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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 10:04

Le 1er mars 1869 est considéré comme la date d’une découverte qui devait changer le cours de la science dans le monde. Ce jour-là, Dmitri Mendeleïev a achevé ses travaux sur le tableau périodique des éléments, qui allait jouer un rôle fondamental pour l’avenir de la chimie, de la physique, de la biologie, de l’astronomie et de la géochimie, mais aussi de ce qu’on appelle aujourd’hui le développement durable.

Natalia Tarasova et Dmitri Mustafin

2019 a été proclamée par l’ONU Année internationale du tableau périodique des éléments chimiques, pour marquer le 150e anniversaire de la publication, dans la Revue de la Société russe de chimie, du premier modèle de tableau périodique de l’illustre savant russe Dmitri Mendeleïev, considéré comme l’un des pères de la chimie moderne. À cette époque, alors que les connaissances sur la structure de l’atome comportaient une large part d’imprécision, la loi périodique ne pouvait être formulée que par un homme doué d’un pouvoir de prédiction hors du commun, d’une intuition de génie.

Pourtant, dans la bibliographie de Mendeleïev, moins d’un dixième de ses recherches est consacré à la chimie. L’écrasante majorité de ses travaux concerne d’autres domaines scientifiques parmi lesquels l’aéronautique, la météorologie, l’exploration de l’Arctique, la conception du brise-glace, l’éducation populaire, la dénonciation du spiritisme, l’expertise judiciaire, l’économie, pour ne citer qu’une partie des questions auxquelles cet esprit encyclopédique s’intéressait.

Beaucoup de ses recherches étaient consacrées à ce que nous appelons aujourd’hui concept de développement durable, gestion rationnelle des ressources naturelles et écologie. Si, à l’évidence, ces domaines de connaissance et disciplines universitaires n’existaient pas encore à l’époque de Dmitri Mendeleïev, le savant avait ressenti la nécessité de prévenir contre l’exploitation excessive des ressources naturelles, d’informer du caractère épuisable des minéraux, d’appeler à une consommation parcimonieuse du pétrole, de l’eau, du charbon. Il a insisté sur le besoin de privilégier la gazéification du charbon et de modifier les méthodes d’extraction et d’acheminement du pétrole. Il a prôné l’exploitation respectueuse des sols en vue d’améliorer sa fertilité. Il a réfléchi à la modernisation de la Russie.

Mendeleïev opposait une critique virulente à ce que nous appelons aujourd’hui l’oligarchie et la corruption. Il estimait qu’il fallait éradiquer toute possibilité de monopole des ressources naturelles, mais ces mises en garde ne furent entendues ni à son époque, ni au XXe siècle, lorsque la Russie procéda à la privatisation de ses gisements pétroliers et miniers. Au XIXe siècle, la puissante oligarchie du pétrole et du charbon mena un combat implacable et victorieux, hélas, contre Mendeleïev, visant à prouver qu’il n’avait rien d’un grand savant.

Même les membres de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg finirent par lui préférer Fedor Beilstein (dont seuls quelques fins spécialistes se souviennent aujourd’hui), lorsqu’il leur fallut accueillir un nouveau confrère au sein de leur institution. Ils invoquèrent alors le petit nombre de recherches que Mendeleïev avait réalisées dans le domaine de la chimie.

Nul n’est prophète en son pays, les prophéties de Dmitri Mendeleïev en matière de gestion des ressources naturelles et du développement durable en général sont tout aussi importantes que la loi périodique et le tableau périodique des éléments, qui ont hissé le nom de Mendeleïev au rang des savants russes les plus connus.

L’Année internationale 2019 et la reconnaissance mondiale de la loi sur la périodicité des propriétés chimiques des éléments soulignent une fois de plus la nécessité de dégager un système dans notre monde chaotique. Après tout, c’est le système qui nous permet de comprendre l’idée même de régularité et c’est lui qui nous confère la capacité de prédiction nécessaire à relever les défis du développement durable.

 

 

Dmitry Mustafin

Chimiste russe et professeur à l’université de technologie chimique D. Mendeleïev de Russie, Dmitri Mustafin est auteur, présentateur, éditorialiste scientifique et expert invité à de nombreux programmes télévisés et de films destinés au grand public.

 

Natalia Tarasova

Coprésidente du Comité de gestion inter-unions de l’Année internationale du tableau périodique, la scientifique russe Natalia Tarasova est directrice de l’Institut de chimie et des problèmes de développement durable à l’université de technologie chimique D. Mendeleïev de Russie. Elle figure parmi les pionniers de la recherche en matière de développement durable en Russie.

   

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 10:05

Extrait de "Respirer tue, agir contre la pollution de l'air", Gérard Borvon, éditions Lemieux.

 

Trémargat est un village du Centre Bretagne qui mérite qu'on le visite. Là, des agriculteurs, jeunes et dynamiques, s’obstinent à ne pas vouloir appliquer les règles de l’agriculture industrielle et, donc, se refusent à utiliser des pesticides.


 

Des pesticides dans l'eau de pluie.

En 1995 des chercheurs de l’INRA de Rennes (institut national de la recherche agronomique) ont eu l’idée de rechercher la trace de pesticides, non plus dans les ruisseaux et rivières qui en sont saturés, mais dans l’eau de pluie. Trémargat se prêtait bien à une première mesure. Surprise : le prélèvement révélait des taux en atrazine, en alachlore et en dinoterbe (pesticides aujourd'hui interdits) proches ou même supérieurs aux maximas admissibles dans l'eau de boisson. Au total six pesticides étaient détectés dans une eau dont on aurait pu attendre la pureté la plus totale.


 

Des mesures effectuées plus à l’Ouest (Pont-l’Abbé) et à l’Est (Rennes) confirmaient que les pesticides imprégnaient l’ensemble de l’atmosphère bretonne. Le niveau de pollution était étonnamment élevé : 80% des échantillons d'eau de pluie dépassaient la norme maximale européenne pour l'eau de boisson pendant la période des épandages. Ce niveau restait encore élevé trois mois après la fin des traitements. C’est donc en permanence que l’on respire des pesticides en Bretagne comme dans de nombreuses régions car, nous le verrons, la Bretagne est loin d'être la seule concernée.


 

La France est le premier consommateur de pesticides en Europe et le quatrième dans le monde après les États Unis, le Brésil et le Japon. La Bretagne étant la première région de production animale, a orienté ses cultures vers les céréales, blé, maïs, orge, essentiellement destinées à l'alimentation du bétail. Ce sont leurs produits de traitement qui se retrouvent de façon régulière dans les eaux de pluie, de surface et souterraines. Mais aussi, et en premier lieu, dans l'air.


 

Depuis 2002, Air Breizh, association agrée pour la surveillance de la qualité de l'air en Bretagne, mène des campagnes de mesure des pesticides au printemps et en été, périodes où l'air en est particulièrement chargé. Un suivi a été réalisé dans la commune de Mordelles, une commune en zone périurbaine de Rennes. Le canton environnant est essentiellement consacré à la culture de fourrage et de céréales. En 2010, un bilan des mesures effectuées depuis 2005 a été publié. Sur les 95 pesticides recherchés dans l'air en Bretagne depuis 2008, 37 composent le cocktail de ceux qui se retrouvent à des fréquences diverses dans l'air de Mordelles. Six d'entre eux sont détectés chaque année au début de la campagne de mesures dont le lindane. Cet "organochloré", que l'on retrouve dans 82% des mesures, a été interdit en France pour ses effets cancérigènes, depuis 1998. Mais comme de nombreux corps de la même famille, il est extrêmement persistant.


 

Au peloton de tête s'ajoutent une trentaine d'autres ingrédients aux noms barbares souvent classés comme C.M.R, c'est à dire cancérigènes (C), mutagènes (M) et donc susceptibles de provoquer des anomalies dans la descendance, ou encore reprotoxiques (R), dont les effets sont avérés sur la perte de fertilité humaine. Ajoutons que, si l'on commence à percevoir la toxicité de chacun de ces produits, l'ignorance est quasi totale sur le résultat de leur mélange. Surtout doit-on y ajouter l'effet des solvants et adjuvants associés (formaldéhyde, phénols, alcools, glycols, hydrocarbures aromatiques) dont le nocivité peut être tout aussi forte, sinon plus, que celle des produits actifs.

 

On sait aujourd'hui que la contamination de l'air par les pesticides a d'abord lieu au moment de l'application des traitements. Seule une faible fraction du produit atteint la cible, le reste se répand sur le sol et surtout se diffuse dans l'air (il est admis que, dans certains cas limites, 90% des pesticides épandus s'y retrouvent). Plus tard, une partie de ce qui a été recueilli par le sol ou les plantes, rejoint l'air par évaporation ou est transporté par les poussières. Les pesticides, associés à leurs produits de dégradation, se diffusent ensuite loin du lieu de traitement.


 

Pas de normes pour l'air.

Avant de parler de résultats des mesures, notons d'abord que, contrairement à l'eau et aux aliments pour lesquels la communauté internationale a fixé des valeurs limites de consommation, de telles valeurs n'existent pas pour l'air. D'ailleurs comment pourraient-elles exister ? Comment imaginer qu'on puisse interdire de respirer un air dont le taux en pesticides serait trop élevé ? On peut être contraint à boire de l'eau embouteillée si l'eau du robinet est polluée, on peut choisir de ne manger que des aliments produits par l'agriculture biologique mais là où nous vivons nous n'avons pas d'air de rechange !


 

Pas de normes de pesticides, donc, pour l'air. Si nous voulons, cependant, juger de la qualité de l'air que nous respirons, nous pouvons considérer les taux de pesticides mesurés dans l'eau de pluie en les comparant aux normes fixées pour l'eau de boisson. Rappelons que, dans les eaux destinées à la consommation humaine, la norme fixe à 0,1 µg/l (1 microgramme =1µg=1millionième de gramme) la limite de qualité pour chaque type de pesticide et à 0,5 µg/l la limite de qualité pour la concentration totale en pesticides.


 

Quand, en 1995, l'INRA a mesuré le taux de pesticides dans l'eau de pluie bretonne, toutes les analyses de simazine (interdit depuis 2003) y dépassaient le seuil des 0,1µg/l. Un rapport du Sénat du 18 mars 2003 sur les pesticides dans l'eau de pluie notait même que, en Bretagne, "les concentrations pour l'atrazine et l'alachlore, qui sont les deux principaux pesticides du maïs, peuvent atteindre 10, 20, voire plus de 200 fois les normes tolérées pour l'eau potable ! ".


 

Quelles quantités respirons-nous ?

Le rapport 2010 de Air Breizh notait que certains pesticides, mesurés directement dans l'air, pouvaient dépasser le taux de 10 nanogrammes par mètre cube d'air (1 nanogramme, 1ng, est égal à 1milliardième de gramme). Une question se pose alors : quelle quantité de pesticides respirons nous par jour ?


 

Ne nous laissons pas effrayer par le simple calcul qui va suivre. Il est admis qu'un adulte ayant un poids corporel de 70kg absorbera, en fonction de son activité, entre 10m3 et 15m3 d'air par jour. Si nous considérons un volume minimum inspiré de 10m3, un adulte respirant un air contenant 10ng/m3 de pesticides en absorbera 100ng par jour soit 0,1µg, le maximum de la dose admissible par litre d'eau de boisson. Nous pouvons donc considérer comme fortement pollué par un pesticide, un air en contenant 10ng/m3. Noter qu'un jeune enfant présente un taux d'inhalation de deux à quatre fois plus élevé que celui d'un adulte, les effets en sont d'autant plus néfastes sur un organisme en cours de formation.


 

Quelle quantité de ces pesticides reste fixée dans les alvéoles pulmonaires ? Quelle quantité passe dans le sang ? Quelle est leur action ? Les résultats des premières études menées sur le sujet n'ont pour le moment trouvé que peu d'écho auprès des autorités publiques responsables. Pourtant, en additionnant toutes les concentrations en pesticides et autres polluants qui composent le cocktail respiré, comment ne pas faire l'hypothèse que l'air puisse être une source majeure de contamination, supérieure même à celle de l'eau de boisson dans la mesure où l'essentiel des pesticides qu'elle contient est éliminé par le traitement dans les usines de potabilisation et par le fait de la grande consommation d'eau de source embouteillée dans les régions de pollution chronique.


 

En Bretagne et, plus encore, ailleurs.

La Bretagne, terre d'agriculture intensive, est régulièrement pointée comme étant représentative des pollutions diverses qui affectent notre territoire. Pourtant elle est loin d'être la plus mauvaise élève de la classe. Un rapport de la cellule "prospective et stratégie" du ministère de l’environnement constate que la pollution de l’air par les triazines et les organochlorés est devenue chronique en France bien que l'usage de ces produits soit à présent interdit.


 

L'association Airparif a réalisé un premier état des lieux sur la présence de pesticides dans l’air francilien au printemps 2006. Plus de 5000 analyses de 80 d'entre eux ont été réalisées sur 5 sites de mesure différents. L’Île-de-France est, en effet, une région agricole remarquable par ses grandes cultures consommatrices d'intrants chimiques. 3200 tonnes de pesticides y sont épandues par an dont 93% pour usage agricole. Les résultats montrent une constante par rapport aux autres régions de France. Un record de 305ng/m3 de chlorothalonil y est même observé. Ramené à 10m3 d'air respiré par jour, cela correspond à 3,05µg de ce pesticide qui traverse les poumons du riverain moyen soit 30 fois la dose admissible par litre d'eau de boisson.

 

Regarder également du côté des régions viticoles ou arboricoles. Elles sont parmi les plus consommatrices de pesticides. Depuis 2002, "Air Pays de Loire", l'association agréée pour le suivi de la qualité de l'air, y mène un programme d'étude de la pollution atmosphérique par les produits phytosanitaires. Après le maraîchage et la viticulture, l'association s’est intéressée à une autre activité agricole spécifique de la région : l'arboriculture fruitière.

 

Une campagne de mesure a été menée en 2007 dans le Maine-et-Loire, où sont localisés les deux tiers des vergers de la région. Parmi les 50 molécules phytosanitaires recherchées dans l’air des vergers du site étudié, deux molécules utilisées en arboriculture se sont révélées prédominantes : le captane (fongicide) et le chlorpyriphos éthyl (un insecticide). Un maximum de 30ng/m3 de ce dernier pesticide, neurotoxique pour l'homme a été mesuré début août. Respirer pendant les jours d'épandage de ce produit est une activité à haut risque sanitaire !

 

"Pesticides, peut-on encore manger des pommes ? " est le titre d'un reportage télévisé de l'émission "Envoyé Spécial" du 5 mars 2015. Pour produire des fruits d'une esthétique attirante il ne faut pas moins de trente à cinquante traitements avant la récolte suivis d'un conditionnement chimique assurant leur conservation pendant un an. L'analyse des cheveux de riverains cernés par les vergers où sont produits ces fruits et d'un technicien agricole chargé des épandages révèle une contamination chronique par plusieurs pesticides. En 2014, 280 professionnels de santé du Limousin ont lancé un appel contre les pesticides. Une patricienne généraliste témoigne "on a vu une espèce d'épidémie de maladies neurologiques" concernant non pas des personnes âgées mais des gens bien plus jeunes et aussi "un nombre de cancers de la prostate très important". Un lien entre cancers et pesticides que confirme un rapport de l'Inserm de 2013. "Ne rien faire dans ces cas là, moi j'appelle cela non-assistance à personne en danger" conclut-elle.

 

Quant aux vignes ! On commence à savoir que les premiers touchés sont les vignerons eux-mêmes et leurs familles mais comment ignorer la population voisine, surtout quand les produits de traitement sont répandus par voie aérienne. Malgré son interdiction depuis 2009, la méthode se maintient sous forme de dérogations préfectorales. Un article du journal Reporterre du 22 avril 2014 relate la lutte des associations de protection de l'environnement de Bourgogne contre la dérogation accordée par le préfet pour un épandage par hélicoptère dans la région de Mâcon.

 

Car, si la loi interdit l'épandage aérien, dérogations il y a ! Que penser du sens des responsabilités des ministres de l'agriculture, de l'écologie et de la santé qui signent, le 15 septembre 2014, un arrêté qui fixe "les conditions dans lesquelles peuvent être accordées des dérogations provisoires à l'interdiction de procéder à ces épandages".

 

Parmi ces conditions : "lors des épandages aériens, l'opérateur respecte une distance de sécurité qui ne peut être inférieure à 50 mètres vis-à-vis des lieux suivants" :
a) Habitations, jardins et lieux accueillant du public ou des groupes de personnes vulnérables.

b) Bâtiments et parcs où des animaux sont présents.

c)Parcs d'élevage de gibier, parcs nationaux, espaces classés, réserves naturelles".

 

Il est par ailleurs précisé que "L'opérateur prend toutes les mesures nécessaires pour s'assurer que les produits phytopharmaceutiques appliqués ne sont pas entraînés en dehors de la zone traitée."

 

Qui peut imaginer que, comme le nuage de Tchernobyl, les particules de pesticides vont s'arrêter à la frontière de 50m fixée par la directive ministérielle. Qui peut laisser croire qu'un "opérateur" peut s'engager à ne pas laisser les produits épandus être dispersés par le vent alors que chacun sait qu'on les retrouve de façon régulière à des dizaines de kilomètres de leur lieu d'émission.

 

 

Les associations mobilisées rappelaient que, l'année précédente, elles avaient été les seules à prendre l'initiative de prévenir les écoles afin qu'elles ne laissent pas les enfants sortir dans les cours de récréation.

 

 

Une prise en compte tardive.

Les associations comme Air Breizh, Air Parif, Air Pays de Loire, déjà citées, sont regroupées dans la fédération Atmo. Nous reparlerons de cette fédération et de ces associations. Dans une de ses publications, datée de 2009, on lit un article sous le titre "Contamination de l'air par les pesticides : nouvelle composante de la pollution de l'air".

 

Ses auteurs remarquent d'abord que jusqu'à présent la pollution par les pesticides a été essentiellement étudiée dans l'eau pour laquelle des normes existent. La pollution de l'air a été oubliée. Pourtant, note le rapport, pendant l'épandage des pesticides, suivant les conditions météorologiques et les modes d'application, "de 25% à 75% des produits phytosanitaires ne se déposent pas sur les aires traitées, ce taux pouvant même atteindre 90% sur des sols humides." Or ajoutent ses rédacteurs "Outre le risque sanitaire direct que représentent les pesticides, de par leur nature, dans l’atmosphère, ils peuvent subir des dégradations chimiques ou photochimiques et participer ainsi au mécanisme réactionnel atmosphérique en produisant
des aérosols et des polluants secondaires tel que l’ozone."

 

Pourtant, note la fédération Atmo,"La contamination de l’air par les produits phytosanitaires reste encore mal renseignée par rapport aux autres composantes de la pollution primaire. Ceci est dû, en partie, à la récente prise de conscience de cette forme de pollution, à l’absence de normes des pesticides dans l’air mais aussi à la diversité des molécules actives utilisées et aux difficultés techniques liées à leurs modes de prélèvement et d’analyse."


 

Mal renseignés sur la nature et la quantité des polluants, nous le sommes aussi sur leurs effets. Comment se diffusent-ils dans le corps humain ? Où agissent-ils ? Où se fixent-ils ? Quel est leur action à long terme, en particulier sur les enfants contaminés ? Si trop peu d'études ont été menées jusqu'à présent, les premiers résultats de celles qui ont été faites sont déjà particulièrement inquiétants. Nous en parlerons dans les chapitres qui vont suivre.

 

Voir la vidéo sur les pisseurs involontaires de glyphosate ; les PIG

https://www.youtube.com/watch?v=v_j-ovoFXwI

 

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 20:05

translated from : histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron.

 

 

Two kinds of electricity or one? We saw that until the end of the 19th century two systems coexisted.
 
The one initiated by Dufay of the two kinds of electricity: vitrous or positive, resinous or negative.
 
Franklin's: a single species of electricity charging the bodies more or less.
 
It is true that the choice is not necessary when one studies electricity in the static state.
 
Does the problem arise differently when one considers the circulation of this or these fluid (s), ie when one is interested in the electric "current"?

The question will be asked very quickly and we will allow ourselves to travel the time that will take us from Dufay to J.J. Thomson, through Ampère and Maxwell, to discover the different answers that will be provided.
 

From charges to electrical currents.
 
The concept of electric current is already in germ in Franklin's letters to his correspondents. By defining electricity as a fluid that can accumulate on a body or be extracted from it, by designating by the term "conductor" the bodies capable of transmitting this fluid, the idea of a flow is necessarily introduced. The word "current" is also used by Franklin to describe the "effluve" that escapes from drivers. M.E Kinnersley, one of his correspondents, who has already had the opportunity to report the differents effects of  glass and sulfur, offers him a first fitting to  do this fluid circulating :

"If a globe of glass is placed at one end of the conductor, and a globe of sulfur to the other, the two globes being in good condition, and in an equal movement, we can not shoot any spark from the driver because one of the globes attracts (the electric fluid) of the conductor as fast as the other provides it! "

The same Kinnersley observes the calorific effect of the electric current. He connects by an archal wire (another name for brass, zinc alloy and copper), the two extremities of a battery of Leiden jars (we will soon talk about these first electric capacitors): "the archal wire was heated to red ". The interpretation of the phenomenon is very "modern":

 

"It can be inferred from this that, although the electric fire has no sensible heat when in a state of rest, it can by its violent movement and by the resistance which it experiences, produce heat in other bodies, when passing through them. A large quantity would pass through a big archal wire without producing any sensible heat, while the same quantity passing through a small wire, being restricted by a narrower passage, and its particles being tighter on each other, and experiencing greater resistance, it will warm up this little archal wire  until  being red and even it could melt."

 

As for wondering about the direction of circulation of this current of electric fluid, the question is never asked by the proponents of the unique fluid as the answer is obvious: it circulates necessarily through the conductor of the body that carries "in more "to the one who wears" in less ".
 

The same point of view is expressed by the French Jean-Baptiste Le Roy (1720 - 1800) who prefers to speak of electricity "by condensation" and electricity "by rarefaction". He describes his electric machine as an "electric pump" which pushes it from its positive pole (the rubbed glass tray) and draws it to its negative pole (the leather cushions responsible for friction). The circulation of the fluid is clearly described:

 

"If the fluid is rarefied on one side and condensed on the other, it must form a stream from the body where it is condensed towards the one where it is rarefied".
 
For the proponents of the theory of the single fluid, the definition of the direction of circulation of the electric current owes nothing neither to chance nor to any convention. It is imposed by the chosen model: it is from "more" to "less".
 
The machines of Jean-Baptiste Le Roy are an attempt on the way of the electric generators, it will however be necessary to await the beginning of the XIXth century and the construction of the first electric battery by Volta so that the study of the electric currents and their effects became more important that static phenomenas. To follow this story to its tentative conclusion, let's begin our excursion to closer periods of our present.

 

From Volta's pile to Ampère's Bonhomme.

 

We will not detail here the observation published in 1791 by Luigi Galvani and which was to bring Volta to the discovery of the electric battery. We will come back to it. Let's just say, for the moment, that by assembling copper and zinc washers alternated and separated by cardboard washers impregnated with an acid solution, Volta realizes a generator capable of circulating an electric current in an outer conductor (metallic wire  or conductive solution).
 
This current is, for Volta, constituted of a unique fluid such as that described by Franklin. A fluid that flows, outside the "pile", from its positive pole to its negative pole. But the partisans of the two fluids do not disarm: the battery produces positive fluid at one of its poles and negative fluid at the other, they say. Two currents in the opposite direction, one of positive fluid, the other of negative fluid, therefore circulate in the conductor which connects the two poles.

 

It is first the chemists who seize the voltaic pile, and they do not take care of the quarrel. Extraordinary phenomena are emerging at the level of the electrodes connected to the poles of the cell when immersed in the multiple conductive solutions tested. The nature and the direction of circulation of the electric fluid are not their first concern. They are already sufficiently occupied by the study of the properties of the multitude of new bodies that electrolysis has just made them discover.
 

It was not until 1820 that Oersted restored the interest of physicists in the currents passing through metallic conductors by highlighting their magnetic and mechanical effects.

 

Oersted: the pile and the compass.

 

Despite the opposition established by Gilbert, the hypothesis of the common nature of electricity and magnetism has not been totally abandoned. The magnetization of rods of iron under the action of lightning is already reported in the works of Franklin as well as the movement of a magnetized needle on the occasion of the discharge of a bottle of Leiden. Unfortunately, this research was doomed to failure until its authors had a continuous source of electricity.
 
Hans Christian Oersted (1777-1851), professor of physics at the University of Copenhagen is the one to whom luck will smile. Busy during the winter of 1819, showing his students the heat effect of the Volta pile, he observed the movement of a magnetic needle near the conductor through which the electric current flowed. A careful study shows him that the effect is maximum when the conductor wire is placed parallel to the magnetic needle. This then tends to a position of equilibrium perpendicular to the wire. The direction of this movement depends on the order in which the poles of the stack have been connected to the conductor.

 

We will come back to this experience, birth date of electromagnetism. For the moment let us see how it intervenes in the definition of "the" sense of electric current.
 
Interpreting this experiment we would say today that the direction of the deviation of the needle depends on the direction of the electric current. Oersted is adept of the model of the two fluids. The positive fluid and negative fluid currents, he thinks, move in opposite directions along the conductor. Heir to Cartesian theories, he describes them in the form of two "whirlwinds": The "negative electric matter describes a spiral on the right and acts on the North Pole" while "the positive electric matter has a movement in the opposite direction and has the property of generator on the South Pole ". When we reverse the poles of the generator to which the conductor is connected, we reverse the direction of each of the currents and therefore their effect on the compass.
 
Oersted easily succeeds in bringing his interpretation into his theoretical framework. The theory of the two fluids resists!

 

Ampere: the conventional sense.

 

We know that from the announcement, in France, of the observations done by Oersted, Ampère (1775-1836) began the series of experiments that will lead him to the development of the theory of "electromagnetism". Everyone knows the famous " ampère's man" placed on the wire so that the electric current enters through his feet. One would think that with Ampère the single current finally prevailed. Fault ! Ampère is a firm supporter of both fluids. He recalls it in his "Exposé des Nouvelles Découvertes on Electricity and Magnetism" published in Paris in 1822:
 
"We admit, according to the doctrine adopted in France and by many foreign physicists, the existence of two electric fluids, capable of neutralizing each other, and whose combination, in definite proportions, constitutes the natural state of matter. This theory provides a simple explanation of all the facts and, subject to the decisive test of calculation, gives results which are in accord with experience. "

 

On the other hand, he rejects the terms vitrious and resinous electricity, he prefers those of positive and negative, provided that these terms retain only the meaning of a convention:
 
"When we admited the existence of the two fluids, we should have said: they have the opposite properties of the positive and negative magnitudes of geometry with respect to each other: the choice is arbitrary, as we choose arbitrarily the side of the axis of a curve where its abscissae are positive, but then those on the other side must necessarily be considered as negative, and the choice once made, as it is with to the two electric current senses, we must not change it anymore".

 

Logically, the battery produces these two types of electricity:
 
"In the isolated pile, each electricity is manifested at one end of the apparatus, the positive electricity at the zinc end, and the negative electricity at the copper end." (Ampere respects here the polarities proposed by Volta and of which we will see that they were erroneous).
 
The conclusion is natural:
 
"Two currents are always established when the two ends of the pile are put to communicate."
 
The positive current of electricity starts from the positive pole and the negative electricity from the negative pole. As the magnetic phenomena are reversed when we change the sense of these two currents it is necessary, however, to identify these senses. This is the opportunity for Ampère to propose a convenient convention:

 

 
"It is sufficient to designate the direction of the transport of one of the electric principles, to indicate, at the same time, the direction of the transport of the other, which is why, by employing from now on the expression "sense of the electric current" to designate the the direction in which the two electricities move, we will apply this expression to the positive electricity, implying that the negative electricity moves in the opposite direction ".
 

 

Here is finally this famous "conventional sense". In reality, what he describes is not the meaning of the current but that of currents. In choosing to call "the direction of the current" that of the circulation of the positive fluid, Ampère  found a vocabulary common to the "English" and "French" hypotheses. From then on, the famous "Ampère man" can serve as a tool for both models:

 

"To define the direction of the current relative to the needle, let us conceive of an observer placed in the current, so that the direction from his feet to his head is that of the current, and his face is turned towards the needle : the austral pole of the magnetised needle is brought to the left of the observer so placed ".
 
The Ampere observer does receive the positive fluid from the feet but also receives the negative fluid through the head.

 

With the Ampère choice, it is the theory of the two currents that prevails in France and in most European countries, it is still classic in textbooks of the early twentieth century and requires teachers real educational prowess. It is indeed not convenient to expose how the two fluids can cross without neutralization.


 
The comeback of Franklin.

 

England has generally remained faithful to Franklin and to the unique fluid. Maxwell (1831-1879), for example, wants great caution with regard to the very notion of electric fluid:
 
"As long as we do not know whether positive or negative electricity, or if electricity itself is a substance, until we know whether the speed of electric current is several millions of leagues per second, or one hundredth of an inch. on time, or even if the electric current runs from positive to negative or in the opposite direction, we will have to avoid talking about electric fluid ". (Maxwell, elementary treatise of electricity - Paris - Gautier Villars - 1884).
 
Despite this caution, we must choose one of the models to interpret the electromagnetic phenomena, it is then the unique fluid and the model of Franklin who will have his preference:

 

"If there is a substance penetrating all the bodies, whose movement constitutes the electric current, the excess of this substance in a body, beyond a certain normal proportion, constitutes the observed charge of this body".
 
No ambiguity with the model of the "screw" (or the "corkscrew", as the French prefer it) proposed by Maxwell to describe the Oersted experiment: it advances, along the wire, in the direction of the current :
 
"Suppose a straight screw moves in the direction of the current, turning, at the same time, through a solid body, ie in the direction of clockwise, the North Pole of the magnet will always tend to rotate around the current in the direction of rotation of the screw, and the south pole in the opposite direction ".

 

We can finish this brief history with J.-J. Thomson (1856-1940). In 1897, he too acknowledged that nothing so far has been able to separate the "dualist theory" of electricity from the "unitary theory":
 
"The fluids were mathematical fictions, intended only to provide a spatial support for the attractions and repulsions that occur between electrified bodies ... As long as we limit ourselves to questions that involve only the forces laws manifesting itself between electrified bodies and the simultaneous production of equal amounts of positive and negative electricity, the two theories must give the same result, and there is nothing that allows us to choose between the two ... Only when we wear our investigations on phenomena involving the physical properties of the fluid, which we are allowed to hope to make a choice between the two rival theories.

 

Thomson, at this period of his life, studies the "radiation" that crosses a tube emptied of its air and whose "cathodic" tubes equipped, not so long ago, the screens of receivers of television and computers .

 

At the moment when, in this radiation, he discovers the "corpuscle of electricity" that will later be called "electron", he thinks he can, in a certain way, observe the triumph of his national colors. Noting that the cathode rays are made up of "grains" of negative electricity of mass more than a thousand times smaller than that of the smallest atom, that of hydrogen, he can not doubt to have assured the victory of his camp. Remembering that Franklin considered that "the electric matter is composed of extremely subtle particles", he writes:

 

"These results lead us to a conception of electricity that bears a striking resemblance to Franklin's" unitary theory ".
 
The triumph however is not total:
 
"Instead of considering, as this author did, the electric fluid as being positive electricity, we consider it as negative electricity ... A positively charged body is a body that has lost some of its corpuscles ".
 
It remains, indeed, this bad initial choice: the rubbed glass does not take electricity, it loses some!

 

 

Situation blocked.
 
Here we are at the moment the situation freezes. For a century and a half Franklin's conventions have permeated electrical science, Ampère has embedded this footprint by setting a conventional sense of current flow. The discovery of electrons, then protons, imposes a new interpretation of electrical conduction. 

Both positive and negative charges exist and it is true that in electrolysis two opposite charge currents cross each other in the electrolyte solution.
 
In metal conductors, on the other hand, only negative charges are mobile. The positive fluid remains immobilized in the fixed nuclei of the atoms. The electric current must now be considered, in a metal circuit, as a current of electrons moving from the negative pole of the generator to its positive pole.

 

Is this discovery a sufficient event to provoke a revolution in electrical conventions? It must  note that we will accommodate with these electrons that move in the opposite direction of the "conventional" sense. This move is not spectacular. We can now answer Maxwell's question. The speed of the current of electrons in a continuous current is not several millions of leagues per second and if it is nevertheless greater than one hundredth of an inch per hour, it does not exceed a few centimeters an hour . This result speaks little to the imagination. This slow current of electrons goes badly with the observed power of electrical phenomena. This is perhaps why we prefer to continue reasoning about the mythical current of the early times of the electricity that rushes from the positive pole where it was concentrated towards the negative pole where it had been rarefied.
 
There remains a certain astonishment and sometimes irritation when we present to the beginner this contradiction in electrical science. What? More than a century has passed and the mistake is still not repaired?
 
In a certain way this "error" is beneficial: it breaks the linear discourse, it forces the interrogation and forces a return on the history of science. At least apprentice electricians will remember that scientific activity is a human activity, a living activity, and that sometimes there are scars of past mistakes.

 


 

 

 

 

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 14:24

Portait de Dufay par Yan Dargent.

 
 
 
Eloge par Fontenelle


 

Histoire et mémoires de l'Académie des sciences (1739), 1741, p. 73-83








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Notice par Henri Becquerel

 
 
 
 






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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 10:02

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9 décembre 2018 7 09 /12 /décembre /2018 09:52

Face au dérèglement climatique, nous sommes beaucoup à nous sentir impuissants car trop isolés. Mais Greta Thunberg, elle, n’a pas ce genre d’état d’âme. En août dernier, cette jeune suédoise de 15 ans a démarré, (seule !) une grève dans son lycée pour dénoncer l’inaction générale. Résultat, quelques semaines plus tard :  20 000 élèves du monde entier lui ont déjà emboité le pas ! Et ce n’est qu’un début. Désormais, invitée par la COP 24 en Pologne, elle appelle tous les enfants à « se mettre en colère !« 

Mardi 4 décembre, à Katowice, l’AFP lui a tendu un micro. Regardez :

 

Greta Thunberg :

« C’est une menace existentielle à laquelle nous sommes confrontés. C’est la plus grande crise que l’humanité n’ait jamais connue. Nous devons faire quelque chose maintenant car demain il sera peut-être trop tard. J’exhorte tout le monde à faire comme moi. Tous les vendredis, j’irai m’asseoir devant le Parlement suédois, je n’irai pas à l’école pour me battre pour le climat jusqu’à ce que la Suède soit alignée sur l’accord de Paris. Je pense que nous, les enfants, devrions nous mettre en colère et faire entendre notre voix et rendre toutes les générations responsables de ce qu’elles ont créé. »

«Comme nos dirigeants se comportent comme des enfants, nous devrons assumer la responsabilité qu’ils auraient dû assumer depuis longtemps.»

Que des élèves se mettent en grève dans les écoles ?

« Cela prouve que vous n’êtes jamais trop petit pour faire une différence. »

Au départ, elle n’avait réussi à convaincre aucun de ses camarades. Pourtant, elle s’était quand même lancée, seule. Elle aime l’école, elle aime apprendre, mais, pour elle, s’instruire n’a plus aucun sens si dans le même temps, on ne se bat pas pour avoir un avenir… Depuis, les élèves du monde entier semblent de plus en plus nombreux à partager son avis.

Avis à tous les enfants.

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 17:30

https://news.un.org/fr/story/2018/09/1023262

Dans un discours prononcé lundi au siège des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’Organisation, António Guterres, a appelé les dirigeants mondiaux à ne plus perdre de temps pour protéger la planète et sa population des conséquences désastreuses du changement climatique, alors que « le monde change sous nos yeux ».

 

« Aujourd'hui, je lance un appel aux responsables politiques, aux dirigeants d’entreprises, aux scientifiques, et au grand public. Nous avons les outils pour rendre nos actions efficaces. Ce qui nous manque encore - même après l'Accord de Paris - c'est le leadership et l'ambition de faire ce qui est nécessaire », a déclaré M. Guterres, en référence à l’Accord sur le climat signé en 2015 à Paris.

« Il n’y a pas de temps à perdre », a ajouté le chef de l’ONU. « Je m'engage, ainsi que l'ensemble des Nations Unies, à cet effort. Nous soutiendrons tous les dirigeants qui relèvent le défi que j'ai décrit aujourd'hui ».

Selon lui, « ce qui rend cela encore plus inquiétant, c'est que nous avons été prévenus ». « Les scientifiques nous le disent depuis des décennies. Encore et encore. Beaucoup trop de dirigeants refusent d'écouter. Beaucoup trop peu ont agi avec la vision exigée par la science. Nous voyons les résultats. Dans certaines situations, ils sont proches des pires scénarios des scientifiques », a-t-il dit.

 

 

Voir la vidéo.

 

Le Changement climatique est une question cruciale et il s'agit d'un moment décisif. Aujourd'hui je lance un appel aux responsables politiques, aux dirigeants d'entreprises, aux scientifiques, et au grand public.

 

Nous avons les outils pour rendre nos actions efficaces. Ce qui nous manque encore - même après l'accord de Paris, c'est le leadership et l'ambition de faire ce qui est nécessaire? ce qui rend cela encore plus inquiétant, c'est que nous avons été prévenus. Les scientifiques nous le disent depuis des décennies. Encore et encore...

 

Beaucoup trop de dirigeants refusent d'écouter. Trop peu ont agit avec la vision exigée par la science. Nous voyons les résultats. dans certaines situations, ils sont proches des pires scénarions des scientifiques. 

 

Les pays les plus riches du monde sont les premiers responsables de la crise climatique. Pour tant les pays les plus pauvres et les popuplations et communautés les plus vulnérables en ressentent les effets les plus graves. 

 

La technologie existe pour aider à lutter contre le changement climatique. Des technologies sont disponibles : carburants plus propres, matériaux de construction alternatifs, meilleures batteries et avancées dans l'agriculture et l'utilisation des terres. Ces innovations, parmi d'autres, peuvent jouer un rôle majeur dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour nous permettre d'atteindre les objectifs de Paris et d'insuffler l"ambition dont nous avons besoin de toute urgence. 

 

Si nous ne changeons pas de cap d'ici 2020 nous risquons de rater le moment où nous pouvons éviter une accélération du changement climatique. Utilisons l'année prochaine pour des décisions cruciales dans les conseils d'administrations, les lieux de décision et les parlements du monde entier. Construisons des coalitions et obtenons de nos dirigeants qu'ils nous écoutent. Il n'y a plus de temps à perdre.

 

Alors que la férocité des incendies et des vagues de chaleur de cet été le montre, le monde change sous nos yeux. Nous nous approchons du bord du gouffre. Il n'est pas trop tard pour changer de cap, mais chaque jour qui passe signifie que le monde se réchauffe un peu plus et que le coût de l'inaction augmente.

 

Chaque jour où nous ne parvenons pas à agir est un jour où nous rapprochons un peu plus du destin qu'aucun d'entre nous ne souhaite. Un destin qui résonnera à travers les générations dans les dommages causés à l'humanité et à la vie sur terre.

 

Notre destin est entre nos mains. Le monde compte sur nous pour relever ce défi avant qu'il ne soit trop tard. Je compte sur vous tous. 

 

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Le discours du Secrétaire général intervient avant une réunion sur le climat organisée par l’Etat de Californie à San Francisco, du 12 au 14 septembre, et rassemblant des acteurs aux niveaux national, régional et local, ainsi que des entreprises et des organisations philanthropiques.

Ce discours intervient également dans la perspective du Sommet sur le climat, que le chef de l’ONU prévoit d’organiser en 2019 pour mobiliser la communauté internationale dans les domaines de la production d’énergie durable, de l’économie verte et d’une meilleure utilisation des ressources naturelles.

Cet appel en faveur d’une plus grande ambition en matière de lutte contre le changement climatique survient alors que des hausses de température record et des phénomènes météorologiques extrêmes se produisent dans le monde entier. Ces derniers mois ont été marqués par des inondations dévastatrices dans le sud de l’Inde, des feux de forêt aux États-Unis et des vagues de chaleur au Japon et en Europe.

 

 

Photo ONU/Rick Bajornas
En 2017, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, traverse un quartier détruit par des ouragans successifs dans la ville de Codrington, à Antigua-et-Barbuda. Il s'est rendu dans le pays pour constater la dévastation causée et offrir le soutien de l’ONU (archives).

L'objectif de 2 degrés Celsius

En 2015, lorsque les dirigeants mondiaux ont signé l'accord historique de Paris sur le changement climatique, ils se sont engagés à faire en sorte que la hausse des températures ne dépasse pas de 2 degrés Celsius les niveaux préindustriels et s’approche de 1,5 degré. Mais les scientifiques et une importante étude des Nations Unies indiquent que la cible est déjà loin de ces objectifs.

Selon le Secrétaire général de l’ONU, il y a une autre raison d'agir : « le devoir moral ». « Les pays les plus riches du monde sont les premiers responsables de la crise climatique. Pourtant, les pays les plus pauvres et les populations et communautés les plus vulnérables en ressentent les effets les plus graves », a-t-il souligné.

Les technologies sont là pour aider à lutter contre le changement climatique, a noté M. Guterres, qu’il s’agisse de carburants plus propres, de matériaux de construction alternatifs, de meilleures batteries et d’avancées dans l'agriculture et l'utilisation des terres. « Ces innovations, parmi d'autres, peuvent jouer un rôle majeur dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour nous permettre d’atteindre les objectifs de Paris », a-t-il dit.

« Alors que la férocité des incendies et des vagues de chaleur de cet été le montre, le monde change sous nos yeux. Nous nous approchons du bord du gouffre. Il n'est pas trop tard pour changer de cap, mais chaque jour qui passe signifie que le monde se réchauffe un peu plus et que le coût de l'inaction augmente », a déclaré le chef de l’ONU en conclusion de son discours. « Chaque jour où nous ne parvenons pas à agir est un jour où nous nous rapprochons un peu du destin qu'aucun d'entre nous ne souhaite - un destin qui résonnera à travers les générations dans les dommages causés à l'humanité et à la vie sur Terre ».

« Notre destin est entre nos mains », a-t-il conclu.

 

 

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 19:06

Journal de l'Environnement.

 

La stabilisation du réchauffement à 1,5°C — l’un des objectifs de l’Accord de Paris — reste possible, au prix de profondes et rapides mutations de nos sociétés, avertissent les auteurs du dernier rapport du Giec, publié ce lundi 8 octobre.

 


 

Il s’en est fallu de peu que le Giec ne rende sa copie. Réunis depuis une semaine à Incheon (Corée du Sud), des centaines de climatologues et de représentants des Etats ont travaillé d’arrache-pied à la rédaction du résumé pour les décideurs (RPD) du nouveau rapport spécial du réseau international de climatologues.

Commandé par la COP 21, ce document vise à définir, aussi précisément que possible, les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Pesant quelques centaines de pages, le rapport, uniquement rédigé par des chercheurs à partir de la littérature scientifique, est prêt depuis le mois de juin. Le but de la réunion de la semaine passée était de finaliser la rédaction du fameux rapport pour les décideurs, synthèse d’une trentaine de pages rédigée par les climatologues et les représentants des Etats.

A 2 OU 4 MAINS

C’est là une subtilité du fonctionnement du Giec. Si les scientifiques sont les seuls à tenir le stylo pour le rapport proprement dit, le texte du résumé est élaboré à quatre mains, en quelque sorte. Les Etats pouvant demander ajouts, retraits, à condition que la formulation du RPD soit cohérente avec les données contenues dans le rapport.

Comme souvent en pareil cas, les chancelleries préparent de nombreuses demandes de corrections qui doivent faire l’objet d’un consensus pour être acceptées. Dans l’ultime phase de rédaction, le texte final est lu sur un grand écran et doit être approuvé par l’assemblée plénière, ligne par ligne.

BLUFF SAOUDIEN

Dans la nuit de vendredi à samedi, moins d’une heure avant la clôture de la réunion, l’Arabie saoudite a fait des siennes. «Son délégué voulait biffer du résumé tout ce qui avait trait au pétrole du rapport et du résumé», explique l’un des membres de la délégation française, contacté par le JDLE. Alliance politique oblige, Ryad a été rejoint par l’Égypte. «Nous avons alors craint que de nombreux délégués se joignent à eux, ce qui aurait pu empêcher la publication du rapport», poursuit le représentant tricolore. Le bluff n’a pas duré. Le SPD a été avalisé par l’assemblée plénière. La centaine d’auteurs et d’éditeurs du rapport devront adapter, à la marge, leur texte à celui rédigé à Incheon. Le dernier opus du Giec ne devrait donc pas être disponible, dans sa version définitive (1), avant plusieurs semaines. A quelques jours, sans doute, de l’ouverture de la COP 24, à Katowice.

Derrière sa rédaction très austère, le rapport spécial contient — ce n’est pas si fréquent pour une production de l’institution onusienne — quelques bombes politiques. Après avoir épluché quelque 6.000 articles et études, les rédacteurs concluent à la faisabilité de stabiliser le réchauffement à 1,5°C. «La réponse à cette interrogation était très clivante dans le milieu scientifique», indique un climatologue. C’est finalement oui. Même si cela n’est pas gagné d’avance.

RÉDUCTION DU BUDGET CARBONE

Pas gagné car nous sommes déjà très proches de la limite. Depuis la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, nous avons, collectivement, émis environ 2.000 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2). Notre budget carbone est désormais inférieur à 600 GtCO2. Au rythme actuel d’émission, cela nous laisse 10 à 20 ans avant d’atteindre le fameux 1,5°C de réchauffement global. Et sans doute un peu moins. Pour la première fois, le Giec estime que le dégel du permafrost pourrait relâcher une centaine de GtCO2 d’ici la fin du siècle. De quoi sensiblement réduire notre budget carbone.

KILL THE COAL

Autre nouveauté, que le JDLE avait esquissé en février dernier : stabiliser le niveau du mercure à 1,5°C passe, immanquablement par des transformations rapides et de grande ampleur de nos sociétés. À commencer par le charbon. Dans ses scénarios d’atténuation, le Giec condamne à mort l’utilisation du charbon pour la production d’électricité d’ici à 2050. Une fatwa validée par les grands producteurs et consommateurs de coke : États-Unis, Chine, Inde ou Australie.

Selon que l’on s’autorise ou non un dépassement temporaire de l’objectif, les trajectoires à suivre sont impressionnantes. Entre 2010 et 2030, notre consommation d’énergie finale devra être réduite de 15 à 40%. L’agriculture pourrait devoir baisser de moitié ses émissions de méthane (élevage et riziculture) et des deux tiers ses rejets de protoxyde d’azote (engrais azotés).

LE RETOUR DE CRO-MAGNON?

Finalement, nos sociétés devront abattre de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en deux décennies et des trois quarts d’ici à 2050. Ce que la technologie actuelle et notre organisation ne nous permettent pas: «De telles réductions [d’émission] peuvent être obtenues grâce à des combinaisons de technologies actuelles et nouvelles, de pratiques, comme l’électrification des usages, l’hydrogène, l'agriculture biologique, des produits de substitution, et le captage et stockage (ou réutilisation) du CO2. L’efficacité de ces options est techniquement prouvée à différents niveaux mais leur déploiement à grande échelle devrait être limité par les capacités financières, financières et d’acceptation sociale ainsi que par des contraintes institutionnelles et des caractéristiques inhérentes aux grands sites industriels», souligne le Giec. «Même si nous arrêtions tout, tout de suite, et vivions dès demain comme Cro-Magnon, cela ne suffira pas», résume un climatologue.

TECHNIQUES MAL MAÎTRISÉES

Condition sine qua non de la réussite de toute politique climatique ambitieuse, nous indiquait il y a quelques semaines la climatologue Valérie Masson-Delmotte, il faudra extraire du CO2 de l’atmosphère et le stabiliser dans le sol. Et pas qu’un peu : de 100 à 1.000 milliards de GtCO2 d’ici la fin du siècle, selon les trajectoires que nous suivrons. Cela nécessite la mise en œuvre, là encore, d’une batterie de techniques plus ou moins bien maîtrisées, de la reforestion à l’amélioration des sols, en passant par l’aspiration directe du CO2.

Surtout une une grande place devra être laissée à la valorisation énergétique de la biomasse avec captage et séquestration du carbone. Cette BECCS pourrait devenir l’alpha et l’oméga de nos futures politiques énergétiques. «On l’a caché jusqu’à présent, témoigne notre membre de la délégation française, mais la plupart des scénarios compatible avec un réchauffement de 2°C intègrent la BECCS.»

Incontrôlé, ce recours accru à la biomasse se heurtera à d’autres activités, agricoles notamment. Certains scénarios imposent de consacrer 300 à 800 millions d’hectares aux cultures énergétiques. À comparer aux 1.500 millions d’hectares actuellement cultivées dans le monde.

Cette confrontation annoncée plaide en faveur d’une extension du domaine de la lutte climatique. «Il ne faut plus considérer le climat comme un sujet isolé des autres. Nous devons désormais intégrer les objectifs de développement durable (ODD)», souligne un délégué européen présent à Incheon.«Bien conduites, des politiques d’adaptation qui réduisent la vulnérabilité de l’Humanité et des écosystèmes peuvent aussi contribuer à renforcer la sécurité d’approvisionnement en eau et en denrées alimentaires. Elles peuvent aussi réduire certains risques naturels, améliorer les conditions sanitaires, maintenir les services écosystémiques et diminuer la pauvreté et les inégalités»,poursuivent les rédacteurs du RPD.

«Les politiques ne seront pas tout. Il faudra aussi faire attention à l'acceptation sociale», a insisté Hoesung Lee, le président du Giec, lors de la conférence de presse de ce matin. Un conseil rarement entendu par les gouvernements.

 

(1) Les textes validés au mois de juin sont accessibles au : http://ipcc.ch/report/sr15/

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«Même si nous arrêtions tout, tout de suite, et vivions dès demain comme Cro-Magnon, cela ne suffira pas», résume un climatologue.

 

N'est-ce pas le seul moment de lucidité de ce rapport !

 

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Voir aussi :

 

Budget carbone limité, stratégies de riposte difficiles à mettre en œuvre, conséquences du réchauffement qui s’accélèrent : les conclusions du rapport spécial du Giec sur les effets d’un réchauffement de 1,5 °C sont des plus inquiétantes.

Hervé Le Treut : C’est normal que cela soit plus inquiétant : nous ne cessons d’accroître les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Nous devons résoudre un problème que nous complexifions chaque jour un peu plus. Ce qui m’interpelle particulièrement dans ce rapport c’est qu’à force de réduire les marges d’action on est confronté à une situation vraiment nouvelle. Si nous voulons encore stabiliser le réchauffement à 1,5 °C, nous devons immédiatement engager des efforts colossaux. Des efforts qui pourront ne pas plaire à tous les acteurs de nos sociétés. 

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Climat : comment expliquer une aussi criminelle apathie

face au drame annoncé ?

 

L’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés : le « capitalocène », explique Frédéric Joignot.

 

LE MONDE |

 

Nous avons « parfois l’impression d’observer une tragédie grecque », dans le sens où « vous savez ce qu’il va se produire, et vous voyez les choses se produire ! », confessait, le 26 septembre, sur France Info, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, inquiète des dernières mesures sur la dégradation du climat. Il faut dire qu’un rapport publié la veille, conjointement par l’Organi­sation de coopération et de développement ­économiques (OCDE), l’ONU Environnement et le Groupe de la Banque mondiale, n’était pas fait pour rassurer : on apprenait que, sur les 180 signataires de l’accord de Paris de 2015 (COP21), neuf pays seulement ont soumis aux ­Nations unies des programmes concrets pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES).

 

En attendant que les 171 autres respectent leur engagement devant l’opinion mondiale, l’OCDE constate sombrement que « les gouvernements continuent de consacrer près de 500 milliards de dollars par an [430 milliards d’euros] pour subventionner le pétrole, le charbon et le gaz, et que la plupart d’entre eux n’ont pas su mettre fin à leur dépendance à l’égard des recettes provenant des énergies fossiles ». Ils n’ont pas non plus pris les mesures suffisantes pour placer leurs économies sur « une trajectoire “bas carbone” ». Le secrétaire général de l’organisation, Angel Gurria, prévient : « Cette inertie risque de nous faire perdre la guerre contre le réchauffement climatique », c’est-à-dire l’objectif d’un réchauffement maximal de 2 degrés.

 

Criminelle apathie

 

Comment expliquer une aussi criminelle apathie face au drame annoncé ? Depuis quelques années, des chercheurs, historiens, économistes, et non des moindres, avancent une explication radicale. Nous ne sommes pas entrés dans l’anthropocène avec la révolution industrielle et la mondialisation des économies, tant et si bien que l’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés. Nous sommes entrés dans le « capitalocène » : l’ère du système capitaliste triomphant, incapable de contenir sa course effrénée au profit.

 

Ainsi, Andreas Malm, professeur au département d’écologie humaine à l’université de Lund (Suède), explique, dans L’Anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement ­climatique à l’heure du capital (La Fabrique, 2017), que ce n’est pas tant une « espèce humaine » abstraite qu’il faut rendre responsable du désastre écologique, mais d’abord l’Empire britannique. Il retrace ainsi l’histoire de la ­machine, puis de la locomotive à vapeur, brevetée par l’Ecossais James Watt en 1784, et décrit la manière dont les capitalistes anglais les ont popularisées en Europe, dans leurs colonies, puis dans le monde entier, démarrant ainsi la révolution industrielle.

 

Malm rappelle ensuite comment l’exploitation des sources d’énergie a mené à la mise en place d’une « économie fondée sur la consommation croissante de combustibles fossiles », « en lien étroit avec le processus d’accumulation du capital qu’elle suppose ». C’est cette logique économique qui se perpétue aujourd’hui, générant « une croissance continue des émissions de gaz à effet de serre ». Pour Malm, « blâmer l’humanité du changement climatique revient à laisser le capitalisme se tirer d’affaire ».

 

Capitalisme mondialisé

 

De leur côté, les chimistes américain et néerlandais Will Steffen et Paul J. Crutzen (Prix Nobel 1995), inventeurs du concept d’anthropocène, rappelaient en 2008, dans le Journal of Human Environment, comment la pression destructrice des activités humaines sur l’environnement a connu une « grande accélération » à partir des années 1950 : pollution industrielle massive, sixième extinction animale, acidification des océans, désertification, ­surpêche, fonte des glaces, concentration des GES, ­réchauffement, tout s’est aggravé – mondialisé. Si bien que le sociologue américain John Bellamy Foster comme la journaliste d’investigation canadienne Naomi Klein parlent d’un capitalisme dévastateur.

 

En France, en 2016, Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences et des techniques, a ajouté un chapitre intitulé « Capitalocène » à la dernière édition de L’Evénement ­anthropocène. La Terre, l’histoire et nous (Seuil), livre qu’il a publié avec l’historien des sciences Christophe Bonneuil – popularisé par Thomas Piketty à l’Ecole d’économie de Paris. Ils expliquent que nous vivons aujourd’hui la confrontation violente du « système terre » et du « système monde » du capitalisme mondialisé, grand consommateur de matières premières et de ressources minérales, qui s’est « construit au moyen d’un accaparement des bienfaits de la terre et d’une externalisation des dégâts environnementaux, par le biais de phénomènes de dépossession et d’“échange inégal” ». Pour les auteurs, parler de « capitalocène » plutôt que d’anthropocène est stratégique : c’est désormais la fin du capitalisme qu’il faut penser, et non la fin du monde.

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Jean Jouzel, climatologue breton, confirme l’intérêt du dernier rapport du Giec, montrant les conséquences d’un réchauffement climatique entre 1,5 °C et 2 °C.

 

Le Giec a publié ce lundi son dernier rapport sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur les espèces et les économies. Commandé à l’issue de la COP 21, le document doit servir de base de travail pour la COP 24, qui se tiendra à la fin de l’année en Pologne. Ses conclusions, alarmantes, réclament des efforts « sans précédent ». « Nous sommes dans l’extrême urgence. À un moment, il sera trop tard », lance Jean Jouzel, le climatologue breton, ancien n° 2 du Giec.

 
 

 

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/10/08/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec_4205628_540x959p.jpg

Climat. Ce que change le rapport du Giec
(Le Télégramme)

 

« Ce rapport est complètement dans la ligne avec le précédent rapport du Giec. Après la COP 21, l’objectif était un réchauffement en dessous de 2 °C, voire 1,5 °C. Ce rapport est affreusement dans la ligne puisqu’il nous montre les conséquences sur les espèces animales, le récif corallien et les populations menacées par l’élévation du niveau de la mer », souligne Jean Jouzel, qui a participé à l’écriture de précédents rapports du Giec.

 

À LIRE SUR LE SUJET 

Hausse globale des températures, notamment nocturnes, qui influent sur les possibles épisodes caniculaires, la fonte de la calotte glaciaire, la hausse du niveau de la mer, ce sont quelques-unes des conséquences d’un réchauffement climatique non maîtrisé.

 

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/10/08/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec_4205627.jpg

Climat. Ce que change le rapport du Giec
(Le Télégramme)

Ce réchauffement, de l’ordre de 1 °C depuis le début du XXe siècle, pourrait dépasser les 3 °C d’ici 2100. Le Giec a publié ce rapport à l’attention des décideurs du monde entier, dans l’espoir que ses recommandations puissent avoir un impact sur la politique environnementale.

 

À LIRE SUR LE SUJET 


© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/france/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec-08-10-2018-12101206.php#VvhqAYQmZ6tgQ0UK.99

Paroles, Paroles...

 

En France on va fermer toutes les centrales thermiques. On sera le premier pays qui ferme toutes ses centrales thermiques. Et je ne veux pas réduire ma souveraineté énergétique, c'est à dire importer du gaz de pays qui ne partagent pas forcément mes valeurs ou ré-ouvrir des centrales à charbon. 

Voir la video à partir de 26'

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 08:50

Le combat contre le changement climatique n'est pas terminé. Nous n'avons pas baissé les bras. Nous ne pouvons pas." Une deuxième édition du One Planet Summit se tient, mercredi 26 septembre, à New York (Etats-Unis) afin de faire le point sur les engagements pris fin 2017 à Paris en faveur des financements climatiques et pour les relever. A l'approche de cet événement, organisé en marge de l'Assemblée générale des Nations unies avec notamment l'ancien maire de New York, Michael Bloomberg, et Emmanuel Macron, des climatologues tirent la sonnette d'alarme. 

Ballottés entre le manque d'action et d'écoute, et des résultats chaque jour plus inquiétants, ils témoignent d'une forte "charge émotionnelle", comme le décritL'Echo, d'un état de "frustration et d'angoisse", expose encore une climatologue au magazine The Monthly (en anglais). A quoi ressemble donc le quotidien de ces "annonciateurs de mauvaises nouvelles" ? Franceinfo leur a posé la question.

"Observer une tragédie grecque"

"Il y a un peu parfois l'impression d'observer une tragédie grecque. Vous savez ce qu'il va se produire et vous voyez les choses se produire", présente Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en sciences du climat au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de Paris-Saclay. Outre-Atlantique, le sentiment trouve écho : "Il y a peu de jour où on a l'impression que les choses vont bien", confirme Andrew Rosenberg, biologiste marin américain et directeur du Centre pour la science et la démocratie au sein de l'Union des scientifiques inquiets. 

Hausse des températures, fonte des glaciers, émissions de CO2 qui ne cessent de grimper... "On a l'impression d'être toujours annonciateurs de mauvaises nouvelles", déplore Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Face aux résultats de leurs recherches, ils décrivent parfois des situations de stress et d'épuisement dont il est difficile de s'affranchir une fois la porte du bureau claquée, le soir.

C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. Mon travail est très prenant. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps.

A l'unanimité, ils déplorent un manque d'action de la part des pouvoirs publics."Depuis une trentaine d'années, rapport après rapport, les scientifiques montrent le changement climatique. A l'échelle globale, rien ne se passe", regrette Gilles Ramstein, directeur de recherche au CEA. "On n'a pas arrêté de lancer l'alerte ! Face à ça, il y a un manque d'action, d'ambition. Il y a une très grande frustration de voir qu'alors que l'on sait que le climat se dégrade, les décideurs et les citoyens n'agissent pas suffisamment", abonde Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie belge et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le sentiment de crier "dans le désert"

Il dit avoir parfois l'impression de crier "dans le désert", seul. Un sentiment qu'a ressenti Benjamin Sultan lors de la démission de Nicolas Hulot. "Même en ayant un ministre qui est très engagé, conscient de la menace, on n'est pas capable de prendre la mesure du problème. Pour moi c'était un grand moment de solitude." Françoise Vimeux, elle aussi climatologue à l’IRD, explique cette indifférence par le sujet même des recherches réalisées dans le domaine."Nous en tant que climatologue, on parle souvent des conséquences pour la fin du XXIe siècle et ça paraît loin. Finalement il y a peu de personnes qui s’intéressent ou qui veulent prendre des responsabilités sur un temps aussi long." Mais l'urgence est là. 

Les choses changent, oui. Mais ça va trop lentement. Le climat ne va pas attendre qu'on se décide.

Andrew Rosenberg

à franceinfo

"Le problème il est qu'entre le moment où vous allez prendre conscience et celui où vous allez agir, normalement vous avez le temps. Mais là, le temps nous est compté", renchérit Andrew Rosenberg.

"Le combat n'est pas terminé"

Malgré un quotidien éprouvant, aucun d'eux n'est décidé à baisser les bras et se laisser aller à un "catastrophisme total, une sinistrose", comme le dit Gilles Ramstein. Ni optimisme "béat", ni pessimisme donc. "Je pense qu'il faut être lucide sur ce qu'il reste à faire", défend Valérie Masson Delmotte. Sa solution ?"Etre curieux. On est dans une situation inédite, on entre dans un territoire inconnu avec le changement climatique. Alors cherchez à comprendre quelles peuvent être les conséquences du réchauffement climatique chez vous. Cherchez à vous approprier des solutions."

"L'amplitude du changement climatique, elle dépend de nous. Il y a des scénarios optimistes, il y a des scénarios pessimistes, c'est à nous de décider suivant la manière dont on souhaite vivre", martèle Françoise Vimeux.

Voir la vidéo

 

Tribune. Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doitagir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.

Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Pas trop tard pour éviter le pire

Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.

Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.

Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux.

Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.

C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire.

De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

 

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Quand la Science appelle à l'aide pour l'humanité ? Aurélien Barrau, Astrophysicien [EN DIRECT]

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 16:23

1907. Le suédois Arrhenius a publié en France "L'évolution des mondes". Il y développe la "théorie de la serre chaude" et imagine déjà que la quantité de gaz carbonique dans l'atmosphère "puisse être modifiée, dans le cours des siècles, par la production industrielle".

 

Qui alors, dans la population, s'en soucie quand lui même y voit, d'une certaine façon, une chance pour les futures populations de l'hémisphère nord qui pourront profiter du réchauffement planétaire par un meilleure productivité agricole.

 

Qui, dans les milieux scientifiques, pourrait en faire un objet de recherche alors que dans la même période sont faites des découvertes aussi fabuleuses que les rayons X, la radioactivité, la structure des atomes et même l'équivalence matière/énergie.

 

Qui dans la population pouvait se préoccuper, dans les premières décennies du 20ème siècle, de la qualité de l'atmosphère après les millions de morts dans les tranchées de Verdun et d'ailleurs, les régions entières dévastées, toute une jeunesse décimée. Et comment sortir des horreurs de la deuxième guerre mondiale couronnées par les camps d'extermination et la mort atomique des habitants de Hiroshima et Nagasaki ….

 

Alors parler du CO2 dans l'atmosphère quand il fallait tout reconstruire et quand l'industrie de guerre allait se reconvertir dans des activités dites "civiles" qui allaient initier ces "trente glorieuses" dont on ne commencerait à mesurer l'impact sur la planète que quelques décennies plus tard. Pour le moment c'étaient le charbon et l'acier qui étaient supposés réconcilier les peuples. La fragile Union Européenne célèbre, chaque 9 mai depuis 1985, la déclaration du 9 mai 1950 de Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, par laquelle : "Le Gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande du charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.

 

La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin des régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes".

 

Le charbon et l'acier des armes au service de la paix ? Cette première Europe dont le développement a été alimenté par l'industrie et les capitaux américains a d'abord été l'outil d'une "guerre froide" entre l'Ouest et l'Est. Une guerre dont le terrain principal a été l'escalade dans la fabrication de produits manufacturés et d'armes. Allez donc parler d'effet de serre quand la menace principale est celle d'un conflit nucléaire qui anéantirait en un instant des villes entières et des millions de vies humaines.

 

Quant au reste du monde... La production de charbon et d'acier européens étaient supposés être "offerte à l'ensemble du monde, sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de paix. L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain". Que penser de ces pieuses paroles quand on se souvient des souffrances de la décolonisation et quand on constate la persistance des guerres pour l'accès aux ressources naturelles qui ensanglantent les populations de l'Afrique et du Moyen Orient. Parler de réchauffement climatique aux pays qui doivent se relever des années d'exploitation coloniale et des guerres qui les ont suivies ?

 

Il a fallu attendre 1979 pour qu'un groupe de neuf climatologues remettent, à la demande du président des USA, Jimmy Carter, un rapport d'une vingtaine de pages rassemblant la synthèse des connaissances du moment sur l'impact possible des activités humaines sur le climat. Le groupe à l'origine du rapport publié sous le titre "dioxyde de carbone et climat : une évaluation scientifique" était présidé par Jule Charney, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il est généralement présenté comme le "Rapport Charney".

 

Le rapport Charney (1979).

 

Dans un avant propos, Verney E. Suomi, considéré comme le père de la météorologie par satellite et alors président du "conseil de recherche climatique" de l'Académie des Sciences, faisait le constat que "nous avons maintenant des preuves irréfutables que l’atmosphère est en train de changer et que c'est nous-mêmes qui contribuons à ce changement. Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone augmentent progressivement, et ces changements sont liés à l'utilisation par l'homme de combustibles fossiles. Étant donné que le dioxyde de carbone joue un rôle important dans le bilan thermique de l'atmosphère, il est raisonnable de supposer que des augmentations continues affecteront le climat."

 

Et déjà apparaît la préoccupation pour les générations futures. Il faut, écrit-il, "se pencher sur le monde de nos petits-enfants, le monde du XXIe siècle. D'ici là, combien de carburant sera brûlé, combien d'arbres seront abattus ? Comment un changement climatique affectera-t-il la société mondiale de la génération à naître ?"

 

Conclusion du rapport ? "si l'on suppose que la teneur en CO2 de l'atmosphère est doublée, l'équilibre thermique statistique étant atteint, les efforts de modélisation les plus réalistes prédisent un réchauffement global de la surface terrestre entre 2°C et 3,5°C, avec des augmentations plus importantes dans les hautes latitudes." 

 

Décembre 2009. Congrès d'automne de l'American Geophysical Union (AGU) à San Francisco.

Le congrès célèbre le trentième anniversaire du rapport Charney. "Rien, dans toutes les nouvelles connaissances acquises depuis trente ans, n'est venu contredire les conclusions du rapport Charney", expliquait Raymond Pierrehumbert, titulaire de la chaire de géo-sciences de l'université de Chicago, qui présidait la session. Avec une certaine amertume il constatait que ce qui était débattu actuellement dans le domaine du réchauffement climatique: "aurait pu commencer à être discuté il y a trente ans".

Qui pourrait affirmer que nous n'entendrons pas les mêmes propos dans trente ans  comme avaient déjà été oubliés, en 1979, les principes énoncés sept ans plus tôt lors de la conférence des Nations Unies sur l'Environnement réunie à Stockholm en juin1972 :

"Principe 5 : Les ressources non renouvelables du globe doivent être exploitées de telle façon qu'elles ne risquent pas de s'épuiser et que les avantages retirés de leur utilisation soient partagés par toute l'humanité.

Principe 6 : Les rejets de matières toxiques ou d'autres matières et les dégagement de chaleur en des quantités ou des concentrations telles que l'environnement ne puisse plus en neutraliser les effets doivent être interrompus de façon à éviter que les écosystèmes ne subissent des dommages graves ou irréversibles. La lutte légitime des peuples de tous les pays contre la pollution doit être encouragée. "

Il faudra attendre vingt ans après Stockholm pour que l'effet de serre et le réchauffement climatique commencent enfin à émerger à la conscience publique.

1992. Le sommet de la terre de Rio.

J'ai conservé ce numéro de la revue "La Recherche" de mai 1992. Un numéro spécial avec un seul titre en couverture "L'effet de Serre". L'éditorial est de Pierre Thuillier, le philosophe et historien des sciences dont le "Petit Savant Illustré", publié en 1980 avait fait les délices de toute une jeune génération de scientifiques en rupture avec un dogmatisme ambiant. Aujourd'hui, écrit-t-il, les climatologues lancent de sérieux avertissement.

Le ton reste prudent : "il se pourrait" écrit-il "que les hommes, à force de brûler des combustibles fossiles, de détruire les forêts et de développer des industries polluantes, dégradent dangereusement l'atmosphère". L'époque n'est pas encore aux affirmations : "Les activités humaines n'entraînent-elles pas un réchauffement excessif de la Terre ? Notre survie n'est-elle pas compromise ? Même des esprits plutôt pondérés sont amenés à envisager sinon le risque ultime, du moins des scénarios très pessimistes". Faisant suite au sommaire, sur une double page au dessus d'un paysage de cheminées d'usines fumantes, ce titre : "Un dossier scientifique épineux".

Pourtant, à relire ce numéro spécial, un quart de siècle plus tard, on constate à quel point beaucoup de ce qui n'était qu'interrogation s'est transformé en certitude. Des cartes du monde avaient été publiées qui illustraient ce que deviendrait le climat dans l'hypothèse d'un doublement du taux atmosphérique de gaz carbonique. Elles indiquent un réchauffement moyen qui pourrait atteindre 5°C et jusqu'à 8°C dans l'hémisphère Nord. Elles semblent l'exacte réplique de celles publiées vingt ans plus tard.

Ce numéro de "Le Recherche" annonce la "conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement" qui va se tenir à Rio de Janeiro, au Brésil, pendant le mois de juin. Resté dans les mémoires comme le "Sommet de la Terre de Rio", la conférence a été un réel succès médiatique : 178 pays représentés, 110 chefs d'Etats et de gouvernements présents, 2000 représentants d'organisations non gouvernementales (ONG) et surtout des milliers de personnes au forum organisé en parallèle par les ONG. La conférence se revendiquait comme le prolongement de la conférence internationale sur l’environnement humain (un premier " Sommet de la Terre" organisé en 1972 à Stockholm). Elle s'est conclue par une "Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement" énonçant 27 principes parmi lesquels était introduite la notion de "développement durable" dont l'interprétation et l'application ont donné lieu par la suite à de nombreuses controverses. Plus concrètement était adopté par les chefs d'Etat présents un "Agenda 21", plan d'action pour le 21ème siècle énumérant 2500 principes pour l'application de la déclaration.

Si cet "Agenda 21" est régulièrement cité depuis comme une référence il demeure, à y regarder de près, bien timide en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Dans on chapitre 9 consacré à la "Protection de l'atmosphère" il se contente de constater "Les préoccupations suscitées par le changement climatique et la variabilité climatique, la pollution atmosphérique et l'appauvrissement de la couche d'ozone ont suscité de nouvelles demandes d'informations scientifiques, économiques et sociales en vue de réduire les incertitudes qui subsistent dans ces domaines." Afin de "mieux comprendre et prévoir les diverses propriétés de l'atmosphère et des écosystèmes touchés, ainsi que leurs effets sur la santé et leurs interactions avec les facteurs socio-économiques" il se contente de que demander la mise en œuvre de moyens afin de "dissiper les incertitudes" et pour cela d'améliorer "la base scientifique nécessaire à la prise de décisions".

Cette insistance sur les "incertitudes", qui ne pouvait qu'alimenter le clan des "climato-sceptiques" déjà très actif, omettait ainsi les premières alertes du "Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution de climat (GIEC)" qui fonctionnait déjà depuis 1988 et dont c'étaient fait écho les rédacteurs du numéro de "La Recherche" de 1992.

1988 : Le GIEC.

Le GIEC a été créé en novembre 1988 par deux organismes de l’ONU : l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et leProgramme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). A son origine, une demande du G7, le groupement des 7 plus grandes puissances économiques mondiales. Dès 1990 il rendait public son premier rapport. Et déjà des certitudes :

"Nous avons la certitude que : Les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l'atmosphère des gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, chlorofluorocarbones (CFC) et oxyde nitreux. Cette augmentation renforcera l'effet de serre, intensifiant le réchauffement général de la surface terrestre. Le principal gaz à effet de serre, c'est-à-dire la vapeur d'eau, deviendra plus abondant sous l'effet du réchauffement planétaire ce qui accentuera encore ce dernier. Les calculs nous donnent la conviction que certains gaz peuvent plus efficacement que d'autres modifier le climat et que leur efficacité relative peut être évaluée. Le dioxyde de carbone a causé dans le passé plus de la moitié du surcroît d'effet de serre, et il est probable qu'il en sera de même à l'avenir."

Après les certitudes les prévisions :

"En nous fondant sur les résultats que donnent les modèles actuels, nous prévoyons ce qui suit : La température globale moyenne augmentera en moyenne au cours du siècle à venir de 0,3 °C environ par décennie (avec une marge d'incertitude de 0,2 à 0,5 °C par décennie) si les émissions de gaz à effet de serre correspondent au scénario A du GIEC (poursuite des activités); c'est là une valeur supérieure à celle que l'on a observée au cours des 10 000 dernières années. Cela aura probablement pour conséquence que la température globale moyenne dépassera de 1 °C environ la valeur actuelle en 2025 (environ 2 °C de plus que pendant la période pré-industrielle) et de 3 °C avant la fin du siècle à venir (environ 4 °C de plus que pendant la période pré-industrielle). Cette augmentation ne se fera pas à un rythme régulier, en raison de l'incidence d'autres facteurs.

Dans le cas des autres scénarios du GIEC, qui supposent une réglementation progressivement plus stricte, le rythme d'augmentation de la température globale moyenne serait de 0,2 °C environ par décennie (scénario B), juste supérieur à 0,1 °C par décennie (scénario C) et de 0,1 °C environ par décennie (scénario D)."

Après les prévisions, le constat :

2014. Le cinquième rapport du Giec confirme que : "Chacune des trois dernières décennies a été successivement plus chaude à la surface de la Terre que toutes les décennies précédentes depuis 1850. Les années 1983 à 2012 constituent probablement la période de 30 ans la plus chaude qu’ait connue l’hémisphère Nord depuis 1 400 ans. La tendance linéaire de la moyenne globale des données de température de surface combinant les terres émergées et les océans indique un réchauffement de 0,85 [0,65 à 1,06] °C au cours de la période 1880–2012".

2017 en France.

Le ministère de la transition écologique et solidaire publie les "Indicateurs nationaux de suivi de la transition écologique vers un développement durable (2015-2020)". Il ne s'agit plus d'hypothèses mais de constats. On peut y lire que :

"La décennie 2001-2010 a été plus chaude de 0,2°C que la décennie 1991-2000 et se situe 1°C au-dessus de la moyenne 1961- 1990.

Le réchauffement de la température en France métropolitaine est très net. Les dix années les plus chaudes ont été observées durant les deux dernières décennies dont la température moyenne est supérieure de 1°C à la moyenne 1961-1990."

 

Une augmentation de 0,2°C par décennie, c'était ce que prévoyait, dès 1990, le scénario B du Giec.

 

La maison brûle mais aucun pompier ne répond à l'appel des sirènes.

 

 

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