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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 11:07

Perfectionner la langue des chimistes

pour perfectionner la chimie.

 

Guyton de Morveau (1737-1816). L'initiateur.

 

 

Louis-Bernard Guyton de Morveau est né à Dijon en 1737. Avocat au parlement de Dijon c'est un scientifique reconnu. Membre de l'Académie de sa ville il est le correspondant de plusieurs célèbres chimistes européens dont Scheele et Bergman avec lequel il partage la volonté de réformer le langage alors utilisé en chimie.

 

Guyton de Morveau. Pour une chimie européenne.

 

Dans le Journal de Physique de l'abbé Rozier de l'année 1782 (p370), il publie un mémoire remarqué "Sur les Dénominations Chymiques, la nécessité d'en perfectionner le système, & les règles pour y parvenir".

 

Les découvertes en chimie se sont multipliées, "Il y a moins de vingt ans qu'on ne connaissait que six acides, qu'on ne distinguait que deux terres solubles, qu'on ne comptait que dix ou onze substances métalliques, qu'on ignorait même une partie des combinaisons des bases connues. Il était sans doute encore possible de loger dans sa mémoire les noms impropres d'une trentaine de sels, de les retenir à force de les relire, & de les entendre : mais aujourd'hui que la Chymie compte dix huit acides, dont l'action et les produits sont différents ; qu'elle a nouvellement acquis deux terres, plusieurs demi-métaux ; qu'on examine avec soin l'action de tant de matières les unes sur les autres, soit simples, soit dans l'état de composition, il devient indispensable d'adopter un système de dénominations, pour en indiquer sans confusion les résultats".

 

Le constat est simple : cette science qui a enfin réussi à s'imposer dans les Académies utilise une langue à peine sortie des grimoires alchimistes. "Il n'est point de science, regrette-t-il, qui exige plus de clarté, plus de précision, & on est d'accord qu'il n'en est point dont la langue soit aussi barbare, aussi vague, aussi incohérente".

 

La liste de ces barbarismes dont il souligne "l'impropriété révoltante" est effectivement édifiante. On y rencontre de l'huile de vitriol, de la crème de chaux, du beurre d'arsenic, du foie de soufre, du safran de Mars, de la lune cornée, des éthiops, des kermès, ainsi qu'une profusion de corps désignés par les noms de leurs inventeurs réels ou supposés : "teinture de Stahl, de Ludovic, de Paracelse, de Mynsicht, poudre d'Algoroth, liqueur de Libavius, sel de Glauber, de Seignette, de Takenius, de Segner, &c. &c. &c."

 

Alors, réformer le langage chimique ? Oui, mais comment ? Guyton de Morveau énonce cinq principes :

 

Premier Principe : "Une phrase n'est point un nom ; les êtres & les produits chymiques doivent avoir leurs noms qui les indiquent dans toutes les occasions, sans qu'il soit besoin de recourir à des circonlocutions". Comment désigner la "liqueur alkaline saturée de la matière colorante du bleu de Prusse" ? Le terme, proposé, "d'alkali Prussien", ne nous parle pas beaucoup plus, aujourd'hui, que la longue phrase qu'il remplace, mais pour les chimistes du 18ème siècle, familiers de ce corps, il était éclairant.

 

Second Principe : "Les dénominations doivent être, autant qu'il est possible, conformes à la nature des choses". Ne pas appeler "huile de vitriol" un corps dont le caractère huileux est tout à fait étranger à cette substance. Lui préférer le nom "d'acide vitriolique" et appeler "vitriols" les sels issus de cet acide (on dirait aujourd'hui acide sulfurique et sulfates). Ainsi, en remplaçant "sel de Glauber" par "Vitriol de soude", on indiquera que ce sel est le résultat de l'action de l'acide vitriolique sur la soude.

 

La "Classe des vitriols" deviendra ainsi la première illustration du système proposé par Guyton de Morveau.

 

 

Troisième principe : "Lorsqu'on n'a pas une connaissance certaine du caractère qui doit principalement déterminer la dénomination, il faut préférer un nom qui n'exprime rien à un nom qui pourrait exprimer une idée fausse."

 

Bergman, par exemple, "conseille de ne désigner l'air essentiel à la respiration que par l'expression d'air sain, d'air pur, au lieu d'air déphlogistiqué, jusqu'à ce que l'on ait pleinement éclairci les faits qui semblent y annoncer la présence de phlogistique".

 

Sans doute Guyton de Morveau se souviendra-t-il de ce conseil, d'un chimiste qu'il vénère, au moment où il rencontrera Lavoisier et les chimistes parisiens, avec lesquels il construira une nouvelle nomenclature et devra choisir un nom définitif pour cet "air pur".

 

Quatrième Principe : "Dans le choix des dénominations à introduire, on doit préférer celles qui ont leurs racines dans les langues mortes les plus généralement répandues, afin que le mot soit facile à retrouver par le sens & le sens par le mot." ;

 

Depuis moins d'un siècle, les chimistes ont pris l'habitude de s'exprimer dans leur langue nationale. Certains à regret. Dans les années 1730, Pierre van Musschenbroek, physicien hollandais, était déjà célèbre. Il le deviendra encore plus après 1746 quand il aura "électrisé" l'Europe entière des savants et des badauds au moyen de la fameuse "bouteille de Leyde", le premier condensateur électrique.

 

Ses compatriotes lui ayant demandé d'écrire un ouvrage de Physique dans leur langue nationale, il finit par accepter, mais non sans réticence.

 

"Je veux bien avouer", écrit-il en introduction de son Essai de Physique publié à Leyde en 1739, "que je n'avais alors nulle envie d'entreprendre un travail si pénible, tant à cause de mes occupations académiques, que parce que je n'étais pas accoutumé d'écrire en hollandais mais seulement en latin.

 

J'étais d'ailleurs dans cette opinion, qu'il est plus avantageux pour les sciences d'écrire en latin, lorsqu'il est question d'enseigner et d'instruire, afin que n'ayant qu'une seule langue commune à apprendre, on eût plus de loisir pour en faciliter l'intelligence ; et cela d'autant plus que les sciences ne rencontrent déjà que trop d'obstacles, depuis que chaque nation a commencé d'en traiter dans sa propre langue.

 

Je ne sais si je me trompe à cet égard, mais du moins ne saurait-on disconvenir que la nécessité où l'on se trouve d'apprendre un si grand nombre de langues étrangères, nous donne des peines infinies et nous fait perdre un temps précieux, qui pourrait être employé plus utilement, si on n'écrivait qu'en Latin comme du temps de nos Pères."

 

Le message frappe par son caractère contemporain, l'anglais semblant, aujourd'hui, vouloir faire fonction de latin moderne.

 

Quarante ans se sont écoulés depuis la déclaration de Musschenbroek quand Guyton de Morveau commence son travail. Les lettrés européens pratiquent encore passablement le latin et le grec. Ce seront donc ces deux langues qui serviront a créer un nouveau dictionnaire chimique international. Ainsi proposera-t-il le nom d'acide lignique pour l'acide obtenu par distillation du bois (lignum) et celui de lignites pour ses composés. L'acide du vinaigre (acetum) sera l'acide acétique. L'acide oxalique proviendra du suc de l'oseille (oxalis). Tous ces noms font encore partie de notre vocabulaire chimique contemporain.

 

Cinquième principe : "Les dénominations doivent être assorties avec soin au génie de la langue pour laquelle elles sont formées."

 

L'Anglais et l'Allemand ont leur génie estime Guyton de Morveau. Ces langues "admettent facilement des mots formés de plusieurs mots assemblés sans liaison grammaticale, sans inflexion paragogique.

 

La langue française est bien plus réservée dans l'usage de ces composés, & ne reçoit même dans les Arts que des mots arrangés pour être au ton d'une douce articulation".

 

Le génie de la langue française, ce sont donc ses préfixes et suffixes qui permettent ce "ton d'une douce articulation". Un son s'y module en sonate, de même muriatique donnera muriate, Arsenical se déclinera en arséniate, phosphorique en phosphate.

 

Ces propositions, qui ne sont encore qu'une ébauche, seront reprises et développées quand Guyton de Morveau rencontrera Lavoisier et les Académiciens parisiens.

 

Ce premier essai d'une nomenclature est bien reçu par les correspondants européens de Guyton de Morveau et ajoute à sa notoriété. Elle reçoit, en particulier, un appui de poids. Celui de Torbern Olof Berman depuis la Suède :

 

"Le savant professeur d'Upsal n'a pas seulement adopté mon projet, écrit Guyton de Morveau, il m'a recommandé de l'exécuter avec courage : Ne faites grâce à aucune dénomination impropre, ceux qui savent déjà entendront toujours, ceux qui ne savent pas encore entendrons plus tôt. "

 

Tout aussi enthousiaste est le Français Macquer, même si le ton de sa lettre est légèrement désabusé :

 

" Votre nouvelle Nomenclature Chymique est excellente, & en mon particulier je suis tout prêt à l'adopter ; mais je ne puis vous répondre de tout le monde, car vous savez combien les hommes, même éclairés, sont des animaux d'habitude. Ce ne sera qu'avec le temps qu'on se familiarisera avec des noms dont la plupart paraîtront d'abord fort étranges et fort sauvages"

 

Guyton de Morveau croit à son projet. Depuis 1780 il est chargé de rédiger l'article Chymie de l'Encyclopédie Méthodique de Charles-Joseph Panckouke qui fait suite à l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert. Le premier article, dont il est l'auteur, avant d'être remplacé par Fourcroy, paraîtra en 1784.

 

Il a lu l'essentiel de ce qui a été publié par ses collègues européens. Cette lecture l'a conforté dans l'idée qu'un langage commun s'impose :

 

"Après avoir longtemps emprunté le secours de mes confrères, & et de quelques amateurs, qui ont bien voulu fouiller pour moi dans les langues étrangères, je suis parvenu à me les rendre assez familières pour y lire moi-même ce qui était écrit sur la Chymie. Il n'y a guère d'articles qui ne se trouvent enrichis de quelques observations puisées dans ces ouvrages, surtout dans ceux des Allemands, qui, depuis plusieurs années, semblent avoir pris à tâche de recueillir et de répandre, avec les travaux de leurs compatriotes, ceux des savants de tous les pays dans les sciences physiques. On serait tentés de croire qu'ils aspirent à rendre leur langue l'organe de la correspondance générale, & il n'est pas difficile de prédire qu'ils obtiendront à leur tour cet avantage, qu'il nous eût été si facile de conserver.

 

La science de la Nature est universelle comme la Nature, elle n'a point de type national, elle ne reçoit point de limites de la convention, elle est le même dans tous les climats ; ceux qui la cultivent sont autant de coopérateurs réunis par la même ambition, dispersés pour l'intérêt commun, mais qui ont besoin de s'entendre pour assurer leurs progrès ; et puisqu'ils ne peuvent passer leur vie à étudier toutes les langues, leur choix sera bientôt fait, dès qu'il y en aura une en possession de communiquer à tous tout ce qu'ils sont obligés de connaître."

 

Et si cette langue de communication entre chimistes était le français ? Telle semble être, en partie, l'ambition de Guyton de Morveau.

 

L'intervention des chimistes français.

 

En France, d'autres chimistes partagent le même objectif et une autre réforme du vocabulaire est en marche : celle de Lavoisier et de ses collègues académiciens qui s'appuient sur une base théorique, celle du principe oxygine, très différente de celle de Macquer, Bergman et Guyton de Morveau, tous partisans du phlogistique.

 

La concurrence est sévère. La théorie de Lavoisier semble même avoir des partisans parmi les collègues Bourguignons de Guyton de Morveau, mais cela ne l'empêche pas de se montrer circonspect :

 

"Les auteurs des éléments de Chymie de l'Académie de Dijon, assurés par les belles expériences de M. Lavoisier de la présence de l'air vital dans l'acide nitreux, & ayant de plus observé que le soufre et le phosphore absorbaient une quantité d'air en passant à l'état acide, commencèrent à soupçonner que ce fluide entrait comme partie constituante dans la composition de tous les acides (souligné dans le texte), qu'il était essentiel à leur état de combinaison aqueuse, en un mot qu'il pourrait bien être le vrai acide universel, l'élément acide, au lieu de l'acide du soufre qui n'existe pas lui-même tout formé dans le soufre.

 

M. Lavoisier a développé cette idée dans ses considérations générales sur la nature des acides, imprimées dans les mémoires de l'Académie royale des sciences pour 1778…

 

Nous aurons plus d'une fois occasion de dire, & particulièrement aux articles Acide Vitriolique, Acide Saccharin, Phlogistique, &c. &c. que nous sommes bien éloignés d'adopter en entier l'explication dans laquelle ce savant Chymiste croit pouvoir se passer absolument du Phlogistique" (Encyclopédie méthodique, article chymie, p 29).

 

Pourtant, trois ans plus tard, c'est avec Lavoisier qu'il présentera la Méthode de Nomenclature Chimique qui bannira le phlogistique de l'univers de la chimie.

 

Voir : La nomenclature : une révolution chimique.

 

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Pour l’ensemble de cette histoire voir :

 

Histoire de l’oxygène. De l’alchimie à la chimie.

Suivre le parcours de l’oxygène depuis les grimoires des alchimistes jusqu’aux laboratoires des chimistes, avant qu’il n’investisse notre environnement quotidien.

 

Aujourd’hui, les formules chimiques O2, H2O, CO2,… se sont échappées des traités de chimie et des livres scolaires pour se mêler au vocabulaire de notre quotidien. Parmi eux, l’oxygène, à la fois symbole de vie et nouvel élixir de jouvence, a résolument quitté les laboratoires des chimistes pour devenir source d’inspiration poétique, picturale, musicale et objet de nouveaux mythes.

 

À travers cette histoire de l’oxygène, foisonnante de récits qui se côtoient, s’opposent et se mêlent, l’auteur présente une chimie avant les formules et les équations, et montre qu’elle n’est pas seulement affaire de laboratoires et d’industrie, mais élément à part entière de la culture humaine.

 

feuilleter les premières pages

 

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Autres liens :

 

Guyton de Morveau. Chimie et révolution.

 

Un grand chimiste Dijonnais.

 

Deux lettres de Madame de Lavoisier à Guyton de Morveau.

 

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voir aussi :

 

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

JPEG - 77.7 ko

Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…, coupable : le dioxyde de carbone. Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone
et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une
chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole. Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.
 

Seront-ils entendus ?

 

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Gérard Borvon - dans Chimie
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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 11:26

 

 

Fred Hoyles (1915-2001), cosmologiste Britannique, n'imaginait pas le succès de son "big-bang" quand il utilisait cette expression ironique en 1950 pour désigner la théorie qui supposait une expansion de l'univers dont l'origine se situerait à 13,7 milliards d'années de notre ère.

 

Tout aurait donc commencé par un "Big-bang". C'est-à-dire une évolution de l'univers qui débute par un état dans lequel l'espace, le temps, l'énergie seraient une seule et même chose. Même si notre imagination est incapable de nous en donner une représentation, c'est du moins ce que décrivent les équations issues des théories actuelles.

 

A partir de cet indicible, l'univers se dilate à une vitesse prodigieuse. Arrive l'instant où se forment les premières particules : des quarks, des électrons, des neutrinos. Elles se combinent bientôt en protons et neutrons cohabitant avec leurs jumeaux d'antimatière qui peu à peu disparaîtront dans un scénario que les chercheurs modernes n'ont pas encore fini d'écrire.

 

Nous sommes alors à quelques milliers d'années de l'origine, la température est "descendue" jusqu'à 10 000 degrés. Apparaît l'atome le plus simple dont le noyau ne comporte qu'un seul proton : l'hydrogène. Vient ensuite l'hélium dont le noyau contient deux protons et deux neutrons. Chaque noyau étant associé à son cortège d'électrons. Les nuages d’hydrogène et d’hélium se refroidissent et se contractent sous l'effet de la gravité en une multitude de grumeaux : les galaxies.

 

Deux milliards d'années se sont passées. Les galaxies elles-mêmes se sont fractionnées en nuages d'hydrogène et d'hélium qui se concentrent à leur tour sous l'action de la gravitation. Leur densité augmente, leur température atteint des millions de degrés. Bientôt les chocs disloquent les atomes d'hydrogène dont les protons se regroupent quatre par quatre pour donner des noyaux d'hélium, libérant au passage d'énormes quantités d'énergie sous la forme d'un flux de particules de lumière : les photons. Ainsi naissent et brillent les premières étoiles.

 

La réserve d'hydrogène s'épuise. Faute de réactifs, le rayonnement de l'étoile fléchit et la gravitation reprend le dessus. Le cœur d'hélium atteint la centaine de millions de degrés. Dans ce formidable "Athanor" commence le rêve des alchimistes. Les noyaux d'hélium se combinent trois par trois pour former du carbone et quatre par quatre pour donner de l'oxygène. Puis se forme l'azote et ainsi naissent les quatre éléments primordiaux, ceux qui seront à l'origine de la vie : H, C, O, N.

 

Nous ne décrirons pas ici la vie mouvementée des étoiles. L'extinction des plus petites sous forme de "naine noire", l'explosion des plus grosses dans l'éclair d'une "supernova" visible même en plein jour. De ces vies naissent tous les éléments qui s'affichent dans les cases du tableau périodique et qui, expulsés lors des feux d'artifice des explosions finales, constituent la poussière interstellaire qui engendrera les planètes.

 

Naissance de la Planète bleue.

 

Un nuage d'hydrogène et d'hélium a pris la forme d'une élégante galaxie spirale, notre voie lactée. Parmi les étoiles qui y naissent l'une, de taille raisonnable, est située aux 2/3 de son centre, notre Soleil. Un anneau de poussières stellaires l'entoure. Celles-ci s'agrègent autour des plus gros grains. Ainsi se forment les planètes solaires elles-mêmes entourées d'anneaux et de satellites.

 

Une ségrégation s'établit. Plus proches du soleil sont les planètes telluriques : Mercure, Vénus, Terre, mars. Peu massives, elles ont un sol solide dont les roches sont composées des éléments les plus lourds. Plus loin se trouvent Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, les géantes gazeuses, essentiellement formées d'hydrogène et d'hélium.

 

La Terre, nous dit Stephen Hawking, est une suite de hasards heureux.

 

- Sa distance au soleil lui donne une température compatible avec la présence d'eau liquide.

 

- Son orbite est un cercle presque parfait, ce qui lui procure une température sensiblement constante et uniquement modulée par les saisons résultant de l'inclinaison de son axe de rotation par rapport à son plan orbital. Une orbite plus aplatie provoquerait l'ébullition des océans au moment où la Terre serait la plus proche du soleil et les ferait geler quand la Terre en serait la plus éloignée. Difficile de s'adapter !

 

- Sa masse est juste suffisante pour que la force de gravité lui conserve une atmosphère. Trop faible, elle perdrait ses gaz et aurait un ciel aussi noir que celui de la lune.

 

On sait aujourd'hui que ce hasard n'est pas unique. La traque des planètes orbitant autour de soleils étrangers a été lancée et la liste de celles tout aussi miraculeusement situées devrait s'allonger rapidement. L'hypothèse d'une vie qui pourrait s'y développer, peut-être même suivant le mode terrestre, prend corps. Et pourquoi ne pas rêver : des êtres intelligents, peut-être un jour, capteront les signaux que nous avons commencé à leur adresser.

 

Quand s'assemblent les molécules du vivant.

 

Revenons à la Terre. Vers les années 1950 on estimait son atmosphère initiale, constituée quatre milliards d'années plus tôt, comme étant composée de vapeur d'eau, d'hydrogène, de méthane et d'ammoniac. L'eau apporte l'oxygène. Le méthane apporte le carbone, l'ammoniac l'azote. L'hydrogène se présente aussi bien à l'état de simple molécule qu'associé à chacun des trois autres. Les quatre éléments constitutifs des acides aminés sont donc présents dans cette atmosphère. Est-ce suffisant pour produire ces molécules support du vivant?

 

En 1953, Le jeune chimiste Stanley Miller, encore étudiant en thèse, imaginait une expérience rappelant l'œuf de Berthelot. Dans un simple ballon de verre, un dispositif simulant le système "eau-atmosphère primitive" était soumis à l'action d'étincelles électriques reproduisant les éclairs qu'une atmosphère si chargée ne pouvait manquer de provoquer.

 

Après plusieurs jours d'exposition, les parois du ballon présentaient des traces huileuses et l'eau qu'il contenait était devenue brune. Dans cette "soupe primitive" l'étudiant trouvait trois acides aminés. La découverte faisait l'effet d'un coup de tonnerre et l'idée s'imposait : l'origine de la vie est terrestre !

 

Mais bientôt la terre quitte son statut privilégié. Les astronomes ont détecté dans le gaz interstellaire une multitude de molécules composées des quatre éléments du vivant, C, H, O, N. On y trouve essentiellement des molécules de dihydrogène H2, d'eau H2O. On y trouve aussi des molécules construites sur un squelette de carbone : du monoxyde de carbone CO, du méthane CH4, de l'ammoniac NH3, toutes molécules que l'on retrouve dans l'atmosphère initiale de la terre. On y détecte surtout une bonne centaine de molécules particulièrement complexes dont des acides aminés qui se concentrent sur les météorites. Une nouvelle proposition rencontre la faveur des scientifiques : la vie est née de l'espace, la Terre n'ayant été qu'un support fertile !

 

Mais faut-il exclure totalement une origine terrestre ? La Terre, avec ses volcans ou ses sources hydrothermales enfouies dans les fonds océaniques est riche en milieux où pressions et températures peuvent provoquer des synthèses proches de celles naissant dans l'univers stellaire. Il est admis que les acides animés, produits aussi bien sur terre que dans l'espace, ont trouvé sur notre planète, et en particulier dans ses océans, les conditions des réactions chimiques propice à la naissance de la vie. L'eau est en effet essentielle. Elle concentre les molécules qu'elle reçoit et favorise les occasions de rencontres. Elle protège les nouvelles combinaisons des rayons ultraviolets issus d'un soleil encore particulièrement actif.

 

En quelques centaines de millions d'années les molécules se complexifient, les acides aminés s'assemblent en protéines de plus en plus longues jusqu'à atteindre les millions d'atomes de l'ADN. La vie s'installe dans une atmosphère sans oxygène jusqu'à ce qu'apparaissent les premiers organismes utilisant le rayonnement solaire pour puiser leur carbone dans le gaz carbonique de l'atmosphère en y rejetant un déchet, l'oxygène, qui rend l'atmosphère toxique pour la plupart des organismes vivant alors sur terre.

 

Une autre forme de vie va naître et une longue évolution mènera à l'être humain. Un être humain qui s'interroge encore sur la nature de cette vie qui anime le matière carbonée et sur la suite de hasards qui a fait s'allumer, chez lui, cette conscience qui lui a permis d'imaginer toute cette histoire. Ailleurs, peut-être, sur d'autres planètes tournant autour d'autres soleils, d'autres êtres vivent.

 

Des êtres qui pourraient nous être proches ? "L'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard", écrivait Jacques Monod en conclusion de son essai sur le "hasard et la nécessité".

 

Chacune des espèces vivant sur terre est elle-même le produit du hasard mais on sait, à présent, qu'elles sont interdépendantes et que, si le hasard les a fait naître, le hasard n'est plus nécessairement la première cause de leur disparition. L'homme est devenu, en moins de deux siècles, le premier des animaux terrestres capable de modifier, profondément, les conditions de la vie sur sa planète au point d'y menacer l'existence des autres espèces et, en particulier, de la sienne.

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pour aller plus loin voir :

Histoire du carbone et du CO2

Un livre chez Vuibert.


 

Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresse,

Coupable : le dioxyde de carbone. Pourtant sans ce gaz il n'y aurait aucune trace de vie sur Terre.

L'auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu'aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l'importance du carbone et celle du CO2.

L'ouvrage décrit ensuite la naissance d'une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu'elle ne s'applique au charbon et au pétrole.

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd'hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 08:32
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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 17:46

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

JPEG - 77.7 ko

Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…


Coupable : le dioxyde de carbone.

 

Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.
 

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 10:20

Nombreux sont les chimistes du XVIIIème  qui ont valorisé leur discipline en l'opposant à la vieille alchimie. On se souvient de Macquer (1718-1784) qui allait même jusqu'à regretter que la chimie ait conservé un nom qui rappelle l'ancienne discipline. C'est un mal, écrit-il "pour une fille pleine d'esprit et de raison, mais fort peu connue, de porter le nom d'une mère fameuse pour ses inepties et ses extravagances". 

 

Même s'il est moins sévère, Lavoisier (1743-1794), l'auteur principal de la nouvelle nomenclature chimique publiée en 1787, n'échappe cependant pas à la règle. Nous citerons ici quelques textes qui en attestent et qui marquent l'esprit de la nouvelle chimie dont nos chimistes "modernes" sont les héritiers.

 

XXXXX

 

Le premier texte, daté de 1772, est issu d'une communication à l'Académie des sciences "sur la destruction du diamant par le feu". Lavoisier et plusieurs de ses confrères ont montré que le diamant porté à haute température dans l'air brûle comme un banal morceau de charbon. Le propos fait scandale dans certains milieux, tant la pierre mythique est réputée indestructible. Il faut donc se défendre et dans ces cas rien de mieux que l'attaque. Les alchimistes en font les frais.

 

" De tout temps les hommes ont attaché l'idée de perfection à tout ce qui était rare et précieux, et ils se sont persuadé que ce qui était cher, hors de leur portée et difficile à obtenir, devait réunir les plus rares propriétés ; de là sans doute les prodiges attribués à la pierre philosophale et à l'or potable, de là les merveilles et le fables des alchimistes sur la médecine universelle.

 

Les pierres précieuses ont également partagé cet enthousiasme, et il n'y a pas encore cent ans qu'on leur attribuait aussi leurs prodiges. Parmiles médecins, les uns les administraient intérieurement dans certaines maladies et les faisaient entrer dans  les formules de leurs dispensaires ; d'autres se persuadaient qu'il suffisait de les porter en bagues, en amulettes, etc. et ils s'en promettaient des effets singuliers dans l'économie animale".

 

Revenant parmi nous, plus de dieux siècles plus tard, Lavoisier serait étonné de constater que la croyance en le vertu des pierres n'a pas disparu y compris, et même souvent, parmi les "élites" intellectuelles des sociétés dites "développées".

 

Grande lentille utilisée par Lavoisier pour obtenir de hautes températures.

 

 

XXXXX

 

Le second texte est de 1782. C'est un "Mémoire dans lequel on a pour but de prouver que l'eau n'est point une substance simple, un élément proprement dit, mais qu'elle est susceptible de décomposition et de recomposition".

 

Parmi les expériences choisies pour le prouver : la combustion de l'alcool (l'esprit de vin). Une lampe à alcool brûle sous une cloche de verre. Le dégagement volatil qui en résulte est refroidi dans un serpentin et analysé : c'est de l'eau !

 

"Dans des temps moins éclairés, on aurait présenté cette opération comme une transmutation d'esprit de vin en eau, et les alchimistes en auraient tiré des inductions favorables à leurs idées sur les transmutations métalliques. Aujourd'hui que l'esprit d'expérience et d'observation nous apprend à tout apprécier à sa juste valeur, nous ne verrons autre chose, dans cette expérience, que la preuve qu'il s'ajoute quelque chose à l'esprit-de-vin dans sa combustion, et que ce quelque chose est de l'air."

 

L'idée que l'eau est un élément fondamental de la matière a encore la faveur de nombreux chimistes. Lavoisier s'emploie à ruiner cette survivance.

 

L'eau, prouve-t-il par ses expériences, "est un composé du principe oxygine (qui deviendra l'oxygène) uni à un principe inflammable (futur hydrogène)".

 

XXXXX

 

Le troisième extrait illustre le retour en force de l'ésotérisme en plein siècle des lumières. Mesmer est à Paris où sa pratique du "magnétisme animal" lui attire une riche clientèle aristocratique. Les autorités royales s'inquiètent et demandent une enquête de l'Académie des Sciences. Lavoisier fait partie de la commission qui en est chargée. Un rapport est publié en 1784 "sur le magnétisme animal".

 

Lavoisier et ses collègues assistent à une séance dirigée par M. Deslon, disciple de Mesmer.

 

" Les moyens qu'emploie  Deslon se réduisent principalement à deux : l'attouchement et la prétendue émission d'un fluide que l'on conduit et que l'on condense, soit avec le doigt, soit avec une petite verge de fer.

 

Nous n'avons vu produire par ces deux moyens qu'un seul effet : il consiste à faire tomber quelques personnes dans des états convulsifs, mais sans qu'il résulte d'altération dans le pouls, ni de dérangement dans la santé.

 

Mais on sait que la seule imagination, frappée ou prévenue à un certain point, suffit pour produire ces effets, qu'il existe une foule d'exemples de convulsions imitatives ; à plus forte raison, l'attouchement peut-il agir quand ses effets sont réunis à ceux de l'imagination.

 

L'art de conclure d'après des expériences et des observations consiste à évaluer des probabilités, et à estimer si elles sont assez grandes ou assez multipliées pour constituer des preuves. Ce genre de calcul est plus compliqué et plus difficile qu'on ne pense ; il demande une grande sagacité et il est en général au-dessus des forces du commun des hommes.

 

C'est sur leurs erreurs dans cette espace de calcul qu'est fondé le succès des charlatans, des sorciers, des alchimistes ; que l'ont été autrefois ceux des magiciens, des enchanteurs et de tous ceux en général qui s'abusent eux-mêmes ou qui cherchent à abuser la crédulité publique."

 

Les alchimistes ramenés au rang des charlatans, sorciers, magiciens, enchanteurs et accusés d'abuser de la crédulité du plic : jamais Lavoisier n'avait été aussi sévère. Des personnages, adeptes du magnétiseur, comme le futur révolutionnaire Marat, s'en souviendront !

 

XXXXX

 

C'est naturellement dans le "Mémoire sur la nécessité de réformer et de perfectionner la nomenclature de la chimie", publié en 1787, que nous allons trouver une autre allusion à l'alchimie. L'objectif des chimistes français engagés dans cette opération est clair. Ils est temps, disent-ils, "de débarrasser la chimie des obstacles de toute espèce qui retardent ses progrès, d'y introduire un véritable esprit d'analyse". Tout ceci commençant par le "perfectionnement du langage".

 

Premier obstacle : l'alchimie :

 

"Une partie des expressions dont on se sert en chimie y a été introduite par les alchimistes ; il leur aurait été difficile de transmettre à leurs lecteurs ce qu'ils n'avaient pas eux-mêmes, des idées justes et vraies.

 

De plus, leur objet n'était pas toujours de se faire entendre. Ils se servaient d'un langage énigmatique qui leur était particulier, qui, le plus souvent, présentait un sens pour les adeptes, un autre sens pour le vulgaire, et qui n'avait rien d'exact et de clair, ni pour les uns, ni pour les autres.

 

C'est ainsi que l'huile, le mercure, l'eau elle-même des philosophes n'étaient ni l'huile, ni le mercure, ni l'eau dans le sens que nous y attachons"

 

Débarrasser la chimie des vieux mots de l'alchimie est donc un des objectifs de Lavoisier et de ses collaborateurs. A l'évidence les auteurs de la nouvelle Nomenclature y sont parvenus.

 

Pourtant le diable ne se cacherait-il pas encore dans le détail ?

 

Azote ou Azoth ?

 

Dans son traité élémentaire de chimie oublié en 1789, Lavoisier traite des "noms génériques et particuliers des fluides aériformes"

 

"On a vu que l’air de l'atmosphère était principalement composé de deux fluides aériformes ou gaz, l'un respirable, susceptible d'entretenir la vie des animaux, dans lequel les métaux se calcinent et les corps combustibles peuvent brûler ; l'autre, qui a des propriétés absolument opposées, que les animaux ne peuvent respirer, qui ne peut entretenir la combustion, etc. Nous avons donné à la base de la portion respirable de l'air le nom d'oxygène, en le dérivant de deux mots grecs όξύς, acide, γείνομαι, j'engendre, parce qu'en effet une des propriétés les plus générales de cette base est de former des acides en se combinant avec la plupart des substances.
 
Nous appellerons donc gaz oxygène la réunion de cette base avec le calorique. Sa pesanteur dans cet état est assez exactement d'un demi-grain poids de marc par pouce cube, ou d'une once et demie par pied cube, le tout à 10 degrés de température et à 28 pouces du baromètre.
 
Les propriétés chimiques de la partie non respirable de l’air de l'atmosphère n'étant pas encore très-bien connues, nous nous sommes contentés de déduire le nom de sa base de la propriété qu'a ce gaz de priver de la vie les animaux qui le respirent, nous l'avons donc nommé azote, de l'α privatif des Grecs, et de ζωή, vie ; ainsi la partie non respirable de l'air sera le gaz azotique. Sa pesanteur est de 1 once 2 gros 48 grains le pied cube, ou de 0 grain, 4444 le pouce cube."
 
Ce faisant, Lavoisier pouvait-il oublier que le mot Azoth était l'un des plus forts du vovabulaire des alchimistes ? Que c'était pour certains d'entre eux la pierre philosophale ou  "L'or caché des pilosophes".
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Tandis que d'autres devront s'employer à expliquer qu'il ne faut pas confondre ces deux termes.
 
Mais le problème n'est plus actuellement que franco-français. La nomenclature internationale ayant abandonné Azote au profit de Nitrogen (ou Nitrogène).
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
 
Pour aller plus loin
 

Histoire de la chimie. L’oxygène, de l’alchimie à la chimie. Un livre chez Vuibert.

 

Suivre le parcours de l’oxygène depuis les grimoires des alchimistes jusqu’aux laboratoires des chimistes, avant qu’il n’investisse notre environnement quotidien.

 

Aujourd’hui, les formules chimiques O2, H2O, CO2,… se sont échappées des traités de chimie et des livres scolaires pour se mêler au vocabulaire de notre quotidien. Parmi eux, l’oxygène, à la fois symbole de vie et nouvel élixir de jouvence, a résolument quitté les laboratoires des chimistes pour devenir source d’inspiration poétique, picturale, musicale et objet de nouveaux mythes.

 

À travers cette histoire de l’oxygène, foisonnante de récits qui se côtoient, s’opposent et se mêlent, l’auteur présente une chimie avant les formules et les équations, et montre qu’elle n’est pas seulement affaire de laboratoires et d’industrie, mais élément à part entière de la culture humaine.

 

Histoire de l’oxygène. De l’alchimie à la chimie.

 

Feuilleter

 

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Gérard Borvon - dans Chimie
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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 19:40

Guillaume Mazéas naît en 1720 dans la paroisse de Saint-Houardon à Landerneau. Il rejoint le Collège de Navarre à Paris où il s'initie aux sciences.

 

Devenu abbé, il est d’abord employé comme secrétaire, à Rome, à l’ambassade française auprès du Vatican. A cette occasion il s’intéresse aux antiquités romaines et rencontre des savants étrangers ayant les mêmes curiosités que lui. En particulier il devient le correspondant de Stephen Hales, scientifique anglais de grand renom.

 

Nommé chanoine de la cathédrale de Vannes, non loin de Lorient siège de la Compagnie des Indes, il s'intéresse à la couleur des tissus dont les teinturiers indiens gardent jalousement le secret. Le commerce de leurs toiles, les "indiennes", est l'une des spécialités du port de Lorient.

 

détail d'une "indienne".

 

Le résultat de ses recherches est publié en 1763 dans les mémoires de l'Académie des Sciences dont il est correspondant sous le titre "Recherches sur la cause physique de l'adhérence de la couleur rouge aux toiles peintes qui nous viennent des côtes de Malabar et de Coromandel.

 

"Le problème que les Indiens nous proposent, est devenu célèbre par le grand nombre de tentatives que l'on a faite pour le résoudre. Ce problème consiste à donner au coton un rouge capable de résister aux épreuves les plus fortes, sans néanmoins employer d'autre mordant qu'une simple solution d'alun.

 

Le peu de succès de ceux qui ont travaillé sur cette matière d'après les Mémoires faits par des Observateurs exacts, le partage d'opinions dans les Observateurs eux-mêmes sur la véritable cause du phénomène que nous offrent les toiles des Indes, le doute où nous sommes encore à cet égard, tous ces motifs excitèrent ma curiosité, et me firent envisager la matière que je vais traiter comme un objet qui mérite autant d'intéresser les Physiciens, qu'elle peut répandre de lumières sur l'art de la teinture."

 

En Académicien, il cite d'abord ceux qui l'ont précédé dans cette voie : Dufay, CoeurdouxPoivre.

 

"J'avais entre les mains les descriptions du P. Coeurdoux, les observations de M. Poivre, & la copie d'un manuscrit que feu M. Dufay avait fait venir des Indes."

 

Le manuscrit cité par Mazéas pourrait être le célèbre "manuscrit de Beaulieu". Du Fay, alors Inspecteur officiel des Teintureries et des Mines et Directeur du Jardin des Plantes de Paris aurait chargé Mr de Beaulieu, capitaine de vaisseau,  "de s'informer de tout ce qui concerne la fabrique des Toiles peintes".  Celui-ci, aux dires de Dufay, "s'en est acquitté avec beaucoup d'exactitude et d'intelligence : il a fait peindre devant lui une pièce de Toile et non seulement il a décrit tout le travail avec la plus scrupuleuse exactitude, mais après chaque opération il a coupé un morceau de la pièce de Toile qu'il a rapporté avec des échantillons de toutes les matières qui entrent dans les diverses opérations."  Deux exemplaires de ce manuscrit se trouvent actuellement au muséum d'histoire naturelle de Paris.

 

De son côté, Dufay avait publié des "Observations physiques sur le mélange des quelques couleurs dans la teinture".dans les Mémoires de l'Académie des Sciences pour l'année 1737 (p253).

 

Le père Coeurdoux, le deuxième cité par Mazéas, avait publié ses premiers résultats en 1742.

 

Le troisième, Pierre Poivre, prend la suite des travaux de Coeurdoux. Il publie ses résultat en 1747.

 

Mais revenons à Mazéas. Il poursuit :

 

" Le procédé contenu dans ces mémoires me parut fort simple, & je résolus de l'éprouver ; mais à peine avais-je commencé, que je vis naître des difficultés sans nombre : je compris alors combien il est difficile de découvrir la Nature, d'après des observations, lorsque les observateurs eux-mêmes ignorent le principe d'où partent ces observations".

 

Bien plus tard, Bachelard exprimera la même idée : "L'observation scientifique est toujours une observation polémique" écrit-il, "elle confirme ou infirme une thèse antérieure, un schéma préalable, un plan d'observation ; elle montre en démontrant" (le nouvel esprit scientifique).

 

Pour autant le mémoire de Mazéas restera assez mystèrieux sur les "principes" qui le guident. Ses expériences répétées resteront cependant une référence pour les teinturiers pendant le demi-siècle qui suivra ses publications.

 

Première remarque d'importance : la plante tinctorale des indiens "appelée Chavayer sur les côtes de Malabar & Raye de Chaye sur la côte de Coromandel"  trouve son équivalent en France et en Europe. Mazéas a sélectionné la plante appelée Caillelait et la Garance.

 

Caillelait

 

"J'ai fait des épreuves, qu'il serait trop long de rapporter ici, sur nos trois espèces de caillelait, sur la garance de France, sur celle de Hollande, & sur celle qui croît dessus les Alpes, connue sous le nom de Rubia loevis Taurinensium. De toutes ces racines celles qui, réduites en poudre, m'ont donné le plus beau rouge, sont le caillelait à fleurs bleues et la Garance des Alpes."

 

Garance

Le procédé de traitement exige des corps également disponibles en Europe :

 

"On fait tremper la toile dans l'eau où on a délayé des crottes de brebis, & on l'y laisse pendant un jour et une nuit, ensuite on la lave et on l'expose au soleil pendant trois jours, en l'arrosant de temps en temps. La deuxième opération consiste à tremper la toile dans une infusion de cadoucaïe, qui est un fruit analogue à la noix de gale, à bien battre cette toile & à l'imbiber de lait de vache ou de buffle"

 

La coloration s'obtient ensuite par trempage dans une cuve contenant la plante tinctorale dans une eau additionnée d'alun qui joue le rôle de mordant.

 

Simple donc ?

 

La lecture du mémoire nous montre que tel n'est pas le cas et que l'habileté de l'artisan va devoir être mise à contribution. Mais une chose est certaine : en utilisant la garance on peut développer une industrie de la teinture en France.

 

 

 

 

 

Après Mazéas.

 

En 1791, Berthollet publie des "Eléments de l'art de la teinture". Berthollet est de l'école de Lavoisier avec lequel il a publié la nouvelle nomenclature chimique. C'est donc en chimiste de la nouvelle génération qu'il s'exprime et qu'il apporte un nouvel éclairage théorique à la chimie de la teinture. Ce que reconnaîtra Chaptal qui, à son tour, se saisira du problème.

 

"c’est surtout Bergmann, et après lui M. Berthollet qui ont ramené à des loix constantes tous les phénomènes de la teinture : ils ont fait rentrer cette partie précieuse de nos arts dans le domaine des affinités chimiques ; et on peut dire avec vérité, qu’ils ont été les premiers à poser les bases de la science tinctoriale".

 

C'est en 1807 que Jean-Antoine Chaptal publie "L'art de la teinture du coton en rouge". Son texte est un véritable traité à l'usage des industriels qui ne néglige rien des détails des opérations nécessaires.

 

"J’ai formé moi-même, et j’ai dirigé pendant trois ans, un des plus beaux établissemens de teinture en coton qu’il y ait en France : un double intérêt, celui de la propriété et celui de la science, m’a constamment animé pendant tout le temps que j’ai conduit ma teinture ; et je puis avouer qu’il est peu de procédés que je n’aie pratiqués, peu de moyens d’amélioration ou de perfectionnement que je n’aie tentés, peu d’expériences que je n’aie répétées. Dans mes recherches, il ne s’est jamais présenté un résultat utile que je n’aie de suite transporté dans mes ateliers, pour y recevoir la terrible épreuve du travail en grand.

 

Je n’offre donc au public, ni des conceptions hasardées, ni les résultats de quelques essais, ni les procédés, trop souvent trompeurs, qui s’échappent des ateliers. Je dis ce que j’ai vu ; je publie ce que j’ai fait ; je décris ce que j’ai exécuté moi-même ; je ne copie que le résultat de mes expériences ; et je me borne à présenter, pour ainsi dire, la carte de ma fabrique et le journal de mes opérations. Voilà mes titres à la confiance du public."

 

Après lui, et pendant plus d'un demi siècle, l'industrie de la teinture à base de garance se développera en France.

 

 

Le goudron de houille et le grand-œuvre des chimistes du 19ème siècle.

 

"Des épais goudrons noirs de la houille, indésirables résidus des cokeries, tirer le mauve, le fuchsia, le rouge Magenta, le bleu de Prusse, le jaune auramine, le vert acide, l'indigo…, toutes les couleurs qui égayent les trottoirs des grands boulevards, tel est le grand œuvre des chimistes du XIXème siècle." (Bernadette Bensaude-Vincent, Isabelle Stengers, Histoire de la chimie, La Découverte1993)

 

Le merveilleux goudron.

 

Lors d'une conférence "Sur les matières colorantes artificielles", faite en 1876 devant l'Association Française pour l'Avancement des Sciences, le médecin et chimiste français Charles Adolphe Wurtz (1817-1884), ne disait pas autre chose :

 

"Je me propose de vous entretenir d'une des plus belles conquêtes que la chimie ait faites dans ces derniers temps, d'une série de découvertes où se révèle d'une manière éclatante l'influence de la science pure sur les progrès des arts pratiques. Il s'agit de la formation artificielle de matières colorantes qui rivalisent en éclat avec les couleurs les plus belles que nous offre la nature et qui par un effort merveilleux de la science sont toutes tirées d'une seule matière, le goudron.

 

Quel contraste entre ce produit noir, poisseux, infect, et les matériaux purs qu'on peut en tirer et qu'on parvient à transformer diversement de façon à les convertir en une pléiade de matières colorantes qui possèdent, à l'état sec un éclat irisé, rappelant celui des feuilles de cantharides, et, à l'état de dissolution, les teintes les plus riches de l'arc-en-ciel".

 

 

 

Depuis Lavoisier, les techniques de purification des corps  ainsi que l'analyse chimique se sont perfectionnées. Wurtz dénombre 43 composés différents dans le goudron. En priorité il cite la Benzine, un corps qui, depuis, en France est devenu le Benzène.

 

Le corps tire son nom du benjoin, un encens importé d'Asie contenant un acide qualifié de benzoïque. En 1833, en distillant cet acide végétal avec de la chaux, le chimiste allemand Mitscherlich (1794-1863) obtenait un liquide odorant auquel il donna le nom de Benzin. Ce même corps a ensuite été retrouvé en distillant la houille et le pétrole.

 

Sa formule C6H6 pose un problème aux chimistes qui s'interrogent sur la forme de sa molécule jusqu'à ce que le chimiste allemand Friedrich August Kekulé (1829-1896) propose, en 1865, une formule plane hexagonale dans laquelle des liaisons doubles et simples entre carbones alterneraient le long de la chaîne carbonée.

 

représentations du benzène

 

Dans le goudron, les chimistes trouvent aussi du Toluène dont Wurtz nous dit que le chimiste Sainte-Claire Deville l'aurait "rencontré autrefois parmi les produits de la distillation du baume de Tolu". Important également, le phénol, un antiseptique puissant et surtout l'aniline "matière première la plus précieuse pour la fabrication des couleurs artificielles".

 

L'aniline tire son nom d'une plante, l'Indigofera anil, utilisée pour la teinture indigo. On peut aussi la préparer à partir du benzène. Les chimistes ont déjà élaboré une série de réactions de "substitution" qui permettent de remplacer un atome d'hydrogène du benzène par différents groupements. Dans le cas de l'aniline il s'agit d'un atome d'azote lié à deux atomes d'hydrogène (-NH2).

 

Sur la base de l'aniline, il était possible également de fabriquer la fuchsine, un colorant pourpre découvert en 1862 par le chimiste lyonnais  Renard (fuchs en allemand signifiant renard).

 

 

Le bleu de Lyon, le violet Hofmann, le violet de Paris, le vert-lumière, le noir d'aniline, la safranine, la fluorescéine, l'éosine… tels sont les colorants issus du benzène ou de l'aniline cités par Wurtz dans sa conférence.

 

 

 

"Mais voici le triomphe de la science dans cette voie pleine de surprises et de merveilles" ajoute-t-il pour conclure son exposé. "On est parvenu à former artificiellement la matière colorante rouge de la garance que Robiquet a découverte et désignée sous le nom d'alizarine".

 

formule de l'alizarine.

 

Poudre d'alizarine.

 

L'affaire de la garance.

 

La "garance des teinturiers" est donc une plante utilisée depuis l'Antiquité, en particulier en Asie, pour la teinture rouge extraite de ses racines. Sa culture en France prend un grand développement quand Charles X, en 1829, décide de faire colorer en rouge le pantalon et le képi des hommes de troupe de l'armée française. La plante était essentiellement cultivée dans le Vaucluse qui devint le centre de la production mondiale.

 

 

Le 10 mai 1860, Jean-Henri Fabre  "Docteur ès Sciences - professeur de physique et de chimie et aux écoles municipales d'Avignon (Vaucluse)" déposait le brevet d'un "Procédé par lequel on transforme la fane de Garance en une matière tinctoriale identique à celle de la racine de la même plante". La méthode devrait permettre d'augmenter le rendement en alizarine qui est le produit actif de la plante.

 

Moins de dix ans plus tard, le 25 juin 1869, les chimistes Caro, Graebe et Libermann, de la Badische Anilin und Soda fabrik (BASF), entreprise allemande traitant la soude et l'aniline, déposaient un brevet pour la synthèse de l'alizarine à partir de l'anthracène extrait du goudron de houille. Le produit, peu cher, inondait rapidement le marché. Malgré des mesures protectionnistes du gouvernement français la culture de la garance était rapidement abandonnée. Seuls les uniformes des soldats français continueront à l'utiliser jusqu'en 1914. Pendant ce temps l'industrie chimique allemande montait en puissance et se lançait à la conquête des marchés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Gérard Borvon - dans Chimie
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 07:45

Le dioxyde de carbone, nommé ainsi après que Lavoisier ait donné leur nom à l'oxygène et au carbone, a une longue histoire. Nous donnons ici la liste des articles de ce site qui lui sont consacrés.

 

XXXXXXXXXX

 

Histoire du CO2. Jean-Baptiste Van Helmont (1579-1644) et le gas silvestre.

 

Histoire du CO2. Stephen Hales (1677-1761). Quand l’air se transforme en pierre !

 

Histoire du CO2. Joseph Black (1728-1799) et l’air fixe.

 

Histoire du CO2. Joseph Priestley (1733-1804), quand les plantes purifient l’air.

 

 

Histoire du CO2. Charles Bonnet, Jan Ingenhousz, Jean Senebier : l’alimentation et la respiration des plantes.

 

 

Histoire du CO2. Lavoisier. De l’air fixe à l’acide crayeux aériforme et au gaz carbonique.

 

Histoire résumée du CO2

 

XXXXXXXXXX

 

 

pour aller plus loin voir :

 

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

JPEG - 77.7 ko

Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…

 

Coupable : le dioxyde de carbone. Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone
et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.

 

Seront-ils entendus ?

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Gérard Borvon - dans Chimie
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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 12:24

Nous donnons ici la liste des articles de ce site consacrés au carbone. En particulier ceux liés à l'histoire de cet élément.

 

Lavoisier et la naissance du mot "carbone".

 

 

Histoire du carbone. Quand la chimie était verte.

 

 

Histoire du carbone. Quand l'énergie était verte.

 

 

Histoire du carbone. Quand la chimie des plastiques était verte.

 

xxxxxxxxxx

pour aller plus loin voir :

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

JPEG - 77.7 ko

Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…

 

Coupable : le dioxyde de carbone. Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone
et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.

 

Seront-ils entendus ?

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Gérard Borvon - dans Chimie
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 09:19

Lavoisier. De l’air fixe jusqu'au carbone.

 

Dans un mémoire lu le 3 mai 1777 à l’Académie des Sciences, Lavoisier traite des "expériences sur la respiration des animaux et sur les changements qui arrivent à l’air en passant par leurs poumons".

 

Chacun connaît l’importance de la respiration pour le maintien de la vie humaine et pourtant, nous dit Lavoisier, "nous connaissons peu l’objet de cette fonction singulière". Cet "objet", c’est l’air mais, ajoute-t-il, "toutes sortes d’air, ou plus exactement toutes sortes de fluides élastiques, ne sont pas propres à l’entretenir, et il est un grand nombre d’airs que les animaux ne peuvent respirer sans périr".

 

Lavoisier connaît les travaux de Stephen Hales qui a montré que "de l'air se fixe" dans les plantes pendant leur croissance. Il est surtout admiratif des expériences de Joseph Priestley qui "a reculé beaucoup plus loin les bornes de nos connaissances… par des expériences très ingénieuses, très délicates et d’un genre très neuf". Lavoisier considère que son apport essentiel aura été de prouver que "la respiration des animaux avait la propriété de phlogistiquer l’air, comme la calcination des métaux et plusieurs procédés chimiques". Ou pour être plus bref : que la respiration est une combustion !

 

Lui-même veut le vérifier. Un moineau est placé sous une cloche pleine d’air renversée sur une cuve à mercure. Près d’une heure plus tard il ne bouge plus. L’air qui reste éteint une flamme. Un nouveau moineau qu’on y enferme n’y vit que quelques instants.

 

Cet "air vicié" présente une propriété qu’on ne trouve pas dans la simple "mofette" à laquelle Lavoisier donnera plus tard le nom d’Azote. Il précipite l’eau de chaux. Par ailleurs, une partie de cet air vicié est absorbée par une solution d’alkali fixe caustique (de la potasse). Par ces propriétés Lavoisier reconnaît cet air que les chimistes, après Joseph Black, désignent comme "l’air fixe".

 

Le terme ne lui convient pas. Dans une note il s’en explique.

 

Quand l’air fixe devient acide crayeux aériforme.

 

" Il y a déjà longtemps que les physiciens et les chimistes sentent la nécessité de changer la dénomination très-impropre d’air fixe, air fixé, air fixable ; je lui ai substitué, dans le premier volume de mes Opuscules physiques et chimiques, le nom de fluide élastique ; mais ce nom générique, qui s’applique à une classe de corps très-nombreux, ne pouvait servir qu’en en attendant un autre.

 

Aujourd’hui, je crois devoir imiter la conduite des anciens chimistes ; ils désignaient chaque substance par un nom générique qui en exprimait la nature, et ils le spécifiaient par une seconde dénomination qui désignait le corps d’où ils avaient coutume de la tirer ; c’est ainsi qu’ils ont donné le nom d’acide vitriolique à l’acide qu’ils retiraient du vitriol ; le nom d’acide marin à celui qu’ils tiraient du sel marin, etc.

 

Par une suite de ces mêmes principes, je nommerai acide de la craie, acide crayeux, la substance qu’on a désignée jusqu’ici sous le nom d’air fixe ou air fixé, par la raison que c’est de la craie et des terres calcaires que nous tirons le plus communément cet acide, et j’appellerai acide crayeux aériforme celui qui se présentera sous forme d’air."

 

"Acide crayeux aériforme", propose donc Lavoisier, à un moment où, pourtant, il ne sait rien encore de la composition chimique de la craie. Plus tard c’est l’acide lui-même qui contribuera à donner son nom à la craie (carbonate de calcium) dans la nomenclature chimique. Nous en reparlerons.

 

Pour le moment le chimiste s’interroge sur le mécanisme de la respiration. Il a constaté une faible diminution du volume de l’air dans la cloche. Deux hypothèses se présentent.

 

-  Il est possible, dit-il, "que l’air éminemment respirable qui est entré dans le poumon en ressorte en acide crayeux aériforme". Ce qui expliquerait la faible diminution du volume de l’air dans la cloche, l’air fixe étant supposé "moins élastique" que l’air ordinaire.

 

-  Il est possible aussi "qu’une portion de l’air éminemment respirable reste dans le poumon et qu’elle se combine avec le sang".

 

Les deux propositions se révèleront partiellement justes. Pour appuyer la seconde Lavoisier rappelle que Priestley lui-même, a exposé du sang à l’air éminemment respirable et à l’acide crayeux aériforme. Dans le premier cas le sang a pris une couleur rouge-vermeil, dans le second cas il est devenu noir. La remarque ne manque pas de pertinence mais il faudra encore de longues années avant qu’elle trouve sa justification.

 

Pour le moment, la nature de l’acide crayeux reste à élucider.

 

De l’acide crayeux aériforme à l’acide charbonneux.

 

Quatre ans se sont passés. Lavoisier a abandonné le phlogistique. Dans les publications de l’Académie des Sciences pour l’année 1781, on peut lire son "Mémoire sur la formation de l’acide nommé air fixe ou acide crayeux et que je désignerai désormais sous le nom d’acide du charbon".

 

Lavoisier rappelle d’abord sa conception de la combustion des métaux, à savoir la combinaison de ceux-ci avec la partie respirable de l’air qu’il désigne à présent comme principe oxygine (générateur d’acide) et qui deviendra gaz oxygène dans la Nomenclature qu’il publiera avec Guyton de Morveau, Fourcroy et Berthollet en 1787.

 

En même temps que de celle des métaux, Lavoisier s’est intéressé aux combustions du phosphore et du soufre. Celles-ci l’ont conduit aux acides phosphorique et sulfurique. Poursuivant avec la même logique, il décide de s’intéresser au plus anciennement connu des combustibles : le charbon.

 

Ce corps pose problème. Si les chimistes savent obtenir du soufre et du phosphore dans un état de quasi-pureté, il n’en va pas de même du charbon. Sa distillation laisse échapper un ensemble de gaz parmi lesquels un air inflammable aqueux qui prendra ensuite le nom d’hydrogène. Dans ses cendres on trouve des terres insolubles et de l’alkali fixe (de la potasse) soluble. D’où la précision de Lavoisier :

 

"Pour éviter toute équivoque, je distinguerai, dans ce mémoire, le charbon d’avec la substance charbonneuse ; j’appellerai charbon ce que l’on a coutume de désigner sous cette dénomination dans les usages de la société, c’est-à-dire un composé de substance charbonneuse, d’air inflammable aqueux, d’une petite portion de terre et d’un peu d’alcali fixe ; j’appellerai, au contraire, substance charbonneuse le charbon dépouillé d’air inflammable aqueux, de terre et d’alcali fixe".

 

C’est donc la "substance charbonneuse" qui se combine au principe oxygine de l’air dans la combustion du charbon. Abandonnant le nom "d’acide crayeux" qu’il lui avait précédemment donné, Lavoisier donne le nom "d’acide charbonneux" au gaz résultant de cette combustion.

 

Afin de déterminer les proportions de substance charbonneuse et de principe oxygine dans cet acide charbonneux, Lavoisier, aidé de Laplace et Meusnier, se livre à une multitude d’expériences qui l’amènent aux proportions :

 

Principe oxygine : 72,125 livres

 

Matière charbonneuse : 27,875 livres

 

Total de l’acide charbonneux : 100,000 livres

 

La lectrice ou le lecteur qui mobiliserait ses souvenirs scolaires pourrait vérifier qu’avec nos données actuelles (valeurs "arrondies" : 12g de carbone pour 32g d’oxygène dans les 44g d’une "mole" de CO2 soit 22,4l gazeux,), les 27,875% de carbone mesurés par Lavoisier sont très proches des 27,3% que nous donnent nos calculs.

 

En cette année 1781, l’air fixe, rebaptisé acide crayeux, est donc devenu acide charbonneux. Pourtant, si on connaît à présent sa composition, il attend encore son nom définitif.

 

Quand l’acide charbonneux devient gaz acide carbonique et quand naît le carbone.

 

Nous devons évoquer ici la Nomenclature Chimique. Notons, pour mieux la situer, qu’elle prend son origine au début des années 1780, moment où la nécessité se fait jour d’une réforme dans la façon de nommer les corps chimiques.

 

C’est d’abord Louis-Bernard Guyton de Morveau (1737-1816), avocat au parlement de Dijon et chimiste reconnu internationalement qui publie dans le Journal de Physique de l’abbé Rozier, en 1782, un mémoire "Sur les dénominations chymiques, la nécessité d’en perfectionner le système et les règles pour y parvenir".

 

Le constat est simple : cette science qui a enfin réussi à s’imposer dans les Académies utilise une langue à peine sortie des grimoires des alchimistes. "Il n’est point de science, regrette-t-il, qui exige plus de clarté, plus de précision, & on est d’accord qu’il n’en est point dont la langue soit aussi barbare, aussi vague, aussi incohérente".

 

En France, d’autres chimistes partagent le même objectif et une autre réforme du vocabulaire est en marche : celle de Lavoisier et de ses collègues académiciens qui s’appuient sur une base théorique, celle du principe oxygine, très différente de celle de Guyton de Morveau partisan du phlogistique.

 

La concurrence est sévère. La théorie de Lavoisier semble même avoir des partisans parmi les collègues Bourguignons de Guyton de Morveau, mais cela n’empêche pas celui-ci de se montrer circonspect :

 

"Nous aurons plus d’une fois occasion de dire, & particulièrement aux articles Acide Vitriolique, Acide Saccharin, Phlogistique, &c. &c. que nous sommes bien éloignés d’adopter en entier l’explication dans laquelle ce savant Chymiste croit pouvoir se passer absolument du Phlogistique" (Encyclopédie méthodique, article chymie, p29).

 

Pourtant, trois ans plus tard, c’est avec Lavoisier qu’il présentera la Méthode de Nomenclature Chimique qui bannira le phlogistique de l’univers de la chimie.

 

Influent à l’Académie des sciences, Lavoisier (1743-1794) a su attirer autour de lui des collaborateurs efficaces et enthousiastes qui soutiennent sa théorie : Antoine-François Fourcroy (1755-1809), Claude Louis Berthollet (1748-1822), Jean Henri Hassenfratz (1755-1827), Pierre Auguste Adet (1763-1834).

 

C’est ce groupe, réuni autour de Lavoisier, qui accueille Guyton de Morveau quand il vient à Paris en février 1787 avec son projet de nomenclature déjà bien avancé. Avec lui, ils rédigent la nouvelle "Méthode de Nomenclature Chimique" présentée à l’assemblée publique de l’Académie des Sciences du 17 avril 1787.

 

Guyton de Morveau est chargé d’en présenter les nouveaux termes. L’oxygène, l’hydrogène et l’azote sont les premiers nommés. Concernant le nom des acides, l’un d’entre eux pose problème.

 

"Aucun n’a reçu autant de noms différents que ce gaz, auquel M. Black donna d’abord le nom d’air fixe, en se réservant expressément de changer dans la suite cette dénomination, dont il ne se dissimulait pas l’impropriété. Le peu d’accord des chimistes de tous les pays sur ce sujet nous laissait, sans doute, une liberté plus entière, puisqu’il nous montrait la nécessité de présenter enfin des motifs capables de décider l’unanimité : nous avons usé de cette liberté suivant nos principes.

 

Quand on a vu former l’air fixe par la combinaison directe du charbon et de l’air vital, à l’aide de la combustion, le nom de cet acide gazeux n’est plus arbitraire, il se dérive nécessairement de son radical, qui est la pure matière charbonneuse ; c’est donc l’acide carbonique, ses composés avec les bases sont des carbonates ; et, pour mettre encore plus de précision dans la dénomination de ce radical, en le distinguant du charbon dans l’acceptation vulgaire, en l’isolant par la pensée, de la petite portion de matière étrangère qu’il recèle ordinairement, et qui constitue la cendre, nous lui adaptons l’expression modifiée de carbone, qui indiquera le principe pur, essentiel du charbon, et qui aura l’avantage de le spécifier par un seul mot, de manière à prévenir toute équivoque."

 

De façon paradoxale, c’est donc l’acide carbonique, que nous désignons actuellement comme gaz carbonique dans le langage courant ou dioxyde de carbone dans une langue plus savante, qui a donné son nom au carbone !

 

La remarque n’est pas anodine. C’est le dioxyde de carbone, l’ancien "gas silvestre" ou "air fixe", qui relie la craie la plus blanche à la noirceur du charbon. Le charbon, bois fossilisé, faisant lui-même le lien entre le minéral et le végétal. Comment aurions-nous pu décrire ce "cycle du carbone" qui associe matière inerte et matière animée ; que serait devenue la "chimie organique", si Lavoisier s’en était tenu à son choix initial "d’acide crayeux aériforme" ?

 

Ce choix étant fait, la réaction de combustion du carbone peut désormais s’écrire dans une formulation qui nous est compréhensible.

 

Carbone + oxygène → gaz acide carbonique

 

Le mot carbone est entré dans le langage quotidien et est partout compris dans le monde. Pourtant, nous verrons, à présent, qu’il ne s’est cependant pas imposé sans de fortes réticences.

 

XXXXXX

 

De l’offensive anti-nomenclature à la victoire du carbone.

 

Le 17 avril 1787, est donc la date à laquelle Lavoisier, Guyton de Morveau, Fourcroy et Berthollet présentent le "Mémoire sur la nécessité de réformer et de perfectionner la nomenclature de la chimie" à la séance publique de l’Académie Royale des Sciences.

 

Une réception "nuancée" de la part des académiciens français.

 

Baumé, Cadet, Darcet, et Sage, sont les quatre académiciens auxquels revient la charge de présenter le "Rapport sur la Nouvelle Nomenclature". Le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas réellement enthousiastes et qu’en ces années qui précèdent une tempête politique, ils sont loin de souhaiter le "matin du grand soir" d’une révolution chimique.

 

"Ce n’est pas encore en un jour qu’on réforme, qu’on anéantit presque une langue déjà entendue, déjà répandue, familière même dans toute l’Europe, & qu’on lui en substitue une nouvelle d’après des étymologies, ou étrangères à son génie, ou prises souvent dans une langue ancienne, déjà presque ignorée des savants, & dans laquelle il ne peut y avoir ni trace, ni notion quelconque des choses, ni des idées qu’on doit leur signifier".

 

Le problème majeur est l’avènement de l’oxygène au détriment du phlogistique. Pourquoi choisir l’aventure, estiment les rapporteurs, quand l’ancien système s’avère encore utile ?

 

"La théorie ancienne qu’on attaque aujourd’hui est incomplète sans doute ; mais celle qu’on lui substitue n’a-t-elle pas ses embarras, ses difficultés ? Dans l’ancienne, nombre de phénomènes s’expliquent comme on peut, à l’aide du phlogistique… Dans la nouvelle c’est l’oxygène réuni aux bases acidifiables, qui forme ces mêmes acides ; mais qui nous dira ce qu’est l’oxygène ? Ce qu’est ce radical acide ? "

 

Qui nous dira ce qu’est l’oxygène ? Manifestement les Académiciens ne semblent pas avoir trouvé la réponse dans les mémoires des nomenclateurs. S’ils trouvent quand même quelques avantages à la nouvelle théorie, c’est ceux qu’elle doit à la précision et au calcul "auxquels la perfection de nos appareils a fourni l’analyse".

 

Ils choisissent donc de ne pas choisir :

 

"Nous dirons seulement que lorsque nous nous sommes permis ces réflexions, nous n’avons pas plus prétendu combattre la théorie nouvelle que défendre l’ancienne…

 

Nous pensons donc qu’il faut soumettre cette théorie nouvelle, ainsi que sa nomenclature, à l’épreuve du temps, au choc des expériences, au balancement des opinions qui en est la suite ; enfin au jugement du public, comme au seul tribunal d’où elles doivent & puisse ressortir.

 

Alors ce ne sera plus une théorie, cela deviendra un enchaînement de vérités, ou une erreur. Dans le premier cas, elle donnera une base solide de plus aux connaissances humaines ; dans le second elle rentrera dans l’oubli avec toutes les théories & les systèmes de physique qui l’auront précédée".

 

La faire rentrer dans l’oubli, tel est l’objectif des phlogisticiens qui ne ménagent pas leurs critiques.

 

Des mots durs, barbares, qui choquent l’oreille.

 

Le "Journal d’observations sur la Physique, l’Histoire naturelle et sur les Arts et Métiers", nommé plus simplement "Journal de Physique de l’abbé Rozier" est "la" revue scientifique européenne du moment. Guyton de Morveau, Lavoisier, Fourcroy y publient régulièrement. En septembre 1787 elle rend compte, d’une façon relativement neutre, de la nouvelle Nomenclature qui vient d’être publiée à Paris. Dans cette première présentation, le seul commentaire retenu est celui des commissaires de l’Académie. Mais l’attaque ne tardera pas.

 

Jean-Claude de la Métherie, directeur de la revue et l’un de ses principaux rédacteurs, ne perd pas de temps. Dès le mois d’octobre, il publie un "Essai sur la nomenclature chimique". La critique, radicale, s’y énonce en cinq points.

 

1°) Les changements de nom doivent se faire peu à peu, avec sagesse et circonspection alors que cette nomenclature propose de changer tout de suite la plupart des mots et "cela ne s’est jamais fait, ni ne peut se faire dans aucune partie de la langue".

 

2°) On doit s’éloigner le moins possible des mots anciens, ce qui n’est manifestement pas le cas, les auteurs de la nomenclature revendiquant le droit de changer "la langue que nos maîtres ont parlée" en ne faisant grâce à aucune dénomination qui leur semblerait impropre.

 

3°) On "consultera autant qu’on pourra l’analogie". Or comment imaginer du charbon dans le gaz incolore appelé "carbonique" ou dans la craie la plus blanche ?

 

4°) "On ne doit point négliger l’harmonie des mots, & on ne peut absolument s’écarter du génie de la langue. Un mot nouveau ne doit être ni dur, ni barbare, surtout dans un moment où on adoucit tous les mots, & sans doute trop. Les oreilles sont si délicates qu’on ne dit plus paille, cheval, &c. On prononce pâie, zeval, zeveux, &c."

 

Or, ajoute De la Métherie, la nomenclature emploie ces mots " durs, barbares qui choquent l’oreille, & ne sont nullement dans le génie de la langue française, tels que carbonate, nitrate, sulfate, &c… aussi la plus grande partie des savants français, & nos plus grands écrivains, tel que M. de Buffon, les ont blâmés dès l’instant qu’on les a proposés".

 

5°) Cinquième point : une nomenclature ne doit pas reposer sur des idées systématiques "car autrement chaque école ayant un système différent, aura une nomenclature différente". Or, ses auteurs l’affirment eux-mêmes, le propre de leur nomenclature est qu’elle repose sur un ensemble d’idées philosophiques. Élément supplémentaire à charge : celles-ci sont "regardées comme fausses par le plus grand nombre des savants, qui par conséquent ne peuvent se servir de ces mots ".

 

La critique n’épargne aucune proposition. Pourquoi azote et non pas ammoniacogène dans la mesure où cet élément est également présent dans l’ammoniac. Pourquoi hydrogène et pas éléogène car le "gaz inflammable" est également présent dans les huiles. Et, en ce qui concerne l’objet de ce livre, quel intérêt à remplacer charbon par carbone ?

 

Ce premier article libère la parole des lecteurs de la revue. Chacun en rajoute en témoignage d’indignation.

 

La guerre est déclarée.

 

Dans le numéro de décembre 1787 du journal de physique, le premier à intervenir souhaite rester anonyme. "La chimie est maintenant à la mode", dit-il, "Nos belles dames, longtemps avant que le lycée leur en offrît des leçons, avaient paru sur les bancs des diverses écoles". C’est pourquoi la nouvelle Nomenclature "était attendue avec impatience". D’où sa déception et le sentiment d’avoir été victime d’une publicité mensongère : "plus les noms placés à la tête de cet ouvrage sont propres à exciter l’intérêt du lecteur, moins ils sollicitent leur indulgence".

 

Et d’indulgence, il n’en a pas ! Il reproche, en particulier, à ces illustres scientifiques, leur mauvais usage du grec. Comment oser mutiler "les beautés" de cette langue en fabriquant des mots dont la moitié est empruntée au latin, l’autre au grec. Et surtout, observe-t-il, quand on maîtrise si mal la langue. Oxygène et hydrogène, écrit-il, "signifient précisément le contraire de ce qu’ont voulu les Auteurs de la Nomenclature. La traduction du premier mot est engendré par l’acide & non générateur de l’acide ; celle du second engendré par l’eau et non générateur d’eau". Chez les Grecs, ajoute-t-il, "Diogène voulait dire fils de Jupiter" et, dans le vocabulaire usuel, homogène signifie "généré de façon identique" et non pas "générateur des mêmes choses".

 

Quant à quelques mots "un peu ridicules", ajoute-t-il, tels que "carbone, carbonique, carbonate, &c. je n’en parlerai point ; c’est les premiers, c’est peut-être les seuls dont le public fera justice".

 

Notre auteur anonyme n’avait manifestement rien d’un Nostradamus. Qui peut imaginer qu’il fut un temps où "carbone" ne faisait pas partie du langage commun et qu’il n’a été imposé, il y a seulement un peu plus de deux siècles, que par un quarteron de chimistes français.

 

Pourtant "Carbone" a été une des cibles principales des adversaires de la nomenclature.

 

Oubliez ces carbonates, ces carbures…

 

Étienne-Claude de Marivetz, qui signe en faisant état de son titre de baron, vient tresser des couronnes au directeur du Journal de Physique, le "véritable journal des Savants", pour son combat contre la Nomenclature. Il fallait, dit-il, "que les Étrangers apprissent que cette innovation n’avait été reçue que dans peu de laboratoires ; il fallait que les générations futures, en lisant avec étonnement ce dictionnaire, apprissent comment furent accueillis ces muriates, ces carbonates, ces carbures, ces sulfates, ces sulfites, ces sulfures, ces phosphates, ces phosphures, ces oxydes, &c. &c. &c. Il fallait que l’on sût que ces mots bizarres ne furent reçus que dans le jargon des adeptes qui les avaient imaginés".

 

Bien vite, conclut-il, "les carbonates et les carbures auront été oubliés" et on ne lira plus cette nomenclature "que comme on lit encore l’Histoire de Pantalon-Phoebus".

 

L’éloge historique de Pantalon-Phoebus est un texte extrait du "Dictionnaire néologique à l’usage des beaux-esprits du siècle" publié en 1726 par l’abbé Desfontaines sous couvert d’un "avocat de Province". Il s’agit d’un dictionnaire destiné à répandre dans la Province le beau parlé parisien et dans lequel un cabaretier devenait un "marchand d’ivresse" et une soupe un "phénomène potager". Le dictionnaire en question ne pouvait évidemment que provoquer l’ironie des lecteurs de la fin du siècle.

 

Oublié, est donc Pantalon-Phoebus, mais le baron de Marivetz lui-même n’attirerait plus l’attention s’il n’avait été l’un des pourfendeurs des carbonates et carbures.

 

Christophe Opoix, Maître en Pharmacie à Provins, a été, en cette année 1787, reçu à l’Académie d’Arras, alors sous la présidence de Maximilien de Robespierre. Il constate d’abord que les chimistes des générations antérieures ont su trouver les mots aptes à attirer un public nombreux. La chimie "a fait partie de la bonne éducation, & les femmes mêmes ont fréquenté assidument les amphithéâtres sans s’y trouver étrangères ou déplacées".

 

Il s’en prend, ensuite, ouvertement à Lavoisier, le "brillant orateur de la nouvelle doctrine" :

 

"Je le sais, un nombreux auditoire applaudit encore à ces Messieurs, et semblent leur répondre d’un grand succès ; mais quand la mode, la nouveauté & l’enthousiasme seront passées, quand on ne frappera plus les yeux à grands frais par des appareils nouveaux et imposants ; quand le brillant orateur de la nouvelle doctrine cessera de la soutenir de son éloquence facile et séduisante, quand la science dépouillée de ces secours étrangers, n’offrira plus qu’un squelette hideux, qu’un travestissement bizarre, qu’un extérieur repoussant, comptera-t-on le même nombre d’auditeurs ? "

 

Et naturellement, il ne donne pas, lui non plus, beaucoup de chances de survie à la nomenclature :

 

"Voulez vous savoir ce que je prévois avec regret ? Dans peu d’années les amphithéâtres seront déserts, & la science entièrement négligée. Les gens du monde pourront-ils accommoder leurs oreilles à l’étrange dissonance & à la barbarie des termes ? Auront-ils le courage de surmonter cette barrière qui va séparer la science de la Chimie de toutes les autres ? Les personnes studieuses qui, par goût, se destinent aux sciences, mais qui ne sont encore déterminées par aucune, préfèreront-elles une science qui n’aurait plus de rapport avec aucune autre, & que quelques personnes réunies peuvent au premier instant changer à ne la rendre plus reconnaissable ? "

 

A son tour, un professeur de Chimie de Madrid témoigne : "La nouvelle Nomenclature choque trop les oreilles espagnoles pour qu’elles puissent s’y accommoder. La langue espagnole ne se prête pas à de pareilles innovations. Aussi un apothicaire de Madrid qui voulut employer le mot carbonate, a été surnommé docteur Carbonato…"

 

Après de telles charges, qui oserait encore défendre la réforme proposée et qui parierait sur l’avenir des mots carbone, carbonate, carbonique ?

 

Et pourtant carbone, carbonique et carbonates se sont imposés.

 

Le nom carbone n'apparaît, cependant, dans le dictionnaire de l'Académie française, qu'à sa 6e édition (1832-5).


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pour aller plus loin voir :

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

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Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…


Coupable : le dioxyde de carbone.

 

Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.
 

Seront-ils entendus ?

 

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Gérard Borvon - dans Chimie
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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 13:38

Nous vivons à l’ère des plastiques. Dans les temps futurs, les archéologues qui rencontreront les couches géologiques correspondant à notre époque ne s’y tromperont pas : en même temps que les premiers radioéléments des retombées de l’activité nucléaire militaire et civile, ils trouveront les premières couches de ces "plastiques" qui, eux aussi, sont laissés, en un témoignage peu glorieux, aux siècles futurs.

 

Si ces matières plastiques sont des polymères issus, pour l’essentiel aujourd’hui, de molécules carbonées fossiles extraites du pétrole, elles ont d’abord été fabriquées à partir de corps organiques issus du milieu naturel.

 

Du coton-poudre au collodion.

 

A partir de la fin du 18ème siècle, les chimistes sont mis à contribution pour trouver la formule d’explosifs militaires toujours plus puissants. C’est le cas du "fulmicoton". Découvert dans des circonstances fortuites, plusieurs chimistes s’en voient attribuer l’invention autour des années 1850. Sa préparation est simple : du coton trempé dans de l’acide nitrique se transforme en "coton-poudre", "fulmicoton" ou "nitrocellulose", au caractère bien plus explosif que celui de la poudre noire. Difficile à maîtriser quand il est utilisé seul, il aura un avenir militaire limité à certains usages.



De l’acide nitrique et du coton. Fabrication de la nitrocellulose à Besançon. La Nature, 1898.


Paradoxalement il rencontrera le succès dans le civil. La nitrocellulose a pour propriété de se dissoudre dans un mélange d’éther et d’alcool. On obtient alors un vernis fortement adhérent : le collodion.

 

Associé aux sels d’argent et déposé sur une plaque de verre, ce collodion a été l’un des facteurs de la diffusion de la photographie. Associé au camphre il a donné naissance à un nouveau produit : le "celluloïd".

 

Du collodion au celluloïd.

 

Histoire, ou légende, il se transmet le récit d’états du sud américain, à la recherche d’un produit de remplacement à l’ivoire des boules de billard, alors qu’ils étaient soumis aux blocus, pendant la guerre de sécession. On associe à la découverte de ce nouveau produit, John Wesley Hyatt, imprimeur et chimiste amateur américain. Il aurait trouvé la recette d’un produit solide auquel il était possible de donner l’apparence de l’ivoire en associant au collodion, du camphre, produit blanc translucide extrait du camphrier. A partir de 1870, il entreprit, avec succès, de commercialiser le produit, sous un nom qui a traversé le temps, celui de "celluloïd".

 

Il se faisait cependant contester l’antériorité par Alexander Parkes métallurgiste et chimiste britannique qui, déjà en 1856, avait déposé un brevet pour un produit de la même composition et le commercialisait sous le nom de Parkesine. La justice reconnaissait Parkes comme inventeur mais autorisait la poursuite de la fabrication du celluloïd.

 

Le celluloïd, thermoplastique, se moule facilement. Pendant des dizaines d’années il a servi à faire une multitude d’objets : manches de couteaux, peignes, poupées, bijoux, corps de stylos, montures de lunettes…

 

Son inconvénient : il est très combustible. C’est ainsi que les premiers films cinématographiques, réalisés en celluloïd, doivent à présent être conservés dans des enceintes renforcées à cause du risque d’incendie, voire même d’explosion. Abandonné quand d’autres produits plus surs ont été découverts, il ne sert plus, essentiellement, qu’à fabriquer des objets très spécialisés porteurs de tradition comme des balles de ping-pong ou des médiators pour guitaristes.

 

Le collodion a eu un autre succès industriel à la fin du 19ème siècle : celui de la soie artificielle.

 

Le succès de la soie artificielle.

 

"Cette curieuse industrie, dont la France a droit d’être fière, atteint à la période de grande fabrication" (La Nature, 1898).

 

Son inventeur, Hilaire de Chardonnet (1839-1924) est un ingénieur et industriel de Besançon. En 1884 il dépose un brevet pour une soie artificielle à base de collodion ou nitrocellulose et crée une usine pour sa production, en 1892, à Besançon.

 

Le procédé est décrit avec détails : fabrication du coton poudre par action d’un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique sur le coton, lavage et séchage du fulmicoton obtenu, dissolution dans un mélange d’alcool et d’éther sous forte pression, filtration du collodion obtenu, envoi sous forte pression dans une filière, moulinage et retordage pour constituer des fils de diamètre voulu et, pour finir, dénitratation des fils. En effet, avant cette dernière opération, les fils ne sont encore que du coton-poudre, c’est-à-dire un explosif. En plongeant les écheveaux terminés dans une solution de sulfure d’ammonium, qui élimine l’essentiel de l’acide nitrique, on obtient une soie artificielle qui, nous dit l’auteur de l’article, "est aussi belle et aussi brillante que les soies naturelles les plus estimées", même si, reconnaît-il, elle est moins résistante.



Filature de soie artificielle de Chardonnet à Besançon. Revue La Nature, 1998.

 

Voir aussi : Chardonnet et le premier textile industriel.


Les acétates de cellulose et la viscose.

 

Le Celluloïd, nitrate de cellulose, étant trop combustible il est progressivement remplacé par des produits plus stables. Premiers d’entre eux les acétates de cellulose obtenus par action de l’acide acétique sur la cellulose ou la viscose résultant de l’action de la soude et du sulfure de carbone. Ce dernier produit a servi à fabriquer une autre forme de soie artificielle : la rayonne.

 

Dans un article de La Nature daté de l’année 1900, Jean Bonavita, ingénieur des arts et manufactures, prédit un bel avenir à ce dernier produit qui permet, dit-il, "la formation d’un fil continu de cellulose aussi brillant que la soie, aussi fin qu’elle, et qui possède de plus l’avantage d’une longueur indéfinie jointe à une régularité parfaite et d’un prix incomparablement meilleur marché ; à tel point qu’on peut prévoir le jour, où, renonçant à aller chercher le coton lui-même dans les régions lointaines où la nature l’a cantonné, on lui substituera simplement un coton artificiel, plus régulier et plus pur que la cellulose naturelle, filé en longueurs indéterminées, et tiré économiquement de nos bois les plus ordinaires".

 

Et aujourd’hui ?

 

La viscose est encore utilisée dans des produits d’emballage comme la cellophane, des éponges, des adhésifs. A Echirolles, dans l’Isère près de Grenoble, un Musée de la Viscose, a été installé sur le site de l’ancienne usine. Il retrace l’histoire de soixante ans d’une usine qui, nous dit sa présentation, "a accueilli, de 1927 à 1989, des hommes et des femmes de plus de quarante nationalités différentes".

 

Le phénix renaîtrait-il de ses cendres ? Toujours à Grenoble, on redécouvre la richesse chimique du monde végétal au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Macromolécules Végétales.

 

 

La présentation qu’il fait de son activité est caractéristique des préoccupations économiques et environnementales de notre début de 21ème siècle :

 

"L’un des défis actuels majeurs en science des polymères est la conception de nouveaux matériaux à partir de ressources naturelles renouvelables issues de la biomasse. Ces matériaux ont vocation à remplacer les produits toxiques ou non-biodégradables dérivés de ressources fossiles, tout en offrant des propriétés (mécaniques, thermiques, optiques, etc.) équivalentes. Les biopolymères, et plus particulièrement les polysaccharides, ont donc émergé comme des composants naturels très attractifs de ces matériaux d’avenir.

 

Les polysaccharides sont abondants, renouvelables, légers, peu coûteux et biodégradables. Les quantités produites chaque année par une large variété de plantes, d’animaux et de micro-organismes, mais aussi la diversité ultrastructurale de ces macromolécules rendent celles-ci particulièrement attractives en tant que substrats de départ pour des modifications chimiques dans le cadre d’applications spécifiques.

 

La cellulose par exemple, polymère naturel le plus abondant sur terre (sa production par les plantes est estimée de 50 à 100 milliards de tonnes par an) constitue une source inépuisable de matière première. Ses dérivés sont utilisés dans de nombreuses industries : alimentaire, cosmétique, textile ou emballage.

 

La démarche du laboratoire se situe à différents niveaux, du fondamental à l’appliqué, de la macromolécule au matériau. Il est tout d’abord nécessaire de comprendre l’organisation et les interactions des constituants de la biomasse afin de s’inspirer de ces architectures composites naturelles, pour élaborer des matériaux nanostructurés innovants. Le cas échéant, les substrats polysaccharidiques seront modifiés chimiquement selon des protocoles respectueux de l’environnement afin de leur conférer des fonctions nouvelles ou d’améliorer leur compatibilité avec diverses matrices".

 

De la cellulose modifiée chimiquement "selon des protocoles respectueux de l’environnement" pour "remplacer les produits toxiques ou non-biodégradables dérivés de ressources fossiles"… bonne nouvelle.

 

Souhaitons que ces passionnantes et nécessaires recherches ne soient pas détournées par le monde industriel pour servir d’alibi "vert" à la poursuite du gaspillage des ressources. Un emballage biodégradable ne saurait rendre acceptable un objet polluant ou parfaitement inutile.

 


Sur le collodion, voir son histoire en médecine et en photographie.

Voir aussi dans La Nature 1898 : Viscose et viscoïd

On peut lire aussi : La Vicose (contribution à l'histoire industrielle des polymères en France par Jean-Marie Michel).

 

Voir encore : Le militant ouvrier et l'aristocrate. Quand Charles Tillon rendait hommage à Hilaire de Chardonnet.

 

 
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Marie Mic

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pour aller plus loin voir :

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

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Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…

 

Coupable : le dioxyde de carbone. Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone
et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.

 

Seront-ils entendus ?

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Gérard Borvon - dans Chimie
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