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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:02

Par Gérard Borvon.

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Un remarquable reportage de FR3 Franche-Comté.

 

Rhodiacéta : "Tant que les murs tiennent"

Une friche à l’oubli à l'entrée de la ville de Besançon (Doubs). Abandonnée depuis plus de 30 ans, elle attire graffeurs et historiens. Autrefois lieu de travail, aujourd'hui lieu d'expression, l'ancienne filature Rhône-Poulenc continue à fasciner les hommes.

  • Par Sophie Courageot
  • Publié le 29/03/2016 | 15:09 , mis à jour le 05/04/2016 | 12:05

 

© Marc Perroud - Vie des Hauts production L'intérieur de la friche de la Rhodiaceta à Besançon

 

Rhodiacéta 1967 : une filature en plein essor. Des grèves, une occupation de l’usine. Le cinéma ouvrier des groupes Medvedkine est né. Les ouvriers militent, et prennent la parole, racontent leur histoire, leur époque, leurs rêves. Une guérilla culturelle s’organise.

La démolition de ce qui fut une usine est proche, avec elle s'éloignent les mots, les souvenirs, les émotions des hommes et des femmes qui y ont travaillé quelques années parfois, toute une vie souvent. La fierté et la révolte s'y sont côtoyés: fierté du travail bien fait, de l'argent durement gagné, la révolte, le combat, les luttes pour un monde à réinventer.

 

 

Tant que les murs tiennent

 

Lundi 4 avril à 23h25

 

  • Documentaire 52 min
  • Réalisé par Marc Perroud
  • Une coproduction Vie des Hauts Production - France Télévisions

 

 

 

Extrait de "Tant que les murs tiennent"

La friche de la Rhodiaceta est interdite au public. Les graffeurs s'y risquent pourtant pour excercer leur art. Ils sont régulièrement délogés par la police. Un documentaire de Marc Perroud et une coproduction Vie des Hauts Production - France Télévisions

Un grand format numérique pour aller plus loin

 

 

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Voir aussi

 

Le militant ouvrier et l'aristocrate. Quand Charles Tillon rendait hommage à Hilaire de Chardonnet.

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Gérard Borvon - dans Documents
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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 08:07

Par Gérard Borvon.

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On connaît Yan' Dargent comme peintre. C'est pourtant comme illustrateur qu'il exprime tout son talent, en particulier dans le domaine des sciences. Chaque dessin est une mise en scène de personnages en mouvement ou dans des attitudes de la vie courante. A notre époque il aurait été un excellent auteur de bande dessinée.

 

William Gilbert dans son cabinet

 

 

Stephen Grey

 

 

Franklin dans son laboratoire.

 

 

Chapeau paratonnerre.

 

 

Mort de Richmann.

 

 

Volta et sa pile.

 

 

Niepce et Daguerre.

 

 

Salomon de Caus à Paris.

 

 

Expérience de Périer au Puy-de-Dôme.

 

 

Le désespoir de Papin.

 

 

Watt et le "cercle des lunatiques".

 

 

Olivier Evans.

 

 

La mort de John Fitch.

 

 

Fulton à Brest.

 

 

L'Elise premier navire à vapeur entre l'Angleterre et la France.

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Gérard Borvon - dans Documents
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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 08:05

Par Gérard Borvon.

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Les Rayons X au lycée de l’Elorn à Landerneau.

 

Les élèves du lycée de l’Elorn avaient la chance de pouvoir consulter la revue "La Nature", revue de vulgarisation du 19ème siècle, qui se trouvait aux archives municipales proches du lycée. En 1995, ils ont répondu à un concours sur l’histoire des rayons X dans lequel la classe de 1ere L2 a été classée première et leur camarade Edwige Grigol première à titre de premier prix individuel.

 

 

 

Les articles de la revue "La Nature" consacrés aux rayons X.

 

1896 premier semestre :

129 Les rayons X de M. le professeur Wilhelm Conrad Röntgen

155 Les ombres radiographiques de M. le professeur W. Conrad Röntgen

157 Rayons invisibles (Rayons X) de M. W. C. Röntgen. Expériences de M. Puluj, de Prague

274 Application industrielle des rayons X (E. H.)

293 Les rayons X et le Diamant

327 Recherches récentes sur les rayons de Röntgen

367 Radiographies par les rayons X. Utilisation des écrans fluorescents à leur production rapide

143 La photographie des parties intérieures du corps

143 Photographie à travers des corps opaques

159 [idem]

351 [idem]

143 Propriétés des radiations de Röntgen

174 [idem]

191 La lumière noire

207 La lumière noire et les radiations de Röntgen

223 La pénétration de la lumière au travers des corps opaques

223 Application des rayons de Röntgen

239 Production commode des radiations de Röntgen

271 Propriétés des rayons de Röntgen

287 La perméabilité des corps aux différentes radiations

302 Les rayons de fluorescence et les rayons de Röntgen

1896 deuxième semestre :

26 Recherches récentes sur les rayons de Röntgen

49 Le fluoroscope d’Edison

190 Effets de la chaleur et de l’électricité sur certains corps soumis à l’influence des rayons X

406 Les méfaits des rayons X

207 Nouvelle application des rayons de Röntgen

239 Le mode d’émission des rayons X

286 Action dépilatoire des rayons X

287 La dernière application des rayons X

319 Les rayons X et l’authenticité des momies

415 Les radiations émises par l’uranium

1897 premier semestre

179 Les rayons Röntgen et les affections pulmonaires

218 Propriétés nouvelles des rayons X

47 La radioscopie appliquée à la pathologie

142 Une curieuse application des rayons X

159 Application nouvelle de la radiographie

190 Les enveloppes inviolables aux rayons de Röntgen

238 Les mouches et les rayons X

254 Une nouvelle application des rayons X

302 Apparitions lumineuses

303 Le passage de la lumière au travers des corps opaques

318 Propriétés d’un nouvel appareil générateur des rayons X

319 Propriétés nouvelles des rayons X

1897 deuxième semestre

103 Les rayons Röntgen et les momies

147 Les rayons X et les métaux. Les rayons X et la douane

180 La lumière du ver luisant et les rayons X

317 Application des rayons X à l’étude des tubercules de la pomme de terre

47 Lésions organiques occasionnées par les rayons X

94 Radio-cinématographie

141 Les rayons X et la douane

286 [idem]

142 Société Röntgen

351 Une nouvelle ampoule pour la production des rayons X

 

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On peut trouver un développement de cet article dans ouvrage paru en septembre 2009 chez Vuibert : "Une histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron"

 

 

extrait du commentaire paru dans le Bulletin de l’Union des Physiciens.

Voici un ouvrage à mettre entre toutes les mains, celles de nos élèves dès les classes de premières S et STI de nos lycées, et entre les mains de tous les futurs enseignants de sciences physiques et de physique appliquée (tant qu’il en reste encore !).

 

L’auteur est un collègue professeur de sciences physiques, formé à l’histoire des sciences, et formateur des enseignants en sciences dans l’académie de Rennes.

Bref quelqu’un qui a réfléchi tant à l’histoire de sa discipline qu’à son enseignement et sa didactique, et cela se sent. Le style est fluide et imagé, bref plaisant au possible...

 

...voici donc un bon ouvrage permettant de se construire une culture scientifique sans l’âpreté des équations de la physique.

Commentaire lecteur :

Ce livre n’est pas du tout rigide et formel, il se lit très bien et c’est ce qui fait qu’on retient plus de choses ! Les anecdotes y sont très bien rapportées et on s’amuse à les lire. Ce livre casse la malheureuse idée rigide et complexe que l’on peut avoir des sciences, on apprend en s’amusant et ça réconcilie les gens avec la physique, tant mieux !!!

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Gérard Borvon - dans au lycée
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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 21:07

Par Gérard Borvon.

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En cette année de 1984 des élèves du collège de Mescoat à Landerneau et leurs professeurs de physique et de technologie se sont lancés dans une ambitieuse opération : imaginer et construire 10 appareils photographiques équivalents à ceux qui étaient utilisés dans les premiers temps de la photographie.

 

 

A l'atelier

 

 

L'appareil

 

 

 

Premières photos réalisées avec l'appareil.

Un "plan film" transparent est utilisé comme négatif.

 

le collège

photo de groupe.

sans oublier la "meule" !

 

Visite de M. Simon.

 

Monsieur Simon est un célèbre collectionneur qui n'hésite pas à faire partager sa passion.

 

 

 

Sa collection est aujourd'hui présentée au musée breton de la photographie et du cinéma à Bourg-Blanc.

 

Voir la présentation du musée en video sur tébéo.

 

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Voir aussi : La méthode du calotype pour un cours de physique au lycée de l'Elorn à Landerneau.

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Gérard Borvon - dans au lycée
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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 08:21

Par Gérard Borvon.

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Ce travail a été réalisé par des classes du lycée de l'Elorn à Landerneau. L'idée étant d'introduire des notions d'optique et de chimie à travers un cas concret : la naissance de la photographie. Il s'agissait ici de réaliser un calotype, la première photographie papier par négatif/positif  mise au point par William Henry Fox Talbot. (voir à ce sujet l'article de Wikipédia).

 

Ce travail a fait l'objet de l'annexe d'un article publié dans le bulletin de l'Union des Physiciens sous le titre : du phénakistiscope au cinématographe.

 

Nous le reproduisons ici.

 

 

 

L'appareil.

 

Il a été construit par la section ébènisterie du lycée et décoré aux armes de la ville de Landerneau par la section marqueterie.

 

 

 

Le résultat

 

du négatif au positif

10 secondes sans bouger, c'est long !

 

 

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L'histoire de la photo à l'école primaire.

L'appareil a été utilisé par les élèves de CM2 de l'école du Tourous à Landerneau pour une initiation à la photographie.

 

D'une année à l'autre, chaque classe a apporté sa contribution

ce qui a débouché sur la réalisation d'une exposition.

 

 

En 1882, Jules Marey, qui a mis au point son "fusil photographique" écrit à sa mère : "je suis tout à mes expériences qui donnent des résultats étonnants. On en parlera dans Landerneau quand je publierai mes résultats. J'ai un fusil photographique qui n'a rien de meurtrier et qui prend l'image d'un oiseau qui vole ou d'un animal qui court en un temps moindre de 1/500e de seconde".

Juste 100 ans plus tard on parlait effectivement du fusil de Jules Marey à Landerneau.

 

 

Landernéens, à vos greniers !

 

 

L'appel des lycéens aux habitants de Landerneau a été entendu. Cela s'est traduit par une nouvelle exposition en collaboration avec le club photo de la Maison pour Tous.

 

 

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Voir aussi :

Histoire de la photographie. Un projet d'Action Educative au Collège de Mescoat à Landerneau.

 

 

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Pour la technique du collodion, voir :

Votre portrait sur verrre au collodion humide par Nicolas Hergoualc'h

 

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Gérard Borvon - dans au lycée
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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:23

Par Gérard Borvon.

 

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Dans un mémoire, publié après sa mort, Lavoisier dresse le tableau des observations et conclusions antérieures à la théorie de la combustion dont il revendique la paternité.

 

Ci-dessous sa conclusion.

 

 

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Gérard Borvon - dans Chimie
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:21

Par Gérard Borvon

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Leçon inaugurale de Gilles Boeuf au Collège de France

19 décembre 2013.

 

Voir la vidéo

 

Les grandes questions environnementales aujourd'hui sont celles de l'énergie, de l'eau, du changement climatique et de la biodiversité.

La biodiversité est née dans l'océan ancestral, bâtie sur la chimie pré-biotique issue d'une géo-diversité antérieure, vers 3850 millions d'années (Ma), quand les premières cellules se sont clonées par scissiparité. La vie s'est ensuite diversifiée dans l'océan durant des milliards et des centaines de millions d'années et se sont alors produits des évènements essentiels pour le vivant : l'émergence de la cellule eucaryote, la capture de bactéries qui deviendront les organites par symbiose (mitochondries et plastes), la pluri-cellularité et, enfin, le développement de la sexualité. Tout est en place quand la vie métazoaire organisée sort des océans vers 450 Ma. La biodiversité (arthropodes) explose sur les continents dans les forêts du Carbonifère et se répand partout, les espèces s'organisent en populations, écosystèmes, biomes... Depuis 570 Ma, il a été mis en évidence une soixantaine de « crises d'extinction », dont cinq particulièrement prépondérantes, la plus aigüe s'étant déroulée vers 251 Ma, entre Permien et Trias (charnière paléozoïque/mésozoïque), durant laquelle 96 % des grandes espèces se sont éteintes.

La biodiversité est bien autre chose que les seuls catalogues ou inventaires d'espèces qui ont été élaborés depuis quelques siècles, à partir de grandes expéditions ou de travaux sur de longues périodes sur le terrain. Elle est en fait l'ensemble des relations établies entre les êtres vivants et avec leur environnement. C'est tout simplement la fraction vivante de la nature !

 

Actuellement, la biodiversité est menacée par quatre grands phénomènes dans lesquels l'humanité a bien sa part : la destruction et la contamination des milieux naturels, la prédation en excès et la surexploitation des ressources naturelles, les introductions anarchiques d'espèces d'un milieu à un autre et, enfin, le réchauffement climatique. Après la conquête du feu (vers 800 000 ans), la fin du nomadisme au Néolithique (12-8000 ans) associée au développement de l'agriculture et de l'élevage et, plus tard, l'invention de la machine à vapeur (fin XVIIIe), l'humain a été de plus en plus impactant sur les milieux naturels et les a profondément transformés. En réalité, nous ne faisons aujourd'hui que prolonger et accélérer ce mouvement, amplifié par la démographie et l'idée délétère « d'asservissement » de la nature.

 

En trois-quatre siècles, l'humanité aura épuisé la totalité des ressources combustibles fossiles accumulées durant des centaines de millions d'années et, aujourd'hui, les espèces vivantes disparaissent de la planète à un rythme de 100 à 300 fois supérieur au taux d'extinction « naturel » attendu. Ceci a amené certains à se demander si l'humain n'était pas en train de mettre en place les conditions d'une sixième crise massive d'extinction ! Nous sommes confrontés à des prévisions de plus en plus précises d'un épuisement des ressources finies, dans le monde fini qui est le nôtre. Seules les ressources vivantes sont renouvelables mais, bien souvent, l'humain les surexploite et dépasse alors les « seuils de renouvelabilité ».

Les écosystèmes les plus riches en espèces sont, sur les continents, les forêts tropicales humides et, dans les océans, les récifs coralliens. Aujourd'hui, nous connaissons un peu plus de deux millions d'espèces (1,7 million d'espèces terrestres et 300 000 espèces marines), décrites et déposées dans les musées. Il en demeure plus de 80 % à découvrir.

Depuis 2007, l'humanité vit majoritairement dans les cités et, à l'heure actuelle, nous nous intéressons tout particulièrement au retour de la biodiversité en ville. Pourquoi faut-il impérativement enrayer cette érosion de la diversité biologique ? Tout simplement parce que nous ne pouvons pas nous en passer, nous en sommes constitués et la côtoyons en permanence ! Les services qu'elle nous rend sont incontournables. En 2002, à Johannesburg, les Nations Unies avaient fixé l'année 2010 pour l'arrêt de cette érosion. Pourtant, lors de la conférence d'introduction de l'année dédiée à la biodiversité à l'Unesco à Paris en janvier 2010, nous avons collectivement constaté que nous avions échoué. Nous avons alors décidé de repousser l'échéance à 2020 et de consacrer la décennie 2010-2020 au sauvetage de la biodiversité.

 

Mais pourquoi réussirions-nous mieux entre 2010 et 2020 quelque chose que nous avons été incapables d'organiser entre 2002 et 2010 ? Projet réaliste ou rêve insensé ? C'est une question que nous nous étions déjà posée lors du premier colloque du Collège de France à l'étranger, à Bruxelles, en 2006. Dans ce cadre, l'apport des sciences participatives est très substantiel, tant pour fournir des données aux chercheurs qui ne peuvent être présents partout et tout le temps, que pour responsabiliser grand public et « amateurs » et, collectivement, faire pression sur les acteurs d'un développement insoutenable.

De par les changements de tous ordres qu'il déclenche depuis deux siècles et en accélération croissante, l'humain crée certainement, en ce moment même, des conditions favorables à l'apparition d'espèces, mais, au fur et à mesure, il détruit également les écosystèmes. Le résultat risque d'être bien consternant. L'humain, avec son cortège d'activités, ses plantes et ses animaux domestiques, est devenu la plus puissante force évolutive s'exerçant sur la nature. Nous sommes entrés dans l'anthropocène. Nous réfléchissons aux limites d'adaptabilité des écosystèmes et de l'humain.

 

Pourra-t-il tout simplement s'adapter à lui-même ? Le capital naturel ne peut indéfiniment être appauvri et nous ne pouvons pas nous passer des services rendus par les écosystèmes. En estimant les vitesses d'évolution, en tentant de prédire les trajectoires possibles et en planifiant les mécanismes à l'avance, nous pourrions sans doute fortement réduire notre impact sur les espèces et les écosystèmes et sérieusement améliorer les coûts économiques et sociaux de nos activités sur la nature. Une prise de conscience généralisée est en cours mais le changement de nos habitudes suivra-t-il un rythme au moins aussi rapide que celui des changements environnementaux de tous ordres que nous déclenchons autour de nous ?

 

Ce n'est pas sûr. Saurons-nous pleinement justifier, et enfin mériter, au cours de ce XXIe siècle, ce terme de sapiens dont nous nous sommes affublés ?

 

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Signe du temps : "en trois-quart de siècle l'humanité aura épuisé la totalité des ressources combustibles fossiles accumulées durant des centaines de millions d'années" nous dit très justement Gilles Boeuf qui par ailleurs considère que la "surexploitation des ressources naturelles" est une des menaces majeures à l'encontre de la biodiversité. C'est pourtant l'entreprise pétrolière Total qui sponsorise cette présentation !

Pendant ce temps ce sont les associations de protection de l'environnement qui se mobilisent pour l'arrêt des forages pétroliers en eau profonde projetés par cette entreprise.

 

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Un très bon article dans Ar Men a été consacré à Gilles Boeuf.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 07:55

Par Gérard Borvon.

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Dans les dernières années de cette fin de 20ème siècle déjà lointain, j'accompagnais de façon régulière mes élèves du lycée de l'Elorn à Landerneau au centre des archives municipales voisin de l'établissement. Là, dans le reste de verdure d'un ancien parc, un manoir bourgeois, portant les marques de ses multiples remaniements, conservait les collections de revues de vulgarisation scientifique qui garnissaient l'ancienne bibliothèque. Elles avaient fait le bonheur des notables et lettrés landernéens de ce 19ème siècle où la ville était un prospère centre industriel. Elles allaient reprendre du service cent ans plus tard.

 

Le manoir de Keranden à Landerneau, ancien centre des archives municipales.

 

L'une de ces revues avait particulièrement du succès par ses articles écrits dans un style vivant et surtout pour ses nombreuses illustrations : La Nature. Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie. Le thème de nos recherches tournait généralement autour de : " Les Sciences, il y a 100 ans". Ainsi, année après année, ces lycéennes et lycéens ont découvert les premiers pas de leur actuelle "modernité". Les débuts, par exemple, des dessins animés puis du cinéma avec le "phénakistiscope".

 

Nous avons découvert le "phénakistiscope (alors orthographié "phénakisticope" ) dans un numéro de la Nature de 1880. On y parlait alors du "phénakisticope de Joseph Plateau".

 

 

Plus tard, dans la même revue datée de 1882 un article sur "l'enseignement par les jeux" décrivait l'appareil sous le terme de "zootrope".

 

 

L'idée nous vint alors d'apprendre en nous amusant, comme nous invitait à le faire l'auteur de l'article, et d'illustrer la notion de persistance rétinienne par la construction de phénakistiscopes.

 

L'article nous ramena à un article daté de 1879 où il était question des allures du cheval photographiées par Eadweard Muybridge.

 

 

 

Nous retrouvions Muybridge dans un article daté de 1882 où était décrite sa méthode : 24 appareils disposés le long d'une piste où l'animal photographié coupait des fils déclenchant la prise de vue.

 

 

L'article annonçait également les publications de Etienne-Jules Marey au sujet de son "fusil photographique".

 

 

Tout cela se terminait par l'article de 1895 qui annonçait la naissance du cinématographe des frères Lumière.

 

 

Pour aller plus loin.

L'ensemble de ce travail a fait l'objet d'un article publié dans le bulletin de l'Union des Physiciens sous le titre : Du phénakisticope au cinématographe un moment de physique amusante.

 

Cet article détaille tout ce qui n'a été qu'évoqué ci-dessus.

 

Ce phénakistiscope a été réalisé en marqueterie par les élèves de la section marqueterie du lycée de l'Elorn à Landerneau

 

Un Phénakistiscope en mouvement.

 

 

 

Dans le musée des frères Lumière à Lyon.

 

On peut lire aussi :

 

L'histoire des sciences, un outil pour la classe :

quatre expériences pédagogiques.

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Gérard Borvon - dans au lycée
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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 11:29

Par Gérard Borvon

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La France se prépare à soutenir la guerre d'indépendance américaine. Brest et sa région sont en pleine effervescence. Sébastien Le Braz, jeune chirurgien de marine, tient sont journal. Deux siècles plus tard, des fragments en sont retrouvés dans le grenier d'un manoir en cours de démolition dans sa ville natale de Landerneau.

 

 

Ce jour de juin 1777, je reçus, porté par un messager venu à Landerneau depuis Brest, une convocation du Chirurgien-Major de la Marine, Etienne Billard. Celui-ci m'avait pris en affection après que je l'aie assisté, en tant qu'aide chirurgien, dans une intervention délicate réalisée à l'hôpital maritime de Brest où il venait d'être affecté. Le nouvel hôpital était sommairement installé dans l'ancien séminaire des jésuites après le récent incendie qui avait ravagé les anciens bâtiments et il n'était pas toujours commode d'y opérer. Je devais, m'écrivait-on, rejoindre de toute urgence Brest dans le but d'accompagner le Chirurgien-Major auprès d'un illustre, et pour le moment anonyme, personnage en visite dans le port.

 

Je m'empressais d'en avertir le Chevalier de Boufflers, colonel du régiment du Duc de Chartres, alors cantonné à Landerneau, auprès duquel j'étais affecté. Le Chevalier me fit savoir que lui-même avait reçu de Bougainville l'invitation à le rejoindre à bord du Bien-Aimé, le navire de 74 canons qu'il commandait, afin d'assister à une parade maritime organisée pour un visiteur de marque - sans doute le même secret voyageur. L'explorateur, que chacun ici vénère, souhaitait, écrivait-il au Chevalier, qu'un homme "d'autant d'esprit fût encore plus pénétré de l'importance de la marine en la voyant en activité". Aussi célèbre soit-il Bougainville était tenu à l'écart par les officiers nobles qui, malgré son extrême culture et son extraordinaire carrière navale, ne lui pardonnaient pas ses origines roturières. L'invitation faite à de Boufflers n'était donc pas fortuite, il savait reconnaître dans le  colonel frondeur du régiment de Chartres son équivalent terrestre. J'aurais moi-même accompagné le chevalier avec bonheur. Mon oncle Guillaume Mazéas ne tarissait pas d'éloges vis à vis de l'homme qui, en plus de sa brillante carrière politique, était un mathématicien confirmé et, comme lui-même, membre de la Royal Society de Londres, la célèbre académie des sciences britannique. Cependant je n'aurais pas à regretter la place qui m'avait été attribuée pendant cette journée qui restera, j'en suis certain, gravée dans ma mémoire.

 

A Brest, le Chirurgien-Major me reçut avec cordialité et ne résista pas au plaisir de m'annoncer la qualité de notre visiteur dont le titre de "Comte de Falkenstein" servait de fragile incognito à l'Empereur Joseph II d'Autriche, beau-frère de sa majesté. Je laisse imaginer l'émotion qui fut la mienne à cette nouvelle. La chance qui m'était accordée était d'autant plus grande que le "Comte" avait bien précisé qu'il refusait toute suite trop nombreuse. Il nous était demandé d'accompagner discrètement sa visite pendant les trois jours de son séjour à Brest afin de pouvoir éventuellement porter secours à tel ou tel membre de sa suite, ou à lui même, si par malchance le besoin s'en faisait sentir.

 

Joseph II d'Autriche, "Comte de Falkenstein".

 

L'Empereur était arrivé à Brest le vendredi 6 Juin dans l'après midi et avait pris résidence chez le traiteur Aimé dans la Grande Rue, ce qui causa le dépit de maints personnages se disputant l'honneur de le recevoir. Le Comte d'Orvilliers, commandant de la marine, le marquis de Langeron commandant des troupes de terre et le Comte du Chaffault, chef de l'escadre, le trouvèrent lisant son courrier quand ils se rendirent à son domicile. La visite fut brève le "Comte" souhaitant se reposer avant sa visite du lendemain dont le programme était particulièrement copieux.

 

Journée du 7 juin.

 

Le 7 Juin à 7 heures précises nous attendions l'Empereur auprès de grand bassin, ainsi que nous l'avait demandé le Comte d'Orvilliers qui devait l'accompagner depuis son domicile. Le groupe du "Comte" et de ses accompagnateurs arriva à 8heures et demie et fit le tour du bassin où était en carénage Le Conquérant. Il s'y est fait expliquer le fonctionnement des portes permettant l'entrée et la sortie du navire, le travail nécessaire à la refonte d'un tel navire et en particulier la façon de remplacer une pièce défectueuse. Passant par l'atelier de serrurerie il fit mention du goût et de l'habileté pour cette discipline de son célèbre beau-frère dont il avait eu l'occasion de visiter l'atelier à Versailles au dessus de l'appartement privé du roi. Il rapporta que celui-ci lui avait confié que ses deux principales passions étaient la mécanique et le marine.

 

Nous nous rendîmes ensuite dans les locaux de l'Académie de Marine proches du bassin. Un voisinage dont se plaignaient les Académiciens tant le bruit généré par l'activité de la forme de radoub nuisait à la tenue de leurs réunions. La promesse du ministre Sartines, lors de son voyage à Brest et de sa visite à l'Académie, de construire un établissement digne de la noble Institution n'avait pour le moment pas eu de suite. L'Empereur fut reçu par le directeur de l'Académie, le capitaine de vaisseau Comte Le Bègue auquel s'étaient joints l'enseigne de vaisseau de Marguerie, secrétaire. Après avoir rapidement exposé à l'Empereur l'historique de l'Académie, ses objectifs et sa composition, M. Le Bègue lui fit visiter la salle des maquettes jouxtant la salle de réunion de l'Académie. Devant les modèles des différentes machines utilisées à l'arsenal, le secrétaire de l'Académie, qui lui en décrivait le fonctionnement, fut étonné par la connaissance qu'en avait le Prince. Il se dit même que celui-ci alla jusqu'à proposer à l'académicien de réfléchir à un problème jusqu'alors non résolu. Intéressé par la visite, l'Empereur cacha cependant mal son étonnement de voir les Académiciens si mal logés. En marque de remerciement, le Comte de Falkenstein se vit offrir un volume des Mémoires de l'Académie, doré sur tranche, qui lui fut porté à son domicile.

 

La suite de la visite fut une course au pas de charge : la poulierie, la corderie, la tonnellerie, la brasserie, les hangars au bois, le quai des ancres. Elle se termina vers une heure et quart par la visite du Glorieux, un vaisseau de 74 canons réputé pour sa performance,  où l'Empereur se montra curieux du fonctionnement du moindre objet qui lui était présenté. Nous l'avons retrouvé après quatre heures à la cale de l'intendance où il s'embarqua sur le canot d'apparat portant les armes du roi pour rejoindre les ateliers de Pontaniou au fond de la rivière Penfeld. Il y a visité la salle des gabarits, les forges, les ateliers de menuiserie, d'avironnerie, de sculpture, de peinture, de mâture, de construction des chaloupes, pour retrouver le canot qui l'a transporté jusqu'à la cale de la pointe. Là, il est monté jusqu'aux batteries royales où il a pu admirer la disposition de l'escadre avant de redescendre au magasin des vivres. Il a demandé qu'on lui ouvre des barils de salaison. Après avoir vu les légumes et s'être fait expliquer les moyens de les conserver en mer, il voulu voir les pains et les biscuits de mer. Ayant voulu juger lui-même de leur qualité il se fit servir un assortiment de pains et de salaisons accompagné du vin servi à bord. Il était huit heures et demi quand il regagna son domicile. Si nous étions épuisés, le Comte semblait aussi vaillant qu'au début de la visite.

 

Cette visite m'avait fait découvrir un arsenal dont j'étais loin d'imaginer les richesses. Jamais à Paris je n'aurais pu observer tant de sciences et de techniques rassemblées. Jamais non plus je n'aurais pu imaginer de rencontrer, en une seule journée, tant de prestigieux capitaines.

 

Le port de Brest au temps de la guerre d'indépendance d'Amérique.

 

Dimanche 8 juin.

 

Nous avons retrouvé le Comte à bord du Robuste, un 74 canons commandé par La Motte Piquet. Le matin, après la revue des troupes sur le Champ de Bataille, il avait assisté à la messe célébrée par Monseigneur de La Marche, évêque de Léon, au Couvent des Dames où, nous a-t-on rapporté, il avait fait montre de sa piété en refusant le fauteuil et le prie-Dieu qui lui avaient été préparés pour rester agenouillé sur le pavé pendant toute la messe.

 

Après deux bords courus en rade, le vaisseau revint au mouillage. M. de la Motte Piquet avait invité à son bord quelques dames de qualité, curieuses de rencontrer le prince, pour animer la superbe collation qu'il avait fait servir dans la grande chambre. Grande fut leur déception en constatant que celui-ci n'y parut point, s'étant réfugié sur le gaillard d'avant qu'il ne quitta plus avant d'embarquer sur le Magnifique puis sur la Bretagne, le navire amiral de la flotte dont la taille le surprit.

 

maquette de La Bretagne

 

Lundi 9 juin.

 

Le rythme de la visite ne s'est pas ralenti. Coup d'oeil au carénage à flot du Sphinx puis de celui du Zéphyr dans le bassin de Pontaniou. Ensuite passage à la forge où le travail sur une ancre de forte dimension lui fut présenté. Visite de l'hôpital du bagne suivi de celle de l'hôpital de la marine.

 

Après midi consacré à l'armement avec visite des ateliers de l'artillerie et participation à un exercice de tir réalisé par les soldats du corps royal de la marine et les apprentis canonniers. La rumeur a rapporté que l'Empereur lui-même aurait pointé un mortier avec succès.

 

 

Mardi 10 juin.

 

Le Comte de Falkenstein monta à cheval dès huit heures et se fit présenter, par le marquis de Langeron, les travaux des fortifications dont les plans lui avaient été présentés la veille. L'après midi fut consacré à l'observation de la célèbre machine à mâter travaillant à l'équipement du Glorieux qui, pour l'occasion, reçu ses mâts de misaine et de beaupré. Un canot l'attendait qui lui fit remonter la Penfeld pour une visite de la scierie et des forges de Villeneuve et des réserves des bois, immergés verticalement dans la vase, destinés à la confection des navires.

 

Au retour, le Comte, vraiment intéressé par les vaisseaux, voulu à nouveau contempler la Bretagne, la Ville-de-Paris et le Saint-Esprit en se faisant connaître les différentes fonctions de ces navires dans un combat naval.

 

Les fortifications de Brest.

 

 

 

Jeudi 11 juin.

 

Dernier jour de la visite. L'Empereur s'est rendu chez la Gardes de le Marine où ces jeunes gens, pour une fois disciplinés, recevaient un cours de tactique navale en utilisant la "table d'évolutions navales" mise à leur disposition. Il souhaita également assister à la résolution, au tableau, des problèmes qui étaient soumis à ces futurs officiers.

 

L'après midi, à bord du Bizarre un 64 canons commandé par la Comte du Chaffault, il put assister à la mise en œuvre de l'enseignement théorique du matin. L'escadre entière, en manœuvre dans la rade, donnait le spectacle grandiose d'une flotte au combat.

 

C'est sur la dunette de l'Actif, le 64 canons du Comte d'Hector, major de la marine, que se termina la journée par un grand repas et un grand bal auxquels assistaient environ 150 personnes.

 

Avant son départ, le Comte reçu le comte d'Orvilliers, le marquis de Langeron et le Comte du Chaffault auxquels il fit part de sa satisfaction de constater qu'une si belle marine avait été mise entre de si bonnes mains.

 

Le Comte parti, les commentaires allèrent bon train. Même si on regrettait son peu de goût pour les mondanités, on s'étonnait de ses bonnes connaissances du milieu maritime et de sa soif d'en savoir encore plus. Chacun en profitait pour faire état des compliments qu'il avait reçus de l'empereur.

 

Pourtant, étant en retrait du cortège, j'avais perçu les inquiétudes de bien des ingénieurs et officiers craignant la visite d'ateliers où le matériel exposé était loin de répondre à la qualité et à la quantité nécessaires aux navires d'une flotte en état de marche. La vétusté de certains navires ne pouvait pas non plus échapper à un œil quelque peu éclairé et celui du Comte semblait l'être. Pourtant, à en croire Bougainville, dont les propos m'ont été rapportés par le Chevalier de Boufflers, Joseph II s'était répandu en compliments auprès de lui. Ce qu'il avait vu, disait-il " était encore bien supérieur à ce qu'il s'attendait à voir" ajoutant "qu'il ne se serait jamais figuré un assemblage pareils de forces actuelles et de moyens préparatoires pour de plus grandes encore".

 

Avait-il vraiment été dupe ? De Boufflers qui connaissait l'état d'impréparation de ses propres troupes, n'était pas loin de penser que ces propos avaient surtout été une marque de politesse vis à vis de personnes qui l'avaient reçu avec chaleur.

 

 

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Gérard Borvon - dans Romans
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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 10:20

Par Gérard Borvon

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L'inventeur de la soie artificielle.

 

C'est d'abord un article de la revue "La Nature" datée de 1898 qui nous avait révélé l'existence de Hilaire de Chardonnet. L'article "Quand la chimie des plastiques était verte" le situe dans toute une chaîne d'inventeurs.

 

"Cette curieuse industrie, dont la France a droit d’être fière, atteint à la période de grande fabrication. Une puissante société a établi à Besançon une usine colossale dont les produits s'emploient de plus en plus dans l'industrie de la soie"

 

 

Son inventeur, Hilaire de Chardonnet (1839-1924) est un ingénieur et industriel de Besançon. En 1884 il dépose un brevet pour une soie artificielle à base de collodion ou nitrocellulose et crée une usine pour sa production, en 1892, à Besançon.

 

Le procédé est décrit avec détails : fabrication du coton poudre par action d’un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique sur le coton, lavage et séchage du fulmicoton obtenu, dissolution dans un mélange d’alcool et d’éther sous forte pression, filtration du collodion obtenu, envoi sous forte pression dans une filière, moulinage et retordage pour constituer des fils de diamètre voulu et, pour finir, dénitratation des fils. En effet, avant cette dernière opération, les fils ne sont encore que du coton-poudre, c’est-à-dire un explosif. En plongeant les écheveaux terminés dans une solution de sulfure d’ammonium, qui élimine l’essentiel de l’acide nitrique, on obtient une soie artificielle qui, nous dit l’auteur de l’article, "est aussi belle et aussi brillante que les soies naturelles les plus estimées", même si, reconnaît-il, elle est moins résistante.

 

L'oeuvre de Hilaire de Chardonnet est développée par Jean-Marie Michel dans "Chardonnet et le premier textile industriel"

 

On peut lire ecore le discours prononcé par Gabriel Bertrand, membre de l'Académie des Sciences sur "Les découvertes scientifiques du Comte de Chardonnet et l'invention de la soie artificielle", lu le jeudi 28 mai 1936 à l'occasion du cinquantenaire de la soie artificielle à Besançon.

 

Le révolutionnaire et l'aristocrate.

 

Abandonné par ses actionnaires Franc-Comtois, Hilaire de Chardonnet crée de nouvelles usines dont l'une à Rennes. Dans son livre "On chantait rouge", Charles Tillon, le mutin de la Mer Rouge, licencié dès que ses employeurs connaissent son passé militant, rend hommage à celui qui l'a embauché dans son usine de Rennes. L'amour partagé de la technique aura fait se rencontrer le jeune ouvrier ajusteur de 25 ans et révolutionnaire déclaré, et le vieil ingénieur, âgé de 83 ans, polytechnicien, aristocrate et nostalgique de la royauté.

 

 

Nous reproduisons ici le texte de Charles Tillon qui décrit en connaisseur la technique et l'ambiance de ces premiers ateliers de textile industriel dont la matière première était encore un produit naturel : la cellulose.

 

En introduction il regrette l'oubli trop général des inventeurs de dispositifs techniques à l'origine de puissantes industries. La voiture s'est banalisée mais qui sait, écrit-il, que l'inventeur du carburateur est le mécano de Clermont-Ferrand Laforest ?

 

"Les actionnaires des industries chimiques et textiles connaissent-ils mieux M. de Chardonnet, le vétitable inventeur de la soie artificielle ? Je voudrais rendre hommage à sa mémoire, en évoquant ici les souvenirs d'un maître d'industrie que je n'ai connu qu'indulgent. Mais qui fut dévoré par ses frères.

 

M. de Chardonnet était né à Besançon, trente-sept ans après Victor Hugo. Un de ses grands-pères avait été élu député de la noblesse aux Etats généraux comme mon grand-oncle le père Gérard l'avait été comme paysan, et ils avaient ensemble, avec Robespierre et les Jacobins, en juin 1991, voté la loi cynique du Rennais Le Chapelier contre le droit de grève des ouvriers, en croyant supprimer les corporations et aider au progrès !

 

Louis de Chardonnet, sorti de Polytechnique, fixa surtout sa curiosité sur les études naturalistes. Ce fut alors qu'il se passionnait pour l'étude de la maladie des vers à soie qu'une intuition le poussa à rechercher l'origine de leurs sécrétions, puis par la suite à tenter d'imiter le travail de la nature. Il vécut ainsi trente années préoccupé de l'idée de fabrique de la soie artificielle au bénéfice de l'industrie.

 

Son biographe l'avait connu grand de taille. Je ne le vis que tassé par l'âge, sous une forêt de cheveux blancs. Son visage, mangé par des favoris neigeux à l'autrichienne, s'éclairait d'yeux gris où brûlait toujours cette "fierté gaillarde" dont nous parle A. Demoment (Auguste Demoment, Un grand inventeur : le Comte de Chardonnet 1839-1924, Paris, édit. La Colombe, 1953).

 

J'ignorais alors la longue patience d'une partie de sa vie passée à répéter pour son tourment : "Le ver à soie a deux filières... le bombyx file aussi le coton... Or, la feuille de mûrier est riche en cellulose... Mais comment reproduire la cellulose liquide ? ". Le problème résolu après mille déboires, il monta sa première usine à Besançon en 1891. Incendies à répétition, puis un malaxeur de pâte, en sautant, éparpille le tout dans le Doubs... ! Les fournisseurs d'argent veulent alors déposséder l'inventeur. Il doit s'entendre avec des Suisses pour une autre usine : on lui vole son brevet ! C'est que la guerre des soies commence, animée par la haine perfide des soyeux de Lyon. Viennent alors les procès, les dettes... Le savant dédaignera l'argent et se laissera plumer, d'abord par des princes espagnols en mal de trône, puis par des concurrents sans scrupules, hargneux de voir sa production prendre commerce. Jamais il n'abandonnera ses recherches qui lui procureront quarante-huit brevets d'invention, dont un pour "un moteur léger à pétrole" destiné à l'aérostation ! En France, un concurrent se dresse devant lui en 1913 : la société La Viscose. Et la guerre le surprend, ruiné par les revers.

 

La paix revenue, M. de Chardonnet va placer son dernier espoir dans la création à Rennes d'une soirie qui lui permette d'utiliser un nouveau procédé de nitration pour la fabrication du collodion dont il devrait tirer une production plus compétitive. J'allais être témoin de la peine qu'il prit.

 

Tout commençait dans l'usine de Rennes par la fabrication du collodion avec du coton malaxé au sein de vastes cuves dans un mélande d'acides. On obtenait ainsi une mixture explosive, du fulmicoton, que l'on dissolvait dans un dosage d'alcool et d'éther, ce qui donnait une lourde pâte de nitro-cellulose couleur de miel, que des presses hydrauliques allaient pousser jusqu'aux ateliers de filature par des tuyauteries aboutissant à leur extrémité à des milliers de de filières en agate... Chaque filière secrétait ainsi un collodion qui, par l'évaporation de ses dissolvants, s'anoblissait en fil de soie plus ténus que les cheveux des toutes jeunes ouvrières alignées debout dans cette magnanerie chimique, devant de longs bancs parallèles où s'animait un mouvement mécanique très simple. Leur attention toujours à vif devait éviter, d'un doigt agile, que le fil ne se rompe plus d'une seconde avant de se ressouder aux autres, en s'enroulant par retors sur des bobines qu'on emportait rapidement vers de multiples opérations d'où sortirait rapidement vers de multiples opérations d'où sortirait la soie en écheveaux.

 

Je partageais mon temps entre cette filature et l'atelier mécanique. Dans cette usine poudrière, une atmosphère méphitique imprégnée de vapeurs formées à l'instant de la transmutation du collodion en soie intoxiquait les ouvrières. Chardonnet aurait voulu aboutir à n'employer à cette fabrication que des équipes accomplissant six heures par jour et ce problème de la production l'angoissait : comment améliorer la viscosité du collodion et parvenir à multiplier mécaniquement le filage d'une soie qui mettrait à la portée de toutes les femmes un tissu encore plus désirable et plus aimable à caresser...

 

L'entretien courant des machines laissait du bon temps. Par contre, si le vif-argent Simon, patron de la mécanique, m'annonçait la visite de M. de Chardonnet, je devenais fébrile. Crainte et admiration. Il avait alors quatre-vingt trois ans. Je le verrai toujours se découvrir quand il entrait sous la verrière de la filature comme pour saluer la compagnie et s'avancer vers mon établi sur un coin duquel il posait son antique gibus.

 

- Eh bien, monsieur, comment va la malade ?

 

Il s'approchait alors d'un long bâti de fonte allongé comme un monstre sur la largeur de la filature, surmonté d'un mécanisme conçu pour recevoir le mouvement par un jeu d'arbres à came et transmettre son animation à des sortes de cadrans mobiles plantés de filières minuscules. D'autres mécanismes encore et le tout compliqué d'un fourmillement de tuyaux de laiton. Depuis un an déjà, "la malade" gisait là, immobile, entre deux consultations et toujours aussi rétive à répondre aux ambitions de son inventeur. En faisant appel au concours de capitaux bretons pour l'édification de la Soierie artificielle française, Chardonnet avait promis aux actionnaires alléchés qu'ils bénéficieraient de cette nouvelle invention mécanique. Mais le premier prototype s'était en partie brisé dès la mise en route. Et depuis...

 

A chacune de ses visites, l'inventeur se débarrassait de sa jaquette, et se mettait à tourner autour de la gisante. Discrètement, j'attendais, après avoir une fois de plus remis la courroie de transmission qui l'animerait, à vide bien sûr, dans un effort de tension toujours redouté.

 

Jamais encore nous n'avions osé lui envoyer dans le ventre du collodion à filer. Après chaque expérience nouvelle, il me fallait démonter, modifier, remonter tel organe. Les manches de sa chemise empesée maculée d'huile, infatigable, le comte aux mains diaphanes prenait des notes, ébauchait un croquis. J'ignorais que j'assistais à son dernier combat contre une engeance qui l'allait vaincre. J'en connaissais comme lui les vices. L'énigme pour moi ce n'était pas la machine, mais cet homme acharné à la dominer et dont je ne savais alors presque rien si ce n'est que j'aurais acompli au besoin pour lui double journée.

 

Jusqu'alors, en s'en allant, il formulait de nouvelles instructions, assuré que lors d'une prochaine visite... Simon l'écoutait et esquissait un mouvement d'épaule. Il devait connaître l'humeur des actionnaires las d'attendre que la providentielle fileuse de soie donne des certitudes palpables. Mais pour l'altier vieillard seule la patience apportait la chance ! Comme en 1883, quand ses expériences sur la technique de la photographie lui permirent de discerner, dans une bavure arachnéenne de collodion, la réalité magique d'un fil soyeux, étirable.

 

La dernière fois qu'il vint à l'usine, l'inventeur me parut d'un allant moins sûr. Il se mit à piétiner autour de la "malade". Une auscultation méticuleuse... Je m'agitais pour préparer la mise en route. Aussitôt qu'elle commença à démarrer en grondant, je le vis qui posait pour la première fois la main sur le volant de la vanne destinée à introduire du collodion sous pression dans la tuyauterie. Etonné qu'il ne m'eût pas prévenu d'un tel essai  à plein, je m'avançais près du vieil homme pour aider à la manoeuvre. Il resta figé. Un long moment. Puis, sa main blanche retomba et je vis qu'elle tremblait... Pathétique hésitation... ultime renoncement, je vivais le dernier attachement à son rêve !

 

Le comte de Chardonnet  se tint encore un instant sans mouvement. Je voyais battre les veines de son front et redoutais qu'un malaise l'eût saisi. Mais non. Il se reprit, se tourna à demi pour me dire presque bas : "Je vous remercie, monsieur." Mon trouble s'accrut encore de le voir se contraindre à esquisser un sourire navré en jetant un dernier regard vers la machine qu'il abandonnait pour toujours. Il s'éloigna en se couvrant de son chapeau du passé. Je retournais à mon étau, bouleversé.

 

Il se trouva vingt-trois ans plus tard que, dinant un soir chez Jules Jeanneney alors ministre d'Etat et Franc-Comtois comme Chardonnet son ancien ami, j'eus la joie de pouvoir dire quels souvenirs je gardais de son compatriote. Mon hôte m'apprit alors qu'à la fin de sa vie ses revenus étaient devenus si modestes que des amis durent agir pour lui procurer une pension. Jamais le comte ne revint à l'usine de Rennes.

 

Il mourut en avril 1924 et fut conduit en terre par le Maréchal Foch.  J'écrivis dans La Bretagne communiste du 8 avril : "L'inventeur de la soie artificielle est mort. Ceux qui à Rennes ont travaillé avec Chardonnet regretteront ce vieillard qui, à plus de 80 ans, cherchait encore avec acharnement à perfectionner une machine que les sales combines des profiteurs de son intelligence ne lui ont pas permis de sauver. Il ne craignait pas de retrousser ses manches et de prendre l'outil des mains du compagnon." (note de bas de page)

 

Son invention qu'un Lyonnais voulait baptiser "la Chardonne" allait devenir "la Rayonne" et sa production prendre en Amérique un gigantesque essor. Après la rayonne viendront les nylons. Quant à l'usine de Rennes... "

 

Le comte de Chardonnet aurait-il pu imaginer, lui l'aristocrate royaliste, recevoir pareille déclaration d'amour filial de la part du jeune ouvrier communiste qui avait partagé sa passion pour la mécanique et qui allait être un acteur majeur de la lutte contre le nazisme à la tête  des Franc-Tireurs et Partisans (FTP) avant de devenir ministre du premier gouvernement de la France libérée.

 

A Rennes, une avenue porte son nom. Elle longe une friche industrielle qui montre encore des traces de son usine.

 

Avenue Chardonnet à Rennes.

 

L'enseignement technique a gardé la mémoire de ces deux hommes. Des établissements portent leur nom. En particulier un lycée professionnel à Rennes et un Centre de formation par alternance à Besançon.

 

Faut-il y voir un  symbole ? Le Lycée Hilaire de Chardonnet de Chalon sur Saône est présenté comme un "lycée de la nouvelle chance" qui se propose d'accueillir des élèves de 18 à 26 ans, issus de l'enseignement général, technologique ou professionnel, qui ont quitté le système scolaire depuis un an avec l'objectif de leur faire obtenir un baccalauréat en alternance en deux ans.

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Sur l'usine de Besançon, voir le remarquable documentaire de FR3 Franche-Comté.

 

Des ouvrières et des ouvriers parlent de leur ancien métiers. Des artistes font parler les vieux murs.

 

VOIR. Rhodiacéta : "Tant que les murs tiennent"

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Gérard Borvon - dans Chimie
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