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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 07:30

 

Créé en 1928 dans la maison située à Poleymieux, près de Lyon, où André-Marie Ampère (1775-1836) passa sa jeunesse, le musée de l'électricité regroupe des documents sur sa vie et celle de sa famille ainsi qu'une importante collection de tous objets ayant rapport à l'invention de l'électricité et son histoire.

 

La maison d'Ampère.

 

 

La maison et le musée.

 

 

Bouteilles de Leyde.

 

 

Machine de Ramsden.

 

Voir aussi :

 

De l'aimant à l'électroaimant

L'ampère et l'histoire des unités électriques.

 

Un portrait de Ampère par Edgard Maxence

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 06:27

 

La vie affiche sa singularité : sur la centaine de corps inscrits dans le tableau périodique des éléments chimiques, quatre seulement lui servent de support et un seul est indispensable : le carbone ! Qui aurait pu imaginer, au temps des alchimistes, que le résidu noir qui restait au fond de leur cornue quand toutes les matières utiles en avaient été dégagées, était, en réalité, le principe organisateur du vivant, le "mercure" de la véritable "pierre philosophale" capable de transformer la matière inerte en organisme vivant.

 

Le programme du chimiste, après Lavoisier, semblait tout tracé : étudier les corps en séparant les éléments qui les constituent, c'est-à-dire les analyser.

 

Une nouvelle question se posait alors. Le chimiste allait-il pouvoir reproduire l'œuvre de la nature et faire renaître, à partir du carbone, de l'oxygène, de l'azote et de l'hydrogène les corps organiques dont ils étaient issus ?

 

La chimie devient "organique".

 

Dans "la chimie organique fondée sur le synthèse" (1860) Marcellin Berthelot (1827-1907) consacre un chapitre à "la synthèse des matières organiques". Il y pose clairement le problème : "A partir du jour où Lavoisier fonda la chimie sur la base définitive des corps simples, le domaine minéral de cette science ne tarda pas à être parcouru dans tous les sens, ses limites furent tracées, ses lois générales découvertes. Bientôt on put à volonté décomposer toute substance minérale, la résoudre par l'analyse des éléments qui la constituent ; puis, à l'inverse, on réussit presque toujours à reconstituer le composé primitif par l'union des corps simples que l'analyse avait mis en évidence ; il devint en général facile d'expliquer et de reproduire les conditions naturelles dans lesquelles ce composé pouvait avoir pris naissance.

Lorsqu'on essaya d'aborder par les mêmes méthodes l'étude des matières organiques, on reconnut aussitôt une différence radicale. A la vérité, on parvint aisément à décomposer ces matières et à les ramener à leurs éléments. Ceux-ci se trouvèrent même bien moins nombreux que les éléments des minéraux ; car ils se réduisent presque exclusivement à quatre corps, savoir : le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote. Mais, dès qu'il s'agit de recomposer les matières organiques à l'aide des éléments mis en évidence par l'analyse, dès que l'on tenta de reproduire, par l'art, la variété infinie de leurs états et de leurs métamorphoses naturelles, tous les efforts demeurèrent infructueux. Une barrière, en apparence insurmontable s'éleva dès lors entre la chimie organique et la chimie minérale".

 

Pour la plupart des contemporains de Berthelot la cause était, en effet, entendue : la Nature agissait par un moyen qui échappait au chimiste : une "force vitale" dirigeait la matière vivante.

 

"Il n'y a que les tissus végétaux vivants, il n'y a que leurs organes végétants, qui puissent former les matières qu'on en extrait, et aucun instrument de l'art ne peut imiter les compositions qui se font dans les machines organisées des plantes", déclarait Fourcroy, collaborateur de Lavoisier. L'opinion du très respecté Berzelius n'était pas différente. Plus radical encore le chimiste Charles Gerhardt déclarait : "le chimiste fait tout le contraire de la nature vivante ; il brûle, détruit, opère par analyse ; la force vitale opère par synthèse, elle reconstitue l'édifice abattu par les forces chimiques" (Précis de chimie organique, 1844). Le terme "d'organique" utilisé pour décrire cette nouvelle chimie illustrait d'ailleurs le fait qu'elle était supposée n'être mise en œuvre que par les seuls "organismes" vivants.

 

De la synthèse organique à la génétique.

 

Berthelot est de ceux qui refusent cette distinction. "La synthèse, dit-il, nous conduit à la démonstration de cette vérité capitale, que les forces chimiques qui régissent la matière organique sont réellement et sans réserve les mêmes que celles qui régissent la matière minérale" (La Chimie organique fondée sur la synthèse, 1860).

 

Preuve à l'appui, son expérience de "l'œuf électrique", présentée en 1862 devant l'Académie des sciences, est restée célèbre. Un ballon équipé de deux électrodes de carbone est rempli d'hydrogène. Des décharges électriques y étant répétées, le carbone et l'hydrogène se combinent pour former de l'acétylène C2H2. L'addition d'hydrogène puis d'eau sur la triple liaison liant les deux atomes de carbone de l'acétylène conduira ensuite à l'éthylène, C2H4, puis à l'alcool éthylique, C2H5OH, corps "organique" produit naturellement par la fermentation du glucose contenu, entre autre, dans le jus du raisin ou le malt des brasseries.

 

De la petite molécule d'alcool éthylique à la complexité de l'ensemble des corps organiques il y aura bien des étapes à franchir mais, devant une assemblée d'industriels de la chimie, Berthelot osait quand même une prophétie pour l'an 2000, date symbolique qui alimentait déjà nombre de fictions de l'époque.

 

"Un jour viendra où chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azotée, sa petite motte de matière grasse, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit flacon d'épices aromatiques, accommodés à son goût personnel ; tout cela fabriqué économiquement et en quantités inépuisables par nos usines ; tout cela indépendant des saisons irrégulières, de la pluie ou de la sécheresse, de la chaleur qui dessèche les plantes, ou de la gelée qui détruit l'espoir de fructification ; tout cela exempt de ces microbes pathogènes origine des épidémies et ennemis de la vie humaine". Rêve d'hier pour une "malbouffe" d'aujourd'hui, ainsi vivent les prophéties.

 

Plus conférencier que chercheur, Berthelot laissera à d'autres le soin de franchir les étapes de cette voie royale qu'il annonçait. Son obstination à refuser les atomes, et à imposer ce refus dans l'enseignement de la chimie en France, laissera le champ libre à la chimie allemande qui deviendra la première en Europe, en particulier sous l'impulsion de Friedrich August Kekulé (1829-1896). C'est ce dernier qui établira les différents modes de liaison des atomes de carbone, en particulier dans la molécule de benzène. La légende, véhiculée par le savant lui-même, est trop belle pour ne pas être rapportée : ce serait en rêvant une nuit à l'Ouroboros, le serpent se mordant la queue, symbole des alchimistes, qu'il aurait eu la vision de la structure cyclique du benzène.

 

 

L'Ouroboros

(Berthelot, Les origines de l'Alchimie, 1885)

 

Les élèves et successeurs de Kekulé, les Körner, Van't Hoff, Fischer, Baeyer, Friedel, Crafts… engagent alors la chimie dans l'extraordinaire aventure de la synthèse organique "acte de création qui mobilise toutes les facultés – raisonnement, intuition, goût esthétique" (Bernadette Bensaude-Vincent, Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, La découverte, 1993).

 

La synthèse organique, nous l'avons déjà évoquée avec la houille et le pétrole. Elle a alimenté une industrie productrice de plastiques, de biocides et autres produits dont on peut discuter de l'intérêt et de la nocivité. Mais qui peut refuser de voir que, dans le même temps, la chimie organique, associée à la biologie, a fait faire un bond extraordinaire à la connaissance des mécanismes de la vie.

 

Depuis Lamarck et Darwin l'évolution du monde vivant alimente les débats des scientifiques et agite "l'opinion publique". En 1970, Jacques Monod (1910-1976) publie "Le hasard et la nécessité, essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne". L'ouvrage était, pour beaucoup de lectrices et lecteurs, l'occasion d'une prise de conscience des avancées de la connaissance dans le domaine de la biologie depuis près d'un siècle.

 

Jacques Monod devait alors sa notoriété au Prix Nobel de physiologie ou médecine qu'il avait partagé en 1965 avec François Jacob et André Lwoff pour leurs découvertes concernant le "contrôle génétique des synthèses enzymatiques et virales".

 

Faut-il décrypter ? Il y était question d'ADN, acide désoxyribonucléïque et de son messager l'ARN, acide ribo nucléique. Difficile de résumer en quelques lignes une histoire qui nous mène jusqu'au gène, ce groupe de molécules dont on sait aujourd'hui qu'il commande la mécanique du vivant. Elle commence en l'année 1869, quand le biologiste suisse, Friedrich Miescher, isole une substance riche en phosphore dans le noyau des cellules à laquelle il donne le nom de nucléine. Plus tard, l'allemand Richard Altmann montre que ce corps est la combinaison d'un acide, qu'il nomme acide nucléique et de protéines, un acide aminé.

 

Les trois lettres, ADN, devenues aussi banales dans le langage courant que peut l'être la formule CO2, représentent cet acide : l'acide désoxyribonucléïque. En 1896, Albrecht Kossel montre que l'acide se compose de quatre éléments, adénine, cytosine, thymine, guanine, désignées par les lettres A, C, T et G. Nous retiendrons seulement que ces quatre lettres, et les quatre molécules qu'elles désignent, constituent, associées sous formes de gènes, l'alphabet du code qui régit les mécanismes de la vie.

 

La génétique, associant les outils et les concepts de la biologie, de la chimie, de la physique, est certainement la plus grande aventure scientifique du 20ème siècle. De l'archéologue à qui elles apprennent le nom des parents de Toutânkhamon jusqu'au médecin qui cherche le remède à une maladie génétique, ses applications sont trop popularisées pour que nous en fassions ici la liste.

 

Posant la question "que sommes-nous", la génétique amène l'autre question : "d'où venons-nous".

 

Le carbone, du Big-bang à l'homo-sapiens.

 

Fred Hoyles (1915-2001), cosmologiste Britannique, n'imaginait pas le succès de son "big-bang" quand il utilisait cette expression ironique en 1950 pour désigner la théorie qui supposait une expansion de l'univers dont l'origine se situerait à 13,7 milliards d'années de notre ère.

 

Tout aurait donc commencé par un "Big-bang". C'est-à-dire une évolution de l'univers qui débute par un état dans lequel l'espace, le temps, l'énergie seraient une seule et même chose. Même si notre imagination est incapable de nous en donner une représentation, c'est du moins ce que décrivent les équations issues des théories actuelles.

 

A partir de cet indicible, l'univers se dilate à une vitesse prodigieuse. Arrive l'instant où se forment les premières particules : des quarks, des électrons, des neutrinos. Elles se combinent bientôt en protons et neutrons cohabitant avec leurs jumeaux d'antimatière qui peu à peu disparaîtront dans un scénario que les chercheurs modernes n'ont pas encore fini d'écrire.

 

Nous sommes alors à quelques milliers d'années de l'origine, la température est "descendue" jusqu'à 10.000 degrés. Apparaît l'atome le plus simple dont le noyau ne comporte qu'un seul proton : l'hydrogène. Vient ensuite l'hélium dont le noyau contient deux protons et deux neutrons. Chaque noyau étant associé à son cortège d'électrons. Les nuages d’hydrogène et d’hélium se refroidissent et se contractent sous l'effet de la gravité en une multitude de grumeaux : les galaxies.

 

Deux milliards d'années se sont passées. Les galaxies elles-mêmes se sont fractionnées en nuages d'hydrogène et d'hélium qui se concentrent à leur tour sous l'action de la gravitation. Leur densité augmente, leur température atteint des millions de degrés. Bientôt les chocs disloquent les atomes d'hydrogène dont les protons se regroupent quatre par quatre pour donner des noyaux d'hélium, libérant au passage d'énormes quantités d'énergie sous la forme d'un flux de particules de lumière : les photons. Ainsi naissent et brillent les premières étoiles.

 

La réserve d'hydrogène s'épuise. Faute de réactifs, le rayonnement de l'étoile fléchit et la gravitation reprend le dessus. Le cœur d'hélium atteint la centaine de millions de degrés. Dans ce formidable "Athanor" commence le rêve des alchimistes. Les noyaux d'hélium se combinent trois par trois pour former du carbone et quatre par quatre pour donner de l'oxygène. Puis se forme l'azote et ainsi naissent les quatre éléments primordiaux, ceux qui seront à l'origine de la vie : H, C, O, N.

 

Nous ne décrirons pas ici la vie mouvementée des étoiles. L'extinction des plus petites sous forme de "naine noire", l'explosion des plus grosses dans l'éclair d'une "supernova" visible même en plein jour. De ces vies naissent tous les éléments qui s'affichent dans les cases du tableau périodique et qui, expulsés lors des feux d'artifice des explosions finales, constituent la poussière interstellaire qui engendrera les planètes.

 

Naissance de la Planète bleue.

 

Un nuage d'hydrogène et d'hélium a pris la forme d'une élégante galaxie spirale, notre voie lactée. Parmi les étoiles qui y naissent l'une, de taille raisonnable, est située aux 2/3 de son centre, notre Soleil. Un anneau de poussières stellaires l'entoure. Celles-ci s'agrègent autour des plus gros grains. Ainsi se forment les planètes solaires elles-mêmes entourées d'anneaux et de satellites.

 

Une ségrégation s'établit. Plus proches du soleil sont les planètes telluriques : Mercure, Vénus, Terre, mars. Peu massives, elles ont un sol solide dont les roches sont composées des éléments les plus lourds. Plus loin se trouvent Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, les géantes gazeuses, essentiellement formées d'hydrogène et d'hélium.

 

La Terre, nous dit Stephen Hawking, est une suite de hasards heureux.

 

- Sa distance au soleil lui donne une température compatible avec la présence d'eau liquide.

 

- Son orbite est un cercle presque parfait, ce qui lui procure une température sensiblement constante et uniquement modulée par les saisons résultant de l'inclinaison de son axe de rotation par rapport à son plan orbital. Une orbite plus aplatie provoquerait l'ébullition des océans au moment où la Terre serait la plus proche du soleil et les ferait geler quand la Terre en serait la plus éloignée. Difficile de s'adapter !

 

- Sa masse est juste suffisante pour que la force de gravité lui conserve une atmosphère. Trop faible, elle perdrait ses gaz et aurait un ciel aussi noir que celui de la lune.

 

On sait aujourd'hui que ce hasard n'est pas unique. La traque des planètes orbitant autour de soleils étrangers a été lancée et la liste de celles tout aussi miraculeusement situées devrait s'allonger rapidement. L'hypothèse d'une vie qui pourrait s'y développer, peut-être même suivant le mode terrestre, prend corps. Et pourquoi ne pas rêver : des êtres intelligents, peut-être un jour, capteront les signaux que nous avons commencé à leur adresser.

 

Quand s'assemblent les molécules du vivant.

 

Revenons à la Terre. Vers les années 1950 on estimait son atmosphère initiale, constituée quatre milliards d'années plus tôt, comme étant composée de vapeur d'eau, d'hydrogène, de méthane et d'ammoniac. L'eau apporte l'oxygène. Le méthane apporte le carbone, l'ammoniac l'azote. L'hydrogène se présente aussi bien à l'état de simple molécule qu'associé à chacun des trois autres. Les quatre éléments constitutifs des acides aminés sont donc présents dans cette atmosphère. Est-ce suffisant pour produire ces molécules support du vivant?

 

En 1953, Le jeune chimiste Stanley Miller, encore étudiant en thèse, imaginait une expérience rappelant l'œuf de Berthelot. Dans un simple ballon de verre, un dispositif simulant le système "eau-atmosphère primitive" était soumis à l'action d'étincelles électriques reproduisant les éclairs qu'une atmosphère si chargée ne pouvait manquer de provoquer.

 

Après plusieurs jours d'exposition, les parois du ballon présentaient des traces huileuses et l'eau qu'il contenait était devenue brune. Dans cette "soupe primitive" l'étudiant trouvait trois acides aminés. La découverte faisait l'effet d'un coup de tonnerre et l'idée s'imposait : l'origine de la vie est terrestre !

 

Mais bientôt la terre quitte son statut privilégié. Les astronomes ont détecté dans le gaz interstellaire une multitude de molécules composées des quatre éléments du vivant, C, H, O, N. On y trouve essentiellement des molécules de dihydrogène H2, d'eau H2O. On y trouve aussi des molécules construites sur un squelette de carbone : du monoxyde de carbone CO, du méthane CH4, de l'ammoniac NH3, toutes molécules que l'on retrouve dans l'atmosphère initiale de la terre. On y détecte surtout une bonne centaine de molécules particulièrement complexes dont des acides aminés qui se concentrent sur les météorites. Une nouvelle proposition rencontre la faveur des scientifiques : la vie est née de l'espace, la Terre n'ayant été qu'un support fertile !

 

Mais faut-il exclure totalement une origine terrestre ? La Terre, avec ses volcans ou ses sources hydrothermales enfouies dans les fonds océaniques est riche en milieux où pressions et températures peuvent provoquer des synthèses proches de celles naissant dans l'univers stellaire. Il est admis que les acides aminés, produits aussi bien sur terre que dans l'espace, ont trouvé sur notre planète, et en particulier dans ses océans, les conditions des réactions chimiques propices à la naissance de la vie. L'eau est en effet essentielle. Elle concentre les molécules qu'elle reçoit et favorise les occasions de rencontres. Elle protège les nouvelles combinaisons des rayons ultraviolets issus d'un soleil encore particulièrement actif.

 

En quelques centaines de millions d'années les molécules se complexifient, les acides aminés s'assemblent en protéines de plus en plus longues jusqu'à atteindre les millions d'atomes de l'ADN. La vie s'installe dans une atmosphère sans oxygène jusqu'à ce qu'apparaissent les premiers organismes utilisant le rayonnement solaire pour puiser leur carbone dans le gaz carbonique de l'atmosphère en y rejetant un déchet, l'oxygène, qui rend l'atmosphère toxique pour la plupart des organismes vivant alors sur terre.

 

Une autre forme de vie va naître et une longue évolution mènera à l'être humain. Un être humain qui s'interroge encore sur la nature de cette vie qui anime la matière carbonée et sur la suite de hasards qui a fait s'allumer, chez lui, cette conscience qui lui a permis d'imaginer toute cette histoire. Ailleurs, peut-être, sur d'autres planètes tournant autour d'autres soleils, d'autres êtres vivent.

 

Des êtres qui pourraient nous être proches ? Comme Jacques Monod il est difficile de l'imaginer. "L'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard", écrivait-il en conclusion de son essai sur le "hasard et la nécessité".

 

Chacune des espèces vivant sur terre est elle-même seule dans "l'immensité indifférente de l'Univers" mais on sait, à présent, que toutes sont interdépendantes. Le hasard les a fait naître mais le hasard n'est plus nécessairement la première cause de leur disparition. Un espèce, l'espèce humaine, est devenue, en moins de deux siècles, le premier des animaux terrestres capable de modifier, profondément, les conditions de la vie sur la planète. Au point d'y menacer l'existence des autres espèces, y compris de la sienne.

 

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voir aussi : Carbone et CO2. De l'origine de la vie au dérèglement climatique. Toute une histoire.

 

 

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Gérard Borvon - dans Chimie
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 09:01

Le 25 avril 1865, un train arrivait pour la première fois dans la gare de Landerneau.

 

01-Couverture
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C’est au début de l’année 1988 que la rumeur s’est faite persistante à Landerneau : avec l’arrivée du TGV, la vieille gare allait devoir céder la place.

La gare… Avec elle tant d’images allaient disparaître. L’attente frileuse des travailleurs de l’arsenal aux matins d’hiver, celle plus chahuteuse des étudiants et lycéens – le passage à niveau et le jeu de “passera-passera pas” avec le (ou la) garde barrière. Des souvenirs plus anciens également ; le train des Brestois réfugiés pendant la guerre ou encore les convois joyeux du “petit-train” entre Landerneau et Brignogan. Et même en remontant plus loin, ce jour d’avril 1865 où pour la première fois un panache de fumée traversa le ciel de notre ville.

C’est une trace de ce souvenir que nous voulons conserver ici. Le pont de Plouédern à la belle architecture a été remplacé. Le passage à niveau s’est fermé pour une dernière fois. Nous avons accompagné l’agonie du poste d’aiguillage mais à l’heure où cette plaquette sort des presses la gare est toujours debout, refusant de nous livrer le témoignage de sa disparition.

Un chapitre, donc, manque à notre récit mais nous n’en avons aucun regret. Nous n’offrirons pas à nos lecteurs les dernières photographies de l’un de nos plus anciens édifices publics mais nous espérons leur donner l’envie d’accorder à notre gare un peu plus qu’un dernier regard distrait.

 

Paul Péden, Robert Perrot, François Cavarec, Gérard Borvon (1990)

 

 

Comme beaucoup d’autres, cette histoire commence par une pétition.

En cette année 1846 les autorités politiques décident que le moment est venu de doter la France d’un réseau ferré. Deux lignes reliant Paris à Tours et à la frontière belge ont révélé l’intérêt réel du Chemin de Fer. En dehors de ces deux lignes on ne peut alors compter que quelques tronçons dans la vallée du Rhône et une courte voie alsacienne. C’est donc un programme d’envergure nationale qui mobilise le Gouvernement et les Chambres en cette année 1846, et d’abord s’impose le choix des priorités. Le prolongement jusqu’à Nantes de la ligne d’Orléans, le lancement des voies vers Grenoble et Limoges sont envisagés mais les Pairs et Députés de Bretagne doivent mobiliser l’opinion publique. Dans une pétition adressée à tous les maires bretons, Y.Dutertre, J. de la Grange, M.Desmousseaux de Givres, tous quatre membres de la Chambre des députés, informent leurs concitoyens des complots qui se trament à la Chambre :

 

“Les intérêts des populations de l’Ouest… ont fléchi devant la puissance des compagnies financières. Pour satisfaire ces compagnies… on veut imposer à la Bretagne, à la Normandie, à l’Ile-de-France, des sacrifices dont le mémoire de M.Robinot vous mettra à même de mesurer l’étendue.

La Chambre des Députés, au sein de laquelle de nombreuses et puissantes sympathies nous sont acquises, n’a pas encore sanctionné le projet ; et si les populations font entendre leur voix énergique, nous devons espérer qu’elle l’amendera dans l’intérêt du Pays.

Il faut donc que, de tous les points des départements de l’Ouest, des pétitions et des réclamations, appuyées au besoin par des commissions locales envoyées à Paris, viennent dénoncer à l’avance le péril des intérêts légitimes, et solliciter la justice du Gouvernement et des Chambres.”

 

Terminus à Landévennec ?

 

Cette pétition retrouvée dans les archives de la ville de Landerneau aura certainement reçu un bon accueil mais ce 11 mai 1846 le Chemin de Fer pose à Ameline de Cadeville, maire, et à son conseil, un problème d’une autre nature. Si une voie ferrée doit desservir la Bretagne, le projet retenu envisage de choisir Landévennec comme terminus ! Grand désespoir des élus landernéens qui s”empressent de pétitionner à leur tour pour exiger que le train rejoigne Brest par Landerneau :

 

“Dans le moment où les Chambres s’occupent de la question des Chemins de Fer de l’Ouest, le Conseil émet le voeu que ce chemin soit prolongé de Rennes à Brest directement et non en passant par Landévennec. Le tracé par Landévennec occasionnerait un retard qui équivaudrait à une partie notable du parcours de la route directe de Rennes à Brest, retard que l’on éprouverait toujours pour débarquer et réembarquer la marchandise qui obligerait à la dépense permanente d’un bateau à vapeur entre Landévennec et Brest, lieux entre lesquels il y a souvent impossibilité totale de communication pendant le mauvais temps. Ce motif lui semble plus que suffisant pour l’adoption du tracé qui passerait par Landerneau”.

 

Heureux temps où le décideur parisien pouvait encore imaginer de musarder à travers la Bretagne intérieure jusqu’à la presqu’ile de Crozon pour rejoindre ensuite Brest au rythme lent des roues à aube.

 

La destinée d’une pétition est de finir au fond d’une corbeille à papier ou dans l’obscurité d’un tiroir… Il faudra presque vingt ans pour que le premier panache de vapeur passe dans le ciel landernéen, vingt ans de sursis pour la diligence qui, chaque jour, reliait Brest à Paris ; vingt ans encore pour le bateau à vapeur qui faisait la navette sur l’Elorn.

 

LE TEMPS DES DILIGENCES

 

Relisions Jehan Bazin et partageons avec lui la nostalgie d’images anciennes :

Depuis la création de la Poste aux chevaux, c’est la diligence qui, à partir de 1776, relie Landerneau à la capitale. Grande et lourde voiture à quatre roues, traînée par cinq chevaux. Elle était partagée, dans la longueur, en trois compartiments : en avant le “coupé”; compartiment de 1ere classe pour trois voyageurs, au milieu l'”intérieur” compartiment de 2nde classe pour six voyageurs et, en arrière la 3e classe, la “rotonde” avec huit places.

Le dessus de la voiture formait fourgon où les bagages étaient entassés sous une bâche.

Deux fois par jour la diligence de Paris s’arrêtait sur le quai de Léon à 10 heures du matin et à 8 heures du soir. Le postillon portant guêtres blanches, gilet rouge et chapeau galonné, sonnait de la trompette et le “Tout-Landerneau ” se précipitait aux nouvelles de Paris.

Des courriers reliaient aussi, bien entendu, Landerneau aux villes environnantes : Morlaix, Carhaix, Le Faou, Lesneven et Brest.

Un voyage de Brest à Paris durait à peine plus de deux jours (53 heures exactement) avec comme seule vraie halte un repos de 5 heures à Alençon.

Les diligences ne survivront pas au Chemin de Fer, il faudra quelques jours pour que les horaires des entreprises Jaouen, Boursicaut, Mazurié et autres disparaissent des colonnes de l'”Océan”, journal brestois alors en vogue.

 

02-Diligences
Les dernières diligences et leurs trois compartiments.

 

SUR L’ELORN EN BATEAU A AUBES

Une gravure du “Voyage dans le Finistère” de Cambry témoigne de la présence dans le port de Landerneau, en 1835, d’un bateau à vapeur et de ses roues à aube. En 1864 le service existait encore et un vapeur quittait Brest chaque jour pour Landerneau suivant un horaire qui variait “suivant la marée”. L’arrivée du train lui vaudra une nouvelle carrière. Le “vapeur” se lancera dans un tourisme précurseur et sera le transport des jours de fête. Le service désertera l’Elorn mais se renforcera vers la presqu’île, reliant effectivement Landévennec à Brest mais dans le sens inverse de celui initialement prévu.

 

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Bateau à vapeur et ses roues à aube dans le port de Landerneau

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ENFIN LE TRAIN

On imagine sans difficulté les longues discussions qui ont précédé le choix définitif d’un tracé pour la voie bretonne. Trois projets s’affrontaient : l’un économe par le centre de la Bretagne, l’autre par le Sud, le dernier par le Nord. C’est finalement ce troisième tracé qui l’emporte : solution plus coûteuse c’est également la plus judicieuse. Des ports comme Saint-Brieuc et Morlaix sont desservis, de riches régions agricoles comme le Trégor et le Léon sont traversées, rapprochant le poisson et les primeurs de la capitale. Le service voyageur lui-même s’avère prometteur dans la mesure où la voie longe le littoral de la Manche.

 

Le tracé définitif est arrêté le 3 août 1853. Son descriptif fait mention des précisions suivantes : “Dans le Sud de Landivisiau, on se dirige de manière à franchir la rivière de l’Elorn ou de Landerneau, et à se placer sur le coteau de la rive gauche de cette rivière, un peu au Nord de Lavalo. On se dirige par le bois de Kerfaven, par Pont-Christ et par La Roche-Maurice. À 600 mètres avant d’arriver à Landerneau, on traverse l’Elorn et la route impériale n° 12 en aval du moulin de Traon Lebern. On passe la ville à 100 m dans le Nord, on se rapproche de la rivière en se dirigeant au Sud du château de La Forest… ”

 

Les travaux et l’exploitation de cette ligne sont confiés à la Compagnie de Chemins de Fer de l’Ouest. Au même moment un projet de construction d’une voie ferrée entre Nantes et Quimper est retenu, avec un prolongement vers Landerneau. Cette ligne sera à la charge de la Compagnie de Paris à Orléans et sera inaugurée le 16 décembre 1867.

 

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En 1860 la Bretagne est encore un désert ferroviaire.

 

LES TRAVAUX DE CONSTRUCTION

 

Les expropriations

Le passage de la voie à Landerneau donne lieu, comme ailleurs, à des expropriations. Quelques procès également : une loi du 15 juillet 1845 stipulait que les constructions recouvertes de chaume devaient être situées à plus de 20 mètres du rail, sous peine d’être démolies. Un seul propriétaire se montre récalcitrant, il refuse de recouvrir sa construction (une bergerie) d’un matériau ininflammable. Le tribunal tranche : la bergerie est démolie…

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La réalisation

Les premiers cheminots que les Landernéens ont vu au travail ont été les géomètres. Aux abords immédiats de la ville, aucune difficulté particulière ne s’est présentée. Le terrain est relativement plat, les dénivellations ne sont guère prononcées.

 

Par contre, le long de l’Elorn, aux environs de Kerfaven, un gros problème doit être surmonté. La voie doit passer entre le lit de la rivière et une colline de roche dure, un tunnel serait judicieux mais coûteux. On décide donc de dévier le lit de l’Elorn. II faut remarquer que le tronçon Landivisiau-Landerneau est le plus sinueux de toute la ligne Paris-Brest à cause, justement, des méandres de l’Elorn.

 

On pouvait distinguer deux types de chantiers : les travaux “à poste fixe” et les travaux réalisés “sur le terrain”. Des ateliers accueillaient les travaux à poste fixe. Ceux-ci étaient installés en différents points de la voie. Divers corps de métier s’y côtoyaient : des tailleurs de pierre, des menuisiers, des forgerons, des charrons…

 

C’est à proximité de ces ateliers qu’étaient installés les logements provisoires de la population du Chemin de Fer. Un atelier avait été ouvert à Landerneau. La ville a ainsi connu les premières retombées économiques du rail. Les matériaux, les outils … étaient achetés sur place et les ouvriers et leurs familles s’approvisionnaient dans les commerces locaux.

 

La réalisation de ces gigantesques travaux de terrassement mettait en œuvre les moyens les plus modernes de l’époque : pelles, pioches, tomberaux tirés par des chevaux ou des bœufs ! Autant dire que le chantier n’avançait par bien vite, même si la main-d’œuvre était nombreuse. Un arrêté préfectoral autorisait le travail le dimanche.


08-Chantier
travaux de terrassement

 

Les ouvrages d’art avançaient au même rythme que les terrassements, on montait également les bâtiments. Le corps principal de la gare de Landerneau était achevé dès 1862. C’est la gare de type classique sur cette voie. Elle ressemble comme une sœur à celles de Lamballe, Morlaix…

Début 1865 tout était achevé et le train inaugural pouvait quitter Guingamp le 25 avril pour rejoindre Brest.

 

L’inauguration

Les archives landernéennes sont très discrètes sur cet événement. Un conseil municipal s’était réuni quelques jours plus tôt, il n’y est fait aucune mention de l’arrivée proche du train. Le problème qui mobilise la municipalité est alors la mendicité. L’économie locale n’était déjà pas très florissante mais l’arrêt du chantier de la voie ferrée a pour effet temporaire d’accentuer le chômage et donc la mendicité. Le 2 mai le conseil se souvient enfin de l’existence du train mais c’est pour constater qu’il n’existe toujours pas de route reliant la gare à la ville.

 

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Le passage à la Roche-Maurice.

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L’arrivée à Landerneau. Le train se cache en haut, à droite, au dessus du toit de l’église Saint-Houardon.

 

Par contre à Brest l’accueil a été grandiose. Depuis le début avril tout était fin prêt. Un train spécial amenant les principaux administrateurs et hauts fonctionnaires de la Compagnie de l’Ouest était entré en gare le 18 avril. Les festivités commencèrent le 25 avril. Une foule énorme, accourue de toute la région, déferla sur la ville. Il ne restait plus une place dans les hôtels et les auberges, à tel point que le préfet maritime doit mettre à la disposition des visiteurs les cent lits d’un dortoir de pupilles de la Marine.

 

La presse parisienne avait dirigé sur Brest ses reporters les plus connus : Théophile Gautier fils, les Brestois Zaccone et Gouzien … À 17h20 train spécial entrait en gare; le ministre des Travaux publics, du Commerce et de l’Industrie, Arnaud Béhic, représentant l’empereur en descendit. Il était accompagné du vice-président de la chambre des députés, de sénateurs, du directeur général des points et chaussées, des préfets des départements bretons et de divers élus. Le maire, Bizet, accueillait les personnalités.

 

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Inauguration de la gare de Brest

 

On procéda tout d’abord à la cérémonie de la bénédiction des locomotives qu’on avait baptisées du nom de “Paris” et “Brest”. C’est avec des accents lyriques que le chroniqueur du journal “l’Océan” rend compte de l’événement :

“La cérémonie a été ouverte par un discours de M. l’archiprêtre curé de Saint-Louis, sur l’harmonie qui doit régner entre la religion, la science et l’industrie; puisque tous les progrès se tiennent, et qu’il n ‘v a de vraiment solides que ceux qui ont Dieu pour principe et pour dernier terme.

Deux locomotives, parées de fleurs et de guirlandes, ont été amenées par le chef de gare, se sont avancées doucement pour s’incliner en quelque sorte devant l autel et le vénérable prêtre et Jésus-Christ.

À ce spectacle, tous les assistants ont été saisis d’un profond respect. Les deux locomotives étaient là comme deux fiancées qui venaient recevoir la bénédiction de leur union avec l’océan, comme autrefois, à Vénise, le doge, à son avènement, épousait la mer Adriatique. ”

Un banquet réunit ensuite l’ensemble des officiels suivi à 20 h 30 d’une retraite aux flambeaux partant du Champ de Bataille. Les édifices publics s’illuminaient ainsi que les rampes du Port Napoléon. La soirée s’achevait par des bals sur le Champ de Bataille et le quai Jean-Bart.

 

Le lendemain la fête commençait par une distribution de viande aux indigents. Le grand moment de la journée fut le lancement de la frégate “La Gauloise”. Un gigantesque feu d’artifice clôturait la journée : 1 000 feux de couleur dessinaient un temple du progrès surmonté de l’aigle impérial. Sur l’entablement se détachaient les deux mots : “Vive l’Empereur”.

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La”Gauloise”

 

Troisième jour de liesse avec encore une distribution de viande pour calmer les affamés et après le pain : les jeux. Ce sera une cavalcade historique représentant l’entrée à Brest des ambassadeurs du Siam en 1687. P. Blanchard, journaliste à l’ “Illustration”, n’est pas déçu :

 

“Beaucoup de Chinois aux costumes authentiques, beaucoup de mousquetaires de Louis XIII et Louis XIV, des gardes françaises, des Syriens, des Bédouins, un char de la Marine monté par les pupilles, cette nouvelle institution si populaire déjà à Brest; d’autres chars transportant des musiciens, l’emblème de l’abondance, etc … ont parcouru les principales rues de Brest pendant une partie de la journée. Il y avait un char de la Bretagne accompagné de biniou national et portant à son sommet, à la hauteur d’un premier étage, un magnifique bœuf blanc qui semblait assez étonné de sa nouvelle position. J’attendais ce char avec beaucoup d’impatience car dans ce siècle de nivellement général des costumes (j’ai vu des blouses en Espagne) je désirais pouvoir contempler encore quelques-uns des restes des vêtements de nos aïeux. Mon espérance n’a pas été trompée : c’étaient des Bretons bien authentiques que je voyais, couverts de plus de gilets que ce paysan du cirque-olympique, qui finit par se trouver vêtu d’une tunique pailletée d’or lorsqu’il les a tous ôtés; les joueurs de biniou étaient passés maîtres, et en les écoutant je me demandais de quel pays est originaire cet instrument, qui est également national en Écosse, en Auvergne et à Rome. Aux archéologues de résoudre la question. “

 

Le soir, à la Halle aux Blés, un bal, par souscription au profit des pauvres, clôturait ces trois jours de fête.

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Dès le lendemain, des trains réguliers reliaient Brest à la capitale.

 

On quittait le port du Ponant à 7 heures du matin pour atteindre Paris à 23h40. En première classe le prix du billet était de 69,80 F, en 2° classe de 52,35 F et en 3° classe de 38,40 F. Par comparaison, les prix en diligence étaient de 90,50 F, 85,50 F et 18,50 F pour les trois classes.

 

Deux voies pénétraient alors la Bretagne. Jusqu’à Brest par le Nord et jusqu’à Quimper par le Sud. Restait à raccorder Quimper et Brest. Mais ceci est une autre histoire.

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 07:44

Par Gérard Borvon.

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Le texte ci-dessous est une retranscription d'un document rédigé en 1985 à l'occasion d'une expérience pédagogique menée au lycée de l'Elorn à Landerneau.

 

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Age du bronze

Complément à l'étude du groupe de Rosnoën.

 

 

1943 : Monsieur Yves Rosmorduc est agriculteur à Rosnoën dans le Finistère. Il est occupé à poser des drains dans une prairie marécageuse du hameau de Pen ar Vern. Son fils Gabriel l'aide. Bientôt, à une profondeur estimée à 1,30m, juste avant une couche d'argile, des fragments métalliques apparaissent : des armes de bronze dont plusieurs dans un état parfait de conservation, ni ébréchées, ni tordues, à peine oxydées. Ce sont environ cinquante lames d'épées avec leurs rivets, 18 fers de lance, des haches à talon et quelques autres pièces de forme moins caractéristiques. Monsieur Yves Rosmorduc qui a servi dans la cavalerie pendant la guerre 14-18 croit reconnaître un objet qu'il désigne par le nom de "porte lance". Les cavaliers le plaçaient à leur botte pour laisser reposer leur lance. Les lames d'épées pourraient passer pour des baïonnettes et, justement, en cette période les troupes d'occupation allemandes fouillent les fermes à la recherche d'armes parachutées. M. Rosmorduc juge plus prudent de dissimuler sa découverte. Certaines armes ont même été enterrées sous une haie de cyprès. S'y trouvent-elles encore ?

 

Après la libération : M. Rosmorduc déclare cette découverte à la mairie et y dépose une partie des pièces récoltées. Celles-ci seront remises à P.R Giot alors directeur-adjoint de la quatrième corconscription préhistorique. Elles donneront lieu à une première publication de sa part dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (1949-2). Le lot décrit comprend 29 pièces dont les plus caractéristiques sont : un petit marteau à douille quadrangulaire servant au battage du tranchant des lames et rasoirs, un rasoir à double tranchant, 2 haches à talon avec anneau latéral et nervure médiane bien marquée, 4 pointes de lance à longue douille. Des dagues et des rapières aux caractères bien marqués : une lame étroite à bords parallèles et au tranchant remarquable dont les poignées étaient fixées par des rivets passant dans des encoches latérales ou à travers de trous ménagés dans une languette rectangulaire légèrement trapézoïdale. Des objets de facture voisine sont présents dans plusieurs dépôts armoricains (Coray-Plomodiern-Saint Jeau Trolimon-Hénon...). Ils constituent ce qu'il est convenu d'appeler "Groupe de Rosnoën".

 

P.R. Giot rattache ces objets à une période intermédiaire entre le bronze III et le bronze IV (chronologie Montélius-Déchelette) soit encore entre le Middle Bronze Age et le Late Bronze Age de la chronologie britannique. J. Briard (1965) confirme cette appréciation. Le groupe de Rosnoën, inspiré à la fois par les types britanniques de la fin du bronze moyen et par les nouvelles formes d'armes issues de l'Est de la France (épées de Rixheim), se serait développé dans la période 1100-1000 avant J.C, période intermédiaire entre le bronze moyen et le bronze final.

 


 

1983 : Enseignant les sciences physiques au Lycée de l'Élorn à Landerneau, il m'arrive assez souvent d'introduire les premiers cours sur les métaux en clase de 1ere par un court exposé sur les âges du Bronze et du Fer, en particulier dans nos régions. Cette année là un élève me signale que ses parents possèdent quelques armes de bronze qu'il se propose d'apporter en classe. La semaine suivante il nous présente 5 épées (4 entières et 1 tronçon) que je reconnais comme caractéristiques du groupe de Rosnoën : le grand-père de cet élève était M. Rosmorduc auteur de la découverte de Pen-ar-Vern.


 

J'ai ensuite eu l'occasion de rencontrer les enfants de M. Rosmorduc qui m'ont aimablement permis d'étudier plusieurs autres objets conservés chez eux. Les précisions qu'ils m'ont données sur les circonstances de la trouvaille confirment ce qui a déjà été publié à ce sujet. M. Gabriel Rosmorduc qui aidait son père à creuser la tranchée du drainage se rappelle avoir trouvé ces armes sous deux branches de chêne disposées en croix. Il interprète alors ces deux branches comme un repère et se souvient également d'avoir trouvé dans l'excavation des noisettes qui semblaient encore fraîches. Le lot était bien rangé, perpendiculaire à la tranchée et comme posé à la surface de la couche de tourbe. Il y avait là un nombre important de pièces. M. Rosmorduc avait alors décrit 68 des plus caractéristiques dans un carnet égaré depuis. Si on se rappelle que seulement 29 pièces du dépôt ont pour le moment été répertoriées, il faut constater qu'il en comprenait en réalité plus du double, ce qui fait certainement l'un des plus importants du genre. J'ai pu observer 10 épées, une hache à talon et deux superbes pointes de lance.


 

Pour l'essentiel ces pièces confirment ce qui est déjà connu du Groupe de Rosnoën. Les deux types caractéristiques d'épées à languette étroite sont représentés (à encoches ou à trou à rivet). Les haches à talon sont du type massif déjà décrit, à forte nervure médiane et à anneau latéral. M. Rosmorduc me signale cependant une hache très décorée qui n'est plus en sa possession. Les pointes de lance sont à aileron large et à longue douille. Bien que classiques, les épées à languette étroite méritent d'être décrites, ne serait-ce qu'à cause de leur belle taille et de leur parfait état de conservation.


 

Je décrirai ensuite une épée à languette trapézoidale dont j'ai observé deux exemplaires et dont le modèle, à ma connaissance, n'a pas encore été noté dans les gisements du groupe de Rosnoën (voir planche I).


 

Épées à languette étroite et à quatre encoches :

Ce premier modèle est typique du groupe. J'ai pu observer une arme en parfait état et étudier un tronçon bien conservé (voir planche II). Le tronçon a une longueur de 32,2cm, ce qui suggère une longueur totale de l'ordre de 50cm. La languette légèrement trapézoïdale a la section d'une lentille biconvexe. Quatre encoches permettent le passage des rivets. Une trace de ricasso crénelé apparaît sur sa tranche. La lame est à bords parallèles, d'une largeur moyenne de 21mm et d'une épaisseur centrale d'environ 6mm. Le plat de la lame est légèrement biconvexe, les tranchants nettement biconcaves. L'aspect est robuste.


Épées à languette étroite et à trous de rivets :

Autre type caractéristique du groupe, celles qui m'ont été présentées ont une longueur de l'ordre de 50cm. La languette rectangulaire est légèrement trapézoïdale avec une section de la forme d'un losange. Un ricasso très bien dessiné évite de se blesser les doigts en maniant la lame. Les quatre rivets d'un diamètre de 6mm au centre peuvent atteindre 10mm à leurs extrémité. Un des exemplaires possède 6 rivets. La lame présente une nervure centrale large de 3cm et de forme légèrement biconvexe. Le tranchant est biconcave. Les lames sont à bord parallèles avec un léger rétrécissement vers le premier tiers supérieur. L'allure générale est celle d'une lame robuste. Certains fils ébréchés laissent supposer une utilisation éventuelle (voir planche III).


 

Les épées à soie rectangulaire et à trous de rivets sont réputées assez rares dans l'Ouest de la Bretagne. Les exemples que nous publions joints à ceux déjà publiés viennent légèrement corriger cette appréciation. Ils confirment d'autre part l'aire de répartition déjà définie pour ce type : un triangle dont les trois sommets sont la pointe de Bretagne, l'embouchure de la Seine (dragage de la Seine à Rouen) et l'embouchure de la Tamise (Tamise à Kingston). Voir planche IV.

 


 

Épées à languette trapézoïdale :

Une très belle lame de ce type faisait partie du premier lot qui m'a été communiqué. J'ai eu l'occasion d'en observer ensuite une seconde toute aussi élégante quoique plus robuste (voir planche V).

 


 

La languette est un trapèze présentant deux encoches à sa base (large de 50mm) et deux gros rivets à sa partie supérieure (large de 30mm). Aucun ricasso, la forme ne s'y prête pas. Le plat est légèrement biconvexe et les tranchants faiblement biconcaves. La lame est longue de 47cm, à bords parallèles, se raccordant à la languette trapézoïdale par deux arcs d'une ligne parfaite. Les rivets sont importants : de 8 à 8,5mm au centre et 10mm à la périphérie.


 

L'allure générale est très élégante, en excellent état. L'impression qui se dégage est celle d'un objet de cérémonie, cette arme serait bien fragile. On imagine un très beau manche comme celui de l'épée de Saint-Genouph (Indre et Loire). Voir planche VI.


 

Ces courtes épées généralement décrites sous le nom de rapières occupent une position particulière. En Bretagne on les trouve principalement à l'embouchure de la Loire. Elles sont considérées comme très rares dans les Côtes d'Armor et le Finistère, un jugement que ces deux exemplaires permettent de nuancer. Elles présentent une parenté très nette avec des rapières trouvées en Angleterre et sont souvent désignées comme "rapières britanniques". Les corrélations déjà notées entre les types à languette étroite du dépôt de Rosnoën et les épées britanniques (type de "Penard"), viennent conforter l'idée d'un groupe présent sur les deux rives de la Manche.


 

Les rapières à base trapézoïdale ont généralement été trouvées hors de tout gisement, souvent lors de dragages, ce qui a pu rendre leur datation délicate. J. Briard les situe dans la troisième période du bronze moyen, immédiatement après le groupe de Rosnoën. L'élégance de la lame, la technique de fixation du manche, le voisinage géographique, plaident effectivement pour une relation avec le groupe de Tréboul. Leur présence dans le gisement de Rosnoën modifie à peine cette appréciation, on pourrait cependant considérer l'épée à languette trapézoïdale comme l'un des types du groupe de Rosnoën plutôt que comme une forma intermédiaire.


 

Une offrande faite aux dieux :

Le nombre et la beauté des pièces trouvées à Rosnoën nous laissent imaginer un lieu d'exception. Les tourbières ont toujours été des endroits privilégiés pour les offrandes aux dieux, de même que les embouchures des rivières. Les belles lames à languette trapézoïdales, en particulier, excitent l'imagination. Leurs parentes du Bronze moyen, les rapières du groupe Tréboul-St Brandan ont été décrites comme des épées cérémonielles. Elles mêmes sont présentes dans les lieux liés au culte de l'eau et du soleil. Il est dommage que le dépôt de Rosnoën n'ait pas livré les manches accompagnent ces lames. Celui de l'épée de Saint-Genouph (7) pourrait s'y adapter à la perfection et nous donner une idée de la beauté de l'ensemble.


 

J. Briard (9) suppose que, comme le sabre d'Arthur des cérémonies druidiques, elles ont pu être brandies par les prêtres de l'âge du bronze en direction des quatre points cardinaux. Si on se souvient que ces lames de bronze poli pouvaient avoir la couleur et l'éclat de l'or, on les imagine brillant dans le ciel comme autant de rayons arrachés au soleil.

 

 

Les lames des épées cérémonielles, comme un rayon arraché au soleil.


 

Bibliographie :

1- Joseph Déchelette. Archéologie celtique tome II Paris 1924.

2- P.R. Giot. Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 1949.

3- Le Télégramme 9 Mars 1949

4- J. Briard. Travaux du laboratoire d'Anthroplogie et de Préhistoire de la Faculté des Sciences de Rennes 1958 "Le dépôt de penarvern en Rosnoën (Finistère)".

5- J. Briard. "Les dépôts bretons et l'âge du Bronze Atlantique" Rennes 1965.

6- C.B. Burgess. The later bronze age in the british isles an north-western france-Archeological journal- 1968.

7- G.Gaucher et J.P Mohen typologie des objets de l'âge du bronze en France 1972.

8- R. Giot, J. Briard, L. Pape. Protohistoire de la Bretagne. Ouest-France Université 1979.

9- J. Briard. Mythes et Symboles de l'Europe préceltique – Les religions de l'âge du bronze (2500-800 Av JC) 1987.

 

A suivre :

 

Un fascicule de ce travail a été remis à la famille de Marie Cabon, fille de M Rosmorduc.

 

Il a également été adressé à Jacques Briard, directeur de recherche au CNRS à l'université de Rennes I qui fait mention manuscrite de notre apport sur le tiré à part de son article de 1990 adressé à l'auteur : "Tréboul et Rosnoën 40 ans après". Il y note que "le présent article fait l'inventaire des découvertes récentes qui montre la stabilité de ces ensembles avec des éléments nouveaux : plus forte poussée orientale du groupe de Tréboul et plus fortes composantes continentales du groupe de Rosnoën.".

 

Ainsi le hasard d'une expérience pédagogique aurra apporté sa modeste contribution à la connaissance de l'Age du Bronze en Bretagne.

 

En 2008 paraît un article de Renaud Nallier et Michel Le Goffic : "Rosnoën 60 ans après. Compléments et révisions concernant le dépôt de l'âge du bronze final de Penavern (Finistère)". Il confirme ce que nous avions développé en 1985 sur les circonstances de la découverte, sur le nombre réel des objets découverts, et sur une possible révision de la typologie, en particulier dans le domaine des épées à languette trapézoïdale.
 

 

 

Les épées du groupe de Rosnoën.

 

Après une visite de son atelier situé rue des Boucheries à Landerneau, Joël Beyou, bronzier d'art, a reproduit cette superbe épée de Saint Brandan.

Souvenir d'Escalibur, l'épée du roi Arthur.

 

 

 

 

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 09:32

Page du journal de Sébastien Le Braz, Chirurgien de Marine à Brest au temps de la guerre d'indépendance américaine.

 

Landerneau. Janvier 1777.

 

Le hasard d'une visite à l'Hôpital Royal de Brest me fit entrer dans une salle où un professeur de médecine, dont l'attitude affichait un personnage détenteur d'une grande science, faisait la démonstration à un groupe d'étudiants du traitement par l'électricité de patients atteints d'infirmité.

 

La machine qu'il utilisait était d'un modèle récent du type de celle construite par Jesse Ramsden, le constructeur anglais d'instruments scientifiques. Un disque de glace de deux pieds de diamètre, actionné par une manivelle placée à son centre, est mis en mouvement entre quatre coussinets de cuir, diamétralement disposés. Le fluide électrique ainsi libéré par le frottement est reçu entre deux "peignes" constitués de deux tubes de laiton courbés en forme de fer à cheval et armés intérieurement de dents. Ceux-ci sont reliès à un gros tube de laiton horizontal, isolé par un pied en verre et terminé par une sphère conductrice, constituant le réservoir de l'électricité.

 

Machine de Ramsden

 

Le patient sur lequel le démonstrateur s'acharnait était soumis alternativement à un traitement par l'étincelle le long de son membre inerte suivu de la décharge d'une batterie électrique fortement chargée du type de celle construite par Franklin.

 

batterie électrique.

 

Le choc électrique était accompagné du cri de douleur du patient et du mouvement involontaire de son membre. Je savais, pour l'avoir entendu lors des séances publiques de l'Abbé Nollet au collège de Navarre, que ce traitement, dont on avait pu espérer un temps le succès, était depuis longtemps abandonné faute d'autre résultat que celui de torturer la personne qui le subissait. Pourtant la méthode n'avait pas été abandonnée par des médecins souhaitant ajouter au prestige de leurs sentances latines celui d'un "modernisme" aussi spectaculaire qu'inefficace. En dehors des riches amateurs de "cabinets de curiosité", ceux-ci étaient donc les meilleurs clients de ces constructeurs de machines électriques.

 

Cette anecdote a eu cependant le mérite de faire resurgir de ma mémoire un épisode ancien de ma jeunesse bretonne qui, à n'en pas douter, avait orienté mes études ultérieures.

 

J'avais à peine plus de onze ans en ce mois de novembre de l'année 1764 quand mon père et ma mère m'ont accompagné dans cette ville de Quimper dont la réputation, sulfureuse pour les habitants de mon prude Léon natal, pouvait attirer le jeune homme rêvant d'aventures que j'étais alors. Le moment était venu d'entrer au collège où, espéraient mes parents, je prendrai l'élan pour une vie plus riche que celle qui attendait la plupart de mes compagnons de jeu des quais de l'Elorn à Landerneau.

 

Le collège de Quimper était une très ancienne institution. Nos maîtres se plaisaient à nous rappeler qu'il en était fait mention dès 1317 quand le clerc breton, Nicolas Galeron, avait institué une bourse pour cinq écoliers méritants. Ils évoquaient aussi le Concile de Trente qui avait imposé à chaque évêché de se doter d'un collège et de l'évêque de Quimper, Charles de Liscoët, ancien élève des Jésuites du Collège de Clermont, aujourd'hui Louis le Grand, qui avait reçu du pape Grégoire XIII l'ordre d'établir à Quimper un collège de la Compagnie de Jésus. Ils nous parlaient peu des années obscures des guerres de la Ligue. Elles avaient été particulièrement violentes en Cornouaille - où sévissait Guy Eder de la Fontenelle - et avaient ruiné tout projet d'élargissement de l'établissement. Des années de prospérité allaient suivre et quelques privilégiés se voyaient montrer les lettres patentes reçues de Louis le treizième en 1621. Depuis cette date, le collège ne connut que le succès. Ceci d'autant plus que l'enseignement y est gratuit avec un droit d'inscription modéré. Outre l'évêché de Cornouaille, on y vient des évêchés du Léon, de Vannes et même de Tréguier et de Saint-Brieuc. On y a compté jusqu'à 1000 élèves avec des classes dépassant les 50 élèves..

 

La chapelle du collège

Trop nombreux pour loger tous au Collège, les élèves logent souvent chez l'habitant. Mon oncle Guillaume Mazéas, lui même ancien élève du collège, m'avait recommandé auprès de l'un de ses condisciples, Yves-Marie Le Coz. Installé comme notaire dans la rue Kéréon, il occupait une de ces récentes maisons de pierre construites après l'incendie de la rue dont les traces étaient encore visibles. Ce tuteur m'avait dès le début mis en garde à l'encontre de ces collégiens, issus de la riche bourgeoisie de Quimper et des ports de la côte, dont la corporation était souvent à l'origine de nombreux troubles dans la ville. Gourdins, épées et armes à feu faisant partie des accessoires des plus turbulents d'entre eux. J'avoue que le timide jeune homme du Léon que j'étais alors avait plus d'une fois envié l'insouciance et la gaîté de ces étudiants cornouaillais et avait souvent regretté de ne pas pouvoir partager leurs sarabandes.

 

Rue Kéréon

Il fallait savoir lire avant d'entrer au Collège et fort heureusement l'enseignement que nous dispensait notre mère avait fait de ses enfants des lecteurs assidus. Par contre les débuts en latin, langue dans laquelle nous étions instruits, furent plus laborieux et sans l'aide du notaire Le Coz les premiers moments auraient été difficiles. Le grec, qui était pour moi nouveau, devint vite une passion. Mais la vraie découverte a été celle de la physique enseignée en plus de l'arithmétique, de l'algèbre et de la géométrie.

L'enseignement le la physique était récent quand j'arrivais au collège. Il y avait été introduit par le directeur, Denis Bérardier, qui avait été nommé à ce poste après l'expulsion de jésuites deux ans avant mon arrivée. Je dois à cet excellent professeur mon intérêt, sans cesse renouvelé, pour les sciences. Il avait été élevé par son aïeul fondateur, dans le quartier de Locmaria, de la faïencerie qui fait aujourd'hui la célébrité de la ville. Après des études en Sorbonne et son titre de docteur en théologie il était revenu dans sa ville natale avec le désir d'y enseigner une science qui faisait alors fureur dans la capitale : la physique et plus particulièrement l'électricité. De ses propres deniers il avait équipé un cabinet de physique d'après les plans de l'abbé Nollet dont il avait assisté aux démonstrations de physique expérimentale à Paris. Les ouvrages de ce maître figuraient en bonne place dans la bibliothèque de l'école mais seuls quelques élèves, remarqués pour leur assiduité, pouvaient les consulter. J'avais cette chance et je ne manquais pas d'en profiter.

 

Denis Bérardier.

Au centre du cabinet de physique régnait la machine électrique, un monstre porté par un solide socle de chêne qui effrayait les moins hardis d'entre nous, marqués par le souvenir de quelques vigoureuses secousses. L'âme de la machine résidait dans un globe de verre de un pied de diamètre et d'une épaisseur de deux lignes, monté sur un axe horizontal dont l'une des extrémité portait une poulie taillée dans un vieux buis. Le corps de l'appareil consistait en une lourde roue de cinq pieds de diamètre. Deux manivelles, fixées à chaque extrémité de son axe, permettaient à deux vigoureux assistants de lui donner un mouvement de rotation qui entraînait une corde de boyau de l'épaisseur d'une plume à écrire passée dans une gorge creusée à la surface de sa jante. Cette corde, reliée à la poulie du globe donnait à celui-ci un rapide mouvement de rotation. L'abbé Bérardier nous avait fait remarquer qu'un habile croisement de la corde inversait le sens du mouvement du globe par rapport à celui de la roue. Ainsi la roue était actionnée en poussant les manivelles pendant qu'il était commode de frotter le globe de verre en appliquant les mains à sa partie inférieure. C'est en effet par ses mains nues et rugueuses, de pédagogue qui ne dédaignait pas le travail manuel, que notre professeur frottait le globe. Pour notre part, il exigeait que nous utilisions un coussin de cuir appliqué au verre car, disait-il, il arrivait qu'un globe puisse éclater entre les mains d'un manipulateur malhabile.

 

La machine de l'abbé Nollet

Mettre en mouvement la grande roue de la machine était un exercice qui nécessitait une grande force physique. Les plus solides gaillards de notre groupe se disputaient la faveur de s'y faire valoir. Il avait fallu tout l'art des menuisiers pour que l'ensemble supporte la fougue de ces jouteurs qui concourraient à savoir combien de tours il leur suffirait pour faire atteindre à la roue sa vitesse de croisière.

Un détail attirait également l'attention de ceux pour qui le cours de physique était surtout occasion de distraction.

Si l'abbé Bérardier se flattait d'avoir strictement respecté les plans, proportions et matériaux conseillés par l'abbé Nollet, il avait également noté que celui-ci attachait une particulière attention à la beauté du meuble. La base de celui de notre collège était constituée de vastes tiroirs aptes à recevoir tout la matériel nécessaire aux démonstrations. L'abbé Bérardier, qui avait fait ses premiers pas dans la faïencerie de son aïeul, avait choisi d'en décorer les devantures par des céramiques illustrées de scènes copiées des ouvrages de l'abbé Nollet. L'une en particulier avait la faveur des collégiens. Elle représentait le groupe animé de jeunes femmes et de jeunes hommes entourant une élégante demoiselle couchée sur un plateau suspendu au plafond par des cordons de soie. Un homme à la tenue plus sévère, sans doute un abbé, tenait au dessus de sa chevelure un tube de verre que, par expérience, nous savions avoir été frotté par la main vigoureuse de l'expérimentateur. D'une de ses fines mains la jeune femme attirait des feuilles d'or placées sur un plateau, de l'autre elle faisait tourner à distance, par le seul pouvoir du fluide électrique, les feuilles d'un livre placé sur un tabouret. Un jeune homme risquait son doigt à proximité du nez de la jeune personne et nous imaginions le cri et les éclats de rires qui suivraient l'éclatement d'une étincelle entre ces deux jeunes gens. Nous savions que dans les salons parisien, le jeu de la "vénus outragée" faisait fureur. La jeune femme, placée sur un plateau de cire, défendait sa vertu en gratifiant d'un choc électrique le galant qui voudrait lui voler un baiser. Attraction et répulsion, le fluide électrique échauffait l'imagination des adolescents que nous étions et nous faisait rêver de ces cabinets parisiens où le frôlement des étoffes et les parfums capiteux tranchaient avec la tristesse du local où l'abbé nous faisait ses démonstrations.

Le bouquet final du cours d'électricité se réalisait dans la cour du collège. Chaque classe devait se soumettre à l'épreuve du choc électrique délivré par la terrible bouteille dont l'extraordinaire propriété s'était manifestée pour la première fois à Leyde entre les mains du professeur Musschenbroek.

Imaginez un flacon droit de verre mince empli de feuilles d'or sommairement froissées et dont la partie inférieure est couverte d'une feuille d'étain. Le col étroit est fermé par un bouchon de liège enduit de cire et percé d'une tige de fer dont la longue pointe effilée plonge dans les feuilles d'or et dont la partie externe est recourbée sous forme d'un crochet. Cette forme a son importance.

 

La terrible bouteille de Leyde

Il faut ici signaler un canon de mousquet suspendu horizontalement, par le moyen de deux cordons de soie, au dessus de la sphère de verre de la machine. Par l'une de ses extrémités, proche à moins d'un pouce de la surface de la sphère, cette tige recevait de la sphère le fluide électrique libéré par le frottement. La forte charge électrique qui s'y accumulait était disponible pour de multiples expériences. Ainsi, en y suspendant la bouteille par son crochet on faisait prendre à celle-ci une forte charge électrique.

Nous descendions alors dans la cour au centre du collège, notre maître tenant précieusement, par son fond recouvert d'étain, la bouteille préalablement chargée. Prenant la main du plus proche d'entre nous il invitait notre groupe à former une ronde qui se fermait à proximité de la bouteille. Les anciens, attirés par l'événement se massaient aux fenêtres, s'amusant à nous prédire une dangereuse issue. On se battait pour ne pas être le dernier jusqu'au moment où un plus hardi, voulant donner le spectacle de son courage, prenait résolument la tête de la file. Le moment était solennel. L'abbé Bérardier exigeait le silence. Chacun regardait alors avec angoisse la main de notre intrépide camarade s'approchant timidement de la boule qui terminait le crochet de la bouteille. Nous nous préparions à le voir écarter vivement la main après avoir senti la piqure de  l'étincelle habituelle. Quelle n'était pas alors notre surprise quand tous ensemble nous recevions une violente secousse qui nous secouait le corps et nous coupait la respiration. Le cri lancé en chœur et répercuté par les voûtes du cloître était alors suivi par l'éclat de rires des anciens mimant en grimaçant et en gesticulant le réjouissant spectacle que nous leur avions offert.

La leçon se terminait par une évocation de la foudre dont la décharge électrique libérée par la "bouteille de Leyde" représentait le modèle réduit. L'abbé nous mettait alors en garde vis à vis du danger qu'il y avait à nous réfugier sous un arbre les jours d'orage. Il évoquait aussi cette dangereuse tradition de sonner les cloches pour écarter la foudre des villages. Bien des paroissiens en avaient fait la douloureuse expérience mais la vieille routine avait encore cours chez des populations qui voyaient toujours dans l'éclair l'instrument de la vengeance divine. Il regrettait que les autorités ecclésiastiques aient rejeté son conseil de dresser un paratonnerre au sommet de l'une des tours de la cathédrale de Quimper dédiée à Saint Corentin, ce qui, à n'en pas douter, aurait aidé à vaincre cette superstition.

L'enseignement de l'abbé m'a accompagné quand j'ai rejoint le collège de Navarre à Paris où j'ai eu la chance extrême d'avoir pour professeur l'abbé Nollet. Dans l'amphithéâtre construit pour lui, six cent personnes pouvaient assister à des démonstrations réalisées à partir de son propre matériel où le mariage du bronze, de l'or, de l'ivoire et de l'ébène, ajoutaient encore au merveilleux des phénomènes électriques. Invités parfois aux démonstrations publiques les collégiens que nous étions n'avaient d'yeux que pour les jeunes femmes qui se disputaient les premiers rangs et dont les tenues colorées et les rires sonores exaltaient notre imagination.

Entre la sévère rhétorique et la si brillante physique, mon choix avait été rapidement fait. Les sciences seraient mon univers.

 

Démonstrations de l'abbé Nollet au Collège de Navarre.

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Voir aussi : Le premier condensateur électrique : la bouteille de Leyde.

Pour l'ensemble du journal voir : Fragments d'un journal trouvé dans le grenier d'une antique maison du quai du Léon à Landerneau.


 

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Gérard Borvon - dans Romans
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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 08:39

Le soir du 8 novembre 1895, Röntgen place divers objets entre une plaque photographique et la source de rayonnement et il se rend compte qu'ils ont une transparence variable. Il expérimente ensuite avec la main de son épouse placée sur le parcours des rayons. Au développement, il s'aperçoit que l'image est l'ombre des os de la main de son épouse, son alliance y étant visible. Les os sont entourés d'une pénombre qui représente la chair de la main, la chair est donc plus perméable aux rayons. C'est le premier « Röntgenogram ». À la suite d'autres expériences, Röntgen constate que les nouveaux rayons sont produits par l'impact des rayons cathodiques sur un objet matériel. Parce que leur nature est encore inconnue, il leur donne le nom de « rayons X».

 

France Inter. Les oubliettes du temps.

 

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 12:47

Document associé à : Sébastien Le Braz. Le combat de la Belle-Poule.

 

Lettre du Chevalier de Boufflers à la comtesse de Sabran.

 

"Ce 24 juin 1778.

 

Je n'ai rien de plus pressé que de vous dire combien vous êtes aimable, chère sœur, et de vous remercier d'avoir pensé à moi sans y être forcée par l'importunité de mes lettres. Depuis la dernière, que vous auriez dû recevoir avant le 19, j'ai toujours été en l'air, tantôt à cause de M. le duc de Chartres que j'ai suivi dans différentes courses, tantôt à cause de M. de la Clochetterie dont le nom ne vous est sûrement pas inconnu à cette heure.

 

Après son glorieux combat, sa frégate, très maltraitée du canon et diminuée de la moitié de son équipage, avait été conduite la nuit par des scélérats, qui se donnaient pour connaître les côtes, dans un endroit plein de roches où elle avait touché et dont elle ne pouvait sortir sans les plus grands risques. A portée d'elle étaient mouillés des bâtiments anglais, qui paraissaient avoir intention de l'attaquer, et de faire passer des chaloupes entre elle et la terre pour la brûler. J'ai marché à la côte avec un de mes bataillons et cent hommes d'un autre régiment, j'ai rassemblé des chaloupes de six lieues au loin pour porter secours à la frégate et combattre les chaloupes ennemies au besoin, j'ai fait allumer grand nombre de feux sur toute la côte pour faire supposer un gros corps de troupes à portée. Soit que toutes ces précautions aient été utiles ou inutiles, il n'a rien paru, et votre pauvre frère Jean s'en alla comme il était venu, bien peiné de ne pouvoir pas faire un peu de bruit dans le monde.

 

 

Parlons de M. de la Clochetterie. Je l'ai vu deux ou trois fois sur son bord, blessé, tranquille, occupé de sa besogne et de son équipage, entouré de gens qui ne pensaient ni à leurs blessures, ni à leurs fatigues, ni à leurs exploits en le voyant. Son équipage, quoique diminué de moitié et accablé de travail depuis deux jours, ne songeait qu'à mettre le bâtiment en état de recommencer le combat, et ne voulait point prendre de nourriture ni de sommeil pour ne pas perdre un instant de travail. Les blessés que j'ai vus à un hôpital dont mon régiment a la garde ne se plaignaient point, et tous ne parlaient que de la manière dont ils s'étaient battus. Cependant il manquait à l'un une jambe, à l'autre un bras, à un troisième deux ; il y en avait un avec les deux cuisses emportées. J'ai vu panser tout cela, entre autres dix des plus maltraités qui étaient dans la même chambre; c'est un horrible spectacle ; mais ce qui console, c'est de voir qu'il y a au dedans des braves gens un baume intérieur qui adoucit tous leurs maux, c'est l'idée de la gloire et le contentement de soi-même.

 

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Rapport de M. de La Clocheterie à d'Orvilliers

Mon général,


Les vents de nord qui m'ont fait partir de Brest le 15 de ce mois ont reigné jusqu'à mardy à minuit, très foibles ; Ils ont passé alors à O.S.O. et j'ai mis le cap au N.N.E., ce qui me portoit entre le cap Lézard et Plimouth. Mercredy (le 17) à 10 h. du matin, j'ai eu connoissance du haut des mâts de quelques batimens exactement de l'avant à moy. Je les ai signalés sur-le-champ à la Licorne et à l'Hirondelle que j'avois laissé assez loin derrière moy.


A 10 h. ½, j'ai commencé à soupçonner que ce pouvoit être une escadre et j'ai fait signal aux batimens qui me suivoient de tenir le vent, les amures à babord, et je les ay pris moy-même. J'ai compté, peu d'instans après, vingt batimens de guerre, dont quatorze au moins de ligne. J'ai fait signal de virer de bord. J'étois établis au même bord que les Anglois à 11 h. du matin ; ils étoient alors à environ quatre lieues dans le N.E. ¼ N., les vents à O.S.O..


A 1 h. ½ après midy, j'ai doubl la Licorne au vent et j'ai dit à Mr de Belizal que je le laissois le maître de la manoeuvre qu'il jugeroit la plus convenable pour échapper à la poursuite des Anglois, et j'ai fait signal à l'Hirondelle de relâcher ou elle pourroit. Je voyois alors une frégatte et un sloup me joignoient ; j'ai gardé le lougre avec moy. A 6 h., j'ai été joint par le sloup qui porte 10 canons de six. Il m'a hélé en Anglois, je lui ai dit de parler françois. Il a reviré et a été joindre la frégatte.

A 6 h. ½ , cette frégatte est arrivée à portée de mousquet dans ma hanche sous le vent. Le vaisseau de l'escadre le plus près de moy en étoit alors éloigné d'environ 4 lieues. Cette frégatte a cargué sa grand voille ; j'en ai fait autant et j'ai même amené mes peroquets et mis celui de fougue sur le mât afin de ne pas rester dans une position tout-à-fait désavantageuse. La frégatte angloise a manoeuvré comme moy ; alors, j'ai arrivé brusquement elle en a fait autant et nous nous sommes trouvés par le travaers l'un de l'autre, à portée de pistolet. Elle m'a parlé en anglois, j'ai répondu que je n'entendois pas. Alors elle a dit en françois qu'il falloit aller trouver son amiral. Je lui ai répondu que la mission dont j'étois chargé ne me permettoit pas de faire cette routte. Elle m'a répetté qu'il falloit aller trouver l'amiral ; je lui ai dit que je n'en ferois rien. Elle m'a envoyé alors toute sa volée et le combat s'est engagé.

Il a duré depuis 6 h. ½ du soir jusqu'à 11 h. ½, toujours à la même portée, par un petit vent qui permettoit à peine de gouverner. Nous courions l'un et l'autre grand largue sur la terre. J'ai lieu de présumer qu'elle étoit réduite alors puisqu'après être arrivé vent arrière, je lui ai donné plus de 50 coups de canon dans sa poupe sans qu'elle ait riposté un seul.


Cette frégatte est de la force de la Fortunée et porte comme elle 28 canons de 12 en batterie. Il m'a été impossible de poursuivre mon avantage parce que la routte qu'il falloit faire pour cela me menoit au milieu des ennemis. J'ai donc pris le parti de courir à terre sans savoir à quel point je pouvois atteindre. J'ai mouillé très près de terre à minuit et demi.

Au jour, je me suis trouvé entourré de roches, à un endroit qu'on appelle Camlouis, près de Plouescat ; j'ignore encore si je pourrai m'en tirer. Le combat, mon général, a été sanglant : j'ai 57 blessés ; je ne sais pas encore au juste le nombre de morts, mais on croit qu'il passe quarante. Mr. Gain de St-Marsault est du nombre des derniers, Mr. Delaroche-Kerandron, enseigne, a un bras cassé et Mr Bouvet est blessé moins grièvement. Je ne saurais trop louer, mon général, la valeur intrépide et le sens-froid de mes officiers : Mr. le chevalier de cappellis a sçu inspirer toute son audace aux équipages dans la batterie qu'il commandoit ; Mr. de La Roche, blessé après une heure et demie de combat, est venu me faire voir son bras, a été se faire panser et est revenu reprendre son poste. En général, le combat s'est très bien soutenu jusqu'à la fin. Mrs Mamard et Sbirre, officiers auxiliaires, se sont comporté avec toute la bravoure et le sens-froid qu'on a droit d'attendre des militaires les plus aguerris. Mr. Bouvet, blessé assez grièvement, n'a jamais voulu descendre. Mon équipage est digne de partager la gloire que ce sont acquis mes officiers.

Mr. Grain de St-Marsault a été tué après une heure et demie de combat ; le Roy a perdu l'un de ses meilleurs officiers et je regrette un ami bien cher.

Je crois le Licorne prise ainsi que le lougre, mais je me flatte que l'Hirondelle a échappé aux ennemis.

Deux vaisseaux de guerre anglois sont à deux lieues de moy. Ils paraissent vouloir entreprendre de venir me chercher ; je doutte qu'ils y réussissent parce que je suis fort entouré de roches, mais je n'ai qu'une très foible espérance de sauver la frégatte. Le lieu où je suis n'étant éloigné que de trois lieues du Folgouët, je prends le parti d'y envoyer mes blessés. mon chirurgien-major vous portera cette lettre, mon général ; je l'expédie parce que personne n'est plus propre que lui à leur faire donner tous les secours dont ils ont besoin, et que c'est un exprès sûr.

Deux contusions, l'une à la tête et l'autre à la cuisse, me font souffrir actuellement de manière que je n'ai guerre la force d'écrire plus longtems...

Je suis tout dégrayé, mes mâts ne tiennent à rien, le corps de la frégatte, les voilles, tout en un mot est criblé de coups de canon, et je fais de l'eau.

Je suis avec respect, mon général, votre humble et très obéissant serviteur.

Chadeau de La Clocheterie

 

A bord de la Belle Poule, le 18 juin 1778.

 

"Je lui ai donné plus de cinquante coups de canon dans sa poupe sans qu'elle ait riposté un seul"

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Gérard Borvon - dans Documents
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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 15:50

 

 

 

19 Juin 1778.

 

Il y a moins d'une semaine, je visitais la mine de Poullaouen où j'avais eu le bonheur de rencontrer Monsieur de Lavoisier. J'y avais accompagné le Chevalier de Bouflers, colonel du régiment de Chartres, qui assurait la protection du duc, cousin du roi, en visite en ces lieux. Le Chevalier attendait la guerre avec impatience alors que je l'espérais lointaine. Nous ne savions pas encore que les dés avaient déjà été jetés. Aujourd'hui je chevauche auprès d'un convoi de charrettes où, sur des lits de paille, gémissent, hurlent de douleur, ou déjà agonisent, les marins et soldats de la Belle-Poule qui a subi les premiers coups de l'ennemi.

 

Hier, 18 Juin, peu de temps après que la cloche de l'église de Saint Houardon ait sonné les douze coups de minuit, un sergent du régiment de Chartres est venu frapper à la porte de notre domicile sur le quai du Léon. Il me fallait, me dit-il, me rendre d'urgence auprès du Chevalier de Bouflers en emportant avec moi quelques vêtements en état d'affronter les intempéries ainsi que mes instruments de chirurgie.

 

Rapidement rejoint je trouvais le Chevalier dans un inhabituel état d'excitation. Nous avons la guerre me dit-il,

 

- Un messager vient de me faire savoir que je dois me rendre d'urgence avec un fort détachement de troupes sur le rivage de Plouescat où nos navires ont engagé le combat avec la flotte anglaise. Nos équipages ont subi de lourdes pertes. Nous devrons leur porter secours et convoyer les blessés jusqu'à l'hôpital de la marine installé au Folgoët, près de Lesneven.

 

Finis les doutes. La seule chose qui comptait à présent était de soulager les souffrances et d'arracher à la mort le plus d’hommes possibles, fussent-ils nos ennemis si le hasard des combats en avait fait nos prisonniers. J'essayais surtout d'être attentif à la route empruntée afin de ne pas laisser aller mon imagination.

 

Fort heureusement le Chevalier ne me laissait pas le temps de penser. Il m'expliquait ce qu'il croyait savoir de l’événement tel que l'un de ses lieutenants, en poste à Brest, le lui avait rapporté.

 

N'étant pas marin il savait seulement qu'une frégate du nom de La Belle Poule et portant 30 canons avait été attaquée par un navire de la flotte anglaise au large de Plouescat. Il semblait qu'elle était particulièrement visée car en avril de l'année précédente elle avait déjà été prise en chasse par un navire anglais qui la soupçonnait d'être un corsaire américain, ceux-ci s'abritant parfois sous le pavillon français. A nouveau, en janvier de cette année, elle avait été interceptée par deux navires anglais de 74 canons exigeant de la visiter. On répétait à Brest la réponse de son capitaine, Charles de Bernard de Marigny : «Je suis la Belle-Poule, frégate du Roi de France. Je viens de la mer et je vais à la mer. Les bâtiments du Roi, mon maître, ne se laissent jamais visiter.»

 

Le panache de la réponse avait-il été suffisant ? Les Anglais le laissaient poursuivre sa route sans savoir qu'il avait à son bord un représentant important des insurgents qui devait s'embarquer à Brest pour un retour aux Amériques. La rumeur s'était même répandue que ce personnage était Franklin en personne. Les espions anglais n'étant pas inactifs à Brest, la nouvelle de cet échec avait dû filtrer jusqu'à Londres et tout laisse à penser que les officiers de la flotte anglaise, responsables de cet échec, avaient dû subir de sévères remontrances et que leur désir de revanche était à la mesure de l'affront subi.

 

Et voilà que, le 15 juin la Belle-Poule revient faire flotter le pavillon français dans la Manche. Le comte d'Orvilliers, commandant de l'armée navale, avait chargé le capitaine Chadeau de La Clocheterie de l'y mener pour une mission de surveillance. Elle y était accompagnée par trois autres navires de moindre puissance.

 

 Le mercredi 17 Juin, elle avait été attaquée et avait dû livrer bataille contre une frégate anglaise envoyée par l'amiral Keppel dont la flotte croisait au large. La rumeur faisait déjà état de la glorieuse victoire du navire français.

 

Quand nous avons retrouvé la frégate, elle était en réalité en pitoyable état et en très mauvaise position. De prétendus pilotes locaux, qui disaient connaître la côte, l'avaient menée dans un endroit parsemé de roches où elle avait talonné. A portée étaient mouillés quatre bâtiments anglais dont on pouvait craindre qu'ils n'envoient des chaloupes pour l'attaquer ou l'incendier. Le Chevalier de Bouflers, dont le bataillon avait reçu le soutien d'une centaine de soldats d'un autre régiment, fit immédiatement rechercher des chaloupes dans tout le pays environnant afin d'amener des troupes à bord de la frégate et s'opposer à un éventuel débarquement anglais. La nuit étant venue il fit allumer de nombreux feux tout le long de la côte pour simuler les bivouacs d'une troupe importante.

 

Au matin, les vaisseaux anglais avaient levé le siège et le Chevalier semblait déçu de voir à nouveau la guerre s'éloigner sans avoir pu échanger quelques salves. Pourtant le spectacle de la guerre était bien devant nous.

 

Nous avions rejoint M. de la Clocheterie à son bord. Il était très affecté par les pertes subies. Il avait à déplorer la mort d'une trentaine de ses hommes et en particulier celle de son capitaine en second, M. Le Grain de Saint-Marceau. Une centaine d'autres étaient sévèrement blessés. Bien que blessé lui-même, il ne pensait qu'a mobiliser tout ce qui restait de son équipage pour remettre son navire en mesure de naviguer et de combattre. Il ne lui restait plus que la moitié de ses matelots mais ceux-ci ne prenaient aucun repos, négligeant même de manger. Ils se savaient victorieux. La frégate Arethusa qui les avait attaqués avait dû rompre le combat après la perte d'un mât. Cela décuplait leurs forces.

 

Je ne pouvais détacher mes yeux des blessés couchés sur la paille des charrettes qui allaient les amener jusqu'à l'hôpital du Folgoët. L'un avait un bras arraché, l'autre une jambe. Un autre avait eu les deux jambes emportées au niveau des cuisses. Sans les premiers soins qui leur avaient été donnés par le chirurgien du bord, ils se seraient déjà vidés de leur sang. Plusieurs avaient des membres hachés par la mitraille et les éclats de bois arrachés aux gréements par les boulets ennemis. Je savais déjà que sans une amputation rapide la gangrène les emporterait dans d'atroces souffrances.

 

Devant leurs officiers chacun faisait assaut de courage, refusant de se plaindre et ne pensant qu'à partager la gloire de la victoire. Je n'ignorais pas que, le temps passant, leurs corps, pour le moment encore anesthésiés, sentiraient monter des douleurs que même le laudanum que je pourrais leur faire absorber ne calmerait pas. Je savais aussi que, pour ceux qui survivraient, le plus dur serait d'affronter la nouvelle vie qu'ils n'imaginent pas encore.

 

Le Chevalier étant resté sur place dans le but d'accompagner par la côte le retour de la Belle-Poule jusqu'à Brest, je partais seul avec le convoi de blessés vers l'hôpital du Folgoët.

 

20 juin.

 

L'hôpital est un ancien couvent d'Ursulines, vaste mais sans l'architecture qui conviendrait à un tel édifice. Destiné à y soigner les blessés de la marine, on se demande pourquoi il est si loin de Brest et pourquoi le port ne dispose pas d'un hôpital assez vaste pour y recevoir tous les malades et blessés de la flotte. Combien de matelots ne sont-ils pas morts sur les charrettes qui les amenaient au Folgoët ?

 

L'hôpital comprend treize salles, vastes et bien aérées, et environ cinq cents lits. Si l'eau y était plus abondante, ce serait un très bon établissement. Elle fait pourtant défaut en un moment où il faudrait pouvoir laver à grandes eaux les tables et les sols imprégnés d'un sang poisseux.

 

Depuis hier un étrange phénomène s'est produit. Pour sauver les hommes que l'on m'apporte je fais abstraction de la pitié qu'ils m'inspirent. Seuls les gestes techniques comptent. La science qui m'a été enseignée est devenue un rempart contre l'émotion.

 

Le combat de la Belle-Poule au large de Plouescat.

 

Ma trousse de chirurgien de marine, oeuvre du coutelier Morier de Brest.

Un cadeau de mon oncle Mazéas.

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voir en complément dans "documents" : Le combat de la Belle-Poule

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Gérard Borvon - dans Romans
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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 15:10

Fragments du journal de Sébastien le Braz trouvés dans le grenier d'une antique maison du quai du Léon à Landerneau.

 

Personnage imaginé, Sébastien le Braz est un jeune chirurgien de marine au temps de la guerre d'indépendance des Etats d'Amérique. Les évènements qu'il vit et les personnes qu'il rencontre sont par contre réels.

 

 

Le jour où j'ai rencontré Lavoisier à Poullaouen en Bretagne.

 

Le combat de la Belle-Poule.

 

Mon oncle Guillaume Mazéas.

 

Souvenirs électriques du collège de Quimper.

 

Déclaration d'indépendance des Etats Unis d'Amérique.

 

Visite de l'empereur d'Autriche Joseph II à Brest.

 

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Gérard Borvon - dans Romans
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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 13:43

Hier, préoccupé par la fièvre d'un soldat du régiment de Chartres qu'aucun de mes remèdes ne semblait vouloir guérir, j'ai porté la main sur un manuel si souvent ouvert : La pharmacopée des pauvres, accompagnée d'observations sur chaque formule par le docteur W**, membre du Collège Royal des Médecins de Londres. Ce livre, dont la reliure commençe à bailler, est un cadeau de mon oncle Guillaume. Emporté par une rapide maladie il y a trois ans, il a été le tuteur de ma jeunesse. Son absence me pèse encore.

 

Ce livre m'est doublement important. Par son contenu d'abord mais aussi par le fait que, même si son nom ne figure pas sur l'ouvrage, le traducteur du texte, initialement écrit en anglais, est mon oncle lui-même. Il a été publié en France, il y a environ vingt ans et a inspiré depuis nombre d'ouvrages similaires. Il demeure une référence.

 

L'ouvrage, travail collectif des médecins des collèges de Londres et de Edimbourg, se propose de regrouper les remèdes les plus simples, les plus efficaces et, surtout, les moins chers, testés dans leurs hôpitaux et dans ceux des armées anglaises. Je relis toujours avec tendresse certaines phrases de l'introduction dans lesquelles je reconnais le solide pragmatisme de mon oncle allié à une permanente recherche de la rigueur scientifique  :

 

« Parmi les avantages que la Pharmacie peut retirer de cet ouvrage, il en est un sur lequel on ne saurait trop insister : c'est la simplicité qui règne dans les formules. Cette épargne judicieuse, cette économie savante, a exigé plus de lumières que n'en fournit la pesante érudition des Commentateurs d’Hippocrate. Il est en effet plus difficile de suivre les traces de la simple nature que le torrent d'un Système imaginaire ou d'une explication hasardée »

 

A les relire, ces propos me mettent toujours en joie. Tellement justifiés, mais révolutionnaires pour leur temps, ils ne pouvaient manquer de provoquer la fureur des médecins de l'Académie. D'ailleurs, habile et provocateur à la fois, mon oncle anticipait leurs réactions :

 

« sensibles au bien de l'humanité, nous recevrons avec plaisir les avis de ceux qui auront le courage de perfectionner cette méthode et nous plaindrons, sans nous en offenser, ceux qui la contrediront. »

 

Guillaume Mazéas, mon oncle, le frère de ma mère, est né à Landerneau, dans la paroisse de Saint Houardon, en 1720. Son père, mon grand-père, que j'ai peu connu, était notaire et Procureur Royal dans cette ville. Après des études au collège des jésuites à Quimper, il a rejoint le collège de Navarre à Paris où son aîné de sept ans, Jean-Mathurin, enseignait déjà les mathématiques après y avoir lui-même été élève. Le collège de Navarre… Comment oublier les années que j'y ai moi-même passées, suivant ainsi leur exemple après, je dois le reconnaître sans honte, avoir bénéficié de leur part de recommandations que je me suis efforcé d'honorer.

 

Mon oncle Jean-Mathurin, déjà célèbre auteur d'un manuel de mathématiques réputé, m'intimidais. Malgré la bienveillance qu'il me manifestait et la qualité de ses cours, je n'ai pas été déçu d'avoir pour professeur l'un de ses collègues.

 

Pendant mes années parisiennes mon oncle Guillaume était revenu en Bretagne et, plus précisément, à Vannes où il occupait la fonction de chanoine de la cathédrale. Il continuait à y être très actif dans le domaine scientifique, étant régulièrement sollicité pour des sujets concernant la région. C'est ainsi qu'il perfectionna l'usage de la soude extraite des cendres de varech où encore qu'il mit au point une méthode pour la la teinture des indiennes, ces toiles importées des Indes par le port de Lorient. Je continuais à le voir lors de ses séjours répétés à Paris et surtout j'entretenais avec lui une correspondance régulière.

 

Il partageait son extraordinaire érudition avec ceux de ses contemporains qu'il avait rencontrés à l'occasion des multiples voyages que ses fonctions avaient engendrés.

 

A sa sortie du Collège de Navarre, il fut d’abord employé comme secrétaire, à Rome, à l’ambassade française auprès du Vatican. A cette occasion il s’intéressa aux antiquités romaines et rencontra des savants étrangers ayant les mêmes curiosités que lui. En particulier il devint le correspondant de Stephen Hales, scientifique anglais de grand renom et membre de la Société Royale des Sciences d'Angleterre. Cette relation lui vaudra une bonne connaissance de l'anglais qu'il m'invita à pratiquer à mon tour. Il eut ainsi le suprême honneur, d'être nommé membre de la prestigieuse Royal Society. Il était par ailleurs membre correspondant de l'Académie des Sciences française qui publia nombre de ses mémoires. En confidence il me parla même de Voltaire, relation sulfureuse pour l'abbé qu'il était. Celui-ci le désignait sous le sobriquet "d'abbé électrisant" suite aux expériences concernant le paratonnerre auxquelles il avait participé.


 

Depuis 1751, de retour à Paris, il occupait la fonction de bibliothécaire du Duc de Noailles, amateur averti de tout ce qui touche aux sciences. C’est à ce moment qu’il vécu la période la plus exaltante de sa vie scientifique : la première expérimentation du paratonnerre imaginé par Franklin.


 

Combien de fois ne l'ai-je pas entendu me faire le récit de ces journées mémorables. J'en ai encore le détail.


 

Franklin avait déjà 40 ans, me disait-il alors, et était un autodidacte accompli qui animait une société philosophique à Philadelphie. C'est alors qu'il rencontra l’électricité. Un voyageur venu d’Angleterre avait apporté quelques livres et surtout du matériel de démonstrations électriques. On venait de découvrir le phénomène de la fameuse bouteille de Leyde que l'on charge d'électricité et qui provoque un choc violent à l'imprudent qui la manipule de façon malhabile.


 

La mode était alors de produire en public les expériences, déjà spectaculaires, que permettait l’électricité. Franklin, qui est d’une extrême habileté manuelle, avait amélioré ces expériences et fait de nouvelles observations. Parmi celles-ci, celle du pouvoir des pointes par lesquelles se décharge un corps électrisé, ce qui l’amena rapidement à imaginer la paratonnerre : une pointe conductrice dressée vers les nuages.


 

Franklin fit part de ses expériences dans une correspondance avec le citoyen britannique Peter Collinson. Celui-ci chercha à les faire publier par la "Royal Society", l’Académie des Sciences anglaise. Les scientifiques anglais ne voulurent pas reconnaître comme l’un des leurs cet amateur, qui plus est, des colonies d’Amérique. Ce fut un refus.


 

Persuadé de la valeur du contenu des lettres de Franklin, Peter Collinson ne voulut pas renoncer et les publia à son compte. Le livre arriva en France où il fut traduit et tomba entre les mains du naturaliste Buffon qui eut l’idée de faire réaliser en public les expériences de Franklin par son ami Dalibard, spécialisé dans ce domaine. Le succès fut foudroyant ! A tel point que feu notre précédent Roi désira assister à ces expériences. Une séance spéciale fut donc organisée pour Louis le Quinzième chez le Duc de Noailles à laquelle Guillaume Mazéas fut impliqué en tant que bibliothécaire.


 

Enhardi, Dalibard décida de tenter l'expérience du paratonnerre que personne, pas même Franklin, n’avait réalisée jusqu’à présent. Elle fut faite à Marly le 13 mai 1752. Une perche conductrice fut dressée au passage d’un nuage d’orage et le premier éclair fut reçu par le nommé Coiffier, un ancien dragon dont l'Histoire retiendra qu'il est le premier à avoir capté la foudre.


 

L'oncle Mazéas me décrivait avec humour la hâte du curé de Marly à tenter lui-même l'expérience avant d'en faire parvenir la narration à M. Delor. Il s'amusait de l'inquiétude du digne ecclésiastique quand on lui signala l'odeur de soufre qui le suivait depuis cette expérience : n'y aurait-il pas quelque chose de diabolique à défier ainsi le feu du ciel ?


 

Oubliant le danger, la frénésie s'empara alors des cabinets et salons parisiens. Chacun voulu tenter l’expérience. Mon Oncle Mazéas me raconte que, pris dans le feu de l'action et oubliant toute prudence, il avait dressé lui-même une tige de fer à son domicile et fait arriver un fil conducteur dans sa chambre pour pouvoir continuer ses observations, même la nuit sans quitter son lit, si un nuage arrivait. Le jeu consistait alors à approcher la main de l'extrémité du fil et à en recevoir la secousse électrique. Mon oncle se souvenait encore du jour où, les secousses étant accompagnées d'une insupportable douleur, la crainte qui s'était emparée des dames présentes l'obligea à démonter toute l'installation. Il fallait les en remercier, disait-il, car peu de temps après il devait apprendre la mort du physicien Richmann foudroyé dans des circonstances semblables.


 

Persuadé de l'importance de l'expérience, l'oncle Mazéas s'empressa d’informer la Royal Society du succès rencontré à Marly par une lettre adressée à Stephen Hales. C'est donc lui qui fera connaître à Franklin et à ses compatriotes le succès de l’expérience qu'il avait imaginée. C'est à cette occasion qu'il sera admis comme membre à part entière de la Royal Society, ce qui était une promotion inespérée pour un jeune homme de trente ans.


 

Mon oncle se plaisait à répéter que si l'idée du paratonnerre était venue d'Amérique, les premières expériences se sont faites en France. J'ai récemment trouvé à la bibliothèque de l'Académie de Marine le recueil des œuvres de Franklin publiées en France en 1773 dans une traduction de M. Barbeu Dubourg. Les lettres de mon oncle y figurent. Il les y avait certainement lues sans rien m'en dire.


 

Le destin lui a refusé le plaisir de rencontrer physiquement le savant et philosophe de Philadelphie. Le 3 décembre 1776, Benjamin Franklin débarquait du Reprisal, navire américain, dans le port de Saint-Goustan à Auray, près de Vannes. Mon oncle n'a pas eu la joie de l'y rencontrer avant qu'il rejoigne Paris pour y occuper la fonction d'ambassadeur des États d'Amériques. Une sévère maladie l'avait emporté peu de temps auparavant.


 

Alors que la guerre menace à nouveau je veux me rappeler que mon oncle considérait la collaboration entre scientifiques de différents pays comme une gage de paix. Rien, même les guerres, ne devait rompre cette chaîne. Constatant, en1755, que les relations diplomatiques entre la France et l'Angleterre étaient au plus bas il écrivait à son correspondant Stephen Hales une lettre dont il avait conservé une copie que j'ai recopiée à mon tour.


 

«Je vois avec douleur, écrivait-il, que les deux nations sont à la veille d'une guerre, mais je puis vous assurer que ce châtiment de la Providence que les hommes s'attirent par leurs crimes et leur irréligion ne diminuera jamais en moi, ni l'estime que j'ai pour votre nation, ni la reconnaissance que je dois à votre amitié. Il est triste que deux nations qui s'estiment mutuellement travaillent à leur destruction. Quoi qu'il en soit, laissons cette affaire à nos souverains respectifs et travaillons toujours au bonheur des hommes».


 

Vingt ans se sont écoulés mais aucun des mots de mon oncle Guillaume ne m'est étranger. Comme chirurgien je voudrais n'avoir qu'un seul objectif, le bonheur et la santé des hommes. Bien que chirurgien militaire je ne peux considérer le peuple anglais, dont je comprends la langue, comme un peuple ennemi. Je sais que je soignerai avec autant de compassion le marin prisonnier que le blessé de nos rangs.


 

Mais revenons à notre Pharmacopée des Pauvres. Quel remède contre la fièvre qui me préoccupe ? Pourquoi pas la décoction à base d'écorce du quinquina et de Serpentaire de Virginie additionnée de sirop d’œillet rouge. Les composants existent à la pharmacie de l'hôpital. Je lis que « ce remède se donne avec un succès étonnant aux personnes attaquées de fièvre maligne connues depuis peu sous le nom de Fièvre d'Hôpital. Elle se gagne en respirant le mauvais air qu'exhalent des personnes mal-propres rassemblées dans un lieu fort étroit, soit que ce mauvais air provienne de la mal-propreté, soit de la putréfaction des haleines ». On me conseille d'y ajouter la prise d'un très bon vin. J'imagine que nos malades ne refuseront pas ma tisane si je leur promets de la faire suivre d'une mesure de l'un de ces vins que nous recevons de Bordeaux et dont la Marie-Jeanne, la goélette de l'armateur Gillard, vient de mettre à terre plusieurs fûts sur le quai de Landerneau.

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Voir aussi :

Jean-Mathurin et Guillaume Mazéas. Deux savants Landernéens au siècle des lumières.

 

 

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Gérard Borvon - dans Romans
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