

Interrogé par Le Monde, le biologiste Gilles Bœuf, ancien président duMuséum national d'histoire naturelle, rappelle une évidence : « Labiodiversité, nous en faisons partie : la nature, c'est nous. Nous ne sommes pas à côté d'elle. Dès que l'on admet cela, on comprend que détruire les écosystèmes revient à s'auto-agresser, qu'opposer la protection de la nature d'un côté à la création d'emplois et au court terme économique de l'autre est d'une totale stupidité ».

L’expansion de Shanghai en Chine en 32 ans. À gauche, photo prise le 23 avril 1984. À droite, le 20 juillet 2016. © Nasa images of change

Le problème de la gestion des ressources

Pas plus tard qu'il y a huit jours, le célèbre physicien Stephen Hawkingdéclarait lors d'une conférence que si nous ne faisons rien, la Terre serait inhabitable dans un avenir proche, en proie à une surpopulation, des terres devenues incultivables et un épuisement croissant des ressources naturelles. Il exhortait l'humanité à préparer l’exploration interstellaire.

Depuis la signature du premier appel en 1992, la population mondiale a augmenté de 35 % (nous sommes à présent 7,6 milliards, selon les derniers chiffres des Nations Unies de juin 2017), ce qui n'est pas sansincidences sur les ressources comme l'eau douce. En effet, « le volumed'eau douce disponible par habitant a chuté de moitié » depuis les années 1960.

Tout est une question de gestion des ressources. Dans Le Monde, le démographe Hervé Le Bras rappelle que « si l'ensemble de l'humanité mangeait comme les Français, les ressources de la planète permettraient de nourrir seulement 4 milliards d'humains. A contrario, avec le régime du Bangladesh, ce serait 12 milliards ».

La Terre est notre seul foyer

Enfin, la pression démographique s'exerce sur les milieux naturels, les fragmentant de plus en plus jusqu'à les réduire à peau de chagrin. On le voit en Amazonie ou en Indonésie, exemples les plus connus où les grandes forêts, foyers des plus riches biodiversités de la planète, sont mises en pièce — idem dans les milieux marins avec la destruction notamment des coraux en raison du réchauffement des eaux et de leur acidification — pour des monocultures (huile de palme, soja pour les animaux...), mais c'est aussi le cas dans nos campagnes où la nature laisse la place au béton (environ 236 hectares de perdus par jour en France).

« Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l'un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. »

Il sera bientôt trop tard !

Pour les chercheurs, nos seules chances de salut passent par un sursautcollectif et aussi individuel : « grâce à un raz-de-marée d'initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n'importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d'obliger les dirigeants politiques à agir », écrivent-ils. Et cela passe aussi par nos comportements individuels « en limitant notre propre reproduction [...] et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d'autres ressources ».

« Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l'échec car le temps presse, conclut l'appel de 2017. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu'elle recèle, est notre seul foyer. »

 

 

Le manchot royal, témoin de l’état alarmant de l’écosystème marin  Observés au quotidien par des balises Argos, les manchots sont un bon indicateur des stocks de poissons dans une zone donnée. Obligés de parcourir des distances toujours plus grandes, ils pourraient bientôt disparaître. Le Cnes nous explique pourquoi au cours de cette vidéo. 

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9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 16:51

« Energy Observer », le premier bateau-laboratoire propulsé à l’hydrogène et aux énergies renouvelables, a pris le large le 26 juin 2017.

Parti de France le 26 juin 2017, le premier bateau propulsé à l’hydrogène et aux énergies renouvelables, l’Energy Observer, va parcourir les océans pendant six ans. Un tour du monde, en partenariat avec l’UNESCO, en 101 escales dans 50 pays pour sensibiliser les populations et les collectivités locales aux enjeux de la transition énergétique et du développement durable.
Par Virginie Jourdan
 

Présentation au public du bateau « Energy Observer », avant sa mise à l’eau à Saint-Malo (France), en avril 2017. Un projet innovant, en partenariat avec l’UNESCO.

 

 

Naviguer sans émettre ni gaz à effet de serre ni particules fines, en utilisant des énergies renouvelables : c’est le pari d’Energy Observer(link is external), le premier bateau français autonome en énergie. Parti du port de Saint-Malo, en France, le 26 juin 2017, sans une goutte d’énergie fossile à bord, il entame un tour du monde qui durera jusqu’en 2022.

Objectif : tester grandeur nature l’efficacité des énergies solaires et éoliennes, ainsi que la production d’hydrogène à partir d’eau de mer. Mais au-delà de la prouesse technique, Victorien Erussard, l’un des initiateurs du projet, officier de la marine marchande français, et son équipe, veulent rencontrer des créateurs de solutions technologiques innovantes pour « montrer qu’il existe une voie énergétique propre et durable ». Car, pour eux, face au réchauffement climatique et aux défis démographiques et environnementaux du XXIe siècle, l’heure n’est plus au constat mais à l’action. Comment allons-nous nous déplacer, nous nourrir, construire nos maisons, travailler ou nous informer : toutes ces questions doivent être aujourd’hui repensées. « Des solutions innovantes sont développées partout dans le monde. Cette expédition est l’occasion de lever une communauté au-delà des frontières en valorisant et connectant ses solutions entre elles », poursuit Jérôme Delafosse, le chef de l’expédition, scaphandrier professionnel et réalisateur de documentaires sur la nature et la biodiversité.

Le voilier le plus rapide

L’aventure démarre en 2013 lorsque le navigateur Frédéric Dahirel récupère l’un des voiliers les plus rapides de l’histoire de la course au large. En effet, en 1984, celui-ci franchit pour la première fois la barre symbolique des 500 milles en 24 heures. Et en 1994, il permet à sir Peter Blake, grand navigateur néo-zélandais, qui s’était retiré de la course pour se consacrer à des explorations environnementales, d’établir le record du tour du monde.

Le rêve de Frédéric Dahirel ? En faire le premier navire français propulsé à l’électricité d’origine éolienne. Tout un symbole.

En 2015, son compagnon de voile, Victorien Erussard le rejoint. Puis, la rencontre avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives(link is external) et le Laboratoire d’innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux(link is external) (CEA-Liten), situés en France, donne une nouvelle orientation au projet. Plus technologique, c’est la piste de l’hydrogène, comme source d’énergie, qui est explorée.

Un laboratoire flottant

Pour préparer le bateau, deux ans de travaux sont nécessaires. Deux moteurs électriques viennent remplacer la grand-voile et son foc. Deux éoliennes et des panneaux solaires sont installés sur ses flancs. Au centre, une voile de traction de 20 mètres de large peut être déployée. Deux hydrogénérateurs sont alors actionnés sous la coque. Équipés de turbines, ces derniers profitent de la force hydraulique générée par la navigation et produisent de l’électricité. De quoi répondre aux besoins du moteur, de la vie à bord et aux appareils de guidage et de télécommunications du bateau.  Un laboratoire en forme d’éloge à la lenteur : le bateau avance à 8 ou 10 nœuds au lieu des 30 nœuds lorsqu’il était destiné à la course.

L’hydrogène : une solution d’avenir

La seconde innovation réside dans la production d’hydrogène sans émission de CO2. En France, ce gaz est considéré comme une solution d’avenir pour assurer le stockage de l’électricité verte d’origine éolienne et solaire. Introuvable à l’état pur, il faut le produire. Les chercheurs d’Energy Observer ont opté pour une solution écologique : l’eau de mer. « Aujourd’hui, 95 % de l’hydrogène utilisé dans le monde est fabriqué à partir d’énergie fossile, comme le gaz naturel. C’est très polluant. Nous voulons montrer que l’hydrogène peut être produit de manière “décarbornée” », explique Nicolas Degorce, ingénieur naval qui a participé à la conception du bateau.

Pour créer cette chaîne de production capable de résister aux conditions extrêmes de la navigation, près de 30 chercheurs du CEA-Liten ont planché pendant deux ans. Ils ont été épaulés par des ingénieurs, des experts spécialisés dans les transports, des architectes navals et les nouvelles technologies, mais aussi par des entreprises privées. « Une vingtaine de prototypes a été mise à disposition. C’est une occasion formidable de les sortir des laboratoires pour les étudier et les tester », ajoute Nicolas Degorce.

Dans les cales et sur le pont, 700 capteurs électroniques enregistrent en temps réel le comportement des pièces du puzzle énergétique : éolienne, solaire, hydroélectricité, production d’hydrogène. Avec ces données, les chercheurs tenteront d’en améliorer les performances. Conçu comme un réseau intelligent (Smart grid), ce système combiné d’énergies renouvelables pourrait un jour être utilisé dans les maisons, les usines ou sur les cargos. Il pourrait aussi permettre de lutter contre l’exclusion énergétique des 1,2 milliard de personnes qui vivent encore sans accès à l’électricité dans le monde.

 

 

 

Itinéraire du bateau « Energy Observer », 2017-2023, au départ de Saint-Malo, France.
 

 

Un bateau média pour la planète

Un pari pour l’avenir qui ne s’arrête pas à la seule prouesse technologique. Grâce à Energy Observer, les marins veulent aussi sensibiliser le grand public à la préservation de la biodiversité et aux enjeux immédiats du réchauffement climatique. « Je suis confronté à l’impact de l’activité de l’homme sur la planète depuis 20 ans. Cette expédition est une occasion de montrer la réalité et de rassembler toutes les initiatives positives à travers le monde », affirme Jérôme Delafosse. Son ambition ? Faire d’Energy Observer un véritable média pour la planète : « Nous voulons faire rêver le public pour le sensibiliser, lui faire découvrir le monde tel qu’il ne l’a jamais vu. » Au gré du voyage, une série de huit documentaires sera réalisée pour une chaîne française. Des contenus en 3D et en réalité virtuelle seront également créés, puis diffusés sur Internet ou dans les ports où ils feront escale : des immersions au cœur d’Energy Observer mais aussi des plongées au milieu des cachalots pour mieux connaître leur manière de communiquer entre eux. Avec peut-être un jour la possibilité de montrer tous ces contenus dans les écoles à travers le monde.

L’odyssée promet d’être riche. Au gré de 101 escales dans 50 pays, l’équipage va parcourir des îles qui cherchent l’autonomie énergétique comme celle de El Hierro, dans les Canaries en Espagne, ou des cités exemplaires à l’image de San Francisco qui veut devenir une ville zéro déchets. Une vingtaine d’étapes est planifiée dans des sites du patrimoine mondial et des réserves de biosphère de l’UNESCO d’ici 2022, comme les vasières de la mer des Wadden, aux Pays-Bas, ou l’île de Socotra, au Yémen, qui héberge une biodiversité et quelque 700 espèces uniques au monde. « Nous allons filmer les requins de l’île Cocos au large du Costa Rica, la mer blanche au Nord de la Russie, tous ces trésors peu connus mais qui sont impactés par l’activité de l’homme. Cette expédition est une formidable occasion d’en savoir plus sur notre planète  », s’enthousiasme Jérôme Delafosse. « Nous voulons partager ce savoir grâce aux médias digitaux et aux rencontres que nous organiserons dans les grands ports du monde. »

Poursuivez la lecture : 

UNESCO et le projet Energy Observer

Objectifs de développement durable pour les sciences naturelles

Réseau mondial des réserves de biosphère

Sites du patrimoine mondial

 

Virginie Jourdan

Journaliste indépendante, Virginie Jourdan vit à Rennes, en France. Après avoir longtemps suivi des dossiers relatifs à l’agriculture biologique pour un magazine spécialisé, elle traite dorénavant de sujets en lien avec la révolution numérique et la transition écologique pour des magazines nationaux et régionaux.

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 06:56
 

 

extrait.

Il existe des liens intéressants entre science et magie. Elles partagent une croyance, celle que ce qui est visible n’est qu’une réalité superficielle et non la vraie réalité sous-jacente. Toutes deux tirent leur origine du besoin fondamental, basique, de trouver un sens à un monde hostile afin de pouvoir le prévoir ou le manipuler.

 

La magie, tout comme la science, apporte des éclairages sur le fonctionnement du cerveau humain. Trouver des points communs entre la science et la magie dépend bien sûr de la manière dont on définit la magie. L’interprétation la plus simple des pratiques magiques est qu’il s’agit de mauvaise science. Mais qui peut vraiment dire ce qu’est la bonne science ? Nombre d’idées innovantes ont attendu des années avant de se voir acceptées par la communauté scientifique. Cela signifie-t-il qu’elles se sont tout à coup transformées, passant de la magie à la science ? Pourquoi croyons-nous en la magie et la sorcellerie ? les certitudes et les prédictions scientifiques ont des limites très réelles et de nouvelles interrogations, des mystères, des énigmes continueront à se poser aussi sûrement que des mystères d’aujourd’hui seront résolus.

 

Magie et religion sont des recours qui opèrent dans des situations de stress émotionnel : moments de crise, blocages dans des processus de recherche, mort, initiation à des mystères, déception amoureuse… Religion et magie offrent des moyens d’échapper à de telles situations. Si la superstition est toujours florissante aujourd’hui, c’est bien parce que de nombreux aspects de l’existence demeurent hors de contrôle. La différence entre la science et la magie se situe au niveau expérimental : la connaissance scientifique conventionnelle s’obtient par un travail pénible, aride, de longue haleine. Les éclairs de génie, les « Euréka ! » sont rares. Cela peut prendre des années pour découvrir quelque chose et en apporter la confirmation à la satisfaction générale.

 

La recherche n’est pas une série d’illuminations nées de la douceur du bain ou d’un moment de repos sous un pommier. C’est un travail opiniâtre, qui n’exclut toutefois pas les chemins de traverse. L’une des caractéristiques de la pensée magique et de la foi religieuse qui les différencie de la science est que aucune découverte ultérieure ne peut venir ébranler la foi ou la croyance de l’adepte, car il trouvera toujours une explication pour étayer sa foi. Quand un charme magique, un sortilège, n’opère pas, la faute en revient au magicien, non au charme lui-même. Les scientifiques aussi peuvent avancer toutes sortes d’explications pour excuser les défaillances d’une théorie fausse. Mais à la différence d’autres systèmes de croyance, le système scientifique se trouve perpétuellement passé au crible de l’expérience. La science finit toujours par abandonner une théorie ou une « vérité » si elle est infirmée par des preuves indiscutables. La science est véritablement le meilleur moyen de comprendre le fonctionnement de l’univers.

 

Même si l’on reprenait le cours de l’histoire et qu’elle suive une autre route, les conclusions de la science seraient les mêmes : l’ADN serait toujours la molécule de l’hérédité, l’hydrogène serait toujours l’élément le plus abondant de l’univers, les étoiles seraient encore alimentées par la fusion nucléaire. Si Newton n’avait pas fait ses découvertes mathématiques, physiques, scientifiques, un autre l’aurait fait. Si Marie Curie n’avait pas existé, on aurait tout de même découvert les éléments radioactifs du radium et du polonium. Mais si J.K. Rowling n’était pas née, nous n’aurions jamais connu Harry Potter. Voilà pourquoi ce personnage a tant de signification : la science est peut-être spéciale, mais Harry Potter, comme œuvre d’art, l’est bien davantage. Il est unique.

 

 

Voir aussi :

 

 

Histoire de la chimie. Des symboles des alchimistes jusqu’aux formules des chimistes.

 

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 20:36

Le Lancet, prestigieuse revue médiale, évalue pour la deuxième année consécutive les effets sanitaires du réchauffement climatique. L’agriculture est déjà atteinte. Et cela ne devrait pas s’arranger.

Voir sur le journal de l’environnement

Le Lancet a tenu parole. L’an passé, à l’orée de la COP 22 de Marrakech, la revue médicale de référence avait lancé une initiative originale : le Lancet Countdown. En se basant sur les travaux de 24 établissements universitaires internationaux et organisations intergouvernementales (OMS), le journal a quantifié les effets sanitaires des principales conséquences du changement climatique (sécheresses, événements climatiques extrêmes, perturbations des moussons, etc.). Des chiffres que le journal britannique entend mettre à jour tous les ans. C’est chose faite.

Sous sa houlette, climatologues, écologistes, économistes, ingénieurs, experts de l’énergie, de l’agroalimentaire et du transport, géographes, mathématiciens, chercheurs en sciences sociales, politologues, spécialistes de santé publique et médecins ont élaboré une quarantaine d’indicateurs dans 5 domaines : exposition et vulnérabilité au changement climatique ; plans d’adaptation pour la santé ; mesures d’atténuation ; finances et engagement public.

En filigrane, le message adressé aux politiques est clair : si vous n’agissez pas, les changements climatiques à venir ruineront les avancées en termes de santé publique obtenues ces 50 dernières années. A contrario, lutter efficacement contre le réchauffement et ses effets pourrait être « la plus grande opportunité du XXIe siècle en matière de santé à l’échelle mondiale ».

Sans surprise, de très nombreux indicateurs sont au rouge : depuis 2000, ce sont plus de 125 millions de personnes qui subissent des canicules de plus en plus intenses chaque année ; durant la même période, les agriculteurs du monde entier ont vu baisser leur productivité de 5% du fait de la dégradation des conditions climatiques ; à cause du réchauffement, le moustique Aedes aegypti peut transmettre la dengue dans un plus grande nombre de régions.

Des phénomènes anthropiques, comme la pollution de l’air urbain, sont aggravés par le réchauffement. Un réchauffement qui, en réduisant les précipitations dans certaines régions, diminue la capacité de l’agriculture à nourrir et à fixer les populations locales. Estimé à plusieurs dizaines de millions aujourd’hui, le nombre de réfugiés climatiques pourrait flirter avec le milliard d’ici la fin du siècle, pronostique The Lancet. De quoi faire trembler sur leurs fondations bien des Etats fragiles, incapables d’accueillir ces vagues annoncées de migrants.

Les effets du réchauffement sur notre santé ne sont pas une découverte. La question a été posée dès 1990 par les auteurs du premier rapport d’évaluation du Giec[1]. En moyenne, la littérature scientifique s’enrichit d’un article par jour sur le sujet depuis des années. Mais les politiques de santé publique ne suivent pas au même rythme. « Le retard de la réponse au changement climatique ces 25 dernières années a mis en péril la vie humaine et les moyens de subsistance », s’alarment les contributeurs au ‘compte à rebours’ du Lancet.

La revue compte actualiser les données jusqu’en 2030. En attendant, ses experts distillent déjà quelques idées pour améliorer la situation : supprimer les centrales au charbon, encourager l’économie bas carbone, développer les énergies renouvelables, investir dans la recherche, accroître les financements dans les systèmes de santé résilients.

[1] Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

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