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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 19:06

 

Le réchauffement planétaire impacte sur le cycle hydrologique, c’est une certitude admise par l’ensemble de la communauté internationale scientifique.

 

Cependant les conséquences, leur ampleur et leur durée sont difficiles à mesurer avec précision. En cause : les interactions de l’homme sur le cycle de l’eau se cumulent avec les effets du changement climatique.

De même, les masses d’eau comme les mers, les océans et les grands réservoirs d’eau douce (nappes phréatiques) se caractérisent par une grande inertie : les effets se mesurent donc sur le long terme et sont difficiles à estimer sur des échelles de temps courtes.

Les études et observations réalisées notamment par le Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) permettent cependant de dégager des grandes tendances.

  • Une grande partie du dioxyde de carbone anthropique que nous émettons reste actif dans l’atmosphère pendant des temps très longs.
  • Le système climatique terrestre possède une inertie élevée (essentiellement due à l’océan) de telle sorte que, lorsqu’il est perturbé, il met de nombreux millénaires à s’ajuster, par exemple en température.

Conséquence du réchauffement climatique sur le cycle de l’eau: l’augmentation de la sécheresse dans de nombreuses régions du globe, en durée et sur des territoires de plus en plus vastes. Méditerranée, Afrique Australe, Asie du Sud, Sahel connaissent des sécheresses plus longues et plus intenses. Ces sécheresses sont observées depuis les années 1970. (2)

Les régions désertiques, à de rares exceptions près (désert de Gobi en Chine) sont concernées. Un phénomène à ne pas sous-estimer : contrairement aux idées reçues, les régions désertiques sont des écosystèmes qui abritent une faune et flore variées ainsi que des populations humaines.

L’impact de la sécheresse sur les zones désertiques aura des conséquences sur les zones limitrophes. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUE) prévoit des diminutions des précipitations de 5% à 15 % dans la majorité des zones désertiques du globe.

Certaines régions arides disposent de réserves d’eau constituées par l’apport de grands fleuves, la diminution prévue de cet apport est un facteur aggravant de la raréfaction des précipitations sur la ressource en eau. (2)

L’une des conséquences de la sécheresse et du réchauffement est d’épuiser les ressources d’eau profondes. Les populations exposées doivent recourir aux eaux de surface qui sont insalubres.

A l’inverse, les précipitations accrues dans certaines régions du monde mettent à mal les installations de traitement de l’eau (stations d’épuration) qui répandent les matières fécales et conduisent à une augmentation des maladies véhiculées par l’eau comme le choléra et la diarrhée.  (3)

Le réchauffement climatique n’impacte pas seulement la ressource en eau salubre, il favorise aussi les maladies liées à l’eau comme le paludisme ou la dengue qui voient leur zone géographique s’élargir. (3)

A l’inverse des régions subtropicales, les régions situées dans l’hémisphère nord verront leurs précipitations augmenter. Des précipitations plus importantes sont déjà observées sur le continent américain, en Europe du Nord, en Asie Centrale et en Asie du Nord.

Ces précipitations ont pour conséquence un ruissellement plus important, qui impacte à son tour les écosystèmes et génère inondations et glissements de terrain. La disponibilité de cette eau dépend de la capacité de l’homme à la retenir.

Le réchauffement augmente la contamination de l’eau douce par l’eau de mer

Sur ce dernier, les réserves d’eau douce ne sont pas isolées de l’eau de mer (porosité des roches). Par effet de vase communiquant, le prélèvement en eau douce se traduit par la contamination de l’eau douce par l’eau de mer. Le réchauffement de la planète qui se traduit par la fonte des glaces et l’élévation du niveau des mers vient renforcer ce phénomène. (1)

La moitié de la population mondiale vit à moins de 60 kilomètres des côtes et 8 des 10 plus grandes villes de la planète sont situées sur le littoral.

Le réchauffement climatique a pour conséquence la fonte des glaces sur les pôles mais aussi des glaciers. Ces derniers jouent un rôle de tampon en captant de l’eau douce qui est ensuite restituée graduellement aux écosystèmes pendant la période sèche.

Tout comme l’augmentation des précipitations dans les hautes latitudes, la disparition des glaciers entraîne une augmentation du débit des cours d’eau et nécessite des infrastructures pour capter et stocker l’eau potable, infrastructures qui ne sont actuellement pas disponibles.

Les lacs et rivières voient la température moyenne des eaux de surface et des eaux profondes augmenter. Cette augmentation modifie l’équilibre chimique et biologique de l’eau : sa qualité diminue et impacte la quantité d’eau disponible pour la consommation humaine ainsi que les écosystèmes liés.

L’augmentation des précipitations accroît l’érosion et la mobilité des polluants

Le ruissellement provoqué par les précipitations accrues dans les hautes latitudes provoque une érosion dommageable aux écosystèmes et dangereuse pour les populations humaines (glissements de terrain). Il rend aussi les polluants plus mobiles : ces derniers arrivent désormais jusqu’aux aquifères souterrains.

L’intensité des précipitations rend aussi la gestion de l’eau par l’homme plus complexe en saturant les systèmes de récupération et de traitement des eaux usées.(1)

L’accentuation ou la diminution des précipitations dans les différentes régions du globe conduit à un cercle vicieux : propagation des polluants dans un cas ou concentration dans l’autre.(1)

Les effets du dérèglement climatique ont de multiples conséquences présentes ou futures sur le traitement de l’eau domestique.  L’augmentation de la température des eaux à l’état naturel peut favoriser le développement de germes et de bactéries. En cas de contamination, le processus de désinfection actuel pourrait devenir inadapté.

Les épisodes soudains de fortes précipitations, comme nous en avons connu ces dernières années, peuvent également mettre à mal les réseaux d’assainissement et excédant leurs capacités. Des mesures temporaires peuvent être prises au niveau local si les normes de potabilité ne sont pas atteintes.

Enfin, notre accès à l’eau potable dépend de prélèvements effectués dans les nappes souterraines et les rivières. Si le niveau d’eau disponible venait à baisser dans ces milieux, la quantité d’eau potable disponible pour l’usage domestique pourrait devenir insuffisante pour couvrir les besoins de l’ensemble de la population.

De plus, le volume d’eau dépollué rejeté dans les rivières correspond à leurs capacités de dilution actuelles, des variations importantes de débit pourraient rompre cet équilibre et rendre les cours d’eau plus vulnérables aux pollutions.

 

Sources :

  • GIEC
  • Fond des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)
  • Programme des Nations Unies pour le développement (PNUE)

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 17:21

L’Homme est la Nature
prenant conscience d’elle-même.

 

Cette Phrase annonce la préface du premier tome de "L'homme et la terre" de Elisée Reclus publié en 1905 année de sa mort. Phrase qui m'avait étonné chez celui qui est considéré comme l'un des premiers écologistes. De quel homme parle-t-il ? De celui qui vient de faire entrer la nature terrestre dans cet anthropocène de tous les dangers ?  

 

Cette phrase était-elle de lui, citait-il un autre auteur, ou l'idée était-elle dans l'air du temps ? Avant de lire Elisée Reclus, je l'avais déjà trouvée presque mot pour mot, avec le même étonnement et le même sentiment critique, chez Friedrich Engels en introduction de sa "Dialectique de la Nature" rédigée vers 1875 mais publiée après sa mort en 1925 et que j'ai retrouvée dans une publication des Editions Sociales datée de 1971.

 

Citant la publication de Copernic comme l'acte révolutionnaire par lequel la science de la Nature a proclamé son indépendance vis à vis des religions, Engels constate que le développement des sciences avança dès lors à " pas de géant". Et il ajoute :

 

"Il fallait, semble-t-il, démontrer au monde que, désormais, le produit le plus élevé de la matière organique, l'esprit humain, obéissait à une loi du mouvement inverse de celle de la matière organique".

 

Et pour être plus précis, plus loin dans le texte :

 

"A partir des premiers animaux se sont développés essentiellement par différenciation continue, les innombrables classes, ordres, familles, genres et espèce d'animaux, pour aboutir à la forme où le système nerveux atteint son développement le plus complet, celle des vertébrés, et à son tour, en fin de compte, au vertébré dans lequel la nature arrive à la conscience d'elle même : l'homme".

 

Et, en conclusion de cette introduction, après avoir évoqué l'inévitable fin du Soleil et de la Terre, si la Nature, écrit-il :

 

"doit sur terre exterminer un jour, avec une nécessité d'airain, sa floraison suprême, l'esprit pensant, il faut avec la même nécessité que quelque part ailleurs et à une autre heure elle le reproduise"

 

Je me promets, si le temps s'y prête, d'en faire un commentaire avec l'éclairage de notre actualité.

Jeudi 7 mai 2002. Pendant le confinement pour cause coronavirus.

Cette pandémie qui touche l'humanité dans son ensemble est en elle même matière à réflexion sur la place des humains dans la "Nature". S'y ajoute une publication que j'ai sous les yeux : un numéro de Science et Vie de mars 2020 qui titre en couverture "Et si la Terre était vivante... Pourquoi les scientifiques y croient".

Retour sur Engels.

Pourquoi cette irritation en le lisant. Sa présentation de l'évolution ne serait donc pas le résultat de l'adaptation à une suite de hasards naturels mais la mise en oeuvre d'un plan aboutissant à l'homme. Quelle différence avec et les théories du "Dessein intelligent" diffusées par les sectes néo-chrétiennes qui justifient ainsi l'existence d'un dieu créateur ? Ou pour remonter plus en avant, quelle différence avec le démiurge de Platon régnant sur le monde des Idées ?

Et puis cette arrogance : L'homme étant l'aboutissement de l'évolution de la Nature, la naissance de sa "conscience". Quel homme d'abord ? De quel continent, de quelle époque, de quel bagage culturel, de quelle classe sociale ? Cette conscience serait-elle uniquement celle portée  à son plus haut niveau par cette nouvelle catégorie de penseurs, les tenants du "matérialisme historique" ?

Et suprême orgueil : Cette conscience portée par le seul homme terrestre avec la seule nuance matérialiste du "rien ne se perd, rien ne se crée" qui induirait que si l'homme disparaissait cette conscience devrait renaître "quelque part ailleurs et à une autre heure".

 

Plus sobre Reclus, l'anarchiste.

Sans doute sa proposition qui est restée sa marque de fabrique a-t-elle pour objectif de faire comprendre que l'homme n'est pas externe à la Nature mais qu'il n'est qu'un élément de cette Nature. sur laquelle il agit qui le façonne lui même. Il n'en demeure pas moins qu'elle pose questions à un moment où l'humanité prend conscience qu'elle est responsable du bouleversement qui attend la vie sur Terre dans les prochaines décennies.

 

Plus récent : la Terre organisme vivant.

Cet article de Sciences et Vie revient sur "l'hypothèse Gaïa" formulée il y a 50 ans par le très controversé James Lovelock. La Terre serait donc un être vivant.  L'humanité y serait une sorte de système nerveux, apparu tardivement, qui permettrait à cet organisme de se penser et même de se voir. Cet être vivant mérite une identité. Lovelock a le sens de la publicité : ce sera Gaïa, déesse grecque de la Terre.

Plus modestes, les scientifiques nous ont habitués à la notion de biosphère. Mais le mythe n'est pas mort. Je lis : "A l'heure de l'anthropocène, et puisque l'humanité fait partie de Gaïa, Bruno Latour estime même qu'on peut désormais parler d'une Planète consciente d'elle même : une Gaïa 2.0". Car si Gaïa des origines "a opéré pendant toute son histoire sans anticipation ni projet" nous avons aujourd'hui suffisamment d'instruments , de connaissances et de leviers d'action pour que notre planète s'auto-régule par l'intermédiaire des humains dont elle a permis l'apparition.."

Nous en sommes donc là ? Les humains seraient le dernier organe apparu sur cet animal/planète au cours de son évolution : son organe de régulation ! Étrange proposition au moment où les humains apparaissent comme la cause principale de l'extinction de nombreuses espèces et celle du dérèglement du climat. 

 

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:08

Gérard Borvon

Ils parlent, ils parlent, nos ministres, nos présidents...

L’un après l’autre ils nous décrivent l’apocalypse climatique à venir. Les canicules, les sécheresses, les inondations, les tornades dévastatrices, la montée des mers, les larges régions de la Terre devenues invivables, l’eau devenue rare, les famines, les épidémies, les migrations, les guerres pour la survie...

Et chacun à son tour d’afficher la France comme le phare qui éclairera la Planète dans sa lutte contre le dérèglement climatique.

Et chacun de reculer dès qu’un lobby, celui des pétroliers, celui des transporteurs, celui de l’automobile, celui de l’agro-industrie, menace.

Et les juges de faire émerger peu à peu les affaires de financements occultes des campagnes électorales liées au pétrole.

Et les rapports de se succéder montrant que la France ne tient pas les engagements qu’elle prétend exiger des autres.

Alors quand nous relisons les déclarations de nos présidents, de nos ministres, parmi tous les synonymes que nous offre la langue française, un seul sonne juste : faux-culs !

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:07

2 septembre 2002. Sommet Mondial de la Terre des Nations Unies à Johannesburg en Afrique du Sud. Jacques Chirac à la tribune scande son discours par de larges mouvements des bras.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs."

https://youtu.be/WgrHr-MOVBI

 

Et pour frapper encore plus fort :

"Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie."

Effet garanti devant les soixante mille délégués et présidents, venus de cent quatre-vingt-sept pays, au premier rang desquels Nelson Mandela. Les médias, le lendemain, auront matière à commenter et ne manqueront pas de la faire.

Les délégués à ce sommet de Johannesburg se retrouvaient pour faire le point sur l’application des engagements pris dix ans plus tôt à la "Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement" qui s'était tenue à Rio de Janeiro, au Brésil, pendant le mois de juin de 1992. Cette conférence est restée dans les mémoires comme le "Sommet de la Terre de Rio". 178 pays y étaient représentés, 110 chefs d’État et de Gouvernement, 2000 représentants d'ONG (organisations non gouvernementales) et surtout des milliers de personnes au forum organisé en parallèle par les ONG. Un vrai succès qui s'est conclu par une "Déclaration de Rio sur l'Environnement et le Développement" énonçant 27 principes parmi lesquels étaient introduites les notions de "développement durable" et de "principe de précaution". Plus concrètement était adopté par les chefs d’État présents un "Agenda 21", plan d'action pour le 21ème siècle énumérant 2500 principes précisant l'application de la déclaration. Son chapitre 9 consacré à la "Protection de l'atmosphère" alertait déjà sur le bouleversement climatique.

Oui, déjà à Rio, on le savait. La Planète brûlait !

10 ans plus tard à Johannesburg, le point doit être fait sur la mise en application des engagements de Rio. Les représentants des États producteurs et consommateurs de combustibles fossiles qui se succèdent à la tribune ont bien retenu le vocabulaire des militants écologistes. Après le président français soudainement inspiré, chacun se doit de participer à la surenchère verbale.

C'est pas moi qui l'a brûlée...

La réalité de leur engagement se révèle pourtant toute autre. Force est de constater la maigreur du bilan de Johannesburg. Le sujet le plus épineux, objet de longs marchandages fut l’énergie. Les négociations se sont principalement focalisées sur la part d’énergies renouvelables. Les ONG se battaient pour qu'un objectif chiffré et un calendrier soient fixés pour leur mise en œuvre. La montagne de discussions accouchait de la proposition finale de les accroître "substantiellement" de façon "urgente". Il urgeait surtout de ne s'engager sur rien. De même, alors qu’il était question de supprimer toutes les subventions aux énergies fossiles, on ne parle plus dans le texte final que de faire la "promotion des énergies fossiles propres". Propres ? Les lobbies du pétrole et du gaz ont su traduire : carte blanche pour ne rien changer tout en adoptant la novlangue écolo. Place au "greenwashing" !

Quant aux deux milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services énergétiques satisfaisants et qui seront les premières à subir les effets du dérèglement climatique, le texte final n'en disait rien. Les véritables gagnants étaient les pays comme les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Japon, le Canada, l’Australie, qui avaient réussi à protéger leurs intérêts dans le domaine des combustibles fossiles.

Dehors les ONG manifestaient leur colère. Yves Cochet, député des Verts ironisait : "Jacques Chirac parle d'or mais ne parle pas d'argent". Dans l'ombre, Nicolas Hulot, le conseiller pour l'environnement du président français, cherchait à limiter les dégâts. De "cette immense montagne" qui, ajoutait-il, "va probablement accoucher d'une souris", il réussissait à extraire un élément positif : "sur un plan psychologique, c'est quand même important parce que là, les derniers doutes sont levés. "

Effectivement, pour les ONG, les derniers doutes avait été levés à Johannesburg. On savait à présent qu'il n'y avait rien à attendre de ces sommets mondiaux où chacun se livre à une surenchère d'envolées lyriques sur la protection de l'environnement sans en croire un seul mot.


 

Cinq ans plus tard, deuxième couche.


 

Retour de Johannesburg, Chirac s'est bien employé à mettre en sourdine ses déclamations écologistes mais, le 3 février 2007, l'occasion lui était donnée de récidiver. C’est par un "Appel de Paris" qu'il concluait la réunion de travail du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le Giec, qui se tenait dans la capitale française. Les rapports des experts se font de plus en plus précis. Ce rapport, le quatrième depuis la création du Giec, est particulièrement alarmiste. Il constate que la fonte complète de l’inlandsis du Groenland pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres. Résultat : les terres de basse altitude seraient submergées. De nombreuses régions et même des États disparaîtraient de la carte.


 

Jacques Chirac, en nouveau prophète de l'écologie, n'hésite pas à faire de la surenchère. "Le jour approche où l'emballement climatique échappera à tout contrôle : nous sommes au seuil de l'irréversible", assène-t-il. Cette fois le mot qui devra rester dans les annales sera : Révolution ! "Face à l'urgence, le temps n'est plus aux demi-mesures: le temps est à la révolution. La révolution des consciences. La révolution de l'économie".


 

Qui se souvient des "Bastilles climatiques" prises par Jacques Chirac ? Les lobbies de l'automobile, de l'agrochimie et du pétrole, ont-ils eu à se plaindre de son passage au pouvoir ? On-t-ils été mis hors d'état de nuire ces ci-devant pyromanes dénoncés par ce nouveau Robespierre ?


 

Elf et l'argent du pétrole. Il ne pourra pas dire qu'il ne savait pas.


 

Au moment même où, en 2002 à Johannesburg, Jacques Chirac lançait sa célèbre imprécation, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf, préparait son procès en appel dans ce qui est devenu "l'affaire Elf". Il a fallu toute la persévérance et le courage des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky pour mettre à jour l'une des affaires de corruption les plus tristement célèbres de la fin du 20ème siècle : les marchés du pétrole acquis par Elf en échange de somptueux dessous de table remis aux différents chefs des État concernés, avec à la clé une partie du butin rapatrié et partagé entre les responsables politiques du moment en France.


 

"Cette fois je vais tout vous dire" déclare Loïk Le Floch-Prigent dans un interview au journal Le Parisien le 26 octobre 2002. Chirac savait, dit-il, "j'ai donc décidé de produire un document signé de la main de Jacques Chirac qui prouve qu'il était parfaitement au courant des commissions versées par Elf et d'un certain nombre de choses".

Interrogé par le Journal du Dimanche en septembre 2011, l'avocat Robert Bourgi, successeur du sulfureux Foccart, révélait à son tour "vingt-cinq ans de pratiques occultes sous Chirac". Il a des comptes à régler et raconte les transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. "Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris" dit-il, citant en particulier la présidentielle de 2002 avec les liasses de billets, trois millions de dollars, remis à Dominique de Villepin de la part de Omar Bongo. Propos "abracadabrantesques" ? L'histoire le dira mais à Johannesburg, comme plus tard à Paris, les chefs de gouvernements et diplomates, bien informés des dessous de la politique française en matière de pétrole et de corruption, ont dû être admiratifs devant le culot du chef d’État français.


 

La maison brûle ?


 

Reste pourtant le souvenir de la phrase choc, détournée par l'ironie de celles et ceux qui ne peuvent que constater le double langage des grands de ce monde


 

Le climat se détraque... et ils regardent ailleurs.

Les océans s'étouffent sous les plastiques... et ils regardent ailleurs.

Les oiseaux, les insectes, disparaissent... et ils regardent ailleurs.

La famine menace des millions de personnes... et ils regardent ailleurs.

Les canicules, les inondations, les ouragans, les incendies, font des milliers de morts... et ils regardent ailleurs.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:07

 

Au moment de Johannesburg il était facile à Jacques Chirac de se faire valoir comme le défenseur du climat face à son premier ministre de cohabitation. Alors que lui même avait réussi à attirer comme conseiller Nicolas Hulot, qui faisait ainsi ses débuts dans la cour des princes, Lionel Jospin avait choisi à un poste clé, celui de ministre de l'éducation nationale, le plus virulent des climato-sceptiques, son ami de jeunesse, Claude Allègre. Il ne pouvait pourtant pas ignorer quel loup il introduisait alors dans sa bergerie ministérielle. En 1995, l'année du deuxième rapport du GIEC et du traité de Kyoto, celui-ci écrivait, dans Le Point, une chronique intitulée "Fausse alerte". Pour lui, l'effet de serre était tout simplement un danger imaginaire inventé par des lobbies. Pourtant le personnage tient une place de choix dans l'entourage de Lionel Jospin.


 

L'écologie sous surveillance.


 

Quand, après sa victoire aux législatives, il invite Dominique Voynet à le rencontrer pour lui proposer le ministère de l'environnement, il est accompagné de son directeur de cabinet Olivier Schrameck mais aussi de Claude Allègre l'adversaire déclaré de tout ce qui peut ressembler à de l'écologie. Le message est clair : la ministre est sous surveillance.

 

Inutile donc de trouver une sensibilisation à la défense de l'environnement dans les programmes scolaires sous le ministère Allègre. Impossible, par contre, d'oublier son agressivité vis à vis des enseignants avec pour résultat de remobiliser un milieu passablement anesthésié par le retour de la gauche au pouvoir. Une mobilisation qui obligera Lionel Jospin à le remplacer par Jack Lang afin d'appliquer aux enseignants une cure de câlinothérapie.


 

La parole libérée de l'ami de trente ans.


 

De son expérience ministérielle, Claude Allègre aura quand même retenu le fait que ses provocations répétées lui attiraient une publicité médiatique dont il éprouvait un évidente jouissance. Sa plus belle réussite aura été son fameux "il faut dégraisser le mammouth", visant le service de l'éducation nationale. Il retiendra la leçon dans sa campagne contre ce qu'il qualifiera "d'imposture climatique". Quel meilleur moyen de faire la joie des médias que de qualifier Nicolas Hulot "d'imbécile" et de "nul complet" ou encore de qualifier le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, le Giec, de "système mafieux". Ces saillies tournant en boucle dans les médias lui ont valu d'être l'invité régulier des plateaux de télévision. Les journalistes ne manquant pas à chaque occasion de rappeler sa qualité d'ancien ministre de Jospin.


 

L'écologie version Jospin-Fabius.


 

Mais oublions Allègre pour retrouver Jospin. L'écologie est une notion qui lui est totalement étrangère. Cependant, gauche plurielle oblige, il a choisi la Verte Dominique Voynet comme ministre de l'écologie. Par ailleurs le sujet est à l'ordre du jour international avec les conférences de Kyoto et de La Haye. Il ne peut pas faire l'impasse. Le 19 janvier 2000 il tient donc une conférence de presse pour présenter les grandes lignes de son programme. En introduction, il ne peut manquer de faire valoir le "rôle éminent" de la France dans la lutte contre l'effet de serre. Ajoutant que "dès 1992, notre pays a joué un rôle décisif qui a toujours été inspiré par la préoccupation des conséquences du réchauffement de la terre". 1992 ? La date n'est pas anodine. Elle nous ramène à l'ère Mitterrand. La ministre de l'écologie du gouvernement Beregovoy était alors Ségolène Royal. En clair : on n'a pas attendu Chirac ni les Verts pour agir.


 

Encore une fois le cocorico national se doit d'être au rendez-vous. Mon plan, déclare-t-il, est caractérisé "par la réaffirmation d'une forte volonté politique, qui devrait placer pour les prochaines années notre pays parmi les plus "responsables" face aux nouveaux risques qui menacent les grands équilibres écologiques". Et d'énoncer :

 

- Une politique des transports donnant la priorité au rail.

- Un alignement progressif de la taxation du gazole sur celle de l'essence.

- Une "TGPA énergie", c'est à dire une écotaxe entrant dans le cadre de de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes qui jusqu'à présent ne concerne pas les émissions de gaz à effet de serre.


 

Bilan ? La mesure phare était l'écotaxe. Elle faisait partie des engagements signés entre les Verts et le PS. Deux projets : la taxe sur le diesel et la taxe CO2. La première rétablirait une égalité entre diesel et essence. Elle s'appliquerait aux particuliers mais aussi aux poids lourds. Son produit servirait à développer les transports en commun et les modes de transports propres. La deuxième serait proportionnelle à la consommation d'énergie à base de pétrole, de charbon, de gaz, par les entreprises et les particuliers.

 

C'était compter sans Fabius. Le ministre des finances de Lionel Jospin, le même qui se fera gloire de sceller par son coup de marteau la COP21 à Paris, ne veut pas entendre parler de fiscalité écologique. Pas question de s'attaquer au diesel, pas touche au charbon ou au gaz qui pour le moment ne sont pas taxés. Pas question de nuire aux grosses entreprises grosses consommatrices d'énergie.


 

Protestation des écologistes mais les élections présidentielles approchent. En juillet 2001 Lionel Jospin tranche. Pour l'écotaxe c'est déjà réglé. Fabius s'était employé à accumuler les arguments contre. Il n'y en aura pas. Quant à la taxe sur le diesel, oublions !

 

Quand viendra le jour des élections, nombreuses seront les électrices et nombreux les électeurs qui s'en souviendront.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:06

 

 

Celui qui a suggéré à Nicolas Sarkozy cette idée d'un Grenelle de l'Environnement, a certainement senti le bon coup à jouer. Le mythe semblait pouvoir encore marcher même si on commençait à en savoir un peu plus de la réalité de ce soi-disant moment de "concorde nationale". L'histoire de la rencontre clandestine entre Jacques Chirac et Henri Krasucky, numéro 2 de la CGT, a maintenant été rendue publique. "Dans une chambre de bonne et avec un revolver dans ma poche" prétendra même Jacques Chirac en 1977 dans un interview au journal Paris Match. Le grand vent de liberté de mai 1968, si inattendu dans cette France que certains croyaient endormie, avait soulevé un vent de panique dans les rangs du patronat et du gouvernement gaulliste mais tout autant au sommet du parti communiste et de son antenne syndicale, la CGT. L'ennemi, soudain, c'était ce "gauchiste" qui refusait le "boulot, métro, dodo" de la société productiviste et revendiquait une liberté qui secouait les vieux dogmes. Ces gauchistes qui avaient entraîné 10 millions de salariés dans la plus massive des grèves. Le "Grenelle" avait permis un retour à l'ordre inespéré. Est-ce que la même méthode ne pourrait pas calmer ces écologistes dont l'agitation commence à devenir inquiétante. Dans l'opinion publique, le Grenelle apparaît encore comme une victoire populaire, alors pourquoi ne pas récupérer ce mythe dans un "Grenelle de l'Environnement" qui ferait une excellente publicité pour un début de mandat.

 

L'idée ne sortait pas du néant. En novembre 2006, Nicolas Hulot avait présenté son "Pacte écologique" qui réclamait, entre autres, un poste de "vice-premier ministre chargé du développement durable". Présenté aux candidates et candidats aux présidentielles de 2007 il était signé par cinq d'entre eux dont les deux finalistes, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le 16 mai Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac. Nicolas Hulot refuse le poste de ministre de l'environnement qui lui est proposé, ce sera donc Alain Juppé, rapidement démissionné pour cause de défaite aux législatives, puis Jean-Louis Borloo. En septembre 2007 débutait donc ce "Grenelle Environnement" qui affichait, lui aussi, la prétention de vouloir nous faire entrer "dans le monde d'après".

 

On n'avait pas lésiné sur le spectacle. Deux prix Nobel de la Paix distingués pour leur engagement en faveur de l'environnement viendraient apporter leur caution. En tête d'affiche, Al Gore, vice-président des USA, après sa fameuse mise en scène dans le film " Une vérité qui dérange". A ses côtés Wangari Maathai biologiste à l'initiative du "Mouvement de la ceinture verte" en Afrique.

 

Nous ne nous étendrons pas sur les maigres résultats obtenus. Celles et ceux qui annonçaient une énième supercherie ne s'étaient pas trompés. Pour ne citer qu'un exemple : on reparle périodiquement de ce plan "Ecophyto" issu du Grenelle qui visait à diviser par deux l'usage des pesticides. Alors qu'un consensus semblait trouvé, le lobby agro-industriel avait réussi à y glisser un "si possible" qui ruinait complètement l'édifice. Dans le couple fournisseurs/utilisateurs de pesticides, chacun avait compris le message : cela n'allait pas être possible. D'ailleurs, dès 2012 la messe était dite avec la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy au salon de l'agriculture : "l'environnement, ça commence à bien faire". Résultat : hausse de 5% des pesticides en moyenne chaque année depuis 2009 avec 9% en 2013 et encore 9,4% en 2014, année où un nouveau plan, aussi peu contraignant que le premier, reportait à 2025 la réduction de 50% des pesticides. En 2018, le ministère de la Transition écologique et celui de l'agriculture constataient que la consommation de pesticides avait encore augmenté après 2014. "Est-ce que nous avons commencé à réduire [leur] utilisation ? La réponse est non", avait alors lancé Nicolas Hulot au micro de France Inter en annonçant qu'il quittait le gouvernement.

 

Mais en ce 25 octobre 2007, place était donnée au spectacle. En clôture de l'événement, le discours de Nicolas Sarkozy mérite la relecture. Jamais autant d'outrances n'auront été prononcées en si peu de temps. Nicolas Sarkozy s'adresse d'abord à José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, présent dans la salle.  : "La France n'est pas en retard. Mais la France veut maintenant être en avance. Et c'est tout le changement, José Manuel, que nous voulons proposer aujourd'hui en France"

 

https://www.dailymotion.com/video/x9qbej

 

Puis vient la plus extravagante des déclarations :

 

"Notre ambition n'est pas d'être aussi médiocre que les autres sur les objectifs, ce n'est pas d'être dans la moyenne. Notre ambition c'est d'être en avance, d'être exemplaire."

 

Et afin que ces médiocres qui écoutent retiennent bien la leçon : "Je veux que le Grenelle soit l'acte fondateur d'une nouvelle politique, d'un New Deal écologique en France, en Europe, dans le Monde ".

 

Ensuite, s'adressant aux deux prix Nobel de la Paix : "Nous voulons une politique de vérité. Wangari MAATHAI et le Vice-Président Al GORE ont eu le courage de la proclamer : notre modèle de croissance est condamné. Pire encore, le maintien de la paix dans le monde est condamné si nous ne faisons rien."

 

Le plus alarmiste des climatologues du Giec n'oserait pas prononcer la moitié du discours apocalyptique qui va suivre cette introduction :

 

"Les changements climatiques, nos concitoyens ne doivent pas les réduire à la fonte des neiges sur les pistes de ski. Les changements climatiques, ce sont des centaines de millions de réfugiés climatiques.

 

Les changements climatiques, c'est une accélération des grandes catastrophes, des sécheresses, des inondations, des cyclones, d'une certaine façon, c'est le Darfour où des millions de pauvres gens sont poussés par la faim et la soif vers d'autres régions où ils entrent en conflit avec des populations qui étaient installées de façon séculaire. Les changements climatiques, ce sont des épidémies nouvelles. Ce sont des conflits exacerbés pour accéder à l'eau et à la nourriture.


 

Il faut donc avoir le courage de dire que la hausse des prix des hydrocarbures sera permanente. Il faut avoir le courage de dire qu'il n'y aura plus de pétrole avant la fin du siècle. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne connaissons pas tous les effets à long terme des 100 000 substances chimiques commercialisées. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous n'avons pas toujours été exemplaires."

Alors cette fois, ça y est ? On y va ? Fini le soutien à nos champions des énergies fossiles, à Total, à Engie (ex GDF-Suez). Finis les copinages avec les potentats du pétrole ?

Deux mois ne se sont pas écoulés que la France sidérée découvre que le Président de la République a invité le Libyen Mouammar Kadhafi en visite officielle. Oubliés les prix Nobel de la Paix, place au plus sanguinaire des dictateurs. Chacun se souvient qu'il est le responsable de l'attentat contre le vol UTA-722 qui a fait 170 victimes dont 54 français en 1989. Mais que refuser à celui qui règne sur un champ de pétrole parmi les plus riches de la Planète...

Kadhafi arrive en France en terrain conquis, exigeant de planter sa tente dans les jardins de l'hôtel Marigny, résidence des chefs d’État étrangers en visite en France. Stupeur, y compris parmi les proches de Nicolas Sarkozy : "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort" déclare  Rama Yade, secrétaire d’État chargée des Droits de l'homme au journal Le Parisien avant de se faire recadrer par l’Élisée.

Mais pourquoi cette visite ? Simplement pour le business ? L'argent du pétrole libyen devrait alimenter les industries de l'armement et du nucléaire en France. On annonce des commandes d'avions Rafale, d'hélicoptères Tigre, de navires de guerre et même des réacteurs nucléaires. L’Élysée se plaît à afficher des contrats représentant une dizaine de milliards d'euros. Contrats qui ne seront jamais honorés car moins de trois ans et demi plus tard l'ami de la France est devenu son ennemi numéro un. Les Rafales et les Tigres français iront anéantir le régime du "guide" libyen dans une guerre éclair qui aboutira à sa mort, en octobre 2011, suite à une attaque, par des avions français, du convoi de véhicules par lequel il tentait de s'échapper.

Cette histoire de visite du dictateur libyen en France aurait pu être oubliée si les médias français n'avaient pas révélé l'affaire du "financement occulte" de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et des valises de billets ayant circulé entre Tripoli et Paris. Le tapis rouge déployé pour Kadhafi apparaissait alors comme la contrepartie d'une aide providentielle pour l'élection du président français. Des juges enquêtent depuis avril 2013 sur ces accusations étayées par les témoignages de l’intermédiaire Ziad Takieddine et d’ex-dignitaires libyens. Au terme de 25 heures de garde à vue, Nicolas Sarkozy est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 21 mars 2018 pour "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens". Affaire à suivre...

On apprenait aussi que le pétrole n'était pas étranger à la guerre "humanitaire" menée par la France et ses alliés en Libye. En septembre 2011, le journal libération faisait état d'une lettre écrite 17 jours après l’adoption de la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU prenant parti pour les insurgés. Un membre important du CNT (Conseil National de Transition) y écrivait que : "s’agissant de l’accord sur le pétrole passé avec la France en échange de la reconnaissance de notre Conseil, lors du sommet de Londres, comme représentant légitime de la Libye, nous avons délégué le frère Mahmoud [Shammam, ministre en charge des médias au CNT] pour signer cet accord attribuant 35% du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil.". Cette missive était adressée au cabinet de l’émir du Qatar, pays qui sert depuis le début du soulèvement d’intermédiaire entre la France et le CNT. Fables, diront les autorités françaises.


 

Fables ? En mai 2019, suite à une fâcherie avec le pouvoir français liée à la guérilla interne en Libye pour la main mise sur les réserves de pétrole, le Gouvernement d'Union Nationale (GNA), qui a succédé au CNT, menaçait de suspendre les activités de Total dans le pays. A cette occasion nous apprenions que Total, dont la production était minoritaire avant la guerre, représentait déjà près du tiers de l'activité pétrolière dans le pays et ambitionnait de doubler sa production d'ici 2023. Total ne pouvait que remercier Nicolas Sarkozy. En déclarant la guerre au dictateur libyen il lui avait ouvert de nouvelles sources à exploiter.

Quant à Nicolas Sarkozy il occupe sa retraite d'ex-président à cultiver ses amitiés avec les dirigeants des pays fournisseurs de pétrole en y donnant des conférences royalement rémunérées. Une première en 2015 à Abu Dhabi avait déjà fait des vagues, y compris dans ses troupes. En mars 2018 il y faisait à nouveau sensation en donnant pour modèle d'efficacité ces "grands leaders du monde" qui "viennent de pays qui ne sont pas de grandes démocraties". C'est comme ministre de l'intérieur de Jacques Chirac, qu'un premier voyage au Qatar lui avait permis de rencontrer Hamad ben Jassem al-Thani, futur premier ministre qatari. Devenu président de la république il le recevra de façon régulière à l'Elysée et accompagnera les dirigeants qataris dans leur fièvre acheteuse du patrimoine français. "Il faut avoir le courage de dire qu'il n'y aura plus de pétrole avant la fin du siècle" avait-il déclaré au moment du Grenelle de l'Environnement. Manifestement il souhaitait en profiter tant qu'il en restait.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:05

 

"Je vais vous dire qui est mon adversaire. Mon véritable adversaire.

 

Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu. Et pourtant il gouverne.

 

Cet adversaire, c'est le monde le finance."

 

La phrase allait propulser François Hollande, lors de son meeting du Bourget, vers la victoire aux présidentielles. Chacun pouvait alors imaginer que les lobbies, en particuliers ceux de l'énergie, allaient devoir compter avec le nouveau président. Quatre mois après son élection à l’Élysée, le 14 septembre 2012, il inaugurait la première des conférences environnementales dont il annonçait la reconduction chaque année. Plus fort que Sarkozy ! Il ne s'agissait surtout pas, insistait-il, de refaire un Grenelle où "l'ambition initiale a été perdue au fil du temps et une nouvelle fois l'économie a été opposée à l'écologie".

 

https://youtu.be/504-k9dBUbE

 

On n'allait pas faire dans la demi-mesure !

 

"L'enjeu, celui qui nous rassemble, c'est de faire de la France la Nation de l'excellence environnementale. C'est un impératif pour la planète. Comment admettre la dégradation continue des ressources et du patrimoine naturel du monde, comment ne pas voir les effets du réchauffement climatique qui n'est pas une opinion ou une hypothèse, mais un fait scientifique ? Comment ne pas comprendre que le creusement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres constitue à l'échelle du monde un risque majeur ? Comment rester impassible face aux atteintes irréversibles à la biodiversité ? Comment laisser croître notre dette écologique envers les autres ? La question se résume finalement ainsi : serons-nous solidaires des générations à venir ou trop cupides, trop avides pour laisser à nos enfants un fardeau encore alourdi du poids de nos égoïsmes ?"

 

L'Europe s'est engagée à réduire à l'horizon 2020 les émissions de gaz à effet de serre de 20%, à porter à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation d'énergie et à réduire la même consommation d'énergie de 20%. Insuffisant ! Je suis prêt, déclare-t-il à aller plus loin : "Une stratégie ambitieuse sur un objectif de réduction de 40% en 2030 puis de 60% en 2040, telle est la position que je défendrai dans le cadre des prochaines discussions au sein des instances européennes." A nouveau, donc, la France et son président allaient donner des leçons au monde !

 

L'excellence environnementale, version Hollande/Ayrault.

 

En mai 2012, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait nommé Nicole Bricq ministre de l’Écologie, une sénatrice connue pour son combat contre le gaz de schiste. Un signe positif vis-à-vis de ses alliés écologistes entrés au gouvernement. Mais la lune de miel n'allait pas durer longtemps. Un mois plus tard elle était débarquée. La raison : elle avait voulu geler les permis de forages pétroliers en Guyane et réformer le code minier. Immédiatement, les lobbies pétroliers, les élus guyanais et le Medef étaient montés au créneau. Elle était rapidement exfiltrée vers le ministère du commerce extérieur. Mauvais départ pour les champions de "l'excellence environnementale".

 

Pour la remplacer était nommée Delphine Batho. Elle était en place au moment de cette première conférence environnementale. Inévitablement le problème des gaz de schistes se devait d'être à l'ordre du jour :

 

"Reste le sujet des hydrocarbures non conventionnels : le gaz de schiste, qui soulève bien des passions, bien des questions. J'entends les arguments économiques, ils existent et les considérations, souvent exagérées, sur l'ampleur des gisements. Mais soyons clairs, dans l'état actuel de nos connaissances, personne, je dis bien personne, ne peut affirmer que l'exploitation des gaz et huile de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd'hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et pour l'environnement.

 

C'est pourquoi, j'ai demandé à Delphine BATHO, ministre de l'Ecologie, de prononcer - sans attendre davantage - le rejet des sept demandes de permis déposées auprès de l'Etat, et qui ont légitimement suscitées l'inquiétude dans plusieurs régions de France. S'agissant de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels, telle sera ma position durant le quinquennat."

 

Munie d'une telle feuille de route, Delphine Batho n'avait pas à hésiter : finis les gaz de schiste. Cependant la presse faisait déjà état d'informations indiquant que le gouvernement pourrait "entrouvrir la porte" à l'exploration expérimentale de gaz de schiste et qu'il pourrait "donner un gage à Total et aux industriels" en créant une commission réunissant toutes les parties prenantes, qui serait chargée de définir les conditions d'une telle exploration expérimentale. "Ce sont des spéculations imaginaires qui sont sans fondement" avait tranché Delphine Batho.

Pourtant les lobbies des énergies fossiles n'avaient pas renoncé à leur projet et restaient très actifs dans les couloirs ministériels. En juillet 2013 elle était à son tour débarquée. Officiellement pour avoir contesté publiquement le budget de son ministère. Argument peu crédible car bien avant elle d'autre ministres, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, avaient tenus des propos bien plus irrespectueux de la solidarité gouvernementale. En réalité elle dérangeait. Interrogée par le journal en ligne "Reporterre" elle s'interrogeait sur le rôle qu'avait joué sur son licenciement Philippe Crouzet, patron de l'entreprise Vallourec fortement impliquée dans le gaz de schiste, et dont l'épouse, Sylvie Hubac était directrice du cabinet du Président de la République. Elle faisait état des propos tenus par celui-ci, quinze jours avant son limogeage, devant des patrons américains, qui évoquaient déjà son départ. Rumeur largement commentée dans les milieux parisiens"bien informés".

 

 

https://www.francetvinfo.fr/politique/video-delphine-batho-poussee-a-la-demission_361584.html

 

Elle est brièvement remplacée par Philippe Martin, député du Gers, qui s'emploiera à détricoter le travail de sa prédécesseure avant d'être remplacé, le 2 avril 2014, par Ségolène Royal qui n'arrive pas au ministère avec l'intention de faire figuration. Pour frapper les esprits et se démarquer de ces écologistes antinucléaires, antipesticides, antibagnoles, il lui fallait un slogan et elle l'a trouvé : "non à l'écologie punitive". AREVA, EDF, Monsanto, Total... ne pouvaient qu'applaudir, ils n'en demandaient pas tant. Place donc à "l'écologie permissive". Même si officiellement les recherches de gaz de schiste étaient abandonnées, on apprenait que en septembre 2015 les ministres de l’Écologie, Ségolène Royal, et de l’Économie, Emmanuel Macron, accordaient trois nouveaux permis de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux en Seine-et-Marne, dans le Bas-Rhin et dans la Marne. Dans le même temps ils prolongeaient deux autres autorisations jusqu’à fin 2018, en Moselle et sur l’île de Juan de Nova, en terres australes et antarctiques françaises, entre Madagascar et le Mozambique.

 

Mais le moment fort du ministère de Ségolène Royal sera sa gestion calamiteuse de la crise de l'écotaxe. Interrogée pendant la crise des gilets jaunes, la récente "ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique" nommée à ce poste par Emmanuel Macron, ne manquait pas de rappeler son refus de cette écologie consistant à augmenter les taxes sur les carburants et en particulier le gasoil. Les médias lui rappelaient pourtant ce temps où elle se félicitait de l'augmentation de ces taxes, en particulier celles sur le gasoil. C'était en janvier 2016. Interrogée à l'assemblée nationale sur sa politique énergétique elle rappelait que, en 2015, étant ministre de l'écologie, elle avait étendu la taxe carbone à l'ensemble des produits pétrolier avec une augmentation plus importante pour le gazole que pour l'essence et une hausse supplémentaire, spécifique au gazole, de 2 centimes d'euros par litre afin de financer les investissements dans les transports propres. "Au total, concluait-elle, la hausse s'élève, pour le gasoil, à 4 centimes par litre. Cette évolution amorce une convergence entre la fiscalité du gasoil et celle de l'essence".

 

Ces "gilets jaunes", qu'elle s'emploie alors à flatter, se souviennent-ils qu'elle est la responsable de la taxe supplémentaire sur l'essence et le gasoil qui a été instaurée pour remplacer celle qu'elle avait supprimée. La fameuse "taxe poids lourds". C'est ce que nous allons leur rappeler dans les pages suivantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:04

 

 

Le 17 novembre 2016 dans la nuit, et dans un hémicycle quasiment vide, une poignée d'élus de l'assemblée nationale débattent du projet des finances 2017. Au programme l'écotaxe prévue pour s'appliquer aux poids lourds. Richard Ferrand, encore député breton du parti socialiste, prend la parole pour présenter un amendement rédigé en accord avec le gouvernement. Il affiche la mine réjouie de celui qui se prépare à sortir une bonne blague :

 

"Cet amendement, dit-il, propose de donner l'extrême onction législative à la défunte écotaxe". Et pour s'assurer que chacun a bien compris : "Voilà donc l'objet de cet amendement qui doit permettre de solder les comptes législatifs de cette funeste idée qui n'avait d'ailleurs pas prospéré"

 

Marc Le Fur, député "Les Républicains" dont le parti est à l'origine de cette écotaxe, lui-même élu breton, tient à enfoncer le clou :

 

"Il faut y mettre un terme. Ne serait-ce que pour que personne, quelles que soient les sensibilités des uns et des autres, n'ait la funeste idée de la reprendre. Donc pour clôturer cela j'accompagnerai sans difficulté mon excellent collègue et voisin Ferrand"

 

Cette scène occupe les premières images du film présenté dans l'émission "Le monde en face", sous le titre "Autopsie d'une scandale politique : l’Écotaxe".

 

Cette nuit de novembre, en catimini, les quelques députés présents enterraient l'écotaxe, une loi votée à l'unanimité huit ans au paravent et que Richard Ferrand lui même avait défendue en dénonçant les manifestations des bonnets rouges bretons qui s'y opposaient.

 

Un vieux serpent de mer.

 

L'histoire de l'écotaxe débute officiellement en 2007 avec la récente euphorie écologiste pendant la campagne présidentielle.

 

Nicolas Hulot, très courtisé, demande aux principaux candidats de signer son Pacte écologique dont une des propositions est une taxe sur les poids lourds. Une telle éco-redevance est déjà en service en Suisse, en Autriche et en Allemagne ou elle rapporte à l'état fédéral 4 milliards d'euros par an. Problème : les routiers de ces états voisins ont tendance à faire un crochet par les voies nationales françaises qui sont exemptes de cette taxe. D'où cette proposition très attendue, en particulier par les régions frontalières dont les routes sont saturées et dont l'air devient irrespirable.

 

Ségolène Royal signe de même que Nicolas Sarkozy qui, dans un meeting à Chamonix se montre très clair :

 

"Ma proposition est simple. Prélever sur le trafic de fret routier une redevance proportionnelle au nombre de kilomètres parcourus sur le réseau routier national de France"

 

Contre attaque immédiate du lobby des transporteurs et premier recul. Ils obtiennent de Sarkozy, dans le secret et avant même son élection, le principe de la répercussion de l'écotaxe sur le prix facturé au client. Ce qui revient à faire du pollué (le client final) le payeur et ne modifiera en rien la densité du transport routier.

 

 

Unanimes pour l'écotaxe poids lourds.

 

Nicolas Sarkozy est élu, place au "Grenelle de l'Environnement". Sous la pression des associations, le transport routier s'est installé dans le débat. La France ne peut faire moins que ses voisins. Nicolas Sarkozy, lors de la grande messe finale prend à témoin ses invités de marque, en particulier le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso.

 

"Je propose que l'on taxe les camions qui traversent la France et utilisent notre réseau routier. José Manuel, il n'y a aucune raison pour que la France accueille tous les camions qui évitent les routes de nos voisins. Cette taxe servira au financement des transports collectifs.... Mais je dis une chose : ce que je dis ce soir, nous le ferons."

 

Un vote de principe à l'Assemblée nationale, dans un hémicycle pour une fois plein, recueille une quasi unanimité.

 

Mais en coulisse le lobby routier se rappelle au bon souvenir du président et lui demande le respect de sa promesse de campagne : l'inscription dans la loi de la répercussion de la taxe sur le client.

 

La fronde des patrons.

 

Cette fois ce sont les chefs d'entreprises, les premiers dans la chaîne des clients, qui se mettent en mouvement. La fronde part de Bretagne. Le lobby contacte Marc Le Fur et Pierre Méhaignerie, députés de la majorité de droite. Deux semaines après le vote unanime ils présentent un amendement pour exempter la Bretagne, présentée comme périphérique. Toutes les régions sont périphériques à part l’Île de France, fait remarquer Yves Cochet, député et breton lui même. En plus, ajoute-t-il, en Bretagne les autoroutes sont gratuites. Que demander de plus ? Les députés bretons obtiennent cependant de payer 25% de moins d'écotaxe que les autres régions. "25% c'est une charité, 35% ça devient raisonnable" marchande encore Marc Le Fur.

 

Pour le lobby breton, le compte n'y est pas. Un grand rassemblement est organisé, contre la "Taxe Borloo", au péage de la Gravelle, dernier péage avant l'entrée des autoroutes gratuites en Bretagne. L'appel est lancé par les chambres de commerce et d'industrie, les chambres d'agriculture, les chambres de métiers, l'association "Produits en Bretagne", toutes regroupées dans un "Collectif des acteurs économiques contre la taxe Borloo en Bretagne". Le ministre recule et propose une exonération à hauteur de 40% pour la Bretagne. Décote portée ensuite à 50 % par un amendement de députés bretons.

 

 

Pendant ce temps l’État est passé à la réalisation. L'appel d'offre pour l'installation de portiques et leur utilisation pendant 13 ans a été remporté par la société italienne "Autostrade per l'Italia" qui créé, pour la France, sa filiale écomouv. Des boîtiers GPS permettront le contrôle des camions par 173 portiques fixes, sur 15 000km de routes nationales et départementales. La recette fiscale attendue est de 1,2 milliards, d'euros par an. 800 millions pour l’État, 160 millions pour les collectivités, 240 millions pour écomouv.

 

Le chantier prend du retard et l'élection présidentielle approche. Mieux vaut ne pas prendre de risques : la mise en œuvre est reportée à 2013 après l'élection. Pourtant un décret est signé entre les deux tours par François Fillon qui fixe la façon de reporter l'écotaxe du transporteur au client. Cadeau empoisonné laissé au successeur. Frédéric Cuvillier ministre des transports en hérite et accepte de majorer les factures de 5,2%. Les transporteurs expriment leur accord.

 

Pendant ce temps, le siège d'écomouv s'installe à Metz et les portiques apparaissent dans le paysage. C'est alors que les bretons semblent découvrir les 15 portiques qui balisent leurs routes nationales. Au même moment le secteur agroalimentaire vit une de ses crises cycliques. Crise dans la volaille avec les entreprises Doux et Tilly-sabco. Crise dans la filière porcine. Souvenons nous de la tirade de Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie et de l'industrie, au sujet des "femmes illettrées" de l'abattoir GAD. Il n'en fallait pas plus pour faire monter la température. Le député Marc le Fur n'était pas le dernier à s'y employer : "ce monsieur qui a travaillé chez Rotschild, il a sans doute jamais rencontré une ouvrière de l'agroalimentaire".

 

Bonnets rouges. Le retour.

 

La crise est inhérente au modèle productiviste breton. Pendant les périodes de vaches grasses, les plus gros, qui sont aussi les plus subventionnés, engrangent des pactoles. Derrière eux, les modestes cherchent à se placer à coup de crédits accordés par les banques qui poussent à l'investissement dans de nouveaux ateliers et de nouvelles serres. Arrive la surproduction et la chute des cours et avec elle la menace de la faillite pour ceux qui sont coincés entre les banques, les fournisseurs, les coopératives, les industries de la transformation et les grandes surfaces. Vient alors le temps des manifestations.

 

-Règle numéro un : canaliser la colère vers une cible extérieure : l'Europe, les producteurs hollandais, espagnols, ceux des pays de l'Est, le gouvernement, les écologistes. Cette fois l'écotaxe se présente comme une synthèse idéale.

 

-Règle numéro deux : ne pas faire dans la dentelle. Il faut des bâtiments saccagés, de préférence des mairies, des centres des impôts, des préfectures. Quand elles sont trop bien gardées on s'attaque aux trains, on barre les routes. Ici les portiques sont des cibles évidentes. Et cette fois, avant même les agriculteurs, ce sont les patrons de l'industrie et du commerce qui donnent le tempo.

 

Le titre d'un article du Monde,"Ces patrons à l'origine de bonnets rouges", signé par le journaliste Philippe Euzen qui connaît bien sa région, résume bien la situation. Il nous fait connaître le Comité de Convergence des Intérêts bretons (CCIB) et l'appel qu'ils lancent le 18 juin 2013 sous le nom d'Appel de Pontivy, la ville où la fine fleur du patronat breton s'est réunie pour l'occasion. "L'heure des méthodes douces est révolue, affirment-ils, pour obtenir des réponses concrètes et immédiates, il va falloir livrer bataille". Deux figures sont à l'origine de cet ordre de mobilisation. Le premier, Jakez Bernard, est patron du label "Produit en Bretagne" qui fédère 300 entreprises estampillées bretonnes. Le second est Alain Glon, ancien industriel de l'agroalimentaire et président de l'Institut de Locarn, un groupe de pression ultralibéral à la réputation sulfureuse.  L'appel est relayé par les dirigeants des grandes surfaces commerciales et un certain nombres d'industriels médiatiques. On y trouve celui du célèbre pâté Hénaff ou celui d'Armor Lux dont Arnaud Montebourg a fait connaître la marque à la France entière en portant l'une de ses marinières. Il n'y manquait plus que le syndicat agricole FNSEA et son leader finistérien, Thierry Merret, bien connu pour les actions musclées de ses troupes.

 

Le 2 août 2013, un premier portique est abattu à Guiclan, sur la RN 12 qui relie Brest à Rennes. Aucune réaction de l’État sinon l'annonce d'un report de la mise en service du dispositif au 1er janvier 2014. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Un deuxième rassemblement est annoncé le 12 octobre 2013, à Pont de Buis, entre Brest et Quimper. Cette fois la mise en scène est soignée. Christian Troadec, maire de Carhaix, ville célèbre pour son festival des Vieilles Charrues, se souvient que c'est de sa ville qu'est partie la célèbre révolte bretonne de 1675 ayant eu pour point de départ les taxes que Louis XIV voulait imposer à la Bretagne. Révolte rapidement transformée en une lutte contre la noblesse locale. Révolte populaire dont les "codes paysans", ont préfiguré, un siècle plus tôt, les cahiers de doléance de la révolution de 1789. Ces révoltés se reconnaissaient à leur bonnet rouge traditionnel dans cette région du Poher. Le souvenir de la révolte de ces premiers "bonnets rouges" est restée vivace en Bretagne.

 

D'où l'idée d'exploiter cette référence. Thierry Merret explique :

 

 

"j'ai appelé Jean Guy le Floch d'Armor lux. Écoute j'ai besoin de 900 et quelques bonnets rouges est-ce que tu peux me les faire pour le samedi 26". Effectivement, le samedi 26 octobre 2013 un millier de bonnets rouges coiffent les manifestants qui sont au rendez vous. Les bonnets rouges de 1675 s'attaquaient aux châteaux, faute de mieux on s'attaquera aux portiques. L'affrontement avec les forces de police est violent. Comme à Malville, comme à Plogoff, comme à Sivens, les grenades offensives entrent en actions. Un manifestant veut relancer celle qui est tombée au sol, il a la main arrachée.

 

Le Drian entre en scène.

 

Cette fois l'affaire est prise au sérieux et c'est Jean Yves Le Drian qui reçoit une délégation au ministère de la défense. Elle est menée par Christian Troadec.

 

 

Celui-ci a choisi de s'afficher politiquement comme le nouveau leader du mouvement breton. Pourquoi une rencontre chez le ministre de la défense, à priori pas concerné par ces problèmes de taxes et de transports ? L'ancien président de la Région Bretagne qui se flatte d'être le seul a avoir refusé toute alliance avec les écologistes aux élections de 2015 est connu pour être adulé par les plus grandes fortunes bretonnes organisées dans un des lobbies les mieux structurés d'Europe. La porte de son bureau au ministère leur est grande ouverte.

 

Cécile Duflot, alors ministre du logement a gardé en mémoire un conseil des ministres. Frédéric Cuvillier, ministre des transport y faisait remarquer à Jean Yves Le Drian que les problèmes de l'agriculture bretonne n'avaient rien à voir avec l'écotaxe.

 

 

"En gros, se souvient-elle, il répondait au ministre, non pas de la défense mais de la Bretagne, qui systématiquement se mêle de ce sujet. C'était son sujet de prédilection, la Bretagne, les sujets bretons, sur à peu près toutes les questions. Ça crée une ambiance un peu particulière parce que il y a une espèce d'opération de lobbying qui de fait, et on le verra de plus en plus, n'est pas un lobbying pour les entreprises de transport de la Bretagne, mais pour les gros chargeurs dont les entreprises agroalimentaires bretonnes". C'est le moment, dit-elle, où elle sent que tout bascule concernant l'écotaxe et qu'elle mesure le poids de la Bretagne avec un grand B à travers ses ministres et députés bretons.

 

Elle ne s'est pas trompée. Le week-end d'échanges chez Le Drian se termine par la décision de report sine die de l'écotaxe. Ce qui sera rendu officiel par Jean Marc Ayrault le 29 octobre 2013. Le député le Fur s'en amuse : "quand on annonce la suspension d'une réforme on n'ose pas dire qu'on la supprime … à partir de ce moment là j'ai compris que c'était gagné"

 

Le début de la fin.

 

Tout naturellement, les meneurs patronaux et agricoles, eux aussi, ont compris que la victoire est proche. Pour obtenir la suppression pure et simple de la mesure, les manifestations doivent monter d'un cran. Cette fois c'est à la préfecture qu'il faut se faire entendre. La manifestation est prévue pour le 2 novembre à Quimper. A cette date, dans une ville en état de siège, ils sont plus de 20 000. Les drapeaux "gwen ha du" flottent au dessus d'une marée de bonnets rouges. Qu'on ne parle pas d'un report de l'écotaxe il faut obtenir sa disparition. Naturellement la journée se termine par une guérilla urbaine.

 

 

Eric Cuvillier, le ministre des transports le constate "tout était devenu incontrôlable et irraisonnable". A l'assemblée la droite attaque en règle la suspension et demande la suppression immédiate. "L'écotaxe c'est vous qui l'avez décidée, alors un peu de courage et de dignité si vous voulez être respectés par les françaises et les français" leur répond Jean Marc Ayrault.

 

Début Novembre 2013. Ségolène royal présidente de Poitou Charente s'emploie à jeter de l'huile sur le feu : "Tout n'est pas négatif dans cette révolte citoyenne. Moi je préfère toujours des peuples qui sont en mouvement que des peuples apathiques et qui se disent on n'a plus rien à faire ni même à revendiquer. La vue des bretons, il y a quelque chose qui est quand même assez réconfortant parce qu'il y a une identité régionale forte, parce qu'il y a une mesure totalement absurde"

 

 

Pendant ce temps les derniers portiques bretons sont détruits mais aussi les radars. Résultat ? Les représentants du mouvement sont reçus pour négocier une sortie politique. Un Pacte d'Avenir pour la Bretagne leur allouera 2 milliards d'euros dont la moitié destinée au secteur agroalimentaire. Une façon de nous acheter, diront les plus radicaux, qui ne devraient pourtant pas oublier que c'est ainsi, en espèces sonnantes et trébuchantes, que se terminent généralement les "crises" bretonnes de l'agroalimentaire.

 

Quant au projet, le ministre Cuvillier n'arrive pas à croire que quelqu'un puisse avoir l'idée de l'arrêter : "est-ce que les français vont accepter que nous puissions sacrifier 800 millions d'euros pour dénoncer un contrat qui a été signé par un autre gouvernement".

 

Des députés décident de prendre le relais d'un gouvernement défaillant. Une mission d'information parlementaire est décidée. Sur les 50 députés qui la composent 1/3 sont bretons. "j'ai bien senti que l'objectif des députés bretons était l'exonération des routes bretonnes", devait déclarer son président. Au même moment Ségolène Royal est nommée ministre de l'environnement du gouvernement Vals.

 

L'écologie punitive version Ségolène Royal.

 

Dès le lendemain la nouvelle ministre prend tout le monde à contre pied. Elle déclare son opposition au principe même de la taxe au nom de son slogan devenu son image de marque : "l'écologie ne doit pas être punitive". La Fédération Nature Environnement (FNE), qui regroupe l'essentiel des associations environnementales, est consternée : "le message qu'elle a passé à la société est vraiment un message très négatif". Pour Cécile Duflot "elle a dit n'importe quoi. Ce n'est pas une fiscalité punitive c'est une fiscalité écologique qui vise à faire en sorte qu'on ne gaspille pas du gazoil sur les routes pour des marchandises qui font des trajets inutiles ou qui pourraient le faire sur des trains. Voilà c'est aussi simple que cela. "

 

Le 23 juin 2014 Ségolène Royal, mesurant la difficulté de la rupture du contrat avec écomouv, présente une nouvelle mouture qui ne reprend rien des propositions de la commission parlementaire. La taxe change de nom et devient le "péage transit poids lourds". C'est le même dispositif mais réduit à quelques axes très fréquentés par les poids lourds. Encore une fois le patrons routiers montent au créneau : "cette deuxième mouture de l'écotaxe a concentré, démultiplié, tous les défauts de la première mouture" estiment-ils. Ils annoncent leur intention de manifester à l'automne 2014 si maintien. Octobre 2014 Ségolène royal retire son dispositif. Encore une fois : sine die...

 

 

Les salariés de écomouv sont sidérés. Pour beaucoup d'entre eux c'était la sortie d'une longue période de chômage. Il obtiennent d'être reçus au ministère des transports et c'est dans la salle même de la réunion qu'ils apprennent que la résiliation du contrat qui lie l’État à leur entreprise vient d'être annoncée au Sénat. Bilan : 190 employés licenciés, 150 douaniers réaffectés. L’État doit verser 958 millions d'euros d'indemnités auxquels s'ajoutent 300 millions réclamés par les sous traitants qui ont fabriqué les boîtiers des camions. Facture totale 1,2 milliards d'euros.

 

Le budget de l'AFIS (agence de financement des infrastructures), qui comptait sur les recettes de l'écotaxe, est asséché. 120 projets sont privés du financement partiel de l'écotaxe et sont menacés. Pour y répondre, Alain Vidalis secrétaire d'état aux transports annonce, le 16 octobre 2014, une taxe de 2 centimes sur le gasoil. Les payeurs ne sont plus les mêmes, les particuliers seront les premiers taxés mais pas les camions étrangers qui ne font pas le plein en France. Les transports routiers continueront à polluer. Les transports collectifs, alternative à la voiture individuelle, attendront encore leur financement. Toute cette histoire se terminera donc par une nouvelle taxe qui visera en premiers lieu ces automobilistes qui n'ont pas d'autre moyen de transport que leur voiture. Une punition collective.

 

La réforme n'avait été que reportée sine die. Il fallait l'enterrer définitivement. C'est ainsi que Richard Ferrand, dans la nuit du 17 novembre 2016 se faisait un plaisir de lui faire donner l'extrême onction.

 

"Un gâchis patrimonial, social et industriel".

 

Quel est l'écologiste en colère qui parle ainsi de l'affaire de l'écotaxe ? L'appréciation est des très sérieux magistrats de la Cour des Comptes dans leur rapport publié en octobre 2017 sous le titre "L’écotaxe poids lourds : un échec stratégique, un abandon coûteux". Le rapport mérite une lecture totale. Contentons nous de quelques extraits :

 

La ministre est personnellement épinglée :

 

"La ministre chargée de l’écologie a réuni, le 9 octobre 2014, les organisations professionnelles de transporteurs routiers pour constater l’échec du péage de transit et pour annoncer sa suspension sine die. Cette nouvelle décision n’a pas été davantage préparée que la précédente, un an plus tôt."

 

Et la Cour des Comptes de chiffrer les pertes pour l’État : une perte de recettes de10 milliards d'euros sur la durée du contrat à laquelle il faut ajouter le milliard d'euros de dédommagement pour écomouv et ses partenaires. Quant à l'appréciation plus générale :

 

"Une occasion manquée de mettre en place un instrument pertinent de politique des transports. L’abandon de l’écotaxe poids lourds laisse sans réponse les constats économiques et les objectifs qui avaient présidé à sa conception :

 

. transférer le financement de charges d’infrastructures du contribuable vers l’usager

 

. faire contribuer les poids lourds étrangers à hauteur de leur usage du réseau routier français

 

. réduire l’écart de coûts entre le transport routier de marchandises et les autres modes pour inciter au report modal du trafic de transit notamment vers le fret ferroviaire.

 

Outre l’effet de report attendu vers des modes de transport alternatifs, l’écotaxe poids lourds pouvait constituer, à terme, un outil efficace de fiscalité environnementale, en incluant progressivement dans son barème le coût des externalités négatives produites par le transport routier de marchandises".

 

Et en guise de conclusion :

 

"Coûteux pour les finances publiques et dommageable pour la cohérence de la politique des transports et son financement, l’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un gâchis". Ou encore : "L’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un échec de politique publique dont les conséquences sont probablement très durables."

 

Conséquence très durables ? Ces magistrats annonçaient-ils déjà la révolte des gilets jaunes ?

 

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:03

 

 

LA COP21, comme le Grenelle de Nicolas Sarkozy, est un repère dans la liste des grandes mises en scène environnementales. Une "COP" c'est une "Conférence des Parties" à la Convention de l’Onu sur le climat qui s'est tenue en 1992 à Rio. Pendant deux semaines, les COP rassemblent les 195 États ayant ratifié la Convention. Ils sont supposés y négocier, y adopter des décisions, et veiller à leur suivi. Les COP ont lieu chaque année depuis l’adoption de la Convention Climat, et toujours en novembre-décembre.


 

Sur proposition de la France, Paris a été choisi pour la tenue, en 2015, de la 21ème COP, la"COP 21". D'entrée de jeu, François Hollande veut en faire un événement qui marquera les esprits. Pour la préparer, fin novembre 2014, il réunit une "Conférence environnementale". Ces conférences font suite au "Grenelle de l'environnement" et doivent se réunir chaque année. Celle de 2014 est la troisième. François Hollande a décidé de frapper un grand coup : la conférence se tiendra sous les ors de la république : à l'Elysée.

 


https://www.youtube.com/watch?v=504-k9dBUbE

Avant la COP 21.


 

"C'est la troisième conférence environnementale, c'est la première fois qu'elle se tient ici à l'Elysée", déclare-t-il en introduction à son discours d'ouverture. "Elle marque donc la volonté qui est la mienne, qui est celle de l'État, de faire de l'environnement non pas simplement une cause nationale, mais un enjeu européen et mondial.

C'est la tradition de la France de porter un message universel. Longtemps, elle a pensé que c'était sur les droits de l'Homme et les droits économiques qu'elle pouvait faire entendre sa voix. Aujourd'hui, consciente des risques et des menaces, la France veut être exemplaire."

Et pour poursuivre sur le même ton cocardier :

"La France doit être et doit porter un modèle[.]. Ce modèle, c'est celui de la transition, c'est-à-dire de la réconciliation entre le présent et l'avenir, entre la précaution et l'innovation, entre l'environnement et l'économie, entre les ressources naturelles et l'agriculture, entre le local et le mondial."

Suit, la liste habituelle des vœux pieux : la jeunesse à écouter (avec une évocation de la mort de Rémi Fraisse à Sivens), la démocratie participative, la simplification administrative, la participation des citoyens, l'école et l'éducation à l'environnement, la biodiversité, la lutte contre la pollution de l'air, la santé... Suivie d'une série d'annonces sur la future loi de transition vers la "nouvelle France énergétique".

La conclusion du discours est dans la tonalité du début :

"Il y a près de 70 ans, c'était le 10 décembre 1948, la France accueillait les Nations-Unies au Palais de Chaillot pour adopter la Déclaration universelle des droits de l'Homme. L'année prochaine, à Paris, la France va accueillir tous les pays du monde pour une nouvelle étape des droits humains. Après les droits de la personne, nous allons poser les droits de l'Humanité, c'est-à-dire le droit pour tous les habitants de la Terre à vivre dans un monde dont le futur n'est pas compromis par l'irresponsabilité du présent. "

La France nouveau pays des droits de l'Humanité, la France exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Comment son président pouvait-il feindre d'ignorer, que deux mois plus tôt, sa ministre de l'écologie, Ségolène Royal, venait d'annoncer l'abandon de la taxe poids lourds, seule mesure rescapée du Grenelle de l'Environnement.

Moins d'un an plus tard, le 29 septembre 2015, à quelques semaines du lancement de la COP 21, Ségolène Royal, ministre de l'écologie, et Emmanuel Macron, ministre de l'économie, faisaient paraître, au journal officiel, trois arrêtés octroyant trois nouveaux permis exclusifs pour la recherche, en France, d’hydrocarbures liquides ou gazeux aux entreprises Vermilion, Lundin et Bluebach.

"Je me félicite maintenant que beaucoup de pays veulent être leaders en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Sur le plan verbal, il y a compétition ! Sur le plan des engagements, ce sera à voir." avait glissé François Hollande dans son discours, comme un défi à ceux qui oseraient parler pour ne rien faire. Effectivement sur le plan verbal, il n'y avait aucun doute, François Hollande venait de remporter la palme d'or.


 

COP21. Le grand jour.

Sur le plan de la mise en scène, l'événement est réussi. En ce décembre 2015, 150 chefs d'Etat sont présents sur le site du Bourget en présence du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon et de la secrétaire exécutive de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique Christiana Figueres. Laurent Fabius, ministre des Affaires Etrangères, assurant la présidence. Cette fois François Hollande a la sagesse de ne pas refaire le coup de "la France et son message universel" mais il ne résiste pas au plaisir de rappeler que c'est à son appel que la planète s'est rassemblée à Paris !

 

"Aujourd’hui, la France accueille le monde entier. 150 chefs d’Etat et de gouvernement. Et des milliers de délégués venus de tous les continents. Jamais une conférence n’avait accueilli autant d’autorités, venues d’autant de pays. Jamais l’enjeu d’une réunion internationale n’avait été aussi élevé puisqu’il s’agit de l’avenir de la planète, l’avenir de la vie".

 

https://youtu.be/XQjv8VLIgDw

La suite du discours est dans le droit fil de toutes ces conventions, colloques, conférences... où on déroule la liste des malheurs qui nous attendent. François Hollande rappelle que 2015 avait été une année de records : "record de température, record de concentration de CO2 dans l’atmosphère, record du nombre d’événements climatiques extrêmes, sécheresse, inondations, cyclones, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, acidification des océans. Les victimes de ces phénomènes se comptent par millions, et les dommages matériels par milliards."

Et puisque la règle veut que l'on dramatise à l'extrême :

"Le réchauffement annonce des conflits comme la nuée porte l’orage. Il provoque des migrations qui jettent sur les routes plus de réfugiés que n’en génèrent les guerres. Des Etats risquent de ne pas pouvoir satisfaire les besoins vitaux de leurs populations avec des risques de famine, d’exode rural massif et d’affrontement pour accéder à l’eau. Bref ce qui est en cause une fois encore, c’est la paix."

Comment ne pas s'engager devant le monde entier après un tel plaidoyer ? Pourtant, derrière la façade d'unanimité chacun tente d'en promettre le moins possible. Le vendredi 11 décembre, veille de la clôture de la COP, Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République, entre dans l’une des salles de presse. La mine est sombre. Dans la nuit, il avait eu le loisir de décortiquer la dernière version du texte qui doit servir de base à l’accord de Paris sur le climat. Les insuffisances et les blocages sont légion dans la dernière ligne droite. Il menace :  "Si les chefs d’Etat n’ouvrent pas le chemin, attention, leurs peuples le feront à leur place. Prenons garde à ce que la tentation du fatalisme ne nous conduise pas au fanatisme".

Le samedi 12 décembre, après une longue nuit, Laurent Fabius peut enfin faire sonner son marteau sur la table de la tribune. Les délégués des 195 états présents on adopté la déclaration finale les engageant à prendre les mesures nécessaires pour limiter à 2°C l'augmentation de la température du globe par rapport à l'ère préindustrielle. Un engagement qui n'a aucune valeur contraignante et que les principaux pollueurs savent déjà ne pas tenir. En effet, les contributions additionnées des premiers pays qui les avaient déposées amenaient déjà à un réchauffement probable de 3°C avant la fin du siècle c'est à dire à l'emballement irréversible prévu par les experts du GIEC. Personne ne pouvait d'ailleurs oublier que cette COP 21 était largement sponsorisée par les lobbies de l'énergie et des transports routiers et aériens : Engie (ex GDF Suez), EDF, Renault Nissan, Air France... et qu'ils y ont été à la fois très visibles et très influents !

 

En marge des débats, les représentants des pays qui se savaient les plus menacés, membres du partenariat créé en 2009 sous le nom de "Climate Vulnerable Forum (CVF)", s'étaient réunis pour rédiger en commun la "Déclaration de Manille-Paris". Remarquant que la limitation à 2°C exposerait toujours plus d'un milliard de personnes à la hausse du niveau des mers ainsi qu'à d'autres effets catastrophiques sur l'environnement, ils fixaient à 1,5°C le maximum acceptable pour limiter les effets dévastateurs du réchauffement qu'ils subissent déjà. Cela signifiait de s'engager à une véritable rupture : réduire de 70 à 95% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau actuel à l'horizon 2050 !

Que penser de la phrase de la déclaration finale et qui prévoyait de "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C" ? Rajoutée au dernier moment pour permettre aux délégations des pays menacés d'un désastre immédiat de "rentrer chez elles la tête haute", elle ne trompait personne, et en particulier les intéressés.

Deux ans après la COP21. 2017 en France.

La France qui, depuis la COP 21, s'affichait comme le champion mondial de la lutte contre le changement climatique se devrait d'être la première à suivre ses engagements. Et pourtant, l'observatoire Climat-énergie publiait un bilan éclairant : une augmentation de l'émission de CO2 de 6,7% par rapport à l'engagement de la France en 2015 à la COP21. "Est-ce que nous avons commencé à réduire notre émission de gaz à effet de serre ? La réponse est non ! " devait déclarer Nicolas Hulot en démissionnant, fin août 2018, d'un gouvernement dans lequel il avait servi de caution écologique. Au même moment le président de la république française, Emmanuel Macron, se voyait décerner le titre de "Champion de la Terre" par l'ONU en raison de son action en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Faut-il se contenter d'en sourire ?

 

Corée, Octobre 2018 : "on est maintenant à la croisée des chemins".

 

Les délégués des États de l’ONU, réunis à Incheon en Corée du Sud à partir du lundi 1er octobre 2018, ont eu à se pencher sur le dernier rapport des scientifiques du Giec consacré à la montée des dérèglements climatiques et au retard pris pour les contrer.

 

Ce texte, soumis à leur approbation, a été élaboré à partir de 6.000 études scientifiques. C’est à la COP21 à Paris fin 2015 que l’ONU avait chargé son Groupe des experts du Giec de produire un rapport sur l’objectif 1,5°C arraché en dernière minute par les états les plus vulnérables. "Il y a trois ans il n’y avait pas beaucoup de littérature scientifique sur un réchauffement à 1,5°C" devait expliquer Jim Skea, professeur à l’Imperial College de Londres et co-président du Giec.

 

Le rapport de 400 pages constatait un impact important dès une augmentation de 1,5°C de réchauffement. Le risque d'inondations fluviales pourrait augmenter de 100 % (le double de la fréquence actuelle). 46 millions de personnes seraient menacées par l'élévation du niveau de la mer qui pourrait atteindre 48cm en 2100. Avec un demi-degré de plus, deux fois plus d'hommes, de femmes et d'enfants seraient privés d'eau, y compris en Europe. De nouvelles sécheresses toucheraient environ 60 millions de personnes supplémentaires dans le monde. L'élévation de la température alliée à l'humidité de l'air rendrait invivable de larges régions de la Planète.

 

L'augmentation de la température est déjà de 1°C et augmente de 0,2°C par décennie. Stabiliser à 1,5°C est donc une exigence. Pour autant, est-il encore faisable de rester à 1,5°C alors que 2017 a vu les émissions mondiales repartir à la hausse ? Cela signifierait que notre consommation d’énergie finale devra être réduite de 40% au niveau mondial. L’agriculture devrait réduire de moitié ses émissions de méthane (élevage et riziculture) et des deux tiers ses rejets de protoxyde d’azote (engrais azotés). Réaliste ? "On ne donne pas de réponse simple", prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a co-présidé cette session. Mais ajoute-t-elle, "on est maintenant à la croisée des chemins. Regarder 1,5 °C, c’est regarder ce qui va nous arriver, dans notre vie, pas à la génération suivante".

 

Pourtant comme le remarque le sociologue Stefan Aykut de l'Université de Hambourg, les climatologues, pour ne pas tuer l'espoir, proposent des scénarios qu'ils présentent comme étant encore scientifiquement et techniquement faisables. Pourtant dit-il, "lorsqu'on regarde la vitesse avec laquelle les émissions doivent décroître pour maintenir le climat sous le seuil de 1,5°C, on voit que l'exercice est complètement déconnecté des réalités politiques et économiques du monde". Même constat chez le climatologue Hervé le Treut : "Si nous voulons encore stabiliser le réchauffement à 1,5 °C, nous devons immédiatement engager des efforts colossaux. Des efforts qui pourront ne pas plaire à tous les acteurs de nos sociétés".

 

Quand des scientifiques laissent parler leur cœur.

 

A l'évidence, ce dernier rapport a révélé aux scientifiques eux-mêmes l'étendue de la catastrophe prévisible. Pour ne pas décourager ou démobiliser ceux et celles qui leur font confiance, ils préfèrent taire les pensées et les émotions qu'ils ne peuvent refouler quand ils quittent leur laboratoire. Pourtant, plusieurs d'entre eux interrogés, par la chaîne "France Info", au moment où elles et ils allaient publier leurs résultats, laissent parler le langage du cœur.

 

"C'est sans doute la période la plus difficile que j'ai vécue dans mon travail" constate Andrew Rosenberg, biologiste marin américain et directeur du Centre pour la science et la démocratie au sein de l'Union des scientifiques inquiets. "On a l'impression d'être toujours annonciateurs de mauvaises nouvelles. En tant que citoyen, j'y crois plus trop en fait, je ne crois plus au fait qu'on va arriver à lutter contre le changement climatique et à éviter ce qu'on prédit", déplore Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). "C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps" confie Valérie Masson-Demotte, chercheuse en sciences du climat au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de Paris-Saclay.

 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-on-a-l-impression-d-etre-annonciateur-de-mauvaises-nouvelles-des-climatologues-racontent-leur-quotidien_2956509.html

 

 

Tous déplorent un manque d'action de la part des pouvoirs publics.

 

"Depuis une trentaine d'années, rapport après rapport, les scientifiques montrent le changement climatique. A l'échelle globale, rien ne se passe", regrette Gilles Ramstein, directeur de recherche au CEA. "En tant que climatologue, on parle souvent des conséquences pour la fin du XXIe siècle et ça paraît loin. Finalement il y a peu de personnes qui s’intéressent ou qui veulent prendre des responsabilités sur un temps aussi long", explique Françoise Vimeux climatologue à l'IRD.

 

N'est-ce pas Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie belge et ancien vice-président du GIEC qui résume le mieux le sentiment général de ses collègues. "On n'a pas arrêté de lancer l'alerte ! Face à ça, il y a un manque d'action, d'ambition. Il y a une très grande frustration de voir qu'alors que l'on sait que le climat se dégrade, les décideurs et les citoyens n'agissent pas suffisamment".

 

 

 

 


 


 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:03

 

 

1er juin 2017. Il fallait une phrase au nouveau président de la république pour marquer le premier mois de son quinquennat. Donald Trump et son "Make America great again", en décidant de quitter l'accord de Paris, l'a soufflée à Emmanuel Macron : "Make our planet great again". Et pour bien marquer la portée du défi adressé au président de la première puissance mondiale, la déclaration était assortie d'un appel à la résistance, inspiré de celui de Londres du 18 juin 1940, invitant les chercheurs, les enseignants, les entrepreneurs, les associations, les O.N.G, les étudiants et toute la société civile américaine, à se mobiliser et à rejoindre la France, leur nouvelle patrie, pour mener la lutte contre le réchauffement climatique.

 

https://youtu.be/LUAGNeKpzBE

 

 

Bonn, COP23, 15 novembre 2017.

 

Après la défection des USA, la COP23, qui allait se tenir à Bonn, allait être une nouvelle occasion, pour le président français, de peaufiner son image. Le discours du nouveau champion du climat y est attendu. Après l'inévitable introduction sur le seuil de l’irréversible déjà franchi, sur les événements climatiques qui s’intensifient et se multiplient, sur les équilibres de la planète prêts à rompre, sur le réchauffement des océans, la disparition de nombreuses espèces menacées, vient le moment de rappeler l'accord de Paris et les responsabilités que prendraient celles et ceux qui ne s'y tiendraient pas, en particulier vis à vis des peuples les plus menacés. Alors que l'objectif de l'accord est de se limiter à 1,5 degré d'augmentation de la température en 2100, chacun peut constater que les engagements actuels des états amèneraient cette augmentation à plus de 3 degrés. Si nous continuons comme nous le faisons aujourd’hui, déclare Emmanuel Macron, "cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici la disparition d’un bon nombre des populations ici représentées. Qu’à horizon 2100 nous acceptons aujourd’hui tacitement que nombre de peuples qui sont là représentés disparaîtront. Nous n’y sommes pas prêts."

 

 

https://youtu.be/bStlHPP5uoU

 

Toujours la même obsession : La France modèle !


 

"Pour ce qui relève de la France, nous devons accélérer cette transformation avec une obsession, celle de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, nous nous sommes engagés durant les derniers mois - et ce fut l'engagement ferme au sein de mon gouvernement du ministre d’État Nicolas Hulot – nous nous sommes engagés clairement pour une sortie de la production des énergies fossiles et une vraie transformation de notre modèle de production.


 

Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l'absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l'Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l'interdiction de tout nouveau permis d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures dans notre pays.


 

C’est la première fois qu'un pays développé décide pour son propre territoire d'une telle politique ; nous l'assumons parce que c'est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée."


 

Un obsession, réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? Le premier bilan fait sur l'application de l'accord de Paris par le ministère de Nicolas Hulot montrait que, dès 2016, la France avait dépassé de 3,6% ses objectifs. Les transports et l'agriculture étaient les principaux responsables de cette augmentation et, connaissant le poids des lobbies dans ces secteurs, rien ne semblait indiquer que la tendance allait s'inverser.


 

Sortir de la production des énergies fossiles ? En octobre 2018, le préfet de Guyane signait un arrêté autorisant Total à mener des travaux d'exploration dans les eaux territoriales de Guyane. Difficile d'imaginer que le gouvernement n'avait pas donné un feu vert.


 

Limiter l'importation d'énergies fossiles ? La France qui a interdit l'exploitation du gaz de schiste sur son territoire a commencé à en importer massivement et en toute discrétion des USA depuis fin 2018. Pendant que Total, le fleuron français, se prépare à exploiter un vaste gisement de gaz de schiste en Argentine.


 

Ne plus construire de centrale thermique ? Les habitants de la commune de Landivisiau en Bretagne ont retenu la phrase et pourtant c'est bien contre un projet de construction, subventionnée par l'Etat, d'une centrale électrique à gaz de 450Mw, par Total-Direct Énergie, qu'ils se battent depuis déjà plus de sept ans. Nous en reparlerons.

 

http://histoires-de-sciences.over-blog.fr/2019/08/jean-yves-le-drian-et-le-triskell-electrique.html

 

 

En parler plus pour en faire moins.


 

La liste serait trop longue des interventions et décisions de Emmanuel macron destinées à soigner l'image de "champion de la Terre" qui lui a été décernée par l'ONU après ce "One Planet sumnit" tenu à Paris en décembre 2017 et dont plus personne ne se souvient des résultats.


 

Nous voilà en guerre ? Trois jours avant les élections européennes, on découvre la création d'un "conseil de défense écologique" qui devrait réunir le Premier ministre, les principaux ministres et les grands opérateurs de l’État. Avec en première ligne le président lui-même. Le Conseil aura pour mission de définir les orientations en matière de transition écologique, "et notamment de lutte contre le changement climatique, de préservation de la biodiversité et de protection des milieux et ressources naturels" . Et alors ? Quoi de neuf ? N'est-ce pas déjà le rôle du conseil des ministres. Celui en charge de l'écologie n'y est-il pas ministre d’État ?


 

Nouvelle annonce : une "conférence citoyenne sur le climat". 150 citoyennes et citoyens tirés au sort et qui "auront pour mission de proposer une série de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique". Encore une excellente façon de détourner l'attention. Elle va occuper les médias pendant plusieurs mois. Les simples commentaires sur la méthode du tirage au sort, suivis du trombinoscope des sélectionnés, vaudront des pages dans la presse et des heures à la télévision. Il est certain que les députées et députés qui constituent l'actuelle majorité, et dont ce serait le rôle, n'ont pas fait la preuve de leur capacité à se saisir du problème mais qui peut penser que de la réunion des "150" sortira le nouveau serment du jeu de paume annonçant une future révolution climatique.


 

Et voilà qu'arrive, en supplément, un "Haut Conseil pour le Climat". Cette fois les membres qui le composent sont reconnus pour leur compétence et leur engagement. La présidente, la climatologue Corinne Le Quéré professeure de sciences du changement climatique à l'université de East Anglia, est considérée comme une référence internationale. On y note également Valérie Masson-Delmotte coprésidente du groupe n°1 du GIEC citée par la revue scientifique Nature parmi les dix personnalités qui ont le plus compté en 2018. Manifestement leur parole est libre et leur premier rapport, qui a été remis au gouvernement en juin 2019, devrait amener notre président à plus d'humilité quant il rappelle l'accord de Paris dans les conférences internationales.


 

Urgence climatique : la France en retard sur ses objectifs.


 

Les émissions liées aux transports n’ont pas diminué depuis 10 ans et les émissions provenant des bâtiments ont diminué trois fois moins vite que ce qui avait été anticipé. Résultat : La baisse annuelle des émissions de 1,1% sur cette période est près de deux fois moindre que l’objectif fixé. Ce rythme devra tripler d’ici 2025 si la France veut respecter ses engagements de neutralité carbone.


 

Le titre du rapport est sans ambiguïté : " Agir en cohérence avec les ambitions". Quant au sous-titre, il résume l'ensemble du constat : "Urgence climatique : la France en retard sur ses objectifs". "L’urgence imposée par la crise climatique demande d’agir vite et en profondeur", déclare Corinne Le Quéré, la présidente. "Les engagements de la France sont ambitieux, mais, au rythme actuel de mise en œuvre, ils ont peu de chance d’être tenus. Tant que l’action en réponse au changement climatique restera à la périphérie des politiques publiques, la France n’aura aucune chance d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour cela, il faut que les mesures pour réduire les émissions deviennent une priorité nationale, et qu’elles entrent au cœur des décisions des acteurs publics et privés."


Parmi les recommandations du rapport : "Plus de cohérence dans l’action. Utiliser plus vigoureusement les instruments des politiques climatiques : taxes, quotas, normes, subventions. Le bas-carbone, c’est une exigence d’efficacité, de transparence, et de justice. Agir en profondeur dès maintenant. Les efforts marginaux sont insuffisants. La neutralité carbone, c’est des réformes structurelles dans tous les secteurs (transports, énergie, bâtiments, agriculture, et aussi éducation/formation)."


 

Et pourtant, dans le même temps, Emmanuel macron est au G20 à Osaka et il ose encore s'y afficher comme le défenseur résolu d'un accord de Paris auquel plus personne ne croit : Il y a beaucoup de gens maintenant qui ne veulent plus signer des communiqués en G7 ou en G20 parce qu’il y a des lignes rouges, déclare-t-il. Moi, j’en ai une : si on ne parle pas de l’accord de Paris et si pour se mettre d’accord dans une salle à vingt on n’est plus capables de défendre l’ambition climatique, ce sera sans la France. C’est simple ".


 

Piètre résultat de cette colère simulée, le communiqué final signé à 19, sans les USA, fait simplement mention de "l'irréversibilité" de l'accord. Ce qui à l'évidence n'engage plus personne, et en premier lieu son principal promoteur. Celui-ci ne manquera pas pourtant de se faire gloire de cette "victoire". Un an plus tôt, Nicolas Hulot, déclarant ne plus vouloir se mentir, avait démissionné en grand fracas du gouvernement. C'est certain, il n'avait pas compris que le mensonge diplomatique est le b.a.ba du discours politique.


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

 

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