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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 09:31

Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques
(IPBES en anglais)

Communiqué de presse

 

« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine - et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier », alerte le nouveau et historique rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), dont le résumé a été approuvé lors de la 7ème session plénière de l'IPBES, qui s’est réunie la semaine dernière (du 29 Avril au 4 mai) à Paris.

« Les preuves accablantes contenues dans l’évaluation globale publiée par l’IPBES et obtenues à partir d'un large éventail de domaines de connaissance, présentent un panorama inquiétant », a déclaré le président de l’IPBES, Sir Robert Watson. « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

« Le rapport nous dit aussi qu'il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial », a-t-il ajouté  « Grâce au « changement transformateur », la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable - ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. Par «changement transformateur », on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs.

Les États membres de la plénière de l'IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais également que cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous.

Le rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques est le document le plus exhaustif réalisé à ce jour. Il s’agit du premier rapport intergouvernemental de ce type. Il s’appuie sur l’évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005 et introduit de nouveaux moyens pour d’évaluation des preuves.

Élaboré par 145 experts issus de 50 pays au cours des trois dernières années, avec des contributions additionnelles apportées par 310 autres experts, le rapport évalue les changements au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Le document propose également un éventail de scénarios possibles pour les décennies à venir.

Basé sur une revue systématique d'environ 15 000 références scientifiques et sources gouvernementales, le rapport s’appuie aussi (et pour la première fois à une telle échelle) sur les savoirs autochtones et locaux, et aborde en particulier les questions concernant les peuples autochtones et les communautés locales.

« Les contributions apportées par la biodiversité et la nature aux populations sont notre patrimoine commun et forment le plus important ’filet de sécurité’ pour la survie de l'humanité. Mais ce filet de sécurité a été étiré jusqu'à son point de rupture », a déclaré la professeure Sandra Díaz (Argentine), qui a co-présidé l'évaluation avec les professeurs Josef Settele (Allemagne) et  Eduardo S. Brondízio (Brésil et États-Unis). « La diversité au sein des espèces, entre les espèces et celles des écosystèmes, ainsi que de nombreuses contributions fondamentales qui proviennent de la nature se dégradent rapidement, même si nous avons encore les moyens d'assurer un avenir durable aux êtres humains et à la planète.»

Le rapport estime qu’environ 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction, notamment au cours des prochaines décennies, ce qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l'histoire de l’humanité.

Depuis 1900, l'abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a diminué d'au moins 20 % en moyenne. Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d'un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. La situation est moins claire pour les espèces d'insectes, mais les données disponibles conduisent à une estimation provisoire de 10 % d’espèces menacées. Au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu depuis le 16ème siècle et plus de 9 % de toutes les races domestiquées de mammifères utilisées pour l’alimentation et l’agriculture avaient disparu en 2016, et 1 000 races de plus sont menacées.

« Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés locales de plantes et les races locales d’animaux domestiques diminuent, se réduisent ou disparaissent. Le tissu vivant de la Terre, essentiel et interconnecté,  se réduit et s’effiloche de plus en plus », a déclaré le professeur Settele. « Cette perte est la conséquence directe de l'activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité dans toutes les régions du monde. »

Pour accroître la pertinence politique du rapport, les auteurs de l'évaluation ont classé, pour la première fois à une telle échelle et sur la base d’une analyse approfondie des données disponibles, les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et qui ont les plus forts impacts à l’échelle mondiale. Les facteurs responsables sont, par ordre décroissant : (1) les changements d’usage des terres et de la mer ; (2) l'exploitation directe de certains organismes ; (3) le changement climatique ; (4) la pollution et (5) les espèces exotiques envahissantes.

Le rapport souligne que, depuis 1980, les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par deux, provoquant une augmentation des températures moyennes mondiales d'au moins 0,7 degré Celsius. Le changement climatique a déjà un impact sur la nature, depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique - impact qui devrait augmenter au cours des décennies à venir et, dans certains cas, surpasser l'impact dû au changement d’usage des terres et de la mer et des autres facteurs de pression.

En dépit des progrès réalisés pour conserver la nature et mettre en œuvre des politiques en faveur de celle-ci, le rapport met aussi en évidence que les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs mondiaux visant à conserver et exploiter durablement la nature. Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourront être atteints que par un changement transformateur dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique et de la technologie. Avec seulement quatre des vingt objectifs d’Aichi pour la biodiversité présentant des progrès réels dans leurs déclinaisons, il est probable que la plupart d’entre eux ne seront pas atteints d’ici l’échéance de 2020. Les tendances négatives actuelles concernant la biodiversité et les écosystèmes vont freiner les progrès en vue d’atteindre les objectifs de développement durable dans 80% (35 sur 44) des cas où les cibles ont été évaluées ; en particulier ceux liées à la pauvreté, la faim, la santé, l'eau, les villes, le climat, les océans et les sols (ODD 1, 2, 3, 6, 11, 13, 14 et 15). La perte de biodiversité est donc non seulement un problème environnemental, mais aussi un enjeu lié au développement, à l’économie, la sécurité, la société et l’éthique.

« Pour mieux comprendre et, plus important encore, pour s’attaquer aux principales causes des dommages causés à la biodiversité et aux contributions apportées par la nature aux populations, nous devons comprendre l'histoire et les interconnections mondiales qui existent entre les facteurs indirects complexes de changement démographiques et économiques, ainsi que les valeurs sociales qui les sous-tendent », a déclaré le professeur Brondízio. « Les principaux facteurs indirects comprennent l’augmentation de la population et de la consommation par habitant ; l'innovation technologique, dont les dommages causés à la nature ont diminué dans certains cas tandis qu’ils ont augmenté dans d’autres; et, de manière critique, les questions de gouvernance et de responsabilité. Une tendance qui émerge est celle dite de l’interconnectivité mondiale et du « telecoupling ». Dans ce cas, l'extraction des ressources et leur production ont lieu dans une partie du monde, mais servent souvent à satisfaire les besoins de consommateurs éloignés, qui vivent dans d'autres régions.»

D’autres résultats majeurs du rapport sont à prendre aussi en compte [1]:

  • Les trois quarts de l'environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. En moyenne, ces tendances ont été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent à ou sont gérées par des peuples autochtones et des communautés locales.
  • Plus d'un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage.
  • La valeur de la production agricole a augmenté d'environ 300 % depuis 1970, la récolte de bois brut a augmenté de 45 % et environ 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables sont maintenant extraites chaque année dans le monde  - quantité qui a presque doublé depuis 1980.
  • La dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la  surface terrestre mondiale ; une partie de la production agricole annuelle mondiale, d’une valeur marchande pouvant atteindre 577 milliards de dollars US, est confrontée au risque de disparition des pollinisateurs et de 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d'inondations et d’ouragans en raison de la perte d'habitats côtiers et de leur protection.
  • En 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durable ; 60 % l’ont été au niveau maximum de pêche durable, et seulement 7 % à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable.
  • Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992.
  • La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980 ; environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde, et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes» dans les océans, ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni.
  • Les tendances négatives de la nature continueront jusqu’en 2050 et au-delà, dans tous les scénarios politiques explorés dans le rapport, sauf dans ceux qui proposent un changement transformateur – cela en raison de l’impact qu’aura l'augmentation du changement d’usage des terres, l'exploitation de certains organismes et le changement climatique, toutefois avec des différences significatives selon les régions.

Le rapport présente également un large éventail d’exemples d'actions en faveur du développement durable et les trajectoires pour les réaliser dans des secteurs tels que l'agriculture, la foresterie, les écosystèmes marins, les écosystèmes d'eau douce, les zones urbaines, l'énergie, les finances et bien d'autres. Le document souligne combien il est important, entre autres, d'adopter une gestion intégrée et des approches intersectorielles qui prennent en compte les compromis entre la production alimentaire et celle de l’énergie, les infrastructures, la gestion de l’eau douce et des zones côtières, ainsi que la conservation de la biodiversité.

En vue de créer une économie mondiale durable, l'évolution des systèmes financiers et économiques mondiaux a également été identifiée comme un élément clé des politiques futures plus durables. Elle s'éloigne du paradigme actuel trop limité de la croissance économique.

« L’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent », a déclaré la Docteure Anne Larigauderie,  secrétaire exécutive de l’IPBES. « Nous remercions les centaines d'experts, issus du monde entier, qui ont donné de leur temps et partagé leurs connaissances pour aider à combattre la disparition des espèces, des écosystèmes et de la diversité génétique - une menace véritablement mondiale et générationnelle contre le bien-être humain. »

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1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 08:46

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 12:58

Parmi les dix personnalités qui, selon la revue scientifique Nature, ont le plus compté en 2018, une seule est française, Valérie Masson-Delmotte. Retour sur le brillant parcours d’une chercheuse — également lauréate de la médaille d’argent du CNRS 2019 — dont l’expertise sur le réchauffement climatique est écoutée sur les scènes nationale et internationale.

 

voir : https://lejournal.cnrs.fr/articles/valerie-masson-delmotte-une-voix-pour-le-climat

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 16:04

Nous apprenons, en ce début de Juillet 2019, que 17 années d’archives du ministère de l’agriculture concernant les responsabilités dans l’autorisation du chlordécone aux Antilles, ont disparu !

 

 

voir la vidéo

 

Nous avons évoqué le problème du chlordécone aux Antilles dans le livre "Respirer tue, agir contre la pollution de l’air". Nous rappelons ici les passages correspondants.

 

Aux Antilles : silence on empoisonne.

 


Béatrice Ibéné, présidente de l’Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles, vétérinaire, vit et travaille en Guadeloupe. Elle était à Paris le lundi 28 avril 2014, devant le Conseil d’État, pour défendre un référé contre l’arrêté autorisant les épandages aériens aux Antilles. Interrogée par le journal Reporterre, elle expliquait que cette pratique est ancienne et que l’interdiction des épandages aériens depuis 2009 n’y change rien tant les dérogations sont nombreuses. Dernier en date, l’arrêté du 23 décembre 2013 permettait aux producteurs de bananes de continuer les épandages aériens de produits dangereux sur les Antilles pendant douze mois consécutifs.

Les épandages aériens, à quand la fin ?

 

Le gros problème de l’épandage aérien, affirmait-elle, "c’est la dérive des produits car ce mode de diffusion expose tous les êtres vivants aux pesticides. On a des témoignages récurrents de gens qui sentent les émanations à plus de huit cents mètres des zones d’épandage alors que la distance de sécurité imposée en France n’est que de 50 mètres. En Guadeloupe, les habitations ne sont jamais bien loin des bananeraies".

 

Ainsi donc, dans les Antilles comme en métropole, les nuages de pesticides ne respectent pas la frontière des 50m imposée par la loi !

 

Le 6 mai 2014, Béatrice Ibéné et son association remportaient une superbe victoire. Le Conseil d’État suspendait les autorisations d’épandage et condamnait l’État à verser 1000 euros à chacune des associations requérantes.

 

La qualité des mémoires remis par les associations avait emporté la décision mais le Conseil d’État ne pouvait ignorer également le "Rapport d’évaluation des plans d’action chlordécone aux Antilles" présenté en octobre 2009 par des autorités peu soupçonnées d’activisme écologiste telles que le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable, l’Inspection Générale des Affaires Sociales, le Conseil Général de l’Agriculture de l’Alimentation et des Espaces Ruraux, l’Inspection Générale de l’Administration de l’Éducation nationale et de la Recherche. En conclusion que nous disaient ces grandes administrations de l’État réunies ?

 

"Aux Antilles françaises, des groupes de population particulièrement exposés (les travailleurs en agriculture, les familles consommant les produits de leur jardin, les pêcheurs etc.) mais aussi, de diverses façons, l’ensemble de la population sont touchés par la contamination des sols par la Chlordécone, les produits phytosanitaires organochlorés, et tous les pesticides quels qu’ils soient (le Glyphosate par exemple).

 

En effet, les milieux naturels sont le réceptacle obligé de toutes les percolations, lixiviations, lessivages et autres formes d’érosion qui entraînent et diffusent ces molécules et leurs produits de dégradation. Alors que l’on pensait qu’elle serait prisonnière des sols des anciennes bananeraies, la molécule de Chlordécone n’est qu’un témoin de ces différentes formes de contamination inévitable...

 

Les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole, du fait de leur échelle géographique plus réduite, des dangers et des conséquences des pesticides [,,.] Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable, et, associée à la préservation des richesses des forêts et de la végétation tropicales dont l’attrait touristique est encore peu mis en valeur, ces objectifs pourront devenir des atouts pour un développement durable de ces îles."

 

Il nous faut parler du chlordécone (ou de la chlordécone, molécule parfois féminisée en fonction des auteurs) comme exemple flagrant de la désinformation en œuvre dès qu’il s’agit de dévoiler un réel scandale environnemental. Une leçon qu’il faudra retenir concernant cette pollution dont on commence à peine à parler : celle de l’air par les pesticides ou les particules fines.

 

Le scandale du chlordécone.

 

Le 15 mars 2014, la chaîne de télévision "Public Sénat" diffusait un documentaire réalisé par Thierry Derouet sous le titre : Chlordécone : poison durable.

 

La présentation annonçait un document sans concession : "L’affaire de la Chlordécone est le scandale sanitaire le plus retentissant de ces dix dernières années aux Antilles françaises. Cette molécule a été épandue sur les bananiers pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1993 et sûrement un peu au-delà. Classé comme cancérigène possible, ce pesticide avait été interdit dès 1976 aux États-Unis.". Cette émission télévisée constitue l’un des témoignages les plus objectifs sur ce scandale à chaque fois étouffé dès qu’il revient sur la scène médiatique.

 

Treize années plus tôt, en juillet 2001 était remis, à la ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dominique Voynet, un "rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe". La ministre n’ayant pas eu le temps de l’exploiter, car elle quittait son ministère le même mois, il semblait s’être perdu dans l’un ou l’autre des services ministériels. Il méritait pourtant mieux que cet oubli.

 

Il avait pour auteurs Henri Bonan de l’Inspection Générale des Affaires Sociales et Jean-Louis Prime de l’Inspection Générale de l’Environnement. Ce travail leur avait été demandé à la suite des résultats d’une campagne renforcée de contrôle des teneurs en pesticides dans l’eau, menée par la DDASS de Guadeloupe en 1999. Les mesures avaient montré des taux très élevés de pesticides organochlorés (Chlordécone, Dieldrine et β-hexachlorocyclohexane) dans l’eau distribuée et même dans l’eau embouteillée. Pourtant ces produits, utilisés sur les cultures de canne à sucre et surtout de bananes, étaient interdits d’usage depuis, respectivement, 1993, 1972 et 1987. Les taux de pollution mesurés avaient amené la fermeture d’une usine d’embouteillage d’eau de source et de captages alimentant plusieurs communes.

 

Parmi les pesticides retrouvés dans l’eau, les auteurs relevaient particulièrement la pollution par le chlordécone. En vingt ans au moins quatre rapports s’étaient succédés qui en décrivaient la présence et les effets, mais sans aucun succès. Pourtant depuis le grave accident survenu aux USA sur une usine fabricant du chlordécone et son interdiction dans ce pays en 1977, on connaît la nocivité de ce produit considéré comme cancérigène et facteur de troubles neurologiques. On sait aussi qu’il est fortement rémanent, on estime à plusieurs siècles sa persistance dans les sols traités où il contamine les plantes qui y poussent ainsi que les animaux et humains qui les consomment.

 

Informées du contenu du rapport Bonan-Prime les associations de consommateurs et de protection de l’environnement de Guadeloupe et Martinique sont les premières à se mobiliser mais tout est fait pour les dissuader.

 

Aux Antilles la justice coûte cher.

 

Le 24 février 2006, quatre associations guadeloupéennes, l’Union des producteurs agricoles de Guadeloupe, l’Association Agriculture-Société-Santé-Environnement, l’Union régionale des consommateurs, l’Association SOS Environnement Guadeloupe, portaient plainte contre X pour "Mise en danger d’autrui (risque immédiat de mort ou d’infirmité) par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Administration de substance nuisible ayant porté atteinte à l’intégrité d’autrui ".

 

Suite à ce dépôt de plainte, chacune a reçu du Doyen des juges d’instruction au tribunal de grande instance de Basse Terre une "Ordonnance fixant une consignation (partie civile)" ainsi libellée :

"Attendu que le plaignant a manifesté l’intention de se constituer partie civile, le plaignant ne bénéficiant pas de l’Aide Juridictionnelle, fixons à 1500 euros le montant de la consignation"

 

Au total ce sont donc 6000 euros qui sont demandés à ces associations, dont les moyens sont limités, pour que leur plainte soit simplement retenue ! Sachant que l’objectif légal d’une telle consignation est de garantir le paiement de l’amende susceptible d’être prononcée contre les associations pour le cas où leur constitution de partie civile serait jugée abusive par le tribunal correctionnel, cette mesure était clairement perçue par les associations comme une tentative de dissuasion.

 

La suite devait confirmer leurs craintes. Les associations ont choisi pour avocat Harry Durimel. Fervent défenseur de l’écologie et de la nature, il a été à la pointe de tous les combats pour la défense de l’environnement, des droits de l’Homme et des libertés. C’est en partie sous son impulsion qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée. Rejoint depuis par une dizaine de ses confrères dans ce combat, il bataille pour vaincre la résistance qu’oppose le Procureur de la République à la recevabilité de ladite plainte.

 

Le 16 Mai 2007, Harry Durimel recevait une convocation pour le 4 Juin 2007 devant un Juge d’Instruction à Pointe-à-Pitre, en vue de son éventuelle mise en examen pour des prétendus faits de violation du secret de l’instruction et entrave à sa bonne marche remontant à Février et Mars 2004, c’est-à-dire plus de 3 ans plus tôt. Une vieille et banale affaire sur fond d’écoutes téléphoniques et dans laquelle l’avocat n’était en rien concerné.

 

De l’avis unanime des avocats qui ont eu accès au dossier, (plus d’une cinquantaine d’avocats se sont constitués pour sa défense), le dossier instruit ne contenait aucun élément probant permettant de mettre en cause leur confrère et s’analysait comme "une violation massive et systématique de toutes les règles de droit". L’ordre des avocats de Guadeloupe décidait de façon unanime d’apporter son soutien inconditionnel à Harry Durimel et appelait l’ensemble des avocats à se mobiliser le lundi 4 juin 2007 en suspendant toutes activités judiciaires quelles qu’elles soient.

 

Leur motion était transmise à la Ministre de la Justice, au Conseil National des Barreaux, à la Conférence des Bâtonniers de France et d’Outremer, au Bâtonnier de Paris, à la Confédération Nationale des Avocats, à la FNTJJA, au Syndicat des Avocats de France (SAF), aux Syndicats d’Avocats de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Sous l’effet de la mobilisation l’affaire finalement se dégonflait.

 

Dans le même temps, en Martinique, une plainte pour empoisonnement était déposée par l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Martiniquais (ASSAUPAMAR). Sept ans se sont passés et l’instruction est toujours en cours.

 

Quand l’affaire du chlordécone se transforme en affaire Belpomme.

 

Le 18 septembre 2007, le Professeur Dominique Belpomme, cancérologue, rendait public un "Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d’un plan de sauvegarde en cinq points."

 

A la demande d’élus et d’associations de la Martinique, le Professeur Belpomme s’était rendu sur place pendant une courte semaine début mai. Il avait pu mesurer la détresse de la population et celle des élus qui malgré les demandes adressées aux autorités métropolitaines constataient le poids d’une Omerta généralisée. Le rapport qu’il rédige alors est essentiellement une compilation de ce qui n’est déjà que trop connu sur la nocivité du chlordécone et la pollution généralisée des Antilles. Tout en regrettant que ces études n’aient pas été menées également en Martinique, il reprend les premières conclusions des études épidémiologiques menées en Guadeloupe : Karu-prostate (sur le cancer de la prostate), Hibiscus (sur le taux de contamination de la population), Timoun (sur les femmes enceintes et les nouveaux-nés).

 

En résumé il conclut que :
"Les Antilles traversent actuellement une crise extrêmement grave liée à l’utilisation massive de pesticides depuis de nombreuses années. Cette crise revêt en Martinique deux aspects principaux :
(1) Au plan agricole, la détérioration progressive des sols avec pour conséquences leur stérilisation et la possibilité de sérieux problèmes alimentaires.
(2) Au plan de la santé publique, la très forte augmentation d’incidence des cancers de la prostate et du sein, et possiblement une augmentation du nombre des cas de malformations congénitales et de pertes de fécondité."

 

Dans l’un et l’autre cas, ajoute-t-il " ces phénomènes risquent d’être à l’origine, dans l’immédiat, de problèmes économiques et sanitaires sérieux et, à terme, d’un dépérissement de l’île et de sa population".

 

D’où son appel à l’action :

 

"Pour sauver les Antilles du désastre économique et sanitaire qui s’annonce et protéger les générations futures, il est urgent d’agir non seulement en gérant efficacement la crise actuelle, mais aussi en faisant en sorte qu’elle ne se renouvelle pas, autrement dit en réformant les pratiques agricoles et économiques actuelles, en vertu du principe de précaution."

 

Rien de bien révolutionnaire. Tout cela a déjà été écrit et publié. Mais le Professeur Belpomme est une personnage "médiatique" qui ne rechigne pas à s’exposer aux feux de la rampe. Par ailleurs, les titres à scandale font recette : "Cancer aux Antilles : publication du rapport Belpomme" titrait un grand hebdomadaire national relayé par ses confrères de la grande presse, par les radios, les télévisions. Les gros titres et les extraits qui les accompagnaient ne rendaient pas réellement compte du contenu du rapport mais le cancer fait parler et fait vendre. Cette publicité surfaite a pourtant atteint son objectif : on ne peut plus ignorer en métropole le drame qui se vit aux Antilles. L’accusation est grave : on a empoisonné la Guadeloupe et la Martinique !

 

Ici commence "l’affaire Belpomme".

 

Rapidement une mobilisation se développe pour discréditer une étude qui pourtant ne mérite pas tant d’honneurs. Le journal Ouest-France, daté du 21 septembre 2007 soit trois jours après la publication du rapport, titre : "Pas de catastrophe sanitaire aux Antilles". Sont interrogés les chercheurs du laboratoire Inserm de Rennes qui mènent les études sur le chlordécone en Guadeloupe. Manifestement la mission est d’étouffer le scandale.

 

Trop de cancers de la prostate ? Réponse des chercheurs : "l’indice élevé de cancers de la prostate se retrouve dans les autres îles caraïbes et dans la population noire américaine. En revanche, il y a moins de cancers du testicule que dans la population blanche". Perte de fertilité masculine ? "les chercheurs ont capturé des rats sauvages vivant sur des sols contaminés : leur reproduction semble partiellement altérée. Mais on ne retrouve pas ce résultat chez les ouvriers dont le sperme a été analysé". Problème sur les femmes enceintes ? "on ne voit pas émerger un facteur de risque qui dépasserait les autres".

 

En résumé : circulez il n’y a rien à voir dans les Antilles. Plus grave, l’article prête à l’un des scientifiques, le professeur Multigner, des propos clairement diffamatoires : "je conçois que des scientifiques puissent avoir des opinions différentes, mais je trouve inadmissible que l’on utilise le mensonge".

 

Mensonge ? Interrogé le 7 novembre 2007 par la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Luc Multigner ne reprenait pas le propos mais regrettait simplement que "aucune concertation préalable n’ait été faite avec un certain nombre d’experts de santé publique ayant dans leur domaine déjà travaillé sur cette question, tels ceux, par exemple, de l’unité 625 de toxicologie de l’Inserm, de l’unité 292 "Fertilité" du même institut, ou les services de néonatalogie et de pédiatrie du CHU de Pointe-à-Pitre, ou encore des urologues s’agissant de l’évolution des cas de cancers de la prostate". Pas de mensonge donc mais un crime de lèse majesté : on n’avait pas consulté les "experts".

 

Mais que nous disaient alors ces "experts" ? Question déontologie le chercheur de l’Inserm aurait pu, lui aussi, recevoir quelques leçons car au moment même où il accusait son confrère de mensonge il avouait que lui même n’était pas en mesure d’affirmer quoi que ce soit : " Dans un an à dix huit mois, nous pourrons répondre aux interrogations les plus urgentes. Personne n’est en mesure d’affirmer qu’il y a catastrophe sanitaire. Il est possible qu’il y ait certains effets, mais personne n’a la réponse". Donc, si on le comprenait bien, l’équipe de l’Inserm ne saurait pas avant un an au minimum s’il y avait, ou pas, "catastrophe sanitaire" aux Antilles mais cela ne l’empêchait pas cependant d’affirmer qu’il n’y en avait pas. Nous verrons par la suite que les résultats définitifs se montreront pourtant bien préoccupants et viendront contredire cet optimisme de commande.

 

Notons que la leçon n’a pas été retenue et que, quelques années plus tard, le même déchaînement médiatique allait s’abattre sur le professeur Séralini et son étude sur les effets du Roundup.

 

L’affaire Belpomme et après.

 

Décrire toutes les études actuellement réalisées aux Antilles sur le problème de la pollution par le chlordécone, rapporter la détresse des populations concernées et la lutte des associations pour obtenir des mesures de protection et de retour à la normale prendrait plusieurs volumes. Contentons nous de jeter un rapide coup d’œil sur ce qui est aujourd’hui avéré.

 

Dans une publication de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) du 22 juin 2010, on lit sous le titre : "Exposition au chlordécone et risque de survenue du cancer de la prostate", l’introduction suivante :


"des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 625 - Groupe d’Étude de la reproduction chez l’homme et les mammifères, Université Rennes 1), du CHU de Pointe-à-Pitre (Service d’urologie, Université des Antilles et de la Guyane) et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l’exposition au chlordécone, un insecticide perturbateur endocrinien employé aux Antilles françaises jusqu’en 1993, est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate."

 

On été suivis, entre 2004 et 2007, des hommes originaires de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Haïti, Dominique). Leur exposition au chlordécone avait été évaluée par une méthode originale d’analyse de la molécule dans le sang. La réponse aux interrogations de 2007 était donc claire et le journal Libération pouvait titrer "Le Chlordécone augmente le risque de cancer", ce que le journal Le Monde traduisait plus tard par "Guadeloupe : monstre chimique" sans risquer cette fois de s’attirer les foudres des "autorités scientifiques".

 

Moments de vérité à l’émission Public-Sénat.

 

Revenons à l’émission de Cécile Everard et Thierry Derouet, sur le " Chlordécone : poison durable". Parmi les personnes interrogées se trouvaient Luc Multigner (Inserm U625, Rennes et Pointe-à-Pitre) et Pascal Blanchet (Service d’Urologie du CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes) deux des coauteurs de l’article cité précédemment.

 

Moments de vérité :

 

Luc Multigner : "le chlordécone était arrivé à contaminer la majorité voire l’ensemble de la population essentiellement par voie alimentaire."

Pascal Blanchet (au sujet du cancer de la prostate) : "c’est un cancer qui est beaucoup plus fréquent que dans les autres régions de France. Deux fois plus de cancers et on en meurt deux fois plus. C’est celui qui saute aux yeux de toutes les familles parce que chaque famille a un membre homme de sa famille qui a été touché et il représente à lui tout seul chaque année 500 nouveaux cas en Guadeloupe 500 nouveaux cas en Martinique ce qui fait la moitié des nouveaux cancers tous sexes confondus. Le chlordécone est un facteur de risque supplémentaire de survenue du cancer de la prostate dans nos deux régions."

 

Luc Multigner : "parallèlement on s’est intéressé aux effets sur l’enfant pendant la vie intra-utérine et pendant la vie extra-utérine ce que l’on appelle le développement postnatal. Ce que nous avons constaté c’est que l’exposition prénatale a une influence sur le développement et en particulier sur deux aspects, l’un que l’on appelle la mémoire récente chez les enfants de 7 ans et puis l’autre ce qu’on appelle la motricité fine, la motricité fine étant la capacité à pouvoir articuler, jouer avec des jeux c’est toute cette capacité d’appréhension des objets. Alors ce que l’on a constaté c’est que plus les mamans étaient exposées au chlordécone plus les scores qu’on pouvait déduire de ces différents tests étaient moins bons. Est-ce que c’est grave docteur ? En soit non. Mais pour nous c’est un signal , une alarme car on sait de plus en plus que des petites modifications subtiles peuvent éventuellement perdurer dans le temps et être des signes précurseurs d’effets, alors cette fois ci d’effets de santé importants qui vont se manifester uniquement à un âge avancé".

 

Ce jour là ces chercheurs ne parlent pas la langue de bois. Sans doute, dans ce moment de vérité, faut-il s’efforcer d’oublier les propos anciens de Luc Multigner à l’encontre de Dominique Belpomme. Certainement faut-il surtout regretter, sans s’en étonner, que son témoignage d’aujourd’hui ne rencontre pas la même couverture médiatique que celui de Belpomme qui, sans avoir le même poids scientifique, avait quand même réussi à alerter l’opinion publique.

 

Luc Multigner est d’ailleurs le premier à stigmatiser l’indifférence hexagonale à ce problème antillais :

 

"Imaginez un instant que le chlordécone, au lieu d’être utilisé aux Antilles, ait été utilisé dans une région comme la région bretonne et que une bonne partie des sols agricoles soient pollués pendant des décennies voire pendant des centaines d’années avec un contaminant qui est quand même d’un potentiel toxique très important et qui contaminerait 90% de la population bretonne. Vous imaginez l’impact ou la perception que cela aurait eu. Alors peut-être que parce que les Antilles sont loin, parce que l’Outremer est loin, on a du mal à percevoir l’étendue de ce problème. Et comme le problème est relativement nouveau il faut faire preuve d’imagination et cette imagination ne doit pas être partagée, seulement par le scientifique, mais par tous les acteurs du dossier et, bien sur, par la puissance publique".

 

Nous reparlerons de la Bretagne qui ne connaît pas le chlordécone mais n’est pas épargnée par d’autres polluants et nous quitterons provisoirement les Antilles en citant le commentaire qui conclut ce superbe moment de télévision :

 

"Avec une échelle géographique réduite les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole des dangers et des conséquences insoupçonnées de l’emploi des pesticides, Le mal est fait, les générations futures devront se débrouiller avec la nature mais aujourd’hui chaque Antillais porte en lui une parcelle de la pollution dans son sang et dans son âme."

 

Les enfants, premières victimes de la pollution.

 


Retrouvons cette émission télévisée, décidément très riche, de Public-Sénat. Dans le débat qui suit le reportage réalisé aux Antilles, Benoît Duquesne a invité, entre autres, le professeur Narbonne, toxicologue. Pour répondre à l’avocat des associations guadeloupéennes qui déclarait que "si ça s’était passé en Bretagne, les choses n’auraient pas évolué de la même façon", il répondait : "il y a la même contamination en Bretagne. Il y a la même étude qui se fait en Bretagne aujourd’hui sur les femmes enceintes pour regarder les effets de l’exposition aux pesticides puisque la Bretagne est un pays agricole qui a beaucoup utilisé de pesticides. On a vu là aussi les problèmes d’élevage avec les proliférations d’algues, les résidus d’antibiotiques dans l’eau et donc la Bretagne est extrêmement polluée".

 

Et à Benoît Duquesne qui remarquait que dans le film "il y a quelqu’un qui dit regardez ce qui se passe en Bretagne, il suffit qu’il y ait quelques algues vertes, un cheval qui meurt et c’est une affaire nationale ! ", il répondait : "ce n’est pas un hasard si la même équipe d’épidémiologie qui est en train d’étudier ce qui se passe aux Antilles vient de Rennes, Donc ça veut dire que le cœur de l’épidémiologie des effets des pesticides est en Bretagne et qu’on a délocalisé une équipe sur les Antilles".

 

Ainsi donc la Bretagne et les Antilles sont les sujets principaux des épidémiologistes qui étudient les effets de la pollution par les pesticides sur les femmes enceintes et leurs enfants. En Guadeloupe l’étude s’appelle Timoun, un joli mot du créole guadeloupéen signifiant enfant. En Bretagne elle s’appelle Pélagie. Pélagie comme la déesse de la mer ? Non, Pélagie comme "Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance" ! C’est moins poétique mais c’est beaucoup plus parlant.

 

Timoun, grossesse et chlordécone aux Antilles.

 

L’étude Timoun a été menée sur une "cohorte mères-enfants" incluant 1068 femmes (ne pas s’effrayer, la "cohorte" est ici un terme scientifique bien pacifique). Ces futures mères ont été vues en consultation en fin de grossesse dans les maternités de Guadeloupe entre 2004 et 2007. Les données sociodémographiques, médicales et celles concernant l’alimentation pendant la grossesse ont été recueillies par questionnaire et dans les dossiers médicaux. La concentration de chlordécone a été mesurée dans le sang maternel recueilli à l’accouchement.

 

Conclusion : "Nos résultats suggèrent un impact possible de l’exposition chronique par le chlordécone sur une diminution de la durée de gestation. Elle est plausible compte tenu de l’action du chlordécone sur les récepteurs aux œstrogènes et/ou à la progestérone in vitro et in vivo, lesquels jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de l’accouchement. Cette association est observée après prise en compte des autres facteurs de risque de prématurité et ce risque, s’il est avéré, est susceptible de contribuer au taux de prématurité élevé présent dans cette population. Des recommandations ont été mises en place depuis plusieurs années en vue de réduire les apports alimentaires en chlordécone et donc l’imprégnation globale de la population".

 

Et les nouveaux nés ?

 

Sur le site de l’Inserm un article de septembre 2012 indique que 153 nourrissons, garçons et filles, ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. La conclusion mérite d’être citée :

 

"L’exposition prénatale au chlordécone a été estimée par son dosage sanguin dans le sang du cordon. L’exposition post-natale a, quant à elle, été estimée par son dosage dans le lait maternel ainsi que par la fréquence de consommation par les nourrissons de denrées alimentaires susceptibles d’être contaminées par le chlordécone. Puis, la mémoire visuelle, l’acuité visuelle et le développement moteur des nourrissons ont été testés."
 

Les scientifiques notent un lien entre exposition prénatale au chlordécone et perturbations de l’attention et de la motricité du nouveau né. L’exposition postnatale, quant à elle, a été retrouvée associée à des troubles de la mémoire visuelle et de la capacité d’attention.

 

"En conclusion, l’exposition prénatale au chlordécone ou postnatale via la consommation alimentaire est associée à l’âge de 7 mois a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons".

 

Les chercheurs rapprochent ces troubles de certaines particularités décrites dans le passé chez des adultes exposés professionnellement au chlordécone et caractérisées par un appauvrissement de la mémoire à court terme. Ils et elles s’interrogent aussi sur la possibilité que ces observations, faites chez les nourrissons à l’âge de 7 mois, puissent annoncer de troubles permanents à un âge plus avancé. Pour Sylvaine Cordier et Luc Multigner, "seul le suivi des enfants au cours des années à venir permettra de répondre à ces interrogations". Les enfants de la cohorte Timoun font l’objet actuellement d’un suivi à l’âge de 7 ans.

 

Aux Antilles : savoir et après ?

 


Sans doute n’y a-t-il pas une région française où la connaissance de la pollution et de ses effets soit mieux connue qu’aux Antilles. L’affaire du chlordécone s’y est traduite par les programmes d’étude Karuprostate, pour le cancer, ou Timoun pour l’effet sur les femmes enceintes et leurs enfants. On ne peut donc pas ignorer que les hommes contaminés par le chlordécone ont un risque accru de cancer de la prostate et que les femmes enceintes risquent de mettre au monde des enfants prématurés, de faible poids ou de développement cérébral perturbé. Mais que leur propose-t-on ? Des moyens supplémentaires sont-ils déployés dans les Antilles pour traiter ces cancers spécifiques ? Les femmes dont les enfants ont été classés "à risque" en ont-elles été informées ? Des mesures spécifiques sont-elles prévues pour les aider et suivre leurs enfants dans leur développement physique et intellectuel. Ne leur laisse-t-on, en échange de leur participation volontaire à l’étude qui les concernait, que le poids d’un sentiment de culpabilité impuissante ? Et pour ce qui concerne les femmes en désir d’enfant, faut-il leur conseiller de faire analyser au préalable leur sang pour y détecter le taux des polluants qui imprègnent leur corps. Peut-on leur indiquer un moyen de s’en débarrasser ou existe-t-il un moyen d’en prévenir les effets. Savoir sans rien pouvoir ne serait-elle pas la pire des épreuves ?

 

Et la culpabilisation ne s’arrête pas au seuil de la maternité. Comment nourrir sa famille dans une région dont on découvre que les sols sont contaminés pour des siècles.

 

Visite au jardin créole.

 

Dans les îles de la Caraïbe, le "jardin créole", qui fournit aux populations une part de leur autonomie alimentaire, est un héritage des civilisations amérindiennes et africaines. Cet élément incontournable du paysage rural et culturel des Antilles est un concentré d’agro-écologie. Sur à peine 200m2, fourmillent une multitude de plantes vivrières, fruitières, aromatiques, médicinales, destinées principalement à l’autoconsommation familiale. Comme dans une forêt, les espèces sont agencées de manière à occuper une "niche écologique" permettant leur coexistence et leur coopération. Sur un même carré de terre on voit pousser cinq légumes différents : du choux paumé, des carottes, de la patate douce, de l’igname, du céleri... Chacun attire des insectes différents qui se neutralisent les uns les autres. Certaines plantes offrent des services à leur voisine : elles peuvent capter l’azote de l’air pour le fournir aux autres plantes, ou encore couvrir le sol et éviter l’érosion et la pousse de plantes indésirables. Des chercheurs du centre Inra Antilles-Guyane, des agronomes, des mathématiciens, des informaticiens, des écologues étudient les associations végétales de ces jardins créoles et les techniques traditionnelles qui y fleurissent.

 

Et pourtant les jardins créoles sont aujourd’hui présentés comme un danger dont il faut se prémunir. Installés à proximité des zones bananières ou sur des sols ayant été occupés par cette culture, certains sont gorgés de chlordécone. Pendant des années personne ne s’en est préoccupé mais quand a éclaté "l’affaire Belpomme", c’est à dire la tempête médiatique déclenchée par les révélations du cancérologue, la ministre de la santé Roselyne Bachelot, s’était précipitée pour annoncer le renforcement des LMR (limites maximales de résidu) les faisant passer de 50 microgrammes à 20 microgrammes par kilogramme d’aliment. Sous le prétexte de chercher à étouffer le scandale enfin dénoncé en métropole, elle raidissait les normes à défaut de pouvoir éliminer la pollution. Elle créait, ainsi, une panique dans la population antillaise : que consommer de son jardin, que vendre sur les marchés ?

 

Pour enterrer un problème politique on crée une "commission", pour noyer un problème environnemental, on rédige un "programme". Dans le cas présent le programme s’appelle JAFA (programme de santé Jardins Familiaux). Il a pour but de dissuader les Antillais de consommer les produits de leur jardin.

 

Une présentation de ce programme par le "Comité Guadeloupéen d’Éducation pour la santé" et les Directions de "la Solidarité et du Développement Social" de Guadeloupe et Martinique montre des cartes où de larges plages de points rouges ciblent les zones contaminées. L’objectif est clairement annoncé : "amener 50% des personnes à risque s’alimentant à partir de jardins familiaux ou de circuits courts de distribution, à limiter la fréquence de consommation de légumes racines (madère, patate douce, igname) à 2 fois par semaine maximum - Amener 20% des personnes à risque s’alimentant à partir de jardins familiaux à diversifier leurs cultures avec d’autres alternatives telles que : fruit à pain, poyo, banane, pois d’Angole, giromon".

 

Le paradis antillais serait donc devenu l’équivalent d’un Tchernobyl ou d’un Fukushima où il faut se munir d’un compteur Geiger avant d’aller faire son marché. Là-bas, le menu de la semaine doit être programmé en fonction de la radioactivité ingérée. Ici faudra-t-il établir, chaque semaine, le bilan du chlordécone absorbé par les membres de la famille. Sommes nous les observateurs d’une nouvelle diététique qui aurait pour fonction non plus de choisir le meilleur de l’alimentation mais d’en éliminer le pire.

 

Limiter la consommation de produits du jardin ? Mais ce sont les familles les plus modestes qui en sont les premières consommatrices. Que trouve-t-on parmi les propositions qui leur sont faites pour remplacer les moyens qu’elles s’étaient données de subvenir à leur besoins : l’assistanat sous forme de portage de repas ou d’épicerie sociale... et, cerise sur le gâteau, dans le document qu’elles ont rédigé, ces directions chargées "d’éducation à la santé" et de "développement social", osent proposer, afin d’éviter les pratiques nutritionnelles à risque, le "remplacement des ignames par des chips" !

 

Du jardin jusqu’au champ.

 

Côté agriculteurs, la situation est de même nature. Un arrêté préfectoral du 20 octobre 2003 régit les conditions de plantation et de culture de certaines productions végétales en Guadeloupe. Il rend obligatoire l’analyse du chlordécone dans le sol avant mise en culture pour tous les producteurs de produits vivriers et maraîchers (légumes racines, ignames, dachines, madères, patates douces... ). Si les résultats sont négatifs, l’agriculteur peut mettre en place sa culture sans condition. Dans le cas contraire, il est incité à choisir une autre production et, s’il persiste dans son intention, il est tenu de faire analyser ses produits avant sa mise en marché et de les détruire s’il y trouve du chlordécone.

 

Ce sont donc les agriculteurs, et eux seuls, qui doivent assumer la responsabilité de produire des légumes exempts de pollution au chlordécone. Ce que dénonce l’Union des Producteurs Agricoles de la Guadeloupe (UPG). Ils ne contestent pas la nécessité d’informer sur la présence de cette substance dans les sols, dans l’eau, les denrées alimentaires, les végétaux, les animaux. Mais il est inadmissible, disent-ils, que, aujourd’hui, "les agriculteurs soient les seuls pointés du doigt par la population dans ce problème. Il faut clairement établir les responsabilités de chacun et les divulguer car les agriculteurs sont des victimes dans cette affaire. Ce ne sont pas eux qui ont autorisé la mise en marché de cette molécule ni eux qui l’ont produite !!! ". En autorisant l’usage du chlordécone dans les Antilles, constatent-ils, "les arrêtés ministériels et les règlements phytosanitaires de 1972 appliqués en métropole ont été bafoués par des administratifs de plus haut lieu afin que les lobbies locaux commerçants puissent mettre en marché ce produit dangereux interdit depuis 1973 en métropole. L’État a commis une faute grave et par conséquent doit la réparer".

 

Réparer d’abord en indemnisant les agriculteurs pénalisés et ils rappellent les sommes allouées aux agriculteurs bretons pour réduire leurs épandages sur les zones où prolifèrent les algues vertes. Réparer en aidant à la reconversion des cultures. Réparer en établissant une cartographie précise des sols contaminés. Réparer en donnant tous les moyens humains et financiers à la recherche pour leur décontamination. Pourtant, nous le savons, la réparation devra tenir compte du temps de réaction des éléments naturels. Au moins pourrions nous accélérer le processus en appliquant la recommandation du rapport d’évaluation des plans d’action chlordécone aux Antilles présenté en octobre 2009 :

 

"Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable".

 

A condition qu’on leur apporte toute l’aide nécessaire, nos compatriotes des Antilles, ayant subi, plus que d’autres, les effets de molécules chimiques qui affecteront plusieurs générations, peuvent gagner ce combat pour la suppression totale de l’usage des pesticides chez eux. Une première victoire qui devrait inspirer les autres régions métropolitaines.

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 12:27

Au moment où le tramway et les voitures électriques font l’actualité parisienne couplés avec le problème de la pollution de l’air et celui de la lutte contre l’effet de serre, il peut être instructif de se pencher sur l’histoire des débuts de la locomotion automobile qui, comme nombre de nouveautés, commence à Paris.

 

Une période où la principale pollution parisienne était due au crottin de cheval, où le pétrole servait essentiellement à alimenter les lampes et où les tenants du "progrès" espéraient beaucoup de la traction électrique.

 

(première mise en ligne 22 février 2007.)

 


Les premiers Tramways : le choix de l’électricité.

 

Parlons d’abord du Tramway.

 

Ce n’était pas une invention nouvelle : des voitures sur rail transportant de nombreux voyageurs et tractées par des chevaux circulent déjà sur des lignes exploitées par plusieurs compagnies privées. Cependant, à partir de 1892, la préfecture de Paris autorise les compagnies exploitantes à adopter des véhicules pourvus d’une traction autonome.

 

L’air comprimé

 

La "Compagnie générale des omnibus" qui exploite les lignes Cours-de-Vincennes-saint-Augustin, Louvre-Versailles et Louvre-Saint-Cloud, choisit des moteurs à air comprimé qui fonctionnent déjà sur les tramways nogentais. Une méthode non polluante dont on parle encore aujourd’hui sans oser l’adopter massivement alors qu’elle est tout à fait réaliste.

 

L’électricité

 

La "Compagnie des tramways de Paris et du département de la Seine" adopte la traction électrique sur les lignes qui lui sont concédées à savoir : Madeleine-Saint-Denis, Neuilly-Saint-Denis, Saint-Denis-Châtelet.

 

Ces élégantes voiture de 56 places disposent d’une impériale couverte. Chacun de ses essieux sera muni d’une dynamo Gramme ou Siemens de 15 chevaux et seront autorisées à rouler à une vitesse de 12 km/h à Paris et de 16 km/h au-delà des fortifications.

 

Les voitures fonctionneront sur batteries d’accumulateurs. La station centrale pour la charge des accumulateurs est établie à Saint Denis, au dépôt des tramways route de Gonesse. Un frein électrique puissant permettra d’arrêter le véhicule sur une distance de 3 mètres. Sécurité et respect de la qualité de l’air font partie des impératifs du moment.

 

En 1898 la Compagnie exploite une nouvelle ligne joignant République à Aubervilliers et à Pantin. L’alimentation se fait par accumulateurs en ville et par trolleys aériens extra muros. L’usine d’alimentation électrique se trouvant à Aubervilliers.

 

 

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2007. Le tramway revient à Paris.
 

Quand le moteur remplace les chevaux des fiacres.

 

Entre le 1er et le 12 Juin 1898, l’automobile club de France organise un "concours de fiacres automobiles". Le programme impose un parcours varié, au minimum de 60 km par jour sur une durée de 16 heures. Il est précisé que tous les véhicules doivent offrir le confort maximum aux passagers, qu’ils doivent être munis d’un compteur kilométrique, de deux freins (l’un progressif, l’autre instantané) et d’une marche arrière.

 

Sur les 26 véhicules inscrits, 16 sont électriques, 10 à essence de pétrole. Après 11 jours de tests sévères, une parade est prévue pour le 12 Juin jusqu’à Versailles avec retour par le bois de Boulogne. Le 15 juin ils seront livrés à l’admiration de parisiens dans une des premières expositions automobiles.

 

Le premier jour du concours seules 12 automobiles seront au rendez vous : 11 électriques et une seule à pétrole.

 

La voiture à essence de pétrole a fonctionné correctement avec une vitesse supérieure à celle indiquée mais elle ne reçoit aucun prix : elle consomme de trop à un moment où l’essence de pétrole coûte cher. D’autre part, son prix de construction est très élevé.

 

"Il semble désormais acquis par l’expérience que le fiacre à moteur à essence de pétrole ne saurait constituer un système d’exploitation de voitures publiques dans une grande ville" devait déclarer le jury.

 

Un propos que, cent ans après et pour d’autres raisons, nous pouvons reprendre à notre compte : le moteur à essence n’a plus sa place dans une grande ville. Dans moins de cent ans il n’aura d’ailleurs plus sa place nulle part car il n’y aura plus de pétrole. Moins de deux siècles auront suffi pour transformer une richesse accumulée dans le sol pendant des millions d’année en un dangereux déchet atmosphérique.

 

Les voitures électriques sur le podium.

 

Le premier prix de 1000 francs a été attribué à deux constructeurs. M. Kriéger pour un "coupé à galerie" et M. Jeantaud pour un "cab". Il s’agit encore de voitures à chevaux, coupé ou cabriolet, mais sans chevaux. Elles en ont gardé la forme et le nom.

 

 

Le fiacre de la compagnie des transports automobiles a reçu le second prix de 600 francs. On imagine déjà pour l’année suivante un concours d’accumulateurs afin d’améliorer le poids et l’autonomie des véhicules. Pour le moment le champion est l’accumulateur "fulmen" du constructeur Brault.

 

Une affaire sérieuse

 

Il ne faut pas un an avant que les premiers fiacres électriques roulent à Paris. La "compagnie générale des voitures" a mis au point un modèle de série dont l’originalité réside dans le fait que les accumulateurs sont amovibles. Au lieu de les recharger sur le véhicule lui-même, et donc d’immobiliser celui-ci, ils le sont à l’usine. La capacité des accumulateurs est de 135 ampère-heure et permet un trajet de 60 km. Un simple passage par l’usine sur le trajet permet de ne pas interrompre le service.

 

L’usine est construite à Aubervilliers, rue du pilier, sur un terrain de quatre hectares. Près de l’usine de charge des batteries, un circuit parsemé d’obstacle permet de former les conducteurs. La piste est formée des sections de nature variable : pavés de bois, de grès, macadam, asphalte, bitume, pavés gras… avec des rampes de 5, 8 et 10%. Sur la route des silhouettes de femmes, d’enfants, une poussette, une bicyclette…

 

Les industriels initiateurs du projet ont fait un pari. Bientôt se tiendra à Paris l’exposition universelle de 1900 qui devrait être le clou du siècle. Ils espèrent mettre 1000 véhicules en circulation.

 

La première voiture de tourisme est, elle même, électrique

 

Un public riche et "moderne" existe pour des véhicules autonomes à faire parader au bois de Boulogne. Les constructeurs sauront répondre à cette demande.

 

 

La voiture électrique ci-dessus peut même se recharger en chemin. Dans le coffre, un petit moteur à pétrole permettra de recharger la batterie défaillante.

 

La suite de l’histoire ?

 

Le moteur à explosion a, lui aussi une vieille histoire. C’était d’ailleurs l’objet principal de la recherche du français Nicéphore Niepce, plus connu pour avoir "inventé" la photographie.

 

Dès le début du siècle il avait été capable de faire circuler sur la Tamise une barque propulsée par une hélice reliée à un moteur à explosion. Si le principe était bon, il manquait le combustible commode. Niepce pour sa part utilisait les spores très fins d’un champignon, le lycopode, dont la poudre, très inflammable, était utilisée au théâtre pour simuler la foudre.

L’invention eut peu de succès mais l’idée n’était pas perdue. Vers 1890 des mécaniciens habiles imaginaient d’utiliser les vapeurs d’essence de pétrole pour déclencher l’explosion. En 1896, un certain Diésel proposait un moteur astucieux.

 

Ces moteurs bruyants et malodorants avaient un avantage : ils autorisaient des véhicules plus légers et plus rapides. Exactement ce qu’il fallait pour organiser, hors des villes, les premières grandes courses automobiles.

 

Rapidement, la faveur de ces courses amènera à améliorer les performances des moteurs. A la sagesse du transport en commun urbain allait succéder la folle aventure de la vitesse et du tourisme et l’emballement du transport routier.

 

A présent qu’un nouveau cycle commence, qui verra la fin de l’ère du tout pétrole, la "belle époque" semble vouloir nous faire un clin d’œil.

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Une voiture électrique en 2007 qui garde bien des caractéristiques de son ancêtre de 1898.

Mieux encore. L’alliance de deux inventions des années 1900 : la bicyclette et la voiture électrique.

 

Un vélo-taxi "hybride" (moitié sueur, moitié kwh), croisé dans Paris le 3 juillet 2008.



Voir encore :

diaporama

ou :

1925, voiture électrique, le retour.


 

Voiture électrique ou voiture nucléaire ?

 

Pour alimenter les voitures électriques faudra-t-il de nouvelles centrales nucléaires ?

 

 

Ne peut-on lier le développement des voitures électriques avec celui de l’électricité renouvelable ?

 

Par exemple avec des voitures solaires ?

 

 

Pour lutter contre l’effet de serre ne faudrait-il pas plutôt limiter les voitures individuelles et développer les transports en commun ?

 

Le débat est ouvert.


Voir aussi :

 

Histoire de l’électricité. L’exposition Internationale d’électricité de 1881, à Paris.


Pour une histoire complète de l’électricité voir l’ouvrage publié en septembre 2009 chez Vuibert

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On parle aussi des premières voitures électriques dans :

 

Histoire du carbone et du CO2.

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Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…,


coupable : le dioxyde de carbone.

 

Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone
et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.
 

Seront-ils entendus ?

 

Un livre chez Vuibert.

 

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 10:38

A Landivisiau, un projet de centrale électrique sous haute tension

3 mai 2019 Par Christophe Gueugneau // Mediapart

Le chantier d’une future centrale à gaz a commencé fin janvier dans le Finistère. Les opposants s’activent pour retarder les travaux. Mais la répression est féroce : militants gardés à vue, amendes, convocations… et une manifestation prévue samedi qui risque d’être interdite. Sur le front juridique, une audience décisive a lieu vendredi à Nantes.

Landivisiau (Finistère), de notre envoyé spécial. – C’est un face-à-face récurrent depuis quelques semaines : côté route, sur le bas-côté, une dizaine de militants sortent les sardines en boîte et les sandwichs, le café et le jus de pomme pour un pique-nique improvisé ; de l’autre côté du fossé, un maître-chien marche de long en large. Entre les deux : une barrière de deux mètres de haut qui encercle le terrain d’une future centrale électrique fonctionnant au gaz. Depuis la fin janvier, les premiers coups de pelleteuse ont résonné sur le vaste terrain retenu pour le projet. Et depuis ce jour, les opposants n’ont de cesse de montrer leur détermination.

Lundi 29 avril, les militants découvrent éberlués qu’une deuxième rangée de barrière est en cours d’installation. « On dirait les douves d’un château », grince l’un d’eux. « On avait déjà les vigiles, les maîtres-chiens, la vidéosurveillance, et voilà donc qu’ils en rajoutent une couche », ajoute un autre. Un film plastique noir est ensuite tendu sur la seconde barrière – sans qu’on sache si cela sert à masquer aux yeux extérieurs ce qui se passe à l’intérieur ou, au contraire, à cacher à la vue, de l’autre côté, tout rassemblement extérieur. Plus glaçant encore, un panneau fixé à la barrière extérieure annonce : « Chantier interdit au public – Site placé sous vidéo protection – Traçage ADN - intervention sur site ».

Alors que la France, son président en tête, se veut « championne du climat », les chantiers récents, dénoncés comme non climato-compatibles ou polluants, poussent à l’abri des barrières. Comme à Bure et son futur site d’enfouissement de déchets nucléaires – il s’agit-là d’un mur ; comme en banlieue de Strasbourg – le chantier de l’autoroute du « grand contournement ouest » ; comme à Romainville en banlieue parisienne – une forêt sauvage remplacée par une base de loisir. Il faudrait rajouter l’adjectif « enclos » à l’expression « grands projets inutiles et imposés ».



À Landivisiau, les barrières « protègent » pour l’instant une friche. Ici devrait voir le jour une centrale à cycle combiné gaz d’une puissance de 446 MW (mégawatts). L’appel d’offres a été remporté en 2012 par Direct Energie, allié pour la circonstance à l’industriel Siemens. La Compagnie d’électricité de Bretagne (CEB) a été créée pour l’occasion. Le coût estimé de l’opération est d’environ 490 millions d’euros. Mais il faut ajouter à cela un gazoduc de 20 km pour l’alimenter, un autre de 111 km pour renforcer le réseau, et une ligne très haute tension pour acheminer l’électricité produite vers le poste de La Martyre, à 18 km. Direct Energie a depuis été rachetée par Total.

Le début du chantier le 21 janvier, après beaucoup de retard, a réveillé les opposants. Par petits groupes, ils tentent depuis de ralentir les travaux, en empêchant les camions et autres tracteurs de rentrer ou de sortir. Une manifestation, le 23 février, a rassemblé mille personnes (Landivisiau compte 9 000 habitants). Une partie de la barrière est tombée ce jour-là. Et trois jours plus tard, des militants ont tenté de s’opposer à ce qu’elle soit remise en place.

Jean-Yves Quéméneur est un grand gaillard avec un large ciré rouge. Il est président de Force 5. L’association – environ 160 membres à jour de cotisation – a obtenu depuis peu, devant la justice, la reconnaissance de son droit à agir, qui lui était contesté. Son président se retrouve depuis lors particulièrement visé par la riposte des autorités. Le 20 mars, avec d’autres camarades, il a tenté de bloquer la circulation à proximité du chantier. Quelques palettes, une quinzaine de personnes. Les gendarmes ont foncé, à quatre pour l’extraire. Sept heures de garde à vue plus tard – dont deux heures en « chambre de sécurité », dit-il – le voici convoqué au tribunal le 17 janvier prochain.

Loïc Le Polles, de l’association « Landi doit dire non à la centrale » (LDDNC, environ 400 adhérents mais une centaine d’actifs et un noyau dur d’une trentaine) : « Le sénateur Jean-Luc Fichet [Finistère, socialiste – ndlr] a appelé le préfet, qui lui a confirmé que Jean-Yves était particulièrement dans le collimateur. »

De fait, il n’est pas le seul dans le collimateur. Jeudi 2 mai, une réunion à la préfecture en vue d’une manifestation prévue samedi 4 mai ne s’est pas bien déroulée. Arguant que la sécurité du cortège n’était pas bien assurée, la préfecture a en effet décidé d'interdire un périmètre autour de la centrale. À 48 heures de l’événement, déjà annoncé, c’est un coup dur pour les opposants. Mais ce n’est pas le seul de ces dernières semaines. Après l’action en mars, outre Jean-Yves Quéméneur, une dizaine de personnes ont été convoquées par les gendarmes. Les convocations tombent parfois un peu au hasard : « Certains, qui étaient là, ne reçoivent rien, d’autres, qui n’étaient pas là, en reçoivent parce que leur plaque a été relevée », s’agace un opposant.

À une demi-heure de Landivisiau, le petit village de Saint-Rivoal dans les monts d’Arrée. Ici, un autre foyer d’opposants attire particulièrement l’attention gendarmesque. Olivier, 66 ans, les cheveux en bataille et les mains pleines de cambouis, lève la tête du moteur de sa voiture. Il a fait 8 heures de garde à vue pour la manifestation où les barrières sont tombées. Arrêté à Sizun, emmené toutes sirènes hurlantes et à 140 km/h à Plourin-lès-Morlaix, il est accusé de dégradation de matériel et même de violences sur agents. « Un gendarme dit que je l’ai attrapé par le gilet pare-balles, moi je dis que ce sont eux qui ont chargé. » Pour l’instant aucune suite, pas de convocation au tribunal. Pendant sa garde à vue, une trentaine de personnes se regroupent devant la gendarmerie, donnant lieu à une nouvelle arrestation. « Ensuite le lendemain, ils ont débarqué ici, dans cette maison de Saint-Rivoal. »

C’est Gwenno, jeune saisonnier agricole qui habite là, qui poursuit : « Ils ont débarqué le matin à une quinzaine. Comme ils étaient dans le cadre d’une enquête de flagrance, ils sont entrés et ont jeté un œil dans chaque pièce de la maison. Ils ont distribué des convocations à tous les gars qui se trouvaient là, au fur et à mesure que ceux-ci se réveillaient. On nous reproche une dégradation avec la circonstance aggravante d’avoir eu le visage dissimulé. » Depuis, la maison de Saint-Rivoal voit régulièrement passer les gendarmes.

« Aujourd’hui la situation est difficile »

Quand il ne s’agit pas de répression judiciaire, les autorités frappent aussi au portefeuille. Une ordonnance a été prise par le tribunal, autorisant un huissier à distribuer des amendes de 5 000 euros pour les personnes tentant de s’opposer au bon déroulement du chantier. Le 5 avril, un groupe essaie de barrer la sortie à un tracteur. L’huissier est là. Il demande leur identité aux militants qui refusent de la donner. Un contrôle de gendarmerie plus tard, ils sont une dizaine à recevoir le fameux papier et risquent tous d’avoir à payer 5 000 euros d’amende. Sur la liste des personnes visées, des choses étonnent, comme la mention « figure au FPR [fichier des personnes recherchées – ndlr] – ne pas attirer l’attention », à côté du nom d’un militant, ou bien à côté d’une autre, le fait qu’elle est la compagne d’Untel.

Même les rassemblements devant la gendarmerie donnent lieu à un festival d’amendes : qui pour un stop glissé, qui pour un clignotant défectueux, qui pour un pneu lisse. « C’est bien pour ça qu’on répare nos bagnoles », se marre Olivier. Une autre militante s’est vu verbaliser pour distribution d’imprimés sur la voie publique. « On découvre des trucs juridiques tous les jours », philosophe Gweno.

Une autre encore a pris une amende parce qu’elle n’avait pas ses papiers, elle habitait pourtant à 100 mètres et se proposait d’aller les chercher. Sans succès.



« Ça étonne tout le monde, le poids du judiciaire et du policier dans ce dossier », affirme Christine, militante EELV de la région, présente au pique-nique. « L’opérateur veut nous intimider, il a l’État derrière lui », ajoute Émile. Loïc Le Polles, qui gère avec sa femme une production de plantes aromatiques à quelques kilomètres de Landivisiau, insiste quant à lui sur l’unité des opposants après des années de lutte malgré leur diversité : « Ici, il y a des jeunes avec des vieux, des gens qui viennent là par la santé, d’autres par le climat, d’autres par le gaspillage d’argent public, un communiste pur jus qui fraternise avec un catho convaincu, jusqu’à devenir son meilleur ami. On tient la dragée haute à Total alors qu’on n’est qu’une cinquantaine, on tient quelque chose de fort, là. » « Ça a créé une fraternité, complète Jean-Yves Quéméneur, on est une cinquantaine, d’horizon et de profils divers, face à la gendarmerie, face aux vigiles. »

Lundi soir, une quinzaine d’opposants se retrouvent chez Loïc, autour d’une soupe et d’un verre de bière. Dans la grange en face de la maison, une longue table est installée. Tout le monde prend place. Il y a là Christiane, trésorière de l’association LDDLC – « je suis Picsou ! » – , qui s’est engagée d’abord pour la santé. Tout comme Monique, qui vient de Lampaul-Guimiliau – « au village, on me prend pour une toquée ».

Il y a Aline, jeune femme qui « donne un coup de main » depuis janvier parce que sa sœur, Mélanie, habite à Landivisiau. Mélanie, elle, a mis un peu de temps à s’impliquer mais est très active depuis quelques mois.

On retrouve Angélique, aperçue au pique-nique et qui « lutte depuis le tout début », d’abord au sein du conseil municipal, où elle était élue d’opposition, puis à partir de 2014 au sein de l’association LDDNLC. À côté d’elle, Josée, qui était contre ce « projet d’arrière-garde » alors même qu’on ne savait pas encore où il devait se faire et qui est « encore plus d’arrière-garde après toutes ces années ». Jean Corbel, ancien d’EDF, passé par la centrale au charbon de Cordemais, puis par le siège parisien, s’oppose au projet depuis qu’il est sorti « éberlué » d’une séance de présentation au conseil municipal de Landivisiau, choqué que le seul choix offert aux citoyens, soit celui « des arbres et des fleurs qui entoureront la centrale ». Il est depuis peu porte-parole de l’association Bretagne vivante. Pour lui, c’est clair : « C’est un projet polluant, coûteux et inutile. »

Isabelle Chaillou, compagne de Loïc Le Polles, a vécu ce projet de centrale « comme une agression ». « Ce que je ne comprends pas, c’est que malgré le fait que ce projet soit en complète contradiction avec ce qu’il faudrait faire aujourd’hui, les décideurs soient capables de continuer », dit-elle. Et d’ajouter : « Aujourd’hui la situation est difficile parce qu’on n’arrive pas à se faire entendre, on passe pour des terroristes. »

Plus jeunes, Ewen Jaouen et sa compagne, Pauline, sont éberlués de voir les politiques tellement déconnectés. Sa compagne vient de Landerneau, elle parle à qui veut l’entendre de cette centrale, un projet « vraiment mal connu ». À leur côté se trouvent Adrien, qui habite à 21 km de Landivisiau avec Morgane (et leur petit bébé Corentin), bien présente : lui s’intéresse aux moyens alternatifs de produire de l’énergie, elle, ne comprend pas qu’alors même que la Bretagne est confrontée à des pics de pollution, il se trouve encore des politiques pour défendre le projet.

Présent pour la première fois, Briac. Fait intéressant, celui-ci vient de monter une branche d’Extinction Rebellion – ce nouveau mouvement pour le climat venu d’Angleterre qui prône la désobéissance civile – à Morlaix. Il est venu pour bâtir des passerelles, réfléchir au mouvement climat et à l’articulation entre « les demandes générales mondiales et les luttes locales ». Une formation à l’action non violente a déjà eu lieu dans le coin il y a quelques jours, l’idée est à présent de savoir quoi en faire.

La lutte se veut aussi politique. En 2014, une liste d’opposants s’est présentée à la mairie de Landivisiau, elle n’a échoué qu’à une centaine de voix. Les opposants rencontrent également les députées, en l’occurrence, Graziella Melchior et Sandrine Le Feur. Toutes deux ont été élues avec l’étiquette LREM, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron. Et toutes deux défendent la centrale. Une rencontre récente avec Graziella Melchior a d’ailleurs laissé un goût amer, les arguments en faveur du projet paraissant plus que légers.

Manne financière pour Total

Le principal d’entre eux consiste à agiter le spectre du « black-out » en Bretagne : le risque d’une coupure généralisée de courant dans un moment de grande tension. « Le risque du black-out, c’est un mensonge », grince Émile. L’ancien d’EDF Jean Corbel sort ses documents : « RTE indique clairement que le réseau n’est pas en danger et qu’il n’y a pas non plus de risque de black-out. » Il a raison. Dans une note de 2018, Réseau de transport d’électricité écrit : « La mise en service en 2017 du Filet de sécurité Bretagne, une ligne électrique souterraine de forte puissance, contribue fortement à l’équilibre des flux dans la zone. Ainsi, malgré la fermeture récente de centrales de production au fioul sur le site de Cordemais (Pays de la Loire), la consommation électrique ayant cessé de croître, la situation électrique de la Bretagne peut aujourd’hui être considérée comme stabilisée. » Corbel rappelle également que la France est exportatrice nette d’électricité.

Pourquoi maintenir la centrale de Landivisiau dans ce cas ? Tout simplement parce qu’elle était prévue. En 2010, l’État, la région Bretagne, RTE, l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et l’ANH (agence nationale de l’habitat) ont signé un « pacte électrique breton ». Celui-ci reposait sur plusieurs leviers : maîtrise de la consommation, développement des sites de production (énergies renouvelables et centrale de Landivisiau) et renforcement du réseau électrique. En 2019, ce pacte s’avère beaucoup moins utile. Le réseau a été renforcé, la consommation d’électricité en Bretagne est stable. Pour Me Alexandre Farro, avocat de l’association Force 5, c’est aujourd’hui « une tarte à la crème ».

L’avocat devait le rappeler vendredi 3 mai devant la cour administrative d’appel de Nantes. Car la bataille se joue aussi sur le terrain juridique. Après plusieurs péripéties, l’association Force 5 s’est vu reconnaître son intérêt à agir. Vendredi matin, rendez-vous était donné à 10 h 30 aux opposants à Nantes, pour soutenir Me Farro. Celui-ci conteste au nom de Force 5 l’arrêté du 6 mai 2015 pris par le préfet autorisant la CEB à créer et exploiter l’installation de production d’électricité à Landivisiau. En première instance, le 27 octobre 2017, Force 5 a vu sa requête rejetée.

Le recours porte sur l’ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). « Sous ce nom barbare se cache la plus importante autorisation à obtenir pour un projet industriel. C’est l’autorisation d’exploitation que l’on attaque », explique Me Farro. « Le tribunal va regarder notamment comment s’est déroulée l’enquête publique, l’étude d’impact – sur l’environnement, sur le milieu, le paysage », ajoute l’avocat.

Les opposants ne manquent pas d’arguments. Ils estiment tout d’abord que le préfet n’a pas pu prendre une décision éclairée puisque, alors que c’est obligatoire, la CEB n’a pas présenté de solution de substitution au projet lors de l'étude d'impact. Or, des solutions existent, et notamment le projet de liaison électrique Finistère-Irlande, dénommé CELTIC Interconnector, qui consiste à créer une liaison souterraine et sous-marine de 700 mégawatts (MW) entre le poste électrique de La Martyre et le poste électrique de Knockraha. Ce projet avait d’ailleurs donné lieu à une drôle de lettre du préfet de région Bretagne, Patrick Strzoda (oui, le même que dans l’affaire Benalla), en avril 2014, adressée à RTE. Alors que ce dernier voulait lancer des études sur cette interconnexion, Strzoda lui a gentiment demandé de reporter son projet, de peur d’envoyer un « mauvais signal pour l’avenir de la centrale de Landivisiau » (lire notre article de l’époque).

Par ailleurs, les opposants dénoncent le fait que l'enquête publique n'a pas pris en compte un nombre important de courriers parce qu'ils émanaient d'opposants déclarés au projet. D’un point de vue environnemental, ils accusent la CEB d’avoir biaisé ses mesures de pollution en choisissant sciemment des périodes de faible pollution. La ville est en effet sous le coup de plusieurs sources de pollution : la pollution d’origine agricole, la présence de la base aéronavale, et surtout, la RN12 qui longe la ville. « Landivisiau, bien que commune de petite taille, compte un niveau de pollution équivalent à celui d’une métropole comme Brest », rappelle Force 5. Or la CEB n’a pas effectué ses mesures à proximité de la 4 voies, alors que le site de la centrale y sera.

Dans son étude d’impact, l’opérateur estime qu’en fonctionnant 8 000 heures par an, la quantité annuelle de CO2 émise atteindrait quasiment les 1,5 million de tonnes, et près de 1 100 tonnes pour les oxydes d’azote. De quoi inquiéter les familles de Landivisiau, dont les enfants vont faire du sport sur un terrain situé à quelques centaines de mètres à peine de la centrale. Ces niveaux de pollution pourraient par ailleurs avoir une autre conséquence : les paysans bio basés à proximité pourraient se voir retirer leur label.

Les opposants reprochent également à la CEB de n'avoir rien fait pour protéger l'espèce protégée de l'escargot de Quimper. Lors de l'étude d'impact, la société chargée d'évaluer la présence de cet escargot sur le site se serait rendue coupable d'un faux, puisque, en ayant trouvé, elle a sciemment affirmé le contraire, selon le témoignage d'un ancien salarié produit par Me Farro.

Pour l’avocat, joint par Mediapart quelques jours avant l’audience, « si l’on a affaire à un juge qui applique les règles du droit, je suis confiant. Après, je ne connais pas la longueur du bras de Total ». Il ajoute : « Ce que je remarque, c’est que l’on a échangé, avec Direct Energie, quatre mémoires en appel, et que le ministère de l’écologie ne répond plus ! Les juges peuvent interpréter ça comme un signal : le ministre ne défend plus le dossier. » En cas d’annulation de l’ICPE, tout serait à refaire pour Direct Energie : « On se met au minimum 8 ans dans les gencives. ».

En face, Total Direct Energie n’est cependant pas près de lâcher l’affaire. Et pour cause : la centrale de Landivisiau, c’est l’assurance de recevoir une manne de l’État pendant au moins 20 ans. L’accord prévoit que la CEB touche 40 millions par an. Pour l’opposante Morgane, « c’est un cadeau à Total point barre, sauf qu’on n’a plus le temps de faire des cadeaux à Total ».

Une autre question reste posée : d’où viendra le gaz brûlé dans la centrale ? Récemment, l’Observatoire des multinationales a révélé coup sur coup que du gaz de schiste américain était importé en France, puis que Total venait d’annoncer un investissement de 700 millions dans un nouveau projet de gazoducs et de terminal d’exportation de gaz de schiste en Louisiane. Les autorités françaises auront bon dos de vanter le caractère « propre » de la centrale à gaz au vu de ces informations.

Reste une derrière barrière à faire tomber pour les opposants. Mentale celle-ci. Dans une zone de Bretagne sinistrée du point de vue industriel (la fermeture de l’abattoir Gad à Lampaul-Guimiliau est encore dans toutes les têtes), la question de l’emploi que pourrait créer la centrale – soit directement, soit par appel d’air, selon ses promoteurs – continue de peser dans le débat. Pourtant, rappelle Loïc Le Polles, la centrale elle-même, une fois en fonctionnement, ne nécessiterait que 40 emplois, dont une grosse partie de spécialistes de ce genre de centrale, « ça m’étonnerait qu’ils les trouvent dans le coin ».

« Certes, explique Gwenno, il y a dans le coin une situation sociale qu’on ne peut négliger. Mais nous, on a fait des argumentaires sur les retombées en termes d’emploi sur isolation des maisons et tout, et ça ne prend pas. Les politiques, ils se disent investis pour développer l’emploi, et pourtant on les a pas beaucoup vus lors de la fermeture de Gad. » Olivier secoue la tête et lance, un sourire en coin : « Avec tous les vigiles qu’ils ont dû embaucher à cause de nous, on a déjà créé de l’emploi en fait. »

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14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 17:07

 

relevé sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques-Christophe_Valmont_de_Bomare

 

t. 1 abeille - chungar, Paris, Didot, 1764-1768, 644 p. (lire en ligne [archive]) ;

tome 2, t. ciboule - hétich, 659 p. (lire en ligne [archive]) ;

tome 3, t. hibou - nymphe, 606 p. (lire en ligne [archive]) ;

tome 4, t. oaille - rhyncolithes, 659 p. (lire en ligne [archive]) ;

tome 5, t. riche - zygene, 716 p. (lire en ligne [archive]).

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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 09:51

Gérard Borvon

 

Dans les mémoires de l’académie des sciences pour l’année 1719, on trouve, à la page 21, la relation d’un coup de tonnerre dont la mémoire ne s’est pas perdue.


 

Un coup de tonnerre historique.

 

L’auteur de cet article est André-François Boureau Deslandes (1690-1757).

 

Né à Pondichéry en 1690, il vient en France à l’âge de 13 ans. En octobre 1708 il est nommé contrôleur de la marine à Brest puis commissaire de la marine en 1716.

 

Il est souvent qualifié de "philosophe mondain". En témoignent plusieurs des titres des nombreux ouvrages qu’il publie : L’apothéose de beau sexe, Réflexions des Grands Hommes qui sont morts en plaisantant, L’Art de ne point s’ennuyer...

 

Nous retiendrons ici le scientifique, reçu élève géomètre à l’Académie des sciences en février 1712, membre de l’Académie des sciences de Berlin et auteur de plusieurs ouvrages scientifiques, en particulier sur la marine.

 

Malgré une oeuvre considérable, c’est d’abord par sa modique contribution à l’observation du tonnerre, qu’il se retrouve dans différentes publications.

 

La foudre a toujours terrorisé ou fasciné.

 

Dans les religions antiques elle est le symbole de la puissance des dieux et l’instrument effrayant de leur justice. La tradition se maintient dans les cultes plus récents. Au siècle des lumières encore, on se préserve de la foudre en faisant sonner les cloches aux clochers des églises.

 

En témoigne la relation du coup de tonnerre qui frappe le Nord-Finistère en ce début de 18ème siècle.

 

Nous sommes en avril de l’année 1718.

 

A.F Boureau Deslandes est alors à Brest. Après plusieurs jours de pluie et d’orage, un coup de tonnerre extraordinaire ébranle toute la région. Il en rend compte à l’Académie des sciences qui publie un résumé de sa lettre.

 

"...enfin vint cette nuit du 14 au 15 qui se passa presque toute en éclairs très vifs, très fréquents et presque sans intervalle. Des matelots qui étaient partis de Landerneau dans une petite barque, éblouis par ces feux continuels, et ne pouvant plus gouverner, se laissèrent aller au hasard sur un point de la côte, qui par bonheur se trouva saine. A quatre heures du matin, il fit trois coups de tonnerre si horribles que les plus hardis frémirent.

 

Environ à cette même heure, et dans l’espace de côte qui s’étend depuis Landerneau jusqu’à Saint Paul de Léon, le tonnerre tomba sur 24 églises et précisément sur des églises où on sonnait pour l’écarter. Des églises voisines où on ne sonnait point furent épargnées.

 

Le peuple s’en prenait à ce que ce jour là était celui du Vendredi Saint où il n’est pas permis de sonner. Mr Deslandes en conclut que les cloches qui peuvent écarter un tonnerre éloigné, facilitent la chute de celui qui est proche, et à peu près vertical, parce que l’ébranlement qu’elles communiquent à l’air dispose la nue à s’ouvrir.

 

Il eut la curiosité d’aller à Gouesnou, village à une lieue et demie de Brest, dont l’église avait été entièrement détruite par ce même tonnerre.

 

On avait vu trois globes de feu de trois pieds et demi de diamètre chacun, qui s’étant réunis avaient pris leur route vers l’église d’un cours très rapide. Ce gros tourbillon de flamme la perça à deux pieds au-dessus du rez de chaussée, sans casser les vitres d’une grande fenêtre peu éloignée, tua dans l’instant deux personnes de quatre qui sonnaient, et fit sauter les murailles et le toit de l’église comme aurait fait une mine, de sorte que les pierres étaient semées confusément alentour, quelques-unes lancées à 26 toises, d’autres enfoncées en terre de plus de deux pieds.

 

Des deux hommes qui sonnaient dans ce moment là, et qui ne furent pas tués sur le champ, il en restait un que Monsieur Deslandes vit. Il avait encore l’air tout égaré, et ne pouvait parler sans frémir de tout son corps. On l’avait retrouvé plus de quatre heures après enseveli sous les ruines et sans connaissance. Mr Deslandes n’en put tirer autre chose sinon qu’il avait vu tout d’un coup l’église toute en feu et qu’elle tomba en même temps. Son compagnon de fortune avait survécu 7 jours à l’accident, sans avoir aucune contusion, et sans se plaindre d’aucun mal que d’une soif ardente qu’il ne pouvait éteindre."

 

La foudre, le croyant, le savant et les cloches.

 

Chacun se fait de la Foudre une image adaptée à sa culture. L’homme du peuple ne peut douter qu’il s’agisse d’une manifestation divine. Le lettré imagine une accumulation dans les nuages de matières inflammables. On notera, cependant, que l’utilité de sonner les cloches, malgré la preuve évidente du danger, n’est absolument pas mise en doute. Ni par la population qui explique l’échec par le sacrilège commis un Vendredi Saint. Ni par le "savant" qui continue à considérer qu’un tonnerre éloigné aurait été écarté par les cloches.

 

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Jusqu’à la fin du siècle, malgré les vigoureuses campagnes des autorités et l’interdiction régulièrement rappelée de sonner les cloches les jours d’orage, la pratique se poursuivra accompagnée de son cortège d’accidents.

 

Témoin, un arrêt du parlement du 29 juillet 1784 "qui fait défense à toutes personnes de sonner les cloches pendant le temps des orages".

 

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C’est le tonnerre des hommes qui détruira l’église de Gouesnou en 1944.


On peut lire aussi :

Quand le tonnerre de Brest faisait du bruit dans Landerneau.

Histoire de l’électricité. La découverte du paratonnerre.


Cette histoire se trouve aussi dans :

 

Histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron. Gérard Borvon,Vuibert, 2009.

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 16:03

Dans le Finistère, Total ambitionne de construire une centrale au gaz d’une puissance de 446 mégawatts. Le projet comprend aussi la construction d’un gazoduc et d’une ligne à très haute tension. Les opposants contestent l’utilité de cet investissement — en partie public — et s’inquiètent des pollutions qu’il provoquerait.

  • Landivisiau (Finistère), reportage

Les dernières bourrasques de la tempête Freya assaillent le lieu-dit Le Drennec, à Landivisiau (Finistère). Emmitouflées dans leurs cirés, une vingtaine de personnes pique-niquent le long d’un chemin cabossé, bordé de panneaux grillagés. Dans la bonne humeur et les effluves des thermos de café, elles bloquent pacifiquement les entrées du site de la future centrale au gaz de Landivisiau où le groupe Total, qui doit exploiter l’installation, vient de démarrer les travaux préparatoires.

« Les premiers ouvriers et la tractopelle sont arrivés sur le champ à la mi-janvier, explique Mélanie, du collectif Landivisiau doit dire non à la centrale.Depuis, nous sommes sur le qui-vive et nous manifestons quotidiennement sur le site pour empêcher l’avancée des travaux. » Ce lundi 4 mars, l’opération de blocage est rondement menée. Les ouvriers préposés au déminage du chantier ne peuvent accéder à leur tractopelle et au théâtre de leurs opérations. Les agents de sécurité scrutent les mouvements des opposants et guettent d’éventuelles intrusions sur le site.« On gagne notre croûte », se justifient-ils en haussant les épaules. Devant les grilles, Cécile et Anne-Marie, retraitées, s’assurent que tous leurs camarades mangent à leur faim. Olivier, à quelques pas, est absorbé par une partie de mölkky. « Nous luttons depuis huit ans et nous n’arrêterons pas, affirme-t-il en réajustant son bonnet jaune. Cette centrale, construite avec de l’argent public, symbolise la poursuite d’une société de surconsommation dangereuse pour notre santé et notre futur. »

Les opposants à la centrale jouent au mölkky.

Porté par l’État et la région Bretagne, le projet de centrale à cycle combiné gaz s’inscrit dans les aménagements dictés par le pacte électrique breton. Ce traité, signé en 2010, était destiné à anticiper une augmentation de la consommation énergétique bretonne, à pérenniser l’approvisionnement de la région en électricité et ainsi éviter des black-out, c’est-à-dire des coupures d’électricité généralisées, durant les périodes les plus froides.

« Le risque de “black-out” breton est aujourd’hui écarté »

Si elle voyait le jour, l’unité de production électrique de Landivisiau présenterait une puissance de 446 mégawatts (MW), alimentée en gaz naturel par un nouveau gazoduc reliant Saint-Urbain et Landivisiau. L’électricité produite par la centrale serait ensuite transportée de Landivisiau à La Martyre par une ligne à très haute tension (THT) de 225.000 volts. Lors de l’appel d’offres lancé par l’État en juin 2011, Direct Énergie a été retenu comme maître d’ouvrage. Le fournisseur et producteur d’électricité, qui n’avait jamais construit de centrale à gaz, a été racheté en 2018 par Total.

La tractopelle, « prisonnière » du fait du blocage du site de construction par les opposants à la centrale.

Un débat public contradictoire autour du projet, réclamé auprès de la Commission nationale du débat public (CNDP), a toujours été refusé aux opposants. Motif invoqué : le projet n’atteignait pas le seuil financier requis.« Le projet a été saucissonné, déplore Yves, artisan-boulanger à Landivisiau. Le gazoduc, la THT et la centrale ont été traités séparément : le coût global du projet a ainsi été découpé et nous n’avons pas pu saisir la CNDP. Ce n’est pas logique, puisque la centrale ne peut pas se faire sans le gazoduc et la THT ! »

Dans une lettre envoyée le 27 février dernier au président du conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, 17 associations de protection de l’environnement, de défense des consommateurs et de producteurs bretons ont contesté l’utilité du projet : « La question de l’autonomie énergétique de la Bretagne semblait pour vous motiver la légitimité du projet, écrivent-elles. Or, le risque de “black-out” breton est aujourd’hui écarté, au regard des évolutions des consommations et du développement des énergies renouvelables alternatives. »

Les associations s’appuient notamment sur les chiffres du Réseau de transport d’électricité (RTE). « Ces données montrent que la consommation s’est stabilisée depuis 2012, dit Yves. Or, la centrale devait pallier une augmentation de la consommation. Elle n’a donc pas raison d’être, il n’y a plus de risque de black-out ! D’autant qu’en janvier 2018, la région s’est déjà dotée d’une liaison souterraine de 225.000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc. »

Afin de contester l’urgence et la nécessité de construire la centrale, le collectif Garantir l’avenir solidaire par l’autonomie régionale énergétique (Gaspare) a produit un scénario électrique alternatif breton. « Le pacte électrique breton ne tient pas compte des parcs éoliens ni de l’interconnexion franco-irlandaise à venir, explique le conseil collégial de Gaspare. Il anticipait la fermeture des turbines à combustion (TAC) de Dirinon et de Brennilis pour 2015, alors que lesdites fermetures ne sont pas d’actualité. Ces TAC sont certes plus polluantes qu’une centrale à cycle combiné gaz, mais ces dernières années, malgré des périodes froides, elles n’ont fonctionné en moyenne qu’une soixantaine d’heures par an. »

« Il est d’intérêt général d’agir » 

Sur le sentier qui jouxte les 17 hectares dédiés à la future centrale, Morgane berce son bébé de six mois. La jeune maman et son petit, assidus, viennent quasiment tous les jours. « Ce projet représente plus d’un million de tonnes de CO2 par an, dit-elle. Je n’ai pas envie que mon fils grandisse dans un environnement local encore plus pollué, sur une Terre où l’on émet toujours plus de gaz à effet de serre en dépit de l’urgence climatique. Si je ne fais rien, il me le reprochera plus tard et il en paiera les conséquences. L’État se targue d’être un acteur contre le changement climatique, mais il fait totalement l’inverse : nous n’allons pas l’attendre pour lutter. »

Morgane.

En considérant l’hypothèse d’un fonctionnement de 8.000 heures par an, d’après l’étude d’impact, la quantité annuelle de CO2 émise par la centrale frôlerait les 1,5 million de tonnes. La quantité d’oxydes d’azote (NOx) rejetée serait de 1.100 tonnes. De plus, l’édification du gazoduc et de la ligne à très haute tension aurait des conséquences sur la biodiversité environnante : ces installations pénétreraient la vallée de l’Elorn, classée zone Natura 2000.

« Il est d’intérêt général d’agir, presse Jean-Yves Quéméneur, président de l’association Force 5. Il est impensable de laisser passer un projet qui saccage une zone Natura 2000, menace la qualité de l’air et ralentira la lutte contre le changement climatique. Le tout subventionné à hauteur de 50 millions d’euros par an, versés dans les poches de Total. Et qui paiera ? nous ! Directement sur nos factures d’électricité, via la contribution au service public de l’électricité [CSPE]. Cette somme devrait plutôt être allouée aux économies d’énergie, à l’isolation des logements et aux énergies renouvelables. Ce projet est un non-sens. »

« Une fois l’installation érigée, on ne pourra plus lutter. Alors, on s’accroche » 

L’association Force 5, agréée pour la protection de l’environnement, a lancé plusieurs recours en justice pour stopper le projet de centrale, le gazoduc entre Saint-Urbain et Landivisiau et la ligne THT entre Landivisiau et La Martyre. Le lundi 25 février dernier, le Conseil d’État a estimé que l’association était fondée à agir en justice en annulant un arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes. Cette dernière écartait, pour irrecevabilité, la demande de l’association d’une annulation de l’arrêté ministériel du 10 janvier 2013, autorisant Direct Énergie (Total) à exploiter une centrale de production d’électricité à Landivisiau. L’affaire est renvoyée à la cour administrative d’appel de Nantes, pour être jugée sur le fond, et l’État condamné à verser 3.000 euros à Force 5.

« C’est une victoire encourageante pour les opposants, mais le recours n’est pas suspensif, regrette Mélanie. La centrale peut être construite d’ici là, Total n’arrêtera pas les travaux. Et une fois l’installation érigée, on ne pourra plus lutter. Alors, on s’accroche. »

Quelques heures plus tôt, ce jour-là, une cinquantaine de manifestants se sont rassemblés devant la gendarmerie de Plourin pour soutenir quatre opposants. « Nous sommes convoqués pour une enquête sur la dégradation de grilles, le samedi 23 février, lors d’une manifestation contre le projet de centrale, explique Gwenno, l’un des quatre citoyens convoqués. C’est une tentative d’intimidation du mouvement d’opposition, ils cherchent à atteindre notre détermination. Mais on ne va rien lâcher. »Leur entrée dans la caserne Adjudant Le Jeune, vers 9 heures du matin, a été accompagnée d’une haie d’honneur et d’un chant « Nous sommes tous des terroristes ». Ils sont ressortis au compte-goutte, une heure à une heure et demie plus tard. De son côté, Jean-Yves Quéméneur, président de Force 5, est sommé de se présenter le mercredi 13 mars à la gendarmerie de Landivisiau. Deux autres convocations sont tombées au cours de la semaine.

Jean-Yves Quéméneur et Olivier, devant la caserne de gendarmerie de Plourin pour soutenir quatre opposants.

« Cette escalade de répression n’est plus tenable et le climat de tension maintenu par l’État ne présage rien de bon, a commenté Landivisiau doit dire non à la centrale, sur ses réseaux sociaux. Nous revendiquons notre mouvement comme pacifiste et déterminé. La réponse de l’État est disproportionnée et plutôt que de chercher à apaiser la situation, au contraire il la crispe davantage. »

 

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Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre
. chapô : Mélanie, du collectif Landivisiau doit dire non à la centrale.



Documents disponibles

  Lettre des 17 associations au président du conseil régional de Bretagne.  L’étude d’impact du projet de centrale au gaz.  Décision du Conseil d’État du 25 février concernant l’association Force 5.

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 13:27

17 associations de protection de l’environnement, de défense des consommateurs et du cadre de vie, de producteurs de Bretagne se sont réunies pour adresser une lettre au Président du Conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, lui demandant de renoncer à la construction d’une centrale électrique à cycle combiné gaz (CCG) à Landivisiau.

La lettre a également été adressée au ministre de la Transition Ecologique et Solidaire et au Président de la République dans le cadre du Grand Débat.

Monsieur le Président du Conseil Régional de BretagneLoïg Chesnais-Girard

courrier transmis à M. le Président de la République et M. le Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, dans le cadre du Grand Débat.

copie pour information : Mme La Préfète de Région Michèle Kirry

Les associations soussignées vous demandent de renoncer à la construction d’unecentrale électrique à cycle combiné gaz (CCG) à Landivisiau.

Monsieur le Président,Lorsque vous avez reçu le 30 novembre dernier les représentants du collectif pour une transition écologique et solidaire de Bretagne, vous avez été interpellé sur l’aberration desoutenir un projet de centrale à gaz à Landivisiau, alors que nous étions tous autour de la table à échanger à propos de la nécessaire transition écologique, qui pour faire face à l’urgence climatique, doit s’affranchir de toute énergie clarbonée.

Sur ce point, vous nous aviez invité à vous faire parvenir nos arguments, démontrant en quoi,ce projet est non seulement inutile, infondé, mais aussi contraire aux grandes orientations dela politique énergétique de demain. La question de l’autonomie énergétique de la Bretagne semblait pour vous, motiver la légitimité du projet. Or, le risque de « black out » breton est aujourd’hui écarté, au regard des évolutions de consommations et du développement des énergies renouvelables alternatives.

Vous trouverez donc dans ce document, tous les éléments justifiant le rejet de cette centrale,qui est aujourd’hui dépassée et d’un autre temps. La Bretagne doit regarder en avant, etpromouvoir une démarche économe décarbonée et renouvelable de production et deconsommation de l’énergie.

Monsieur le Président, vous avez l’occasion sur ce dossier d’initier la rupture que vous appelez de vos vœux, en cohérence avec les grandes orientations de la Breizh-Cop « un monde à vivre ».

Veuillez recevoir Monsieur le Président, nos sincères salutations

Pour voir le texte complet : https://bit.ly/2GY7CQO

Sa conclusion :

Concernant le projet de centrale électrique à gaz à Landivisiau.

C’est pour répondre au risque de black out que le Pacte estimait que la maîtrise de cerisque passait "nécessairement par l’installation de production mobilisable le plus àl’ouest possible de la Bretagne". Le moyen de production choisi étant un "cyclecombiné gaz (CCG) dont la localisation la plus pertinente se situerait dans l’aire deBrest". L’appel d’offre conduisait aux choix de l’entreprise Direct-Énergie,actuellement rachetée par Total, pour construire une centrale CCG à Landivisiau.

Suite aux recours, portés par les associations, auprès de tribunaux administratifs,contestant la conformité de l’autorisation d’exploiter attribuée à Direct-Énergie, lestravaux n’ont pas encore réellement commencé.

Plusieurs éléments devraient amener les autorités françaises, à l’initiative duprojet, à renoncer à la poursuite de ce projet..

.Le risque de black out, qui était la seule raison déclarée pour la construction de lacentrale, est définitivement écarté.. Retour ligne automatique
.Avec les différents rapports du GIEC publiés depuis 2010 sur l’urgence climatique,la responsabilité de l’usage des énergies fossiles a été publiquement révélée..Retour ligne automatique
.La France, organisatrice de la COP 21 en 2015 s’est affirmée commeparticulièrement attachée à la lutte contre le changement climatique et à la sortie desénergies fossiles.Retour ligne automatique
.Cet engagement a été confirmé sur le plan international par le président de la république, Emmanuel Macron, qui a annoncé l’arrêt de la construction de toute nouvelle centrale thermique en France*****. Le porte-parole du gouvernement,Benjamin Griveaux, ayant précisé "donc centrales à gaz"******.Retour ligne automatique
.Ajoutons que, au moment où la sensibilité de nos concitoyennes et concitoyens à la nécessité d’une action résolue pour sauver le climat s’exprime de façon massive, il apparaît comme contraire aux engagements de la France de financer par des fonds publics, à raison de 50 millions d’euros par an pendant 20 ans, une production électrique à base d’énergie fossile. Rappelons que au regard des directives européennes, les aides d’État dans le cadre du mécanisme de capacité "ne doivent pas constituer une subvention déguisée en faveur d’une technologie spécifique, comme les combustibles fossiles". Ce qui apparaît comme étant le cas dans le projet de la centrale de Landivisiau.

Pour toutes ces raisons, les associations soussignées vous demandent de renoncer à la construction d’une centrale électrique à cycle combiné gaz (CCG)à Landivisiau.

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FR3 Bretagne : Centrale à gaz de Landivisiau : une lettre ouverte au président de région pour demander l’arrêt du projet

Centrale à gaz de Landivisiau : une lettre ouverte au président de région pour demander l’arrêt du projet.

Dix-sept associations bretonnes ont conjointement adressé une lettre au président de la région Bretagne pour demander l’arrêt du projet de centrale à gaz de Landivisiau, dans le Finistère.

La requête des dix-sept associations bretonnes signataires de la lettre ouverte adressée au Président de la Bretagne est claire : "que la région se positionne contre la construction de la centrale électrique à cycle combiné gaz à Landivisiau".

Réunis ce mercredi devant le chantier de la centrale, les représentants d’associations anti-centrale ont insisté sur un point : "la région Bretagne a demandé cette centrale, aujourd’hui, c’est à elle d’arrêter le projet" .

Denez Lhostis, de France Nature Environnement et Gérard Borvon, Président de SeauS, ont pris la parole pour dénoncer le recours à "ce type de production polluante, inutile, dépassée et très coûteuse", alors que "l’heure est aux énergies renouvelables".

Par le biais de cette lettre ouverte, les dix-sept associations anti-centrale de Landivisiau tentent de donner plus d’ampleur à ce dossier et espèrent stopper ce projet qu’elles jugent avant tout comme "un choix plus politique qu’énergétique".


20 minutes :

Bretagne : La contestation monte contre le projet de centrale à gaz de Landivisiau

Extraits :

Une lettre envoyée au président de région

L’arrivée des premiers engins sur le champ de 17 hectares fin janvier n’est pas passée inaperçue et a ravivé la contestation sur place. Depuis, les opposants manifestent quasi quotidiennement sur le site pour perturber l’avancée des travaux. « Ce projet est inutile, c’est avant tout un choix politique plus qu’énergétique », affirme le collectif d’opposants à la centrale, qui a adressé ce mercredi une lettre au président de la région Bretagne pour réclamer l’arrêt pur et simple du projet.

« On a voulu nous faire croire au risque de black-out. Mais on n’en a jamais vu la couleur ! », ironise Gérard Borvon, président de l’association écologiste S-eau-S. « Surtout que la consommation énergétique a baissé depuis cette date en Bretagne et qu’en janvier 2018, la région s’est dotée d’une liaison souterraine de 225.000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc », poursuit le militant.

Le Conseil d’Etat donne raison aux opposants

A l’heure où l’urgence climatique est déclarée, la pollution que pourrait engendrer le site passe également mal chez les opposants. « On parle là d’un projet qui rejetterait plus d’un million de tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère, c’est énorme », assure Gérard Borvon. Dans leur combat, les opposants ont obtenu une petite victoire en début de semaine. Le Conseil d’État a en effet donné raison lundi à l’association Force 5, reconnaissant son intérêt à agir dans ce dossier.Retour ligne automatique
C’est désormais la cour administrative d’appel de Nantes qui devra se prononcer sur le fond de l’affaire. L’association écologiste attaque notamment l’arrêt ministériel signé le 10 janvier 2013 autorisant Direct Energie, depuis racheté par Total, à exploiter la centrale sur un site se trouvant en zone Natura 2000.


Une vidéo de la totalité de la conférence de presse.

https://youtu.be/t79udSHGzY8


Un rappel :

La troisième Conférence Bretonne de l’Énergie (CBE)de septembre 2010 avait pour objet "la présentation du contenu du Pacte électrique breton, tel que le Préfet et le Président du Conseil régional en avaient fait l’annonce à la conférence du 6 juillet".

Révisé avant 2010 ?

"Le Président du Conseil régional précise que le Pacte sera révisé d’ici 2020 pourRetour ligne automatique
s’adapter au niveau de consommation mesuré et aux possibilités de technologiesRetour ligne automatique
EnR offertes"

C’est justement cette révision que demandent les associations !

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