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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:04

 

 

Le 17 novembre 2016 dans la nuit, et dans un hémicycle quasiment vide, une poignée d'élus de l'assemblée nationale débattent du projet des finances 2017. Au programme l'écotaxe prévue pour s'appliquer aux poids lourds. Richard Ferrand, encore député breton du parti socialiste, prend la parole pour présenter un amendement rédigé en accord avec le gouvernement. Il affiche la mine réjouie de celui qui se prépare à sortir une bonne blague :

 

"Cet amendement, dit-il, propose de donner l'extrême onction législative à la défunte écotaxe". Et pour s'assurer que chacun a bien compris : "Voilà donc l'objet de cet amendement qui doit permettre de solder les comptes législatifs de cette funeste idée qui n'avait d'ailleurs pas prospéré"

 

Marc Le Fur, député "Les Républicains" dont le parti est à l'origine de cette écotaxe, lui-même élu breton, tient à enfoncer le clou :

 

"Il faut y mettre un terme. Ne serait-ce que pour que personne, quelles que soient les sensibilités des uns et des autres, n'ait la funeste idée de la reprendre. Donc pour clôturer cela j'accompagnerai sans difficulté mon excellent collègue et voisin Ferrand"

 

Cette scène occupe les premières images du film présenté dans l'émission "Le monde en face", sous le titre "Autopsie d'une scandale politique : l’Écotaxe".

 

Cette nuit de novembre, en catimini, les quelques députés présents enterraient l'écotaxe, une loi votée à l'unanimité huit ans au paravent et que Richard Ferrand lui même avait défendue en dénonçant les manifestations des bonnets rouges bretons qui s'y opposaient.

 

Un vieux serpent de mer.

 

L'histoire de l'écotaxe débute officiellement en 2007 avec la récente euphorie écologiste pendant la campagne présidentielle.

 

Nicolas Hulot, très courtisé, demande aux principaux candidats de signer son Pacte écologique dont une des propositions est une taxe sur les poids lourds. Une telle éco-redevance est déjà en service en Suisse, en Autriche et en Allemagne ou elle rapporte à l'état fédéral 4 milliards d'euros par an. Problème : les routiers de ces états voisins ont tendance à faire un crochet par les voies nationales françaises qui sont exemptes de cette taxe. D'où cette proposition très attendue, en particulier par les régions frontalières dont les routes sont saturées et dont l'air devient irrespirable.

 

Ségolène Royal signe de même que Nicolas Sarkozy qui, dans un meeting à Chamonix se montre très clair :

 

"Ma proposition est simple. Prélever sur le trafic de fret routier une redevance proportionnelle au nombre de kilomètres parcourus sur le réseau routier national de France"

 

Contre attaque immédiate du lobby des transporteurs et premier recul. Ils obtiennent de Sarkozy, dans le secret et avant même son élection, le principe de la répercussion de l'écotaxe sur le prix facturé au client. Ce qui revient à faire du pollué (le client final) le payeur et ne modifiera en rien la densité du transport routier.

 

 

Unanimes pour l'écotaxe poids lourds.

 

Nicolas Sarkozy est élu, place au "Grenelle de l'Environnement". Sous la pression des associations, le transport routier s'est installé dans le débat. La France ne peut faire moins que ses voisins. Nicolas Sarkozy, lors de la grande messe finale prend à témoin ses invités de marque, en particulier le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso.

 

"Je propose que l'on taxe les camions qui traversent la France et utilisent notre réseau routier. José Manuel, il n'y a aucune raison pour que la France accueille tous les camions qui évitent les routes de nos voisins. Cette taxe servira au financement des transports collectifs.... Mais je dis une chose : ce que je dis ce soir, nous le ferons."

 

Un vote de principe à l'Assemblée nationale, dans un hémicycle pour une fois plein, recueille une quasi unanimité.

 

Mais en coulisse le lobby routier se rappelle au bon souvenir du président et lui demande le respect de sa promesse de campagne : l'inscription dans la loi de la répercussion de la taxe sur le client.

 

La fronde des patrons.

 

Cette fois ce sont les chefs d'entreprises, les premiers dans la chaîne des clients, qui se mettent en mouvement. La fronde part de Bretagne. Le lobby contacte Marc Le Fur et Pierre Méhaignerie, députés de la majorité de droite. Deux semaines après le vote unanime ils présentent un amendement pour exempter la Bretagne, présentée comme périphérique. Toutes les régions sont périphériques à part l’Île de France, fait remarquer Yves Cochet, député et breton lui même. En plus, ajoute-t-il, en Bretagne les autoroutes sont gratuites. Que demander de plus ? Les députés bretons obtiennent cependant de payer 25% de moins d'écotaxe que les autres régions. "25% c'est une charité, 35% ça devient raisonnable" marchande encore Marc Le Fur.

 

Pour le lobby breton, le compte n'y est pas. Un grand rassemblement est organisé, contre la "Taxe Borloo", au péage de la Gravelle, dernier péage avant l'entrée des autoroutes gratuites en Bretagne. L'appel est lancé par les chambres de commerce et d'industrie, les chambres d'agriculture, les chambres de métiers, l'association "Produits en Bretagne", toutes regroupées dans un "Collectif des acteurs économiques contre la taxe Borloo en Bretagne". Le ministre recule et propose une exonération à hauteur de 40% pour la Bretagne. Décote portée ensuite à 50 % par un amendement de députés bretons.

 

 

Pendant ce temps l’État est passé à la réalisation. L'appel d'offre pour l'installation de portiques et leur utilisation pendant 13 ans a été remporté par la société italienne "Autostrade per l'Italia" qui créé, pour la France, sa filiale écomouv. Des boîtiers GPS permettront le contrôle des camions par 173 portiques fixes, sur 15 000km de routes nationales et départementales. La recette fiscale attendue est de 1,2 milliards, d'euros par an. 800 millions pour l’État, 160 millions pour les collectivités, 240 millions pour écomouv.

 

Le chantier prend du retard et l'élection présidentielle approche. Mieux vaut ne pas prendre de risques : la mise en œuvre est reportée à 2013 après l'élection. Pourtant un décret est signé entre les deux tours par François Fillon qui fixe la façon de reporter l'écotaxe du transporteur au client. Cadeau empoisonné laissé au successeur. Frédéric Cuvillier ministre des transports en hérite et accepte de majorer les factures de 5,2%. Les transporteurs expriment leur accord.

 

Pendant ce temps, le siège d'écomouv s'installe à Metz et les portiques apparaissent dans le paysage. C'est alors que les bretons semblent découvrir les 15 portiques qui balisent leurs routes nationales. Au même moment le secteur agroalimentaire vit une de ses crises cycliques. Crise dans la volaille avec les entreprises Doux et Tilly-sabco. Crise dans la filière porcine. Souvenons nous de la tirade de Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie et de l'industrie, au sujet des "femmes illettrées" de l'abattoir GAD. Il n'en fallait pas plus pour faire monter la température. Le député Marc le Fur n'était pas le dernier à s'y employer : "ce monsieur qui a travaillé chez Rotschild, il a sans doute jamais rencontré une ouvrière de l'agroalimentaire".

 

Bonnets rouges. Le retour.

 

La crise est inhérente au modèle productiviste breton. Pendant les périodes de vaches grasses, les plus gros, qui sont aussi les plus subventionnés, engrangent des pactoles. Derrière eux, les modestes cherchent à se placer à coup de crédits accordés par les banques qui poussent à l'investissement dans de nouveaux ateliers et de nouvelles serres. Arrive la surproduction et la chute des cours et avec elle la menace de la faillite pour ceux qui sont coincés entre les banques, les fournisseurs, les coopératives, les industries de la transformation et les grandes surfaces. Vient alors le temps des manifestations.

 

-Règle numéro un : canaliser la colère vers une cible extérieure : l'Europe, les producteurs hollandais, espagnols, ceux des pays de l'Est, le gouvernement, les écologistes. Cette fois l'écotaxe se présente comme une synthèse idéale.

 

-Règle numéro deux : ne pas faire dans la dentelle. Il faut des bâtiments saccagés, de préférence des mairies, des centres des impôts, des préfectures. Quand elles sont trop bien gardées on s'attaque aux trains, on barre les routes. Ici les portiques sont des cibles évidentes. Et cette fois, avant même les agriculteurs, ce sont les patrons de l'industrie et du commerce qui donnent le tempo.

 

Le titre d'un article du Monde,"Ces patrons à l'origine de bonnets rouges", signé par le journaliste Philippe Euzen qui connaît bien sa région, résume bien la situation. Il nous fait connaître le Comité de Convergence des Intérêts bretons (CCIB) et l'appel qu'ils lancent le 18 juin 2013 sous le nom d'Appel de Pontivy, la ville où la fine fleur du patronat breton s'est réunie pour l'occasion. "L'heure des méthodes douces est révolue, affirment-ils, pour obtenir des réponses concrètes et immédiates, il va falloir livrer bataille". Deux figures sont à l'origine de cet ordre de mobilisation. Le premier, Jakez Bernard, est patron du label "Produit en Bretagne" qui fédère 300 entreprises estampillées bretonnes. Le second est Alain Glon, ancien industriel de l'agroalimentaire et président de l'Institut de Locarn, un groupe de pression ultralibéral à la réputation sulfureuse.  L'appel est relayé par les dirigeants des grandes surfaces commerciales et un certain nombres d'industriels médiatiques. On y trouve celui du célèbre pâté Hénaff ou celui d'Armor Lux dont Arnaud Montebourg a fait connaître la marque à la France entière en portant l'une de ses marinières. Il n'y manquait plus que le syndicat agricole FNSEA et son leader finistérien, Thierry Merret, bien connu pour les actions musclées de ses troupes.

 

Le 2 août 2013, un premier portique est abattu à Guiclan, sur la RN 12 qui relie Brest à Rennes. Aucune réaction de l’État sinon l'annonce d'un report de la mise en service du dispositif au 1er janvier 2014. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Un deuxième rassemblement est annoncé le 12 octobre 2013, à Pont de Buis, entre Brest et Quimper. Cette fois la mise en scène est soignée. Christian Troadec, maire de Carhaix, ville célèbre pour son festival des Vieilles Charrues, se souvient que c'est de sa ville qu'est partie la célèbre révolte bretonne de 1675 ayant eu pour point de départ les taxes que Louis XIV voulait imposer à la Bretagne. Révolte rapidement transformée en une lutte contre la noblesse locale. Révolte populaire dont les "codes paysans", ont préfiguré, un siècle plus tôt, les cahiers de doléance de la révolution de 1789. Ces révoltés se reconnaissaient à leur bonnet rouge traditionnel dans cette région du Poher. Le souvenir de la révolte de ces premiers "bonnets rouges" est restée vivace en Bretagne.

 

D'où l'idée d'exploiter cette référence. Thierry Merret explique :

 

 

"j'ai appelé Jean Guy le Floch d'Armor lux. Écoute j'ai besoin de 900 et quelques bonnets rouges est-ce que tu peux me les faire pour le samedi 26". Effectivement, le samedi 26 octobre 2013 un millier de bonnets rouges coiffent les manifestants qui sont au rendez vous. Les bonnets rouges de 1675 s'attaquaient aux châteaux, faute de mieux on s'attaquera aux portiques. L'affrontement avec les forces de police est violent. Comme à Malville, comme à Plogoff, comme à Sivens, les grenades offensives entrent en actions. Un manifestant veut relancer celle qui est tombée au sol, il a la main arrachée.

 

Le Drian entre en scène.

 

Cette fois l'affaire est prise au sérieux et c'est Jean Yves Le Drian qui reçoit une délégation au ministère de la défense. Elle est menée par Christian Troadec.

 

 

Celui-ci a choisi de s'afficher politiquement comme le nouveau leader du mouvement breton. Pourquoi une rencontre chez le ministre de la défense, à priori pas concerné par ces problèmes de taxes et de transports ? L'ancien président de la Région Bretagne qui se flatte d'être le seul a avoir refusé toute alliance avec les écologistes aux élections de 2015 est connu pour être adulé par les plus grandes fortunes bretonnes organisées dans un des lobbies les mieux structurés d'Europe. La porte de son bureau au ministère leur est grande ouverte.

 

Cécile Duflot, alors ministre du logement a gardé en mémoire un conseil des ministres. Frédéric Cuvillier, ministre des transport y faisait remarquer à Jean Yves Le Drian que les problèmes de l'agriculture bretonne n'avaient rien à voir avec l'écotaxe.

 

 

"En gros, se souvient-elle, il répondait au ministre, non pas de la défense mais de la Bretagne, qui systématiquement se mêle de ce sujet. C'était son sujet de prédilection, la Bretagne, les sujets bretons, sur à peu près toutes les questions. Ça crée une ambiance un peu particulière parce que il y a une espèce d'opération de lobbying qui de fait, et on le verra de plus en plus, n'est pas un lobbying pour les entreprises de transport de la Bretagne, mais pour les gros chargeurs dont les entreprises agroalimentaires bretonnes". C'est le moment, dit-elle, où elle sent que tout bascule concernant l'écotaxe et qu'elle mesure le poids de la Bretagne avec un grand B à travers ses ministres et députés bretons.

 

Elle ne s'est pas trompée. Le week-end d'échanges chez Le Drian se termine par la décision de report sine die de l'écotaxe. Ce qui sera rendu officiel par Jean Marc Ayrault le 29 octobre 2013. Le député le Fur s'en amuse : "quand on annonce la suspension d'une réforme on n'ose pas dire qu'on la supprime … à partir de ce moment là j'ai compris que c'était gagné"

 

Le début de la fin.

 

Tout naturellement, les meneurs patronaux et agricoles, eux aussi, ont compris que la victoire est proche. Pour obtenir la suppression pure et simple de la mesure, les manifestations doivent monter d'un cran. Cette fois c'est à la préfecture qu'il faut se faire entendre. La manifestation est prévue pour le 2 novembre à Quimper. A cette date, dans une ville en état de siège, ils sont plus de 20 000. Les drapeaux "gwen ha du" flottent au dessus d'une marée de bonnets rouges. Qu'on ne parle pas d'un report de l'écotaxe il faut obtenir sa disparition. Naturellement la journée se termine par une guérilla urbaine.

 

 

Eric Cuvillier, le ministre des transports le constate "tout était devenu incontrôlable et irraisonnable". A l'assemblée la droite attaque en règle la suspension et demande la suppression immédiate. "L'écotaxe c'est vous qui l'avez décidée, alors un peu de courage et de dignité si vous voulez être respectés par les françaises et les français" leur répond Jean Marc Ayrault.

 

Début Novembre 2013. Ségolène royal présidente de Poitou Charente s'emploie à jeter de l'huile sur le feu : "Tout n'est pas négatif dans cette révolte citoyenne. Moi je préfère toujours des peuples qui sont en mouvement que des peuples apathiques et qui se disent on n'a plus rien à faire ni même à revendiquer. La vue des bretons, il y a quelque chose qui est quand même assez réconfortant parce qu'il y a une identité régionale forte, parce qu'il y a une mesure totalement absurde"

 

 

Pendant ce temps les derniers portiques bretons sont détruits mais aussi les radars. Résultat ? Les représentants du mouvement sont reçus pour négocier une sortie politique. Un Pacte d'Avenir pour la Bretagne leur allouera 2 milliards d'euros dont la moitié destinée au secteur agroalimentaire. Une façon de nous acheter, diront les plus radicaux, qui ne devraient pourtant pas oublier que c'est ainsi, en espèces sonnantes et trébuchantes, que se terminent généralement les "crises" bretonnes de l'agroalimentaire.

 

Quant au projet, le ministre Cuvillier n'arrive pas à croire que quelqu'un puisse avoir l'idée de l'arrêter : "est-ce que les français vont accepter que nous puissions sacrifier 800 millions d'euros pour dénoncer un contrat qui a été signé par un autre gouvernement".

 

Des députés décident de prendre le relais d'un gouvernement défaillant. Une mission d'information parlementaire est décidée. Sur les 50 députés qui la composent 1/3 sont bretons. "j'ai bien senti que l'objectif des députés bretons était l'exonération des routes bretonnes", devait déclarer son président. Au même moment Ségolène Royal est nommée ministre de l'environnement du gouvernement Vals.

 

L'écologie punitive version Ségolène Royal.

 

Dès le lendemain la nouvelle ministre prend tout le monde à contre pied. Elle déclare son opposition au principe même de la taxe au nom de son slogan devenu son image de marque : "l'écologie ne doit pas être punitive". La Fédération Nature Environnement (FNE), qui regroupe l'essentiel des associations environnementales, est consternée : "le message qu'elle a passé à la société est vraiment un message très négatif". Pour Cécile Duflot "elle a dit n'importe quoi. Ce n'est pas une fiscalité punitive c'est une fiscalité écologique qui vise à faire en sorte qu'on ne gaspille pas du gazoil sur les routes pour des marchandises qui font des trajets inutiles ou qui pourraient le faire sur des trains. Voilà c'est aussi simple que cela. "

 

Le 23 juin 2014 Ségolène Royal, mesurant la difficulté de la rupture du contrat avec écomouv, présente une nouvelle mouture qui ne reprend rien des propositions de la commission parlementaire. La taxe change de nom et devient le "péage transit poids lourds". C'est le même dispositif mais réduit à quelques axes très fréquentés par les poids lourds. Encore une fois le patrons routiers montent au créneau : "cette deuxième mouture de l'écotaxe a concentré, démultiplié, tous les défauts de la première mouture" estiment-ils. Ils annoncent leur intention de manifester à l'automne 2014 si maintien. Octobre 2014 Ségolène royal retire son dispositif. Encore une fois : sine die...

 

 

Les salariés de écomouv sont sidérés. Pour beaucoup d'entre eux c'était la sortie d'une longue période de chômage. Il obtiennent d'être reçus au ministère des transports et c'est dans la salle même de la réunion qu'ils apprennent que la résiliation du contrat qui lie l’État à leur entreprise vient d'être annoncée au Sénat. Bilan : 190 employés licenciés, 150 douaniers réaffectés. L’État doit verser 958 millions d'euros d'indemnités auxquels s'ajoutent 300 millions réclamés par les sous traitants qui ont fabriqué les boîtiers des camions. Facture totale 1,2 milliards d'euros.

 

Le budget de l'AFIS (agence de financement des infrastructures), qui comptait sur les recettes de l'écotaxe, est asséché. 120 projets sont privés du financement partiel de l'écotaxe et sont menacés. Pour y répondre, Alain Vidalis secrétaire d'état aux transports annonce, le 16 octobre 2014, une taxe de 2 centimes sur le gasoil. Les payeurs ne sont plus les mêmes, les particuliers seront les premiers taxés mais pas les camions étrangers qui ne font pas le plein en France. Les transports routiers continueront à polluer. Les transports collectifs, alternative à la voiture individuelle, attendront encore leur financement. Toute cette histoire se terminera donc par une nouvelle taxe qui visera en premiers lieu ces automobilistes qui n'ont pas d'autre moyen de transport que leur voiture. Une punition collective.

 

La réforme n'avait été que reportée sine die. Il fallait l'enterrer définitivement. C'est ainsi que Richard Ferrand, dans la nuit du 17 novembre 2016 se faisait un plaisir de lui faire donner l'extrême onction.

 

"Un gâchis patrimonial, social et industriel".

 

Quel est l'écologiste en colère qui parle ainsi de l'affaire de l'écotaxe ? L'appréciation est des très sérieux magistrats de la Cour des Comptes dans leur rapport publié en octobre 2017 sous le titre "L’écotaxe poids lourds : un échec stratégique, un abandon coûteux". Le rapport mérite une lecture totale. Contentons nous de quelques extraits :

 

La ministre est personnellement épinglée :

 

"La ministre chargée de l’écologie a réuni, le 9 octobre 2014, les organisations professionnelles de transporteurs routiers pour constater l’échec du péage de transit et pour annoncer sa suspension sine die. Cette nouvelle décision n’a pas été davantage préparée que la précédente, un an plus tôt."

 

Et la Cour des Comptes de chiffrer les pertes pour l’État : une perte de recettes de10 milliards d'euros sur la durée du contrat à laquelle il faut ajouter le milliard d'euros de dédommagement pour écomouv et ses partenaires. Quant à l'appréciation plus générale :

 

"Une occasion manquée de mettre en place un instrument pertinent de politique des transports. L’abandon de l’écotaxe poids lourds laisse sans réponse les constats économiques et les objectifs qui avaient présidé à sa conception :

 

. transférer le financement de charges d’infrastructures du contribuable vers l’usager

 

. faire contribuer les poids lourds étrangers à hauteur de leur usage du réseau routier français

 

. réduire l’écart de coûts entre le transport routier de marchandises et les autres modes pour inciter au report modal du trafic de transit notamment vers le fret ferroviaire.

 

Outre l’effet de report attendu vers des modes de transport alternatifs, l’écotaxe poids lourds pouvait constituer, à terme, un outil efficace de fiscalité environnementale, en incluant progressivement dans son barème le coût des externalités négatives produites par le transport routier de marchandises".

 

Et en guise de conclusion :

 

"Coûteux pour les finances publiques et dommageable pour la cohérence de la politique des transports et son financement, l’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un gâchis". Ou encore : "L’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un échec de politique publique dont les conséquences sont probablement très durables."

 

Conséquence très durables ? Ces magistrats annonçaient-ils déjà la révolte des gilets jaunes ?

 

 

 

 

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17 novembre 2019 7 17 /11 /novembre /2019 10:00

Il souhaitait nous quitter sur la scène, il y est presque arrivé. Et toujours, fidèle à Molière, derrière l'humour, un regard lucide sur la petitesse des "grands" du moment.  Ci-dessous, un de ses derniers messages.  

 

 

Jean Yves le Kergrist, ministre des affaires étranges

ex futur éternel président de la Région BZH, président des "Progressistes Bretons"

(ouaf ouaf ! je ne sais plus trop quoi inventer pour conserver mon fief !)

parrain de la mafia bretonne (dixit l'Emmanuel en me présentant au pape en juin 2018)

recordman international des marchands d'armes,

grand bandit de Britany ("li plou pitit, pipan pipan, marchait devant, pipan pipan !"),

mutant porçin adoubé produit à Locarn,

a annoncé à Planguenoual (22), le 14 septembre 2019 (cf photo ci-dessus),

de vigoureuses mesures destinées à contrer (par la com) le délicat problème des algues merdes.

"Beurtagne Beurtagne, cadeaux cadeaux !"

 

il était assisté de ses 2 grands experts scientifiques :

- Thierry le Burlesque, père fondateur de l'abbaye de Lantic, découvreur du célèbre "élixir de Lantic" à l'algue verte (très apprécié des riverains), et spécialiste des bulots.

-Christian Bison, conférencier agricole, spécialiste des bigorneaux, dévoreurs d'algues vertes.

(Eric Orsonna, valet de pied, serveur de potage socialo à l'algue verte, s'était excusé pour motif pécunier -cachet trop faible.)

En présence de Loïc Goret, conducteur honoraire de bétaillères à cochons du côté de Lamballe

 

Pour éclairer le contexte lire aussi : 

"Instrumentalisation d'un phénomène" 

Les algues vertes à l’assaut des plages.

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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 16:53

"je tiens à vous remercier pour cette rencontre, ancienne ou récente, éphémère ou profonde, tendre ou orageuse, avec vous.  “Rien ne se perd, tout se transforme”

 

Merci à toi Jean de nous quitter sur cette belle phrase et de nous laisser le souvenir de ces merveilleuses rencontres que tu as su faire naître autour de toi.

 

 

Voir aussi sur FR3 Bretagne.

Voir la vidéo

 

 

Eau et Rivières rend hommage à Jean Kergrist

Rengainez vos peurs et vos pleurs, cet envol se voudra joyeux…

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5 novembre 2019 2 05 /11 /novembre /2019 17:16

 


 

Les beaux discours sur le climat à destination des médias nationaux comme les déclarations vertueuses sur la scène internationale offrent un contraste saisissant avec la réalité vécue, ici ou là, dans les régions.

 

Gérard Borvon

extrait de : Les faux-culs et le climat.

 

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Quelle mouche avait piqué Jean-Yves Le Drian en cette année 2010 ou plutôt quel lobby était venu lui susurrer ce projet à l’oreille ? Toujours est-il qu’il a décidé qu’il fallait absolument une centrale électrique à gaz de 450Mw en Bretagne et plus précisément le plus à l’Ouest possible. Le tout enveloppé dans un “Pacte Électrique Breton” destiné à faire passer la pilule. Et pour illustrer ce programme il lui fallait une image forte, un triskell !


 

Le triskell, symbole des civilisations celtiques, n'a pas toujours eu bonne presse quand l'afficher était synonyme de revendication régionaliste. C'était le temps où le "Front de Libération de la Bretagne", le FLB, appuyait sa lutte pour l'indépendance par quelques gendarmeries plastiquées. Le temps où Gilles Servat déclenchait l'enthousiasme avec sa "blanche hermine" et son appel à faire "la guerre aux Francs". Le temps où on considérait avec suspicion ces militants qui prétendaient faire vivre la langue bretonne en la pratiquant dans les écoles Diwan.


 

Aujourd'hui, ces utopies des années 70-80 du siècle passé sont entrées dans l'Histoire et ne sentent plus le soufre. A présent la celtitude est mise au service du business. C'est à Paris que se tiennent ces "dîners celtiques" où la fine fleur bretonne du commerce, de l'industrie et de l'agro-alimentaire invite ce qui compte comme "décideurs" politiques en Bretagne.

 

Extrait de "Algues vertes l'histoire interdite" de Inès Léraud. Une excellente analyse du lobby breton. (avec le petit homme bleu : Jean-Yves Le Drian)

 

Jean Yves le Drian ou Pierre Méhaignerie peuvent y croiser Vincent Bolloré ou Loïc le Floch-Prigent. Une "mafia" gretonne avait ironisé Emmanuel Macron quand il avait été reçu par le pape en compagnie de Jean Yves le Drian.

 

Le triskell est devenu une de leur marque de fabrique. .En particulier celle de Jean-Yves le Drian qui l'affichait sur le jaune de sa cravate, une couleur prémonitoire, pendant sa campagne électorale pour les régionales de 2010. D'où ce "triskell électrique" et ses trois branches : verte pour les économies d'électricité, bleue pour les renouvelables, noire pour la "sécurisation".

 

 

Ce triskell qui cache un cadeau fait au lobby des énergies fossiles.

 

Il ne fallait pas être particulièrement attentif pour constater que dans ce triskell les branches "écolos", vertes et bleues, n'étaient pas la part essentielle du programme. Le point fort consistait en "l’implantation d’un nouveau moyen de production classique au nord-ouest de la Bretagne, de type cycle combiné gaz (CCG), à haute performance énergétique, fonctionnant dans le cadre du marché électrique, d’une puissance d'environ 450 Mw, avec une localisation la plus pertinente se situant dans l'aire de Brest".


 

La raison ? La Bretagne, déclarait-on, ne produisait alors que 8% de sa consommation électrique. Le discours n'était pas nouveau. En Bretagne on n'a pas oublié la lutte victorieuse contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff dans la Pointe du Raz. A l'entrée de la commune le visiteur est accueilli par la statue du berger dont la fronde tendue rappelle les heures chaudes de la guerre des pierres contre les fusils si magnifiquement illustrée par le film de Nicole et Félix Le Garrec.

 

Déjà, nous disait-on, sans centrale nucléaire, pas de travail pour vos jeunes qui devront continuer à s'expatrier vers les chantiers de la capitale. Quarante ans plus tard, "la Bretagne reste au 1er rang des régions ayant le plus faible taux de chômage de la population active", se faisait gloire, en 2019, la préfecture de région, sur son site internet. Ceci alors que la population y croît de façon régulière.

 

Pourtant, depuis Plogoff, le discours n'a pas varié. Il faut culpabiliser ces Bretons qui consomment l’énergie des Français en parfaits égoïstes. A noter que, pour les besoins de la démonstration, on réduit la Bretagne à ses quatre départements administratifs, ce qui permet d'éliminer la centrale de Cordemais dans la Loire Atlantique, cinquième département de la Bretagne historique. Oublié aussi ce "plan alter breton" élaboré par un groupe de scientifiques dans les années 80 et qui détaillait la méthode pour une Bretagne, autonome en électricité, sans nucléaire ni effet de serre, dès le début de notre siècle. Oublié surtout le sabotage de toutes les expériences d'énergies alternatives menées à cette époque.

 

Plus grave nous disait-on ! Vous risquez de faire disjoncter tout le système de distribution français par vos pics de consommation en hiver. Le risque existait, en Bretagne comme ailleurs, avec l’incitation au chauffage électrique généralisé pour consommer l’électricité massivement produite par des centrales nucléaires qui, cependant, avaient l'inconvénient de répondre mal aux variations subites de consommation. C’est pourquoi avant même le début des travaux programmés à Plogoff avaient été construites, pour répondre aux pointes d'hiver, des turbines à combustion dans les communes de Brennilis et Dirinon. L'ensemble totalisant une puissance de 465Mw. Depuis cette date ces centrales ne fonctionnent que quelques journées, voire quelques heures, pour répondre à la demande. RTE, l'entreprise publique qui gère le réseau de transport de l'électricité, rappelle régulièrement que chaque hiver il y a de la marge. Comme encore dans son rapport de 2018 (page 26) :

 

"La consommation électrique ayant cessé de croître, la situation électrique de la Bretagne peut aujourd’hui être considérée comme stabilisée. Fin février 2018, pendant la période de froid, l’équilibre sur le réseau a été respecté en utilisant les outils "normaux" du système électrique (mécanisme d’ajustement), sans recours à des procédures d’alertes ou de sauvegarde."

 

Et pour mettre fin aux rumeurs lancées par le président de EDF en personne devant une commission d'enquête parlementaire : "Aucun élément objectif ne permet ainsi d’étayer la thèse selon laquelle la Bretagne aurait été dans une situation critique en février 2018."

 

Alors, on n'en parle plus de ce projet de centrale électrique à gaz en Bretagne ? C'est mal connaître l'obstination du lobby breton. Les patrons finistériens regroupés sous l'appellation " Investir en Finistère" ne s'en cachent pas. La décision du Conseil Régional et de son président est le résultat de l'efficacité de leur lobbying. Leur projet initial était d'implanter la centrale sur un site à cheval sur les communes de Guipavas et Saint-Divy, proches de Brest. cette réserve foncière avait été constituée, dans les années 1970, pour le projet avorté d'une raffinerie associée à un terminal pétrolier au port de Brest. La zone est actuellement gérée par le Syndicat mixte Brest Iroise dont les actionnaires sont le Département, la Région, la communauté urbaine de Brest et... la chambre de commerce, qui ne demandent qu'à s'en débarrasser. De plus le site est proche de la conduite de gaz naturel provenant du port de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique).

 

L'affaire semblait donc entendue. Mais c'était sans compter sur la mobilisation des associations locales, déjà sensibilisées aux problèmes de la pollution de l'air et du dérèglement climatique. Rapidement elles ont su rassembler des milliers de personnes sur le site et remplir des salles lors de réunions d'information. La prudence électorale exigeait donc qu'un endroit moins proche de Brest et moins sujet à de telles mobilisations soit choisi. Un appel d'offre était lancé.

 

Des trois concurrents en lice, l'entreprise Direct Énergie, depuis rachetée par Total, était retenue pour une centrale qui serait construite à Landivisiau. Le choix de la commune ne pouvait qu'étonner. Pour alimenter la centrale il faudrait construire 130km d'un gazoduc la reliant au site de Montoir de Bretagne dans la Loire Atlantique ainsi qu'une ligne à haute tension pour l'évacuation du courant. A l'évidence, le choix était plus politique que technique ou économique. Le député UMP de la circonscription, Jacques le Guen ne cachait pas s’être "personnellement engagé dans ce dossier" pour que la commune soit finalement choisie par le ministre de l'énergie, Eric Besson, ancien élu socialiste rallié au sarkozisme. L'annonce de ce choix était faite le 29 février en présence de jean Yves le Drian et conclue par une chaleureuse poignée de main entre anciens camarades.

 

 

Pourquoi Direct Énergie ? D'une part cela correspondait à la volonté politique d'ouvrir le marché de l'électricité aux entreprises privées. Officiellement, cependant, ce choix était justifié par le montant de la prime demandée par l'entreprise pour cette opération. Car l'appel d'offre était assorti d'une carotte offerte à l'éventuel candidat. Pour l'attirer dans ce lointain Finistère il lui était proposé une subvention dont il devait fixer lui même le montant. Direct Énergie, devenu Total par la suite, était retenu comme étant le moins gourmand.

 

Subventionner le pollueur.

 

Cette prime constitue le côté le plus scandaleux de la transaction. Alors qu'une taxe sur le carburant, touchant tout un chacun, a été instaurée pour remplacer la défunte "Taxe poids lourds", Direct-Énergie recevrait une prime de 40 millions d'euros par an pendant 20 ans pour émettre un million de tonnes de CO2 chaque année dans l'atmosphère soit l'équivalent de la pollution annuelle de plus de 400 000 voitures parcourant en moyenne 20 000km par an.

 

 

Financement d'autant plus scandaleux qu'il serait prélevé sur la contribution au service public de l'électricité (CSPE). Cette taxe prélevée sur chaque usager ne devrait être utilisée que pour le développement des énergies renouvelables, le soutien aux zones non raccordées au réseau métropolitain continental (Corse, départements d'outre-mer, Saint-Pierre et Miquelon, îles bretonnes de Molène, Ouessant et Sein), ainsi que l'aide sociale aux personnes de faible revenu.

 

7 ans de lutte.

 

Dès l'annonce du projet une forte opposition s'organisait dans la commune de Landivisiau et le Nord-Finistère. Elle s'exprimait massivement pendant l'enquête publique qui précède ce genre de projet, dénonçant en particulier une somme de contre vérités dans l'étude d'impact. On sait ce qu'il en est de ce type d'enquête. L'avis classiquement favorable des commissaires enquêteurs y est suivi, inévitablement, de celui tout aussi favorable du préfet. Restent les tribunaux administratifs. De recours en appels allant jusqu'au Conseil d’État et au Conseil Constitutionnel, la lutte entre le pot de terre et le pot de fer n'est pas encore arrivée à sa conclusion mais sept ans ont été gagnés.

 

 

Sept ans qui ont totalement changé la donne en Bretagne, ce qu'ont fait valoir 17 associations parmi les plus représentatives dans une lettre adressée au président de région, au ministre de l'écologie et au président de la république. Le Pacte électrique breton signé en 2010 envisageait une augmentation régulière de la consommation électrique or depuis cette date elle s'était stabilisée et se révèle de 10% inférieure à celle envisagée dans le scénario initial.

 

 

Quant au risque de black out, plus personne ne peut sérieusement l'évoquer. Un "filet de sécurité" (une ligne souterraine de 225 000 volts) a été établi par une liaison rejoignant Lorient et Saint-Brieuc. S'y ajoute le "celtic interconnector", un projet bien engagé de liaison électrique par câble sous-marin entre l'Irlande et le Finistère. Sans compter la production locale d'énergie renouvelable en constante augmentation et les projets d'éoliennes offshore en voie de finalisation. Une évidence s'impose : cette centrale électrique à gaz fossile serait à la fois polluante, coûteuse et totalement inutile.

 

 

Du local au global.

 

 Depuis 2010, date de signature du "pacte", bien des choses ont changé en France et dans le Monde. Les rapports du GIEC sur l'urgence climatique se sont faits à la fois plus précis et plus alarmistes. Plus personne ne peut ignorer l'avenir qui menace la Planète. Les États sont poussés à réagir par leur opinion publique. La France, organisatrice de la COP 21 en 2015, s'est particulièrement illustrée en s'affichant devant le monde entier comme un phare dans la lutte contre le changement climatique. Cet engagement a été repris avec éclat sur le plan international par le président de la république, Emmanuel Macron. Celui-ci s'est engagé à ce que son "make our planet great again" passe en France par l'arrêt de la construction de toute nouvelle centrale thermique. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, ayant même précisé "donc centrales à gaz". Tous ces éléments ne peuvent conduire qu'à une certitude : le projet de Landivisiau sera abandonné.

 

 

Est-ce cette évidence qui a incité Total à engager un coup de force ?

 

Du coup de force de Total à la répression policière.

 

Depuis juillet 2018, Direct Énergie a été rachetée par Total. La multinationale, qui peut annoncer un bénéficie de 13,6 milliards de dollars pour l'année, a décidé de concurrencer EDF et Engie (ex GDF) dans le domaine de l'électricité et du gaz. Le projet de Landivisiau est un beau coup à jouer. Les centrales électriques au gaz ont du plomb dans l'aile. Nombreuses sont celles qui sont déjà à l'arrêt. Siemens, le partenaire de Direct-Énergie dans l'opération, a commencé à licencier dans son secteur turbines électriques. Alstom, devenu General Electric, se prépare à le faire à son tour. Pour Total, pas de problème. L’état à travers les factures des consommateurs, s'est engagé à lui verser 40 millions d'euros par an pendant 20 ans. Même si la centrale ne devait jamais fournir d'électricité, en 10 ans son coût estimé à 400 millions d'euros serait remboursé. Les dix années restantes seraient tout bénéfice. Difficile de renoncer à ce pactole.

 

Mais il faut aller vite, les opposants ne lâchent rien. Ils ne manquent pas de rappeler la promesse de Emmanuel Macron de ne plus construire de centrale thermique et font valoir les 46 000 signatures sur la pétition pour l'arrêt du projet qui lui a été adressée. Alors que pendant 7 ans aucun travaux n'ont été entrepris, début janvier 2019 des engins de chantier arrivent sur le site et commencent à ravager tout ce qui peut y rester d'espace naturel. Les militantes et militants, qui ont fait le choix de l'action non violente, réussissent avec succès à retarder les travaux en se plaçant devant les tractopelles. Ceci jusqu'à ce qu'ils découvrent que pendant la nuit l'espace a été ceinturé d'un grillage et occupé par des vigiles. Cela ne les dissuade pas et ils maintiennent leur présence journalière à l'entrée du chantier.

 

 

Une manifestation est appelée pour le 23 février. Une colonne de plus de mille manifestants rejoint le site depuis Landivisiau. L'ambiance est bon enfant, beaucoup d'humour sur les pancartes et dans les costumes. Les barrières métalliques sont le signe fort de la provocation mise en scène par Total. Elles ne sont pas fixées au sol et ne demandent qu'à être renversées. Bientôt plusieurs centaines de manifestantes et de manifestants réoccupent le site et y improvisent quelques danses bretonnes avant de rejoindre le centre ville dans le calme. Ce qui n'empêche pas les gendarmes de tenter d'appréhender un manifestant bien pacifique en fin de manifestation.

 

 

Une chasse à l'opposant était en effet à leur programme. En arrivant sur les lieux le vendredi 25 janvier pour entraver les travaux, la poignée de militants présents avaient été accueillis par des forces de gendarmerie qui leur remettaient une missive de la part du procureur de la république de Brest.

 

A en croire le procureur, la région de Landivisiau était menacée d'actes qui nécessitaient des mesures relevant au minimum de "l'urgence attentat", le niveau 3 du plan Vigipirate. Le procureur invitait donc les forces de gendarmerie à des contrôles d'identité, des visites de véhicules, des inspections visuelles et des fouilles de bagages, afin, précisait-il "de rechercher les personnes susceptibles de commettre les infractions suivantes":

 

  1. actes de terrorisme.

  2. Infraction en matière de prolifération d'armes de destruction massive...

  3. infraction en matière d'armes...

  4. infraction en matière d'explosifs...

  5. infraction de vol

  6. infraction de recel

  7. faits de trafic de stupéfiants

 

La loi anticasseurs suscitée en réponse à la mobilisation des gilets jaunes était alors en débat à l'Assemblée. Manifestement elle avait inspiré le procureur ! Dès lors, carte blanche était donnée aux forces de gendarmerie pour un harcèlement bien ciblé des opposants. Ils étaient des centaines à avoir occupé le terrain après le renversement des grilles le 23 février mais les gendarmes ont sélectionné quelques prétendus "auteurs des faits" qui seront perquisitionnés à domicile et convoqués au commissariat. On inflige des PV pour klaxon abusif, pour distribution de tract sur la voie publique. On convoque au commissariat pour des prises ADN, ce qui donnera l'occasion d'inculper ceux qui les refusent. La visite sur le site de Damien Carême, maire de Grande-Synthe et candidat aux européennes, est qualifiée de "manifestation non déclarée". Le président de l'association "Force 5" qui porte le dossier judiciaire de l'affaire est sur place car invité par le candidat. Il est désigné par les gendarmes comme l'organisateur du rassemblement et inculpé. Ce n'est qu'un début. Présent dans un groupe pratiquant un "sit-in" à l'entrée du site, il est arraché du groupe, menotté et gardé plusieurs heures en gendarmerie. Début juillet, ils était parmi les 21 convoqués au tribunal à Brest pour un procès finalement reporté à novembre.

 

 

Et pendant ce temps la propagande continue. En Bretagne le Conseil Régional annonce sa COP 21 locale. Ce sera la "Breizh COP". Thème de sa réunion de clôture : "La Bretagne s'engage pour le climat". Naturellement les associations écologistes rappellent à Loïg chesnais-Girard, le président de la Région, que pour la moment il s'engage, avec Total, à financer la destruction du dit climat. Peine perdue, le successeur de Jean-Yves le Drian n'ira pas s'opposer à la marotte de son mentor. Les futures régionales sont déjà dans le collimateur et celui-ci est pour le moment très présent dans la région, occupé à débaucher ses ex amis socialistes pour les amener dans le giron macroniste aux prochaines élections.

 

Sur le terrain, les opposants historiques sont maintenant rejoints par toute une jeunesse qui a répondu, en particulier, à l'appel de Greta Thunberg, cette jeune suédoise qui fait grincer les dents des climato-sceptiques de tout poil. Collégiens, lycéens, étudiants formaient la base des 4000 participants de la marche du climat à Brest le 15 mars 2019. Plusieurs d'entre eux seront ensuite parmi les organisateurs des rassemblements à Landivisiau. Quelle est leur motivation ? Le dérèglement climatique n'est plus, pour eux, une hypothèse à long terme. Ils en constatent chaque jour les effets. Ils mesurent les défis qui les attendent. Le mensonge les révolte. Celui de ces dirigeants économiques, de ces responsables politiques, qui agissent dans le sens inverse de leurs tonitruantes déclarations. Si au moins ils se taisaient !

C'est une nouvelle génération qui s'emploie, dans une action de résistance non violente, à rompre l'omerta qui pèse sur le projet. On ne compte plus les mémoires et les lettres adressées à ce tout ce qui compte dans la sphère politico-médiatique. Combien d'appels au secours restés sans réponse vers les scientifiques qui régulièrement se font lanceurs d'alertes(*). Faudra-t-il attendre que la centrale soit construite et que les premiers chèques soient encaissés par Total pour que le scandale leur saute aux yeux ?

 

Personne ici n'imagine que l'affaire puisse se terminer ainsi et qu'un jour Jean Yves le Drian vienne, à Landivisiau, inaugurer en grandes pompes la dernière des centrales thermiques à énergies fossiles construite en France.

 

 

(*) 20 février 2020, 1000 scientifiques appellent à la désobéissance civile, seront-ils enfin entendus ?

 

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Qui pourrait s'en étonner ?

 

Le conseiller spécial de Le Drian rejoint le groupe Total

Des ventes d'armes au pétrole, il n'y a qu'un pas.

 

Jean-Claude Mallet, conseiller spécial du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, et son plus proche collaborateur, a rejoint lundi 3 juin le géant pétrolier français Total après 43 années au service de l'Etat comme spécialiste des questions stratégiques et de défense. "Jean-Claude Mallet est arrivé aujourd'hui chez Total en tant que directeur des Affaires publiques", a annoncé un porte-parole de la compagnie à l'AFP.

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 12:29

Sur la Terre au carré.

 

Réécouter

Alors que le G7 vient de se terminer à Biarritz, avec le climat et la biodiversité annoncés au cœur des discussions, Emmanuel Macron a assuré : "nous allons agir". Et ce n'est pas le premier à le dire...

En fait, si on remonte jusqu'à Pompidou, tous les présidents ont fait de grandes déclarations. Paroles, paroles ? D'Emmanuel Macron à Georges Pompidou en passant par les "jeunes" de Valéry Giscard d'Estaing, quelles sont les plus belles paroles des politiques sur l'environnement ?

 

Emmanuel Macron :

 

en 2019 : "Nous devons répondre à l'appel de l'océan et à l'appel de la forêt qui brûle, nous allons agir !"

 

en 2016 : "Make our planet great again."

 

François Hollande en 2015 :

"Le 12 décembre 2015 restera une grande date pourla planète. C'est la plus belle et la plus pacifique des révolutions qui vient d'être accomplie, la révolution pour le changement climatique. Vive les nations unies, vive la planète, vive la France."

 

Nicolas Sarkozy en 2008 :

 

"Aujourd'hui, on sait : ne rien faire ne serait rien d'autre que criminel au regard de l'avenir de la planète, quel que soit le continent."

"Le temps de l'action est venu : nous avons trop attendu, nous ne pouvons plus attendre. Ce que j'ai dit ce soir, nous le ferons."

 

Jacques Chirac :

en 2002 : "Nous devons aujourd'hui réagir : c'est vital."

en 2006 : "Il y a l'enjeu écologique et il y a l'enjeu immédiat."

 

François Mitterrand en 1989 :

 

"La détérioration de l'atmosphère est aujourd'hui certaine. Ses conséquences peuvent ruiner les possibilités même de la vie sur la planète."

 

Valéry Giscard d'Estaing en 1977 :

 

"La France va organiser à l'automne prochain les Assisses européennes de l'environnement. C'est un problème qui se pose à l'échelle de notre continent."

 

"Je crois qu'il y a dans les thèmes de l'écologie, un réservoir d'enthousiasme et d'action pour les jeunes et je compte en automne m'adresser à un grand rassemblement de jeunes sur le thème de l'écologie."

 

Et finalement Georges Pompidou au début des années 70 :

 

"Le problème c'est de travailler à faire qu'un bon environnement soit compatible avec le progrès. C'est ce que nous cherchons à faire en France. C'est pour cela en particulier que j'ai créé le ministère de l'Environnement. Mais nous ne réussirons qu'à l'échelle internationale."

 
 

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16 octobre 2019 3 16 /10 /octobre /2019 09:03

Les manifestations physiques du changement climatique se multiplient et son impact socio‑économique s’accroît. Les concentrations record de gaz à effet de serre entraînent en effet à la hausse les températures mondiales qui atteignent des niveaux inquiétants, selon un rapport que vient de diffuser l’Organisation météorologique mondiale.

La Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial, dont c’est la 25e édition, met en exergue la hausse record du niveau de la mer et les températures exceptionnellement élevées observées ces quatre dernières années à la surface des terres et des océans. Cette tendance au réchauffement ne s’est pas démentie depuis le début de ce siècle et devrait se poursuivre.

"Depuis qu’a été publiée la première Déclaration sur le climat, le savoir climatologique a atteint une rigueur sans précédent. On a pu mettre ainsi en évidence de manière irréfutable la hausse de la température moyenne et ses corollaires que sont, entre autres, l’élévation du niveau de la mer à un rythme accéléré, le recul de la banquise et des glaciers et des phénomènes extrêmes tels que les vagues de chaleur," a souligné le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas.

Ces indicateurs clefs du changement climatique sont de plus en plus révélateurs: la concentration de dioxyde de carbone, qui était de 357,0 parties par million (ppm) en 1993, première année faisant l’objet de la Déclaration sur le climat, ne cesse de croître, se chiffrant à 405,5 ppm en 2017. Pour 2018 et 2019, les valeurs devraient être encore plus hautes.

La Déclaration de l’OMM sur le climat bénéficie de la contribution des Services météorologiques et hydrologiques nationaux, d’un large éventail d’experts et de scientifiques ainsi que des organismes compétents des Nations Unies. Elle décrit les risques liés au climat et l’impact de ce dernier sur la santé humaine et les conditions de vie, les mouvements migratoires et les déplacements de populations, la sécurité alimentaire, l’environnement et les écosystèmes terrestres et marins. Enfin, elle répertorie les phénomènes extrêmes survenus dans le monde.

«Les phénomènes météorologiques extrêmes se sont poursuivis au début de 2019, comme en témoigne le cyclone tropical Idai qui a provoqué tout récemment des inondations dévastatrices et fait de très nombreuses victimes au Mozambique, au Zimbabwe et au Malawi. Ce pourrait bien être une des catastrophes d’origine météorologique les plus meurtrières qu’ait connues l’hémisphère austral», a déclaré M. Taalas.

«Idai a commencé par frapper la ville portuaire de Beira, au Mozambique, ville en pleine expansion située à faible altitude sur un littoral exposé aux ondes de tempête et subissant déjà les conséquences de la hausse du niveau de la mer. L’ampleur de la catastrophe démontre la nécessité d’agir à l’échelle internationale en faveur du développement durable, de l’adaptation au changement climatique et de la prévention des catastrophes», a ajouté M. Taalas.

L’année 2019 a débuté par une douceur record, en moyennes journalières, sur le continent européen, par un froid exceptionnel en Amérique du Nord et des vagues de chaleur extrême en Australie. Quant à l’étendue de la banquise arctique et antarctique, elle est une fois encore bien inférieure à la normale.

D’après le dernier bulletin saisonnier de l’OMM sur le climat (période mars–mai), l’anomalie positive affichée par les températures de surface de la mer, en raison notamment d’un épisode El Niño de faible intensité dans le Pacifique, devrait se traduire par des températures supérieures à la normale à la surface des terres, en particulier sous les tropiques.

Sommet sur le climat

La Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial sera rendue publique à l’occasion d’une conférence de presse conjointe qui sera organisée au Siège de l’ONU, à New York, et à laquelle participeront le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, António Guterres, la Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, María Fernanda Espinosa Garcés et le Secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas. Cette conférence de presse coïncide avec une réunion de haut niveau sur «le climat et le développement durable pour tous».

«Les données divulguées dans le présent rapport sont très inquiétantes. Les quatre dernières années sont les plus chaudes jamais répertoriées, et la température moyenne à la surface du globe en 2018 était supérieure d’environ 1 °C aux valeurs préindustrielles», a indiqué M. Guterres dans l’introduction à la déclaration.

«Ces données confirment qu’il est urgent d’agir pour le climat, comme l’a souligné récemment le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans son rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. Le GIEC fait valoir que pour limiter à 1,5 °C le réchauffement du climat, il faudra procéder à des transitions rapides et de grande envergure dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’énergie, de l’industrie, du bâtiment, du transport et de l’urbanisme; les émissions mondiales nettes de dioxyde de carbone (CO2) d’origine anthropique devront être réduites d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030, et il faudra atteindre un «bilan nul» des émissions aux alentours de 2050».

«Il n’est plus temps de tergiverser», a-t-il ajouté, après avoir précisé qu’il convoquerait le 23 septembre 2019 un sommet sur le climat au niveau des chefs d’État. La Déclaration sur le climat fera partie de la contribution de l’OMM à ce sommet, dont M. Taalas présidera le Groupe consultatif scientifique.

En ma qualité de Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, j’ai particulièrement à cœur de souligner les répercussions du changement climatique sur notre aptitude à réaliser les objectifs de développement durable, ainsi que la nécessité de considérer dans leur totalité les conséquences socio-économiques des conditions météorologiques extrêmes, qui frappent de plus en plus durement les pays du monde entier. Ce rapport très actuel représente une précieuse contribution aux efforts que nous déployons pour attirer l’attention de la communauté internationale sur cette problématique," a déclaré Mme Espinosa Garcés.

Points saillants de la Déclaration de l’OMM sur l’état du climat mondial en 2018

Incidences du climat (d’après les informations fournies par les organisations partenaires du système des Nations Unies)

Dangers naturels: En 2018, la plupart des dangers naturels, dont ont été victimes près de 62 millions de personnes, étaient liés à des extrêmes météorologiques et climatiques. Comme par le passé, ce sont les inondations qui ont touché le plus de personnes – plus de 35 millions – selon une analyse portant sur 281 phénomènes répertoriés par le Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) et le Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes.

Les ouragans Florence et Michael font partie des 14 catastrophes ayant entraîné des milliards de dollars de pertes aux États-Unis d’Amérique en 2018. Ils ont causé des dégâts qui se chiffrent à 49 milliards de dollars de dégâts et entraîné la mort de plus de 100 personnes. Quant au super typhonMangkhut, il a touché plus de 2,4 millions de personnes et fait au moins 134 victimes, surtout aux Philippines.

Plus de 1600 décès ont été liés aux vagues de chaleur intense et aux incendies de forêt qui ont frappé l’Europe, le Japon et les États-Unis, les dommages matériels avoisinant le chiffre record de 24 milliards de dollars dans ce dernier pays. En Inde, l’État du Kerala n’avait pas connu de pluies aussi abondantes et d’inondations aussi dévastatrices depuis presque un siècle.

Sécurité alimentaire: L’exposition du secteur agricole aux extrêmes climatiques menace de compromettre les progrès réalisés dans la lutte contre la malnutrition. Il s’avère que la faim dans le monde, qui avait reculé durablement, est repartie à la hausse, selon les données récentes recueillies par plusieurs organismes des Nations Unies, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM). En 2017, selon les estimations, le nombre de personnes sous-alimentées avait augmenté, atteignant 821 millions, notamment à cause des graves sécheresses liées au puissant Niño de 2015/16.

Déplacements de populations: Sur les 17,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays recensées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 2 millions l’étaient en raison de catastrophes liées à des phénomènes météorologiques et climatiques (situation en septembre 2018). La sécheresse, les inondations et les tempêtes (y compris les ouragans et les cyclones) sont les phénomènes qui ont entraîné le plus grand nombre de déplacements liés à des catastrophes en 2018. Dans tous les cas, les populations déplacées ont besoin de protection et sont vulnérables.

Selon le Réseau pour la surveillance des retours et des dispositifs de protection du Haut‑Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), quelque 883 000 nouveaux déplacements internes ont été enregistrés entre janvier et décembre 2018, dont 32 % étaient causés par des inondations et 29 % par la sécheresse. 

Chaleur, qualité de l’air et santé: Il existe de nombreuses interconnexions entre le climat et la qualité de l’air qui sont exacerbées par le changement climatique. On estime que le nombre de personnes exposées aux vagues de chaleur a augmenté d’environ 125 millions entre 2000 et 2016, la durée moyenne des vagues de chaleur s’étant allongée de 0,37 jour par rapport à la période 1986–2008, d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ces tendances sont autant de signaux d’alerte pour le secteur de la santé publique, dans la mesure où l’intensité, la fréquence et la durée des épisodes de chaleur extrême devraient continuer d’augmenter.

Conséquences pour l’environnement: On mentionnera le blanchissement des coraux et la diminution de la teneur en oxygène de l’océan, la disparition du «carbone bleu» associé aux écosystèmes côtiers comme les mangroves, les herbiers et les marais salés, et la perturbation d’écosystèmes très divers. Le réchauffement du climat devrait contribuer à la diminution de l’oxygène qui est observée en haute mer et dans les eaux côtières, y compris dans les estuaires et les mers semi-fermées. Depuis le milieu du siècle dernier, la teneur en oxygène de l’océan à l’échelle du globe aurait baissé de 1 à 2 % d’après les estimations de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO.

Le changement climatique est devenu une grave menace pour les écosystèmes des tourbières, car il exacerbe les effets du drainage et accroît le risque d’incendie, d’après le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Les tourbières sont importantes pour les sociétés humaines du monde entier. Elles contribuent considérablement à l’atténuation du changement climatique et au processus d’adaptation grâce à la fixation et au stockage du carbone, au maintien de la biodiversité, à la régulation du flux hydrologique et de la qualité de l’eau, et à la fourniture d’autres services écosystémiques offrant des moyens de subsistance.

Indicateurs climatiques

Sea-ice cover for sept 2018

Contenu thermique de l’océan: Ce dernier a atteint de nouveaux pics en 2018 entre 0 et 700 m de profondeur (relevés remontant à 1955) et entre 0 et 2 000 m (relevés remontant à 2005), pulvérisant les records de 2017. Les océans absorbent plus de 90 % de l’énergie piégée par les gaz à effet de serre, et leur contenu thermique traduit directement cette accumulation d’énergie dans les couches marines supérieures.

Niveau de la mer: La hausse du niveau de la mer s’est poursuivie à un rythme accéléré. En 2018, le niveau moyen de la mer dépassait de quelque 3,7 mm celui de 2017 et c’était le plus haut jamais constaté. Entre janvier 1993 et décembre 2018, le rythme annuel moyen d’élévation du niveau de la mer était de 3,15 ± 0,3 mm, l’accélération étant estimée à 0,1 mm/an2. Le rythme accru de perte de masse glaciaire des inlandsis est la cause principale de l’accélération de la hausse du niveau moyen de la mer ainsi qu’il ressort des données altimétriques transmises par satellite, d’après le Groupe sur le bilan du niveau de la mer relevant du Programme mondial de recherche sur le climat.

Acidification des océans: Ces dix dernières années, les océans ont absorbé environ 30 % des émissions anthropiques de CO2. Le CO2 absorbé réagit avec l’eau de mer et modifie le pH de l’océan. Ce processus d’acidification peut influer sur l’aptitude des organismes marins, comme les mollusques et les coraux constructeurs de récifs, à fabriquer et maintenir de la coquille et du squelette. Les observations faites en haute mer ces 30 dernières années ont clairement mis en évidence la diminution du pH. Comme l’annonçaient déjà un certain nombre de rapports et de projections, le processus d’acidification des océans se poursuit, le pH de l’océan mondial continuant de baisser, d’après la COI de l’UNESCO.

Glaces de mer: L’étendue de la banquise arctique a été bien inférieure à la normale tout au long de 2018, affichant des records à la baisse en janvier et février. Le maximum annuel a été observé à la mi-mars et la superficie moyenne pour ce mois figure au troisième rang des plus faibles qui aient été constatées pour un mois de mars depuis 1979, lorsqu’ont débuté les observations par satellite. L’étendue moyenne de la banquise arctique en septembre se classe au sixième rang des plus faibles jamais observées pour un mois de septembre, et les 12 moyennes de septembre les plus faibles sont toutes postérieures à 2006. À la fin de 2018 l’étendue des glaces de mer, en moyenne journalière, était proche des plus faibles jamais observées.

L’étendue de la banquise antarctique a atteint son maximum saisonnier à la fin du mois de septembre et au début du mois d’octobre. Après son pic du début du printemps, l’étendue de la banquise antarctique a diminué rapidement, chaque valeur mensuelle, jusqu’à la fin de l’année, se classant parmi les cinq plus faibles jamais constatées.

L’inlandsis groenlandais accuse une perte de masse glaciaire presque chaque année depuis 20 ans. Le bilan de masse en surface a enregistré une hausse en raison de chutes de neige plus abondantes que la normale, en particulier sur la partie orientale du Groenland, et d’une saison de fonte proche de la normale. Cette situation s’est traduite par une augmentation globale du bilan de masse en surface mais n’a eu guère d’incidence sur la tendance générale constatée depuis deux décennies, l’inlandsis du Groenland ayant perdu environ 3 600 gigatonnes de glace depuis 2002. Une étude récente a porté sur des carottes de glace prélevées au Groenland, qui nous renseignent sur les épisodes de fonte survenus entre aujourd’hui et le milieu du XVIe siècle. Il s’avère que la nappe glaciaire du Groenland n’avait pas connu d’épisodes de fonte d’une telle intensité depuis au moins 500 ans.

Recul des glaciers:

Le Service mondial de surveillance des glaciers suit de près le bilan de masse de ces derniers en s’appuyant sur un ensemble de glaciers de référence, répartis dans 19 régions montagneuses du monde, pour lesquels on dispose de plus de 30 ans de données d’observation sur la période 1950–2018. D’après les résultats préliminaires disponibles pour 2018, qui concernent une partie de ces glaciers de référence, l’année hydrologique 2017/18 est la 31e année consécutive affichant un bilan de masse négatif.

Notes à l’intention des rédacteurs

Les informations figurant dans la Déclaration proviennent d’un grand nombre de Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) et d’organismes apparentés, ainsi que des centres climatologiques régionaux, du Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC), de la Veille de l’atmosphère globale (VAG) et de la Veille mondiale de la cryosphère (VMC). Des renseignements ont également été fournis par d’autres organisations du système des Nations Unies, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut‑Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et la Stratégie internationale des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (SIPC).

Pour suivre l’évolution des températures à l’échelle du globe, l’OMM utilise les jeux de données (fondés sur les relevés climatologiques mensuels des stations d’observation) émanant de l’Administration américaine pour les océans et l’atmosphère (NOAA), du Goddard Institute for Space Studies (GISS) de l’Administration américaine pour l’aéronautique et l’espace (NASA) ainsi que du Centre Hadley du Service météorologique britannique et de la Section de recherche sur le climat de l’Université d’East Anglia (Royaume-Uni).

Elle a aussi recours aux jeux de données de réanalyse émanant du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) et de son service Copernicus de surveillance du changement climatique, ainsi que du Service météorologique japonais. Elle peut ainsi combiner des millions de données d’observation météorologique et océanique, y compris par satellite, avec les résultats de modèles de façon à obtenir une réanalyse complète de l’atmosphère. Cette méthode permet d’estimer les températures partout dans le monde et à tout moment, même dans les régions où le réseau d’observation est peu dense comme au voisinage des pôles.

Présentation en images de la Déclaration sur le climat

Phénomènes météorologiques et climatiques qui ont marqué l’année 2018: carte interactive

Voir aussi le Tableau des principaux indicateurs climatiques.

Pour de plus amples renseignements, veuillez prendre contact avec Clare Nullis, attachée de presse (courriel: cnullis@wmo.int; tél. port.: +41 (0)79 709 13 97)

 

 

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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 08:05

Avec ce dossier, le Courrier entend ouvrir une piste de réflexion sur ces aspects moins connus du plus grand défi planétaire de notre époque. Car parallèlement aux questions scientifiques qui font la une de tous les médias, les questions de justice et d’équité, de respect des droits de l’homme, de solidarité et d’intégrité scientifique et politique, tout comme de responsabilité individuelle et collective, doivent être les principaux jalons de notre action à l’échelle planétaire.

 

Enjeux philosophiques et éthiques du changement climatique 

Bernard Feltz
 

Crimes climatiques

Catriona McKinnon
 

Le climat, nouveau sujet du droit

Anne-Sophie Novel
 

Climat et justice sociale

Thiagarajan Jayaraman répond aux questions de Shiraz Sidhva
 

Le Pakistan retrouve sa parure verte

Zofeen T. Ebrahim
 

L’énergie solaire change la vie des villageois au Kenya

Victor Bwire
 

Zéro carbone, à commencer par les villes !

Manuel Guzmán Hennessey
 

Les villes africaines passent à l’action

Niels Boel et Finn Rasmussen, avec Hadra Ahmed
 

La solidarité internationale en question

Johan Hattingh
 

Changement climatique et éducation

Laura Ortiz-Hernández
 

Colonel : il faut faire vite !

Colonel répond aux questions de Niels Boel
 

Le piquet solitaire d’Arshak Makichyan

Propos recueillis par Jasmina Šopova

 

Voir : https://mailchi.mp/unesco/dfis-climatiques-dfis-thiques?e=22873ed1c4

 

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 11:17

Alors que la militante suédoise Greta Thunberg est venue défiler à Paris avec quelques milliers d’étudiants français, la grogne contre le laxisme climatique percole dans la population française (journal de l'environnement).

 

Quentidi 5 ventose, an 227[1]. La République de France est agitée, comme rarement elle l’a été. Chaque nonidi, depuis 4 décades, le peuple, tout de jaune vêtu, bloque les routes et envahit le centre des villes et des bourgades. Les heurts sont fréquents et parfois violents avec les forces de gendarmerie. Le but de ce mouvement est confus. Mais son origine a pris corps avec la hausse du prix des énergies fossiles, attribuée à tort à cet impôt du carbone.

D’ailleurs les Gilets jaunes, comme les appellent les publicistes, ne sont pas opposés à cette taxation ni à la transition énergétique votée en fructidor 223[2] qu’elle est censée financer. Non, ils exigent simplement que le produit de cette gabelle pétrolière soit effectivement affecté à cette transition et non au budget de la République.

DES VILLES POURRAIENT DISPARAÎTRE

Est-ce une manifestation du dérèglement climatique? La France connaît, en ce début de ventose, des températures que l’on déguste habituellement en germinal, voire en floréal. Ce qui n’est pas sans inquiéter. Voilà des années que les scientifiques du climat alertent les gouvernements du monde entier sur un réchauffement planétaire, dont les conséquences pour l’Humanité et la nature pourraient être catastrophiques. L’on évoque la fonte à un rythme effarant des glaciers et des glaces des mers. Ces mers dont le niveau ne cesse de monter, grignotant les continents et empoisonnant les nappes d’eau douce. Des villes comme Marseille ou la Nouvelle York pourraient même disparaître sous les eaux.

A terre, c’est la terreur annoncée. Le nombre et la puissance des tempêtes sont appelés à augmenter, nous dit-on. Les cultures pourraient être dévastées par des pluies assassines ou des canicules à n’en plus finir. Sous l’effet d’hivers qui s’adoucissent, des insectes exogènes ravagent les plantations. Rien de tout cela n’est, hélas, inconnu. Ces nouvelles sont d’ailleurs remontées jusqu’à Paris. Dans leur sagesse, monarchies et républiques mènent, avec entrain, et depuis trois décennies déjà, des négociations avec les pays du monde entier sur les us et coutumes à adopter pour vivre harmonieusement avec ce climat déréglé.

LES PROFESSEURS AUSSI

Mais cela ne semble plus suffire. Sensible à la harangue d’une écolière suédoise convaincue, lajeunesse de l’Europe délaisse, chaque fin de décade, ses études. Dans la rue, ce sont des milliers d’écoliers, de lycéens et d’étudiants qui se regroupent et chantent, sans trêve, ce curieux refrain: «On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que le climat Sans être physiquement présents dans leur cortège, certains de leurs professeurs les soutiennent, pétitionnent même. Ils ne sont pas les seuls agents de la République à s’agiter sous les effets du réchauffement.

Certaines factions du ministère de la transition écologique et solidaire prient la secrétaire d’Etat Brune Poirson de leur accorder la journée du sextidi 26 ventose[3] (on fête pourtant le pissenlit, ce jour-là!) pour se joindre aux Incroyables et aux Merveilleuses du réchauffement.

Dans des gazettes, helvète, française et belge, 260 scientifiques du climat tiennent de véhéments propos à l’égard des gouvernants, tous accusés de laxisme climatique: «Nous avons sensibilisé les décideurs. Nous nous sommes parfois faits conseillers du prince. Nous avons construit des ponts avec les forces organisées dans la société civile, sensibles à la cause écologique. Nous avons alerté mille fois l’opinion publique et les citoyens. Nous avons nourri le débat public, ouvert la science à l’expertise citoyenne. Nous avons tout essayé», se désolent-ils. Et d’appeler, eux aussi, à participer à ces cortèges du 26 ventose. Une journée dont on dit déjà qu’elle remuera les peuples du monde entier.

TERRIBLE TRAGÉDIE

Les acteurs ne sont pas en reste. Dans un bulletin du soir, Philippe Torreton endosse l’habit de Cassandre: «La tragédie humaine a commencé et promet d’être terrible», annonce-t-il. Chaque soir, le théâtre parisien de Monfort fait salle comble avec Kyoto Forever 2, une comédie teintée d’amertume où l’on conte l’incapacité des gouvernements à restreindre leur appétit pour l’or noir, le charbon et le gaz.

Le peuple, ses enfants, leurs professeurs, les hommes et les femmes de la science du climat, les artistes grondent désormais. Est-ce une révolte? L’Etat est déjà la cible d’attaques. Après l’édile deGrand-Scynthe, 4 associations de salut public vont ester en justice. Les membres de curieux attelage reprochent à nos gouvernants de ne point agir contre le réchauffement, quand bien même ils s’y seraient engagés. Serait-ce possible?

 

[1] Vendredi 22 février 2017.

[2] Août 2015.

[3] 15 mars.

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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 09:31

Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques
(IPBES en anglais)

Communiqué de presse

 

« La nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l'histoire humaine - et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier », alerte le nouveau et historique rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), dont le résumé a été approuvé lors de la 7ème session plénière de l'IPBES, qui s’est réunie la semaine dernière (du 29 Avril au 4 mai) à Paris.

« Les preuves accablantes contenues dans l’évaluation globale publiée par l’IPBES et obtenues à partir d'un large éventail de domaines de connaissance, présentent un panorama inquiétant », a déclaré le président de l’IPBES, Sir Robert Watson. « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

« Le rapport nous dit aussi qu'il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial », a-t-il ajouté  « Grâce au « changement transformateur », la nature peut encore être conservée, restaurée et utilisée de manière durable - ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. Par «changement transformateur », on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en termes de paradigmes, objectifs et valeurs.

Les États membres de la plénière de l'IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais également que cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous.

Le rapport d’évaluation mondiale sur la biodiversité et les services écosystémiques est le document le plus exhaustif réalisé à ce jour. Il s’agit du premier rapport intergouvernemental de ce type. Il s’appuie sur l’évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005 et introduit de nouveaux moyens pour d’évaluation des preuves.

Élaboré par 145 experts issus de 50 pays au cours des trois dernières années, avec des contributions additionnelles apportées par 310 autres experts, le rapport évalue les changements au cours des cinq dernières décennies et fournit un aperçu complet de la relation entre les trajectoires de développement économique et leurs impacts sur la nature. Le document propose également un éventail de scénarios possibles pour les décennies à venir.

Basé sur une revue systématique d'environ 15 000 références scientifiques et sources gouvernementales, le rapport s’appuie aussi (et pour la première fois à une telle échelle) sur les savoirs autochtones et locaux, et aborde en particulier les questions concernant les peuples autochtones et les communautés locales.

« Les contributions apportées par la biodiversité et la nature aux populations sont notre patrimoine commun et forment le plus important ’filet de sécurité’ pour la survie de l'humanité. Mais ce filet de sécurité a été étiré jusqu'à son point de rupture », a déclaré la professeure Sandra Díaz (Argentine), qui a co-présidé l'évaluation avec les professeurs Josef Settele (Allemagne) et  Eduardo S. Brondízio (Brésil et États-Unis). « La diversité au sein des espèces, entre les espèces et celles des écosystèmes, ainsi que de nombreuses contributions fondamentales qui proviennent de la nature se dégradent rapidement, même si nous avons encore les moyens d'assurer un avenir durable aux êtres humains et à la planète.»

Le rapport estime qu’environ 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction, notamment au cours des prochaines décennies, ce qui n’a jamais eu lieu auparavant dans l'histoire de l’humanité.

Depuis 1900, l'abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a diminué d'au moins 20 % en moyenne. Plus de 40 % des espèces d’amphibiens, près de 33 % des récifs coralliens et plus d'un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. La situation est moins claire pour les espèces d'insectes, mais les données disponibles conduisent à une estimation provisoire de 10 % d’espèces menacées. Au moins 680 espèces de vertébrés ont disparu depuis le 16ème siècle et plus de 9 % de toutes les races domestiquées de mammifères utilisées pour l’alimentation et l’agriculture avaient disparu en 2016, et 1 000 races de plus sont menacées.

« Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés locales de plantes et les races locales d’animaux domestiques diminuent, se réduisent ou disparaissent. Le tissu vivant de la Terre, essentiel et interconnecté,  se réduit et s’effiloche de plus en plus », a déclaré le professeur Settele. « Cette perte est la conséquence directe de l'activité humaine et constitue une menace directe pour le bien-être de l’humanité dans toutes les régions du monde. »

Pour accroître la pertinence politique du rapport, les auteurs de l'évaluation ont classé, pour la première fois à une telle échelle et sur la base d’une analyse approfondie des données disponibles, les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et qui ont les plus forts impacts à l’échelle mondiale. Les facteurs responsables sont, par ordre décroissant : (1) les changements d’usage des terres et de la mer ; (2) l'exploitation directe de certains organismes ; (3) le changement climatique ; (4) la pollution et (5) les espèces exotiques envahissantes.

Le rapport souligne que, depuis 1980, les émissions de gaz à effet de serre ont été multipliées par deux, provoquant une augmentation des températures moyennes mondiales d'au moins 0,7 degré Celsius. Le changement climatique a déjà un impact sur la nature, depuis le niveau des écosystèmes jusqu’à celui de la diversité génétique - impact qui devrait augmenter au cours des décennies à venir et, dans certains cas, surpasser l'impact dû au changement d’usage des terres et de la mer et des autres facteurs de pression.

En dépit des progrès réalisés pour conserver la nature et mettre en œuvre des politiques en faveur de celle-ci, le rapport met aussi en évidence que les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs mondiaux visant à conserver et exploiter durablement la nature. Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourront être atteints que par un changement transformateur dans les domaines de l’économie, de la société, de la politique et de la technologie. Avec seulement quatre des vingt objectifs d’Aichi pour la biodiversité présentant des progrès réels dans leurs déclinaisons, il est probable que la plupart d’entre eux ne seront pas atteints d’ici l’échéance de 2020. Les tendances négatives actuelles concernant la biodiversité et les écosystèmes vont freiner les progrès en vue d’atteindre les objectifs de développement durable dans 80% (35 sur 44) des cas où les cibles ont été évaluées ; en particulier ceux liées à la pauvreté, la faim, la santé, l'eau, les villes, le climat, les océans et les sols (ODD 1, 2, 3, 6, 11, 13, 14 et 15). La perte de biodiversité est donc non seulement un problème environnemental, mais aussi un enjeu lié au développement, à l’économie, la sécurité, la société et l’éthique.

« Pour mieux comprendre et, plus important encore, pour s’attaquer aux principales causes des dommages causés à la biodiversité et aux contributions apportées par la nature aux populations, nous devons comprendre l'histoire et les interconnections mondiales qui existent entre les facteurs indirects complexes de changement démographiques et économiques, ainsi que les valeurs sociales qui les sous-tendent », a déclaré le professeur Brondízio. « Les principaux facteurs indirects comprennent l’augmentation de la population et de la consommation par habitant ; l'innovation technologique, dont les dommages causés à la nature ont diminué dans certains cas tandis qu’ils ont augmenté dans d’autres; et, de manière critique, les questions de gouvernance et de responsabilité. Une tendance qui émerge est celle dite de l’interconnectivité mondiale et du « telecoupling ». Dans ce cas, l'extraction des ressources et leur production ont lieu dans une partie du monde, mais servent souvent à satisfaire les besoins de consommateurs éloignés, qui vivent dans d'autres régions.»

D’autres résultats majeurs du rapport sont à prendre aussi en compte [1]:

  • Les trois quarts de l'environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. En moyenne, ces tendances ont été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent à ou sont gérées par des peuples autochtones et des communautés locales.
  • Plus d'un tiers de la surface terrestre du monde et près de 75 % des ressources en eau douce sont maintenant destinées à l’agriculture ou à l’élevage.
  • La valeur de la production agricole a augmenté d'environ 300 % depuis 1970, la récolte de bois brut a augmenté de 45 % et environ 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non renouvelables sont maintenant extraites chaque année dans le monde  - quantité qui a presque doublé depuis 1980.
  • La dégradation des sols a réduit de 23 % la productivité de l’ensemble de la  surface terrestre mondiale ; une partie de la production agricole annuelle mondiale, d’une valeur marchande pouvant atteindre 577 milliards de dollars US, est confrontée au risque de disparition des pollinisateurs et de 100 à 300 millions de personnes sont exposées à un risque accru d'inondations et d’ouragans en raison de la perte d'habitats côtiers et de leur protection.
  • En 2015, 33 % des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durable ; 60 % l’ont été au niveau maximum de pêche durable, et seulement 7 % à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable.
  • Les zones urbaines ont plus que doublé depuis 1992.
  • La pollution par les plastiques a été multipliée par dix depuis 1980 ; environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvants, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde, et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 « zones mortes» dans les océans, ce qui représente environ 245.000 km2, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni.
  • Les tendances négatives de la nature continueront jusqu’en 2050 et au-delà, dans tous les scénarios politiques explorés dans le rapport, sauf dans ceux qui proposent un changement transformateur – cela en raison de l’impact qu’aura l'augmentation du changement d’usage des terres, l'exploitation de certains organismes et le changement climatique, toutefois avec des différences significatives selon les régions.

Le rapport présente également un large éventail d’exemples d'actions en faveur du développement durable et les trajectoires pour les réaliser dans des secteurs tels que l'agriculture, la foresterie, les écosystèmes marins, les écosystèmes d'eau douce, les zones urbaines, l'énergie, les finances et bien d'autres. Le document souligne combien il est important, entre autres, d'adopter une gestion intégrée et des approches intersectorielles qui prennent en compte les compromis entre la production alimentaire et celle de l’énergie, les infrastructures, la gestion de l’eau douce et des zones côtières, ainsi que la conservation de la biodiversité.

En vue de créer une économie mondiale durable, l'évolution des systèmes financiers et économiques mondiaux a également été identifiée comme un élément clé des politiques futures plus durables. Elle s'éloigne du paradigme actuel trop limité de la croissance économique.

« L’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent », a déclaré la Docteure Anne Larigauderie,  secrétaire exécutive de l’IPBES. « Nous remercions les centaines d'experts, issus du monde entier, qui ont donné de leur temps et partagé leurs connaissances pour aider à combattre la disparition des espèces, des écosystèmes et de la diversité génétique - une menace véritablement mondiale et générationnelle contre le bien-être humain. »

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1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 08:46

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