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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 12:45

Béatrice Ibéné, présidente de l’Association pour la Sauvegarde et la réhabilitation de la Faune des Antilles, vétérinaire, vit et travaille en Guadeloupe. Elle était à Paris le lundi 28 avril 2014, devant le Conseil d’État, pour défendre un référé contre l'arrêté autorisant les épandages aériens aux Antilles. Interrogée par le journal Reporterre, elle expliquait que cette pratique est ancienne et que l'interdiction des épandages aériens depuis 2009 n'y change rien tant les dérogations sont nombreuses. Dernier en date, l'arrêté du 23 décembre 2013 permettait aux producteurs de bananes de continuer les épandages aériens de produits dangereux sur les Antilles pendant douze mois consécutifs.

 

Les épandages aériens, à quand la fin ?

 

Le gros problème de l’épandage aérien, affirmait-elle, "c’est la dérive des produits car ce mode de diffusion expose tous les êtres vivants aux pesticides. On a des témoignages récurrents de gens qui sentent les émanations à plus de huit cents mètres des zones d’épandage alors que la distance de sécurité imposée en France n’est que de 50 mètres. En Guadeloupe, les habitations ne sont jamais bien loin des bananeraies".

 

Ainsi donc, dans les Antilles comme en métropole, les nuages de pesticides ne respectent pas la frontière des 50m imposée par la loi !

 

Le 6 mai 2014, Béatrice Ibéné et son association remportaient une superbe victoire. Le Conseil d'État suspendait les autorisations d'épandage et condamnait l'État à verser 1000 euros à chacune des associations requérantes.

 

La qualité des mémoires remis par les associations avait emporté la décision mais le Conseil d'État ne pouvait ignorer également le "Rapport d'évaluation des plans d'action chlordécone aux Antilles" présenté en octobre 2009 par des autorités peu soupçonnées d'activisme écologiste telles que le Conseil Général de l'Environnement et du Développement Durable, l'Inspection Générale des Affaires Sociales, le Conseil Général de l'Agriculture de l'Alimentation et des Espaces Ruraux, l'Inspection Générale de l'Administration de l'Éducation nationale et de la Recherche. En conclusion que nous disaient ces grandes administrations de l'État réunies ?

 

"Aux Antilles françaises, des groupes de population particulièrement exposés (les travailleurs en agriculture, les familles consommant les produits de leur jardin, les pêcheurs etc.) mais aussi, de diverses façons, l’ensemble de la population sont touchés par la contamination des sols par la Chlordécone, les produits phytosanitaires organochlorés, et tous les pesticides quels qu’ils soient (le Glyphosate par exemple).

 

En effet, les milieux naturels sont le réceptacle obligé de toutes les percolations, lixiviations, lessivages et autres formes d’érosion qui entraînent et diffusent ces molécules et leurs produits de dégradation. Alors que l’on pensait qu’elle serait prisonnière des sols des anciennes bananeraies, la molécule de Chlordécone n’est qu’un témoin de ces différentes formes de contamination inévitable...

 

Les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu’en métropole, du fait de leur échelle géographique plus réduite, des dangers et des conséquences des pesticides [,,.] Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable, et, associée à la préservation des richesses des forêts et de la végétation tropicales dont l’attrait touristique est encore peu mis en valeur, ces objectifs pourront devenir des atouts pour un développement durable de ces îles."

 

Il nous faut parler du chlordécone (ou de la chlordécone, molécule parfois féminisée en fonction des auteurs) comme exemple flagrant de la désinformation en œuvre dès qu'il s'agit de dévoiler un réel scandale environnemental. Une leçon qu'il faudra retenir concernant cette pollution dont on commence à peine à parler : celle de l'air par les pesticides ou les particules fines.

 

Le scandale du chlordécone.

 

Le 15 mars 2014, la chaîne de télévision "Public Sénat" diffusait un documentaire réalisé par Thierry Derouet sous le titre : Chlordécone : poison durable.


 

La présentation annonçait un document sans concession : "L'affaire de la Chlordécone est le scandale sanitaire le plus retentissant de ces dix dernières années aux Antilles françaises. Cette molécule a été épandue sur les bananiers pendant plus de vingt ans, jusqu'en 1993 et sûrement un peu au-delà. Classé comme cancérigène possible, ce pesticide avait été interdit dès 1976 aux États-Unis.". Cette émission télévisée constitue l'un des témoignages les plus objectifs sur ce scandale à chaque fois étouffé dès qu'il revient sur la scène médiatique.


 

Treize années plus tôt, en juillet 2001 était remis, à la ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Dominique Voynet, un "rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe". La ministre n'ayant pas eu le temps de l'exploiter, car elle quittait son ministère le même mois, il semblait s'être perdu dans l'un ou l'autre des services ministériels. Il méritait pourtant mieux que cet oubli.


 

Il avait pour auteurs Henri Bonan de l'Inspection Générale des Affaires Sociales et Jean-Louis Prime de l'Inspection Générale de l'Environnement. Ce travail leur avait été demandé à la suite des résultats d’une campagne renforcée de contrôle des teneurs en pesticides dans l’eau, menée par la DDASS de Guadeloupe en 1999. Les mesures avaient montré des taux très élevés de pesticides organochlorés (Chlordécone, Dieldrine et β-hexachlorocyclohexane) dans l’eau distribuée et même dans l’eau embouteillée. Pourtant ces produits, utilisés sur les cultures de canne à sucre et surtout de bananes, étaient interdits d’usage depuis, respectivement, 1993, 1972 et 1987. Les taux de pollution mesurés avaient amené la fermeture d’une usine d’embouteillage d’eau de source et de captages alimentant plusieurs communes.


 

Parmi les pesticides retrouvés dans l'eau, les auteurs relevaient particulièrement la pollution par le chlordécone. En vingt ans au moins quatre rapports s'étaient succédés qui en décrivaient la présence et les effets, mais sans aucun succès. Pourtant depuis le grave accident survenu aux USA sur une usine fabricant du chlordécone et son interdiction dans ce pays en 1977, on connaît la nocivité de ce produit considéré comme cancérigène et facteur de troubles neurologiques. On sait aussi qu'il est fortement rémanent, on estime à plusieurs siècles sa persistance dans les sols traités où il contamine les plantes qui y poussent ainsi que les animaux et humains qui les consomment.


 

Informées du contenu du rapport Bonan-Prime les associations de consommateurs et de protection de l'environnement de Guadeloupe et Martinique sont les premières à se mobiliser mais tout est fait pour les dissuader.


 

Aux Antilles la justice coûte cher.


 

Le 24 février 2006, quatre associations guadeloupéennes, l'Union des producteurs agricoles de Guadeloupe, l'Association Agriculture-Société-Santé-Environnement, l'Union régionale des consommateurs, l'Association SOS Environnement Guadeloupe, portaient plainte contre X pour "Mise en danger d’autrui (risque immédiat de mort ou d’infirmité) par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence. Administration de substance nuisible ayant porté atteinte à l’intégrité d’autrui ".


 

Suite à ce dépôt de plainte, chacune a reçu du Doyen des juges d’instruction au tribunal de grande instance de Basse Terre une "Ordonnance fixant une consignation (partie civile)" ainsi libellée:


 

"Attendu que le plaignant a manifesté l’intention de se constituer partie civile, le plaignant ne bénéficiant pas de l’Aide Juridictionnelle, fixons à 1500 euros le montant de la consignation"


 

Au total ce sont donc 6000 euros qui sont demandés à ces associations, dont les moyens sont limités, pour que leur plainte soit simplement retenue ! Sachant que l'objectif légal d'une telle consignation est de garantir le paiement de l'amende susceptible d'être prononcée contre les associations pour le cas où leur constitution de partie civile serait jugée abusive par le tribunal correctionnel, cette mesure était clairement perçue par les associations comme une tentative de dissuasion.


 

La suite devait confirmer leurs craintes. Les associations ont choisi pour avocat Harry Durimel. Fervent défenseur de l’écologie et de la nature, il a été à la pointe de tous les combats pour la défense de l’environnement, des droits de l’Homme et des libertés. C’est en partie sous son impulsion qu’une plainte avec constitution de partie civile a été déposée. Rejoint depuis par une dizaine de ses confrères dans ce combat, il bataille pour vaincre la résistance qu’oppose le Procureur de la République à la recevabilité de ladite plainte.


 

Le 16 Mai 2007, Harry Durimel recevait une convocation pour le 4 Juin 2007 devant un Juge d’Instruction à Pointe-à-Pitre, en vue de son éventuelle mise en examen pour des prétendus faits de violation du secret de l’instruction et entrave à sa bonne marche remontant à Février et Mars 2004, c’est-à-dire plus de 3 ans plus tôt. Une vieille et banale affaire sur fond d'écoutes téléphoniques et dans laquelle l'avocat n'était en rien concerné.


 

De l’avis unanime des avocats qui ont eu accès au dossier, (plus d’une cinquantaine d’avocats se sont constitués pour sa défense), le dossier instruit ne contenait aucun élément probant permettant de mettre en cause leur confrère et s’analysait comme "une violation massive et systématique de toutes les règles de droit". L'ordre des avocats de Guadeloupe décidait de façon unanime d’apporter son soutien inconditionnel à Harry Durimel et appelait l'ensemble des avocats à se mobiliser le lundi 4 juin 2007 en suspendant toutes activités judiciaires quelles qu’elles soient.


 

Leur motion était transmise à la Ministre de la Justice, au Conseil National des Barreaux, à la Conférence des Bâtonniers de France et d’Outremer, au Bâtonnier de Paris, à la Confédération Nationale des Avocats, à la FNTJJA, au Syndicat des Avocats de France (SAF), aux Syndicats d’Avocats de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). Sous l'effet de la mobilisation l'affaire finalement se dégonflait.


 

Dans le même temps, en Martinique, une plainte pour empoisonnement était déposée par l'Association de Sauvegarde du Patrimoine Martiniquais (ASSAUPAMAR). Sept ans se sont passés et l'instruction est toujours en cours.


 

Quand l'affaire du chlordécone se transforme en affaire Belpomme.


 

Le 18 septembre 2007, le Professeur Dominique Belpomme, cancérologue, rendait public un "Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d’un plan de sauvegarde en cinq points."


 

A la demande d'élus et d'associations de la Martinique, le Professeur Belpomme s'était rendu sur place pendant une courte semaine début mai. Il avait pu mesurer la détresse de la population et celle des élus qui malgré les demandes adressées aux autorités métropolitaines constataient le poids d'une Omerta généralisée. Le rapport qu'il rédige alors est essentiellement une compilation de ce qui n'est déjà que trop connu sur la nocivité du chlordécone et la pollution généralisée des Antilles. Tout en regrettant que ces études n'aient pas été menées également en Martinique, il reprend les premières conclusions des études épidémiologiques menées en Guadeloupe : Karu-prostate (sur le cancer de la prostate), Hibiscus (sur le taux de contamination de la population), Timoun (sur les femmes enceintes et les nouveaux-nés).


 

En résumé il conclut que :

"Les Antilles traversent actuellement une crise extrêmement grave liée à l’utilisation massive de pesticides depuis de nombreuses années. Cette crise revêt en Martinique deux aspects principaux :

(1) Au plan agricole, la détérioration progressive des sols avec pour conséquences leur stérilisation et la possibilité de sérieux problèmes alimentaires.

(2) Au plan de la santé publique, la très forte augmentation d’incidence des cancers de la prostate et du sein, et possiblement une augmentation du nombre des cas de malformations congénitales et de pertes de fécondité."

 

Dans l’un et l’autre cas, ajoute-t-il " ces phénomènes risquent dêtre à l’origine, dans l’immédiat, de problèmes économiques et sanitaires sérieux et, à terme, d’un dépérissement de l’île et de sa population".

 

D'où son appel à l'action :

 

"Pour sauver les Antilles du désastre économique et sanitaire qui s’annonce et protéger les générations futures, il est urgent d’agir non seulement en gérant efficacement la crise actuelle, mais aussi en faisant en sorte qu’elle ne se renouvelle pas, autrement dit en réformant les pratiques agricoles et économiques actuelles, en vertu du principe de précaution."

 

Rien de bien révolutionnaire. Tout cela a déjà été écrit et publié. Mais le Professeur Belpomme est une personnage "médiatique" qui ne rechigne pas à s'exposer aux feux de la rampe. Par ailleurs, les titres à scandale font recette : "Cancer aux Antilles : publication du rapport Belpomme" titrait un grand hebdomadaire national relayé par ses confrères de la grande presse, par les radios, les télévisions. Les gros titres et les extraits qui les accompagnaient ne rendaient pas réellement compte du contenu du rapport mais le cancer fait parler et fait vendre. Cette publicité surfaite a pourtant atteint son objectif : on ne peut plus ignorer en métropole le drame qui se vit aux Antilles. L'accusation est grave : on a empoisonné la Guadeloupe et la Martinique !

 

Ici commence "l'affaire Belpomme".

 

Rapidement une mobilisation se développe pour discréditer une étude qui pourtant ne mérite pas tant d'honneurs. Le journal Ouest-France, daté du 21 septembre 2007 soit trois jours après la publication du rapport, titre : "Pas de catastrophe sanitaire aux Antilles". Sont interrogés les chercheurs du laboratoire Inserm de Rennes qui mènent les études sur le chlordécone en Guadeloupe. Manifestement la mission est d'étouffer le scandale.

 

Trop de cancers de la prostate ? Réponse des chercheurs : "l'indice élevé de cancers de la prostate se retrouve dans les autres îles caraïbes et dans la population noire américaine. En revanche, il y a moins de cancers du testicule que dans la population blanche". Perte de fertilité masculine ? "les chercheurs ont capturé des rats sauvages vivant sur des sols contaminés : leur reproduction semble partiellement altérée. Mais on ne retrouve pas ce résultat chez les ouvriers dont le sperme a été analysé". Problème sur les femmes enceintes ? "on ne voit pas émerger un facteur de risque qui dépasserait les autres".

 

En résumé : circulez il n'y a rien à voir dans les Antilles. Plus grave, l'article prête à l'un des scientifiques, le professeur Multigner, des propos clairement diffamatoires : "je conçois que des scientifiques puissent avoir des opinions différentes, mais je trouve inadmissible que l'on utilise le mensonge".

 

Mensonge ? Interrogé le 7 novembre 2007 par la commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale, Luc Multigner ne reprenait pas le propos mais regrettait simplement que "aucune concertation préalable n’ait été faite avec un certain nombre d’experts de santé publique ayant dans leur domaine déjà travaillé sur cette question, tels ceux, par exemple, de l’unité 625 de toxicologie de l’Inserm, de l’unité 292 "Fertilité" du même institut, ou les services de néonatalogie et de pédiatrie du CHU de Pointe-à-Pitre, ou encore des urologues s’agissant de l’évolution des cas de cancers de la prostate". Pas de mensonge donc mais un crime de lèse majesté : on n'avait pas consulté les "experts".

 

Mais que nous disaient alors ces "experts" ? Question déontologie le chercheur de l'Inserm aurait pu, lui aussi, recevoir quelques leçons car au moment même où il accusait son confrère de mensonge il avouait que lui même n'était pas en mesure d'affirmer quoi que ce soit: " Dans un an à dix huit mois, nous pourrons répondre aux interrogations les plus urgentes. Personne n'est en mesure d'affirmer qu'il y a catastrophe sanitaire. Il est possible qu'il y ait certains effets, mais personne n'a la réponse". Donc, si on le comprenait bien, l'équipe de l'Inserm ne saurait pas avant un an au minimum s'il y avait, ou pas, "catastrophe sanitaire" aux Antilles mais cela ne l'empêchait pas cependant d'affirmer qu'il n'y en avait pas. Nous verrons par la suite que les résultats définitifs se montreront pourtant bien préoccupants et viendront contredire cet optimisme de commande.

 

Notons que la leçon n'a pas été retenue et que, quelques années plus tard, le même déchaînement médiatique allait s'abattre sur le professeur Séralini et son étude sur les effets du Roundup.

 

L'affaire Belpomme et après.

 

Décrire toutes les études actuellement réalisées aux Antilles sur le problème de la pollution par le chlordécone, rapporter la détresse des populations concernées et la lutte des associations pour obtenir des mesures de protection et de retour à la normale prendrait plusieurs volumes. Contentons nous de jeter un rapide coup d’œil sur ce qui est aujourd'hui avéré.

 

Dans une publication de l'Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) du 22 juin 2010, on lit sous le titre : "Exposition au chlordécone et risque de survenue du cancer de la prostate", l'introduction suivante :

"des chercheurs de l’Inserm (Unité Inserm 625 - Groupe d’Étude de la reproduction chez l'homme et les mammifères, Université Rennes 1), du CHU de Pointe-à-Pitre (Service d’urologie, Université des Antilles et de la Guyane) et du Center for Analytical Research and Technology (Université de Liège, Belgique) montrent que l’exposition au chlordécone, un insecticide perturbateur endocrinien employé aux Antilles françaises jusqu’en 1993, est associée significativement à une augmentation du risque de survenue du cancer de la prostate."


 

On été suivis, entre 2004 et 2007, des hommes originaires de la Caraïbe (Guadeloupe, Martinique, Haïti, Dominique). Leur exposition au chlordécone avait été évaluée par une méthode originale d’analyse de la molécule dans le sang. La réponse aux interrogations de 2007 était donc claire et le journal Libération pouvait titrer "Le Chlordécone augmente le risque de cancer", ce que le journal Le Monde traduisait plus tard par "Guadeloupe : monstre chimique" sans risquer cette fois de s'attirer les foudres des "autorités scientifiques".


 

Moments de vérité à l'émission Public-Sénat.


 

Revenons à l'émission de Cécile Everard et Thierry Derouet, sur le " Chlordécone : poison durable". Parmi les personnes interrogées se trouvaient Luc Multigner (Inserm U625, Rennes et Pointe-à-Pitre) et Pascal Blanchet (Service d’Urologie du CHU de Pointe-à-Pitre/Abymes) deux des coauteurs de l'article cité précédemment.


 

Moments de vérité :

 

Luc Multigner : "le chlordécone était arrivé à contaminer la majorité voire l'ensemble de la population essentiellement par voie alimentaire."

 

Pascal Blanchet (au sujet du cancer de la prostate) : "c'est un cancer qui est beaucoup plus fréquent que dans les autres régions de France. Deux fois plus de cancers et on en meurt deux fois plus. C'est celui qui saute aux yeux de toutes les familles parce que chaque famille a un membre homme de sa famille qui a été touché et il représente à lui tout seul chaque année 500 nouveaux cas en Guadeloupe 500 nouveaux cas en Martinique ce qui fait la moitié des nouveaux cancers tous sexes confondus. Le chlordécone est un facteur de risque supplémentaire de survenue du cancer de la prostate dans nos deux régions."

 

Luc Multigner : "parallèlement on s'est intéressé aux effets sur l'enfant pendant la vie intra-utérine et pendant la vie extra-utérine ce que l'on appelle le développement postnatal. Ce que nous avons constaté c'est que l'exposition prénatale a une influence sur le développement et en particulier sur deux aspects, l'un que l'on appelle la mémoire récente chez les enfants de 7 ans et puis l'autre ce qu'on appelle la motricité fine, la motricité fine étant la capacité à pouvoir articuler, jouer avec des jeux c'est toute cette capacité d'appréhension des objets. Alors ce que l'on a constaté c'est que plus les mamans étaient exposées au chlordécone plus les scores qu'on pouvait déduire de ces différents tests étaient moins bons. Est-ce que c'est grave docteur ? En soit non. Mais pour nous c'est un signal , une alarme car on sait de plus en plus que des petites modifications subtiles peuvent éventuellement perdurer dans le temps et être des signes précurseurs d'effets, alors cette fois ci d'effets de santé importants qui vont se manifester uniquement à un âge avancé".

 

Ce jour là ces chercheurs ne parlent pas la langue de bois. Sans doute, dans ce moment de vérité, faut-il s'efforcer d'oublier les propos anciens de Luc Multigner à l'encontre de Dominique Belpomme. Certainement faut-il surtout regretter, sans s'en étonner, que son témoignage d'aujourd'hui ne rencontre pas la même couverture médiatique que celui de Belpomme qui, sans avoir le même poids scientifique, avait quand même réussi à alerter l'opinion publique.

 

Luc Multigner est d'ailleurs le premier à stigmatiser l'indifférence hexagonale à ce problème antillais :

 

"Imaginez un instant que le chlordécone, au lieu d'être utilisé aux Antilles, ait été utilisé dans une région comme la région bretonne et que une bonne partie des sols agricoles soient pollués pendant des décennies voire pendant des centaines d'années avec un contaminant qui est quand même d'un potentiel toxique très important et qui contaminerait 90% de la population bretonne. Vous imaginez l'impact ou la perception que cela aurait eu. Alors peut-être que parce que les Antilles sont loin, parce que l'Outremer est loin, on a du mal à percevoir l'étendue de ce problème. Et comme le problème est relativement nouveau il faut faire preuve d'imagination et cette imagination ne doit pas être partagée, seulement par le scientifique, mais par tous les acteurs du dossier et, bien sur, par la puissance publique".

 

Nous reparlerons de la Bretagne qui ne connaît pas le chlordécone mais n'est pas épargnée par d'autres polluants et nous quitterons provisoirement les Antilles en citant le commentaire qui conclut ce superbe moment de télévision :

 

"Avec une échelle géographique réduite les Antilles ne font que témoigner un peu plus tôt qu'en métropole des dangers et des conséquences insoupçonnées de l'emploi des pesticides, Le mal est fait, les générations futures devront se débrouiller avec la nature mais aujourd'hui chaque Antillais porte en lui une parcelle de la pollution dans son sang et dans son âme."

 

 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 12:45

Retrouvons cette émission télévisée, décidément très riche, de Public-Sénat. Dans le débat qui suit le reportage réalisé aux Antilles, Benoît Duquesne a invité, entre autres, le professeur Narbonne, toxicologue. Pour répondre à l'avocat des associations guadeloupéennes qui déclarait que "si ça s'était passé en Bretagne, les choses n'auraient pas évolué de la même façon", il répondait : "il y a la même contamination en Bretagne. Il y a la même étude qui se fait en Bretagne aujourd'hui sur les femmes enceintes pour regarder les effets de l'exposition aux pesticides puisque la Bretagne est un pays agricole qui a beaucoup utilisé de pesticides. On a vu là aussi les problèmes d'élevage avec les proliférations d'algues, les résidus d'antibiotiques dans l'eau et donc la Bretagne est extrêmement polluée".

 

Et à Benoît Duquesne qui remarquait que dans le film "il y a quelqu'un qui dit regardez ce qui se passe en Bretagne, il suffit qu'il y ait quelques algues vertes, un cheval qui meurt et c'est une affaire nationale! ", il répondait : "ce n'est pas un hasard si la même équipe d'épidémiologie qui est en train d'étudier ce qui se passe aux Antilles vient de Rennes, Donc ça veut dire que le cœur de l'épidémiologie des effets des pesticides est en Bretagne et qu'on a délocalisé une équipe sur les Antilles".

 

Ainsi donc la Bretagne et les Antilles sont les sujets principaux des épidémiologistes qui étudient les effets de la pollution par les pesticides sur les femmes enceintes et leurs enfants. En Guadeloupe l'étude s'appelle Timoun, un joli mot du créole guadeloupéen signifiant enfant. En Bretagne elle s'appelle Pélagie. Pélagie comme la déesse de la mer ? Non, Pélagie comme "Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance"! C'est moins poétique mais c'est beaucoup plus parlant.

 

Timoun, grossesse et chlordécone aux Antilles.

 

L'étude Timoun a été menée sur une "cohorte mères-enfants" incluant 1068 femmes (ne pas s'effrayer, la "cohorte" est ici un terme scientifique bien pacifique). Ces futures mères ont été vues en consultation en fin de grossesse dans les maternités de Guadeloupe entre 2004 et 2007. Les données sociodémographiques, médicales et celles concernant l’alimentation pendant la grossesse ont été recueillies par questionnaire et dans les dossiers médicaux. La concentration de chlordécone a été mesurée dans le sang maternel recueilli à l’accouchement.


 

Conclusion : "Nos résultats suggèrent un impact possible de l’exposition chronique par le chlordécone sur une diminution de la durée de gestation. Elle est plausible compte tenu de l’action du chlordécone sur les récepteurs aux œstrogènes et/ou à la progestérone in vitro et in vivo, lesquels jouent un rôle déterminant dans le déclenchement de l’accouchement. Cette association est observée après prise en compte des autres facteurs de risque de prématurité et ce risque, s’il est avéré, est susceptible de contribuer au taux de prématurité élevé présent dans cette population. Des recommandations ont été mises en place depuis plusieurs années en vue de réduire les apports alimentaires en chlordécone et donc l’imprégnation globale de la population".

 

Et les nouveaux nés ?

 

Sur le site de l'Inserm un article de septembre 2012 indique que 153 nourrissons, garçons et filles, ont fait l’objet d’un suivi à l’âge de 7 mois. La conclusion mérite d'être citée :


 

"L’exposition prénatale au chlordécone a été estimée par son dosage sanguin dans le sang du cordon. L’exposition post-natale a, quant à elle, été estimée par son dosage dans le lait maternel ainsi que par la fréquence de consommation par les nourrissons de denrées alimentaires susceptibles d’être contaminées par le chlordécone. Puis, la mémoire visuelle, l’acuité visuelle et le développement moteur des nourrissons ont été testés."

Les scientifiques notent un lien entre exposition prénatale au chlordécone et perturbations de l'attention et de la motricité du nouveau né. L’exposition postnatale, quant à elle, a été retrouvée associée à des troubles de la mémoire visuelle et de la capacité d'attention.


 

"En conclusion, l’exposition prénatale au chlordécone ou postnatale via la consommation alimentaire est associée à l’âge de 7 mois a des effets négatifs sur le développement cognitif et moteur des nourrissons".


 

Les chercheurs rapprochent ces troubles de certaines particularités décrites dans le passé chez des adultes exposés professionnellement au chlordécone et caractérisées par un appauvrissement de la mémoire à court terme. Ils et elles s’interrogent aussi sur la possibilité que ces observations, faites chez les nourrissons à l’âge de 7 mois, puissent annoncer de troubles permanents à un âge plus avancé. Pour Sylvaine Cordier et Luc Multigner, "seul le suivi des enfants au cours des années à venir permettra de répondre à ces interrogations". Les enfants de la cohorte Timoun font l’objet actuellement d’un suivi à l’âge de 7 ans.


 

Pélagie, grossesse et Atrazine en Bretagne.


 

C'est un article du journal Ouest-France du 9 décembre 2009 qui alerte ses lecteurs. Son titre : "Pesticides durant la grosses, bébé trinque". Le titre, accrocheur, est évidemment de la rédaction. Il résume bien, cependant, les propos tenus par les deux scientifiques de l'Inserm qui sont interrogées.

 

Leur étude consistait à évaluer le niveau d'exposition aux pesticides des femmes enceintes et à en mesurer l'impact sur la grossesse et le développement de l'enfant. Entre 2002 et 2006, elles ont suivi 3400 femmes résidant en Ille-et-Vilaine, Côtes-d'Armor et Finistère.

 

Dans les urines de six cents femmes elles ont trouvé deux pesticides potentiellement toxiques pour la reproduction et le développement neuropsychologique. 95% des analyses montraient des traces d'insecticides organophosphorés, 30 à 40% de traces d'herbicides de la famille des triazines, dont le modèle est l'Atrazine, utilisés dans la culture du maïs, interdits depuis 2003, mais toujours présents dans l'environnement et l'eau.

 

La question vient naturellement : quel impact sur la grossesse et le nourrisson ?

 

Réponse : "Même à des niveaux faibles, la présence de triazines augmente les risques d'anomalie de croissance dans l'utérus, avec un faible poids de naissance, qui peut être un handicap pour le développement du bébé, et un périmètre crânien plus petit, ce qui n'est pas bon pour le système nerveux central."

 

Autre question : d'où viennent les pesticides ?

 

Réponse : "Avec Air Breizh, nous avons mesuré la quantité de pesticide largué dans l'air après usage agricole. Nous avons établi un lien entre le problème de croissance du foetus et la quantité de pesticide dans l'air. On pense souvent que l'exposition aux pesticides est professionnelle ou alimentaire. Or, vivre à proximité d'une zone agricole n'est pas anodin".

 

La contamination par l'air ! Pour la première fois une étude, publiée en France, en fait clairement état. Et ces propos ne sont pas "paroles en l'air". Il est dommage que la publication rédigée en anglais, sous le titre "Environmental determinants of the urinary concentrations of herbicides during pregnancy: the PELAGIE mother-child cohort (France)" ne soit pas disponible en français. Un rapide survol montre cependant l'usage que les deux scientifiques ont fait des images par satellites pour localiser les volontaires participant à l'enquête ainsi que les champs plantés en céréales. On y voit également comment elles ont utilisé les données météo pour intégrer la direction et la vitesse du vent dans leurs mesures. Le lecteur, incapable de comprendre les formules savantes dans lesquelles les scientifiques font entrer leurs données, constate au moins qu'elles ne s'avancent pas sans de solides arguments quand elles affirment que "vivre à proximité d'une zone agricole n'est pas anodin".

 

Quant aux mères testées de la "PELAGIE mother-child cohort", n'ont-elles été informées du résultat de l'enquête que par ce seul article du journal Ouest-France ? Ont-elles été personnellement alertées sur un possible "handicap pour le développement" de leur enfant et conseillées sur la façon dont elles peuvent y remédier ? Ou, n'étant rien de plus qu'un numéro anonyme dans une statistique, sont-elles maintenues dans une ignorance habillée du secret médical ?

 

Une chose est certaine : les pouvoirs publics, administrations, élus(e)s régionaux et nationaux, de même que les lobbies industriels et agricoles ne peuvent plus, quant à eux, ignorer cette réalité. Dès lors l'inaction devient criminelle.

 

Interdire les épandages ?

 

Début mai 2014, une vingtaine d'enfants et une enseignante d'une école primaire de Gironde avaient été pris de malaises après l'épandage d'un fongicide sur des vignes situées à proximité de leur établissement. Dès la fin du mois, la ministre de l'Environnement Ségolène Royal annonçait fin mai qu'elle présenterait "très prochainement", avec son collègue de l'Agriculture, une interdiction des épandages de produits phytosanitaires à moins de 200 mètres des écoles.

 

Mobilisation immédiate de la FNSEA qui annonce une manifestation pour la fin juin et premier bémol du ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll : "Il s'agit d'avoir des mesures pour protéger des lieux publics, en particulier des écoles, des hôpitaux voire des maisons de retraite, et ça restera cet objectif-là", déclare-t-il au micro d'Europe 1."Jamais il n'a été question d'interdire à 200 m de toutes les habitations". Une maison isolée ou un lotissement n'étant pas un lieu "public" on pourra donc continuer à intoxiquer les enfants, mais seulement chez eux !

 

Pourtant, protéger les seuls lieux publics c'est encore trop demander. De conciliabules en conciliabules dans les couloirs ministériels l'amendement encadrant l’épandage de pesticides près des lieux "sensibles" a été bien édulcoré quand il arrive à l’examen de la commission ad hoc puis quand il passe au parlement.


 

11 septembre 2014.


 

L'Assemblée Nationale adopte la "petite loi" d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. Son article L.253-7-1 est ainsi rédigé :


 

"À l’exclusion des produits à faible risque ou dont le classement ne présente que certaines phases de risque déterminées par l’autorité administrative :


 

1° L’utilisation des produits mentionnés à l’article L.253-1 est interdite dans les cours de récréation et espaces habituellement fréquentés par les élèves dans l’enceinte des établissements scolaires, dans les espaces habituellement fréquentés par les enfants dans l’enceinte des crèches, des haltes-garderies et des centres de loisirs ainsi que dans les aires de jeux destinées aux enfants dans les parcs, jardins et espaces verts ouverts au public."


 

La loi Labbé de février 2014 avait déjà interdit, à partir de 2020, l'usage des pesticides "pour l'entretien des espaces verts, des forêts ou des promenades accessibles ou ouverts au public et relevant de leur domaine public ou privé". L'interdiction d'utiliser des pesticides dans les cours de récréation, les crèches, les haltes-garderies, les aires de jeux, n'est donc qu'un rappel des règlements déjà existants ou à échéance proche. Mais pour ce qui est de l'autre côté du grillage, là où se font les épandages, voyons ce que dit la suite de ce nouvel article L.253-7-1 :


 

"2° L’utilisation des produits mentionnés au même article L.253-1 à proximité des lieux mentionnés au 1° du présent article ainsi qu’à proximité des centres hospitaliers et hôpitaux, des établissements de santé privés, des maisons de santé, des maisons de réadaptation fonctionnelle, des établissements qui accueillent ou hébergent des personnes âgées et des établissements qui accueillent des personnes adultes handicapées ou des personnes atteintes de pathologie grave est subordonnée à la mise en place de mesures de protection adaptées telles que des haies, des équipements pour le traitement ou des dates et horaires de traitement permettant d’éviter la présence de personnes vulnérables lors du traitement.

Lorsque de telles mesures ne peuvent pas être mises en place, l’autorité administrative détermine une distance minimale adaptée en deçà de laquelle il est interdit d’utiliser ces produits à proximité de ces lieux."

 

Oubliés donc les 200m. En cas de danger immédiat, c'est encore "l'autorité administrative", à savoir le préfet ou l'un de ses subalternes, qui devra prendre la décision de déterminer "une distance minimale adaptée en deçà de laquelle il est interdit d’utiliser" des pesticides. Quel est le kamikaze qui prendra ainsi le risque de voir sa préfecture noyée dans le lisier ou le centre des impôts local partir en feu de joie, comme on a encore pu le voir il n'y a pas si longtemps.

 

Parlons maintenant des "protections adaptées" supposées protéger les "personnes vulnérables". Qui peut imaginer qu'une simple haie puisse être un écran efficace contre un nuage de pesticides quand on sait qu'on peut en trouver les retombées à des kilomètres. N'oublions pas les consignes de sécurité données à celui qui, l'autre côté de la haie, s'active à épandre du glyphosate :

 

  • Bien regarder les prévisions météo: températures extérieures comprises entre 15°C et 25°C, éviter les temps secs mais aussi les temps humides, pas de pluies prévues dans les 6 heures après l’application, vérifier la direction du vent, pas d'application par vent supérieur à 18km/h.

     

  • Porter des équipements de protection individuelle (EPI), c'est à dire combinaison, gants et chaussures imperméables, lunettes, masque avec filtre adapté, veiller à entretenir et à renouveler régulièrement les EPI. Exécuter parfaitement les procédures d’habillages et de déshabillage. Ne jamais stocker les EPI avec les pesticides. Prendre une douche après chaque application de pesticides. Attendre six heures avant d'entrer dans la parcelle traitée.

 

De plus n'oublions pas que la haie protectrice n'est considérée comme nécessaire que dans des cas bien limités : écoles, aires de jeux, centres de santé, hébergements pour personnes âgées... Habitations individuelles pas concernées. Votre enfant sera supposé être protégé tant qu'il sera en classe mais chez vous...

 

Stéphane le Foll l'avait bien dit : "Jamais il n'a été question d'interdire à 200 m de toutes les habitations". Par contre il est prévu d'empêcher de construire des établissements "sensibles" à proximité des champs où du pesticide est épandu.

 

En effet l'article L.253-7-1 se termine par : "En cas de nouvelle construction d’un établissement mentionné au présent article à proximité d’exploitations agricoles, le porteur de projet prend en compte la nécessité de mettre en place des mesures de protection physique". En clair : pas de permis de construire si le "porteur du projet" ne peut garantir qu'il a pris toutes les mesures pour que pas une molécule de pesticide ne parvienne à franchir la "protection physique" qu'il aura mis en place. Bon courage aux maires qui auraient à instruire le dossier d'implantation d'une école, d'un jardin public, ou d'un lieu de santé en milieu rural !

 

Quant à un nouveau lotissement, n'en parlons pas. En résumé : un article de loi supposé protéger les populations sensibles, se transforme en un article qui protège les pollueurs !

 

Quant aux personnes isolées, qu'elles ne comptent pas sur la loi pour les protéger. Témoin, l'histoire de la "famille assiégée par les pesticides" rapportée par Médiapart. En juillet 2004 cette famille fait l’acquisition d’une maison dans un village de l’Eure-et-Loir, aux confins du Perche, afin d’offrir à leurs deux jeunes enfants de l’air pur et le contact avec la nature. Ils pensent avoir gagné "un petit coin de paradis". Au printemps de l'année suivante, alors qu’ils fêtent l’anniversaire de l’un de leurs enfants dans le jardin, où se trouvent une vingtaine de personnes, surgit l’énorme tracteur d'un voisin agriculteur, qui commence à épandre un nuage de pesticides à l’odeur nauséabonde sur le champ qui entoure leur maison. Le tracteur roule à un mètre de la haie, et la rampe d’épandage déborde carrément au-dessus de la haie du jardin. C'est le début d'un long combat de la famille pour défendre son droit à respirer d'autant plus que l'un des enfants, âgé de trois ans, tombe rapidement malade. Famille ostracisée et même menacée, indifférence et complicité des pouvoirs publics vis à vis des pollueurs... en 2010 la famille renonce et déménage. Combien de familles, ne disposant pas de la possibilité de changer de domicile, sont contraintes à subir cette pollution sans même oser protester par peur de représailles.

 

Les deux scientifiques de l'Inserm de Rennes qui ont mené l'étude Pélagie des effets des pesticides sur les femmes enceintes et leurs nouveaux-nés ont bien des raisons de l'affirmer : "vivre à proximité d'une zone agricole n'est pas anodin".

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 12:44

On ne peut que le constater, l’État, les collectivités territoriales et les établissements publics qui leur sont rattachés sont bien loin de faire respecter le droit reconnu à chacun, par la loi, de "respirer un air qui ne nuise pas à sa santé". Mais qui le sait.

 

Qui le sait ? Beaucoup plus de personnes "qualifiées" et d'institutions que nous ne pourrions le penser. Faut-il rappeler la suite de rapports que nous avons présentés dans les chapitres précédents et dont nous donnons la liste en fin d'ouvrage ? Peut-on feindre d'ignorer les 42 000 morts prématurés, en France, chaque année ?

 

Pourtant rares sont les moments où cette connaissance descend au niveau de chacune et chacun d'entre nous et plus rares encore sont les décisions qui en découlent.

 

Savoir.

 

"Informez-vous", c'est le premier message délivré par les associations de consommateurs et de protection de l'environnement. Chacun en France peut connaître aujourd'hui, s'il le souhaite, le niveau de pollution de l'eau qu'il consomme. Le temps n'est pourtant pas si éloigné où l'ignorance était la règle. En 1993, la revue "Que Choisir" décidait d'en savoir un peu plus sur la pollution des eaux de consommation par les nitrates. Elle plaçait une bande test et une mire de comparaison des couleurs obtenues dans chaque exemplaire de la revue et demandait à ses lectrices et lecteurs de lui communiquer le résultat de leur mesure. La carte publiée, indiquant une pollution généralisée avec des pics dans certaines régions, n'a pas été sans influence sur les élus et administrations locales invitées à réagir.

 

On se souvient encore des retraits opérés sur leurs factures d'eau par les consommateurs de Guingamp et de Saint-Brieuc qui avaient constaté un excès de nitrates à leur robinet. Leur action obligea les distributeurs à leur rembourser le prix de l'eau en bouteilles qu'ils avaient dû consommer pendant plusieurs mois et les municipalités à prendre les mesures nécessaires.

 

Résultat de ces différentes mobilisations : la qualité de l'eau est mieux surveillée. Depuis 1995, les collectivités en charge de la gestion de l'eau et de l'assainissement doivent fournir un "rapport annuel sur le prix et la qualité du service". Des commissions consultatives des consommateurs d'eau existent dans les collectivités territoriales les plus importantes. Les articles de presse, les radios, les télés se saisissent du sujet. Les utilisateurs qui le souhaitent savent donc pour l'essentiel quelle eau arrive à leur robinet et peuvent agir pour obtenir qu'on en améliore la qualité, même si le chemin est encore long avant qu'on parvienne à un résultat vraiment satisfaisant.

 

Nous savons mieux pour l'eau. Mais que sait-on de la qualité de l'air. Seules les villes dépassant 100 000 habitants ont le droit à une mesure complète et régulière des polluants liés aux combustions : oxydes d'azote et de soufre, ozone, particules fines. Leurs habitants sont-ils mieux protégés ? Quand une alerte est lancée il est déjà bien tard. Le degré de pollution a atteint, depuis de nombreuses heures, un niveau pour lequel les dommages pour les personnes sensibles, en particulier les enfants, sont immédiats. L'augmentation subite du nombre d'hospitalisations en témoigne alors.

 

Quant aux habitants des villes et communes moyennes ils sont supposés ne pas être concernés. Pourtant la pollution de l'air ne les épargne pas comme le montre l'exemple de mesures faites à Landivisiau dans le Finistère.

 

Landivisiau est une commune de 9000 habitants, au bord de la voie express qui concentre toute la circulation entre Brest, Saint-Brieuc et Rennes. Ses habitants n'auraient eu aucune idée de la pollution générée par cette proximité si l'idée n'était pas venue aux élites politico-économiques régionales de vouloir implanter une centrale électrique à gaz de forte puissance dans le voisinage immédiat des zones habitées de la commune. Et ceci, comme le font remarquer les habitants opposés à ce projet, en contradiction avec tous les engagement ministériels de lutte contre l'effet de serre et la volonté affichée de développer les énergies renouvelables. Projet donc il y a, d'où enquête publique, c'est à dire, comme à Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens, un simulacre de consultation sur une opération décidée dans les "hauts lieux" où se perd la démocratie.

 

Enquête publique signifie étude d'impact et mesure du degré initial de la pollution de l'air. C'est ainsi que, même si on s'est bien gardé de faire les mesures pendant les mois d'hiver connus pour être ceux de forte pollution, les habitants de Landivisiau constatent qu'ils subissent déjà une pollution équivalente à celle mesurée à Brest et Saint-Brieuc, les deux plus grandes villes du secteur. Et que celle-ci frôle des sommets avec, en particulier, les mêmes pics aux horaires de forte circulation automobile sur la voie express voisine.

 

La réalité bien celle là : quand les grandes villes sont polluées, le milieu rural n'est pas épargné. Si alerte il doit y avoir elle doit pouvoir être lancée de tout point de la région concernée. Le problème est que ces alertes doivent être justifiées par une mesure locale. Obtenir la multiplication des points de mesure afin de couvrir l'ensemble du territoire est le premier combat que devront mener les associations de consommateurs et de protection de l'environnement.

 

Se souvenir aussi que l'information n'est que le premier stade de la mobilisation car, si le fait de savoir essentiel, encore faut-il le transformer en action.

 

Aux Antilles : savoir et après ?

 

Sans doute n'y a-t-il pas une région française où la connaissance de la pollution et de ses effets soit mieux connue qu'aux Antilles. L'affaire du chlordécone s'y est traduite par les programmes d'étude Karuprostate, pour le cancer, ou Timoun pour l'effet sur les femmes enceintes et leurs enfants. On ne peut donc pas ignorer que les hommes contaminés par le chlordécone ont un risque accru de cancer de la prostate et que les femmes enceintes risquent de mettre au monde des enfants prématurés, de faible poids ou de développement cérébral perturbé. Mais que leur propose-t-on ? Des moyens supplémentaires sont-ils déployés dans les Antilles pour traiter ces cancers spécifiques ? Les femmes dont les enfants ont été classés "à risque" en ont-elles été informées ? Des mesures spécifiques sont-elles prévues pour les aider et suivre leurs enfants dans leur développement physique et intellectuel. Ne leur laisse-t-on, en échange de leur participation volontaire à l'étude qui les concernait, que le poids d'un sentiment de culpabilité impuissante ? Et pour ce qui concerne les femmes en désir d'enfant, faut-il leur conseiller de faire analyser au préalable leur sang pour y détecter le taux des polluants qui imprègnent leur corps. Peut-on leur indiquer un moyen de s'en débarrasser ou existe-t-il un moyen d'en prévenir les effets. Savoir sans rien pouvoir ne serait-elle pas la pire des épreuves ?

 

Et la culpabilisation ne s'arrête pas au seuil de la maternité. Comment nourrir sa famille dans une région dont on découvre que les sols sont contaminés pour des siècles.

 

Visite au jardin créole.

 

Dans les îles de la Caraïbe, le "jardin créole", qui fournit aux populations une part de leur autonomie alimentaire, est un héritage des civilisations amérindiennes et africaines. Cet élément incontournable du paysage rural et culturel des Antilles est un concentré d'agro-écologie. Sur à peine 200m2, fourmillent une multitude de plantes vivrières, fruitières, aromatiques, médicinales, destinées principalement à l'autoconsommation familiale. Comme dans une forêt, les espèces sont agencées de manière à occuper une "niche écologique" permettant leur coexistence et leur coopération. Sur un même carré de terre on voit pousser cinq légumes différents : du choux paumé, des carottes, de la patate douce, de l'igname, du céleri... Chacun attire des insectes différents qui se neutralisent les uns les autres. Certaines plantes offrent des services à leur voisine: elles peuvent capter l’azote de l'air pour le fournir aux autres plantes, ou encore couvrir le sol et éviter l’érosion et la pousse de plantes indésirables. Des chercheurs du centre Inra Antilles-Guyane, des agronomes, des mathématiciens, des informaticiens, des écologues étudient les associations végétales de ces jardins créoles et les techniques traditionnelles qui y fleurissent.

 

Et pourtant les jardins créoles sont aujourd'hui présentés comme un danger dont il faut se prémunir. Installés à proximité des zones bananières ou sur des sols ayant été occupés par cette culture, certains sont gorgés de chlordécone. Pendant des années personne ne s'en est préoccupé mais quand a éclaté "l'affaire Belpomme", c'est à dire la tempête médiatique déclenchée par les révélations du cancérologue, la ministre de la santé Roselyne Bachelot, s’était précipitée pour annoncer le renforcement des LMR (limites maximales de résidu) les faisant passer de 50 microgrammes à 20 microgrammes par kilogramme d'aliment. Sous le prétexte de chercher à étouffer le scandale enfin dénoncé en métropole, elle raidissait les normes à défaut de pouvoir éliminer la pollution. Elle créait, ainsi, une panique dans la population antillaise : que consommer de son jardin, que vendre sur les marchés ?

 

Pour enterrer un problème politique on crée une "commission", pour noyer un problème environnemental, on rédige un "programme". Dans le cas présent le programme s'appelle JAFA (programme de santé Jardins Familiaux). Il a pour but de dissuader les Antillais de consommer les produits de leur jardin.

 

Une présentation de ce programme par le "Comité Guadeloupéen d'Éducation pour la santé" et les Directions de "la Solidarité et du Développement Social" de Guadeloupe et Martinique montre des cartes où de larges plages de points rouges ciblent les zones contaminées. L'objectif est clairement annoncé : "amener 50% des personnes à risque s’alimentant à partir de jardins familiaux ou de circuits courts de distribution, à limiter la fréquence de consommation de légumes racines (madère, patate douce, igname) à 2 fois par semaine maximum - Amener 20% des personnes à risque s’alimentant à partir de jardins familiaux à diversifier leurs cultures avec d’autres alternatives telles que : fruit à pain, poyo, banane, pois d’Angole, giromon".

 

Le paradis antillais serait donc devenu l'équivalent d'un Tchernobyl ou d'un Fukushima où il faut se munir d'un compteur Geiger avant d'aller faire son marché. Là-bas, le menu de la semaine doit être programmé en fonction de la radioactivité ingérée. Ici faudra-t-il établir, chaque semaine, le bilan du chlordécone absorbé par les membres de la famille. Sommes nous les observateurs d'une nouvelle diététique qui aurait pour fonction non plus de choisir le meilleur de l'alimentation mais d'en éliminer le pire.

 

Limiter la consommation de produits du jardin ? Mais ce sont les familles les plus modestes qui en sont les premières consommatrices. Que trouve-t-on parmi les propositions qui leur sont faites pour remplacer les moyens qu'elles s'étaient données de subvenir à leur besoins : l'assistanat sous forme de portage de repas ou d'épicerie sociale... et, cerise sur le gâteau, dans le document qu'elles ont rédigé, ces directions chargées "d'éducation à la santé" et de "développement social", osent proposer, afin d'éviter les pratiques nutritionnelles à risque, le "remplacement des ignames par des chips" !

 

Du jardin jusqu'au champ.

 

Côté agriculteurs, la situation est de même nature. Un arrêté préfectoral du 20 octobre 2003 régit les conditions de plantation et de culture de certaines productions végétales en Guadeloupe. Il rend obligatoire l’analyse du chlordécone dans le sol avant mise en culture pour tous les producteurs de produits vivriers et maraîchers (légumes racines, ignames, dachines, madères, patates douces... ). Si les résultats sont négatifs, l’agriculteur peut mettre en place sa culture sans condition. Dans le cas contraire, il est incité à choisir une autre production et, s’il persiste dans son intention, il est tenu de faire analyser ses produits avant sa mise en marché et de les détruire s'il y trouve du chlordécone.

 

Ce sont donc les agriculteurs, et eux seuls, qui doivent assumer la responsabilité de produire des légumes exempts de pollution au chlordécone. Ce que dénonce l'Union des Producteurs Agricoles de la Guadeloupe (UPG). Ils ne contestent pas la nécessité d'informer sur la présence de cette substance dans les sols, dans l’eau, les denrées alimentaires, les végétaux, les animaux. Mais il est inadmissible, disent-ils, que, aujourd’hui, "les agriculteurs soient les seuls pointés du doigt par la population dans ce problème. Il faut clairement établir les responsabilités de chacun et les divulguer car les agriculteurs sont des victimes dans cette affaire. Ce ne sont pas eux qui ont autorisé la mise en marché de cette molécule ni eux qui l’ont produite !!! ". En autorisant l'usage du chlordécone dans les Antilles, constatent-ils, "les arrêtés ministériels et les règlements phytosanitaires de 1972 appliqués en métropole ont été bafoués par des administratifs de plus haut lieu afin que les lobbies locaux commerçants puissent mettre en marché ce produit dangereux interdit depuis 1973 en métropole. L’État a commis une faute grave et par conséquent doit la réparer".

 

Réparer d'abord en indemnisant les agriculteurs pénalisés et ils rappellent les sommes allouées aux agriculteurs bretons pour réduire leurs épandages sur les zones où prolifèrent les algues vertes. Réparer en aidant à la reconversion des cultures. Réparer en établissant une cartographie précise des sols contaminés. Réparer en donnant tous les moyens humains et financiers à la recherche pour leur décontamination. Pourtant, nous le savons, la réparation devra tenir compte du temps de réaction des éléments naturels. Au moins pourrions nous accélérer le processus en appliquant la recommandation du rapport d'évaluation des plans d'action chlordécone aux Antilles présenté en octobre 2009 :

 

"Développer "une agriculture sans pesticides" sur tout le territoire devient donc indispensable".

 

A condition qu'on leur apporte toute l'aide nécessaire, nos compatriotes des Antilles, ayant subi, plus que d'autres, les effets de molécules chimiques qui affecteront plusieurs générations, peuvent gagner ce combat pour la suppression totale de l'usage des pesticides chez eux. Une première victoire qui devrait inspirer les autres régions métropolitaines.

 

Savoir en Bretagne et après ?

 

"Ce n'est pas un hasard si la même équipe d'épidémiologie qui est en train d'étudier ce qui se passe aux Antilles vient de Rennes. Donc ça veut dire que le cœur de l'épidémiologie des effets des pesticides est en Bretagne et qu'on a délocalisé une équipe sur les Antilles", déclarait le professeur Narbonne, toxicologue invité par Benoît Duquesne à l'émission "Chlordécone : poison durable" de la chaîne de télévision Public-Sénat .

 

Souvenons-nous des deux scientifiques de l'Inserm déclarant qu'il n'était pas anodin de vivre à proximité d'une zone agricole et de l'étude Pélagie qui concluait que l'exposition à l'atrazine, même à des niveaux faibles, "augmente les risques d'anomalie de croissance dans l'utérus, avec un faible poids de naissance, qui peut être un handicap pour le développement du bébé, et un périmètre crânien plus petit, ce qui n'est pas bon pour le système nerveux central".

 

Et les mêmes questions se posent. Ces mères bretonnes concernées par un résultat "à risques" en ont-elles été informées ? Traitant de la confidentialité des résultats de telles enquêtes, une publication de L'InVS (Institut de veille sanitaire) de juin 2009 rappelle que "la communication est essentielle, autant pour obtenir un véritable consentement éclairé de la part des volontaires participant aux études que pour les informer des résultats. Conformément à la Directive européenne sur la vie privée, les participants ont généralement le droit de connaître leurs résultats individuels, mais également celui de ne pas les connaître s’ils le désirent". Il faut souligner le civisme et le courage des femmes qui acceptent de participer à une telle étude mais ont-elles toutes envie de connaître une vérité aussi perturbante quand elles savent que c'est trop tard et que de toutes façons elles seront seules avec leurs proches pour accompagner le développement de leur enfant. Donnons leur au moins la satisfaction de savoir que des leçons seront tirées de leur expérience afin de permettre à d'autres de se prémunir de tels risques et surtout d'éliminer les causes de ce risque.

 

D'autres questions restent sans réponse. Les sols antillais ont été analysés, mais où sont les analyses de pesticides dans les sols métropolitains, quels taux de pesticides dans les cultures qui y sont produites ?

 

Pour en revenir au pesticide analysé dans l'étude Pélagie, l'atrazine, il est présent sur l'ensemble du territoire français. Son transfert du sol à l'animal et à l'homme a fait l'objet de plusieurs études. Extrêmement persistante, la molécule est encore présente plusieurs années après son interdiction dans les sols traités et se transmet, en particulier, aux céréales et au maïs, aliments des animaux d'élevage. Chez les mammifères elle peut passer dans le lait. Une publication du Centre National Interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel) fait état d'une étude menée en 1989 qui a mis en évidence la présence de nombreux métabolites de l'atrazine chez des chèvres en lactation. Une autre étude menée entre 1983 et 1989 sur le lait de vache révèle des taux de triazines pouvant atteindre 0,033mg/kg soit 330 fois la dose maximale admissible dans l'eau de boisson.

 

L'essentiel du lait produit en France provient d'élevages hors-sol gros consommateurs de pesticides, faudrait-il conseiller aux familles métropolitaines, surtout aux femmes enceintes et aux enfants, de limiter leur consommation de produits lactés comme on a conseillé aux familles antillaises de limiter la consommation de produits de leur jardin ou de leur marché habituel ?

 

De plus en plus de personnes choisissent de ne consommer que du lait bio, mais c'est toute la filière qui devrait prendre conscience, dans son intérêt même, de la nécessité de mettre un terme à l'usage des pesticides. Car si l'atrazine fait l'objet de recherches, il reste à faire le bilan de tous les pesticides actuellement utilisés et qui se transmettent à l'homme par son alimentation. A commencer par le nouveau "désherbant miracle", celui qui occupe la part essentielle du marché : le glyphosate et son produit de dégradation l'AMPA.

 

 

Glyphosate, à quand les mesures de sa présence dans l'air ?

 

Nous avons déjà cité les travaux de Gilles-Éric Séralini et de Robert Bellé sur les effets mutagènes et cancérogènes des pesticides à base de glyphosate. Une étude américaine portant sur la présence de glyphosate dans le lait maternel a révélé des taux compris entre 76μg/kg et 166μg/kg soit de 760 à 1660 fois le niveau maximal admis pour l'eau. Les sources de contamination sont nombreuses : l'eau et la nourriture, mais aussi, et peut-être surtout : l'air.

 

Dans l'air, le glyphosate se trouve essentiellement sous forme de particules fines. Très soluble dans l'eau il peut être fortement absorbé par la respiration. Cette solubilité dans l'eau le rend, par ailleurs, insensible à l’extraction par solvant organique, contrairement aux autres herbicides. Sa mesure nécessite la mise en oeuvre d’une méthode spécifique. Elle existe : une campagne de mesures a été menée par l'INERIS (Institut national de l'environnement industriel et des risques) en 2012 pour la valider sur le terrain. L’objectif était également "de pouvoir disposer de données de concentrations dans l’air du glyphosate et d’étudier la dispersion effective de ce composé dans l’air, suite au traitement de parcelles agricoles".


 

Des capteurs étaient placés en limite de la parcelle traitée. Grâce à un suivi sur 24h, une évolution des concentrations ambiantes avait été notée. "Les résultats obtenus montrent des niveaux de concentrations quantifiables, avec une augmentation de la teneur en glyphosate à partir du jour de traitement (0,25 à 0,54 ng/m3) par rapport aux jours précédant le traitement (0,03 à 0,07 ng/m3). De plus, cette augmentation de la concentration a également été constatée les jours suivants le traitement, mettant en évidence une certaine rémanence de la substance dans l’air".

 

Une étude souvent citée est celle réalisée en 2007 dans l’État du Mississippi par "l’US Geological Survey". Elle révèle que le Roundup (dont, rappelons-le, la molécule active est le glyphosate) et le sous-produit toxique de sa dégradation (AMPA) ont été trouvés dans plus de 75% des échantillons d’air et de pluie testés.

 

En France, aucune obligation réglementaire n'oblige à mesurer la concentration en pesticides dans l'air malgré leur toxicité. Les initiatives qui sont prises sont le fait des seules associations régionales. Durant le printemps 2006, Airparif a réalisé une campagne exploratoire "pesticides". Plus de 5200 analyses menées sur cinq sites et 80 pesticides ont permis de mettre en évidence la présence de ces composés aussi bien en zone rurale qu’en zone urbaine. Les associations agréées pour la surveillance de la qualité de l'air de plusieurs régions ont engagé la même démarche. Faute de moyens matériels, humains et financiers, leurs résultats sont nécessairement limités. Pourtant tous indiquent une forte pollution de l'air.

 

Des molécules particulièrement agressives sont relevées, dont certaines interdites depuis plusieurs années (Lindane, atrazine...). Un absent cependant dans ces mesures : le glyphosate et son produit de dégradation l'AMPA. Ils viennent pourtant en tête des 10 substances les plus fréquemment détectées dans l'eau des rivières. Pourquoi si peu de mesures et de résultats dans l'air. Si des méthodes particulières sont nécessaires étant donné la nature du produit, nous avons vu qu'elles existent. Étudier les effets des pesticides longtemps utilisés et aujourd'hui interdits est certainement une démarche riche d'enseignements sur le plan scientifique. Mesurer ceux qui les ont remplacés, afin de se prémunir de leurs effets, est encore plus urgent.

 

Mais ce refus de savoir ne cache-t-il pas le refus de vouloir agir ?

 

Vouloir ? Le Grenelle ou l'échec en spectacle.

 

Un sommet de démagogie : le "Grenelle" de l'Environnement mis en scène par Nicolas Sarkozy avec Al Gore, en vedette américaine. Une fois les projecteurs éteints et les caméras remisées, chacun a peu constater le retour à la bonne vieille politique et le décès des illusions avec en guise de faire-part, le mot présidentiel : "l'environnement, ça commence à bien faire! "

 

Pourtant, sept ans plus tard on en parle encore : "Pesticides : constat d’échec pour le plan Ecophyto" titrait une partie de la presse en décembre 2014 après la publication d'un rapport parlementaire présenté sur le sujet par le député de Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier. Ecophyto, plan de réduction de l’usage des pesticides, avait été lancé par le Grenelle de l’environnement en 2008. Six ans plus tard, il faisait la preuve de son incapacité à inverser la dépendance de l’agriculture française à la chimie.

 

Encore un rapport donc.

 

Le Plan Ecophyto visait à diviser de moitié, "si possible", l’usage des produits phytosanitaires aussi bien en zone agricole qu’en ville et dans les jardins. Faut-il s'en étonner, dans le couple fournisseurs/utilisateurs de pesticides, chacun avait compris le message : "cela n'allait pas être possible". Résultat : hausse de 5% en moyenne entre 2009 et 2013 avec plus de 9% pour l’année 2013. Un nouveau "plan", aussi peu contraignant que le premier, est donc proposé qui reporterait à 2025 la réduction de 50% promise en 2007.

 

Exemple de cette nouvelle "radicalité" : de nouveaux pesticides, les néonicotinoïdes, se sont révélés extrêmement nocifs pour les abeilles. Le sénateur écologiste, Joël Labbé, propose un texte au vote du Sénat qui, modestement, "Invite le Gouvernement français à agir auprès de l'Union européenne pour une interdiction de toutes les utilisations de ces substances néonicotinoïdes tant que les risques graves pour la santé humaine, animale et l'environnement ne seront pas écartés". Résultat : 64 pour, 248 contre. Le sénateur Labbé en arrache sa cravate de dépit.

 

Que propose le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, en échange ? "Reporter leur utilisation le soir, quand les abeilles ne butinent pas". Ce qui fait dire au journaliste du Canard Enchaîné qui rapporte le propos : "Le plan Ecophyto est donc bien parti. Rendez-vous en 2025 pour la poilade".

 

Inutile donc de nous attarder sur les "68 recommandations" du rapport suivies par les "nouvelles orientations" annoncées en janvier 2015 par le ministre. Cependant, plusieurs des constats qui y sont faits méritent la lecture tant ils illustrent, par contraste, l'extrême faiblesse des propositions.

 

"Air et sols : terra incognita", tel est le titre du chapitre qui met en évidence le manque de données sur la pollution de l'air et des sols par les pesticides. Ce rapport rappelle en premier lieu qu'une forte proportion de ceux qui sont épandus n'atteignent pas leur cible et sont directement reçus par le sol et l'air. Pourtant reconnaît le rapporteur, on ignore pratiquement tout de leur action et de leur devenir, en particulier dans l'air.

 

L'analyse des mesures éparses déjà réalisées "établit clairement l'existence d'une contamination, sinon généralisée, du moins récurrente de l'air par les phytosanitaires. Elle porte de façon très nette l'emprunte des usages agricoles, tant par la nature des molécules retrouvées que par l'allure des variations géographiques et saisonnières. De ce constat découle la double nécessité d'une évaluation des expositions par voie respiratoire de la population (et pas seulement des usagers directs des phytosanitaires)". Et cela nous ramène à nos propositions déjà énoncées pour les particules fines : la multiplication des points de mesure de la qualité de l'air et l'attribution de moyens humains et financiers aux organismes qui en sont chargés.

 

La guerre à la chimie ?

 

Le moment est peut-être venu de citer la citation inscrite en préface de ce rapport : "Le XXe siècle a été le siècle de l'hygiène bactériologique. Le XXIe siècle doit être le siècle de l'hygiène chimique".

 

Une déclaration de guerre aux pesticides et autres perturbateurs endocriniens ? On ne peut qu'applaudir ! Mais, au fait, de qui cette phrase ? Rien moins que de François Hollande, président de la République, dans son discours d'ouverture de la Conférence Environnementale du 27 novembre 2014. Après la célèbre tirade, "mon adversaire, c'est le monde de la finance", faut-il traduire "mon ennemi, c'est la chimie" ?

 

Est-il utile de rappeler que la chimie, n'est pas uniquement une activité industrielle génératrice de gaspillages et de pollutions uniquement orientée vers le profit maximal de ses actionnaires. C'est d'abord une science de la matière qui irrigue toutes les branches du savoir, dont la fonction est en premier lieu de répondre à notre curiosité concernant le fonctionnement du monde et dont les applications devraient se limiter à nous rendre la vie quotidienne plus agréable. L'hygiène "bactériologique" elle même est d'abord passée par le plus simple des produits "chimiques" : le savon, un corps issu d'une chimie conviviale, huile d'olive et cendre de salicorne, dont on attribue parfois l'invention à nos ancêtres les gaulois.


 

Pourtant l'expression présidentielle mérite d'être prise au mot si, par "hygiène chimique", le chef de l’État reconnaît la responsabilité des substances, diffusées massivement par l'industrie chimique, dans l’épidémie contemporaine de maladies telles que cancers, malformations congénitales, diabètes, troubles neurologiques et cardiovasculaires.


 

Hélas, rien ne laisse penser que cette prise de conscience amène à la décision de les interdire, aussi toxiques soient-elles.

 

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 12:44

Utopie ! Le mot supposé tuer toute idée de changement. Du bio dans les cantines, vous rêvez ? Des villes, des routes, des champs, des jardins, sans désherbants chimiques, vous y croyez ? Trier ses déchets, recycler, composter dans son jardin ou au pied de son HLM, et quoi encore ? Oublier sa voiture, covoiturer, isoler son habitat, produire localement son énergie, qui allez-vous convaincre ?


 

Et pourtant tout cela entre, peu à peu et en douceur, dans le quotidien. Se nourrir en toute confiance, respirer un air qui ne nuise pas à sa santé, un air sans pesticides et sans particules fines, oui, c'est possible.


 

Des villes, des routes, des champs, des jardins, sans pesticides.


 

Faut-il encore rappeler les chiffres ? Les 75% des pesticides épandus qui se retrouvent dans l'air que nous respirons. Nous savons qu'ils contaminent déjà toute le planète et que certains le feront pendant des siècles. Qui peut imaginer de poursuivre leur usage ? Pouvons-nous laisser ce cadeau empoisonné à nos descendants ? Les promesses régulièrement repoussées de "réduction" ne trompent plus personne, l'objectif doit être leur suppression. Et ceci n'est pas une nouvelle "utopie", la voie est déjà ouverte.


 

Il semble déjà loin le temps des pionniers de l'agriculture biologique. Les modestes étals des agriculteurs bios sur les marchés se sont étoffés et multipliés. Les magasins bios, aux étagères bricolées par leurs premiers sociétaires-coopérateurs, ont laissé la place à des commerces spacieux, ayant pignon sur rue, que les grandes surfaces se sont empressées d'imiter, ajoutant un îlot "bio, solidaire, équitable" à leur océan de produits issus de l'agrochimie subventionnée. Des municipalités même ne craignent plus de se faire les promoteurs du bio.


 

L'exemple est encore trop rare en France mais il mérite d'être cité. A Lons le Saunier la cuisine centrale, établissement public géré par un syndicat intercommunal, sert 5000 repas par jour : 3000 scolaires (70 écoles), 1000 hospitaliers, 300 personnes âgées, 200 entreprises et 500 sur place, dans lesquels il y a 25% de produits bios issus de circuits courts.


 

Dans les années 90 la commune avait constaté une augmentation alarmante du taux de nitrate dans les eaux de la ville. Plutôt que de construire une usine de traitement des eaux, la municipalité et son maire Jacques Pélissard s’étaient adressés aux agriculteurs présents sur les champs captants alimentant la commune pour leur proposer de se convertir au blé bio. En échange la municipalité s’était engagée à acheter une partie de cette production en produisant du pain bio. Puis ce furent des yaourts et des fromages (depuis 2007, 100% des yaourts consommés par les enfants sont bio). Ensuite un jeune producteur de pommes de terre aidé à se lancer. Au total 14 tonnes de pommes de terre, des carottes, des navets, des choux, des radis, des betteraves produits localement et en bio sont transformés dans la cuisine centrale. Enfin la ville s'est intéressée à la valorisation de la filière d’élevage de la race locale, la Montbéliarde en achetant 200 bêtes par an à 45 éleveurs (100% de la viande consommée) à un prix supérieur au prix du marché. Le service souhaite introduire progressivement encore plus de produits bio en privilégiant les filières locales.


 

En France, la progression est déjà réelle et se lit dans les chiffres. De 3600 producteurs bios en 1995, leur nombre a dépassé le seuil des 25000 en 2013 avec une progression particulièrement forte (+104%) entre 2007 et 2012. Les surfaces cultivées passant dans le même temps de cent vint mille à un million d'hectares avec une progression de 85% dans les cinq dernières années. Certes, la production bio ne représente encore que 2,5% du marché mais la progression de 10% par an est régulière. Même constatation du côté des consommateurs avec une croissance de 10% par an de 1999 à 2005 et un doublement entre 2007 et 2012.


 

Chez les bios la petite entreprise ne "connaît pas la crise". Pas de barrages sur les routes et d'édifices publics incendiés quand les Russes arrêtent d'importer du porc français ou quand l'Arabie Saoudite décide de ne plus manger de poulets nourris au soja transgénique brésilien et poussés aux antibiotiques. Il est vrai que le "bio" ne prétend pas nourrir la Planète entière et maintenir la France sur le podium des exportateurs mondiaux en compagnie des USA, de la Hollande et du Brésil. Son credo c'est la proximité, le plus court chemin du champ à la fourchette. Mais si les "bios" du monde entier, producteurs et distributeurs, aspirent d'abord à nourrir, chez eux, la part de l'humanité au sein de laquelle ils vivent, cela ne les empêche pas d'échanger leurs productions, de façon équitable et au moindre coût environnemental, avec celles cultivées sur d'autres terres et sous d'autres cieux .


 

La Planète et le bio.


 

Une "Conférence internationale sur l'agriculture biologique et la sécurité alimentaire", s'est tenue à Rome en mai 2007 dans le cadre de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture). L'objectif de ses travaux était "de déterminer de quelle manière l’agriculture biologique pourrait contribuer à l’émergence d’un nouveau paradigme de la sécurité alimentaire". Son rapport final a jeté un pavé dans la marre.


 

Une phrase en a été retenue : "Une conversion planétaire à l’agriculture biologique, sans défrichement de zones sauvages à des fins agricoles et sans utilisation d’engrais azotés, déboucherait sur une offre de produits agricoles de l’ordre de 2640 à 4380 kilocalories par personne et par jour".


 

Sachant qu'il est admis qu'une ration calorique jugée suffisante varie, suivant la personne et son activité, entre 2000 et 3500 calories par jour, il n'est pas exagéré de traduire la phrase par : "l'agriculture biologique pourrait nourrir la planète". Même si l'expression a déclenché le tir de barrage de tous les tenants d'une agriculture dopée à la chimie, l'ensemble du rapport prouvait bien, en effet, avec sagesse et pondération, que l'hypothèse d'un passage généralisé au bio était réaliste et qu'une sortie rapide du système industriel actuel était, non seulement indispensable, mais surtout possible.

 

La sortie est indispensable : le rapport mettait d'abord en lumière l'échec du système actuel dans une introduction qui mérite d'être largement citée.


 

"Les travaux de la Conférence se sont inscrits dans le cadre du débat sur le caractère paradoxal du système alimentaire dans son ensemble, l’objectif étant de déterminer de quelle manière l’agriculture biologique pourrait contribuer à l’émergence d’un nouveau paradigme de la sécurité alimentaire.

Concrètement, le paradoxe qui caractérise le système alimentaire tient aux aspects suivants:

. les approvisionnements alimentaires mondiaux sont suffisants, mais 850 millions de

personnes souffrent de la faim;

 

. l’utilisation d’intrants agricoles chimiques n’a cessé d’augmenter ces 20 dernières

années, mais la productivité du secteur céréalier est en constant recul;

 

. le coût des intrants agricoles est en augmentation, alors que le coût des produits agricoles de base diminue régulièrement depuis 50 ans;

 

. on peut aujourd’hui avoir accès facilement et rapidement à un grand volume de connaissance grâce aux technologies de l’information, alors que, dans le même temps, les maladies liées à la malnutrition ne cessent de gagner du terrain;

 

. les systèmes alimentaires de type industriel ont un coût environnemental et social qui menace la sécurité alimentaire (décès professionnels dus à des empoisonnements aux pesticides, suicides d’agriculteurs endettés, disparition de millions d’emplois dans les zones rurales)."

 

La sortie est possible et nécessaire :

 

Face à l'échec du système agricole industriel, la Conférence constatait la possibilité et la nécessité d'un passage à l'agriculture biologique:

 

. L’agriculture biologique peut contribuer à la sécurité alimentaire, mais sa capacité à affirmer son rôle dépend en grande partie de l’existence d’une véritable volonté politique.

 

. L’agriculture biologique peut atténuer les effets des nouveaux problèmes, comme les changements climatiques, grâce à des mesures comme la fixation améliorée du carbone du sol.

 

. Elle propose également des solutions pratiques en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques. L’agriculture biologique permet de renforcer la sécurité hydrique dans plusieurs domaines: qualité de l’eau potable, diminution des besoins en irrigation des sols biologiques et augmentation des rendements dans des conditions de stress hydrique dû à la variabilité climatique.

 

. L’agriculture biologique permet de protéger l’agrobiodiversité et d’en garantir une utilisation durable.

 

. L’agriculture biologique renforce la suffisance nutritionnelle, grâce à une diversification accrue des aliments biologiques, qui sont plus riches en micronutriments.

 

. L’agriculture biologique stimule le développement rural, en créant des revenus et des emplois dans des zones où les populations n’ont d’autre choix que de recourir à la main-d’œuvre, aux ressources et aux connaissances locales.

 

. L’agriculture biologique établit un lien entre les objectifs économiques et les objectifs environnementaux et sociaux.

 

Que dire de mieux ?

 

 

Le bio, une agriculture savante.

 

Peut-être est-il utile de rappeler que l'agriculture biologique n'est pas une agriculture conventionnelle qui se contenterait d'abandonner subitement les pesticides et les engrais industriels de synthèse. Interrogé par le groupement des agriculteurs bios de Bretagne (GAB), Marc Dufumier, Ingénieur agronome et professeur émérite à AgroParisTech, définissait l'agriculture bio comme "un système d'agriculture savante".

 

Une agriculture savante issue, comme la plupart des sciences, d'une longue tradition empirique. "Nous ne proposons pas de retourner à l’âge de pierre" déclarait Marc Dufumier en introduction à son exposé, "mais ce n’est pas inutile de regarder dans le rétroviseur, de retrouver des variétés anciennes, de se ré-intéresser à la microbiologie des sols, de s’intéresser aux pratiques associées comme l’agroforesterie". Il expliquait alors comment il avait entamé sa carrière comme coopérant dans les pays du Sud, d’abord à Madagascar, puis au Venezuela et au Laos en restant deux à trois ans dans chaque pays. Il y avait observé la façon dont les paysanneries pratiquaient des agricultures complexes, souvent bio, sans le dire ou le savoir, car tout simplement ils n'avaient pas les moyens d’acheter des intrants chimiques.

 

Ce sont ces agricultures très savantes qui lui ont, dit-il "plus appris en agronomie, là-bas sur place, que dans mon institut d’origine. Et c’est de là que j’ai découvert qu’on pouvait aller vers des systèmes intensément écologiques", c'est à dire "une utilisation intensive de toutes les énergies renouvelables, un usage raisonnable des énergies fossiles et zéro agro-toxiques". Aujourd’hui, ajoute Marc Dufumier, "il faut penser une agriculture qui ne tue pas".

 

C'est ce savoir que recherchent également les agronomes qui, dans les Antilles, s'efforcent de découvrir les secrets des jardins créoles. Ces jardins où on cherche "à utiliser de manière intensive l’énergie solaire et le carbone du CO2 atmosphérique pour fabriquer notre énergie alimentaire, à utiliser de manière intensive l’azote de l’air pour fabriquer des protéines avec des légumineuses".

 

Une agriculture déjà savante avant la chimie.

 

Savante était déjà la pratique agricole développée et popularisée par ces agronomes de la fin du 19ème siècle tel Théophile de Pompéry. Propriétaire et agriculteur dans la commune du Faou dans le Finistère, membre de "l’Association bretonne" créée en 1843 pour "hâter le développement des progrès agricoles de la Bretagne et former un centre d’études et de relations". Fouriériste convaincu, républicain sous le Second Empire, il s'était attaché à améliorer les assolements, à utiliser au mieux les fumiers et à amender la terre de ce squelette d'algue calcaire, richesse des fonds marins bretons : le maërl. Cette expérience il avait cherché à la partager dans un ouvrage Français-breton sous le titre de "Nouveau guide du cultivateur breton – Quelennou var Labour pe gonnidegues an douar". La dédicace de l'ouvrage s'adressait à ses voisins, les agriculteurs de sa commune qui l'avaient accompagné dans ses expériences. Faites partager votre savoir, leur disait-il.

 

"Vous avez adopté les instruments aratoires perfectionnés, abandonné l'ancien mode de culture, en usage parmi vous, pour lui substituer une méthode raisonnée, qui diminue vos labeurs et augmente les produits du sol. Cependant , des hommes qui ne peuvent vous connaître, parce qu'ils n'ont jamais vécu parmi vous, vous accusent de vous complaire dans la routine et d'être rebelles à toute idée de progrès et d'améliorations. Vous continuerez à démentir, par vos judicieuses innovations, ces injustes reproches, et à donner d'utiles exemples aux autres populations agricoles, qui ne tarderont pas à vous suivre dans la carrière féconde que vous leur tracez".

 

Judicieuses innovations ? C'était un temps où un "catéchisme agricole à l'usage de la jeunesse bretonne" apprenait à ceux-ci à distinguer les "terres froides" des "terres chaudes", leur enseignait la façon de semer les ajoncs et le genêt avec le seigle et l'avoine sur les brûlis d'écobuage pour nourrir les chevaux et les troupeaux et comment installer étables et écuries pour un meilleur confort et une meilleure productivité des animaux. Un temps ou des conférenciers expliquaient, en langue bretonne, l'intérêt de cultiver du trèfle blanc pour l'ajouter au fourrage habituel et enrichir en azote le sol des prairies. Un temps ou un réseau serré de voies ferrées secondaires amenait vers la Bretagne intérieure le sable coquiller nécessaire à l'amendement des terres pauvres pendant que, dans la riche "ceinture dorée" des côtes du nord Finistère, productrice des primeurs expédiés par wagons entiers à Paris, des agronomes analysaient avec précision la valeur nutritive des goémons utilisés comme engrais.

 

Une ambiance de progrès agricole, construit sur les ressources locales, commençait alors à se manifester dans toutes les régions françaises avant que la guerre ne vienne faucher dans les tranchées le meilleur de leur jeunesse rurale. C'est alors que l'industrie des nitrates massivement développée pour la fabrication d'explosifs est venue chercher un débouché dans l'agriculture. Les utiliser étant alors présenté comme le nouveau devoir patriotique de l'agriculteur. Un phénomène qui s'est accéléré après la deuxième guerre mondiale et le débarquement massif des nitrates de l'industrie de guerre américaine à bord de ces "liberty ships" dont l'un, 'l'Ocean Liberty", est venu exploser en rade de Brest en Juillet 1947 faisant 33 morts, des centaines de blessés et détruisant des quartiers entiers d'une ville qui commençait à peine à se redresser de ses ruines. Marée de nitrates auxquels sont venus s'ajouter les pesticides, dérivés des armes chimiques, dont les tranchées de la première guerre mondiale et les camps d'extermination nazis nous rappellent la sinistre origine.

 

Le temps du retour à l'agronomie.

 

La pression était forte. Peu d'agriculteurs ont choisi de prendre une autre voie, celle d'une agriculture sans chimie. Ces résistants font, à présent, figure de pionniers. Peu nombreux aux débuts, obligés de se serrer les coudes, ils ont su aller au devant des autres résistants de la société de consommation, tous ces protecteurs d’espaces naturels, ces empêcheurs de bétonner en rond, ces créateurs d’écoles bilingues, ces semeurs de solidarités locales et planétaires. Des magasins coopératifs se sont montés, des marchés se sont mis à revivre. Le phénomène est resté discret jusqu’au moment où ont éclaté les crises de la vache folle et des poulets à la dioxine. Les bios sont aujourd’hui dépassés par la demande. Ceux qui les regardaient avec suspicion reconnaissent enfin leur capacité technique et leur clairvoyance économique. La grande distribution s’y cherche de nouveaux créneaux. Les chambres d’agriculture, les syndicats agricoles majoritaires, les groupements de producteurs ne boudent plus ceux qu’ils traitaient encore il y a peu de temps de "jardiniers" et se sentent obligés d’accrocher un wagon "bio" à leur train productiviste.

 

Si les bios d'aujourd'hui retrouvent, souvent sans en être conscients, une partie des savoirs anciens, leurs méthodes sont loin d’être archaïques. Le tracteur, utilisé de façon conviviale, ne leur fait pas peur pas plus que internet et l'informatique. Plus savante est leur technique que celle qui consiste à cultiver, année après année, le même maïs consommateur d'engrais industriels, de lisier et de pesticides sur le même sol privé de matière organique et de vie biologique.

 

Signe d'un intérêt retrouvé, l'agriculture biologique commence à réinvestir les écoles et lycées agricoles. Témoin ce dossier sur le site du ministère de l'agriculture : "Ambition Bio 2017, un nouvel horizon pour la bio ! Apprendre autrement, la bio dans l’enseignement agricole". L'agriculture bio y revendique sa place dans l'enseignement : "Pour plus d’agriculture biologique, il faut davantage d’agriculteurs formés aux méthodes de l’agriculture biologique ! Dans cette équation mathématique somme toute très logique, l’enseignement agricole joue un rôle primordial. Dans les exploitations agricoles des établissements, où les élèves, apprentis et stagiaires acquièrent les gestes et les méthodes qu’ils utiliseront en tant que professionnels, l’agriculture biologique est bien présente ! "

 

Entre 2007 et 2012 le nombre d'exploitations scolaires ayant au moins un atelier de production bio a été multiplié par 3, ce qui porte à 54% le nombre d'établissements touchés par le bio dont 11% totalement bios. De nombreux enseignants s'en félicitent : l'agronomie a retrouvé toute sa place dans l'enseignement agricole. Exemple pour les plus jeunes, l'agriculteur bio se déclare "bien dans sa peau" et de plus en plus nombreux sont celles et ceux qui veulent les rejoindre, même si le métier nécessite un engagement permanent. Bonne nouvelle.

 

Personne ne peut ignorer la place essentielle des agriculteurs. Ils nous nourrissent, ils entretiennent l'espace rural, naturel et domestiqué. Pourtant, globalement, leur nombre diminue année après année. Au rythme de 3% par an, les petites et moyennes exploitations disparaissent au profit des grandes structures. Le rapport de la Conférence de la FAO de mai 2007 rappelle le coût social, pour les agriculteurs, de cette évolution : "décès professionnels dus à des empoisonnements aux pesticides, suicides d’agriculteurs endettés, disparition de millions d’emplois dans les zones rurales". Les dettes, le travail difficile, les crises de production, la pollution, la culpabilisation, constituent le lot de nombreux producteurs. De plus en plus nombreux sont ceux qui souhaiteraient sortir d'un système piloté, en amont et en aval, par l'industrie agroalimentaire, les grandes chaînes de distribution et des "coopératives" qui, ayant oublié leur fonction première, participent à leur exploitation. N'y aurait-il pas de politique plus salutaire que celle qui consisterait à aider à se reconvertir au bio les agriculteurs conventionnels qui le souhaitent et à libérer des terres pour les jeunes qui veulent s'installer.

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 12:44

Impossible de passer sous silence le débat du moment : l'augmentation du taux de CO2 dans l'air et l'élévation de la température de la biosphère qui en résulte. Le lien est d'autant plus nécessaire que les polluants dont les effets ont été largement décrits, oxydes d'azote et de soufre, ozone, particules fines, sont, comme le CO2, issus de la combustion des composés carbonés fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz naturel.

 

Dérèglement climatique, effet de serre et CO2 : personne ne peut ignorer.

 

Une abondante littérature a décrit les causes et les effets du changement climatique. Rappeler le rapport 2014 du Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du Climat (GIEC) n'est pourtant pas inutile, et d'abord ses constats :

 

. La modification du régime des précipitations, la fonte des neiges et des glaces, le recul des glaciers, perturbent les systèmes hydrologiques et influent sur le ruissellement et sur les ressources en eau. Les sols gelés fondent dans les hautes latitudes et dans les régions d’altitude élevée, libérant par la même occasion des gaz qui renforcent l'effet de serre.

 

. Les événements climatiques extrêmes, vagues de chaleur, sécheresses, inondations, cyclones et feux incontrôlés, mettent en évidence la grande vulnérabilité de nombreux écosystèmes et systèmes humains à la variabilité actuelle du climat.

 

. Les dangers liés au climat influent déjà sur la vie des pauvres à la fois directement (perturbation des moyens de subsistance, réduction des rendements des cultures, destruction des habitations) et indirectement (hausse du prix des aliments et aggravation de l’insécurité alimentaire). Cette vulnérabilité est augmentée par les conflits violents dans les zones les plus affectées.

 

Vient ensuite la longue liste des risques dont la probabilité est élevée.

 

. Risques de décès, de blessures, de maladies ou de perturbation des moyens de subsistance dans les zones côtières basses, les petits états insulaires et les petites îles, dus aux tempêtes, aux inondations côtières et à l’élévation du niveau de la mer.

 

. Risque de détérioration grave de la santé et de perturbation des moyens de subsistance au sein des grandes populations urbaines dus à des phénomènes météorologiques extrêmes conduisant à la détérioration des réseaux d’infrastructures et des services essentiels tels que l’électricité, l’approvisionnement en eau, la santé et les services d’urgence. Risques de mortalité et de morbidité pendant les périodes de chaleur extrême, en particulier pour les populations urbaines vulnérables et les personnes travaillant à l’extérieur dans les régions urbaines et rurales.

 

. Risques d’insécurité alimentaire et de rupture des systèmes alimentaires, en particulier pour les populations les plus pauvres des régions urbaines et rurales. Risques de perte des moyens de subsistance et de revenus dans les régions rurales en raison d’un accès insuffisant à l’eau potable et à l’eau d’irrigation, ainsi qu’à la diminution de la productivité agricole, en particulier pour les agriculteurs et les éleveurs disposant de moyens limités dans les régions semi-arides.

 

. Risques de destruction des écosystèmes marins, côtiers et terrestres, de leur biodiversité et des services qu’ils apportent aux moyens de subsistance des populations les plus fragiles.

 

Et ajoute le rapport : "Nombre de ces risques posent des défis particuliers pour les pays les moins développés et les collectivités vulnérables, compte tenu des capacités limitées dont ils disposent pour y faire face".

 

Le CO2 et le reste...

 

Le rapport du GIEC, rappelons le, ne tient compte que des risques liés à l'émission de CO2 et des gaz à effet de serre. Mais ceci ne doit pas faire oublier l'autre risque lié à la combustion du carbone fossile : l'émission de gaz toxiques (oxydes d'azote, de soufre, ozone...) et de particules fines. Quitte à nous répéter, rappelons encore le constat du rapport de la Commission de la Science et de la technologie du parlement européen :

 

"les particules fines seraient responsables chaque année en Europe de centaines de milliers de cas de maladie et d'hospitalisations ainsi que de dizaines de milliers, peut-être même de centaines de milliers de décès."

 

Cette menace n'est pas une projection pour le siècle à venir. Ces dizaines ou centaines de milliers de décès se mesurent aujourd'hui et en une seule année ! Alors, que ce soit pour la fin de la pollution de l'air par les pesticides, les gaz toxiques, les particules fines où contre l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, l'époque des colloques, des rapports et des conférences internationales est révolue.

Par tous les moyens il est temps d'agir, un monde respirable est encore possible.

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20 juillet 2018 5 20 /07 /juillet /2018 12:43

Les documents suivants peuvent être retrouvés par internet.

 

01.Ces pesticides que l'on respire.

 

. Sénat. Travaux parlementaires. . Audition du Dr René SEUX, Professeur à l'école nationale de santé publique.

 

. Air Breizh. La qualité de l'air en Bretagne. Les pesticides.

 

. Cellule de prospective et stratégie. Ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Agriculture, monde rural et environnement. Qualité oblige. Jean-Luc Pujol, Dominique Dron.

 

. Airparif. Des pesticides dans l'air, en ville comme à la campagne.

 

. Air Pays de Loire. Mesures de produits phytosanitaires dans l’air en zone arboricole et en milieu urbain, campagne de mesure printemps-été 2007.

 

. Reporterre. En Bourgogne les hélicoptères à pesticides sont de retour.

 

. Arrêté du 15 septembre 2014 relatif aux conditions d'épandage par voie aérienne des produits mentionnés à l'article L. 253-8 du code rural et de la pêche maritime

 

. Atmo. Contamination de l'air par les pesticides : nouvelle composante de la pollution de l'air (page 31)

 

 

02.Le Glyphosate. Une nouvelle espèce envahissante.

 

. Eau et Rivières de Bretagne.Roundup : le mensonge publicitaire de Monsanto confirmé par la cour d’appel de Lyon.

 

. Gilles-Eric Séralini Republished study: long-term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize.

 

. Robert Bellé. Glyphosate-based pesticides affect cell cycle regulation.

 

. Les Amis de la Terre. L'herbicide le plus vendu dans le monde, le glyphosate, contamine notre organisme.

 

 

03. Pollution de l'air, une bien tardive préoccupation.

 

. Loi n° 96-1236 du 30 décembre 1996 sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie.

 

. Lignes directrices OMS relatives à la qualité de l’air : particules, ozone, dioxyde d’azote et dioxyde de soufre.

 

. Qualité de l'air : les associations de surveillance inquiètes pour leur financement.

 

 

04. Les particules fines, l'ennemi numéro un de notre santé.

. Le Monde.  La pollution à Paris aussi nocive que le tabagisme passif.
. Organisation Mondiale de la Santé. La pollution atmosphérique une des premières causes environnementales de décès par cancer.

Lignes directrices OMS relatives à la qualité de l’air : particules, ozone, dioxyde d’azote et dioxyde de soufre Mise à jour mondiale 2005

. http://www.airparif.asso.fr/_pdf/normes-OMS-revision-2005-resume-2006-VF.pdf
. InVs. Impact à court terme des particules en suspension (PM10) sur la mortalité dans17 villes françaises, 2007-2010.
. Aphecom. Improving Knowledge and Communication for Decision Making on Air Pollution and Health in Europe.
. ESCAPE. L’exposition à la pollution atmosphérique augmente le risque de donner naissance à des bébés de petit poids.
. Assemblée Nationale. Rapport d'information sur la stratégie européenne en matière de perturbateurs endocriniens.
. Conseil de l'Europe. Commission de la science et de la technologie. Emissions de particules fines et santé humaine.

. Rapport "Air pur pour l'Europe".

. Deuxièmes Assises de la Qualité de l'Air.

05.Silence on empoisonne.

. Reporterre. Les Antilles se battent contre les pesticides aériens.

. Rapport d'évaluation des plans d'action Chlordécone aux Antilles (Martinique, Guadeloupe)

. Rapport sur la présence de pesticides dans les eaux de consommation humaine en Guadeloupe.

. Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique. Conséquences agrobiologiques, alimentaires et sanitaires et proposition d’un plan de sauvegarde en cinq points.

. Chlordécone. Commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire.

. Rapport Inserm. Exposition au chlordécone et risque de survenue du cancer de la prostate.


 

06. Les enfants, première victimes de la pollution.

. Facteurs de risque de prématurité en Guadeloupe : résultats de la cohorte Timoun.

. Impact de l’exposition au chlordécone sur le développement des nourrissons.

. Pesticides durant la grosses, bébé trinque.

. Environmental determinants of the urinary concentrations of herbicides during pregnancy: the PELAGIE mother-child cohort (France)

. Epandage pesticides. article L.253-7-1

. Loi Labbé de février 2014. Visant à mieux encadrer l'utilisation des produits phytosanitaires sur le territoire national.


 

07. Savoir.

. Inra Antilles-Guyane. Le jardin créole, un modèle d’agroécologie.

. Programme de santé Jardins Familiaux : JAFA

. Organochlorés en Guadeloupe : Les propositions de l'UPG.

. Pacte d'Avenir pour la Bretagne. Plan agricole et agroalimentaire pour l’avenir de la Bretagne.

. Méthodologie de prélèvement et d'analyse du glyphosate dans l'air ambiant.

. Ecophyto. Rapport de Dominique Potier au premier ministre.

. Interdiction néonicotinoïdes. Débat au Sénat.


 

08. Utopies ?

. FAO. Conférence internationale sur l'agriculture biologique et la sécurité alimentaire.

. Marc Dufumier : « Penser une agriculture qui ne tue pas »

. La scolarisation de l’apprentissage agricole en France : les fermes-écoles au service de l’agriculture et de son enseignement (19e siècle-début 20esiècle).

. Apprendre autrement, la bio dans l’enseignement agricole.


 

09.Pollution de l'air, effet de serre. Le temps presse.

. Rapport 2014 du Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du Climat (GIEC)

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 08:36
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So, by buying one or several of our works, you can directly contribute to fund scientific researchs and convey our artistic and philantropic vision.

To have an overview of the works which we propose, you can consult the catalog of our last exhibition: http://www.artinresearch

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 -- envoyé par Romane QUELARD (romane.quelard@artinresearch.com) 

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 12:13

Toute réflexion naît d’une histoire personnelle. Je ne présenterai bien sûr ici que ce qui est nécessaire à prévenir toute interprétation erronée de mon propos. C’est que la matière de l’essai est délicate. J’ai multiplié les précautions pour bien distinguer la science du scientisme, ainsi que les chercheurs des scientistes.

Malgré cela, plusieurs lecteurs pourraient craindre que la distinction ne soit pas encore suffisante et que, voulant dénoncer le scientisme, je n’atteigne la science elle-même. C’est que les scientistes, comme tout bon preneur d’otage, se sont saisis de la science et l’utilisent constamment comme «bouclier humain».

 

Lire la suite sur : http://docs.eclm.fr/pdf_livre/348LettreOuverteAuxScientistes.pdf

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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 16:59

Montage de diapositives présentées à la foire bio 2018 de Landerneau.

 

 

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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 12:50

 

Pourquoi avons-nous tant de mal à changer nos styles de vie alors que plus personne ne peut nier que notre modèle de développement a un impact destructeur sur le plan écologique et social ni douter de l’intensité des violences infligées aux animaux ?

Relever ce défi implique de combler l’écart entre la théorie et la pratique en développant une éthique des vertus. Au lieu de se focaliser sur les principes ou sur les conséquences de nos actes, celle-ci s’intéresse à nos motivations concrètes, c’est-à-dire aux représentations et aux affects qui nous poussent à agir. Quels traits moraux peuvent nous conduire à être sobres et à avoir du plaisir à faire le bien, au lieu d’être constamment déchirés entre le bonheur et le devoir ?

L’éthique de la considération prend sa source dans les morales antiques, mais elle rejette leur essentialisme et s’appuie sur l’humilité et sur la vulnérabilité. Alors que Bernard de Clairvaux fait reposer la considération sur une expérience de l’incommensurable supposant la foi, Corine Pelluchon la définit par la transdescendance. Celle-ci désigne un mouvement d’approfondissement de soi-même permettant au sujet d’éprouver le lien l’unissant aux autres vivants et de transformer la conscience de son appartenance au monde commun en savoir vécu et en engagement. La considération est l’attitude globale sur laquelle les vertus se fondent au cours d’un processus d’individuation dont l’auteur décrit les étapes.

 

De livre en livre, la philosophe insiste sur la nécessité de faire place aux autres, humains et animaux. Pour, enfin, hâter la transformation de soi et de la société, au centre de son nouvel essai.

 

NOUS AVONS L’HABITUDE de séparer. Nous dissocions, notamment, vie intime et vie sociale, raison et émotions, humains et animaux… L’éthique de la considération veut, au contraire, les réunir, opérer le passage de la théorie à la pratique, de la pensée à l’action, et aider les individus à sortir du nihilisme pour préparer « l’âge du vivant ». Car « c’est dans la conscience individuelle que la société joue son destin », indique la première phrase du livre.

Cette « considération » consiste, avant tout, à regarder avec attention ce que l’on est soi-même, ce que sont les autres vivants, et le monde commun qui nous unit, indépendamment des attributs sociaux et des oripeaux de convention. Au terme du périple, séparations, clivages et morcellements s’estompent ou s’évanouissent : « Incluant le souci des autres et de la nature dans le souci de soi, le sujet s’élargit et se perçoit comme une partie de l’univers. »

Cet essai exigeant, dense et ambitieux, vaut d’être lu. Il convoque tour à tour philosophes antiques et classiques, éthique des vertus, théorie politique, psychologie et écologie pour repenser – autour de ce « sujet élargi » attentif au « monde commun » – ces questions vitales : environnement, cause animale, démocratie. Même si on ne partage pas tous les engagements et partis pris exposés, cette tentative est trop rare pour être ignorée. Et quelques formules méritent une postérité. Par exemple : « On ne se répare vraiment qu’au-delà de soi. » p r.-p. d.

 

Voir l'article dans Le Monde

Tag(s) : #actualités.

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