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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:08

Gérard Borvon

Ils parlent, ils parlent, nos ministres, nos présidents...

L’un après l’autre ils nous décrivent l’apocalypse climatique à venir. Les canicules, les sécheresses, les inondations, les tornades dévastatrices, la montée des mers, les larges régions de la Terre devenues invivables, l’eau devenue rare, les famines, les épidémies, les migrations, les guerres pour la survie...

Et chacun à son tour d’afficher la France comme le phare qui éclairera la Planète dans sa lutte contre le dérèglement climatique.

Et chacun de reculer dès qu’un lobby, celui des pétroliers, celui des transporteurs, celui de l’automobile, celui de l’agro-industrie, menace.

Et les juges de faire émerger peu à peu les affaires de financements occultes des campagnes électorales liées au pétrole.

Et les rapports de se succéder montrant que la France ne tient pas les engagements qu’elle prétend exiger des autres.

Alors quand nous relisons les déclarations de nos présidents, de nos ministres, parmi tous les synonymes que nous offre la langue française, un seul sonne juste : faux-culs !

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:07

2 septembre 2002. Sommet Mondial de la Terre des Nations Unies à Johannesburg en Afrique du Sud. Jacques Chirac à la tribune scande son discours par de larges mouvements des bras.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs."

https://youtu.be/WgrHr-MOVBI

 

Et pour frapper encore plus fort :

"Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie."

Effet garanti devant les soixante mille délégués et présidents, venus de cent quatre-vingt-sept pays, au premier rang desquels Nelson Mandela. Les médias, le lendemain, auront matière à commenter et ne manqueront pas de la faire.

Les délégués à ce sommet de Johannesburg se retrouvaient pour faire le point sur l’application des engagements pris dix ans plus tôt à la "Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement" qui s'était tenue à Rio de Janeiro, au Brésil, pendant le mois de juin de 1992. Cette conférence est restée dans les mémoires comme le "Sommet de la Terre de Rio". 178 pays y étaient représentés, 110 chefs d’État et de Gouvernement, 2000 représentants d'ONG (organisations non gouvernementales) et surtout des milliers de personnes au forum organisé en parallèle par les ONG. Un vrai succès qui s'est conclu par une "Déclaration de Rio sur l'Environnement et le Développement" énonçant 27 principes parmi lesquels étaient introduites les notions de "développement durable" et de "principe de précaution". Plus concrètement était adopté par les chefs d’État présents un "Agenda 21", plan d'action pour le 21ème siècle énumérant 2500 principes précisant l'application de la déclaration. Son chapitre 9 consacré à la "Protection de l'atmosphère" alertait déjà sur le bouleversement climatique.

Oui, déjà à Rio, on le savait. La Planète brûlait !

10 ans plus tard à Johannesburg, le point doit être fait sur la mise en application des engagements de Rio. Les représentants des États producteurs et consommateurs de combustibles fossiles qui se succèdent à la tribune ont bien retenu le vocabulaire des militants écologistes. Après le président français soudainement inspiré, chacun se doit de participer à la surenchère verbale.

C'est pas moi qui l'a brûlée...

La réalité de leur engagement se révèle pourtant toute autre. Force est de constater la maigreur du bilan de Johannesburg. Le sujet le plus épineux, objet de longs marchandages fut l’énergie. Les négociations se sont principalement focalisées sur la part d’énergies renouvelables. Les ONG se battaient pour qu'un objectif chiffré et un calendrier soient fixés pour leur mise en œuvre. La montagne de discussions accouchait de la proposition finale de les accroître "substantiellement" de façon "urgente". Il urgeait surtout de ne s'engager sur rien. De même, alors qu’il était question de supprimer toutes les subventions aux énergies fossiles, on ne parle plus dans le texte final que de faire la "promotion des énergies fossiles propres". Propres ? Les lobbies du pétrole et du gaz ont su traduire : carte blanche pour ne rien changer tout en adoptant la novlangue écolo. Place au "greenwashing" !

Quant aux deux milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services énergétiques satisfaisants et qui seront les premières à subir les effets du dérèglement climatique, le texte final n'en disait rien. Les véritables gagnants étaient les pays comme les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Japon, le Canada, l’Australie, qui avaient réussi à protéger leurs intérêts dans le domaine des combustibles fossiles.

Dehors les ONG manifestaient leur colère. Yves Cochet, député des Verts ironisait : "Jacques Chirac parle d'or mais ne parle pas d'argent". Dans l'ombre, Nicolas Hulot, le conseiller pour l'environnement du président français, cherchait à limiter les dégâts. De "cette immense montagne" qui, ajoutait-il, "va probablement accoucher d'une souris", il réussissait à extraire un élément positif : "sur un plan psychologique, c'est quand même important parce que là, les derniers doutes sont levés. "

Effectivement, pour les ONG, les derniers doutes avait été levés à Johannesburg. On savait à présent qu'il n'y avait rien à attendre de ces sommets mondiaux où chacun se livre à une surenchère d'envolées lyriques sur la protection de l'environnement sans en croire un seul mot.


 

Cinq ans plus tard, deuxième couche.


 

Retour de Johannesburg, Chirac s'est bien employé à mettre en sourdine ses déclamations écologistes mais, le 3 février 2007, l'occasion lui était donnée de récidiver. C’est par un "Appel de Paris" qu'il concluait la réunion de travail du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le Giec, qui se tenait dans la capitale française. Les rapports des experts se font de plus en plus précis. Ce rapport, le quatrième depuis la création du Giec, est particulièrement alarmiste. Il constate que la fonte complète de l’inlandsis du Groenland pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres. Résultat : les terres de basse altitude seraient submergées. De nombreuses régions et même des États disparaîtraient de la carte.


 

Jacques Chirac, en nouveau prophète de l'écologie, n'hésite pas à faire de la surenchère. "Le jour approche où l'emballement climatique échappera à tout contrôle : nous sommes au seuil de l'irréversible", assène-t-il. Cette fois le mot qui devra rester dans les annales sera : Révolution ! "Face à l'urgence, le temps n'est plus aux demi-mesures: le temps est à la révolution. La révolution des consciences. La révolution de l'économie".


 

Qui se souvient des "Bastilles climatiques" prises par Jacques Chirac ? Les lobbies de l'automobile, de l'agrochimie et du pétrole, ont-ils eu à se plaindre de son passage au pouvoir ? On-t-ils été mis hors d'état de nuire ces ci-devant pyromanes dénoncés par ce nouveau Robespierre ?


 

Elf et l'argent du pétrole. Il ne pourra pas dire qu'il ne savait pas.


 

Au moment même où, en 2002 à Johannesburg, Jacques Chirac lançait sa célèbre imprécation, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf, préparait son procès en appel dans ce qui est devenu "l'affaire Elf". Il a fallu toute la persévérance et le courage des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky pour mettre à jour l'une des affaires de corruption les plus tristement célèbres de la fin du 20ème siècle : les marchés du pétrole acquis par Elf en échange de somptueux dessous de table remis aux différents chefs des État concernés, avec à la clé une partie du butin rapatrié et partagé entre les responsables politiques du moment en France.


 

"Cette fois je vais tout vous dire" déclare Loïk Le Floch-Prigent dans un interview au journal Le Parisien le 26 octobre 2002. Chirac savait, dit-il, "j'ai donc décidé de produire un document signé de la main de Jacques Chirac qui prouve qu'il était parfaitement au courant des commissions versées par Elf et d'un certain nombre de choses".

Interrogé par le Journal du Dimanche en septembre 2011, l'avocat Robert Bourgi, successeur du sulfureux Foccart, révélait à son tour "vingt-cinq ans de pratiques occultes sous Chirac". Il a des comptes à régler et raconte les transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. "Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris" dit-il, citant en particulier la présidentielle de 2002 avec les liasses de billets, trois millions de dollars, remis à Dominique de Villepin de la part de Omar Bongo. Propos "abracadabrantesques" ? L'histoire le dira mais à Johannesburg, comme plus tard à Paris, les chefs de gouvernements et diplomates, bien informés des dessous de la politique française en matière de pétrole et de corruption, ont dû être admiratifs devant le culot du chef d’État français.


 

La maison brûle ?


 

Reste pourtant le souvenir de la phrase choc, détournée par l'ironie de celles et ceux qui ne peuvent que constater le double langage des grands de ce monde


 

Le climat se détraque... et ils regardent ailleurs.

Les océans s'étouffent sous les plastiques... et ils regardent ailleurs.

Les oiseaux, les insectes, disparaissent... et ils regardent ailleurs.

La famine menace des millions de personnes... et ils regardent ailleurs.

Les canicules, les inondations, les ouragans, les incendies, font des milliers de morts... et ils regardent ailleurs.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:06

 

 

Celui qui a suggéré à Nicolas Sarkozy cette idée d'un Grenelle de l'Environnement, a certainement senti le bon coup à jouer. Le mythe semblait pouvoir encore marcher même si on commençait à en savoir un peu plus de la réalité de ce soi-disant moment de "concorde nationale". L'histoire de la rencontre clandestine entre Jacques Chirac et Henri Krasucky, numéro 2 de la CGT, a maintenant été rendue publique. "Dans une chambre de bonne et avec un revolver dans ma poche" prétendra même Jacques Chirac en 1977 dans un interview au journal Paris Match. Le grand vent de liberté de mai 1968, si inattendu dans cette France que certains croyaient endormie, avait soulevé un vent de panique dans les rangs du patronat et du gouvernement gaulliste mais tout autant au sommet du parti communiste et de son antenne syndicale, la CGT. L'ennemi, soudain, c'était ce "gauchiste" qui refusait le "boulot, métro, dodo" de la société productiviste et revendiquait une liberté qui secouait les vieux dogmes. Ces gauchistes qui avaient entraîné 10 millions de salariés dans la plus massive des grèves. Le "Grenelle" avait permis un retour à l'ordre inespéré. Est-ce que la même méthode ne pourrait pas calmer ces écologistes dont l'agitation commence à devenir inquiétante. Dans l'opinion publique, le Grenelle apparaît encore comme une victoire populaire, alors pourquoi ne pas récupérer ce mythe dans un "Grenelle de l'Environnement" qui ferait une excellente publicité pour un début de mandat.

 

L'idée ne sortait pas du néant. En novembre 2006, Nicolas Hulot avait présenté son "Pacte écologique" qui réclamait, entre autres, un poste de "vice-premier ministre chargé du développement durable". Présenté aux candidates et candidats aux présidentielles de 2007 il était signé par cinq d'entre eux dont les deux finalistes, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le 16 mai Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac. Nicolas Hulot refuse le poste de ministre de l'environnement qui lui est proposé, ce sera donc Alain Juppé, rapidement démissionné pour cause de défaite aux législatives, puis Jean-Louis Borloo. En septembre 2007 débutait donc ce "Grenelle Environnement" qui affichait, lui aussi, la prétention de vouloir nous faire entrer "dans le monde d'après".

 

On n'avait pas lésiné sur le spectacle. Deux prix Nobel de la Paix distingués pour leur engagement en faveur de l'environnement viendraient apporter leur caution. En tête d'affiche, Al Gore, vice-président des USA, après sa fameuse mise en scène dans le film " Une vérité qui dérange". A ses côtés Wangari Maathai biologiste à l'initiative du "Mouvement de la ceinture verte" en Afrique.

 

Nous ne nous étendrons pas sur les maigres résultats obtenus. Celles et ceux qui annonçaient une énième supercherie ne s'étaient pas trompés. Pour ne citer qu'un exemple : on reparle périodiquement de ce plan "Ecophyto" issu du Grenelle qui visait à diviser par deux l'usage des pesticides. Alors qu'un consensus semblait trouvé, le lobby agro-industriel avait réussi à y glisser un "si possible" qui ruinait complètement l'édifice. Dans le couple fournisseurs/utilisateurs de pesticides, chacun avait compris le message : cela n'allait pas être possible. D'ailleurs, dès 2012 la messe était dite avec la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy au salon de l'agriculture : "l'environnement, ça commence à bien faire". Résultat : hausse de 5% des pesticides en moyenne chaque année depuis 2009 avec 9% en 2013 et encore 9,4% en 2014, année où un nouveau plan, aussi peu contraignant que le premier, reportait à 2025 la réduction de 50% des pesticides. En 2018, le ministère de la Transition écologique et celui de l'agriculture constataient que la consommation de pesticides avait encore augmenté après 2014. "Est-ce que nous avons commencé à réduire [leur] utilisation ? La réponse est non", avait alors lancé Nicolas Hulot au micro de France Inter en annonçant qu'il quittait le gouvernement.

 

Mais en ce 25 octobre 2007, place était donnée au spectacle. En clôture de l'événement, le discours de Nicolas Sarkozy mérite la relecture. Jamais autant d'outrances n'auront été prononcées en si peu de temps. Nicolas Sarkozy s'adresse d'abord à José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, présent dans la salle.  : "La France n'est pas en retard. Mais la France veut maintenant être en avance. Et c'est tout le changement, José Manuel, que nous voulons proposer aujourd'hui en France"

 

https://www.dailymotion.com/video/x9qbej

 

Puis vient la plus extravagante des déclarations :

 

"Notre ambition n'est pas d'être aussi médiocre que les autres sur les objectifs, ce n'est pas d'être dans la moyenne. Notre ambition c'est d'être en avance, d'être exemplaire."

 

Et afin que ces médiocres qui écoutent retiennent bien la leçon : "Je veux que le Grenelle soit l'acte fondateur d'une nouvelle politique, d'un New Deal écologique en France, en Europe, dans le Monde ".

 

Ensuite, s'adressant aux deux prix Nobel de la Paix : "Nous voulons une politique de vérité. Wangari MAATHAI et le Vice-Président Al GORE ont eu le courage de la proclamer : notre modèle de croissance est condamné. Pire encore, le maintien de la paix dans le monde est condamné si nous ne faisons rien."

 

Le plus alarmiste des climatologues du Giec n'oserait pas prononcer la moitié du discours apocalyptique qui va suivre cette introduction :

 

"Les changements climatiques, nos concitoyens ne doivent pas les réduire à la fonte des neiges sur les pistes de ski. Les changements climatiques, ce sont des centaines de millions de réfugiés climatiques.

 

Les changements climatiques, c'est une accélération des grandes catastrophes, des sécheresses, des inondations, des cyclones, d'une certaine façon, c'est le Darfour où des millions de pauvres gens sont poussés par la faim et la soif vers d'autres régions où ils entrent en conflit avec des populations qui étaient installées de façon séculaire. Les changements climatiques, ce sont des épidémies nouvelles. Ce sont des conflits exacerbés pour accéder à l'eau et à la nourriture.


 

Il faut donc avoir le courage de dire que la hausse des prix des hydrocarbures sera permanente. Il faut avoir le courage de dire qu'il n'y aura plus de pétrole avant la fin du siècle. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne connaissons pas tous les effets à long terme des 100 000 substances chimiques commercialisées. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous n'avons pas toujours été exemplaires."

Alors cette fois, ça y est ? On y va ? Fini le soutien à nos champions des énergies fossiles, à Total, à Engie (ex GDF-Suez). Finis les copinages avec les potentats du pétrole ?

Deux mois ne se sont pas écoulés que la France sidérée découvre que le Président de la République a invité le Libyen Mouammar Kadhafi en visite officielle. Oubliés les prix Nobel de la Paix, place au plus sanguinaire des dictateurs. Chacun se souvient qu'il est le responsable de l'attentat contre le vol UTA-722 qui a fait 170 victimes dont 54 français en 1989. Mais que refuser à celui qui règne sur un champ de pétrole parmi les plus riches de la Planète...

Kadhafi arrive en France en terrain conquis, exigeant de planter sa tente dans les jardins de l'hôtel Marigny, résidence des chefs d’État étrangers en visite en France. Stupeur, y compris parmi les proches de Nicolas Sarkozy : "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort" déclare  Rama Yade, secrétaire d’État chargée des Droits de l'homme au journal Le Parisien avant de se faire recadrer par l’Élisée.

Mais pourquoi cette visite ? Simplement pour le business ? L'argent du pétrole libyen devrait alimenter les industries de l'armement et du nucléaire en France. On annonce des commandes d'avions Rafale, d'hélicoptères Tigre, de navires de guerre et même des réacteurs nucléaires. L’Élysée se plaît à afficher des contrats représentant une dizaine de milliards d'euros. Contrats qui ne seront jamais honorés car moins de trois ans et demi plus tard l'ami de la France est devenu son ennemi numéro un. Les Rafales et les Tigres français iront anéantir le régime du "guide" libyen dans une guerre éclair qui aboutira à sa mort, en octobre 2011, suite à une attaque, par des avions français, du convoi de véhicules par lequel il tentait de s'échapper.

Cette histoire de visite du dictateur libyen en France aurait pu être oubliée si les médias français n'avaient pas révélé l'affaire du "financement occulte" de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et des valises de billets ayant circulé entre Tripoli et Paris. Le tapis rouge déployé pour Kadhafi apparaissait alors comme la contrepartie d'une aide providentielle pour l'élection du président français. Des juges enquêtent depuis avril 2013 sur ces accusations étayées par les témoignages de l’intermédiaire Ziad Takieddine et d’ex-dignitaires libyens. Au terme de 25 heures de garde à vue, Nicolas Sarkozy est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 21 mars 2018 pour "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens". Affaire à suivre...

On apprenait aussi que le pétrole n'était pas étranger à la guerre "humanitaire" menée par la France et ses alliés en Libye. En septembre 2011, le journal libération faisait état d'une lettre écrite 17 jours après l’adoption de la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU prenant parti pour les insurgés. Un membre important du CNT (Conseil National de Transition) y écrivait que : "s’agissant de l’accord sur le pétrole passé avec la France en échange de la reconnaissance de notre Conseil, lors du sommet de Londres, comme représentant légitime de la Libye, nous avons délégué le frère Mahmoud [Shammam, ministre en charge des médias au CNT] pour signer cet accord attribuant 35% du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil.". Cette missive était adressée au cabinet de l’émir du Qatar, pays qui sert depuis le début du soulèvement d’intermédiaire entre la France et le CNT. Fables, diront les autorités françaises.


 

Fables ? En mai 2019, suite à une fâcherie avec le pouvoir français liée à la guérilla interne en Libye pour la main mise sur les réserves de pétrole, le Gouvernement d'Union Nationale (GNA), qui a succédé au CNT, menaçait de suspendre les activités de Total dans le pays. A cette occasion nous apprenions que Total, dont la production était minoritaire avant la guerre, représentait déjà près du tiers de l'activité pétrolière dans le pays et ambitionnait de doubler sa production d'ici 2023. Total ne pouvait que remercier Nicolas Sarkozy. En déclarant la guerre au dictateur libyen il lui avait ouvert de nouvelles sources à exploiter.

Quant à Nicolas Sarkozy il occupe sa retraite d'ex-président à cultiver ses amitiés avec les dirigeants des pays fournisseurs de pétrole en y donnant des conférences royalement rémunérées. Une première en 2015 à Abu Dhabi avait déjà fait des vagues, y compris dans ses troupes. En mars 2018 il y faisait à nouveau sensation en donnant pour modèle d'efficacité ces "grands leaders du monde" qui "viennent de pays qui ne sont pas de grandes démocraties". C'est comme ministre de l'intérieur de Jacques Chirac, qu'un premier voyage au Qatar lui avait permis de rencontrer Hamad ben Jassem al-Thani, futur premier ministre qatari. Devenu président de la république il le recevra de façon régulière à l'Elysée et accompagnera les dirigeants qataris dans leur fièvre acheteuse du patrimoine français. "Il faut avoir le courage de dire qu'il n'y aura plus de pétrole avant la fin du siècle" avait-il déclaré au moment du Grenelle de l'Environnement. Manifestement il souhaitait en profiter tant qu'il en restait.

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:04

 

 

Le 17 novembre 2016 dans la nuit, et dans un hémicycle quasiment vide, une poignée d'élus de l'assemblée nationale débattent du projet des finances 2017. Au programme l'écotaxe prévue pour s'appliquer aux poids lourds. Richard Ferrand, encore député breton du parti socialiste, prend la parole pour présenter un amendement rédigé en accord avec le gouvernement. Il affiche la mine réjouie de celui qui se prépare à sortir une bonne blague :

 

"Cet amendement, dit-il, propose de donner l'extrême onction législative à la défunte écotaxe". Et pour s'assurer que chacun a bien compris : "Voilà donc l'objet de cet amendement qui doit permettre de solder les comptes législatifs de cette funeste idée qui n'avait d'ailleurs pas prospéré"

 

Marc Le Fur, député "Les Républicains" dont le parti est à l'origine de cette écotaxe, lui-même élu breton, tient à enfoncer le clou :

 

"Il faut y mettre un terme. Ne serait-ce que pour que personne, quelles que soient les sensibilités des uns et des autres, n'ait la funeste idée de la reprendre. Donc pour clôturer cela j'accompagnerai sans difficulté mon excellent collègue et voisin Ferrand"

 

Cette scène occupe les premières images du film présenté dans l'émission "Le monde en face", sous le titre "Autopsie d'une scandale politique : l’Écotaxe".

 

Cette nuit de novembre, en catimini, les quelques députés présents enterraient l'écotaxe, une loi votée à l'unanimité huit ans au paravent et que Richard Ferrand lui même avait défendue en dénonçant les manifestations des bonnets rouges bretons qui s'y opposaient.

 

Un vieux serpent de mer.

 

L'histoire de l'écotaxe débute officiellement en 2007 avec la récente euphorie écologiste pendant la campagne présidentielle.

 

Nicolas Hulot, très courtisé, demande aux principaux candidats de signer son Pacte écologique dont une des propositions est une taxe sur les poids lourds. Une telle éco-redevance est déjà en service en Suisse, en Autriche et en Allemagne ou elle rapporte à l'état fédéral 4 milliards d'euros par an. Problème : les routiers de ces états voisins ont tendance à faire un crochet par les voies nationales françaises qui sont exemptes de cette taxe. D'où cette proposition très attendue, en particulier par les régions frontalières dont les routes sont saturées et dont l'air devient irrespirable.

 

Ségolène Royal signe de même que Nicolas Sarkozy qui, dans un meeting à Chamonix se montre très clair :

 

"Ma proposition est simple. Prélever sur le trafic de fret routier une redevance proportionnelle au nombre de kilomètres parcourus sur le réseau routier national de France"

 

Contre attaque immédiate du lobby des transporteurs et premier recul. Ils obtiennent de Sarkozy, dans le secret et avant même son élection, le principe de la répercussion de l'écotaxe sur le prix facturé au client. Ce qui revient à faire du pollué (le client final) le payeur et ne modifiera en rien la densité du transport routier.

 

 

Unanimes pour l'écotaxe poids lourds.

 

Nicolas Sarkozy est élu, place au "Grenelle de l'Environnement". Sous la pression des associations, le transport routier s'est installé dans le débat. La France ne peut faire moins que ses voisins. Nicolas Sarkozy, lors de la grande messe finale prend à témoin ses invités de marque, en particulier le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso.

 

"Je propose que l'on taxe les camions qui traversent la France et utilisent notre réseau routier. José Manuel, il n'y a aucune raison pour que la France accueille tous les camions qui évitent les routes de nos voisins. Cette taxe servira au financement des transports collectifs.... Mais je dis une chose : ce que je dis ce soir, nous le ferons."

 

Un vote de principe à l'Assemblée nationale, dans un hémicycle pour une fois plein, recueille une quasi unanimité.

 

Mais en coulisse le lobby routier se rappelle au bon souvenir du président et lui demande le respect de sa promesse de campagne : l'inscription dans la loi de la répercussion de la taxe sur le client.

 

La fronde des patrons.

 

Cette fois ce sont les chefs d'entreprises, les premiers dans la chaîne des clients, qui se mettent en mouvement. La fronde part de Bretagne. Le lobby contacte Marc Le Fur et Pierre Méhaignerie, députés de la majorité de droite. Deux semaines après le vote unanime ils présentent un amendement pour exempter la Bretagne, présentée comme périphérique. Toutes les régions sont périphériques à part l’Île de France, fait remarquer Yves Cochet, député et breton lui même. En plus, ajoute-t-il, en Bretagne les autoroutes sont gratuites. Que demander de plus ? Les députés bretons obtiennent cependant de payer 25% de moins d'écotaxe que les autres régions. "25% c'est une charité, 35% ça devient raisonnable" marchande encore Marc Le Fur.

 

Pour le lobby breton, le compte n'y est pas. Un grand rassemblement est organisé, contre la "Taxe Borloo", au péage de la Gravelle, dernier péage avant l'entrée des autoroutes gratuites en Bretagne. L'appel est lancé par les chambres de commerce et d'industrie, les chambres d'agriculture, les chambres de métiers, l'association "Produits en Bretagne", toutes regroupées dans un "Collectif des acteurs économiques contre la taxe Borloo en Bretagne". Le ministre recule et propose une exonération à hauteur de 40% pour la Bretagne. Décote portée ensuite à 50 % par un amendement de députés bretons.

 

 

Pendant ce temps l’État est passé à la réalisation. L'appel d'offre pour l'installation de portiques et leur utilisation pendant 13 ans a été remporté par la société italienne "Autostrade per l'Italia" qui créé, pour la France, sa filiale écomouv. Des boîtiers GPS permettront le contrôle des camions par 173 portiques fixes, sur 15 000km de routes nationales et départementales. La recette fiscale attendue est de 1,2 milliards, d'euros par an. 800 millions pour l’État, 160 millions pour les collectivités, 240 millions pour écomouv.

 

Le chantier prend du retard et l'élection présidentielle approche. Mieux vaut ne pas prendre de risques : la mise en œuvre est reportée à 2013 après l'élection. Pourtant un décret est signé entre les deux tours par François Fillon qui fixe la façon de reporter l'écotaxe du transporteur au client. Cadeau empoisonné laissé au successeur. Frédéric Cuvillier ministre des transports en hérite et accepte de majorer les factures de 5,2%. Les transporteurs expriment leur accord.

 

Pendant ce temps, le siège d'écomouv s'installe à Metz et les portiques apparaissent dans le paysage. C'est alors que les bretons semblent découvrir les 15 portiques qui balisent leurs routes nationales. Au même moment le secteur agroalimentaire vit une de ses crises cycliques. Crise dans la volaille avec les entreprises Doux et Tilly-sabco. Crise dans la filière porcine. Souvenons nous de la tirade de Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie et de l'industrie, au sujet des "femmes illettrées" de l'abattoir GAD. Il n'en fallait pas plus pour faire monter la température. Le député Marc le Fur n'était pas le dernier à s'y employer : "ce monsieur qui a travaillé chez Rotschild, il a sans doute jamais rencontré une ouvrière de l'agroalimentaire".

 

Bonnets rouges. Le retour.

 

La crise est inhérente au modèle productiviste breton. Pendant les périodes de vaches grasses, les plus gros, qui sont aussi les plus subventionnés, engrangent des pactoles. Derrière eux, les modestes cherchent à se placer à coup de crédits accordés par les banques qui poussent à l'investissement dans de nouveaux ateliers et de nouvelles serres. Arrive la surproduction et la chute des cours et avec elle la menace de la faillite pour ceux qui sont coincés entre les banques, les fournisseurs, les coopératives, les industries de la transformation et les grandes surfaces. Vient alors le temps des manifestations.

 

-Règle numéro un : canaliser la colère vers une cible extérieure : l'Europe, les producteurs hollandais, espagnols, ceux des pays de l'Est, le gouvernement, les écologistes. Cette fois l'écotaxe se présente comme une synthèse idéale.

 

-Règle numéro deux : ne pas faire dans la dentelle. Il faut des bâtiments saccagés, de préférence des mairies, des centres des impôts, des préfectures. Quand elles sont trop bien gardées on s'attaque aux trains, on barre les routes. Ici les portiques sont des cibles évidentes. Et cette fois, avant même les agriculteurs, ce sont les patrons de l'industrie et du commerce qui donnent le tempo.

 

Le titre d'un article du Monde,"Ces patrons à l'origine de bonnets rouges", signé par le journaliste Philippe Euzen qui connaît bien sa région, résume bien la situation. Il nous fait connaître le Comité de Convergence des Intérêts bretons (CCIB) et l'appel qu'ils lancent le 18 juin 2013 sous le nom d'Appel de Pontivy, la ville où la fine fleur du patronat breton s'est réunie pour l'occasion. "L'heure des méthodes douces est révolue, affirment-ils, pour obtenir des réponses concrètes et immédiates, il va falloir livrer bataille". Deux figures sont à l'origine de cet ordre de mobilisation. Le premier, Jakez Bernard, est patron du label "Produit en Bretagne" qui fédère 300 entreprises estampillées bretonnes. Le second est Alain Glon, ancien industriel de l'agroalimentaire et président de l'Institut de Locarn, un groupe de pression ultralibéral à la réputation sulfureuse.  L'appel est relayé par les dirigeants des grandes surfaces commerciales et un certain nombres d'industriels médiatiques. On y trouve celui du célèbre pâté Hénaff ou celui d'Armor Lux dont Arnaud Montebourg a fait connaître la marque à la France entière en portant l'une de ses marinières. Il n'y manquait plus que le syndicat agricole FNSEA et son leader finistérien, Thierry Merret, bien connu pour les actions musclées de ses troupes.

 

Le 2 août 2013, un premier portique est abattu à Guiclan, sur la RN 12 qui relie Brest à Rennes. Aucune réaction de l’État sinon l'annonce d'un report de la mise en service du dispositif au 1er janvier 2014. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Un deuxième rassemblement est annoncé le 12 octobre 2013, à Pont de Buis, entre Brest et Quimper. Cette fois la mise en scène est soignée. Christian Troadec, maire de Carhaix, ville célèbre pour son festival des Vieilles Charrues, se souvient que c'est de sa ville qu'est partie la célèbre révolte bretonne de 1675 ayant eu pour point de départ les taxes que Louis XIV voulait imposer à la Bretagne. Révolte rapidement transformée en une lutte contre la noblesse locale. Révolte populaire dont les "codes paysans", ont préfiguré, un siècle plus tôt, les cahiers de doléance de la révolution de 1789. Ces révoltés se reconnaissaient à leur bonnet rouge traditionnel dans cette région du Poher. Le souvenir de la révolte de ces premiers "bonnets rouges" est restée vivace en Bretagne.

 

D'où l'idée d'exploiter cette référence. Thierry Merret explique :

 

 

"j'ai appelé Jean Guy le Floch d'Armor lux. Écoute j'ai besoin de 900 et quelques bonnets rouges est-ce que tu peux me les faire pour le samedi 26". Effectivement, le samedi 26 octobre 2013 un millier de bonnets rouges coiffent les manifestants qui sont au rendez vous. Les bonnets rouges de 1675 s'attaquaient aux châteaux, faute de mieux on s'attaquera aux portiques. L'affrontement avec les forces de police est violent. Comme à Malville, comme à Plogoff, comme à Sivens, les grenades offensives entrent en actions. Un manifestant veut relancer celle qui est tombée au sol, il a la main arrachée.

 

Le Drian entre en scène.

 

Cette fois l'affaire est prise au sérieux et c'est Jean Yves Le Drian qui reçoit une délégation au ministère de la défense. Elle est menée par Christian Troadec.

 

 

Celui-ci a choisi de s'afficher politiquement comme le nouveau leader du mouvement breton. Pourquoi une rencontre chez le ministre de la défense, à priori pas concerné par ces problèmes de taxes et de transports ? L'ancien président de la Région Bretagne qui se flatte d'être le seul a avoir refusé toute alliance avec les écologistes aux élections de 2015 est connu pour être adulé par les plus grandes fortunes bretonnes organisées dans un des lobbies les mieux structurés d'Europe. La porte de son bureau au ministère leur est grande ouverte.

 

Cécile Duflot, alors ministre du logement a gardé en mémoire un conseil des ministres. Frédéric Cuvillier, ministre des transport y faisait remarquer à Jean Yves Le Drian que les problèmes de l'agriculture bretonne n'avaient rien à voir avec l'écotaxe.

 

 

"En gros, se souvient-elle, il répondait au ministre, non pas de la défense mais de la Bretagne, qui systématiquement se mêle de ce sujet. C'était son sujet de prédilection, la Bretagne, les sujets bretons, sur à peu près toutes les questions. Ça crée une ambiance un peu particulière parce que il y a une espèce d'opération de lobbying qui de fait, et on le verra de plus en plus, n'est pas un lobbying pour les entreprises de transport de la Bretagne, mais pour les gros chargeurs dont les entreprises agroalimentaires bretonnes". C'est le moment, dit-elle, où elle sent que tout bascule concernant l'écotaxe et qu'elle mesure le poids de la Bretagne avec un grand B à travers ses ministres et députés bretons.

 

Elle ne s'est pas trompée. Le week-end d'échanges chez Le Drian se termine par la décision de report sine die de l'écotaxe. Ce qui sera rendu officiel par Jean Marc Ayrault le 29 octobre 2013. Le député le Fur s'en amuse : "quand on annonce la suspension d'une réforme on n'ose pas dire qu'on la supprime … à partir de ce moment là j'ai compris que c'était gagné"

 

Le début de la fin.

 

Tout naturellement, les meneurs patronaux et agricoles, eux aussi, ont compris que la victoire est proche. Pour obtenir la suppression pure et simple de la mesure, les manifestations doivent monter d'un cran. Cette fois c'est à la préfecture qu'il faut se faire entendre. La manifestation est prévue pour le 2 novembre à Quimper. A cette date, dans une ville en état de siège, ils sont plus de 20 000. Les drapeaux "gwen ha du" flottent au dessus d'une marée de bonnets rouges. Qu'on ne parle pas d'un report de l'écotaxe il faut obtenir sa disparition. Naturellement la journée se termine par une guérilla urbaine.

 

 

Eric Cuvillier, le ministre des transports le constate "tout était devenu incontrôlable et irraisonnable". A l'assemblée la droite attaque en règle la suspension et demande la suppression immédiate. "L'écotaxe c'est vous qui l'avez décidée, alors un peu de courage et de dignité si vous voulez être respectés par les françaises et les français" leur répond Jean Marc Ayrault.

 

Début Novembre 2013. Ségolène royal présidente de Poitou Charente s'emploie à jeter de l'huile sur le feu : "Tout n'est pas négatif dans cette révolte citoyenne. Moi je préfère toujours des peuples qui sont en mouvement que des peuples apathiques et qui se disent on n'a plus rien à faire ni même à revendiquer. La vue des bretons, il y a quelque chose qui est quand même assez réconfortant parce qu'il y a une identité régionale forte, parce qu'il y a une mesure totalement absurde"

 

 

Pendant ce temps les derniers portiques bretons sont détruits mais aussi les radars. Résultat ? Les représentants du mouvement sont reçus pour négocier une sortie politique. Un Pacte d'Avenir pour la Bretagne leur allouera 2 milliards d'euros dont la moitié destinée au secteur agroalimentaire. Une façon de nous acheter, diront les plus radicaux, qui ne devraient pourtant pas oublier que c'est ainsi, en espèces sonnantes et trébuchantes, que se terminent généralement les "crises" bretonnes de l'agroalimentaire.

 

Quant au projet, le ministre Cuvillier n'arrive pas à croire que quelqu'un puisse avoir l'idée de l'arrêter : "est-ce que les français vont accepter que nous puissions sacrifier 800 millions d'euros pour dénoncer un contrat qui a été signé par un autre gouvernement".

 

Des députés décident de prendre le relais d'un gouvernement défaillant. Une mission d'information parlementaire est décidée. Sur les 50 députés qui la composent 1/3 sont bretons. "j'ai bien senti que l'objectif des députés bretons était l'exonération des routes bretonnes", devait déclarer son président. Au même moment Ségolène Royal est nommée ministre de l'environnement du gouvernement Vals.

 

L'écologie punitive version Ségolène Royal.

 

Dès le lendemain la nouvelle ministre prend tout le monde à contre pied. Elle déclare son opposition au principe même de la taxe au nom de son slogan devenu son image de marque : "l'écologie ne doit pas être punitive". La Fédération Nature Environnement (FNE), qui regroupe l'essentiel des associations environnementales, est consternée : "le message qu'elle a passé à la société est vraiment un message très négatif". Pour Cécile Duflot "elle a dit n'importe quoi. Ce n'est pas une fiscalité punitive c'est une fiscalité écologique qui vise à faire en sorte qu'on ne gaspille pas du gazoil sur les routes pour des marchandises qui font des trajets inutiles ou qui pourraient le faire sur des trains. Voilà c'est aussi simple que cela. "

 

Le 23 juin 2014 Ségolène Royal, mesurant la difficulté de la rupture du contrat avec écomouv, présente une nouvelle mouture qui ne reprend rien des propositions de la commission parlementaire. La taxe change de nom et devient le "péage transit poids lourds". C'est le même dispositif mais réduit à quelques axes très fréquentés par les poids lourds. Encore une fois le patrons routiers montent au créneau : "cette deuxième mouture de l'écotaxe a concentré, démultiplié, tous les défauts de la première mouture" estiment-ils. Ils annoncent leur intention de manifester à l'automne 2014 si maintien. Octobre 2014 Ségolène royal retire son dispositif. Encore une fois : sine die...

 

 

Les salariés de écomouv sont sidérés. Pour beaucoup d'entre eux c'était la sortie d'une longue période de chômage. Il obtiennent d'être reçus au ministère des transports et c'est dans la salle même de la réunion qu'ils apprennent que la résiliation du contrat qui lie l’État à leur entreprise vient d'être annoncée au Sénat. Bilan : 190 employés licenciés, 150 douaniers réaffectés. L’État doit verser 958 millions d'euros d'indemnités auxquels s'ajoutent 300 millions réclamés par les sous traitants qui ont fabriqué les boîtiers des camions. Facture totale 1,2 milliards d'euros.

 

Le budget de l'AFIS (agence de financement des infrastructures), qui comptait sur les recettes de l'écotaxe, est asséché. 120 projets sont privés du financement partiel de l'écotaxe et sont menacés. Pour y répondre, Alain Vidalis secrétaire d'état aux transports annonce, le 16 octobre 2014, une taxe de 2 centimes sur le gasoil. Les payeurs ne sont plus les mêmes, les particuliers seront les premiers taxés mais pas les camions étrangers qui ne font pas le plein en France. Les transports routiers continueront à polluer. Les transports collectifs, alternative à la voiture individuelle, attendront encore leur financement. Toute cette histoire se terminera donc par une nouvelle taxe qui visera en premiers lieu ces automobilistes qui n'ont pas d'autre moyen de transport que leur voiture. Une punition collective.

 

La réforme n'avait été que reportée sine die. Il fallait l'enterrer définitivement. C'est ainsi que Richard Ferrand, dans la nuit du 17 novembre 2016 se faisait un plaisir de lui faire donner l'extrême onction.

 

"Un gâchis patrimonial, social et industriel".

 

Quel est l'écologiste en colère qui parle ainsi de l'affaire de l'écotaxe ? L'appréciation est des très sérieux magistrats de la Cour des Comptes dans leur rapport publié en octobre 2017 sous le titre "L’écotaxe poids lourds : un échec stratégique, un abandon coûteux". Le rapport mérite une lecture totale. Contentons nous de quelques extraits :

 

La ministre est personnellement épinglée :

 

"La ministre chargée de l’écologie a réuni, le 9 octobre 2014, les organisations professionnelles de transporteurs routiers pour constater l’échec du péage de transit et pour annoncer sa suspension sine die. Cette nouvelle décision n’a pas été davantage préparée que la précédente, un an plus tôt."

 

Et la Cour des Comptes de chiffrer les pertes pour l’État : une perte de recettes de10 milliards d'euros sur la durée du contrat à laquelle il faut ajouter le milliard d'euros de dédommagement pour écomouv et ses partenaires. Quant à l'appréciation plus générale :

 

"Une occasion manquée de mettre en place un instrument pertinent de politique des transports. L’abandon de l’écotaxe poids lourds laisse sans réponse les constats économiques et les objectifs qui avaient présidé à sa conception :

 

. transférer le financement de charges d’infrastructures du contribuable vers l’usager

 

. faire contribuer les poids lourds étrangers à hauteur de leur usage du réseau routier français

 

. réduire l’écart de coûts entre le transport routier de marchandises et les autres modes pour inciter au report modal du trafic de transit notamment vers le fret ferroviaire.

 

Outre l’effet de report attendu vers des modes de transport alternatifs, l’écotaxe poids lourds pouvait constituer, à terme, un outil efficace de fiscalité environnementale, en incluant progressivement dans son barème le coût des externalités négatives produites par le transport routier de marchandises".

 

Et en guise de conclusion :

 

"Coûteux pour les finances publiques et dommageable pour la cohérence de la politique des transports et son financement, l’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un gâchis". Ou encore : "L’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un échec de politique publique dont les conséquences sont probablement très durables."

 

Conséquence très durables ? Ces magistrats annonçaient-ils déjà la révolte des gilets jaunes ?

 

 

 

 

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 10:00

Il souhaitait nous quitter sur la scène, il y est presque arrivé. Et toujours, fidèle à Molière, derrière l'humour, un regard lucide sur la petitesse des "grands" du moment.  Ci-dessous, un de ses derniers messages.  

 

 

Jean Yves le Kergrist, ministre des affaires étranges

ex futur éternel président de la Région BZH, président des "Progressistes Bretons"

(ouaf ouaf ! je ne sais plus trop quoi inventer pour conserver mon fief !)

parrain de la mafia bretonne (dixit l'Emmanuel en me présentant au pape en juin 2018)

recordman international des marchands d'armes,

grand bandit de Britany ("li plou pitit, pipan pipan, marchait devant, pipan pipan !"),

mutant porçin adoubé produit à Locarn,

a annoncé à Planguenoual (22), le 14 septembre 2019 (cf photo ci-dessus),

de vigoureuses mesures destinées à contrer (par la com) le délicat problème des algues merdes.

"Beurtagne Beurtagne, cadeaux cadeaux !"

 

il était assisté de ses 2 grands experts scientifiques :

- Thierry le Burlesque, père fondateur de l'abbaye de Lantic, découvreur du célèbre "élixir de Lantic" à l'algue verte (très apprécié des riverains), et spécialiste des bulots.

-Christian Bison, conférencier agricole, spécialiste des bigorneaux, dévoreurs d'algues vertes.

(Eric Orsonna, valet de pied, serveur de potage socialo à l'algue verte, s'était excusé pour motif pécunier -cachet trop faible.)

En présence de Loïc Goret, conducteur honoraire de bétaillères à cochons du côté de Lamballe

 

Pour éclairer le contexte lire aussi : 

"Instrumentalisation d'un phénomène" 
Les algues vertes à l’assaut des plages.
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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 16:53

"je tiens à vous remercier pour cette rencontre, ancienne ou récente, éphémère ou profonde, tendre ou orageuse, avec vous.  “Rien ne se perd, tout se transforme”

 

Merci à toi Jean de nous quitter sur cette belle phrase et de nous laisser le souvenir de ces merveilleuses rencontres que tu as su faire naître autour de toi.

 

 

Voir aussi sur FR3 Bretagne.

Voir la vidéo

 

 

Rengainez vos peurs et vos pleurs, cet envol se voudra joyeux…

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 12:29

Sur la Terre au carré.

 

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Alors que le G7 vient de se terminer à Biarritz, avec le climat et la biodiversité annoncés au cœur des discussions, Emmanuel Macron a assuré : "nous allons agir". Et ce n'est pas le premier à le dire...

En fait, si on remonte jusqu'à Pompidou, tous les présidents ont fait de grandes déclarations. Paroles, paroles ? D'Emmanuel Macron à Georges Pompidou en passant par les "jeunes" de Valéry Giscard d'Estaing, quelles sont les plus belles paroles des politiques sur l'environnement ?

 

Emmanuel Macron :

 

en 2019 : "Nous devons répondre à l'appel de l'océan et à l'appel de la forêt qui brûle, nous allons agir !"

 

en 2016 : "Make our planet great again."

 

François Hollande en 2015 :

"Le 12 décembre 2015 restera une grande date pourla planète. C'est la plus belle et la plus pacifique des révolutions qui vient d'être accomplie, la révolution pour le changement climatique. Vive les nations unies, vive la planète, vive la France."

 

Nicolas Sarkozy en 2008 :

 

"Aujourd'hui, on sait : ne rien faire ne serait rien d'autre que criminel au regard de l'avenir de la planète, quel que soit le continent."

"Le temps de l'action est venu : nous avons trop attendu, nous ne pouvons plus attendre. Ce que j'ai dit ce soir, nous le ferons."

 

Jacques Chirac :

en 2002 : "Nous devons aujourd'hui réagir : c'est vital."

en 2006 : "Il y a l'enjeu écologique et il y a l'enjeu immédiat."

 

François Mitterrand en 1989 :

 

"La détérioration de l'atmosphère est aujourd'hui certaine. Ses conséquences peuvent ruiner les possibilités même de la vie sur la planète."

 

Valéry Giscard d'Estaing en 1977 :

 

"La France va organiser à l'automne prochain les Assisses européennes de l'environnement. C'est un problème qui se pose à l'échelle de notre continent."

 

"Je crois qu'il y a dans les thèmes de l'écologie, un réservoir d'enthousiasme et d'action pour les jeunes et je compte en automne m'adresser à un grand rassemblement de jeunes sur le thème de l'écologie."

 

Et finalement Georges Pompidou au début des années 70 :

 

"Le problème c'est de travailler à faire qu'un bon environnement soit compatible avec le progrès. C'est ce que nous cherchons à faire en France. C'est pour cela en particulier que j'ai créé le ministère de l'Environnement. Mais nous ne réussirons qu'à l'échelle internationale."

 
 
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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 09:03

Les manifestations physiques du changement climatique se multiplient et son impact socio‑économique s’accroît. Les concentrations record de gaz à effet de serre entraînent en effet à la hausse les températures mondiales qui atteignent des niveaux inquiétants, selon un rapport que vient de diffuser l’Organisation météorologique mondiale.

La Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial, dont c’est la 25e édition, met en exergue la hausse record du niveau de la mer et les températures exceptionnellement élevées observées ces quatre dernières années à la surface des terres et des océans. Cette tendance au réchauffement ne s’est pas démentie depuis le début de ce siècle et devrait se poursuivre.

"Depuis qu’a été publiée la première Déclaration sur le climat, le savoir climatologique a atteint une rigueur sans précédent. On a pu mettre ainsi en évidence de manière irréfutable la hausse de la température moyenne et ses corollaires que sont, entre autres, l’élévation du niveau de la mer à un rythme accéléré, le recul de la banquise et des glaciers et des phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur," a souligné le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas.

Ces indicateurs clefs du changement climatique sont de plus en plus révélateurs: la concentration de dioxyde de carbone, qui était de 357,0 parties par million (ppm) en 1993, première année faisant l’objet de la Déclaration sur le climat, ne cesse de croître, se chiffrant à 405,5 ppm en 2017. Pour 2018 et 2019, les valeurs devraient être encore plus hautes.

La Déclaration de l’OMM sur le climat bénéficie de la contribution des Services météorologiques et hydrologiques nationaux, d’un large éventail d’experts et de scientifiques ainsi que des organismes compétents des Nations Unies. Elle décrit les risques liés au climat et l’impact de ce dernier sur la santé humaine et les conditions de vie, les mouvements migratoires et les déplacements de populations, la sécurité alimentaire, l’environnement et les écosystèmes terrestres et marins. Enfin, elle répertorie les phénomènes extrêmes survenus dans le monde.

«Les phénomènes météorologiques extrêmes se sont poursuivis au début de 2019, comme en témoigne le cyclone tropical Idai qui a provoqué tout récemment des inondations dévastatrices et fait de très nombreuses victimes au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi. Ce pourrait bien être une des catastrophes d’origine météorologique les plus meurtrières qu’ait connues l’hémisphère austral», a déclaré M. Taalas.

«Idai a commencé par frapper la ville portuaire de Beira, au Mozambique, ville en pleine expansion située à faible altitude sur un littoral exposé aux ondes de tempête et subissant déjà les conséquences de la hausse du niveau de la mer. L’ampleur de la catastrophe démontre la nécessité d’agir à l’échelle internationale en faveur du développement durable, de l’adaptation au changement climatique et de la prévention des catastrophes», a ajouté M. Taalas.

L’année 2019 a débuté par une douceur record, en moyennes journalières, sur le continent européen, par un froid exceptionnel en Amérique du Nord et des vagues de chaleur extrême en Australie. Quant à l’étendue de la banquise arctique et antarctique, elle est une fois encore bien inférieure à la normale.

D’après le dernier bulletin saisonnier de l’OMM sur le climat (période mars–mai), l’anomalie positive affichée par les températures de surface de la mer, en raison notamment d’un épisode El Niño de faible intensité dans le Pacifique, devrait se traduire par des températures supérieures à la normale à la surface des terres, en particulier sous les tropiques.

Sommet sur le climat

La Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial sera rendue publique à l’occasion d’une conférence de presse conjointe qui sera organisée au Siège de l’ONU, à New York, et à laquelle participeront le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, António Guterres, la Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, María Fernanda Espinosa Garcés et le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Cette conférence de presse coïncide avec une réunion de haut niveau sur «le climat et le développement durable pour tous».

«Les données divulguées dans le présent rapport sont très inquiétantes. Les quatre dernières années sont les plus chaudes jamais répertoriées, et la température moyenne à la surface du globe en 2018 était supérieure d’environ 1 °C aux valeurs préindustrielles», a indiqué M. Guterres dans l’introduction à la déclaration.

«Ces données confirment qu’il est urgent d’agir pour le climat, comme l’a souligné récemment le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. Le GIEC fait valoir que pour limiter à 1,5 °C le réchauffement du climat, il faudra procéder à des transitions rapides et de grande envergure dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’énergie, de l’industrie, du bâtiment, du transport et de l’urbanisme; les émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone (CO2) d’origine anthropique devront être réduites d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030, et il faudra atteindre un «bilan nul» des émissions aux alentours de 2050».

«Il n’est plus temps de tergiverser», a-t-il ajouté, après avoir précisé qu’il convoquerait le 23 septembre 2019 un sommet sur le climat au niveau des chefs d’État. La Déclaration sur le climat fera partie de la contribution de l’OMM à ce sommet, dont M. Taalas présidera le Groupe consultatif scientifique.

En ma qualité de Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, j’ai particulièrement à cœur de souligner les répercussions du changement climatique sur notre aptitude à réaliser les objectifs de développement durable, ainsi que la nécessité de considérer dans leur totalité les conséquences socio-économiques des conditions météorologiques extrêmes, qui frappent de plus en plus durement les pays du monde entier. Ce rapport très actuel représente une précieuse contribution aux efforts que nous déployons pour attirer l’attention de la communauté internationale sur cette problématique," a déclaré Mme Espinosa Garcés.

Points saillants de la Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial en 2018

Incidences du climat (d’après les informations fournies par les organisations partenaires du système des Nations Unies)

Dangers naturels: En 2018, la plupart des dangers naturels, dont ont été victimes près de 62 millions de personnes, étaient liés à des extrêmes météorologiques et climatiques. Comme par le passé, ce sont les inondations qui ont touché le plus de personnes – plus de 35 millions – selon une analyse portant sur 281 phénomènes répertoriés par le Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) et le Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes.

Les ouragans Florence et Michael font partie des 14 catastrophes ayant entraîné des milliards de dollars de pertes aux États-Unis d’Amérique en 2018. Ils ont causé des dégâts qui se chiffrent à 49 milliards de dollars de dégâts et entraîné la mort de plus de 100 personnes. Quant au super typhonMangkhut, il a touché plus de 2,4 millions de personnes et fait au moins 134 victimes, surtout aux Philippines.

Plus de 1600 décès ont été liés aux vagues de chaleur intense et aux incendies de forêt qui ont frappé l’Europe, le Japon et les États-Unis, les dommages matériels avoisinant le chiffre record de 24 milliards de dollars dans ce dernier pays. En Inde, l’État du Kerala n’avait pas connu de pluies aussi abondantes et d’inondations aussi dévastatrices depuis presque un siècle.

Sécurité alimentaire: L’exposition du secteur agricole aux extrêmes climatiques menace de compromettre les progrès réalisés dans la lutte contre la malnutrition. Il s’avère que la faim dans le monde, qui avait reculé durablement, est repartie à la hausse, selon les données récentes recueillies par plusieurs organismes des Nations Unies, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM). En 2017, selon les estimations, le nombre de personnes sous-alimentées avait augmenté, atteignant 821 millions, notamment à cause des graves sécheresses liées au puissant Niño de 2015/16.

Déplacements de populations: Sur les 17,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays recensées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 2 millions l’étaient en raison de catastrophes liées à des phénomènes météorologiques et climatiques (situation en septembre 2018). La sécheresse, les inondations et les tempêtes (y compris les ouragans et les cyclones) sont les phénomènes qui ont entraîné le plus grand nombre de déplacements liés à des catastrophes en 2018. Dans tous les cas, les populations déplacées ont besoin de protection et sont vulnérables.

Selon le Réseau pour la surveillance des retours et des dispositifs de protection du Haut‑Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), quelque 883 000 nouveaux déplacements internes ont été enregistrés entre janvier et décembre 2018, dont 32 % étaient causés par des inondations et 29 % par la sécheresse. 

Chaleur, qualité de l’air et santé: Il existe de nombreuses interconnexions entre le climat et la qualité de l’air qui sont exacerbées par le changement climatique. On estime que le nombre de personnes exposées aux vagues de chaleur a augmenté d’environ 125 millions entre 2000 et 2016, la durée moyenne des vagues de chaleur s’étant allongée de 0,37 jour par rapport à la période 1986–2008, d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ces tendances sont autant de signaux d’alerte pour le secteur de la santé publique, dans la mesure où l’intensité, la fréquence et la durée des épisodes de chaleur extrême devraient continuer d’augmenter.

Conséquences pour l’environnement: On mentionnera le blanchissement des coraux et la diminution de la teneur en oxygène de l’océan, la disparition du «carbone bleu» associé aux écosystèmes côtiers comme les mangroves, les herbiers et les marais salés, et la perturbation d’écosystèmes très divers. Le réchauffement du climat devrait contribuer à la diminution de l’oxygène qui est observée en haute mer et dans les eaux côtières, y compris dans les estuaires et les mers semi-fermées. Depuis le milieu du siècle dernier, la teneur en oxygène de l’océan à l’échelle du globe aurait baissé de 1 à 2 % d’après les estimations de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO.

Le changement climatique est devenu une grave menace pour les écosystèmes des tourbières, car il exacerbe les effets du drainage et accroît le risque d’incendie, d’après le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Les tourbières sont importantes pour les sociétés humaines du monde entier. Elles contribuent considérablement à l’atténuation du changement climatique et au processus d’adaptation grâce à la fixation et au stockage du carbone, au maintien de la biodiversité, à la régulation du flux hydrologique et de la qualité de l’eau, et à la fourniture d’autres services écosystémiques offrant des moyens de subsistance.

Indicateurs climatiques

Sea-ice cover for sept 2018

Contenu thermique de l’océan: Ce dernier a atteint de nouveaux pics en 2018 entre 0 et 700 m de profondeur (relevés remontant à 1955) et entre 0 et 2 000 m (relevés remontant à 2005), pulvérisant les records de 2017. Les océans absorbent plus de 90 % de l’énergie piégée par les gaz à effet de serre, et leur contenu thermique traduit directement cette accumulation d’énergie dans les couches marines supérieures.

Niveau de la mer: La hausse du niveau de la mer s’est poursuivie à un rythme accéléré. En 2018, le niveau moyen de la mer dépassait de quelque 3,7 mm celui de 2017 et c’était le plus haut jamais constaté. Entre janvier 1993 et décembre 2018, le rythme annuel moyen d’élévation du niveau de la mer était de 3,15 ± 0,3 mm, l’accélération étant estimée à 0,1 mm/an2. Le rythme accru de perte de masse glaciaire des inlandsis est la cause principale de l’accélération de la hausse du niveau moyen de la mer ainsi qu’il ressort des données altimétriques transmises par satellite, d’après le Groupe sur le bilan du niveau de la mer relevant du Programme mondial de recherche sur le climat.

Acidification des océans: Ces dix dernières années, les océans ont absorbé environ 30 % des émissions anthropiques de CO2. Le CO2 absorbé réagit avec l’eau de mer et modifie le pH de l’océan. Ce processus d’acidification peut influer sur l’aptitude des organismes marins, comme les mollusques et les coraux constructeurs de récifs, à fabriquer et maintenir de la coquille et du squelette. Les observations faites en haute mer ces 30 dernières années ont clairement mis en évidence la diminution du pH. Comme l’annonçaient déjà un certain nombre de rapports et de projections, le processus d’acidification des océans se poursuit, le pH de l’océan mondial continuant de baisser, d’après la COI de l’UNESCO.

Glaces de mer: L’étendue de la banquise arctique a été bien inférieure à la normale tout au long de 2018, affichant des records à la baisse en janvier et février. Le maximum annuel a été observé à la mi-mars et la superficie moyenne pour ce mois figure au troisième rang des plus faibles qui aient été constatées pour un mois de mars depuis 1979, lorsqu’ont débuté les observations par satellite. L’étendue moyenne de la banquise arctique en septembre se classe au sixième rang des plus faibles jamais observées pour un mois de septembre, et les 12 moyennes de septembre les plus faibles sont toutes postérieures à 2006. À la fin de 2018 l’étendue des glaces de mer, en moyenne journalière, était proche des plus faibles jamais observées.

L’étendue de la banquise antarctique a atteint son maximum saisonnier à la fin du mois de septembre et au début du mois d’octobre. Après son pic du début du printemps, l’étendue de la banquise antarctique a diminué rapidement, chaque valeur mensuelle, jusqu’à la fin de l’année, se classant parmi les cinq plus faibles jamais constatées.

L’inlandsis groenlandais accuse une perte de masse glaciaire presque chaque année depuis 20 ans. Le bilan de masse en surface a enregistré une hausse en raison de chutes de neige plus abondantes que la normale, en particulier sur la partie orientale du Groenland, et d’une saison de fonte proche de la normale. Cette situation s’est traduite par une augmentation globale du bilan de masse en surface mais n’a eu guère d’incidence sur la tendance générale constatée depuis deux décennies, l’inlandsis du Groenland ayant perdu environ 3 600 gigatonnes de glace depuis 2002. Une étude récente a porté sur des carottes de glace prélevées au Groenland, qui nous renseignent sur les épisodes de fonte survenus entre aujourd’hui et le milieu du XVIe siècle. Il s’avère que la nappe glaciaire du Groenland n’avait pas connu d’épisodes de fonte d’une telle intensité depuis au moins 500 ans.

Recul des glaciers:

Le Service mondial de surveillance des glaciers suit de près le bilan de masse de ces derniers en s’appuyant sur un ensemble de glaciers de référence, répartis dans 19 régions montagneuses du monde, pour lesquels on dispose de plus de 30 ans de données d’observation sur la période 1950–2018. D’après les résultats préliminaires disponibles pour 2018, qui concernent une partie de ces glaciers de référence, l’année hydrologique 2017/18 est la 31e année consécutive affichant un bilan de masse négatif.

Notes à l’intention des rédacteurs

Les informations figurant dans la Déclaration proviennent d’un grand nombre de Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) et d’organismes apparentés, ainsi que des centres climatologiques régionaux, du Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC), de la Veille de l’atmosphère globale (VAG) et de la Veille mondiale de la cryosphère (VMC). Des renseignements ont également été fournis par d’autres organisations du système des Nations Unies, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut‑Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Stratégie internationale des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (SIPC).

Pour suivre l’évolution des températures à l’échelle du globe, l’OMM utilise les jeux de données (fondés sur les relevés climatologiques mensuels des stations d’observation) émanant de l’Administration américaine pour les océans et l’atmosphère (NOAA), du Goddard Institute for Space Studies (GISS) de l’Administration américaine pour l’aéronautique et l’espace (NASA) ainsi que du Centre Hadley du Service météorologique britannique et de la Section de recherche sur le climat de l’Université d’East Anglia (Royaume-Uni).

Elle a aussi recours aux jeux de données de réanalyse émanant du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) et de son service Copernicus de surveillance du changement climatique, ainsi que du Service météorologique japonais. Elle peut ainsi combiner des millions de données d’observation météorologique et océanique, y compris par satellite, avec les résultats de modèles de façon à obtenir une réanalyse complète de l’atmosphère. Cette méthode permet d’estimer les températures partout dans le monde et à tout moment, même dans les régions où le réseau d’observation est peu dense comme au voisinage des pôles.

Présentation en images de la Déclaration sur le climat

Phénomènes météorologiques et climatiques qui ont marqué l’année 2018: carte interactive

Voir aussi le Tableau des principaux indicateurs climatiques.

Pour de plus amples renseignements, veuillez prendre contact avec Clare Nullis, attachée de presse (courriel: cnullis@wmo.int; tél. port.: +41 (0)79 709 13 97)

 

 

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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 08:05

Avec ce dossier, le Courrier entend ouvrir une piste de réflexion sur ces aspects moins connus du plus grand défi planétaire de notre époque. Car parallèlement aux questions scientifiques qui font la une de tous les médias, les questions de justice et d’équité, de respect des droits de l’homme, de solidarité et d’intégrité scientifique et politique, tout comme de responsabilité individuelle et collective, doivent être les principaux jalons de notre action à l’échelle planétaire.

 

Bernard Feltz
 
Catriona McKinnon
 
Anne-Sophie Novel
 
Thiagarajan Jayaraman répond aux questions de Shiraz Sidhva
 
Zofeen T. Ebrahim
 
Victor Bwire
 
Manuel Guzmán Hennessey
 
Niels Boel et Finn Rasmussen, avec Hadra Ahmed
 
Johan Hattingh
 
Laura Ortiz-Hernández
 
Colonel répond aux questions de Niels Boel
 
Propos recueillis par Jasmina Šopova

 

Voir : https://mailchi.mp/unesco/dfis-climatiques-dfis-thiques?e=22873ed1c4

 

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 11:17

Alors que la militante suédoise Greta Thunberg est venue défiler à Paris avec quelques milliers d’étudiants français, la grogne contre le laxisme climatique percole dans la population française (journal de l'environnement).

 

Quentidi 5 ventose, an 227[1]. La République de France est agitée, comme rarement elle l’a été. Chaque nonidi, depuis 4 décades, le peuple, tout de jaune vêtu, bloque les routes et envahit le centre des villes et des bourgades. Les heurts sont fréquents et parfois violents avec les forces de gendarmerie. Le but de ce mouvement est confus. Mais son origine a pris corps avec la hausse du prix des énergies fossiles, attribuée à tort à cet impôt du carbone.

D’ailleurs les Gilets jaunes, comme les appellent les publicistes, ne sont pas opposés à cette taxation ni à la transition énergétique votée en fructidor 223[2] qu’elle est censée financer. Non, ils exigent simplement que le produit de cette gabelle pétrolière soit effectivement affecté à cette transition et non au budget de la République.

DES VILLES POURRAIENT DISPARAÎTRE

Est-ce une manifestation du dérèglement climatique? La France connaît, en ce début de ventose, des températures que l’on déguste habituellement en germinal, voire en floréal. Ce qui n’est pas sans inquiéter. Voilà des années que les scientifiques du climat alertent les gouvernements du monde entier sur un réchauffement planétaire, dont les conséquences pour l’Humanité et la nature pourraient être catastrophiques. L’on évoque la fonte à un rythme effarant des glaciers et des glaces des mers. Ces mers dont le niveau ne cesse de monter, grignotant les continents et empoisonnant les nappes d’eau douce. Des villes comme Marseille ou la Nouvelle York pourraient même disparaître sous les eaux.

A terre, c’est la terreur annoncée. Le nombre et la puissance des tempêtes sont appelés à augmenter, nous dit-on. Les cultures pourraient être dévastées par des pluies assassines ou des canicules à n’en plus finir. Sous l’effet d’hivers qui s’adoucissent, des insectes exogènes ravagent les plantations. Rien de tout cela n’est, hélas, inconnu. Ces nouvelles sont d’ailleurs remontées jusqu’à Paris. Dans leur sagesse, monarchies et républiques mènent, avec entrain, et depuis trois décennies déjà, des négociations avec les pays du monde entier sur les us et coutumes à adopter pour vivre harmonieusement avec ce climat déréglé.

LES PROFESSEURS AUSSI

Mais cela ne semble plus suffire. Sensible à la harangue d’une écolière suédoise convaincue, lajeunesse de l’Europe délaisse, chaque fin de décade, ses études. Dans la rue, ce sont des milliers d’écoliers, de lycéens et d’étudiants qui se regroupent et chantent, sans trêve, ce curieux refrain: «On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat Sans être physiquement présents dans leur cortège, certains de leurs professeurs les soutiennent, pétitionnent même. Ils ne sont pas les seuls agents de la République à s’agiter sous les effets du réchauffement.

Certaines factions du ministère de la transition écologique et solidaire prient la secrétaire d’Etat Brune Poirson de leur accorder la journée du sextidi 26 ventose[3] (on fête pourtant le pissenlit, ce jour-là!) pour se joindre aux Incroyables et aux Merveilleuses du réchauffement.

Dans des gazettes, helvète, française et belge, 260 scientifiques du climat tiennent de véhéments propos à l’égard des gouvernants, tous accusés de laxisme climatique: «Nous avons sensibilisé les décideurs. Nous nous sommes parfois faits conseillers du prince. Nous avons construit des ponts avec les forces organisées dans la société civile, sensibles à la cause écologique. Nous avons alerté mille fois l’opinion publique et les citoyens. Nous avons nourri le débat public, ouvert la science à l’expertise citoyenne. Nous avons tout essayé», se désolent-ils. Et d’appeler, eux aussi, à participer à ces cortèges du 26 ventose. Une journée dont on dit déjà qu’elle remuera les peuples du monde entier.

TERRIBLE TRAGÉDIE

Les acteurs ne sont pas en reste. Dans un bulletin du soir, Philippe Torreton endosse l’habit de Cassandre: «La tragédie humaine a commencé et promet d’être terrible», annonce-t-il. Chaque soir, le théâtre parisien de Monfort fait salle comble avec Kyoto Forever 2, une comédie teintée d’amertume où l’on conte l’incapacité des gouvernements à restreindre leur appétit pour l’or noir, le charbon et le gaz.

Le peuple, ses enfants, leurs professeurs, les hommes et les femmes de la science du climat, les artistes grondent désormais. Est-ce une révolte? L’Etat est déjà la cible d’attaques. Après l’édile deGrand-Scynthe, 4 associations de salut public vont ester en justice. Les membres de curieux attelage reprochent à nos gouvernants de ne point agir contre le réchauffement, quand bien même ils s’y seraient engagés. Serait-ce possible?

 

[1] Vendredi 22 février 2017.

[2] Août 2015.

[3] 15 mars.

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