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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 12:58

Parmi les dix personnalités qui, selon la revue scientifique Nature, ont le plus compté en 2018, une seule est française, Valérie Masson-Delmotte. Retour sur le brillant parcours d’une chercheuse — également lauréate de la médaille d’argent du CNRS 2019 — dont l’expertise sur le réchauffement climatique est écoutée sur les scènes nationale et internationale.

 

voir : https://lejournal.cnrs.fr/articles/valerie-masson-delmotte-une-voix-pour-le-climat

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15 juillet 2019 1 15 /07 /juillet /2019 16:04

Nous apprenons, en ce début de Juillet 2019, que 17 années d’archives du ministère de l’agriculture concernant les responsabilités dans l’autorisation du chlordécone aux Antilles, ont disparu !

 

 

voir la vidéo

 

Nous avons évoqué le problème du chlordécone aux Antilles dans le livre "Respirer tue, agir contre la pollution de l’air". Nous rappelons ici les passages correspondants.

 

Aux Antilles : silence on empoisonne.

 


Béatrice Ibéné, présidente de l’Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles, vétérinaire, vit et travaille en Guadeloupe. Elle était à Paris le lundi 28 avril 2014, devant le Conseil d’État, pour défendre un référé contre l’arrêté autorisant les épandages aériens aux Antilles. Interrogée par le journal Reporterre, elle expliquait que cette pratique est ancienne et que l’interdiction des épandages aériens depuis 2009 n’y change rien tant les dérogations sont nombreuses. Dernier en date, l’arrêté du 23 décembre 2013 permettait aux producteurs de bananes de continuer les épandages aériens de produits dangereux sur les Antilles pendant douze mois consécutifs.

Les épandages aériens, à quand la fin ?

 

Le gros problème de l’épandage aérien, affirmait-elle, "c’est la dérive des produits car ce mode de diffusion expose tous les êtres vivants aux pesticides. On a des témoignages récurrents de gens qui sentent les émanations à plus de huit cents mètres des zones d’épandage alors que la distance de sécurité imposée en France n’est que de 50 mètres. En Guadeloupe, les habitations ne sont jamais bien loin des bananeraies".

 

Ainsi donc, dans les Antilles comme en métropole, les nuages de pesticides ne respectent pas la frontière des 50m imposée par la loi !

 

Le 6 mai 2014, Béatrice Ibéné et son association remportaient une superbe victoire. Le Conseil d’État suspendait les autorisations d’épandage et condamnait l’État à verser 1000 euros à chacune des associations requérantes.

 

La qualité des mémoires remis par les associations avait emporté la décision mais le Conseil d’État ne pouvait ignorer également le "Rapport d’évaluation des plans d’action chlordécone aux Antilles" présenté en octobre 2009 par des autorités peu soupçonnées d’activisme écologiste telles que le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable, l’Inspection Générale des Affaires Sociales, le Conseil Général de l’Agriculture de l’Alimentation et des Espaces Ruraux, l’Inspection Générale de l’Administration de l’Éducation nationale et de la Recherche. En conclusion que nous disaient ces grandes administrations de l’État réunies ?

 

"Aux Antilles françaises, des groupes de population particulièrement exposés (les travailleurs en agriculture, les familles consommant les produits de leur jardin, les pêcheurs etc.) mais aussi, de diverses façons, l’ensemble de la population sont touchés par la contamination des sols par la Chlordécone, les produits phytosanitaires organochlorés, et tous les pesticides quels qu’ils soient (le Glyphosate par exemple).

 

En effet, les milieux naturels sont le réceptacle obligé de toutes les percolations, lixiviations, lessivages et autres formes d’érosion qui entraînent et diffusent ces molécules et leurs produits de dégradation. Alors que l’on pensait qu’elle serait prisonnière des sols des anciennes bananeraies, la molécule de Chlordécone n’est qu’un témoin de ces différentes formes de contamination inévitable...

 

Les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole, du fait de leur échelle géographique plus réduite, des dangers et des conséquences des pesticides [,,.] Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable, et, associée à la préservation des richesses des forêts et de la végétation tropicales dont l’attrait touristique est encore peu mis en valeur, ces objectifs pourront devenir des atouts pour un développement durable de ces îles."

 

Il nous faut parler du chlordécone (ou de la chlordécone, molécule parfois féminisée en fonction des auteurs) comme exemple flagrant de la désinformation en œuvre dès qu’il s’agit de dévoiler un réel scandale environnemental. Une leçon qu’il faudra retenir concernant cette pollution dont on commence à peine à parler : celle de l’air par les pesticides ou les particules fines.

 

Le scandale du chlordécone.

 

Le 15 mars 2014, la chaîne de télévision "Public Sénat" diffusait un documentaire réalisé par Thierry Derouet sous le titre : Chlordécone : poison durable.

 

La présentation annonçait un document sans concession : "L’affaire de la Chlordécone est le scandale sanitaire le plus retentissant de ces dix dernières années aux Antilles françaises. Cette molécule a été épandue sur les bananiers pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1993 et sûrement un peu au-delà. Classé comme cancérigène possible, ce pesticide avait été interdit dès 1976 aux États-Unis.". Cette émission télévisée constitue l’un des témoignages les plus objectifs sur ce scandale à chaque fois étouffé dès qu’il revient sur la scène médiatique.

 

Treize années plus tôt, en juillet 2001 était remis, à la ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dominique Voynet, un "rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe". La ministre n’ayant pas eu le temps de l’exploiter, car elle quittait son ministère le même mois, il semblait s’être perdu dans l’un ou l’autre des services ministériels. Il méritait pourtant mieux que cet oubli.

 

Il avait pour auteurs Henri Bonan de l’Inspection Générale des Affaires Sociales et Jean-Louis Prime de l’Inspection Générale de l’Environnement. Ce travail leur avait été demandé à la suite des résultats d’une campagne renforcée de contrôle des teneurs en pesticides dans l’eau, menée par la DDASS de Guadeloupe en 1999. Les mesures avaient montré des taux très élevés de pesticides organochlorés (Chlordécone, Dieldrine et β-hexachlorocyclohexane) dans l’eau distribuée et même dans l’eau embouteillée. Pourtant ces produits, utilisés sur les cultures de canne à sucre et surtout de bananes, étaient interdits d’usage depuis, respectivement, 1993, 1972 et 1987. Les taux de pollution mesurés avaient amené la fermeture d’une usine d’embouteillage d’eau de source et de captages alimentant plusieurs communes.

 

Parmi les pesticides retrouvés dans l’eau, les auteurs relevaient particulièrement la pollution par le chlordécone. En vingt ans au moins quatre rapports s’étaient succédés qui en décrivaient la présence et les effets, mais sans aucun succès. Pourtant depuis le grave accident survenu aux USA sur une usine fabricant du chlordécone et son interdiction dans ce pays en 1977, on connaît la nocivité de ce produit considéré comme cancérigène et facteur de troubles neurologiques. On sait aussi qu’il est fortement rémanent, on estime à plusieurs siècles sa persistance dans les sols traités où il contamine les plantes qui y poussent ainsi que les animaux et humains qui les consomment.

 

Informées du contenu du rapport Bonan-Prime les associations de consommateurs et de protection de l’environnement de Guadeloupe et Martinique sont les premières à se mobiliser mais tout est fait pour les dissuader.

 

Aux Antilles la justice coûte cher.

 

Le 24 février 2006, quatre associations guadeloupéennes, l’Union des producteurs agricoles de Guadeloupe, l’Association Agriculture-Société-Santé-Environnement, l’Union régionale des consommateurs, l’Association SOS Environnement Guadeloupe, portaient plainte contre X pour "Mise en danger d’autrui (risque immédiat de mort ou d’infirmité) par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Administration de substance nuisible ayant porté atteinte à l’intégrité d’autrui ".

 

Suite à ce dépôt de plainte, chacune a reçu du Doyen des juges d’instruction au tribunal de grande instance de Basse Terre une "Ordonnance fixant une consignation (partie civile)" ainsi libellée :

"Attendu que le plaignant a manifesté l’intention de se constituer partie civile, le plaignant ne bénéficiant pas de l’Aide Juridictionnelle, fixons à 1500 euros le montant de la consignation"

 

Au total ce sont donc 6000 euros qui sont demandés à ces associations, dont les moyens sont limités, pour que leur plainte soit simplement retenue ! Sachant que l’objectif légal d’une telle consignation est de garantir le paiement de l’amende susceptible d’être prononcée contre les associations pour le cas où leur constitution de partie civile serait jugée abusive par le tribunal correctionnel, cette mesure était clairement perçue par les associations comme une tentative de dissuasion.

 

La suite devait confirmer leurs craintes. Les associations ont choisi pour avocat Harry Durimel. Fervent défenseur de l’écologie et de la nature, il a été à la pointe de tous les combats pour la défense de l’environnement, des droits de l’Homme et des libertés. C’est en partie sous son impulsion qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée. Rejoint depuis par une dizaine de ses confrères dans ce combat, il bataille pour vaincre la résistance qu’oppose le Procureur de la République à la recevabilité de ladite plainte.

 

Le 16 Mai 2007, Harry Durimel recevait une convocation pour le 4 Juin 2007 devant un Juge d’Instruction à Pointe-à-Pitre, en vue de son éventuelle mise en examen pour des prétendus faits de violation du secret de l’instruction et entrave à sa bonne marche remontant à Février et Mars 2004, c’est-à-dire plus de 3 ans plus tôt. Une vieille et banale affaire sur fond d’écoutes téléphoniques et dans laquelle l’avocat n’était en rien concerné.

 

De l’avis unanime des avocats qui ont eu accès au dossier, (plus d’une cinquantaine d’avocats se sont constitués pour sa défense), le dossier instruit ne contenait aucun élément probant permettant de mettre en cause leur confrère et s’analysait comme "une violation massive et systématique de toutes les règles de droit". L’ordre des avocats de Guadeloupe décidait de façon unanime d’apporter son soutien inconditionnel à Harry Durimel et appelait l’ensemble des avocats à se mobiliser le lundi 4 juin 2007 en suspendant toutes activités judiciaires quelles qu’elles soient.

 

Leur motion était transmise à la Ministre de la Justice, au Conseil National des Barreaux, à la Conférence des Bâtonniers de France et d’Outremer, au Bâtonnier de Paris, à la Confédération Nationale des Avocats, à la FNTJJA, au Syndicat des Avocats de France (SAF), aux Syndicats d’Avocats de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Sous l’effet de la mobilisation l’affaire finalement se dégonflait.

 

Dans le même temps, en Martinique, une plainte pour empoisonnement était déposée par l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Martiniquais (ASSAUPAMAR). Sept ans se sont passés et l’instruction est toujours en cours.

 

Quand l’affaire du chlordécone se transforme en affaire Belpomme.

 

Le 18 septembre 2007, le Professeur Dominique Belpomme, cancérologue, rendait public un "Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d’un plan de sauvegarde en cinq points."

 

A la demande d’élus et d’associations de la Martinique, le Professeur Belpomme s’était rendu sur place pendant une courte semaine début mai. Il avait pu mesurer la détresse de la population et celle des élus qui malgré les demandes adressées aux autorités métropolitaines constataient le poids d’une Omerta généralisée. Le rapport qu’il rédige alors est essentiellement une compilation de ce qui n’est déjà que trop connu sur la nocivité du chlordécone et la pollution généralisée des Antilles. Tout en regrettant que ces études n’aient pas été menées également en Martinique, il reprend les premières conclusions des études épidémiologiques menées en Guadeloupe : Karu-prostate (sur le cancer de la prostate), Hibiscus (sur le taux de contamination de la population), Timoun (sur les femmes enceintes et les nouveaux-nés).

 

En résumé il conclut que :
"Les Antilles traversent actuellement une crise extrêmement grave liée à l’utilisation massive de pesticides depuis de nombreuses années. Cette crise revêt en Martinique deux aspects principaux :
(1) Au plan agricole, la détérioration progressive des sols avec pour conséquences leur stérilisation et la possibilité de sérieux problèmes alimentaires.
(2) Au plan de la santé publique, la très forte augmentation d’incidence des cancers de la prostate et du sein, et possiblement une augmentation du nombre des cas de malformations congénitales et de pertes de fécondité."

 

Dans l’un et l’autre cas, ajoute-t-il " ces phénomènes risquent d’être à l’origine, dans l’immédiat, de problèmes économiques et sanitaires sérieux et, à terme, d’un dépérissement de l’île et de sa population".

 

D’où son appel à l’action :

 

"Pour sauver les Antilles du désastre économique et sanitaire qui s’annonce et protéger les générations futures, il est urgent d’agir non seulement en gérant efficacement la crise actuelle, mais aussi en faisant en sorte qu’elle ne se renouvelle pas, autrement dit en réformant les pratiques agricoles et économiques actuelles, en vertu du principe de précaution."

 

Rien de bien révolutionnaire. Tout cela a déjà été écrit et publié. Mais le Professeur Belpomme est une personnage "médiatique" qui ne rechigne pas à s’exposer aux feux de la rampe. Par ailleurs, les titres à scandale font recette : "Cancer aux Antilles : publication du rapport Belpomme" titrait un grand hebdomadaire national relayé par ses confrères de la grande presse, par les radios, les télévisions. Les gros titres et les extraits qui les accompagnaient ne rendaient pas réellement compte du contenu du rapport mais le cancer fait parler et fait vendre. Cette publicité surfaite a pourtant atteint son objectif : on ne peut plus ignorer en métropole le drame qui se vit aux Antilles. L’accusation est grave : on a empoisonné la Guadeloupe et la Martinique !

 

Ici commence "l’affaire Belpomme".

 

Rapidement une mobilisation se développe pour discréditer une étude qui pourtant ne mérite pas tant d’honneurs. Le journal Ouest-France, daté du 21 septembre 2007 soit trois jours après la publication du rapport, titre : "Pas de catastrophe sanitaire aux Antilles". Sont interrogés les chercheurs du laboratoire Inserm de Rennes qui mènent les études sur le chlordécone en Guadeloupe. Manifestement la mission est d’étouffer le scandale.

 

Trop de cancers de la prostate ? Réponse des chercheurs : "l’indice élevé de cancers de la prostate se retrouve dans les autres îles caraïbes et dans la population noire américaine. En revanche, il y a moins de cancers du testicule que dans la population blanche". Perte de fertilité masculine ? "les chercheurs ont capturé des rats sauvages vivant sur des sols contaminés : leur reproduction semble partiellement altérée. Mais on ne retrouve pas ce résultat chez les ouvriers dont le sperme a été analysé". Problème sur les femmes enceintes ? "on ne voit pas émerger un facteur de risque qui dépasserait les autres".

 

En résumé : circulez il n’y a rien à voir dans les Antilles. Plus grave, l’article prête à l’un des scientifiques, le professeur Multigner, des propos clairement diffamatoires : "je conçois que des scientifiques puissent avoir des opinions différentes, mais je trouve inadmissible que l’on utilise le mensonge".

 

Mensonge ? Interrogé le 7 novembre 2007 par la commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale, Luc Multigner ne reprenait pas le propos mais regrettait simplement que "aucune concertation préalable n’ait été faite avec un certain nombre d’experts de santé publique ayant dans leur domaine déjà travaillé sur cette question, tels ceux, par exemple, de l’unité 625 de toxicologie de l’Inserm, de l’unité 292 "Fertilité" du même institut, ou les services de néonatalogie et de pédiatrie du CHU de Pointe-à-Pitre, ou encore des urologues s’agissant de l’évolution des cas de cancers de la prostate". Pas de mensonge donc mais un crime de lèse majesté : on n’avait pas consulté les "experts".

 

Mais que nous disaient alors ces "experts" ? Question déontologie le chercheur de l’Inserm aurait pu, lui aussi, recevoir quelques leçons car au moment même où il accusait son confrère de mensonge il avouait que lui même n’était pas en mesure d’affirmer quoi que ce soit : " Dans un an à dix huit mois, nous pourrons répondre aux interrogations les plus urgentes. Personne n’est en mesure d’affirmer qu’il y a catastrophe sanitaire. Il est possible qu’il y ait certains effets, mais personne n’a la réponse". Donc, si on le comprenait bien, l’équipe de l’Inserm ne saurait pas avant un an au minimum s’il y avait, ou pas, "catastrophe sanitaire" aux Antilles mais cela ne l’empêchait pas cependant d’affirmer qu’il n’y en avait pas. Nous verrons par la suite que les résultats définitifs se montreront pourtant bien préoccupants et viendront contredire cet optimisme de commande.

 

Notons que la leçon n’a pas été retenue et que, quelques années plus tard, le même déchaînement médiatique allait s’abattre sur le professeur Séralini et son étude sur les effets du Roundup.

 

L’affaire Belpomme et après.

 

Décrire toutes les études actuellement réalisées aux Antilles sur le problème de la pollution par le chlordécone, rapporter la détresse des populations concernées et la lutte des associations pour obtenir des mesures de protection et de retour à la normale prendrait plusieurs volumes. Contentons nous de jeter un rapide coup d’œil sur ce qui est aujourd’hui avéré.

 

Dans une publication de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) du 22 juin 2010, on lit sous le titre : "Exposition au chlordécone et risque de survenue du cancer de la prostate", l’introduction suivante :


"des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 625 - Groupe d’Étude de la reproduction chez l’homme et les mammifères, Université Rennes 1), du CHU de Pointe-à-Pitre (Service d’urologie, Université des Antilles et de la Guyane) et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l’exposition au chlordécone, un insecticide perturbateur endocrinien employé aux Antilles françaises jusqu’en 1993, est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate."

 

On été suivis, entre 2004 et 2007, des hommes originaires de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Haïti, Dominique). Leur exposition au chlordécone avait été évaluée par une méthode originale d’analyse de la molécule dans le sang. La réponse aux interrogations de 2007 était donc claire et le journal Libération pouvait titrer "Le Chlordécone augmente le risque de cancer", ce que le journal Le Monde traduisait plus tard par "Guadeloupe : monstre chimique" sans risquer cette fois de s’attirer les foudres des "autorités scientifiques".

 

Moments de vérité à l’émission Public-Sénat.

 

Revenons à l’émission de Cécile Everard et Thierry Derouet, sur le " Chlordécone : poison durable". Parmi les personnes interrogées se trouvaient Luc Multigner (Inserm U625, Rennes et Pointe-à-Pitre) et Pascal Blanchet (Service d’Urologie du CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes) deux des coauteurs de l’article cité précédemment.

 

Moments de vérité :

 

Luc Multigner : "le chlordécone était arrivé à contaminer la majorité voire l’ensemble de la population essentiellement par voie alimentaire."

Pascal Blanchet (au sujet du cancer de la prostate) : "c’est un cancer qui est beaucoup plus fréquent que dans les autres régions de France. Deux fois plus de cancers et on en meurt deux fois plus. C’est celui qui saute aux yeux de toutes les familles parce que chaque famille a un membre homme de sa famille qui a été touché et il représente à lui tout seul chaque année 500 nouveaux cas en Guadeloupe 500 nouveaux cas en Martinique ce qui fait la moitié des nouveaux cancers tous sexes confondus. Le chlordécone est un facteur de risque supplémentaire de survenue du cancer de la prostate dans nos deux régions."

 

Luc Multigner : "parallèlement on s’est intéressé aux effets sur l’enfant pendant la vie intra-utérine et pendant la vie extra-utérine ce que l’on appelle le développement postnatal. Ce que nous avons constaté c’est que l’exposition prénatale a une influence sur le développement et en particulier sur deux aspects, l’un que l’on appelle la mémoire récente chez les enfants de 7 ans et puis l’autre ce qu’on appelle la motricité fine, la motricité fine étant la capacité à pouvoir articuler, jouer avec des jeux c’est toute cette capacité d’appréhension des objets. Alors ce que l’on a constaté c’est que plus les mamans étaient exposées au chlordécone plus les scores qu’on pouvait déduire de ces différents tests étaient moins bons. Est-ce que c’est grave docteur ? En soit non. Mais pour nous c’est un signal , une alarme car on sait de plus en plus que des petites modifications subtiles peuvent éventuellement perdurer dans le temps et être des signes précurseurs d’effets, alors cette fois ci d’effets de santé importants qui vont se manifester uniquement à un âge avancé".

 

Ce jour là ces chercheurs ne parlent pas la langue de bois. Sans doute, dans ce moment de vérité, faut-il s’efforcer d’oublier les propos anciens de Luc Multigner à l’encontre de Dominique Belpomme. Certainement faut-il surtout regretter, sans s’en étonner, que son témoignage d’aujourd’hui ne rencontre pas la même couverture médiatique que celui de Belpomme qui, sans avoir le même poids scientifique, avait quand même réussi à alerter l’opinion publique.

 

Luc Multigner est d’ailleurs le premier à stigmatiser l’indifférence hexagonale à ce problème antillais :

 

"Imaginez un instant que le chlordécone, au lieu d’être utilisé aux Antilles, ait été utilisé dans une région comme la région bretonne et que une bonne partie des sols agricoles soient pollués pendant des décennies voire pendant des centaines d’années avec un contaminant qui est quand même d’un potentiel toxique très important et qui contaminerait 90% de la population bretonne. Vous imaginez l’impact ou la perception que cela aurait eu. Alors peut-être que parce que les Antilles sont loin, parce que l’Outremer est loin, on a du mal à percevoir l’étendue de ce problème. Et comme le problème est relativement nouveau il faut faire preuve d’imagination et cette imagination ne doit pas être partagée, seulement par le scientifique, mais par tous les acteurs du dossier et, bien sur, par la puissance publique".

 

Nous reparlerons de la Bretagne qui ne connaît pas le chlordécone mais n’est pas épargnée par d’autres polluants et nous quitterons provisoirement les Antilles en citant le commentaire qui conclut ce superbe moment de télévision :

 

"Avec une échelle géographique réduite les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole des dangers et des conséquences insoupçonnées de l’emploi des pesticides, Le mal est fait, les générations futures devront se débrouiller avec la nature mais aujourd’hui chaque Antillais porte en lui une parcelle de la pollution dans son sang et dans son âme."

 

Les enfants, premières victimes de la pollution.

 


Retrouvons cette émission télévisée, décidément très riche, de Public-Sénat. Dans le débat qui suit le reportage réalisé aux Antilles, Benoît Duquesne a invité, entre autres, le professeur Narbonne, toxicologue. Pour répondre à l’avocat des associations guadeloupéennes qui déclarait que "si ça s’était passé en Bretagne, les choses n’auraient pas évolué de la même façon", il répondait : "il y a la même contamination en Bretagne. Il y a la même étude qui se fait en Bretagne aujourd’hui sur les femmes enceintes pour regarder les effets de l’exposition aux pesticides puisque la Bretagne est un pays agricole qui a beaucoup utilisé de pesticides. On a vu là aussi les problèmes d’élevage avec les proliférations d’algues, les résidus d’antibiotiques dans l’eau et donc la Bretagne est extrêmement polluée".

 

Et à Benoît Duquesne qui remarquait que dans le film "il y a quelqu’un qui dit regardez ce qui se passe en Bretagne, il suffit qu’il y ait quelques algues vertes, un cheval qui meurt et c’est une affaire nationale ! ", il répondait : "ce n’est pas un hasard si la même équipe d’épidémiologie qui est en train d’étudier ce qui se passe aux Antilles vient de Rennes, Donc ça veut dire que le cœur de l’épidémiologie des effets des pesticides est en Bretagne et qu’on a délocalisé une équipe sur les Antilles".

 

Ainsi donc la Bretagne et les Antilles sont les sujets principaux des épidémiologistes qui étudient les effets de la pollution par les pesticides sur les femmes enceintes et leurs enfants. En Guadeloupe l’étude s’appelle Timoun, un joli mot du créole guadeloupéen signifiant enfant. En Bretagne elle s’appelle Pélagie. Pélagie comme la déesse de la mer ? Non, Pélagie comme "Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance" ! C’est moins poétique mais c’est beaucoup plus parlant.

 

Timoun, grossesse et chlordécone aux Antilles.

 

L’étude Timoun a été menée sur une "cohorte mères-enfants" incluant 1068 femmes (ne pas s’effrayer, la "cohorte" est ici un terme scientifique bien pacifique). Ces futures mères ont été vues en consultation en fin de grossesse dans les maternités de Guadeloupe entre 2004 et 2007. Les données sociodémographiques, médicales et celles concernant l’alimentation pendant la grossesse ont été recueillies par questionnaire et dans les dossiers médicaux. La concentration de chlordécone a été mesurée dans le sang maternel recueilli à l’accouchement.

 

Conclusion : "Nos résultats suggèrent un impact possible de l’exposition chronique par le chlordécone sur une diminution de la durée de gestation. Elle est plausible compte tenu de l’action du chlordécone sur les récepteurs aux œstrogènes et/ou à la progestérone in vitro et in vivo, lesquels jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de l’accouchement. Cette association est observée après prise en compte des autres facteurs de risque de prématurité et ce risque, s’il est avéré, est susceptible de contribuer au taux de prématurité élevé présent dans cette population. Des recommandations ont été mises en place depuis plusieurs années en vue de réduire les apports alimentaires en chlordécone et donc l’imprégnation globale de la population".

 

Et les nouveaux nés ?

 

Sur le site de l’Inserm un article de septembre 2012 indique que 153 nourrissons, garçons et filles, ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. La conclusion mérite d’être citée :

 

"L’exposition prénatale au chlordécone a été estimée par son dosage sanguin dans le sang du cordon. L’exposition post-natale a, quant à elle, été estimée par son dosage dans le lait maternel ainsi que par la fréquence de consommation par les nourrissons de denrées alimentaires susceptibles d’être contaminées par le chlordécone. Puis, la mémoire visuelle, l’acuité visuelle et le développement moteur des nourrissons ont été testés."
 

Les scientifiques notent un lien entre exposition prénatale au chlordécone et perturbations de l’attention et de la motricité du nouveau né. L’exposition postnatale, quant à elle, a été retrouvée associée à des troubles de la mémoire visuelle et de la capacité d’attention.

 

"En conclusion, l’exposition prénatale au chlordécone ou postnatale via la consommation alimentaire est associée à l’âge de 7 mois a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons".

 

Les chercheurs rapprochent ces troubles de certaines particularités décrites dans le passé chez des adultes exposés professionnellement au chlordécone et caractérisées par un appauvrissement de la mémoire à court terme. Ils et elles s’interrogent aussi sur la possibilité que ces observations, faites chez les nourrissons à l’âge de 7 mois, puissent annoncer de troubles permanents à un âge plus avancé. Pour Sylvaine Cordier et Luc Multigner, "seul le suivi des enfants au cours des années à venir permettra de répondre à ces interrogations". Les enfants de la cohorte Timoun font l’objet actuellement d’un suivi à l’âge de 7 ans.

 

Aux Antilles : savoir et après ?

 


Sans doute n’y a-t-il pas une région française où la connaissance de la pollution et de ses effets soit mieux connue qu’aux Antilles. L’affaire du chlordécone s’y est traduite par les programmes d’étude Karuprostate, pour le cancer, ou Timoun pour l’effet sur les femmes enceintes et leurs enfants. On ne peut donc pas ignorer que les hommes contaminés par le chlordécone ont un risque accru de cancer de la prostate et que les femmes enceintes risquent de mettre au monde des enfants prématurés, de faible poids ou de développement cérébral perturbé. Mais que leur propose-t-on ? Des moyens supplémentaires sont-ils déployés dans les Antilles pour traiter ces cancers spécifiques ? Les femmes dont les enfants ont été classés "à risque" en ont-elles été informées ? Des mesures spécifiques sont-elles prévues pour les aider et suivre leurs enfants dans leur développement physique et intellectuel. Ne leur laisse-t-on, en échange de leur participation volontaire à l’étude qui les concernait, que le poids d’un sentiment de culpabilité impuissante ? Et pour ce qui concerne les femmes en désir d’enfant, faut-il leur conseiller de faire analyser au préalable leur sang pour y détecter le taux des polluants qui imprègnent leur corps. Peut-on leur indiquer un moyen de s’en débarrasser ou existe-t-il un moyen d’en prévenir les effets. Savoir sans rien pouvoir ne serait-elle pas la pire des épreuves ?

 

Et la culpabilisation ne s’arrête pas au seuil de la maternité. Comment nourrir sa famille dans une région dont on découvre que les sols sont contaminés pour des siècles.

 

Visite au jardin créole.

 

Dans les îles de la Caraïbe, le "jardin créole", qui fournit aux populations une part de leur autonomie alimentaire, est un héritage des civilisations amérindiennes et africaines. Cet élément incontournable du paysage rural et culturel des Antilles est un concentré d’agro-écologie. Sur à peine 200m2, fourmillent une multitude de plantes vivrières, fruitières, aromatiques, médicinales, destinées principalement à l’autoconsommation familiale. Comme dans une forêt, les espèces sont agencées de manière à occuper une "niche écologique" permettant leur coexistence et leur coopération. Sur un même carré de terre on voit pousser cinq légumes différents : du choux paumé, des carottes, de la patate douce, de l’igname, du céleri... Chacun attire des insectes différents qui se neutralisent les uns les autres. Certaines plantes offrent des services à leur voisine : elles peuvent capter l’azote de l’air pour le fournir aux autres plantes, ou encore couvrir le sol et éviter l’érosion et la pousse de plantes indésirables. Des chercheurs du centre Inra Antilles-Guyane, des agronomes, des mathématiciens, des informaticiens, des écologues étudient les associations végétales de ces jardins créoles et les techniques traditionnelles qui y fleurissent.

 

Et pourtant les jardins créoles sont aujourd’hui présentés comme un danger dont il faut se prémunir. Installés à proximité des zones bananières ou sur des sols ayant été occupés par cette culture, certains sont gorgés de chlordécone. Pendant des années personne ne s’en est préoccupé mais quand a éclaté "l’affaire Belpomme", c’est à dire la tempête médiatique déclenchée par les révélations du cancérologue, la ministre de la santé Roselyne Bachelot, s’était précipitée pour annoncer le renforcement des LMR (limites maximales de résidu) les faisant passer de 50 microgrammes à 20 microgrammes par kilogramme d’aliment. Sous le prétexte de chercher à étouffer le scandale enfin dénoncé en métropole, elle raidissait les normes à défaut de pouvoir éliminer la pollution. Elle créait, ainsi, une panique dans la population antillaise : que consommer de son jardin, que vendre sur les marchés ?

 

Pour enterrer un problème politique on crée une "commission", pour noyer un problème environnemental, on rédige un "programme". Dans le cas présent le programme s’appelle JAFA (programme de santé Jardins Familiaux). Il a pour but de dissuader les Antillais de consommer les produits de leur jardin.

 

Une présentation de ce programme par le "Comité Guadeloupéen d’Éducation pour la santé" et les Directions de "la Solidarité et du Développement Social" de Guadeloupe et Martinique montre des cartes où de larges plages de points rouges ciblent les zones contaminées. L’objectif est clairement annoncé : "amener 50% des personnes à risque s’alimentant à partir de jardins familiaux ou de circuits courts de distribution, à limiter la fréquence de consommation de légumes racines (madère, patate douce, igname) à 2 fois par semaine maximum - Amener 20% des personnes à risque s’alimentant à partir de jardins familiaux à diversifier leurs cultures avec d’autres alternatives telles que : fruit à pain, poyo, banane, pois d’Angole, giromon".

 

Le paradis antillais serait donc devenu l’équivalent d’un Tchernobyl ou d’un Fukushima où il faut se munir d’un compteur Geiger avant d’aller faire son marché. Là-bas, le menu de la semaine doit être programmé en fonction de la radioactivité ingérée. Ici faudra-t-il établir, chaque semaine, le bilan du chlordécone absorbé par les membres de la famille. Sommes nous les observateurs d’une nouvelle diététique qui aurait pour fonction non plus de choisir le meilleur de l’alimentation mais d’en éliminer le pire.

 

Limiter la consommation de produits du jardin ? Mais ce sont les familles les plus modestes qui en sont les premières consommatrices. Que trouve-t-on parmi les propositions qui leur sont faites pour remplacer les moyens qu’elles s’étaient données de subvenir à leur besoins : l’assistanat sous forme de portage de repas ou d’épicerie sociale... et, cerise sur le gâteau, dans le document qu’elles ont rédigé, ces directions chargées "d’éducation à la santé" et de "développement social", osent proposer, afin d’éviter les pratiques nutritionnelles à risque, le "remplacement des ignames par des chips" !

 

Du jardin jusqu’au champ.

 

Côté agriculteurs, la situation est de même nature. Un arrêté préfectoral du 20 octobre 2003 régit les conditions de plantation et de culture de certaines productions végétales en Guadeloupe. Il rend obligatoire l’analyse du chlordécone dans le sol avant mise en culture pour tous les producteurs de produits vivriers et maraîchers (légumes racines, ignames, dachines, madères, patates douces... ). Si les résultats sont négatifs, l’agriculteur peut mettre en place sa culture sans condition. Dans le cas contraire, il est incité à choisir une autre production et, s’il persiste dans son intention, il est tenu de faire analyser ses produits avant sa mise en marché et de les détruire s’il y trouve du chlordécone.

 

Ce sont donc les agriculteurs, et eux seuls, qui doivent assumer la responsabilité de produire des légumes exempts de pollution au chlordécone. Ce que dénonce l’Union des Producteurs Agricoles de la Guadeloupe (UPG). Ils ne contestent pas la nécessité d’informer sur la présence de cette substance dans les sols, dans l’eau, les denrées alimentaires, les végétaux, les animaux. Mais il est inadmissible, disent-ils, que, aujourd’hui, "les agriculteurs soient les seuls pointés du doigt par la population dans ce problème. Il faut clairement établir les responsabilités de chacun et les divulguer car les agriculteurs sont des victimes dans cette affaire. Ce ne sont pas eux qui ont autorisé la mise en marché de cette molécule ni eux qui l’ont produite !!! ". En autorisant l’usage du chlordécone dans les Antilles, constatent-ils, "les arrêtés ministériels et les règlements phytosanitaires de 1972 appliqués en métropole ont été bafoués par des administratifs de plus haut lieu afin que les lobbies locaux commerçants puissent mettre en marché ce produit dangereux interdit depuis 1973 en métropole. L’État a commis une faute grave et par conséquent doit la réparer".

 

Réparer d’abord en indemnisant les agriculteurs pénalisés et ils rappellent les sommes allouées aux agriculteurs bretons pour réduire leurs épandages sur les zones où prolifèrent les algues vertes. Réparer en aidant à la reconversion des cultures. Réparer en établissant une cartographie précise des sols contaminés. Réparer en donnant tous les moyens humains et financiers à la recherche pour leur décontamination. Pourtant, nous le savons, la réparation devra tenir compte du temps de réaction des éléments naturels. Au moins pourrions nous accélérer le processus en appliquant la recommandation du rapport d’évaluation des plans d’action chlordécone aux Antilles présenté en octobre 2009 :

 

"Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable".

 

A condition qu’on leur apporte toute l’aide nécessaire, nos compatriotes des Antilles, ayant subi, plus que d’autres, les effets de molécules chimiques qui affecteront plusieurs générations, peuvent gagner ce combat pour la suppression totale de l’usage des pesticides chez eux. Une première victoire qui devrait inspirer les autres régions métropolitaines.

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4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 10:38

A Landivisiau, un projet de centrale électrique sous haute tension

3 mai 2019 Par Christophe Gueugneau // Mediapart

Le chantier d’une future centrale à gaz a commencé fin janvier dans le Finistère. Les opposants s’activent pour retarder les travaux. Mais la répression est féroce : militants gardés à vue, amendes, convocations… et une manifestation prévue samedi qui risque d’être interdite. Sur le front juridique, une audience décisive a lieu vendredi à Nantes.

Landivisiau (Finistère), de notre envoyé spécial. – C’est un face-à-face récurrent depuis quelques semaines : côté route, sur le bas-côté, une dizaine de militants sortent les sardines en boîte et les sandwichs, le café et le jus de pomme pour un pique-nique improvisé ; de l’autre côté du fossé, un maître-chien marche de long en large. Entre les deux : une barrière de deux mètres de haut qui encercle le terrain d’une future centrale électrique fonctionnant au gaz. Depuis la fin janvier, les premiers coups de pelleteuse ont résonné sur le vaste terrain retenu pour le projet. Et depuis ce jour, les opposants n’ont de cesse de montrer leur détermination.

Lundi 29 avril, les militants découvrent éberlués qu’une deuxième rangée de barrière est en cours d’installation. « On dirait les douves d’un château », grince l’un d’eux. « On avait déjà les vigiles, les maîtres-chiens, la vidéosurveillance, et voilà donc qu’ils en rajoutent une couche », ajoute un autre. Un film plastique noir est ensuite tendu sur la seconde barrière – sans qu’on sache si cela sert à masquer aux yeux extérieurs ce qui se passe à l’intérieur ou, au contraire, à cacher à la vue, de l’autre côté, tout rassemblement extérieur. Plus glaçant encore, un panneau fixé à la barrière extérieure annonce : « Chantier interdit au public – Site placé sous vidéo protection – Traçage ADN - intervention sur site ».

Alors que la France, son président en tête, se veut « championne du climat », les chantiers récents, dénoncés comme non climato-compatibles ou polluants, poussent à l’abri des barrières. Comme à Bure et son futur site d’enfouissement de déchets nucléaires – il s’agit-là d’un mur ; comme en banlieue de Strasbourg – le chantier de l’autoroute du « grand contournement ouest » ; comme à Romainville en banlieue parisienne – une forêt sauvage remplacée par une base de loisir. Il faudrait rajouter l’adjectif « enclos » à l’expression « grands projets inutiles et imposés ».



À Landivisiau, les barrières « protègent » pour l’instant une friche. Ici devrait voir le jour une centrale à cycle combiné gaz d’une puissance de 446 MW (mégawatts). L’appel d’offres a été remporté en 2012 par Direct Energie, allié pour la circonstance à l’industriel Siemens. La Compagnie d’électricité de Bretagne (CEB) a été créée pour l’occasion. Le coût estimé de l’opération est d’environ 490 millions d’euros. Mais il faut ajouter à cela un gazoduc de 20 km pour l’alimenter, un autre de 111 km pour renforcer le réseau, et une ligne très haute tension pour acheminer l’électricité produite vers le poste de La Martyre, à 18 km. Direct Energie a depuis été rachetée par Total.

Le début du chantier le 21 janvier, après beaucoup de retard, a réveillé les opposants. Par petits groupes, ils tentent depuis de ralentir les travaux, en empêchant les camions et autres tracteurs de rentrer ou de sortir. Une manifestation, le 23 février, a rassemblé mille personnes (Landivisiau compte 9 000 habitants). Une partie de la barrière est tombée ce jour-là. Et trois jours plus tard, des militants ont tenté de s’opposer à ce qu’elle soit remise en place.

Jean-Yves Quéméneur est un grand gaillard avec un large ciré rouge. Il est président de Force 5. L’association – environ 160 membres à jour de cotisation – a obtenu depuis peu, devant la justice, la reconnaissance de son droit à agir, qui lui était contesté. Son président se retrouve depuis lors particulièrement visé par la riposte des autorités. Le 20 mars, avec d’autres camarades, il a tenté de bloquer la circulation à proximité du chantier. Quelques palettes, une quinzaine de personnes. Les gendarmes ont foncé, à quatre pour l’extraire. Sept heures de garde à vue plus tard – dont deux heures en « chambre de sécurité », dit-il – le voici convoqué au tribunal le 17 janvier prochain.

Loïc Le Polles, de l’association « Landi doit dire non à la centrale » (LDDNC, environ 400 adhérents mais une centaine d’actifs et un noyau dur d’une trentaine) : « Le sénateur Jean-Luc Fichet [Finistère, socialiste – ndlr] a appelé le préfet, qui lui a confirmé que Jean-Yves était particulièrement dans le collimateur. »

De fait, il n’est pas le seul dans le collimateur. Jeudi 2 mai, une réunion à la préfecture en vue d’une manifestation prévue samedi 4 mai ne s’est pas bien déroulée. Arguant que la sécurité du cortège n’était pas bien assurée, la préfecture a en effet décidé d'interdire un périmètre autour de la centrale. À 48 heures de l’événement, déjà annoncé, c’est un coup dur pour les opposants. Mais ce n’est pas le seul de ces dernières semaines. Après l’action en mars, outre Jean-Yves Quéméneur, une dizaine de personnes ont été convoquées par les gendarmes. Les convocations tombent parfois un peu au hasard : « Certains, qui étaient là, ne reçoivent rien, d’autres, qui n’étaient pas là, en reçoivent parce que leur plaque a été relevée », s’agace un opposant.

À une demi-heure de Landivisiau, le petit village de Saint-Rivoal dans les monts d’Arrée. Ici, un autre foyer d’opposants attire particulièrement l’attention gendarmesque. Olivier, 66 ans, les cheveux en bataille et les mains pleines de cambouis, lève la tête du moteur de sa voiture. Il a fait 8 heures de garde à vue pour la manifestation où les barrières sont tombées. Arrêté à Sizun, emmené toutes sirènes hurlantes et à 140 km/h à Plourin-lès-Morlaix, il est accusé de dégradation de matériel et même de violences sur agents. « Un gendarme dit que je l’ai attrapé par le gilet pare-balles, moi je dis que ce sont eux qui ont chargé. » Pour l’instant aucune suite, pas de convocation au tribunal. Pendant sa garde à vue, une trentaine de personnes se regroupent devant la gendarmerie, donnant lieu à une nouvelle arrestation. « Ensuite le lendemain, ils ont débarqué ici, dans cette maison de Saint-Rivoal. »

C’est Gwenno, jeune saisonnier agricole qui habite là, qui poursuit : « Ils ont débarqué le matin à une quinzaine. Comme ils étaient dans le cadre d’une enquête de flagrance, ils sont entrés et ont jeté un œil dans chaque pièce de la maison. Ils ont distribué des convocations à tous les gars qui se trouvaient là, au fur et à mesure que ceux-ci se réveillaient. On nous reproche une dégradation avec la circonstance aggravante d’avoir eu le visage dissimulé. » Depuis, la maison de Saint-Rivoal voit régulièrement passer les gendarmes.

« Aujourd’hui la situation est difficile »

Quand il ne s’agit pas de répression judiciaire, les autorités frappent aussi au portefeuille. Une ordonnance a été prise par le tribunal, autorisant un huissier à distribuer des amendes de 5 000 euros pour les personnes tentant de s’opposer au bon déroulement du chantier. Le 5 avril, un groupe essaie de barrer la sortie à un tracteur. L’huissier est là. Il demande leur identité aux militants qui refusent de la donner. Un contrôle de gendarmerie plus tard, ils sont une dizaine à recevoir le fameux papier et risquent tous d’avoir à payer 5 000 euros d’amende. Sur la liste des personnes visées, des choses étonnent, comme la mention « figure au FPR [fichier des personnes recherchées – ndlr] – ne pas attirer l’attention », à côté du nom d’un militant, ou bien à côté d’une autre, le fait qu’elle est la compagne d’Untel.

Même les rassemblements devant la gendarmerie donnent lieu à un festival d’amendes : qui pour un stop glissé, qui pour un clignotant défectueux, qui pour un pneu lisse. « C’est bien pour ça qu’on répare nos bagnoles », se marre Olivier. Une autre militante s’est vu verbaliser pour distribution d’imprimés sur la voie publique. « On découvre des trucs juridiques tous les jours », philosophe Gweno.

Une autre encore a pris une amende parce qu’elle n’avait pas ses papiers, elle habitait pourtant à 100 mètres et se proposait d’aller les chercher. Sans succès.



« Ça étonne tout le monde, le poids du judiciaire et du policier dans ce dossier », affirme Christine, militante EELV de la région, présente au pique-nique. « L’opérateur veut nous intimider, il a l’État derrière lui », ajoute Émile. Loïc Le Polles, qui gère avec sa femme une production de plantes aromatiques à quelques kilomètres de Landivisiau, insiste quant à lui sur l’unité des opposants après des années de lutte malgré leur diversité : « Ici, il y a des jeunes avec des vieux, des gens qui viennent là par la santé, d’autres par le climat, d’autres par le gaspillage d’argent public, un communiste pur jus qui fraternise avec un catho convaincu, jusqu’à devenir son meilleur ami. On tient la dragée haute à Total alors qu’on n’est qu’une cinquantaine, on tient quelque chose de fort, là. » « Ça a créé une fraternité, complète Jean-Yves Quéméneur, on est une cinquantaine, d’horizon et de profils divers, face à la gendarmerie, face aux vigiles. »

Lundi soir, une quinzaine d’opposants se retrouvent chez Loïc, autour d’une soupe et d’un verre de bière. Dans la grange en face de la maison, une longue table est installée. Tout le monde prend place. Il y a là Christiane, trésorière de l’association LDDLC – « je suis Picsou ! » – , qui s’est engagée d’abord pour la santé. Tout comme Monique, qui vient de Lampaul-Guimiliau – « au village, on me prend pour une toquée ».

Il y a Aline, jeune femme qui « donne un coup de main » depuis janvier parce que sa sœur, Mélanie, habite à Landivisiau. Mélanie, elle, a mis un peu de temps à s’impliquer mais est très active depuis quelques mois.

On retrouve Angélique, aperçue au pique-nique et qui « lutte depuis le tout début », d’abord au sein du conseil municipal, où elle était élue d’opposition, puis à partir de 2014 au sein de l’association LDDNLC. À côté d’elle, Josée, qui était contre ce « projet d’arrière-garde » alors même qu’on ne savait pas encore où il devait se faire et qui est « encore plus d’arrière-garde après toutes ces années ». Jean Corbel, ancien d’EDF, passé par la centrale au charbon de Cordemais, puis par le siège parisien, s’oppose au projet depuis qu’il est sorti « éberlué » d’une séance de présentation au conseil municipal de Landivisiau, choqué que le seul choix offert aux citoyens, soit celui « des arbres et des fleurs qui entoureront la centrale ». Il est depuis peu porte-parole de l’association Bretagne vivante. Pour lui, c’est clair : « C’est un projet polluant, coûteux et inutile. »

Isabelle Chaillou, compagne de Loïc Le Polles, a vécu ce projet de centrale « comme une agression ». « Ce que je ne comprends pas, c’est que malgré le fait que ce projet soit en complète contradiction avec ce qu’il faudrait faire aujourd’hui, les décideurs soient capables de continuer », dit-elle. Et d’ajouter : « Aujourd’hui la situation est difficile parce qu’on n’arrive pas à se faire entendre, on passe pour des terroristes. »

Plus jeunes, Ewen Jaouen et sa compagne, Pauline, sont éberlués de voir les politiques tellement déconnectés. Sa compagne vient de Landerneau, elle parle à qui veut l’entendre de cette centrale, un projet « vraiment mal connu ». À leur côté se trouvent Adrien, qui habite à 21 km de Landivisiau avec Morgane (et leur petit bébé Corentin), bien présente : lui s’intéresse aux moyens alternatifs de produire de l’énergie, elle, ne comprend pas qu’alors même que la Bretagne est confrontée à des pics de pollution, il se trouve encore des politiques pour défendre le projet.

Présent pour la première fois, Briac. Fait intéressant, celui-ci vient de monter une branche d’Extinction Rebellion – ce nouveau mouvement pour le climat venu d’Angleterre qui prône la désobéissance civile – à Morlaix. Il est venu pour bâtir des passerelles, réfléchir au mouvement climat et à l’articulation entre « les demandes générales mondiales et les luttes locales ». Une formation à l’action non violente a déjà eu lieu dans le coin il y a quelques jours, l’idée est à présent de savoir quoi en faire.

La lutte se veut aussi politique. En 2014, une liste d’opposants s’est présentée à la mairie de Landivisiau, elle n’a échoué qu’à une centaine de voix. Les opposants rencontrent également les députées, en l’occurrence, Graziella Melchior et Sandrine Le Feur. Toutes deux ont été élues avec l’étiquette LREM, dans la foulée de l’élection d’Emmanuel Macron. Et toutes deux défendent la centrale. Une rencontre récente avec Graziella Melchior a d’ailleurs laissé un goût amer, les arguments en faveur du projet paraissant plus que légers.

Manne financière pour Total

Le principal d’entre eux consiste à agiter le spectre du « black-out » en Bretagne : le risque d’une coupure généralisée de courant dans un moment de grande tension. « Le risque du black-out, c’est un mensonge », grince Émile. L’ancien d’EDF Jean Corbel sort ses documents : « RTE indique clairement que le réseau n’est pas en danger et qu’il n’y a pas non plus de risque de black-out. » Il a raison. Dans une note de 2018, Réseau de transport d’électricité écrit : « La mise en service en 2017 du Filet de sécurité Bretagne, une ligne électrique souterraine de forte puissance, contribue fortement à l’équilibre des flux dans la zone. Ainsi, malgré la fermeture récente de centrales de production au fioul sur le site de Cordemais (Pays de la Loire), la consommation électrique ayant cessé de croître, la situation électrique de la Bretagne peut aujourd’hui être considérée comme stabilisée. » Corbel rappelle également que la France est exportatrice nette d’électricité.

Pourquoi maintenir la centrale de Landivisiau dans ce cas ? Tout simplement parce qu’elle était prévue. En 2010, l’État, la région Bretagne, RTE, l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et l’ANH (agence nationale de l’habitat) ont signé un « pacte électrique breton ». Celui-ci reposait sur plusieurs leviers : maîtrise de la consommation, développement des sites de production (énergies renouvelables et centrale de Landivisiau) et renforcement du réseau électrique. En 2019, ce pacte s’avère beaucoup moins utile. Le réseau a été renforcé, la consommation d’électricité en Bretagne est stable. Pour Me Alexandre Farro, avocat de l’association Force 5, c’est aujourd’hui « une tarte à la crème ».

L’avocat devait le rappeler vendredi 3 mai devant la cour administrative d’appel de Nantes. Car la bataille se joue aussi sur le terrain juridique. Après plusieurs péripéties, l’association Force 5 s’est vu reconnaître son intérêt à agir. Vendredi matin, rendez-vous était donné à 10 h 30 aux opposants à Nantes, pour soutenir Me Farro. Celui-ci conteste au nom de Force 5 l’arrêté du 6 mai 2015 pris par le préfet autorisant la CEB à créer et exploiter l’installation de production d’électricité à Landivisiau. En première instance, le 27 octobre 2017, Force 5 a vu sa requête rejetée.

Le recours porte sur l’ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). « Sous ce nom barbare se cache la plus importante autorisation à obtenir pour un projet industriel. C’est l’autorisation d’exploitation que l’on attaque », explique Me Farro. « Le tribunal va regarder notamment comment s’est déroulée l’enquête publique, l’étude d’impact – sur l’environnement, sur le milieu, le paysage », ajoute l’avocat.

Les opposants ne manquent pas d’arguments. Ils estiment tout d’abord que le préfet n’a pas pu prendre une décision éclairée puisque, alors que c’est obligatoire, la CEB n’a pas présenté de solution de substitution au projet lors de l'étude d'impact. Or, des solutions existent, et notamment le projet de liaison électrique Finistère-Irlande, dénommé CELTIC Interconnector, qui consiste à créer une liaison souterraine et sous-marine de 700 mégawatts (MW) entre le poste électrique de La Martyre et le poste électrique de Knockraha. Ce projet avait d’ailleurs donné lieu à une drôle de lettre du préfet de région Bretagne, Patrick Strzoda (oui, le même que dans l’affaire Benalla), en avril 2014, adressée à RTE. Alors que ce dernier voulait lancer des études sur cette interconnexion, Strzoda lui a gentiment demandé de reporter son projet, de peur d’envoyer un « mauvais signal pour l’avenir de la centrale de Landivisiau » (lire notre article de l’époque).

Par ailleurs, les opposants dénoncent le fait que l'enquête publique n'a pas pris en compte un nombre important de courriers parce qu'ils émanaient d'opposants déclarés au projet. D’un point de vue environnemental, ils accusent la CEB d’avoir biaisé ses mesures de pollution en choisissant sciemment des périodes de faible pollution. La ville est en effet sous le coup de plusieurs sources de pollution : la pollution d’origine agricole, la présence de la base aéronavale, et surtout, la RN12 qui longe la ville. « Landivisiau, bien que commune de petite taille, compte un niveau de pollution équivalent à celui d’une métropole comme Brest », rappelle Force 5. Or la CEB n’a pas effectué ses mesures à proximité de la 4 voies, alors que le site de la centrale y sera.

Dans son étude d’impact, l’opérateur estime qu’en fonctionnant 8 000 heures par an, la quantité annuelle de CO2 émise atteindrait quasiment les 1,5 million de tonnes, et près de 1 100 tonnes pour les oxydes d’azote. De quoi inquiéter les familles de Landivisiau, dont les enfants vont faire du sport sur un terrain situé à quelques centaines de mètres à peine de la centrale. Ces niveaux de pollution pourraient par ailleurs avoir une autre conséquence : les paysans bio basés à proximité pourraient se voir retirer leur label.

Les opposants reprochent également à la CEB de n'avoir rien fait pour protéger l'espèce protégée de l'escargot de Quimper. Lors de l'étude d'impact, la société chargée d'évaluer la présence de cet escargot sur le site se serait rendue coupable d'un faux, puisque, en ayant trouvé, elle a sciemment affirmé le contraire, selon le témoignage d'un ancien salarié produit par Me Farro.

Pour l’avocat, joint par Mediapart quelques jours avant l’audience, « si l’on a affaire à un juge qui applique les règles du droit, je suis confiant. Après, je ne connais pas la longueur du bras de Total ». Il ajoute : « Ce que je remarque, c’est que l’on a échangé, avec Direct Energie, quatre mémoires en appel, et que le ministère de l’écologie ne répond plus ! Les juges peuvent interpréter ça comme un signal : le ministre ne défend plus le dossier. » En cas d’annulation de l’ICPE, tout serait à refaire pour Direct Energie : « On se met au minimum 8 ans dans les gencives. ».

En face, Total Direct Energie n’est cependant pas près de lâcher l’affaire. Et pour cause : la centrale de Landivisiau, c’est l’assurance de recevoir une manne de l’État pendant au moins 20 ans. L’accord prévoit que la CEB touche 40 millions par an. Pour l’opposante Morgane, « c’est un cadeau à Total point barre, sauf qu’on n’a plus le temps de faire des cadeaux à Total ».

Une autre question reste posée : d’où viendra le gaz brûlé dans la centrale ? Récemment, l’Observatoire des multinationales a révélé coup sur coup que du gaz de schiste américain était importé en France, puis que Total venait d’annoncer un investissement de 700 millions dans un nouveau projet de gazoducs et de terminal d’exportation de gaz de schiste en Louisiane. Les autorités françaises auront bon dos de vanter le caractère « propre » de la centrale à gaz au vu de ces informations.

Reste une derrière barrière à faire tomber pour les opposants. Mentale celle-ci. Dans une zone de Bretagne sinistrée du point de vue industriel (la fermeture de l’abattoir Gad à Lampaul-Guimiliau est encore dans toutes les têtes), la question de l’emploi que pourrait créer la centrale – soit directement, soit par appel d’air, selon ses promoteurs – continue de peser dans le débat. Pourtant, rappelle Loïc Le Polles, la centrale elle-même, une fois en fonctionnement, ne nécessiterait que 40 emplois, dont une grosse partie de spécialistes de ce genre de centrale, « ça m’étonnerait qu’ils les trouvent dans le coin ».

« Certes, explique Gwenno, il y a dans le coin une situation sociale qu’on ne peut négliger. Mais nous, on a fait des argumentaires sur les retombées en termes d’emploi sur isolation des maisons et tout, et ça ne prend pas. Les politiques, ils se disent investis pour développer l’emploi, et pourtant on les a pas beaucoup vus lors de la fermeture de Gad. » Olivier secoue la tête et lance, un sourire en coin : « Avec tous les vigiles qu’ils ont dû embaucher à cause de nous, on a déjà créé de l’emploi en fait. »

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 16:03

Dans le Finistère, Total ambitionne de construire une centrale au gaz d’une puissance de 446 mégawatts. Le projet comprend aussi la construction d’un gazoduc et d’une ligne à très haute tension. Les opposants contestent l’utilité de cet investissement — en partie public — et s’inquiètent des pollutions qu’il provoquerait.

  • Landivisiau (Finistère), reportage

Les dernières bourrasques de la tempête Freya assaillent le lieu-dit Le Drennec, à Landivisiau (Finistère). Emmitouflées dans leurs cirés, une vingtaine de personnes pique-niquent le long d’un chemin cabossé, bordé de panneaux grillagés. Dans la bonne humeur et les effluves des thermos de café, elles bloquent pacifiquement les entrées du site de la future centrale au gaz de Landivisiau où le groupe Total, qui doit exploiter l’installation, vient de démarrer les travaux préparatoires.

« Les premiers ouvriers et la tractopelle sont arrivés sur le champ à la mi-janvier, explique Mélanie, du collectif Landivisiau doit dire non à la centrale.Depuis, nous sommes sur le qui-vive et nous manifestons quotidiennement sur le site pour empêcher l’avancée des travaux. » Ce lundi 4 mars, l’opération de blocage est rondement menée. Les ouvriers préposés au déminage du chantier ne peuvent accéder à leur tractopelle et au théâtre de leurs opérations. Les agents de sécurité scrutent les mouvements des opposants et guettent d’éventuelles intrusions sur le site.« On gagne notre croûte », se justifient-ils en haussant les épaules. Devant les grilles, Cécile et Anne-Marie, retraitées, s’assurent que tous leurs camarades mangent à leur faim. Olivier, à quelques pas, est absorbé par une partie de mölkky. « Nous luttons depuis huit ans et nous n’arrêterons pas, affirme-t-il en réajustant son bonnet jaune. Cette centrale, construite avec de l’argent public, symbolise la poursuite d’une société de surconsommation dangereuse pour notre santé et notre futur. »

Les opposants à la centrale jouent au mölkky.

Porté par l’État et la région Bretagne, le projet de centrale à cycle combiné gaz s’inscrit dans les aménagements dictés par le pacte électrique breton. Ce traité, signé en 2010, était destiné à anticiper une augmentation de la consommation énergétique bretonne, à pérenniser l’approvisionnement de la région en électricité et ainsi éviter des black-out, c’est-à-dire des coupures d’électricité généralisées, durant les périodes les plus froides.

« Le risque de “black-out” breton est aujourd’hui écarté »

Si elle voyait le jour, l’unité de production électrique de Landivisiau présenterait une puissance de 446 mégawatts (MW), alimentée en gaz naturel par un nouveau gazoduc reliant Saint-Urbain et Landivisiau. L’électricité produite par la centrale serait ensuite transportée de Landivisiau à La Martyre par une ligne à très haute tension (THT) de 225.000 volts. Lors de l’appel d’offres lancé par l’État en juin 2011, Direct Énergie a été retenu comme maître d’ouvrage. Le fournisseur et producteur d’électricité, qui n’avait jamais construit de centrale à gaz, a été racheté en 2018 par Total.

La tractopelle, « prisonnière » du fait du blocage du site de construction par les opposants à la centrale.

Un débat public contradictoire autour du projet, réclamé auprès de la Commission nationale du débat public (CNDP), a toujours été refusé aux opposants. Motif invoqué : le projet n’atteignait pas le seuil financier requis.« Le projet a été saucissonné, déplore Yves, artisan-boulanger à Landivisiau. Le gazoduc, la THT et la centrale ont été traités séparément : le coût global du projet a ainsi été découpé et nous n’avons pas pu saisir la CNDP. Ce n’est pas logique, puisque la centrale ne peut pas se faire sans le gazoduc et la THT ! »

Dans une lettre envoyée le 27 février dernier au président du conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, 17 associations de protection de l’environnement, de défense des consommateurs et de producteurs bretons ont contesté l’utilité du projet : « La question de l’autonomie énergétique de la Bretagne semblait pour vous motiver la légitimité du projet, écrivent-elles. Or, le risque de “black-out” breton est aujourd’hui écarté, au regard des évolutions des consommations et du développement des énergies renouvelables alternatives. »

Les associations s’appuient notamment sur les chiffres du Réseau de transport d’électricité (RTE). « Ces données montrent que la consommation s’est stabilisée depuis 2012, dit Yves. Or, la centrale devait pallier une augmentation de la consommation. Elle n’a donc pas raison d’être, il n’y a plus de risque de black-out ! D’autant qu’en janvier 2018, la région s’est déjà dotée d’une liaison souterraine de 225.000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc. »

Afin de contester l’urgence et la nécessité de construire la centrale, le collectif Garantir l’avenir solidaire par l’autonomie régionale énergétique (Gaspare) a produit un scénario électrique alternatif breton. « Le pacte électrique breton ne tient pas compte des parcs éoliens ni de l’interconnexion franco-irlandaise à venir, explique le conseil collégial de Gaspare. Il anticipait la fermeture des turbines à combustion (TAC) de Dirinon et de Brennilis pour 2015, alors que lesdites fermetures ne sont pas d’actualité. Ces TAC sont certes plus polluantes qu’une centrale à cycle combiné gaz, mais ces dernières années, malgré des périodes froides, elles n’ont fonctionné en moyenne qu’une soixantaine d’heures par an. »

« Il est d’intérêt général d’agir » 

Sur le sentier qui jouxte les 17 hectares dédiés à la future centrale, Morgane berce son bébé de six mois. La jeune maman et son petit, assidus, viennent quasiment tous les jours. « Ce projet représente plus d’un million de tonnes de CO2 par an, dit-elle. Je n’ai pas envie que mon fils grandisse dans un environnement local encore plus pollué, sur une Terre où l’on émet toujours plus de gaz à effet de serre en dépit de l’urgence climatique. Si je ne fais rien, il me le reprochera plus tard et il en paiera les conséquences. L’État se targue d’être un acteur contre le changement climatique, mais il fait totalement l’inverse : nous n’allons pas l’attendre pour lutter. »

Morgane.

En considérant l’hypothèse d’un fonctionnement de 8.000 heures par an, d’après l’étude d’impact, la quantité annuelle de CO2 émise par la centrale frôlerait les 1,5 million de tonnes. La quantité d’oxydes d’azote (NOx) rejetée serait de 1.100 tonnes. De plus, l’édification du gazoduc et de la ligne à très haute tension aurait des conséquences sur la biodiversité environnante : ces installations pénétreraient la vallée de l’Elorn, classée zone Natura 2000.

« Il est d’intérêt général d’agir, presse Jean-Yves Quéméneur, président de l’association Force 5. Il est impensable de laisser passer un projet qui saccage une zone Natura 2000, menace la qualité de l’air et ralentira la lutte contre le changement climatique. Le tout subventionné à hauteur de 50 millions d’euros par an, versés dans les poches de Total. Et qui paiera ? nous ! Directement sur nos factures d’électricité, via la contribution au service public de l’électricité [CSPE]. Cette somme devrait plutôt être allouée aux économies d’énergie, à l’isolation des logements et aux énergies renouvelables. Ce projet est un non-sens. »

« Une fois l’installation érigée, on ne pourra plus lutter. Alors, on s’accroche » 

L’association Force 5, agréée pour la protection de l’environnement, a lancé plusieurs recours en justice pour stopper le projet de centrale, le gazoduc entre Saint-Urbain et Landivisiau et la ligne THT entre Landivisiau et La Martyre. Le lundi 25 février dernier, le Conseil d’État a estimé que l’association était fondée à agir en justice en annulant un arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes. Cette dernière écartait, pour irrecevabilité, la demande de l’association d’une annulation de l’arrêté ministériel du 10 janvier 2013, autorisant Direct Énergie (Total) à exploiter une centrale de production d’électricité à Landivisiau. L’affaire est renvoyée à la cour administrative d’appel de Nantes, pour être jugée sur le fond, et l’État condamné à verser 3.000 euros à Force 5.

« C’est une victoire encourageante pour les opposants, mais le recours n’est pas suspensif, regrette Mélanie. La centrale peut être construite d’ici là, Total n’arrêtera pas les travaux. Et une fois l’installation érigée, on ne pourra plus lutter. Alors, on s’accroche. »

Quelques heures plus tôt, ce jour-là, une cinquantaine de manifestants se sont rassemblés devant la gendarmerie de Plourin pour soutenir quatre opposants. « Nous sommes convoqués pour une enquête sur la dégradation de grilles, le samedi 23 février, lors d’une manifestation contre le projet de centrale, explique Gwenno, l’un des quatre citoyens convoqués. C’est une tentative d’intimidation du mouvement d’opposition, ils cherchent à atteindre notre détermination. Mais on ne va rien lâcher. »Leur entrée dans la caserne Adjudant Le Jeune, vers 9 heures du matin, a été accompagnée d’une haie d’honneur et d’un chant « Nous sommes tous des terroristes ». Ils sont ressortis au compte-goutte, une heure à une heure et demie plus tard. De son côté, Jean-Yves Quéméneur, président de Force 5, est sommé de se présenter le mercredi 13 mars à la gendarmerie de Landivisiau. Deux autres convocations sont tombées au cours de la semaine.

Jean-Yves Quéméneur et Olivier, devant la caserne de gendarmerie de Plourin pour soutenir quatre opposants.

« Cette escalade de répression n’est plus tenable et le climat de tension maintenu par l’État ne présage rien de bon, a commenté Landivisiau doit dire non à la centrale, sur ses réseaux sociaux. Nous revendiquons notre mouvement comme pacifiste et déterminé. La réponse de l’État est disproportionnée et plutôt que de chercher à apaiser la situation, au contraire il la crispe davantage. »

 

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Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre
. chapô : Mélanie, du collectif Landivisiau doit dire non à la centrale.



Documents disponibles

  Lettre des 17 associations au président du conseil régional de Bretagne.  L’étude d’impact du projet de centrale au gaz.  Décision du Conseil d’État du 25 février concernant l’association Force 5.

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10 mars 2019 7 10 /03 /mars /2019 13:27

17 associations de protection de l’environnement, de défense des consommateurs et du cadre de vie, de producteurs de Bretagne se sont réunies pour adresser une lettre au Président du Conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, lui demandant de renoncer à la construction d’une centrale électrique à cycle combiné gaz (CCG) à Landivisiau.

La lettre a également été adressée au ministre de la Transition Ecologique et Solidaire et au Président de la République dans le cadre du Grand Débat.

Monsieur le Président du Conseil Régional de BretagneLoïg Chesnais-Girard

courrier transmis à M. le Président de la République et M. le Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, dans le cadre du Grand Débat.

copie pour information : Mme La Préfète de Région Michèle Kirry

Les associations soussignées vous demandent de renoncer à la construction d’unecentrale électrique à cycle combiné gaz (CCG) à Landivisiau.

Monsieur le Président,Lorsque vous avez reçu le 30 novembre dernier les représentants du collectif pour une transition écologique et solidaire de Bretagne, vous avez été interpellé sur l’aberration desoutenir un projet de centrale à gaz à Landivisiau, alors que nous étions tous autour de la table à échanger à propos de la nécessaire transition écologique, qui pour faire face à l’urgence climatique, doit s’affranchir de toute énergie clarbonée.

Sur ce point, vous nous aviez invité à vous faire parvenir nos arguments, démontrant en quoi,ce projet est non seulement inutile, infondé, mais aussi contraire aux grandes orientations dela politique énergétique de demain. La question de l’autonomie énergétique de la Bretagne semblait pour vous, motiver la légitimité du projet. Or, le risque de « black out » breton est aujourd’hui écarté, au regard des évolutions de consommations et du développement des énergies renouvelables alternatives.

Vous trouverez donc dans ce document, tous les éléments justifiant le rejet de cette centrale,qui est aujourd’hui dépassée et d’un autre temps. La Bretagne doit regarder en avant, etpromouvoir une démarche économe décarbonée et renouvelable de production et deconsommation de l’énergie.

Monsieur le Président, vous avez l’occasion sur ce dossier d’initier la rupture que vous appelez de vos vœux, en cohérence avec les grandes orientations de la Breizh-Cop « un monde à vivre ».

Veuillez recevoir Monsieur le Président, nos sincères salutations

Pour voir le texte complet : https://bit.ly/2GY7CQO

Sa conclusion :

Concernant le projet de centrale électrique à gaz à Landivisiau.

C’est pour répondre au risque de black out que le Pacte estimait que la maîtrise de cerisque passait "nécessairement par l’installation de production mobilisable le plus àl’ouest possible de la Bretagne". Le moyen de production choisi étant un "cyclecombiné gaz (CCG) dont la localisation la plus pertinente se situerait dans l’aire deBrest". L’appel d’offre conduisait aux choix de l’entreprise Direct-Énergie,actuellement rachetée par Total, pour construire une centrale CCG à Landivisiau.

Suite aux recours, portés par les associations, auprès de tribunaux administratifs,contestant la conformité de l’autorisation d’exploiter attribuée à Direct-Énergie, lestravaux n’ont pas encore réellement commencé.

Plusieurs éléments devraient amener les autorités françaises, à l’initiative duprojet, à renoncer à la poursuite de ce projet..

.Le risque de black out, qui était la seule raison déclarée pour la construction de lacentrale, est définitivement écarté.. Retour ligne automatique
.Avec les différents rapports du GIEC publiés depuis 2010 sur l’urgence climatique,la responsabilité de l’usage des énergies fossiles a été publiquement révélée..Retour ligne automatique
.La France, organisatrice de la COP 21 en 2015 s’est affirmée commeparticulièrement attachée à la lutte contre le changement climatique et à la sortie desénergies fossiles.Retour ligne automatique
.Cet engagement a été confirmé sur le plan international par le président de la république, Emmanuel Macron, qui a annoncé l’arrêt de la construction de toute nouvelle centrale thermique en France*****. Le porte-parole du gouvernement,Benjamin Griveaux, ayant précisé "donc centrales à gaz"******.Retour ligne automatique
.Ajoutons que, au moment où la sensibilité de nos concitoyennes et concitoyens à la nécessité d’une action résolue pour sauver le climat s’exprime de façon massive, il apparaît comme contraire aux engagements de la France de financer par des fonds publics, à raison de 50 millions d’euros par an pendant 20 ans, une production électrique à base d’énergie fossile. Rappelons que au regard des directives européennes, les aides d’État dans le cadre du mécanisme de capacité "ne doivent pas constituer une subvention déguisée en faveur d’une technologie spécifique, comme les combustibles fossiles". Ce qui apparaît comme étant le cas dans le projet de la centrale de Landivisiau.

Pour toutes ces raisons, les associations soussignées vous demandent de renoncer à la construction d’une centrale électrique à cycle combiné gaz (CCG)à Landivisiau.

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FR3 Bretagne : Centrale à gaz de Landivisiau : une lettre ouverte au président de région pour demander l’arrêt du projet

Centrale à gaz de Landivisiau : une lettre ouverte au président de région pour demander l’arrêt du projet.

Dix-sept associations bretonnes ont conjointement adressé une lettre au président de la région Bretagne pour demander l’arrêt du projet de centrale à gaz de Landivisiau, dans le Finistère.

La requête des dix-sept associations bretonnes signataires de la lettre ouverte adressée au Président de la Bretagne est claire : "que la région se positionne contre la construction de la centrale électrique à cycle combiné gaz à Landivisiau".

Réunis ce mercredi devant le chantier de la centrale, les représentants d’associations anti-centrale ont insisté sur un point : "la région Bretagne a demandé cette centrale, aujourd’hui, c’est à elle d’arrêter le projet" .

Denez Lhostis, de France Nature Environnement et Gérard Borvon, Président de SeauS, ont pris la parole pour dénoncer le recours à "ce type de production polluante, inutile, dépassée et très coûteuse", alors que "l’heure est aux énergies renouvelables".

Par le biais de cette lettre ouverte, les dix-sept associations anti-centrale de Landivisiau tentent de donner plus d’ampleur à ce dossier et espèrent stopper ce projet qu’elles jugent avant tout comme "un choix plus politique qu’énergétique".


20 minutes :

Bretagne : La contestation monte contre le projet de centrale à gaz de Landivisiau

Extraits :

Une lettre envoyée au président de région

L’arrivée des premiers engins sur le champ de 17 hectares fin janvier n’est pas passée inaperçue et a ravivé la contestation sur place. Depuis, les opposants manifestent quasi quotidiennement sur le site pour perturber l’avancée des travaux. « Ce projet est inutile, c’est avant tout un choix politique plus qu’énergétique », affirme le collectif d’opposants à la centrale, qui a adressé ce mercredi une lettre au président de la région Bretagne pour réclamer l’arrêt pur et simple du projet.

« On a voulu nous faire croire au risque de black-out. Mais on n’en a jamais vu la couleur ! », ironise Gérard Borvon, président de l’association écologiste S-eau-S. « Surtout que la consommation énergétique a baissé depuis cette date en Bretagne et qu’en janvier 2018, la région s’est dotée d’une liaison souterraine de 225.000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc », poursuit le militant.

Le Conseil d’Etat donne raison aux opposants

A l’heure où l’urgence climatique est déclarée, la pollution que pourrait engendrer le site passe également mal chez les opposants. « On parle là d’un projet qui rejetterait plus d’un million de tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère, c’est énorme », assure Gérard Borvon. Dans leur combat, les opposants ont obtenu une petite victoire en début de semaine. Le Conseil d’État a en effet donné raison lundi à l’association Force 5, reconnaissant son intérêt à agir dans ce dossier.Retour ligne automatique
C’est désormais la cour administrative d’appel de Nantes qui devra se prononcer sur le fond de l’affaire. L’association écologiste attaque notamment l’arrêt ministériel signé le 10 janvier 2013 autorisant Direct Energie, depuis racheté par Total, à exploiter la centrale sur un site se trouvant en zone Natura 2000.


Une vidéo de la totalité de la conférence de presse.

https://youtu.be/t79udSHGzY8


Un rappel :

La troisième Conférence Bretonne de l’Énergie (CBE)de septembre 2010 avait pour objet "la présentation du contenu du Pacte électrique breton, tel que le Préfet et le Président du Conseil régional en avaient fait l’annonce à la conférence du 6 juillet".

Révisé avant 2010 ?

"Le Président du Conseil régional précise que le Pacte sera révisé d’ici 2020 pourRetour ligne automatique
s’adapter au niveau de consommation mesuré et aux possibilités de technologiesRetour ligne automatique
EnR offertes"

C’est justement cette révision que demandent les associations !

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 10:05

Extrait de "Respirer tue, agir contre la pollution de l'air", Gérard Borvon, éditions Lemieux.

 

Trémargat est un village du Centre Bretagne qui mérite qu'on le visite. Là, des agriculteurs, jeunes et dynamiques, s’obstinent à ne pas vouloir appliquer les règles de l’agriculture industrielle et, donc, se refusent à utiliser des pesticides.


 

Des pesticides dans l'eau de pluie.

En 1995 des chercheurs de l’INRA de Rennes (institut national de la recherche agronomique) ont eu l’idée de rechercher la trace de pesticides, non plus dans les ruisseaux et rivières qui en sont saturés, mais dans l’eau de pluie. Trémargat se prêtait bien à une première mesure. Surprise : le prélèvement révélait des taux en atrazine, en alachlore et en dinoterbe (pesticides aujourd'hui interdits) proches ou même supérieurs aux maximas admissibles dans l'eau de boisson. Au total six pesticides étaient détectés dans une eau dont on aurait pu attendre la pureté la plus totale.


 

Des mesures effectuées plus à l’Ouest (Pont-l’Abbé) et à l’Est (Rennes) confirmaient que les pesticides imprégnaient l’ensemble de l’atmosphère bretonne. Le niveau de pollution était étonnamment élevé : 80% des échantillons d'eau de pluie dépassaient la norme maximale européenne pour l'eau de boisson pendant la période des épandages. Ce niveau restait encore élevé trois mois après la fin des traitements. C’est donc en permanence que l’on respire des pesticides en Bretagne comme dans de nombreuses régions car, nous le verrons, la Bretagne est loin d'être la seule concernée.


 

La France est le premier consommateur de pesticides en Europe et le quatrième dans le monde après les États Unis, le Brésil et le Japon. La Bretagne étant la première région de production animale, a orienté ses cultures vers les céréales, blé, maïs, orge, essentiellement destinées à l'alimentation du bétail. Ce sont leurs produits de traitement qui se retrouvent de façon régulière dans les eaux de pluie, de surface et souterraines. Mais aussi, et en premier lieu, dans l'air.


 

Depuis 2002, Air Breizh, association agrée pour la surveillance de la qualité de l'air en Bretagne, mène des campagnes de mesure des pesticides au printemps et en été, périodes où l'air en est particulièrement chargé. Un suivi a été réalisé dans la commune de Mordelles, une commune en zone périurbaine de Rennes. Le canton environnant est essentiellement consacré à la culture de fourrage et de céréales. En 2010, un bilan des mesures effectuées depuis 2005 a été publié. Sur les 95 pesticides recherchés dans l'air en Bretagne depuis 2008, 37 composent le cocktail de ceux qui se retrouvent à des fréquences diverses dans l'air de Mordelles. Six d'entre eux sont détectés chaque année au début de la campagne de mesures dont le lindane. Cet "organochloré", que l'on retrouve dans 82% des mesures, a été interdit en France pour ses effets cancérigènes, depuis 1998. Mais comme de nombreux corps de la même famille, il est extrêmement persistant.


 

Au peloton de tête s'ajoutent une trentaine d'autres ingrédients aux noms barbares souvent classés comme C.M.R, c'est à dire cancérigènes (C), mutagènes (M) et donc susceptibles de provoquer des anomalies dans la descendance, ou encore reprotoxiques (R), dont les effets sont avérés sur la perte de fertilité humaine. Ajoutons que, si l'on commence à percevoir la toxicité de chacun de ces produits, l'ignorance est quasi totale sur le résultat de leur mélange. Surtout doit-on y ajouter l'effet des solvants et adjuvants associés (formaldéhyde, phénols, alcools, glycols, hydrocarbures aromatiques) dont le nocivité peut être tout aussi forte, sinon plus, que celle des produits actifs.

 

On sait aujourd'hui que la contamination de l'air par les pesticides a d'abord lieu au moment de l'application des traitements. Seule une faible fraction du produit atteint la cible, le reste se répand sur le sol et surtout se diffuse dans l'air (il est admis que, dans certains cas limites, 90% des pesticides épandus s'y retrouvent). Plus tard, une partie de ce qui a été recueilli par le sol ou les plantes, rejoint l'air par évaporation ou est transporté par les poussières. Les pesticides, associés à leurs produits de dégradation, se diffusent ensuite loin du lieu de traitement.


 

Pas de normes pour l'air.

Avant de parler de résultats des mesures, notons d'abord que, contrairement à l'eau et aux aliments pour lesquels la communauté internationale a fixé des valeurs limites de consommation, de telles valeurs n'existent pas pour l'air. D'ailleurs comment pourraient-elles exister ? Comment imaginer qu'on puisse interdire de respirer un air dont le taux en pesticides serait trop élevé ? On peut être contraint à boire de l'eau embouteillée si l'eau du robinet est polluée, on peut choisir de ne manger que des aliments produits par l'agriculture biologique mais là où nous vivons nous n'avons pas d'air de rechange !


 

Pas de normes de pesticides, donc, pour l'air. Si nous voulons, cependant, juger de la qualité de l'air que nous respirons, nous pouvons considérer les taux de pesticides mesurés dans l'eau de pluie en les comparant aux normes fixées pour l'eau de boisson. Rappelons que, dans les eaux destinées à la consommation humaine, la norme fixe à 0,1 µg/l (1 microgramme =1µg=1millionième de gramme) la limite de qualité pour chaque type de pesticide et à 0,5 µg/l la limite de qualité pour la concentration totale en pesticides.


 

Quand, en 1995, l'INRA a mesuré le taux de pesticides dans l'eau de pluie bretonne, toutes les analyses de simazine (interdit depuis 2003) y dépassaient le seuil des 0,1µg/l. Un rapport du Sénat du 18 mars 2003 sur les pesticides dans l'eau de pluie notait même que, en Bretagne, "les concentrations pour l'atrazine et l'alachlore, qui sont les deux principaux pesticides du maïs, peuvent atteindre 10, 20, voire plus de 200 fois les normes tolérées pour l'eau potable ! ".


 

Quelles quantités respirons-nous ?

Le rapport 2010 de Air Breizh notait que certains pesticides, mesurés directement dans l'air, pouvaient dépasser le taux de 10 nanogrammes par mètre cube d'air (1 nanogramme, 1ng, est égal à 1milliardième de gramme). Une question se pose alors : quelle quantité de pesticides respirons nous par jour ?


 

Ne nous laissons pas effrayer par le simple calcul qui va suivre. Il est admis qu'un adulte ayant un poids corporel de 70kg absorbera, en fonction de son activité, entre 10m3 et 15m3 d'air par jour. Si nous considérons un volume minimum inspiré de 10m3, un adulte respirant un air contenant 10ng/m3 de pesticides en absorbera 100ng par jour soit 0,1µg, le maximum de la dose admissible par litre d'eau de boisson. Nous pouvons donc considérer comme fortement pollué par un pesticide, un air en contenant 10ng/m3. Noter qu'un jeune enfant présente un taux d'inhalation de deux à quatre fois plus élevé que celui d'un adulte, les effets en sont d'autant plus néfastes sur un organisme en cours de formation.


 

Quelle quantité de ces pesticides reste fixée dans les alvéoles pulmonaires ? Quelle quantité passe dans le sang ? Quelle est leur action ? Les résultats des premières études menées sur le sujet n'ont pour le moment trouvé que peu d'écho auprès des autorités publiques responsables. Pourtant, en additionnant toutes les concentrations en pesticides et autres polluants qui composent le cocktail respiré, comment ne pas faire l'hypothèse que l'air puisse être une source majeure de contamination, supérieure même à celle de l'eau de boisson dans la mesure où l'essentiel des pesticides qu'elle contient est éliminé par le traitement dans les usines de potabilisation et par le fait de la grande consommation d'eau de source embouteillée dans les régions de pollution chronique.


 

En Bretagne et, plus encore, ailleurs.

La Bretagne, terre d'agriculture intensive, est régulièrement pointée comme étant représentative des pollutions diverses qui affectent notre territoire. Pourtant elle est loin d'être la plus mauvaise élève de la classe. Un rapport de la cellule "prospective et stratégie" du ministère de l’environnement constate que la pollution de l’air par les triazines et les organochlorés est devenue chronique en France bien que l'usage de ces produits soit à présent interdit.


 

L'association Airparif a réalisé un premier état des lieux sur la présence de pesticides dans l’air francilien au printemps 2006. Plus de 5000 analyses de 80 d'entre eux ont été réalisées sur 5 sites de mesure différents. L’Île-de-France est, en effet, une région agricole remarquable par ses grandes cultures consommatrices d'intrants chimiques. 3200 tonnes de pesticides y sont épandues par an dont 93% pour usage agricole. Les résultats montrent une constante par rapport aux autres régions de France. Un record de 305ng/m3 de chlorothalonil y est même observé. Ramené à 10m3 d'air respiré par jour, cela correspond à 3,05µg de ce pesticide qui traverse les poumons du riverain moyen soit 30 fois la dose admissible par litre d'eau de boisson.

 

Regarder également du côté des régions viticoles ou arboricoles. Elles sont parmi les plus consommatrices de pesticides. Depuis 2002, "Air Pays de Loire", l'association agréée pour le suivi de la qualité de l'air, y mène un programme d'étude de la pollution atmosphérique par les produits phytosanitaires. Après le maraîchage et la viticulture, l'association s’est intéressée à une autre activité agricole spécifique de la région : l'arboriculture fruitière.

 

Une campagne de mesure a été menée en 2007 dans le Maine-et-Loire, où sont localisés les deux tiers des vergers de la région. Parmi les 50 molécules phytosanitaires recherchées dans l’air des vergers du site étudié, deux molécules utilisées en arboriculture se sont révélées prédominantes : le captane (fongicide) et le chlorpyriphos éthyl (un insecticide). Un maximum de 30ng/m3 de ce dernier pesticide, neurotoxique pour l'homme a été mesuré début août. Respirer pendant les jours d'épandage de ce produit est une activité à haut risque sanitaire !

 

"Pesticides, peut-on encore manger des pommes ? " est le titre d'un reportage télévisé de l'émission "Envoyé Spécial" du 5 mars 2015. Pour produire des fruits d'une esthétique attirante il ne faut pas moins de trente à cinquante traitements avant la récolte suivis d'un conditionnement chimique assurant leur conservation pendant un an. L'analyse des cheveux de riverains cernés par les vergers où sont produits ces fruits et d'un technicien agricole chargé des épandages révèle une contamination chronique par plusieurs pesticides. En 2014, 280 professionnels de santé du Limousin ont lancé un appel contre les pesticides. Une patricienne généraliste témoigne "on a vu une espèce d'épidémie de maladies neurologiques" concernant non pas des personnes âgées mais des gens bien plus jeunes et aussi "un nombre de cancers de la prostate très important". Un lien entre cancers et pesticides que confirme un rapport de l'Inserm de 2013. "Ne rien faire dans ces cas là, moi j'appelle cela non-assistance à personne en danger" conclut-elle.

 

Quant aux vignes ! On commence à savoir que les premiers touchés sont les vignerons eux-mêmes et leurs familles mais comment ignorer la population voisine, surtout quand les produits de traitement sont répandus par voie aérienne. Malgré son interdiction depuis 2009, la méthode se maintient sous forme de dérogations préfectorales. Un article du journal Reporterre du 22 avril 2014 relate la lutte des associations de protection de l'environnement de Bourgogne contre la dérogation accordée par le préfet pour un épandage par hélicoptère dans la région de Mâcon.

 

Car, si la loi interdit l'épandage aérien, dérogations il y a ! Que penser du sens des responsabilités des ministres de l'agriculture, de l'écologie et de la santé qui signent, le 15 septembre 2014, un arrêté qui fixe "les conditions dans lesquelles peuvent être accordées des dérogations provisoires à l'interdiction de procéder à ces épandages".

 

Parmi ces conditions : "lors des épandages aériens, l'opérateur respecte une distance de sécurité qui ne peut être inférieure à 50 mètres vis-à-vis des lieux suivants" :
a) Habitations, jardins et lieux accueillant du public ou des groupes de personnes vulnérables.

b) Bâtiments et parcs où des animaux sont présents.

c)Parcs d'élevage de gibier, parcs nationaux, espaces classés, réserves naturelles".

 

Il est par ailleurs précisé que "L'opérateur prend toutes les mesures nécessaires pour s'assurer que les produits phytopharmaceutiques appliqués ne sont pas entraînés en dehors de la zone traitée."

 

Qui peut imaginer que, comme le nuage de Tchernobyl, les particules de pesticides vont s'arrêter à la frontière de 50m fixée par la directive ministérielle. Qui peut laisser croire qu'un "opérateur" peut s'engager à ne pas laisser les produits épandus être dispersés par le vent alors que chacun sait qu'on les retrouve de façon régulière à des dizaines de kilomètres de leur lieu d'émission.

 

 

Les associations mobilisées rappelaient que, l'année précédente, elles avaient été les seules à prendre l'initiative de prévenir les écoles afin qu'elles ne laissent pas les enfants sortir dans les cours de récréation.

 

 

Une prise en compte tardive.

Les associations comme Air Breizh, Air Parif, Air Pays de Loire, déjà citées, sont regroupées dans la fédération Atmo. Nous reparlerons de cette fédération et de ces associations. Dans une de ses publications, datée de 2009, on lit un article sous le titre "Contamination de l'air par les pesticides : nouvelle composante de la pollution de l'air".

 

Ses auteurs remarquent d'abord que jusqu'à présent la pollution par les pesticides a été essentiellement étudiée dans l'eau pour laquelle des normes existent. La pollution de l'air a été oubliée. Pourtant, note le rapport, pendant l'épandage des pesticides, suivant les conditions météorologiques et les modes d'application, "de 25% à 75% des produits phytosanitaires ne se déposent pas sur les aires traitées, ce taux pouvant même atteindre 90% sur des sols humides." Or ajoutent ses rédacteurs "Outre le risque sanitaire direct que représentent les pesticides, de par leur nature, dans l’atmosphère, ils peuvent subir des dégradations chimiques ou photochimiques et participer ainsi au mécanisme réactionnel atmosphérique en produisant
des aérosols et des polluants secondaires tel que l’ozone."

 

Pourtant, note la fédération Atmo,"La contamination de l’air par les produits phytosanitaires reste encore mal renseignée par rapport aux autres composantes de la pollution primaire. Ceci est dû, en partie, à la récente prise de conscience de cette forme de pollution, à l’absence de normes des pesticides dans l’air mais aussi à la diversité des molécules actives utilisées et aux difficultés techniques liées à leurs modes de prélèvement et d’analyse."


 

Mal renseignés sur la nature et la quantité des polluants, nous le sommes aussi sur leurs effets. Comment se diffusent-ils dans le corps humain ? Où agissent-ils ? Où se fixent-ils ? Quel est leur action à long terme, en particulier sur les enfants contaminés ? Si trop peu d'études ont été menées jusqu'à présent, les premiers résultats de celles qui ont été faites sont déjà particulièrement inquiétants. Nous en parlerons dans les chapitres qui vont suivre.

 

Voir la vidéo sur les pisseurs involontaires de glyphosate ; les PIG

https://www.youtube.com/watch?v=v_j-ovoFXwI

 

https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 17:30

https://news.un.org/fr/story/2018/09/1023262

Dans un discours prononcé lundi au siège des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’Organisation, António Guterres, a appelé les dirigeants mondiaux à ne plus perdre de temps pour protéger la planète et sa population des conséquences désastreuses du changement climatique, alors que « le monde change sous nos yeux ».

 

« Aujourd'hui, je lance un appel aux responsables politiques, aux dirigeants d’entreprises, aux scientifiques, et au grand public. Nous avons les outils pour rendre nos actions efficaces. Ce qui nous manque encore - même après l'Accord de Paris - c'est le leadership et l'ambition de faire ce qui est nécessaire », a déclaré M. Guterres, en référence à l’Accord sur le climat signé en 2015 à Paris.

« Il n’y a pas de temps à perdre », a ajouté le chef de l’ONU. « Je m'engage, ainsi que l'ensemble des Nations Unies, à cet effort. Nous soutiendrons tous les dirigeants qui relèvent le défi que j'ai décrit aujourd'hui ».

Selon lui, « ce qui rend cela encore plus inquiétant, c'est que nous avons été prévenus ». « Les scientifiques nous le disent depuis des décennies. Encore et encore. Beaucoup trop de dirigeants refusent d'écouter. Beaucoup trop peu ont agi avec la vision exigée par la science. Nous voyons les résultats. Dans certaines situations, ils sont proches des pires scénarios des scientifiques », a-t-il dit.

 

 

Voir la vidéo.

 

Le Changement climatique est une question cruciale et il s'agit d'un moment décisif. Aujourd'hui je lance un appel aux responsables politiques, aux dirigeants d'entreprises, aux scientifiques, et au grand public.

 

Nous avons les outils pour rendre nos actions efficaces. Ce qui nous manque encore - même après l'accord de Paris, c'est le leadership et l'ambition de faire ce qui est nécessaire? ce qui rend cela encore plus inquiétant, c'est que nous avons été prévenus. Les scientifiques nous le disent depuis des décennies. Encore et encore...

 

Beaucoup trop de dirigeants refusent d'écouter. Trop peu ont agit avec la vision exigée par la science. Nous voyons les résultats. dans certaines situations, ils sont proches des pires scénarions des scientifiques. 

 

Les pays les plus riches du monde sont les premiers responsables de la crise climatique. Pour tant les pays les plus pauvres et les popuplations et communautés les plus vulnérables en ressentent les effets les plus graves. 

 

La technologie existe pour aider à lutter contre le changement climatique. Des technologies sont disponibles : carburants plus propres, matériaux de construction alternatifs, meilleures batteries et avancées dans l'agriculture et l'utilisation des terres. Ces innovations, parmi d'autres, peuvent jouer un rôle majeur dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour nous permettre d'atteindre les objectifs de Paris et d'insuffler l"ambition dont nous avons besoin de toute urgence. 

 

Si nous ne changeons pas de cap d'ici 2020 nous risquons de rater le moment où nous pouvons éviter une accélération du changement climatique. Utilisons l'année prochaine pour des décisions cruciales dans les conseils d'administrations, les lieux de décision et les parlements du monde entier. Construisons des coalitions et obtenons de nos dirigeants qu'ils nous écoutent. Il n'y a plus de temps à perdre.

 

Alors que la férocité des incendies et des vagues de chaleur de cet été le montre, le monde change sous nos yeux. Nous nous approchons du bord du gouffre. Il n'est pas trop tard pour changer de cap, mais chaque jour qui passe signifie que le monde se réchauffe un peu plus et que le coût de l'inaction augmente.

 

Chaque jour où nous ne parvenons pas à agir est un jour où nous rapprochons un peu plus du destin qu'aucun d'entre nous ne souhaite. Un destin qui résonnera à travers les générations dans les dommages causés à l'humanité et à la vie sur terre.

 

Notre destin est entre nos mains. Le monde compte sur nous pour relever ce défi avant qu'il ne soit trop tard. Je compte sur vous tous. 

 

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Le discours du Secrétaire général intervient avant une réunion sur le climat organisée par l’Etat de Californie à San Francisco, du 12 au 14 septembre, et rassemblant des acteurs aux niveaux national, régional et local, ainsi que des entreprises et des organisations philanthropiques.

Ce discours intervient également dans la perspective du Sommet sur le climat, que le chef de l’ONU prévoit d’organiser en 2019 pour mobiliser la communauté internationale dans les domaines de la production d’énergie durable, de l’économie verte et d’une meilleure utilisation des ressources naturelles.

Cet appel en faveur d’une plus grande ambition en matière de lutte contre le changement climatique survient alors que des hausses de température record et des phénomènes météorologiques extrêmes se produisent dans le monde entier. Ces derniers mois ont été marqués par des inondations dévastatrices dans le sud de l’Inde, des feux de forêt aux États-Unis et des vagues de chaleur au Japon et en Europe.

 

 

Photo ONU/Rick Bajornas
En 2017, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, traverse un quartier détruit par des ouragans successifs dans la ville de Codrington, à Antigua-et-Barbuda. Il s'est rendu dans le pays pour constater la dévastation causée et offrir le soutien de l’ONU (archives).

L'objectif de 2 degrés Celsius

En 2015, lorsque les dirigeants mondiaux ont signé l'accord historique de Paris sur le changement climatique, ils se sont engagés à faire en sorte que la hausse des températures ne dépasse pas de 2 degrés Celsius les niveaux préindustriels et s’approche de 1,5 degré. Mais les scientifiques et une importante étude des Nations Unies indiquent que la cible est déjà loin de ces objectifs.

Selon le Secrétaire général de l’ONU, il y a une autre raison d'agir : « le devoir moral ». « Les pays les plus riches du monde sont les premiers responsables de la crise climatique. Pourtant, les pays les plus pauvres et les populations et communautés les plus vulnérables en ressentent les effets les plus graves », a-t-il souligné.

Les technologies sont là pour aider à lutter contre le changement climatique, a noté M. Guterres, qu’il s’agisse de carburants plus propres, de matériaux de construction alternatifs, de meilleures batteries et d’avancées dans l'agriculture et l'utilisation des terres. « Ces innovations, parmi d'autres, peuvent jouer un rôle majeur dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour nous permettre d’atteindre les objectifs de Paris », a-t-il dit.

« Alors que la férocité des incendies et des vagues de chaleur de cet été le montre, le monde change sous nos yeux. Nous nous approchons du bord du gouffre. Il n'est pas trop tard pour changer de cap, mais chaque jour qui passe signifie que le monde se réchauffe un peu plus et que le coût de l'inaction augmente », a déclaré le chef de l’ONU en conclusion de son discours. « Chaque jour où nous ne parvenons pas à agir est un jour où nous nous rapprochons un peu du destin qu'aucun d'entre nous ne souhaite - un destin qui résonnera à travers les générations dans les dommages causés à l'humanité et à la vie sur Terre ».

« Notre destin est entre nos mains », a-t-il conclu.

 

 

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 19:06

Journal de l'Environnement.

 

La stabilisation du réchauffement à 1,5°C — l’un des objectifs de l’Accord de Paris — reste possible, au prix de profondes et rapides mutations de nos sociétés, avertissent les auteurs du dernier rapport du Giec, publié ce lundi 8 octobre.

 


 

Il s’en est fallu de peu que le Giec ne rende sa copie. Réunis depuis une semaine à Incheon (Corée du Sud), des centaines de climatologues et de représentants des Etats ont travaillé d’arrache-pied à la rédaction du résumé pour les décideurs (RPD) du nouveau rapport spécial du réseau international de climatologues.

Commandé par la COP 21, ce document vise à définir, aussi précisément que possible, les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Pesant quelques centaines de pages, le rapport, uniquement rédigé par des chercheurs à partir de la littérature scientifique, est prêt depuis le mois de juin. Le but de la réunion de la semaine passée était de finaliser la rédaction du fameux rapport pour les décideurs, synthèse d’une trentaine de pages rédigée par les climatologues et les représentants des Etats.

A 2 OU 4 MAINS

C’est là une subtilité du fonctionnement du Giec. Si les scientifiques sont les seuls à tenir le stylo pour le rapport proprement dit, le texte du résumé est élaboré à quatre mains, en quelque sorte. Les Etats pouvant demander ajouts, retraits, à condition que la formulation du RPD soit cohérente avec les données contenues dans le rapport.

Comme souvent en pareil cas, les chancelleries préparent de nombreuses demandes de corrections qui doivent faire l’objet d’un consensus pour être acceptées. Dans l’ultime phase de rédaction, le texte final est lu sur un grand écran et doit être approuvé par l’assemblée plénière, ligne par ligne.

BLUFF SAOUDIEN

Dans la nuit de vendredi à samedi, moins d’une heure avant la clôture de la réunion, l’Arabie saoudite a fait des siennes. «Son délégué voulait biffer du résumé tout ce qui avait trait au pétrole du rapport et du résumé», explique l’un des membres de la délégation française, contacté par le JDLE. Alliance politique oblige, Ryad a été rejoint par l’Égypte. «Nous avons alors craint que de nombreux délégués se joignent à eux, ce qui aurait pu empêcher la publication du rapport», poursuit le représentant tricolore. Le bluff n’a pas duré. Le SPD a été avalisé par l’assemblée plénière. La centaine d’auteurs et d’éditeurs du rapport devront adapter, à la marge, leur texte à celui rédigé à Incheon. Le dernier opus du Giec ne devrait donc pas être disponible, dans sa version définitive (1), avant plusieurs semaines. A quelques jours, sans doute, de l’ouverture de la COP 24, à Katowice.

Derrière sa rédaction très austère, le rapport spécial contient — ce n’est pas si fréquent pour une production de l’institution onusienne — quelques bombes politiques. Après avoir épluché quelque 6.000 articles et études, les rédacteurs concluent à la faisabilité de stabiliser le réchauffement à 1,5°C. «La réponse à cette interrogation était très clivante dans le milieu scientifique», indique un climatologue. C’est finalement oui. Même si cela n’est pas gagné d’avance.

RÉDUCTION DU BUDGET CARBONE

Pas gagné car nous sommes déjà très proches de la limite. Depuis la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle, nous avons, collectivement, émis environ 2.000 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2). Notre budget carbone est désormais inférieur à 600 GtCO2. Au rythme actuel d’émission, cela nous laisse 10 à 20 ans avant d’atteindre le fameux 1,5°C de réchauffement global. Et sans doute un peu moins. Pour la première fois, le Giec estime que le dégel du permafrost pourrait relâcher une centaine de GtCO2 d’ici la fin du siècle. De quoi sensiblement réduire notre budget carbone.

KILL THE COAL

Autre nouveauté, que le JDLE avait esquissé en février dernier : stabiliser le niveau du mercure à 1,5°C passe, immanquablement par des transformations rapides et de grande ampleur de nos sociétés. À commencer par le charbon. Dans ses scénarios d’atténuation, le Giec condamne à mort l’utilisation du charbon pour la production d’électricité d’ici à 2050. Une fatwa validée par les grands producteurs et consommateurs de coke : États-Unis, Chine, Inde ou Australie.

Selon que l’on s’autorise ou non un dépassement temporaire de l’objectif, les trajectoires à suivre sont impressionnantes. Entre 2010 et 2030, notre consommation d’énergie finale devra être réduite de 15 à 40%. L’agriculture pourrait devoir baisser de moitié ses émissions de méthane (élevage et riziculture) et des deux tiers ses rejets de protoxyde d’azote (engrais azotés).

LE RETOUR DE CRO-MAGNON?

Finalement, nos sociétés devront abattre de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) en deux décennies et des trois quarts d’ici à 2050. Ce que la technologie actuelle et notre organisation ne nous permettent pas: «De telles réductions [d’émission] peuvent être obtenues grâce à des combinaisons de technologies actuelles et nouvelles, de pratiques, comme l’électrification des usages, l’hydrogène, l'agriculture biologique, des produits de substitution, et le captage et stockage (ou réutilisation) du CO2. L’efficacité de ces options est techniquement prouvée à différents niveaux mais leur déploiement à grande échelle devrait être limité par les capacités financières, financières et d’acceptation sociale ainsi que par des contraintes institutionnelles et des caractéristiques inhérentes aux grands sites industriels», souligne le Giec. «Même si nous arrêtions tout, tout de suite, et vivions dès demain comme Cro-Magnon, cela ne suffira pas», résume un climatologue.

TECHNIQUES MAL MAÎTRISÉES

Condition sine qua non de la réussite de toute politique climatique ambitieuse, nous indiquait il y a quelques semaines la climatologue Valérie Masson-Delmotte, il faudra extraire du CO2 de l’atmosphère et le stabiliser dans le sol. Et pas qu’un peu : de 100 à 1.000 milliards de GtCO2 d’ici la fin du siècle, selon les trajectoires que nous suivrons. Cela nécessite la mise en œuvre, là encore, d’une batterie de techniques plus ou moins bien maîtrisées, de la reforestion à l’amélioration des sols, en passant par l’aspiration directe du CO2.

Surtout une une grande place devra être laissée à la valorisation énergétique de la biomasse avec captage et séquestration du carbone. Cette BECCS pourrait devenir l’alpha et l’oméga de nos futures politiques énergétiques. «On l’a caché jusqu’à présent, témoigne notre membre de la délégation française, mais la plupart des scénarios compatible avec un réchauffement de 2°C intègrent la BECCS.»

Incontrôlé, ce recours accru à la biomasse se heurtera à d’autres activités, agricoles notamment. Certains scénarios imposent de consacrer 300 à 800 millions d’hectares aux cultures énergétiques. À comparer aux 1.500 millions d’hectares actuellement cultivées dans le monde.

Cette confrontation annoncée plaide en faveur d’une extension du domaine de la lutte climatique. «Il ne faut plus considérer le climat comme un sujet isolé des autres. Nous devons désormais intégrer les objectifs de développement durable (ODD)», souligne un délégué européen présent à Incheon.«Bien conduites, des politiques d’adaptation qui réduisent la vulnérabilité de l’Humanité et des écosystèmes peuvent aussi contribuer à renforcer la sécurité d’approvisionnement en eau et en denrées alimentaires. Elles peuvent aussi réduire certains risques naturels, améliorer les conditions sanitaires, maintenir les services écosystémiques et diminuer la pauvreté et les inégalités»,poursuivent les rédacteurs du RPD.

«Les politiques ne seront pas tout. Il faudra aussi faire attention à l'acceptation sociale», a insisté Hoesung Lee, le président du Giec, lors de la conférence de presse de ce matin. Un conseil rarement entendu par les gouvernements.

 

(1) Les textes validés au mois de juin sont accessibles au : http://ipcc.ch/report/sr15/

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«Même si nous arrêtions tout, tout de suite, et vivions dès demain comme Cro-Magnon, cela ne suffira pas», résume un climatologue.

 

N'est-ce pas le seul moment de lucidité de ce rapport !

 

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Voir aussi :

 

Budget carbone limité, stratégies de riposte difficiles à mettre en œuvre, conséquences du réchauffement qui s’accélèrent : les conclusions du rapport spécial du Giec sur les effets d’un réchauffement de 1,5 °C sont des plus inquiétantes.

Hervé Le Treut : C’est normal que cela soit plus inquiétant : nous ne cessons d’accroître les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Nous devons résoudre un problème que nous complexifions chaque jour un peu plus. Ce qui m’interpelle particulièrement dans ce rapport c’est qu’à force de réduire les marges d’action on est confronté à une situation vraiment nouvelle. Si nous voulons encore stabiliser le réchauffement à 1,5 °C, nous devons immédiatement engager des efforts colossaux. Des efforts qui pourront ne pas plaire à tous les acteurs de nos sociétés. 

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Climat : comment expliquer une aussi criminelle apathie

face au drame annoncé ?

 

L’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés : le « capitalocène », explique Frédéric Joignot.

 

LE MONDE |

 

Nous avons « parfois l’impression d’observer une tragédie grecque », dans le sens où « vous savez ce qu’il va se produire, et vous voyez les choses se produire ! », confessait, le 26 septembre, sur France Info, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, inquiète des dernières mesures sur la dégradation du climat. Il faut dire qu’un rapport publié la veille, conjointement par l’Organi­sation de coopération et de développement ­économiques (OCDE), l’ONU Environnement et le Groupe de la Banque mondiale, n’était pas fait pour rassurer : on apprenait que, sur les 180 signataires de l’accord de Paris de 2015 (COP21), neuf pays seulement ont soumis aux ­Nations unies des programmes concrets pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES).

 

En attendant que les 171 autres respectent leur engagement devant l’opinion mondiale, l’OCDE constate sombrement que « les gouvernements continuent de consacrer près de 500 milliards de dollars par an [430 milliards d’euros] pour subventionner le pétrole, le charbon et le gaz, et que la plupart d’entre eux n’ont pas su mettre fin à leur dépendance à l’égard des recettes provenant des énergies fossiles ». Ils n’ont pas non plus pris les mesures suffisantes pour placer leurs économies sur « une trajectoire “bas carbone” ». Le secrétaire général de l’organisation, Angel Gurria, prévient : « Cette inertie risque de nous faire perdre la guerre contre le réchauffement climatique », c’est-à-dire l’objectif d’un réchauffement maximal de 2 degrés.

 

Criminelle apathie

 

Comment expliquer une aussi criminelle apathie face au drame annoncé ? Depuis quelques années, des chercheurs, historiens, économistes, et non des moindres, avancent une explication radicale. Nous ne sommes pas entrés dans l’anthropocène avec la révolution industrielle et la mondialisation des économies, tant et si bien que l’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés. Nous sommes entrés dans le « capitalocène » : l’ère du système capitaliste triomphant, incapable de contenir sa course effrénée au profit.

 

Ainsi, Andreas Malm, professeur au département d’écologie humaine à l’université de Lund (Suède), explique, dans L’Anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement ­climatique à l’heure du capital (La Fabrique, 2017), que ce n’est pas tant une « espèce humaine » abstraite qu’il faut rendre responsable du désastre écologique, mais d’abord l’Empire britannique. Il retrace ainsi l’histoire de la ­machine, puis de la locomotive à vapeur, brevetée par l’Ecossais James Watt en 1784, et décrit la manière dont les capitalistes anglais les ont popularisées en Europe, dans leurs colonies, puis dans le monde entier, démarrant ainsi la révolution industrielle.

 

Malm rappelle ensuite comment l’exploitation des sources d’énergie a mené à la mise en place d’une « économie fondée sur la consommation croissante de combustibles fossiles », « en lien étroit avec le processus d’accumulation du capital qu’elle suppose ». C’est cette logique économique qui se perpétue aujourd’hui, générant « une croissance continue des émissions de gaz à effet de serre ». Pour Malm, « blâmer l’humanité du changement climatique revient à laisser le capitalisme se tirer d’affaire ».

 

Capitalisme mondialisé

 

De leur côté, les chimistes américain et néerlandais Will Steffen et Paul J. Crutzen (Prix Nobel 1995), inventeurs du concept d’anthropocène, rappelaient en 2008, dans le Journal of Human Environment, comment la pression destructrice des activités humaines sur l’environnement a connu une « grande accélération » à partir des années 1950 : pollution industrielle massive, sixième extinction animale, acidification des océans, désertification, ­surpêche, fonte des glaces, concentration des GES, ­réchauffement, tout s’est aggravé – mondialisé. Si bien que le sociologue américain John Bellamy Foster comme la journaliste d’investigation canadienne Naomi Klein parlent d’un capitalisme dévastateur.

 

En France, en 2016, Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences et des techniques, a ajouté un chapitre intitulé « Capitalocène » à la dernière édition de L’Evénement ­anthropocène. La Terre, l’histoire et nous (Seuil), livre qu’il a publié avec l’historien des sciences Christophe Bonneuil – popularisé par Thomas Piketty à l’Ecole d’économie de Paris. Ils expliquent que nous vivons aujourd’hui la confrontation violente du « système terre » et du « système monde » du capitalisme mondialisé, grand consommateur de matières premières et de ressources minérales, qui s’est « construit au moyen d’un accaparement des bienfaits de la terre et d’une externalisation des dégâts environnementaux, par le biais de phénomènes de dépossession et d’“échange inégal” ». Pour les auteurs, parler de « capitalocène » plutôt que d’anthropocène est stratégique : c’est désormais la fin du capitalisme qu’il faut penser, et non la fin du monde.

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Jean Jouzel, climatologue breton, confirme l’intérêt du dernier rapport du Giec, montrant les conséquences d’un réchauffement climatique entre 1,5 °C et 2 °C.

 

Le Giec a publié ce lundi son dernier rapport sur le réchauffement climatique et ses conséquences sur les espèces et les économies. Commandé à l’issue de la COP 21, le document doit servir de base de travail pour la COP 24, qui se tiendra à la fin de l’année en Pologne. Ses conclusions, alarmantes, réclament des efforts « sans précédent ». « Nous sommes dans l’extrême urgence. À un moment, il sera trop tard », lance Jean Jouzel, le climatologue breton, ancien n° 2 du Giec.

 
 

 

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/10/08/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec_4205628_540x959p.jpg

Climat. Ce que change le rapport du Giec
(Le Télégramme)

 

« Ce rapport est complètement dans la ligne avec le précédent rapport du Giec. Après la COP 21, l’objectif était un réchauffement en dessous de 2 °C, voire 1,5 °C. Ce rapport est affreusement dans la ligne puisqu’il nous montre les conséquences sur les espèces animales, le récif corallien et les populations menacées par l’élévation du niveau de la mer », souligne Jean Jouzel, qui a participé à l’écriture de précédents rapports du Giec.

 

À LIRE SUR LE SUJET 

Hausse globale des températures, notamment nocturnes, qui influent sur les possibles épisodes caniculaires, la fonte de la calotte glaciaire, la hausse du niveau de la mer, ce sont quelques-unes des conséquences d’un réchauffement climatique non maîtrisé.

 

image: https://www.letelegramme.fr/images/2018/10/08/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec_4205627.jpg

Climat. Ce que change le rapport du Giec
(Le Télégramme)

Ce réchauffement, de l’ordre de 1 °C depuis le début du XXe siècle, pourrait dépasser les 3 °C d’ici 2100. Le Giec a publié ce rapport à l’attention des décideurs du monde entier, dans l’espoir que ses recommandations puissent avoir un impact sur la politique environnementale.

 

À LIRE SUR LE SUJET 


© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/france/climat-ce-que-change-le-rapport-du-giec-08-10-2018-12101206.php#VvhqAYQmZ6tgQ0UK.99

Paroles, Paroles...

 

En France on va fermer toutes les centrales thermiques. On sera le premier pays qui ferme toutes ses centrales thermiques. Et je ne veux pas réduire ma souveraineté énergétique, c'est à dire importer du gaz de pays qui ne partagent pas forcément mes valeurs ou ré-ouvrir des centrales à charbon. 

Voir la video à partir de 26'

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 08:50

Le combat contre le changement climatique n'est pas terminé. Nous n'avons pas baissé les bras. Nous ne pouvons pas." Une deuxième édition du One Planet Summit se tient, mercredi 26 septembre, à New York (Etats-Unis) afin de faire le point sur les engagements pris fin 2017 à Paris en faveur des financements climatiques et pour les relever. A l'approche de cet événement, organisé en marge de l'Assemblée générale des Nations unies avec notamment l'ancien maire de New York, Michael Bloomberg, et Emmanuel Macron, des climatologues tirent la sonnette d'alarme. 

Ballottés entre le manque d'action et d'écoute, et des résultats chaque jour plus inquiétants, ils témoignent d'une forte "charge émotionnelle", comme le décritL'Echo, d'un état de "frustration et d'angoisse", expose encore une climatologue au magazine The Monthly (en anglais). A quoi ressemble donc le quotidien de ces "annonciateurs de mauvaises nouvelles" ? Franceinfo leur a posé la question.

"Observer une tragédie grecque"

"Il y a un peu parfois l'impression d'observer une tragédie grecque. Vous savez ce qu'il va se produire et vous voyez les choses se produire", présente Valérie Masson-Delmotte, chercheuse en sciences du climat au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de Paris-Saclay. Outre-Atlantique, le sentiment trouve écho : "Il y a peu de jour où on a l'impression que les choses vont bien", confirme Andrew Rosenberg, biologiste marin américain et directeur du Centre pour la science et la démocratie au sein de l'Union des scientifiques inquiets. 

Hausse des températures, fonte des glaciers, émissions de CO2 qui ne cessent de grimper... "On a l'impression d'être toujours annonciateurs de mauvaises nouvelles", déplore Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Face aux résultats de leurs recherches, ils décrivent parfois des situations de stress et d'épuisement dont il est difficile de s'affranchir une fois la porte du bureau claquée, le soir.

C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. Mon travail est très prenant. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps.

A l'unanimité, ils déplorent un manque d'action de la part des pouvoirs publics."Depuis une trentaine d'années, rapport après rapport, les scientifiques montrent le changement climatique. A l'échelle globale, rien ne se passe", regrette Gilles Ramstein, directeur de recherche au CEA. "On n'a pas arrêté de lancer l'alerte ! Face à ça, il y a un manque d'action, d'ambition. Il y a une très grande frustration de voir qu'alors que l'on sait que le climat se dégrade, les décideurs et les citoyens n'agissent pas suffisamment", abonde Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie belge et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le sentiment de crier "dans le désert"

Il dit avoir parfois l'impression de crier "dans le désert", seul. Un sentiment qu'a ressenti Benjamin Sultan lors de la démission de Nicolas Hulot. "Même en ayant un ministre qui est très engagé, conscient de la menace, on n'est pas capable de prendre la mesure du problème. Pour moi c'était un grand moment de solitude." Françoise Vimeux, elle aussi climatologue à l’IRD, explique cette indifférence par le sujet même des recherches réalisées dans le domaine."Nous en tant que climatologue, on parle souvent des conséquences pour la fin du XXIe siècle et ça paraît loin. Finalement il y a peu de personnes qui s’intéressent ou qui veulent prendre des responsabilités sur un temps aussi long." Mais l'urgence est là. 

Les choses changent, oui. Mais ça va trop lentement. Le climat ne va pas attendre qu'on se décide.

Andrew Rosenberg

à franceinfo

"Le problème il est qu'entre le moment où vous allez prendre conscience et celui où vous allez agir, normalement vous avez le temps. Mais là, le temps nous est compté", renchérit Andrew Rosenberg.

"Le combat n'est pas terminé"

Malgré un quotidien éprouvant, aucun d'eux n'est décidé à baisser les bras et se laisser aller à un "catastrophisme total, une sinistrose", comme le dit Gilles Ramstein. Ni optimisme "béat", ni pessimisme donc. "Je pense qu'il faut être lucide sur ce qu'il reste à faire", défend Valérie Masson Delmotte. Sa solution ?"Etre curieux. On est dans une situation inédite, on entre dans un territoire inconnu avec le changement climatique. Alors cherchez à comprendre quelles peuvent être les conséquences du réchauffement climatique chez vous. Cherchez à vous approprier des solutions."

"L'amplitude du changement climatique, elle dépend de nous. Il y a des scénarios optimistes, il y a des scénarios pessimistes, c'est à nous de décider suivant la manière dont on souhaite vivre", martèle Françoise Vimeux.

Voir la vidéo

 

Tribune. Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité, le pouvoir politique doitagir fermement et immédiatement. Il est temps d’être sérieux.

Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Pas trop tard pour éviter le pire

Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.

Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.

Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux.

Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.

C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire.

De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

 

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Quand la Science appelle à l'aide pour l'humanité ? Aurélien Barrau, Astrophysicien [EN DIRECT]

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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 16:23

1907. Le suédois Arrhenius a publié en France "L'évolution des mondes". Il y développe la "théorie de la serre chaude" et imagine déjà que la quantité de gaz carbonique dans l'atmosphère "puisse être modifiée, dans le cours des siècles, par la production industrielle".

 

Qui alors, dans la population, s'en soucie quand lui même y voit, d'une certaine façon, une chance pour les futures populations de l'hémisphère nord qui pourront profiter du réchauffement planétaire par un meilleure productivité agricole.

 

Qui, dans les milieux scientifiques, pourrait en faire un objet de recherche alors que dans la même période sont faites des découvertes aussi fabuleuses que les rayons X, la radioactivité, la structure des atomes et même l'équivalence matière/énergie.

 

Qui dans la population pouvait se préoccuper, dans les premières décennies du 20ème siècle, de la qualité de l'atmosphère après les millions de morts dans les tranchées de Verdun et d'ailleurs, les régions entières dévastées, toute une jeunesse décimée. Et comment sortir des horreurs de la deuxième guerre mondiale couronnées par les camps d'extermination et la mort atomique des habitants de Hiroshima et Nagasaki ….

 

Alors parler du CO2 dans l'atmosphère quand il fallait tout reconstruire et quand l'industrie de guerre allait se reconvertir dans des activités dites "civiles" qui allaient initier ces "trente glorieuses" dont on ne commencerait à mesurer l'impact sur la planète que quelques décennies plus tard. Pour le moment c'étaient le charbon et l'acier qui étaient supposés réconcilier les peuples. La fragile Union Européenne célèbre, chaque 9 mai depuis 1985, la déclaration du 9 mai 1950 de Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, par laquelle : "Le Gouvernement français propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande du charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.

 

La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin des régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes".

 

Le charbon et l'acier des armes au service de la paix ? Cette première Europe dont le développement a été alimenté par l'industrie et les capitaux américains a d'abord été l'outil d'une "guerre froide" entre l'Ouest et l'Est. Une guerre dont le terrain principal a été l'escalade dans la fabrication de produits manufacturés et d'armes. Allez donc parler d'effet de serre quand la menace principale est celle d'un conflit nucléaire qui anéantirait en un instant des villes entières et des millions de vies humaines.

 

Quant au reste du monde... La production de charbon et d'acier européens étaient supposés être "offerte à l'ensemble du monde, sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de paix. L'Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles : le développement du continent africain". Que penser de ces pieuses paroles quand on se souvient des souffrances de la décolonisation et quand on constate la persistance des guerres pour l'accès aux ressources naturelles qui ensanglantent les populations de l'Afrique et du Moyen Orient. Parler de réchauffement climatique aux pays qui doivent se relever des années d'exploitation coloniale et des guerres qui les ont suivies ?

 

Il a fallu attendre 1979 pour qu'un groupe de neuf climatologues remettent, à la demande du président des USA, Jimmy Carter, un rapport d'une vingtaine de pages rassemblant la synthèse des connaissances du moment sur l'impact possible des activités humaines sur le climat. Le groupe à l'origine du rapport publié sous le titre "dioxyde de carbone et climat : une évaluation scientifique" était présidé par Jule Charney, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il est généralement présenté comme le "Rapport Charney".

 

Le rapport Charney (1979).

 

Dans un avant propos, Verney E. Suomi, considéré comme le père de la météorologie par satellite et alors président du "conseil de recherche climatique" de l'Académie des Sciences, faisait le constat que "nous avons maintenant des preuves irréfutables que l’atmosphère est en train de changer et que c'est nous-mêmes qui contribuons à ce changement. Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone augmentent progressivement, et ces changements sont liés à l'utilisation par l'homme de combustibles fossiles. Étant donné que le dioxyde de carbone joue un rôle important dans le bilan thermique de l'atmosphère, il est raisonnable de supposer que des augmentations continues affecteront le climat."

 

Et déjà apparaît la préoccupation pour les générations futures. Il faut, écrit-il, "se pencher sur le monde de nos petits-enfants, le monde du XXIe siècle. D'ici là, combien de carburant sera brûlé, combien d'arbres seront abattus ? Comment un changement climatique affectera-t-il la société mondiale de la génération à naître ?"

 

Conclusion du rapport ? "si l'on suppose que la teneur en CO2 de l'atmosphère est doublée, l'équilibre thermique statistique étant atteint, les efforts de modélisation les plus réalistes prédisent un réchauffement global de la surface terrestre entre 2°C et 3,5°C, avec des augmentations plus importantes dans les hautes latitudes." 

 

Décembre 2009. Congrès d'automne de l'American Geophysical Union (AGU) à San Francisco.

Le congrès célèbre le trentième anniversaire du rapport Charney. "Rien, dans toutes les nouvelles connaissances acquises depuis trente ans, n'est venu contredire les conclusions du rapport Charney", expliquait Raymond Pierrehumbert, titulaire de la chaire de géo-sciences de l'université de Chicago, qui présidait la session. Avec une certaine amertume il constatait que ce qui était débattu actuellement dans le domaine du réchauffement climatique: "aurait pu commencer à être discuté il y a trente ans".

Qui pourrait affirmer que nous n'entendrons pas les mêmes propos dans trente ans  comme avaient déjà été oubliés, en 1979, les principes énoncés sept ans plus tôt lors de la conférence des Nations Unies sur l'Environnement réunie à Stockholm en juin1972 :

"Principe 5 : Les ressources non renouvelables du globe doivent être exploitées de telle façon qu'elles ne risquent pas de s'épuiser et que les avantages retirés de leur utilisation soient partagés par toute l'humanité.

Principe 6 : Les rejets de matières toxiques ou d'autres matières et les dégagement de chaleur en des quantités ou des concentrations telles que l'environnement ne puisse plus en neutraliser les effets doivent être interrompus de façon à éviter que les écosystèmes ne subissent des dommages graves ou irréversibles. La lutte légitime des peuples de tous les pays contre la pollution doit être encouragée. "

Il faudra attendre vingt ans après Stockholm pour que l'effet de serre et le réchauffement climatique commencent enfin à émerger à la conscience publique.

1992. Le sommet de la terre de Rio.

J'ai conservé ce numéro de la revue "La Recherche" de mai 1992. Un numéro spécial avec un seul titre en couverture "L'effet de Serre". L'éditorial est de Pierre Thuillier, le philosophe et historien des sciences dont le "Petit Savant Illustré", publié en 1980 avait fait les délices de toute une jeune génération de scientifiques en rupture avec un dogmatisme ambiant. Aujourd'hui, écrit-t-il, les climatologues lancent de sérieux avertissement.

Le ton reste prudent : "il se pourrait" écrit-il "que les hommes, à force de brûler des combustibles fossiles, de détruire les forêts et de développer des industries polluantes, dégradent dangereusement l'atmosphère". L'époque n'est pas encore aux affirmations : "Les activités humaines n'entraînent-elles pas un réchauffement excessif de la Terre ? Notre survie n'est-elle pas compromise ? Même des esprits plutôt pondérés sont amenés à envisager sinon le risque ultime, du moins des scénarios très pessimistes". Faisant suite au sommaire, sur une double page au dessus d'un paysage de cheminées d'usines fumantes, ce titre : "Un dossier scientifique épineux".

Pourtant, à relire ce numéro spécial, un quart de siècle plus tard, on constate à quel point beaucoup de ce qui n'était qu'interrogation s'est transformé en certitude. Des cartes du monde avaient été publiées qui illustraient ce que deviendrait le climat dans l'hypothèse d'un doublement du taux atmosphérique de gaz carbonique. Elles indiquent un réchauffement moyen qui pourrait atteindre 5°C et jusqu'à 8°C dans l'hémisphère Nord. Elles semblent l'exacte réplique de celles publiées vingt ans plus tard.

Ce numéro de "Le Recherche" annonce la "conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement" qui va se tenir à Rio de Janeiro, au Brésil, pendant le mois de juin. Resté dans les mémoires comme le "Sommet de la Terre de Rio", la conférence a été un réel succès médiatique : 178 pays représentés, 110 chefs d'Etats et de gouvernements présents, 2000 représentants d'organisations non gouvernementales (ONG) et surtout des milliers de personnes au forum organisé en parallèle par les ONG. La conférence se revendiquait comme le prolongement de la conférence internationale sur l’environnement humain (un premier " Sommet de la Terre" organisé en 1972 à Stockholm). Elle s'est conclue par une "Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement" énonçant 27 principes parmi lesquels était introduite la notion de "développement durable" dont l'interprétation et l'application ont donné lieu par la suite à de nombreuses controverses. Plus concrètement était adopté par les chefs d'Etat présents un "Agenda 21", plan d'action pour le 21ème siècle énumérant 2500 principes pour l'application de la déclaration.

Si cet "Agenda 21" est régulièrement cité depuis comme une référence il demeure, à y regarder de près, bien timide en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Dans on chapitre 9 consacré à la "Protection de l'atmosphère" il se contente de constater "Les préoccupations suscitées par le changement climatique et la variabilité climatique, la pollution atmosphérique et l'appauvrissement de la couche d'ozone ont suscité de nouvelles demandes d'informations scientifiques, économiques et sociales en vue de réduire les incertitudes qui subsistent dans ces domaines." Afin de "mieux comprendre et prévoir les diverses propriétés de l'atmosphère et des écosystèmes touchés, ainsi que leurs effets sur la santé et leurs interactions avec les facteurs socio-économiques" il se contente de que demander la mise en œuvre de moyens afin de "dissiper les incertitudes" et pour cela d'améliorer "la base scientifique nécessaire à la prise de décisions".

Cette insistance sur les "incertitudes", qui ne pouvait qu'alimenter le clan des "climato-sceptiques" déjà très actif, omettait ainsi les premières alertes du "Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution de climat (GIEC)" qui fonctionnait déjà depuis 1988 et dont c'étaient fait écho les rédacteurs du numéro de "La Recherche" de 1992.

1988 : Le GIEC.

Le GIEC a été créé en novembre 1988 par deux organismes de l’ONU : l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et leProgramme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). A son origine, une demande du G7, le groupement des 7 plus grandes puissances économiques mondiales. Dès 1990 il rendait public son premier rapport. Et déjà des certitudes :

"Nous avons la certitude que : Les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l'atmosphère des gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane, chlorofluorocarbones (CFC) et oxyde nitreux. Cette augmentation renforcera l'effet de serre, intensifiant le réchauffement général de la surface terrestre. Le principal gaz à effet de serre, c'est-à-dire la vapeur d'eau, deviendra plus abondant sous l'effet du réchauffement planétaire ce qui accentuera encore ce dernier. Les calculs nous donnent la conviction que certains gaz peuvent plus efficacement que d'autres modifier le climat et que leur efficacité relative peut être évaluée. Le dioxyde de carbone a causé dans le passé plus de la moitié du surcroît d'effet de serre, et il est probable qu'il en sera de même à l'avenir."

Après les certitudes les prévisions :

"En nous fondant sur les résultats que donnent les modèles actuels, nous prévoyons ce qui suit : La température globale moyenne augmentera en moyenne au cours du siècle à venir de 0,3 °C environ par décennie (avec une marge d'incertitude de 0,2 à 0,5 °C par décennie) si les émissions de gaz à effet de serre correspondent au scénario A du GIEC (poursuite des activités); c'est là une valeur supérieure à celle que l'on a observée au cours des 10 000 dernières années. Cela aura probablement pour conséquence que la température globale moyenne dépassera de 1 °C environ la valeur actuelle en 2025 (environ 2 °C de plus que pendant la période pré-industrielle) et de 3 °C avant la fin du siècle à venir (environ 4 °C de plus que pendant la période pré-industrielle). Cette augmentation ne se fera pas à un rythme régulier, en raison de l'incidence d'autres facteurs.

Dans le cas des autres scénarios du GIEC, qui supposent une réglementation progressivement plus stricte, le rythme d'augmentation de la température globale moyenne serait de 0,2 °C environ par décennie (scénario B), juste supérieur à 0,1 °C par décennie (scénario C) et de 0,1 °C environ par décennie (scénario D)."

Après les prévisions, le constat :

2014. Le cinquième rapport du Giec confirme que : "Chacune des trois dernières décennies a été successivement plus chaude à la surface de la Terre que toutes les décennies précédentes depuis 1850. Les années 1983 à 2012 constituent probablement la période de 30 ans la plus chaude qu’ait connue l’hémisphère Nord depuis 1 400 ans. La tendance linéaire de la moyenne globale des données de température de surface combinant les terres émergées et les océans indique un réchauffement de 0,85 [0,65 à 1,06] °C au cours de la période 1880–2012".

2017 en France.

Le ministère de la transition écologique et solidaire publie les "Indicateurs nationaux de suivi de la transition écologique vers un développement durable (2015-2020)". Il ne s'agit plus d'hypothèses mais de constats. On peut y lire que :

"La décennie 2001-2010 a été plus chaude de 0,2°C que la décennie 1991-2000 et se situe 1°C au-dessus de la moyenne 1961- 1990.

Le réchauffement de la température en France métropolitaine est très net. Les dix années les plus chaudes ont été observées durant les deux dernières décennies dont la température moyenne est supérieure de 1°C à la moyenne 1961-1990."

 

Une augmentation de 0,2°C par décennie, c'était ce que prévoyait, dès 1990, le scénario B du Giec.

 

La maison brûle mais aucun pompier ne répond à l'appel des sirènes.

 

 

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