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17 janvier 2023 2 17 /01 /janvier /2023 10:17

Par Gérard Borvon

 

L'accord sur les unités électriques fut négocié lors du premier Congrès international d'électricité de 1881, à Paris. Ce fut un véritable évènement dans le monde scientifique et technique. On trouvera ci-dessous trois documents sur ce Congrès : tout d'abord la présentation des résultats du Congrès dans la grande revue de vulgarisation scientifique de l'époque, La Nature, puis le récit très personnel de la négociation par le chef de la délégation française au Congrès, Eleuthère Mascart, et enfin le discours de clôture du Congrès par son président, le chimiste français Jean-Baptiste Dumas, qui se termine par une prédiction que l'avenir ne démentira pas :

 

"Cet effort restera comme une date mémorable dans l'histoire ; au milieu du mouvement de la politique et des agitations de l'esprit humain, il deviendra l'expression caractéristique de notre époque. Le dix-neuvième siècle sera le siècle de l'électricité !"

 

 

Voir la suite sur le site Ampère/CNRS

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7 décembre 2022 3 07 /12 /décembre /2022 09:19

 

 

 

La presqu'île du bout du monde.

 

 

Au bout du monde il y a la Bretagne et le Finistère. Là, entre Pointe du Raz et Pointe Saint-Mathieu se niche la presqu'île de Crozon qui n'a rien à envier à ses deux voisines en matière de falaises et de courants violents. Trois pointes la couronnent. Au nord, la Pointe des Espagnols qui ferme la rade de Brest. Au sud, le Cap de la Chèvre à l'extrémité de la baie de Douarnenez. Au centre s’avance la pointe de Pen-Hir. Ses soixante trois mètres au dessus des vagues offrent le plus beau des coups d’œil sur les « Tas de Pois » et la mer d'Iroise.

 

L'Iroise. Son nom, hérité des parlers celtiques, reste un mystère. Entre Atlantique et Manche, entre Sein et Ouessant elle dresse ses écueils et fait naître, dans le Raz de Sein, le Chenal du Four ou le Passage du Fromveur, des courants dont la vigueur fait le bonheur où l'enfer des celles et ceux qui osent s'y affronter. Dauphins et phoques y ont trouvé refuge. Bars, lieus, dorades, y attirent le pêcheur audacieux. Du Fou de Bassan à la mouette tridactyle, de nombreuses familles de migrateurs nichent ou font halte dans ses falaises. Cette richesse biologique a valu aux archipels de Molène et de Ouessant le statut de « réserve de biosphère » de la part de l’Unesco. La France de son côté y a créé son premier « parc naturel marin ».

 

Ici le vieux massif armoricain a livré ses derniers combats. Ses rivages déchiquetés témoignent de la lutte permanente que se livrent la terre et la mer. Dans ses falaises se lit une histoire qui s'étale sur cinq cent millions d'années. Les schistes, les grès, les quartzites, les coulées volcaniques, les dépôts sédimentaires riches en fossiles, y alternent. Au raz des flots s'ouvrent de multiples grottes marines qui offrent parfois aux visiteurs, au milieu du scintillement des quartz, la couleur éclatante des filons d'améthystes. Pour le bonheur des géologues, vingt sept sites de la presqu'île ont été déclarés « réserve géologique ».

 

Sur ces rives se sont arrêtés la longue suite des peuples qui ont suivi la course du soleil. Sur la lande de Lagatjar, trois alignements de menhirs ont, comme à Carnac, inscrit sur la Terre la course des astres. Les peuples du néolithique qui, il y a 5000 ans les ont dressés, ont laissé dans les sols ces pierres polies, haches ou herminettes, leurs outils d'agriculteurs. Au siècle dernier, pour celui qui les trouvait dans ses labours, c'étaient des « pierres de foudre » aux vertus protectrices. Les marais et zones humides y livrent parfois les magnifiques épées des populations du bronze qui leur ont succédé. A leur suite, celtes, romains, bretons venus de la grande île, vikings, y ont laissé, leur signature.

 

Une mer poissonneuse, une terre enrichie par les goémons arrachés aux rives : cet asile a été convoité. Les peuples insulaires le savent, c'est de la mer que vient le danger. La presqu'île, lieu stratégique entre la rade de Brest et la baie de Douarnenez a vu croiser bien des flottes dans ses parages. La Pointe des Espagnols a conservé le souvenir des 400 hommes du capitaine Don Thomas Praxède venus en octobre 1594 soutenir le camp de la Ligue à la demande du roi Philippe II d'Espagne. Quand Richelieu puis Colbert ont fait de Brest le siège de la première flotte de guerre royale, c'est l'adversaire anglais qui a cherché à occuper la presqu'île. Vauban qui l’a ceinturée de redoutes et de forts a lui même organisé, en juin 1694, la résistance à une tentative anglaise de débarquement, à Camaret, à partir de la tour qu’il a fait construire et qui fait aujourd’hui partie du patrimoine de la ville. Au cours des siècles suivants, les ouvrages militaires se sont multipliés. Le long des sentiers côtiers, ils s'offrent aujourd'hui à la visite des randonneurs.

 

Les guerres du vingtième siècle ont renforcé le caractère militaire de la rade de Brest. La militarisation de la presqu'île a suivi. Une base aéronavale et l’École Navale à Lanvéoc-Poulmic, un centre d’entraînement des nageurs de combat à Quélern, une caserne de gendarmes maritimes à Crozon… L’occupation progressive s’est faite dans une quasi indifférence de la population jusqu'à cette année 1965 et le projet de trop.

 

Voir :

10 ans avant Plogoff. Au cœur de la cible nucléaire. La presqu’île de Crozon entre en résistance.

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15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 08:36

 

Risque de guerre nucléaire : faut-il en parler ou pas ?

 

Tel est le titre d'un article du journal Le Télégramme du samedi 15/10/2022 qui mérite la lecture. Il se veut réponse à la déclaration de E.Macron "moins on en parle et moins on agite la menace et plus on est crédible".

 

A l'évidence la non-réponse de E.Macron illustre la mise à mal du dogme français de la dissuasion : les arsenaux nucléaires des USA, de la France, de l'Angleterre, présents en Europe, n'ont pas dissuadé Poutine d'agresser l'Ukraine. Et ceci en menaçant les dites puissances nucléaires d'utiliser son propre arsenal nucléaire si celles-ci continuaient à armer l'Ukraine.

 

La réponse des dites puissances : nous ne répondrons pas par une frappe nucléaire mais par l'usage massif de nos armes "classiques" contre la Russie. Armes classiques ? Le bombardement d'une centrale nucléaire, "classique" ? A l'évidence quelle que soit la réponse l'escalade risque de mener au pire.

 

Alors, l'arme nucléaire, il est temps d'en parler.

 

Voir : De la Bretagne à la Polynésie. Refuser l'arme nucléaire.

 

 

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 16:10
"Le philosophe Bruno Latour, figure de proue de la pensée écologiste, est mort à l'âge de 75 ans

Le philosophe, sociologue et anthropologue Bruno Latour, considéré comme l'un des plus grands intellectuels contemporains français, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l'âge de 75 ans."

 

Tel est le titre de l'article que lui consacre France-info.

 

Pluie d'éloges après des décennies de silences dans les médias français. En janvier 2022 il nous offrait sa dernière pensée dans un "Mémo sur la nouvelle classe écologique" aux éditions "les empêcheurs de tourner en rond". Il en parlait dans "La Terre au Carré".

 

Écouter sur la Terre au Carré.

 

 

 

Sur France Inter

Il était aussi interrogé sur France-Inter. Une superbe illustration de  l'actualité et de l'avenir possible de l'écologie politique malgré la multiplication des questions pièges du journaliste.

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=SgUWKUPKm-g&ab_channel=FranceInter

 

Sa réponse aux attaques du journaliste contre les écologistes : "je ne m'adresse pas aux activistes, eux il font  un boulot magnifique".

 

Effectivement, son livre ne s'adresse pas aux journalistes en attente de "bons mots" propres à alimenter la médiasphère mais aux "Membres des partis écologiques et leurs électeurs présent et à venir".

A l'évidence le journaliste ne fait pas partie de cette catégorie.

 

Plus d'informations sur le site de La Découverte :

 

Écouter sur la Terre au Carré.

 

 

Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même ? Avec le philosophe Bruno Latour.

 

Dans son dernier livre "Mémo sur la nouvelle classe écologique. Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même " Bruno Latour appelle les écologistes à tirer toutes les conséquences politiques du Nouveau Régime Climatique.

 

Écouter les entretiens avec Bruno Latour sur ARTE.TV

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Un bémol cependant ?

Faut-il vraiment imaginer une "lutte des classes" sur le modèle marxiste avec toutes les dérives observées depuis (voir la Chine et la Corée du Nord qui prétendent s'en réclamer encore) ? L'avenir ne serait-il pas plutôt aux démarches "libertaires" qui naissent spontanément ici et là. Et, ceci, sans besoin de théoriser. 

Ne pas oublier que, dans cette éventuelle "lutte des classes", l'arbitre ne sera pas un groupe humain quelconque mais la Nature terrestre dans son ensemble.

Voir aussi :

"L'Homme est la Nature prenant conscience d'elle même". Vraiment ?

Autre bémol :

Bruno Latour n'a rien à dire sur la relance du nucléaire !!!

Ce qui donne à son discours un côté "hors sol".

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 11:44

 

Alors que nous luttions contre le projet de construction d’une centrale nucléaire à Plogoff, dans la pointe du Raz, certains de ses partisans nous interpellaient : « vous luttez contre une pacifique centrale électrique, mais vous oubliez que vous avez à votre porte, à L’Île Longue, une base de sous-marins nucléaires dont les missiles sont destinés à faire des millions de morts » .

 

Erreur, nous n’avions pas oublié !

 

 

 

 

 

 

A peine un mois après l’élection de François Mitterrand en mai 1981, qui annonçait l’arrêt du projet de Plogoff, nous étions nombreux à manifester dans la presqu’île de Crozon pour rappeler que le nucléaire c’est aussi, et d’abord, la bombe nucléaire. Nous n’avions pas attendu que le président Macron vienne au Creuzot déclarer que « Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil », nous le savions déjà pour bien connaître l’histoire du nucléaire en France dont le premier des objectifs avait été l’arme nucléaire. La version civile ne nous avait pas encore donné la preuve de sa dangerosité avec Tchernobyl et Fukushima par contre le militaire n’avait rien à prouver depuis Hiroshima et Nagasaki. Le message que nous voulions alors adresser à nos concitoyens a pris une inquiétante actualité avec l’agression de la Russie contre l’Ukraine.

 

A partir de ce mois de Juin 1981, les occasions n’ont pas manqué de nous voir, à nouveau, manifester dans la presqu’île de Crozon : crise des euromissiles dans les années 80, reprises des essais nucléaires en Polynésie en 1995, essais de nouveaux missiles français au sud de la Bretagne, commémoration annuelle, au sommet du Menez Hom, des bombardements de Hiroshima et Nagasaki… A chacune de ces occasions revenait le souvenir de la résistance des habitants de la presqu’île quand, en l’année 1965, leur avait été faite l’annonce de la construction d’une base de sous-marins nucléaires à l’Île Longue. Dans un monde de plus en plus instable, il nous semble nécessaire de rappeler toutes ces actions qui contredisent le prétendu consensus de la population française en faveur de la force de frappe.

 

Sans même avoir été utilisée, l’arme nucléaire française a déjà fait bien des victimes. Nous voulons faire entendre le témoignage des civils et militaires exposés, en connaissance de cause, aux retombées radioactives et aux rayonnements nucléaires. Ils nous parlent du Sahara, de la Polynésie et même de l’Île Longue.

 

Comment également ne pas voir le monde qui s’annonce. La pollution généralisée de l’air, des terres et des océans, la disparition accélérée des espèces animales et végétales, la crise climatique dont les conséquences extrêmes sont de plus en plus visibles. Et à nouveau le spectacle de guerres dont les populations civiles sont les premières victimes. Nous ne pouvons pas laisser en prime à nos descendants la menace permanente de l’anéantissement par l’apocalypse nucléaire.

 

Une lueur d’espoir cependant : Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) qui a été adopté à l’ONU par 122 pays et est entré en vigueur le 22 janvier 2021. La fin de l’histoire n’est pas écrite. Nous pouvons agir pour que la France, donnant le signal de la mobilisation pour un monde plus apaisé, renonce à son armement nucléaire.

 
Table des matières.

 

Préface

 

11. La presqu-île du bout du monde. (voir)

 

15. La presqu-île entre en résistance. (voir)

 

37. 27 juin 1981. 1500 manifestants à Crozon.

 

43. La Bretagne au cœur de la cible nucléaire.(voir)

 

53. Ne pas protéger la population. Le choix des stratèges de la dissuasion.(voir)

 

69. Du Larzac à l’Île-Longue. Résister à la menace des Pershing et des SS20.(voir)

 

81. Stop Essais !(voir)

 

87. Du Sahara à la Polynésie. Les irradiés des essais nucléaires. (voir).

 

95. Omerta sur les irradiés de Mangareva.(voir)

 

107. Les irradiés de l’Île-Longue.(voir)

 

113. Ils veillent sur la rade.(voir)

 

117. Pour l’interdiction mondiale des armes nucléaires, la France doit renoncer à sa force de frappe nucléaire

 

Pour feuilleter les premières pages voir

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25 juillet 2022 1 25 /07 /juillet /2022 20:39

https://www.arte.tv/fr/videos/073938-000-A/l-homme-a-mange-la-terre/

De la révolution industrielle à aujourd’hui, un décryptage minutieux de la course au développement qui a marqué le point de départ de l’ère de l'anthropocène (ou l'ère de l'être humain) et de la déterioration continue de la planète.

Quelque 1 400 milliards de tonnes de CO2 sont aujourd’hui prisonnières de la basse atmosphère. Réchauffement climatique, déforestation, inondations, épuisement des ressources, pollutions, déchets radioactifs... : en deux siècles, la course au progrès et à la croissance a durablement altéré la planète, la crise environnementale se doublant d’une rupture géologique, avec l’avènement de l’ère anthropocène. Portée par l’exploitation des énergies fossiles – du charbon de la révolution industrielle en Angleterre au "tout-pétrole" de la domination économique des États-Unis –, l’industrialisation et ses corollaires, taylorisme et colonialisme, entraînent une exponentielle production de masse. Un processus qu’accélère la Première Guerre mondiale, les firmes chimiques mobilisées pour tuer l’ennemi se reconvertissant dans la destruction du vivant avec les herbicides, insecticides et fertilisants de l’agriculture intensive. Alors que l’urbanisation s’étend, la voiture, qui sonne le glas du tramway, se généralise, et l’Amérique s’inspire du modèle autoroutier nazi. La Seconde Guerre mondiale engendre une nouvelle organisation du travail, laquelle devient la norme, et annonce l’ère nucléaire de la guerre froide. Dans sa démesure, l’homme rêve déjà d’usages civils de l’atome (y compris pour l’abattement de montagnes et la dissolution des calottes glaciaires !). Le plastique et le béton deviennent les piliers de la consommation de masse, dévoreuse de matières premières et antidote à la contestation sociale, jusqu’à la révolution numérique.

Liaisons dangereuses
En balayant, avec de formidables archives issues du monde entier, deux siècles de progrès jusqu’à l’ère du big data, le film remonte aux sources de la crise écologique, en interrogeant avec précision les enjeux scientifiques, économiques et politiques qui y ont conduit. Fourmillant d’informations, il éclaire l’histoire de cette marche folle, et les liaisons dangereuses entre industries militaire et civile. Entre capitalisme et mondialisation imposés par les grandes puissances, un décryptage passionnant du basculement dans l’anthropocène, funeste asservissement de la nature par l’homme.

Réalisation : Jean-Robert Viallet

Pays : France

Année : 2019

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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 11:21

Dans son nouveau rapport, l'IPBES dénonce la «marchandisation» de la nature présente dans les politiques publiques.

Le dernier rapport de l'IPBES, approuvé par 139 États, dénonce la manière «marchande» dont la nature est considérée dans les décisions politiques et économiques.

 

Seulement trois jours après son rapport avertissant que la surexploitation des espèces sauvages menace le bien-être de milliards d'êtres humains, l'IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) publie une étude critique explorant la manière dont la nature est prise en compte dans les politiques publiques. Souvent présenté comme le «GIEC de la biodiversité», l'organisme indépendant fournit des évaluations scientifiques sur l'état de la planète depuis 2012.

 

Depuis quatre ans et avec 82 scientifiques et experts renommés, la plateforme a analysé plus de 13.000 études mondiales sur le sujet. La conclusion principale est «un message simple», selon le Professeur Unai Pascual, économiste de l'environnement du BC3 (Basque Centre for Climate Change) et co-président de la session de l'IPBES. «Ne pas tenir compte de toutes les différentes valeurs que les gens associent à la nature provoque une crise mondiale de la biodiversité», affirme-t-il. Mais quelles sont ces valeurs et comment peut-on les intégrer au processus décisionnel ?

 

Quatre types de valeurs

Selon le Pr. Unai Pascual, «la nature est perçue comme une usine fournissant de la nourriture, de l'eau et de l'énergie, le tout gratuitement. Mais elle entretient aussi notre santé, notre identité, et nous y sommes liés de plusieurs manières». Cette perception déshumanisée est à la source du problème puisqu'elle est «marchande» : impossible de refléter nos besoins non-économiques à l'intérieur. En motivant la croissance économique et en se reposant uniquement sur l'indicateur du PIB (Produit intérieur brut), les gouvernements entretiennent une vision incomplète de la nature et «c'est pourquoi nous sommes dans ce pétrin», explique-t-il.

 

Pour faire simple, l'IPBES classe les valeurs en quatre catégories : vivre «de», «avec», «dans» et «comme» son environnement. Sans objectif commun, ces visions peuvent entrer en conflit et mener à de mauvais choix politiques et économiques. Le Pr. Pascual nous donne un exemple concret : lors de la création de «zones naturelles protégées», les décideurs valorisent la nature seulement pour ses atouts matériels, sans considérer l'attachement émotionnel des communautés locales. Souvent, leur point de vue nuancé est exclu du processus décisionnel, ce qui empêche la conservation optimale de l'espace naturel.

 

Quatre points de levier

Au-delà de l'explication, le rapport de l'IPBES propose des solutions clés en main aux États en «quatre points à actionner ensemble d'une manière intelligente». D'abord, «le plus basique, reconnaître la diversité des valeurs». Ensuite, «inclure cette diversité dans les décisions», puis «transformer les politiques existantes». Le dernier, et sans doute «le plus profond et qui prendra le plus de temps : changer le modèle social, nos objectifs communs de vie». Le document est donc adressé à tous les acteurs de la société, même les citoyens.

 

Quant à l'efficacité des mesures, bien qu'il n'existe pas de solution miracle, l'avancée est déjà considérable : «139 États ont reconnu qu'ils devaient changer, et nous nous en assurerons». C'est au travers de cette légitimité que l'IPBES compte se distinguer : «chaque mot, chaque phrase a été approuvée». Dès sa publication, de nombreux membres de la communauté internationale n'ont pas manqué de soutenir le rapport. En tête de liste la directrice générale de l'UNESCO Audrey Azoulay, le directeur général de l'UNEP Inger Andersen, ou encore l'administrateur de l'UNDP Achim Steiner.

 

 

Le rapport de l'IPBES paraît à un moment critique, quelques mois seulement avant la COP15 sur la biodiversité qui se tiendra en décembre à Montréal. Selon le Pr. Pascual, de nombreux collaborateurs ont d'ores et déjà annoncé vouloir l'utiliser pour défendre leurs positions, décisives pour fixer les objectifs de développement durable à l'horizon 2050. «Il y aura forcément un impact, nous verrons dans quelle mesure», affirme-t-il.

 


 

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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 15:27

 

 

https://www.brut.media/fr/nature/le-discours-de-revolte-des-jeunes-diplomes-de-polytechnique-fc1e73b2-369f-4f75-8ab5-e28edc69dda5

 

“Il est urgent d’entamer un virage radical, de sortir des rails sur lesquels nous installent insidieusement notre diplôme et notre réseau.” À peine diplômés, des élèves de l’école Polytechnique à Paris ont profité de leur cérémonie pour alerter sur les dangers, notamment écologiques, de leur futur métier. “Tenter de résoudre à la marge des problèmes sans jamais remettre en cause les postulats de base du système dans lequel nous vivons ne suffira plus”, explique Jean-Baptiste, diplômé de l’École. Le message de Toni Morrison aux diplômées du Wellesley College

“Face à l’urgence écologique, que doit-on faire ? Déserter, comme l’ont proposé des camarades d’Agro, ou agir de l’intérieur ?”, se questionne Angel. Il y a quelques mois, des étudiants d’AgroParisTech essayaient eux aussi d'alerter sur l’impact écologique de leur industrie. Aujourd’hui, les élèves de Polytechnique s'adressent directement aux anciens membres de l’école. Ils les encouragent notamment à prendre davantage position sur les questions environnementales et sociales. “Nous ne pourrons relever le défi écologique qu’avec l’implication active des décideurs économiques et politiques. Alumnis de l’École polytechnique, nous nous tournons vers vous. Engagez-vous, faites véritablement vôtre cette posture d’humilité et de remise en question. Rappelez-vous-en : notre objectif doit être de servir l’intérêt général. Cette responsabilité, c’est aussi la vôtre.”

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29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 14:33

 

Arte

 

Depuis 1990, la population d’insectes aurait chuté de 75 % en Europe. Aussi captivante qu’alarmante, cette enquête internationale pointe le rôle des néonicotinoïdes, des insecticides neurotoxiques, dans le désastre écologique en cours. 

 

Il y a trente ans, les automobilistes devaient s’arrêter régulièrement pour nettoyer les impacts sur leur pare-brise. Depuis, 75 % des insectes auraient disparu en Europe, menaçant la survie de nombreux écosystèmes. "C’est la pire extinction de masse que la planète ait vécue", alerte l’entomologiste américain Jonathan Lundgren. Mais comment expliquer cet effondrement ? Le principal coupable serait à chercher du côté des néonicotinoïdes. Apparus au Japon dans les années 1990, ces insecticides dits "systémiques", souvent utilisés en traitement préventif des semences, se propagent dans toute la plante pour la protéger des ravageurs. Plus efficaces que les pesticides pulvérisés, ils ont été massivement adoptés par les agriculteurs. Leur marché, détenu par une poignée de multinationales (Syngenta, Bayer-Monsanto, BASF), pèserait ainsi entre 3 et 4 milliards de dollars à l’échelle planétaire. Dans le même temps, les études scientifiques s’accumulent pour dénoncer les ravages de ces neurotoxiques. Pollinisateurs ou rouages essentiels de la chaîne alimentaire, les insectes s'éteignent à une vitesse record, affectant en cascade les populations d’oiseaux, de poissons et d'amphibiens. La santé humaine serait elle aussi menacée : perturbateurs endocriniens potentiels, les néonicotinoïdes, dont on retrouve des résidus sur les aliments d’origine végétale, sont soupçonnés de causer certains cancers et d’altérer le neurodéveloppement dès le stade fœtal. Pressions sur les chercheurs, les décideurs politiques et les autorités de régulation, financement d'études favorables à leurs produits, tests d'homologation biaisés : de leur côté, les lobbies de l'agrochimie brouillent les pistes pour entretenir l'immobilisme. Après les avoir interdits en 2018, la France a réautorisé provisoirement les néonicotinoïdes pour le traitement des betteraves sucrières. 

 

Alternatives convaincantes
 

De la Somme aux États-Unis en passant par l’Allemagne, la Belgique ou le Japon, ce documentaire, fondé sur l’enquête de Stéphane Foucart Et le monde devint silencieux – Comment l’agrochimie a détruit les insectes (Éditions du Seuil, 2019), retrace l’histoire des néonicotinoïdes et décrypte leurs effets en compagnie d’une foule de spécialistes : chercheurs, journalistes, représentants d’ONG environnementales, eurodéputé, agriculteur et apicultrice… Étayé de chiffres alarmants, le film met également en lumière les stratégies des industriels pour préserver leurs profits, tout en s’arrêtant sur des alternatives convaincantes : dans la plaine du Pô, en Italie, l’ingénieur agronome Lorenzo Furlan a mis en place un fonds mutuel permettant de compenser les éventuelles – et très rares – pertes de rendement causées par la réduction des pesticides. Ponctuée de fascinantes images d’insectes observés au microscope, cette enquête s’affirme aussi comme une ode à la splendeur du vivant menacé. 

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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 14:37

L’école Polytechnique organisait la remise de diplômes de ses trois dernières promotions, ce vendredi 24 et samedi 25 juin. Chacune d’entre elles a souhaité mettre en garde contre l’urgence climatique, en appelant notamment à la sobriété.

Ouest-France Emile BENECH. Publié le

 

 
 
 
 

Les promotions des années 2015, 2016 et 2017 de l’école Polytechnique étaient mises à l’honneur, ce vendredi 24 et samedi 25 juin 2022. Retardée à cause du Covid, leurs remises de diplômes ont dû patienter un peu avant de pouvoir se tenir dans les grands amphithéâtres du campus, sur le plateau de Saclay, à Palaiseau (Essonne). Pourtant, c’est la mine grave que plusieurs d’entre eux ont pris la parole, pour alerter sur l’urgence climatique. Une décision partagée par les trois promotions, et qui n’est pas sans rappeler les discours de diplômés d’AgroParisTech et d’HEC.

 

Lire aussi : Formée à HEC, elle profite de sa remise de diplôme pour alerter sur l’urgence climatique

 

Un constat : « L’urgence climatique est là »

 

« Nous n’avons plus le temps de nous donner bonne conscience ou de nous voiler la face », a ainsi lancé l’un des nouveaux diplômés. « Nous devons résoudre en trente ans le défi écologique, un défi dont l’enjeu est la possibilité même de soutenir la vie », assenait une autre, avant notamment de lister les menaces qui guettent l’humanité : « Effondrement de la biodiversité […], dérèglements des écosystèmes, famines, guerres… »

 

Ces discours, « d’une radicalité inédite dans l’histoire de l’institution », expliquent les trois promotions dans un communiqué, ont été notamment motivés par « l’immobilisme climatique » de l’école Polytechnique.

« La technologie ne va pas nous sauver »

 

Ce discours a été pensé pour toucher le grand public, confie en marge de sa remise de diplôme Charly, l’un des membres de la promotion 2015, qui travaille désormais pour une entreprise de conseil. « Même si nous, polytechniciens, sommes bercés dans une foi en la rationalité en la science et la technique, nous voyons bien qu’il n’y aura pas de solution miracle, que la technologie ne va pas nous sauver. »

 

« Non, l’essor de l’hydrogène vert, des batteries longue durée, des biocarburants et de la capture carbone ne suffiront pas à éviter un réchauffement [de la planète, NdlR] de 4 °C et l’effondrement du vivant, déclarait également une polytechnicienne. Nous qui sommes « câblés » pour rationaliser, nous ne pouvons pas le nier. »

Pour plus de sobriété écologique

 

En écho, les trois promotions ont lancé un appel à la « sobriété », c’est-à-dire à la diminution de la consommation d’énergie et de ressources naturelles. « Le constat est clair, nous devons diminuer nos consommations matérielles, surtout nous, les plus privilégiés », estimait ainsi l’une des oratrices. Un appel pour un changement radical des modes de vie et de productions, mais aussi de la manière de consommer, de se déplacer.

 

Cet appel à la sobriété a été mesuré en amont, explique Élie, un membre de la promotion 2015, désormais doctorant au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) : « Sortant de Polytechnique, on sait bien qu’on a un statut privilégié. On est bien conscient que c’est à nous de réfléchir à notre statut et de faire les efforts en premier. »

 

Des propos qui rappellent ceux de cette polytechnicienne, lors de sa remise de diplôme : « Avoir pu bénéficier d’études supérieures payées, c’est une chance incroyable. Une chance qui nous donne la possibilité, le devoir, de réfléchir : à quel bénéfice est-ce que j’emploie aujourd’hui ces privilèges ? »

 
Les épisodes de fortes chaleurs vous inquiètent-ils ?
 

Une institution « devant réfléchir à la notion de bien public »

 

Certains nouveaux diplômés ont également adressé des critiques à l’école Polytechnique, coupable selon eux de ne plus avoir l’intérêt général au cœur de son système. « Il y a une vraie ambivalence dans le récit de l’école, explique Élie. D’un côté, elle est au service de l’État et du bien commun [sa devise est d’ailleurs « Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire », NdlR], mais cela n’empêche de grandes entreprises d’avoir leur siège au conseil d’administration. Ou encore à l’école de nous faire rencontrer des cabinets de conseils. On sait la chance qu’on a de faire partie de cette institution, on souhaiterait juste qu’elle réfléchisse de nouveau à la notion d’intérêt général. »

La devise de l’école Polytechnique, sur la façade du pavillon Joffre, au Jardin Carré, à Paris | PHOTO D’ILLUSTRATION : ΒΕΡΝΑΡΔ / WIKIMEDIA COMMONS (CC BY-SA 3.0)

 

Selon lui, le modèle de réussite proposé par l’école tendrait à ignorer l’urgence écologique et sociale, ainsi que la responsabilité qu’elle peut avoir dans son aggravation et dans les réponses à y apporter.

 

Pour autant, chaque promotion a souhaité éclairer leur prise de parole avec un message positif. Pour Élie, il s’agit de proposer un nouveau « récit », composé par les étudiants d’AgroParisTech, d’HEC et de Polytechnique. « On doit également montrer qu’il y a des façons multiples de s’engager, et que ces approches complémentaires sont positives. »

 

Pour Charly, voir que « partout, des gens s’engagent », ça ne peut être que le début d’un mouvement positif, qui « permettra d’échanger, de grandir ensemble, de voir comment on peut évoluer collectivement et faire changer les choses. »

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  • : Le blog d'histoire des sciences
  • : Comme l'art ou la littérature,les sciences sont un élément à part entière de la culture humaine. Leur histoire nous éclaire sur le monde contemporain à un moment où les techniques qui en sont issues semblent échapper à la maîtrise humaine. La connaissance de son histoire est aussi la meilleure des façons d'inviter une nouvelle génération à s'engager dans l'aventure de la recherche scientifique.
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