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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 09:25

De Galvani à Volta.

La découverte de la pile électrique.

par Gérard Borvon

 

         Qu'est devenue la science électrique à l'orée du 19ème siècle ? Conducteur, isolant, fluides électriques positifs et négatifs, sont devenus des concepts bien établis. Des machines électriques ont été perfectionnées, alimentant des batteries de bouteilles de Leyde. Dans les foires, dans les "cabinets de curiosités", elles ont attiré des foules de badauds. On connaît la nature électrique de la foudre et on sait s'en protéger.

 

Pourtant, après ces premiers succès spectaculaires, l'électricité semble, à nouveau, être venue se réfugier dans le cabinet du médecin. Le seul endroit où elle paraisse utile. Même si la bouteille de Leyde n'a pas répondu aux attentes des paralytiques, un bon "choc électrique" donnera encore l'illusion d'une thérapie efficace.

 

Plus sérieusement cependant, un biologiste curieux peut vouloir comprendre l'influence de l'électricité sur les corps animés et en particulier sur les muscles. Parmi ceux-ci, Galvani.

 

 

Galvani et les grenouilles.

 

         Aloysius Galvani (1737-1798) est professeur d'anatomie à l'université de Bologne. Comme beaucoup de ses confrères physiologistes, il possède une solide formation de chimiste et de physicien. Concernant l'électricité, il y voit l'un des moteurs de la vie animale. Le fluide nerveux ne serait-il pas un fluide électrique ? Galvani, chercheur méthodique, étudie plus généralement les facteurs susceptibles d'exciter les nerfs et de provoquer une contraction musculaire. La grenouille devient dès lors son partenaire principal.

 


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dessin de Laëtitia B. 1ère S du lycée de l’Elorn à Landerneau. Année 1991-92
cliquer sur l’image.


 

         En débarrassant une grenouille fraîchement tuée de sa peau et en sectionnant son arrière-train, on libère facilement les nerfs qui commandent les muscles de ses cuisses (les nerfs cruraux). Ces nerfs peuvent alors faire l'objet de stimulations diverses, mécaniques, thermiques, chimiques... électriques.

 

         Depuis 1772, Galvani fait régulièrement parvenir le résultat de ses recherches à l'Académie de Bologne. Comptes-rendus sages jusqu'à ce soir de l'année 1780 où le hasard se mêle à la partie. Galvani se trouve alors dans son laboratoire où il répète, avec quelques élèves, certaines des expériences sur l'excitation des muscles de grenouille. Une grenouille a été sacrifiée et son arrière-train repose sur la table du laboratoire.

 

A distance respectable, une machine électrique se trouve sur la même table. Un assistant est justement occupé à l'actionner pour des expériences de physique. En ces années 1780, les machines électriques sont déjà puissantes. Celle conçue par Van Marum, physicien hollandais, utilise un disque de verre frotté, associé à de volumineuses bouteilles de Leyde. Elle autorise la production d'étincelles qui prennent la forme de véritables arcs électriques.

 

Revenons à la cuisse de grenouille. N'a-t-elle pas encore été totalement apprêtée ? Toujours est-il qu'un assistant touche, de la pointe de son scalpel, l'extrémité du nerf qui a été dégagé. Au même moment il observe une exceptionnelle contraction des membres de l'animal comme "pris de convulsions tétaniques".

 

Plus que la violence des contractions, les circonstances de leur production sont extraordinaires. Combien de grenouilles n'a-t-on pas déjà disséquées et combien de fois n'a-t-on pas porté le scalpel sur un nerf sans qu'aucun effet notable ne s'en suive ?

 

 

Expérience de Galvani

(Les Merveilles de la Science)

 

Fort heureusement, à distance, se trouve une personne attentive : la tradition désigne madame Lucia Galvani. Elle n'est pas dans le laboratoire par hasard, c'est une collaboratrice constante de son mari et elle est rompue aux observations scientifiques. C'est donc elle qui sait voir que, le scalpel touchant le nerf, les contractions n'apparaissent qu'au moment exact où une étincelle éclate à la machine ! Madame Galvani, après plusieurs observations répétées en informe alors son mari :

 

"Emerveillée de la nouveauté du fait, elle vint aussitôt m'en faire part. J'étais alors préoccupé de toute autre chose ; mais pour de semblables recherches, mon zèle est sans bornes, et je voulus répéter par moi-même l'expérience et mettre au jour ce qu'elle pouvait présenter d'obscur. J'approchais donc moi-même la pointe de mon scalpel tantôt de l'un, tantôt de l'autre des nerfs cruraux, tandis que l'une des personnes présentes tirait des étincelles de la machine. Le phénomène se produisit exactement de la même manière : au moment même où l'étincelle jaillissait, des contractions violentes se manifestaient dans chacun des muscles de la jambe, absolument comme si ma grenouille préparée avait été prise de tétanos". (mémoire en latin adressé en 1790 à l'académie de Bologne - traduction par Louis Figuier - Merveilles de la Science - tome I -  page 604).

 

L'histoire devient rapidement légende. Dans l'une des versions les plus répandues, madame Galvani est réduite au rôle d'une brave ménagère venue apporter un bouillon de cuisses de grenouilles à son mari enrhumé. Le siècle admet difficilement que des femmes, Madame Lavoisier ou Madame Galvani, puissent avoir joué un quelconque rôle dans le domaine des sciences. Louis Figuier, remarquable vulgarisateur de la fin du 19ème siècle, rapporte que, déjà étant élève de terminale de son lycée, il avait relevé, dans les manuels en usage, 21 versions différentes de cette histoire. Même Alibert dans son "éloge historique de Galvani"   et Arago, dans son "éloge historique de Volta" n'échapperont pas à la mode.

 

 

Il serait certainement amusant de rechercher les nouvelles fantaisies dont la liste aurait pu s'enrichir dans le siècle qui a suivi.

 



La légende de Mme Galvani.(Laëtitia B).


 

Emerveillé lui-même, Galvani consacrera six longues années à étudier le phénomène. Deux éléments entrent en jeu dans l'excitation du nerf : l'étincelle électrique et le corps étranger touchant l'extrémité du nerf.

 

Les premières expériences portent sur le corps étranger. Après avoir multiplié les tests, Galvani constate qu'il doit simplement être conducteur. On ne s'étonnera pas de ce résultat aujourd'hui où nos toits sont hérissés d'antennes conductrices, captant et transformant en courants électriques les ondes électromagnétiques diffusées à distances par des émetteurs divers (ce rôle étant joué ici par la machine produisant des étincelles, le scalpel tenant lieu d'antenne).

 

La seconde série d'expériences porte sur la nature de l'étincelle. Qu'elle soit issue d'une machine ou d'une bouteille de Leyde. Qu'elle soit extraite d'un corps chargé positivement ou négativement, le résultat est le même.

 

Poussant sa recherche jusqu'à l'extrême, Galvani imagine de ne pas cantonner son observation à la modeste étincelle produite par une machine mais, à l'image de Franklin, de tester la foudre. Galvani fait élever une pointe de fer au-dessus de sa maison, un fil métallique partant de cette tige est amené dans son laboratoire jusqu'au crochet soutenant l'arrière train d'une grenouille. Galvani sait-il qu'en 1753, un tel montage a foudroyé le physicien Richmann ? On peut le penser, mais la curiosité scientifique fait bien souvent oublier la prudence. La tentative en valait d'ailleurs la peine car le succès est au rendez-vous. Quand un orage approche, la chute, à distance, d'un éclair, même modeste, provoque la contraction du muscle de grenouille.

 

Il semble, même, que de faibles variations de l'état électrique de l'atmosphère puisse avoir de l'influence. Pour s'en assurer Galvani se propose un montage simple : il consiste à suspendre, par un crochet (qui se trouve être de cuivre), une cuisse de grenouille à la balustrade de fer de son logement. Le 20 septembre 1786, le ciel est résolument bleu et rien ne se passe. Pourtant, dans la vie de Galvani, tout bascule.

 

 

 

Galvani teste l'électricité atmosphérique.

(Les Merveilles de la Science)

 

Lassé d'observations sans succès et prêt à renoncer, Galvani frotte le cuivre du crochet contre le fer du balcon, dans le but, semble-t-il, de rendre le contact plus efficace. Aussitôt les pattes de la grenouille se contractent. Il en est ainsi à l'occasion de chaque nouveau contact. Le phénomène se reproduit également dans le laboratoire avec une plaque de fer et un crochet de cuivre bien décapés.

 

Sur le balcon de Galvani. (Laëtitia B).

 

Aucun besoin d'une machine électrique, inutile d'attendre un éclair d'orage ! L'électricité responsable de la contraction peut donc également ne résulter que d'une cause interne au montage utilisé. Une cuisse de grenouille, un crochet de cuivre, une plaque de fer se suffisent à eux mêmes !

 

Pour Galvani, physiologiste à la recherche de la nature de l'influx neveux, le doute n'est pas permis. Seul le muscle de la grenouille est capable de produire cette électricité. L'expérimentateur s'est contenté de découvrir le dispositif le plus favorable à sa circulation. Et ce dispositif est simple : il suffit de constituer un arc conducteur entre le nerf et l'extérieur du muscle. Le fer et le cuivre, pense Galvani, n'ont pas d'autre rôle que celui de fermer le circuit. Un simple et unique fil métallique semble d'ailleurs convenir même si son efficacité est très faible. Le meilleur résultat, cependant, demande un montage complexe : il faut entourer l'extrémité du nerf d'une feuille d'étain, les muscles d'une feuille d'argent et relier ces métaux par un fil de cuivre. Nous le savons aujourd'hui, Galvani réalise ainsi une superbe "pile" du type de celle qui nous agace quand nous touchons l'or d'une couronne dentaire avec la pointe d'une fourchette d'acier.

 

Mais Galvani suit son idée et ne cherche pas à tirer parti de l'observation qu'il fait de la meilleure efficacité d'une chaîne de métaux différents. Le muscle et le nerf, seuls, l'intéressent et l'interprétation lui semble évidente : le muscle est une "bouteille de Leyde" dont le nerf serait en relation avec l'armature interne et dont la surface serait l'armature externe. "Il y a une telle identité apparente de causes, dit-il, entre la décharge de la bouteille de Leyde et nos contractions musculaires, que je ne puis détourner mon esprit de cette hypothèse". Le "muscle - bouteille de Leyde", se chargerait par un processus biologique pour se décharger brutalement après l'établissement d'un circuit conducteur externe. Ce courant de décharge étant à l'origine de la contraction musculaire.

 

L'idée d'une électricité d'origine biologique n'est pas nouvelle. Dès la découverte de la bouteille de Leyde, plusieurs physiciens, dont Musschenbroek lui-même, en avaient comparé les effets à ceux de la "Torpille". Depuis l'Antiquité on connaît ce poisson particulier de la famille des raies et dont le contact produit, sur ses victimes, un choc suivi d'une étrange "torpeur". On sait aujourd'hui que, même si les tensions mises en jeu sont inférieures aux dizaines de milliers de volts de la bouteille de Leyde, elles sont cependant de l'ordre de 500 volts. Tension suffisante pour secouer un homme adulte et pour assommer le menu fretin d'une pêche électrique  garantie "biologique".

 

L'idée d'un "muscle - bouteille de Leyde" n'est pas, non plus, totalement fausse. On sait aujourd'hui qu'il existe bien une différence de potentiel entre l'intérieur et l'extérieur d'un muscle au repos. Mais elle est, au plus de quelques dizaines de millivolts et ne peut procurer les contractions observées.

 

Galvani fait connaître l'ensemble de ses travaux dans les "Mémoires de l'Académie de Bologne" publiés en l'année 1791. A cette occasion il énonce l'hypothèse d'une "électricité animale" responsable des phénomènes vitaux. La théorie est séduisante. Elle rencontre l'adhésion des physiologistes qui, déjà, soupçonnent l'importance des phénomènes électriques dans le fonctionnement des organismes animaux. Elle fait le bonheur des médecins qui imaginent pouvoir justifier, avec plus de force, la présence de machines électriques dans leur cabinet. Peut-être, un jour, l'électricité fera-t-elle réellement marcher des paralytiques, peut-être soulagera-t-elle un cœur fatigué, peut-être rendra-t-elle l'audition aux sourds et la vue aux aveugles ?

 

L'hypothèse se heurte, aussi,  à de solides oppositions. Surtout de la part des physiciens. Dans le couple "métal/muscle", leur spécialité les amène à privilégier les métaux plutôt que les tissus vivants.

 

Parmi ceux-ci, un confrère italien de Galvani : Alexandre Volta (1745-1827).

 

Volta et la pile électrique.

 

         Volta est un professeur de physique qui enseigne d'abord à Côme puis à Pavie. C'est un scientifique "voyageur". On le trouve en Suisse où il rencontre Voltaire, en hollande où Van Marum lui présente sa célèbre "machine électrique", en Angleterre où il est reçu par Priestley, à Paris où il travaille avec Lavoisier.

 

Il est aussi l'auteur d'une abondante correspondance académique qui lui vaut un succès d'estime dès ses premiers travaux. Son "pistolet électrique" est particulièrement célèbre. Conçu vers 1777, il est constitué d'un tube traversé par deux électrodes et fermé par un bouchon à l'intérieur duquel on emprisonne un mélange d'air "inflammable" (hydrogène) et d'air "vital" (oxygène). Quand une étincelle est provoquée entre les deux électrodes, une explosion se produit qui expulse le bouchon avec violence. Plus tard ce dispositif prendra la forme plus sage d'un "eudiomètre" permettant la mesure des volumes gazeux intervenant dans ces réactions explosives. Volta l'utilisera ainsi pour étudier la combustion du "gaz des marais", c'est à dire du méthane recueilli dans le fond vaseux des marécages.

 

Volta, comme tous ses confrères européens, est fasciné par les observations de Galvani et son hypothèse de l'électricité animale. Après vérification, il adopte dans un premier temps les vues de son collègue de Bologne. Pourtant, rapidement, sa formation de physicien reprend le dessus. Là où Galvani voyait de "l'électricité animale", il trouvera de "l'électricité métallique. "Lorsque deux métaux sont en contact l'un avec l'autre, par suite de ce contact, par l'effet de cette hétérogénéité de nature, il y a développement d'électricité", estime-t-il.

 

Nous ne donnerons pas ici le détail de la lutte acharnée entre Galvani, Volta et leurs disciples respectifs. Si Volta vérifie la production d'électricité métallique en testant la série la plus étendue possible de couples métalliques, Galvani lui répond en obtenant la contraction d'une cuisse de grenouille tout simplement en recourbant le nerf et en l'appliquant sur la partie externe du muscle. Aucun besoin d'un métal : match nul !

 

Pourtant la victoire finira par tomber de façon éclatante dans le camp de Volta le jour où il imaginera la "pile" qui le rendra célèbre.

 

Mais avant d'aller plus loin, évoquons deux "inventions" de l'habile expérimentateur qu'est Volta. D'abord l'électromètre à brin de paille : deux brins de pailles sont suspendus ensemble dans un flacon bien sec à une tige conductrice. Celle-ci traverse le bouchon et supporte un plateau métallique. Quand on touche le plateau d'un corps chargé d'électricité, les deux pailles s'écartent. Amélioré, ce montage, déjà très sensible, deviendra électromètre à feuilles d'or.

 

Citons ensuite l'électrophore qui deviendra "condensateur", nom attribué par Volta à deux disques de laiton soigneusement poli et recouverts d'un vernis isolant, placés l'un sur l'autre, face isolante en regard. Sans entrer dans le détail de son fonctionnement, disons que le "condensateur" permet de charger plusieurs fois de suite l'un de ses plateaux par l'action à distance d'un corps électrisé sans avoir à décharger celui-ci. Associé à un électroscope, il permet de multiplier et donc de mieux observer les effets d'une infime charge électrique.

 

Muni de ces deux appareils, Volta est donc bien armé pour explorer le délicat mécanisme mis en jeu dans l'expérience de Galvani. C'est ainsi qu'il affirme constater que deux métaux différents, mis simplement en contact, se trouvent chargés l'un négativement, l'autre positivement, quand on les sépare.

 

Explication ? Volta imagine que les métaux sont non seulement conducteurs du fluide électrique mais encore "moteurs" de ce fluide. Ce fluide est, pour Volta, le fluide unique de Franklin. Pour le faire circuler, inutile de s'encombrer d'une machine : le simple contact entre deux métaux différents suffit à le faire passer de l'un à l'autre. Tous les couples n'ont d'ailleurs pas la même efficacité. Parmi ceux testés par Volta le couple Argent/Zinc lui semble le plus efficace. Quand on associe ces deux métaux le fluide électrique "passe de l'Argent au Zinc"  de telle sorte qu'une "tension électrique" positive se crée dans le zinc pendant qu'une "tension" négative apparaît dans l'argent.

 

Une "tension " : un mot nouveau vient enrichir le vocabulaire électrique en même temps que le terme de "électromoteur", par lequel Volta désigne le couple des deux métaux siège d'une "force électromotrice".

 

Les choses se passent-elles vraiment si simplement ? En réalité, pour observer les tensions positives ou négatives des métaux de ses couples, Volta est bien souvent obligé d'user d'un artifice : une rondelle de carton ou de feutre humide entre le métal et la plaque de cuivre de l'électroscope.

 

Ce simple conducteur n'influe en rien sur le phénomène, affirme Volta, mais a uniquement pour rôle de renforcer le contact électrique.

 

L'usage de ce "conducteur" humide permet aussi d'associer en série plusieurs couples métalliques en intercalant une rondelle imbibée de liquide entre deux couples successifs. Avec 2,3 ou 4 couples ont augmente les tensions entre les métaux extrêmes dans les mêmes proportions. Et pourquoi s'arrêter à quatre ?

 

Posez, dit Volta, une pièce d'argent sur une pièce de zinc, puis une rondelle de carton ou de feutre humide sur le zinc et poursuivez par couches successives jusqu'à vingt ou plus de couples. Vous obtenez ainsi une "colonne" formée d'éléments empilés. Une "pile" dira-t-on bientôt.

 


La "pile" de Volta. (Laëtitia B).

 

Si cette colonne, nous dit Volta, "parvient à contenir environ vingt de ces étages ou couples de métaux, elle sera déjà capable, non seulement de faire donner des signes à l'électromètre de Cavallo, aidé du condensateur au-delà de dix ou quinze degrés, de charger ce condensateur au point de lui faire donner une étincelle, mais aussi de frapper les doigts avec lesquels on vient toucher ses deux extrémités."

 

C'est par une lettre adressée le 20 mars 1800 à Joseph Banks, président de la Royal Society de Londres, que Volta fait part au monde des électriciens de la naissance de ce nouvel enfant de la science électrique. Dès les premiers mots Volta soigne sa mise en scène :

 

La pile de Volta

(Les Merveilles de la Science, y lire aussi la lettre de Volta)

 

" Après un long silence dont je ne chercherai pas à m'excuser, j'ai le plaisir de vous communiquer, Monsieur, et par votre moyen à la société royale, quelques résultats frappants auxquels je suis arrivé en poursuivant mes recherches sur l'électricité excitée par le simple contact des métaux de différentes espèces...

 

Le principal de ces résultats, et qui comprend à peu près tous les autres, est la construction d'un appareil qui ressemble par ses effets (c'est-à-dire pour les commotions qu'il est capable de faire éprouver dans les bras", etc.) aux bouteilles de Leyde, et mieux encore aux batteries électriques faiblement chargées, qui agiraient cependant sans cesse, et dont la charge, après chaque explosion, se rétablirait d'elle-même ; qui jouirait en un mot dune charge indéfectible, d'une action sur le fluide électrique , ou impulsion, perpétuelle...

 

Oui, l'appareil dont je vous parle, et qui vous étonnera sans doute, n'est qu'un assemblage de bons conducteurs de différentes espèces, arrangés d'une certaine manière. Vingt, quarante, soixante pièces de cuivre, ou mieux d'argent, appliquées chacune à une pièce d'étain, ou, ce qui est beaucoup mieux, de zinc et un nombre égal de couches  d'eau ou de quelque autre humeur qui soit meilleur conducteur que l'eau simple, comme l'eau salée, la lessive, etc. ; ou des morceaux de carton, de peau, etc., bien imbibés de ces humeurs... "

 

Suit une description précise de l'appareil et de ses effets. L'empilement peut d'ailleurs être plus commodément remplacé par un autre dispositif comme le propose Volta lui-même dans ce qu'il nomme un "appareil à couronne de tasses". Nous présenterons, dans un prochain chapitre, quelques dispositifs de ce type. Cependant, le succès du mot "pile" est tel qu'il se maintiendra dans le vocabulaire électrique jusqu'à nos jours même si une "pile alcaline", une "pile à combustible" ou une "pile photovoltaïque" sont bien loin de correspondre à un quelconque empilement !

 

La lettre de volta est lue devant les membres de la Royal Society le 26 juin mais dès le mois d'avril son contenu était connu des membres de la société. On imagine facilement la perplexité des savants réunis et l'agitation de leurs laboratoires dans les jours qui ont suivi. Dès le mois de Juillet, le "Journal philosophique de Nicholson" publiait à la fois la lettre de Volta et le récit d'une multitude d'expériences aussitôt exécutées par ceux qui en avaient été informés.

 

En France, l'Académie des Sciences, institution royale, a été remplacée par l'Institut National des Sciences. Volta est invité à y présenter son mémoire  en public. Cette lecture occupe trois séances consécutives les 16, 18 et 20 brumaires de l'an IX (Novembre 1800). Après chaque séance, Volta exécute les expériences décrites dans son mémoire. La seconde séance, à laquelle assiste Bonaparte provoque chez celui-ci un profond sentiment d'admiration pour le savant italien qu'il conservera toute sa vie. Au moyen d'une pile de quarante quatre couples, Volta produit de fortes commotions mais aussi des étincelles, la combustion d'un fil de fer et même la décomposition de l'eau.

 

Il fait également réaliser l'expérience du pistolet électrique, parfaitement adaptée au célèbre militaire auquel il s'adresse. Deux électrodes traversent la paroi d'une éprouvette à gaz, de la forme d'un pistolet, renfermant un mélange "tonnant" d'hydrogène et d'oxygène dans les proportions déterminées par Lavoisier. L'étincelle provoquant l'explosion, habituellement générée par une machine à friction, comme celle de Van Marum qui équipait le laboratoire de Lavoisier, est cette fois déclanchée par la pile. Le bruit de l'explosion et la violence avec laquelle fut expulsé le bouchon fermant le "pistolet" réveillèrent un auditoire qui n'était pas nécessairement uniquement composé de "savants".

 

Les appareils de Volta (Revue "La Nature", 1881)

 

La séance étant finie, Bonaparte, lui-même membre de l'Institut, propose de décerner à Volta une médaille d'or qui "servirait de monument" et marquerait l'époque de sa découverte. Il demande également qu'une commission soit nommée pour répéter toutes les expériences présentées par Volta. Parmi les membres de cette commission le "citoyen Coulomb" aura ainsi la chance de voir s'ouvrir une nouvelle branche de la science électrique au moment ou se termine sa propre carrière.

 

Le rapport de la commission est lu par Biot à la séance du 11 frimaire an IX (décembre 1800). L'exposé utilise, en particulier, les notions de "tension" et de "force électromotrice" introduites par Volta et qui survivront dans le vocabulaire électrique. Conformément au vœu de Bonaparte une médaille d'or de l'Institut est attribuée au savant italien ainsi qu'une somme de 6000 francs pour ses "frais de route".

 

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Bonaparte enthousiaste. (Laëtitia B.) cliquer sur l’image.

 

Bonaparte, conscient de l'avenir de cette nouvelle science, souhaite accélérer son développement. Le 26 prairial an X (juin 1801), il adresse d'Italie à Chaptal, alors ministre de l'intérieur, une lettre dans laquelle il demande à l'Institut de créer un prix de 3000 francs "pour la meilleure expérience qui sera faite dans le cours de chaque année sur le fluide galvanique" ainsi qu'un prix de 60 000 francs "à celui qui, par ses expériences et ses découvertes, fera faire à l'électricité et au galvanisme un pas comparable à celui qu'on fait faire à ces sciences Franklin et Volta".

 

Napoléon, précise : "Les étrangers de toutes les nations seront également admis au concours".

 

Quelques dizaines de rondelles d'argent ou de cuivre, autant de rondelles de zinc, de carton ou de feutre, de l'eau, (de préférence acidulée), suffisent pour entrer dans ce nouveau monde encore jamais exploré du "courant continu" avec la certitude d'en rapporter quelques brillantes pépites..

 

C'est d'Angleterre que partiront les premiers aventuriers.

 

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Voir aussi : La pile électrique, toute une histoire, par Hélène Bernicot.

                   Eloge de Volta par Arago

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Cet article est extrait d'un ouvrage paru chez Vuibert en juin 2009.

 

 

 

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Une vidéo du site Ampère-CNRS

 

 

 

 

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23 janvier 2018 2 23 /01 /janvier /2018 21:03

L’actualité est riche en contestation des ondes électromagnétiques, qu’elles soient issues des lignes à haute tension, des antennes radio, radar ou téléphoniques.

Pourtant il fut un temps où des médecins transformaient leurs patients en antennes afin de les soumettre à ces ondes supposées bénéfiques.


première mise en ligne : octobre 2012.


Difficile d’imaginer, aujourd’hui, un monde sans radio, sans télévision, sans téléphone portable, sans internet, toutes techniques reposant sur l’émission et la réception d’ondes électromagnétiques.

Théorisées par Maxwell et observées pour la première fois par Hertz, en 1889, elles ont été considérées comme l’un de ces fabuleux cadeaux apportés à l’humanité par la fée électricité.

Electricité et médecins.

A chaque étape de son développement, l’électricité a éveillé l’intérêt de médecins, persuadés qu"un tel fluide ne pouvait qu’être bénéfique au traitement de leurs patients.

William Gilbert (1544-1603), qui a inventé le mot "électricité" à partir du mot grec "elektron" qui désignait l’ambre, était lui-même médecin. En effet, l’ambre faisait encore partie de l’arsenal thérapeutique de son temps et, même si son efficacité était déjà contestée, l’idée d’utiliser ce "fluide électrique" obtenu par le frottement le l’ambre mais aussi de corps aussi ordinaires que le verre et le soufre, était tentante.

Des machines électriques ont été construites dont l’une chassait la précédente dans le cabinet du médecin.

En l’année 1885, la revue La Nature décrit l’installation d’un concentré de machines électriques supposées soigner les patients de l’hôpital de la Salpêtrière à Paris.



Le docteur Romain Vigouroux (1831-1895) qui officiait dans ce service pouvait ainsi "traiter", à la chaîne, 200 personnes par séance.

Notons ici que bains électriques et piqures électriques étaient administrés sous forme de courant continu, négatif ou positif suivant l’imagination du praticien.

Bientôt, les courants alternatifs de haute fréquence mis au point par Tesla, et les ondes électromagnétiques émises par les circuits parcourus par ces courants, allaient trouver de nouveaux adeptes.

Tesla et les courants de hautes fréquence.

Dans une communication faite en mai de 1891, Nicolas Tesla décrivait le procédé d’obtention de ces ondes et quelques unes de leurs propriétés.

L’une, en particulier, était spectaculaire. En tenant, à proximité de l’émetteur, un tube contenant un gaz raréfié, on voyait celui-ci s’illuminer alors que ses extrémités n’étaient reliées à aucun conducteur.


Reproduction de l’expérience de Tesla.


Un siècle plus tard, l’expérience est régulièrement répétée avec un tube d’éclairage au néon à proximité des lignes à haute tension, prouvant ainsi l’existence d’un champ électrique notable dans leur voisinage . Ce qui, en général, n’est pas pour plaire aux riverains.

 
Darsonval et la "Darsonvalisation"

Jacques Arsène d’Arsonval (1851-1940) est médecin et électricien. Concepteur du premier téléphone homologué par le minsitère des PTT en France, il est le fondateur en 1894 de l’Ecole Supérieure d’Electricité et, dans le même temps, membre de l’Académie de Médecine.

Il met au point une méthode thérapeutique au moyen des courants de haute fréquence qui prendra le nom de "Darsonvalisation". Celle-ci est décrite dans l’ouvrage de son collègue H. Bordier,précis d’électrothérapie, dont il écrit la dédicace.

Dans l’un des dispositif, utilisé par le docteur Bordier, le patient est placé au coeur même de ce qui peut être considéré comme un émetteur d’ondes électromagnétiques de haute fréquence.

Pour répondre aux inquiétudes des populations soumises aux ondes électromagnétiques on trouve toujours, aujourd’hui, une "commission d’experts" pour nous affirmer que ces effets sont imaginaires.

D’Arsonval, quant à lui s’emploie à vouloir prouver que, bien au contraire, les effets sont réels et spectaculaires. Il combat en ce sens l’opinion de ses confrères qui, dit-il, s’ils"n’osent plus contester les vertus curatives de l’électricité, en donnent volontiers encore une explication qui en constitue la négation détournée - Dans la plupart des cas, disent-ils, l’électricité guérit par suggestion.

Cette objection spécieuse n’est plus soutenable, ajoute-t-il. "Pour la réfuter, il fallait montrer par des preuves objectives, de nature exclusivement physique et chimique, que le fonctionnement de la machine animale est profondément modifié par certaines formes de l’énergie électrique."

Le docteur Bordier décrit la méthode de d’Arsonval.

Dans l’Autoconduction " les tissus sont placés dans un champ électrique oscillant, créé par un solénoïde qui entoure de toute parts l’individu. Les tissus vivants sont alors le siège de courants induits extrêmement énergiques, grâce à la fréquence de la source électrique ; ils se comportent comme des conducteurs fermés sur eux mêmes, et sont parcourus par des courants d’induction de grande intensité."

La preuve "objective" d’un effet physique ?

si l’on continue à soumettre, pendant un temps assez long, le sujet à l’auto-induction, on voit la peau se vasculariser et se couvrir de sueur". Par ailleurs " comme l’ont bien établi les expériences de M. d’Arsonval, à l’aide de sa méthode calorimétrique, aussi précise qu’élégante, les courants de haute fréquence augmentent la quantité de chaleur produite par l’homme et les animaux soumis à leur action."

Sur le plan physique, l’observation n’a rien d’étonnant. Les fours à micro-ondes sont l’exemple même des effets possibles de tels courants poussés à leur extrême. Il se dit d’ailleurs que l’ingénieur Percy Spencer, qui a inventé les fours à micro-onde, a eu cette idée alors qu’il travaillait à la construction de magnétrons, éléments des antennes des radars. Etant à proximité d’un radar en activité, il constata qu’une barre chocolatée avait fondu dans sa poche. Plus tard il fera éclater des pop-corns et cuire un oeuf à proximité de la même antenne.

Sans aller jusqu’à cuire son patient, une action thermique de "l’antenne Darsonval" est donc constatable mais pour le reste que peut-on guérir par une telle méthode ?

Tout ! Et particulièrement les maladies "nerveuses" qui sont "à la mode" de l’époque et font le bonheur des Charcot, Freud et autres thérapeutes. Nous n’en donnerons pas ici le détail.

Les modes changent rapidement et bientôt une spectaculaire panacée envahira les cabinets des médecins. Des ondes produites par une simple ampoule à vide et capables de traverser le corps humain : les rayons X !

(voir : Les Rayons X et les rayonnements radioactifs, quand on ne parlait pas encore de principe de précaution..

Pour autant la médecine décrite comme "électrothérapie" fera encore le bonheur de nombreux médecins.


Une installation de Darsonvalisation, La Science et la Vie 1916.


voir aussi :

La maison de la rue Blanche du docteur Félix Allard


Voir aussi :

La reconnaissance de l'électricité médicale et ses "machines à guérir" par les scientifiques français (1880-1930) par Christine Blondel.

Ci dessous, le docteur Vigouroux à la Salpètrière (gravure de Daniel Verge)

 

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Et aujourd’hui ?

La Darsonvalisation a encore ses adeptes :

Voir, par exemple, cette publicité : L’Equilios est un générateur d’ondes électromagnétiques pulsées à haute fréquence de dernière génération.

Cette action électromagnétique fut aussi appelée “darsonvalisation” et utilisée jusqu’au début des années 50. Elle tomba en désuétude avec l’avènement des grands laboratoires pour renaître ensuite avec l’Equilios.

Avec toujours les mêmes propositions miracles des marchands de "pseudo-science".


Que dit la législation ?

INRS :

Imperceptibles, les champs électromagnétiques peuvent avoir des effets sur la santé de l’Homme. Il est donc important de rappeler quelques notions afin d’évaluer le risque lié à l’exposition aux champs électromagnétiques au poste et dans l’environnement de travail. Cette évaluation sert de base pour la mise en place de mesures de prévention permettant de réduire les expositions professionnelles.

Réglementation et risques liés aux champs électromagnétiques :

Voir aussi sur le site de la société française de radioprotection :

Radiosensibilité : variabilité individuelle et tests prédictifs

et son club histoire

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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 09:28

Science et magie semblent deux adversaires irréconciliables. A y regarder de près ils peuvent aussi s’alimenter l’un et l’autre.

Quoi de plus "magique" que la découverte des "lois" auxquelles semblent répondre les phénomènes "naturels" ?

C’est, aussi parfois, l’observation et l’analyse de pratiques "magiques" qui aboutit à des découvertes scientifiques.

La magie, à son tour, se colore du vocabulaire et du prestige de la science pour renforcer et étendre son territoire.

Ce va-et-vient est particulièrement visible dans le domaine de l’électricité et du magnétisme. Nous essaierons de le mettre en lumière à différents moments du développement de ces sciences.

Premier exemple : l’ambre.


Thalès, l’ambre et l’aimant.

L’Ambre, matière mythique de la Grèce antique, a été traditionnellement associée à Thalès (625-547 av JC), grec de la ville de Milet. A la fois physicien, astronome et géomètre, il est souvent désigné comme le premier électricien, voire même le premier "magnétiseur". C’est par Aristote et Hippias que nous apprenons qu’il " communiquait la vie" aux choses inanimées au moyen de l’ambre jaune désigné sous le terme grec « ήlectron », êlektron et de la "pierre de magnésie" ( μαγνήτις λιθος), l’aimant naturel.

Communiquer la vie aux êtres inanimés…dès sa naissance l’électricité, le magnétisme, s’entourent de mystère. Nous parlerons ici de l’ambre.

L’ambre

Un rapide coup d’œil sur un dictionnaire contemporain nous apprend que l’ambre est une " résine dure et cassante, dont la couleur varie du jaune pâle au rouge et dont on fait des colliers, des articles pour fumeurs, etc.… ". La photographie qui accompagne ce texte nous montre un insecte prisonnier d’une pierre blonde à la transparence de cristal.

L’ambre nous vient du froid.

Depuis des millénaires, les habitants des côtes de la Baltique recueillent ce don précieux de la mer, déposé sur le sable après chaque tempête. Son origine est-elle marine ou terrestre ? Depuis l’antiquité jusqu’à la fin du 18ème siècle, de longues controverses se succèdent avant qu’il soit admis que l’ambre est une résine fossilisée.

Il y a 40 à 50 millions d’années, dans une période que les géologues désignent par le nom d’Eocène, un climat tropical régnait sur l’Europe et la Scandinavie. Les pins producteurs de la résine, source de l’ambre, poussaient au milieu de palmiers dattiers, de séquoias, de thuyas, de cyprès, de cèdres et de la plupart des feuillus que nous trouvons encore dans nos contrées : chênes, hêtres, châtaigniers. Des nuées de moustiques, de mouches, de guêpes emplissaient l’air de leurs bourdonnements. Les fourmis, les scarabées, les scorpions grouillaient sous la mousse. Tout ce petit peuple venait s’engluer dans la résine encore fraîche. Au printemps, les magnolias et les rhododendrons fleurissaient au-dessus des tapis de genévriers et, même, de théiers qui poussaient là où le sol n’était pas inondé. L’eau, en effet, était partout présente. C’est elle qui a protégé la résine d’une oxydation qui l’aurait détruite. Cette eau alimentait des fleuves qui concentraient l’ambre à leurs embouchures, créant ainsi de riches dépôts.

Puis le climat s’est refroidi. Les glaciers qui ont recouvert l’Europe du Nord, ont transporté et déposé ces terres sédimentaires. L’ambre s’y trouve encore aujourd’hui. Quand, par chance, les gisements bordent les mers actuelles, l’érosion libère les blocs. La densité de l’ambre étant très peu supérieure à celle de l’eau de mer, les courants et les tempêtes l’amènent facilement sur les plages où il est commode de le pêcher.

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Une matière attirante

Douce, chaude au toucher, écrin mystérieux d’insectes étranges, douée du don extraordinaire d’attraction à distance, cette pierre a certainement provoqué chez nos plus anciens ancêtres, la fascination qui est encore la nôtre.

Un morceau d’ambre perforé âgé de 30 000 ans, sans doute un talisman, est considéré comme le premier objet de cette matière associé à l’homme. Des ours, des chevaux sauvages, des sangliers, des élans y ont été façonnés par les hommes qui habitaient le Nord de l’Europe 7000 ans avant notre ère. Les agriculteurs du néolithique qui peuplaient les mêmes régions trois mille ans plus tard, se faisaient enterrer avec des colliers et des amulettes d’ambre. Durant les deux millénaires suivants, l’ambre se répand peu à peu dans toute l’Europe, jusqu’à la Méditerranée. Par les mêmes voies circulent le cuivre et l’étain qui feront s’épanouir les civilisations de l’âge du bronze.

A cette époque, de véritables routes commerciales sillonnent l’Europe. Depuis le Jutland, elles prennent la route de l’Elbe ou celle du Rhin et du Rhône. De la Baltique orientale elles descendent l’Oder et la Vistule pour rejoindre la Méditerranée à travers la mer Noire. Une route maritime existe également qui descend de la Mer du Nord à travers la Manche et contourne l’Espagne pour rejoindre la Méditerranée.

Les tombes sous Tumulus des princes et princesses de l’âge du bronze fouillées dans le sud de l’Angleterre et sur les rivages des côtes armoricaines nous ont transmis de fabuleux trésors. L’ambre s’y associe à l’or pour exalter la puissance de leurs propriétaires.

En Grèce, l’ambre de la Baltique arrive vers 1600-1500 avant J-C. Les tombes de cette époque trouvées à Mycènes en contiennent des centaines de perles qui semblent avoir été importées déjà taillées. Peu de temps après, on trouve ce même ambre en Egypte dans les tombeaux royaux. Ce commerce semble avoir été la spécialité des Phéniciens. Il a fallu attendre le 4ème siècle avant J-C pour que Pythéas, grec de la colonie de Marseille, nous donne le récit de son voyage vers les mers de la Baltique où il aurait lesté son navire par des blocs d’ambre.


Les routes de l’ambreCourrier de l’Unesco. Mars 1966, p 20


L’antique magie de l’ambre.

Dans la mythologie grecque, l’ambre est de nature divine. Ce sont les rayons d’Hélios, dieu du soleil, pétrifiés quand l’astre s’enfonce dans les flots. Ce sont les larmes des Héliades, nymphes mortelles, qui pleurent, chaque soir, la mort de leur frère Phaéton.

Phaéton, fils d’Hélios, avait obtenu la permission de conduire le char du soleil. Hélas, il ne sut pas maîtriser les chevaux ailés de l’attelage. Celui ci se rapprocha de la terre. Des montagnes commencèrent à brûler, des incendies dévastèrent les forêts, la sécheresse gagna de vastes zones qui devinrent des déserts. Zeus, dans sa colère, lança sa foudre sur Phaéton et le fit s’abîmer dans les flots du fleuve Eridan (souvent associé au Pô, l’une des voies d’entrée de l’ambre mais désignant également les mers bordées par le pays des celtes et des germains). Accourues sur les rives du grand fleuve, les Héliades, sœurs de Phaéton, restèrent inconsolables. Les dieux, par compassion, les transformèrent en peupliers pour qu’elles puissent éternellement accompagner de leurs pleurs, la disparition du soleil couchant. Leurs larmes, figées en perles dorées, deviennent la plus belle parure des femmes grecques.

" ήlectron ", êlektron, tel est donc le nom qui nous vient des grecs et qui a donné son nom à une nouvelle science quand le médecin anglais William Gilbert (1540-1603) a désigné par le terme d’électricité la propriété d’une multitude de matières à manifester, comme l’ambre, la propriété d’attraction à distance après avoir été frottées.

Mais que nous rapportent les auteurs grecs en dehors du mythe ? Peu de choses en vérité. Ils savent, au mieux, que l’ambre attire mais n’indiquent pas toujours qu’il faut d’abord le frotter.

Le phénomène reste donc très superficiellement étudié. Rien n’évoque le début d’une pratique ou d’une réflexion qui s’apparente à un comportement "scientifique".

 
L’ambre banalisé : la longue histoire du succin.

L’amélioration des transports, alliée à la richesse des gisements baltes, fait perdre progressivement à l’ambre sa valeur marchande. Inévitablement, son caractère "magique" s’en trouve amoindri. Il se prolonge cependant sous la forme des propriétés médicinales qui lui sont attribuées sous le nom de succin, terme dérivé de sucus (jus, sève), que les latins nous ont transmis pour désigner ce corps.

Présent dans la plupart des remèdes médiévaux, le siècle des lumières le regarde cependant avec un regard plus critique. Un article de l’Encyclopédie ou Dictionnaire Universel raisonné des Connaissances Humaines daté de 1770 indique encore qu’il est conseillé pour les "affections vaporeuses et hystériques", que son sel est "rangé parmi les céphaliques" et son huile "regardée comme un spécifique dans les affections hystériques". Mais, précise l’auteur de l’article, " Les vertus médicinales du succin étaient autrefois très vantées ; on les regarde aujourd’hui comme moins certaines, ou exagérées". L’auteur note cependant un intérêt pratique : "la vapeur de sel de succin fait fuir les rats" !

Plus radical encore est John Fothergill (1712 – 1780), du collège des médecins de Londres dans un article publié en 1744 dans les Transactions Philosophiques de la Société Royale de Londres. Considérant la résistance de l’ambre à la plupart des solvants ordinaires, il estime qu’une telle substance "ne peut probablement pas produire de grands effets sur le corps humain" et en effet, ajoute-t-il, "on a peu d’exemples de ses effets". Alors pourquoi cette longue période de succès ?

"Une imagination préoccupée peut d’abord en avoir introduit l’usage ; le préjugé l’a soutenu & a engagé des personnes qui avaient quelque autorité à le recommander à leurs successeurs".

Comment mieux décrire la diffusion du mythe ? Et comment le combattre ? John Fothergill plaide pour une entreprise d’assainissement de la science médicale :

" Si des personnes habiles et expérimentées voulaient consacrer leurs loisirs à nous instruire de l’inefficacité des méthodes et des remèdes semblables à celui-ci, la Médecine serait renfermée dans des bornes plus étroites ".

dans le laboratoire du chimiste. De l’ambre à l’acide succinique.

Avec Lavoisier et ses contemporains le succin entre dans le laboratoire du chimiste qui y reconnaît, entre autres composés, un acide auquel il sera donné le nom d’acide succinique. Le chimiste moderne le caractérisera comme acide butane-1,4-dioïque, acide organique de structure simple et de formule développée : HOOC-CH2-CH2-COOH. Cet acide a été trouvé dans la plupart des organismes végétaux et animaux où il intervient dans de nombreux métabolismes cellulaires.

Le succin serait donc bien un remède ?

En réalité la concentration en acide succinique est bien plus forte dans la laitue vireuse, la grande chélidoine que dans le succin à partir duquel, comme le remarquait John Fothergill, il est par ailleurs difficilement assimilable.

Il n’y a pas de continuité médicale entre l’ambre et l’acide succinique. Synthétisé aujourd’hui à partir de produits pétroliers, cet acide est plus utilisé pour des peintures et des vernis que pour des remèdes médicaux. Parmi ces remèdes, aucun n’est d’ailleurs supposé guérir des douleurs céphaliques ou de l’hystérie.

Une légende se terminerait donc dans le laboratoire du chimiste ? On n’achève pas aussi facilement un ancien mythe !

 

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Retour du vieux mythe.

 

L’aspect merveilleux de l’ambre réside avant tout dans son action à distance, un phénomène qui a, de façon régulière, alimenté les débats des scientifiques de Descartes et Newton à Einstein et qui continue à le faire. Comment s’étonner qu’il puisse encore inspirer les pratiques des mages et guérisseurs de notre époque désorientée.

Les colliers de perles d’ambre gardent particulièrement toute leur faveur. On trouve couramment dans la littérature académique du 18ème siècle, la mention de colliers portés pour guérir des migraines, des maladies des yeux ou de la gorge.

Les rives de la Baltique voyaient se prolonger cette tradition jusqu’aux périodes récentes. Un morceau d’ambre y était donné à mâcher aux enfants pour les soulager des maux de dents. On y voyait se maintenir, aussi, la coutume de faire porter des colliers d’ambre protecteurs aux enfants en bas âge au risque de provoquer de dangereux accidents par strangulation.

La séparation de l’Europe par le "rideau de fer" de la "guerre froide", en plaçant la Baltique à l’Est, avait tari la circulation de l’ambre. Les habitants de la Pologne se hasardant dans l’Ouest "capitaliste", étaient les premiers à le ramener avec eux comme moyen de troc. Ce temps est oublié et l’ambre de la Baltique se marie à nouveau à l’or et l’argent sur les bijoux du monde entier.

Sa qualité esthétique aurait pu suffire à son succès mais comment résister à l’opportunité d’enrôler les vieux mythes dans l’arsenal de la publicité commerciale ?

A en croire la publication d’un magasin spécialisé dans le collier d’ambre, l’ambre :

- "apporte calme, force et équilibre.

- améliore la circulation sanguine et son PH (le rendent plus alcalin).

- régule le système nerveux, améliore les réflexes.

- active le métabolisme et combat les inflammations.

- freine l’oxydation des cellules et favorise leur régénération."

PH alcalin, métabolisme, oxydation des cellules… la publicité, qui avait déjà recruté Thalès, n’hésite pas à faire également appel à l’assaisonnement des mots de la science "moderne".

Les nouveaux "mages" et les marchands de minéraux qui leur sont associés connaissent le poids du prestige scientifique. On baptisera du terme de "lithothérapie" un amas de recettes, à base de cristaux minéraux, supposées ancestrales et parfois même extraites de vieux grimoires quand elles ne sont pas tout simplement inventées.

L’ambre est naturellement l’une des bases de leur "science" et de leur commerce. Exemple de littérature néo-magique :

"Des études ont permis d’utiliser l’ambre pour soulager les douleurs des articulations dues aux rhumatismes. Par exemple, l’ambre jaune produit des ions négatifs par frottements, ce qui a pour conséquence d’améliorer la circulation des énergies dans l’organisme.Retour ligne automatique
L’ambre est condensateur de courant : en se chargeant lui-même, il décharge de leurs propres excès ceux qui le portent.
"

Ions négatifs, circulation des énergies, condensateur de courants… Autant de mots entendus dans les cours de physique suivis par une majorité de celles et ceux qui ont accompli la "scolarité obligatoire" de nos sociétés modernes. Autant de mots, aussi, dont le sens réel a eu le temps de se perdre au grand désespoir du professeur de la discipline qui voit ainsi sa pédagogie mise au service d’une forme de charlatanisme.

Celui-ci pourrait rappeler que, dès l’an 1600, l’Anglais William Gilbert avait montré que la propriété "électrique" de l’ambre avait été trouvée, avec une bien plus forte intensité, dans des matières aussi banales que le verre et le soufre.

Il pourrait aussi faire constater que les tissus synthétiques, les revêtements de sol et les objets plastiques produits par la chimie moderne sont si sensibles à la production de charges électriques par simple frottement qu’il faut même en protéger les appareils électroniques. Qui n’a pas reçu une décharge électrique le soir en se déshabillant ?

Caresser un morceau d’ambre peut incontestablement alimenter un rêve poétique, surtout s’il enferme l’insecte auquel il a fait franchir cinquante millions d’années et qui à peut-être cohabité avec ces dinosaures objets de tous les fantasmes.

Le rêve a de nombreuses vertus, acceptons l’idée qu’il puisse même en avoir de thérapeutiques.

Par contre, concernant la production "d’ions négatifs par frottement" , le moindre morceau de plastique ferait bien mieux l’affaire à moindre prix. D’ailleurs, à y regarder de près, de prétendus colliers d’ambre sont souvent, en réalité, réalisés à base de perles synthétiques.

Que des adultes se laissent convaincre et achètent le bijou ou le morceau d’ambre qui les rassurera, comme le faisait la peluche ou le chiffon de leur enfance, soit ! Mais que penser du produit vedette : le collier d’ambre pour bébé supposé le soulager des douleurs de dents.

Le site de vente par internet, déjà cité, publie des témoignages :

"Je suis conquise ! Ma fille porte son collier nuit et jour depuis ses 6 mois. Les dents la font un peu souffrir (joues rouges, fesses rouges) mais jamais de pleurs, jamais trop bougon. Je ne lui ai jamais rien donné d’autre et elle a déjà 6 dents. Les deux seules fois ou on a oublié de le lui remettre elle s’est réveillée la nuit en hurlant…"

A lire les échanges sur internet on constate pourtant que beaucoup d’entre eux ne portent pas sur l’efficacité de tels colliers. Celle-ci semble être admise sans aucun débat. La preuve : on les vend même en pharmacie !

Ce qui alimente la discussion c’est leur danger éventuel : bébé ne risque-t-il pas de s’étrangler ?

Etonnant ! Ces parents sont bien conscients du risque qu’il font courir à leur enfant, s’inquiètent et veulent être rassurés. Certains affirment ne jamais laisser le collier pendant la nuit ou la sieste. D’autres garantissent avoir acheté celui "de marque" qui cassera au moindre effort de bébé et dont chaque perle est attachée de façon à ce qu’il ne les avale pas. A les lire il semblerait que le collier-talisman serait l’équivalent d’un vaccin anti-mal-de-dents absolument nécessaire mais non exempt de dangers. L’étranglement possible s’apparenterait alors à ce que les notices pharmaceutiques présentent comme un "effet" secondaire.

Argument souvent entendu : si c’était dangereux ils l’interdiraient. Ce "ils" anonyme, qui a si longtemps autorisé l’amiante ou encore récemment le fameux "médiator", médicament, dénoncé par Irène Frachon, fait souvent office de garantie.


Pas prouvé efficace contre les maux de dents mais à l’évidence dangereux au même titre que tous les colliers pour bébés.


Des médecins ont pourtant lancé des alertes, tel le professeur Olivier Reinberg du service de chirurgie pédiatrique de l’université de Lausanne :

Extrait :

"Il semble utile de rappeler que le port de collier chez les petits enfants constitue un danger permanent de strangulation. Si le collier ne se rompt pas, l’enfant peut rester accroché à une branche ou à un montant de lit par exemple. Le plus souvent, l’enfant strangulé ne peut pas appeler. S’il n’est pas immédiatement délivré, les conséquences sont très sévères, puisque si l’enfant n’est pas trouvé mort, le pronostic des réanimationsRetour ligne automatique
cardio-respiratoires après ce genre d’accident est mauvais, avec un taux importantRetour ligne automatique
de séquelles neurologiques liées à l’ischémie cérébrale.
"

Mais pour certains fabricants pas de problème, les accidents c’est de l’histoire ancienne :

Le collier d’ambre est régulièrement montré du doigt par ceux qui estiment qu’il comporterait un risque de strangulation, au cas où l’enfant l’accrocherait par mégarde à un objet, à une branche ou à un montant de lit… Les accidents de la sorte restent fort heureusement très rares, et sont principalement survenus il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui les fabricants redoublent de vigilance pour que les produits à destination des bébés soient sans danger".

Certains, cependant, veulent se garantir de ce risque de "strangulation" aussi "rare" soit-il : " Par précaution, retirez le collier pendant les siestes et les nuits : vous pouvez alors en profiter pour le laisser se recharger en ions négatifs, en le laissant sur une table. Autre option : le nouer à la cheville de bébé, bien au chaud dans sa turbulette"

Un collier qu’on achète mais qu’on ne porte pas autour du cou pendant le sommeil et qu’il vaut mieux nouer à la cheville. Des perles qui, contrairement à la célèbre pile électrique qui " ne s’use que si on s’en sert", se "rechargent en ions négatifs" quand on ne s’en sert pas !

Ces invitations aux "précautions" d’usage, dont on mesure le peu de sérieux, sont-elles suffisantes pour blanchir les diffuseurs de tels produits ?

On assiste à juste titre à la mise en cause de fabricants de médicaments ou de pesticides qui empoisonnent les humains et leur environnement. A lire la multitude de sites internet consacrés aux colliers d’ambre il ne serait pas étonnant, dans l’avenir, de voir instruire des procès en publicité mensongère voire même en mise en danger de la vie d’autrui à l’encontre de ceux qui font la promotion de cette médecine dont l’efficacité est largement contestable et les dangers loin d’être négligeables.

Contrairement à ce qu’imaginent ses utilisatrices et utilisateurs, la "médecine" de l’ambre peut se révéler, elle aussi, une médecine dure.


Pour aller plus loin :

 

 

Cet ouvrage retrace l’histoire de l’électricité et des savants qui ont marqué son évolution.

L’électricité paraît être une énergie évidente et n’étonne aujourd’hui plus grand monde ; son utilisation est très banale, et pourtant un nombre incalculable de nos actes et modes de vie ne sauraient se passer de son indispensable compagnie. L’électricité est une science récente… mais, des Grecs de l’Antiquité qui, en frottant l’ambre, s’émerveillaient de ses propriétés électrostatiques aux Curie étudiant la radioactivité, de découvertes heureuses en expériences dramatiques, portés par des hommes et des femmes qui ont tout sacrifié à la compréhension des phénomènes électriques, plus de vingt-cinq siècles ont défilé avant que l’on perçoive, peut-être, l’essence de cette force naturelle.

Au fil d’un récit imagé - celui d’une succession de phénomènes généralement discrets qui, sous le regard d’observateurs avertis, débouchèrent sur des applications spectaculaires - nous croiserons des dizaines de savants, d’inventeurs et de chercheurs dont les noms nous sont déjà familiers : d’Ampère à Watt et de Thalès de Milet à Pierre et Marie Curie, ce sont aussi Volta et Hertz, Ohm et Joule, Franklin et Bell, Galvani et Siemens ou Edison et Marconi qui, entre autres, viennent peupler cette aventure. On y verra l’ambre conduire au paratonnerre, les contractions d’une cuisse de grenouille déboucher sur la pile électrique, l’action d’un courant sur une boussole annoncer : le téléphone, les ondes hertziennes et les moteurs électriques, ou encore la lumière emplissant un tube à vide produire le rayonnement cathodique. Bien entendu, les rayons X et la radioactivité sont aussi de la partie.

De découvertes heureuses en expériences dramatiques, l’électricité reste une force naturelle qui n’a pas fini de susciter des recherches et de soulever des passions.

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 14:07

2000 ans d'histoire.

Patrice Gélinet a consacré son émission de mercredi 9 décembre 2009 à l’histoire de l’électricité.

 

Invité : Gérard Borvon pour son livre publié chez Vuibert, "Histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron"


 

 

 

« Il est un agent puissant, obéissant, qui se plie à tous les usages : il m’éclaire, il m’échauffe, il est l’âme de mes appareils mécaniques. Cet agent, c’est l’électricité. »

Jules Verne Vingt Mille Lieues sous les mers

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Pendant des milliers d’années, l’humanité s’est contentée d’observer sans les comprendre les manifestations de ce qui allait devenir sa première source d’énergie. Emerveillés par les aurores boréales, ou terrorisés par la foudre, qui n’était croyaient-ils que l’expression de la colère des dieux, les hommes ont mis des siècles à comprendre et à domestiquer l’électricité pour qu’elle les éclaire, les réchauffe, leur permette de se déplacer, de communiquer, et pour faire tourner leurs machines. En 1780, un savant italien, Luigi Galvani, avait même réussi à faire bouger des cadavres de grenouille en y faisant passer de l’électricité. C’était l’époque où elle n’était encore qu’un objet de curiosité dans les salons du XVIII° siècle.

 

Ecouter l’émission

 

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De Thalès, fasciné par l'ambre et sa force d'attraction, à l'électricité de demain, l'énergie électrique a toujours été au coeur des préoccupations humaines. Aujourd'hui, loin des craintes premières des hommes face à la foudre et aux éclairs, c'est l'avenir de la planète, et la position de l'homme dans cet environnement en souffrance, qui font progresser la place et l'image de l'électricité dans la vie de chacun. De nouvelles voies ont été explorées, des énergies renouvelables proposées. De l'hydroélectricité à l'électricité verte obtenue à partir de déchets industriels et agricoles, en passant par les panneaux photovoltaïques, les éoliennes, la géothermie, le solaire hydraulique et les énergies marines, ces filières d'énergie « propre » commencent à se faire une place au côté de l'électricité traditionnelle, sans toutefois la détrôner.

 

De l'ambre à l'électron, cette histoire de l'électricité mérite que l'on s'y attarde, car si l'électricité est devenue pour tous un droit inaliénable, et s'affiche comme l'énergie de demain, elle le doit à des hommes, amateurs ou scientifiques reconnus, à des expériences heureuses ou hasardeuses, et à des erreurs aussi, sans parler du hasard omniprésent dans l'histoire des sciences.

 

Un parcours que nous vous proposons de retracer, aujourd'hui, en direct du studio 167 de France Culture, en compagnie de Gérard Borvon, ancien professeur de physique, formateur en Histoire des sciences techniques dans les IUFM (institut universitaire de formation des maîtres), et auteur du livre « Histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron », paru chez Vuibert à l'automne 2009. Et avec lui, Patrice Carré, qui a signé en 1991, avec Alain Beltran, un livre intitulé « La fée et la servante », paru chez Belin. Il est spécialiste de l'histoire culturelle et sociale des réseaux.

 

 

Aurélie Luneau

 

Ecouter l'émission

 

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Gérard Borvon a publié Histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron aux éditions Vuibert. Il y fait le récit de l'évolution de l'électricité, curiosité de la Grèce antique devenue une ressource essentielle à notre civilisation.

 

 

Ecouter l'émission

 

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Semences de Curieux est une émission animée par Jacques Olivier sur la radio belge RTBF.

 

Par définition, les sciences sont toujours en mouvement. Semences de Curieux se propose d’en suivre la marche en les mettant en perspective, entre les acquis du passé et les questions en suspens avec leur enjeu pour demain.

 

 


 

Pour réécouter les deux émissions voir :

 

 

1ere émission

 

2eme émission

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Athena. Recherche et d é v e l o p p e m e n t

t e c h n o l o g i q u e ... ... 2010 Le mag’ scientifique

 

 

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Bulletin de l'Union des Physiciens.

 

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La Recherche

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Il était une fois l’électricité. De l’ambre à la lumière.

 

"Il y aurait bien des façons de raconter l’histoire de l’humanité ; mais il est certain que depuis le jour où l’un de nos ancêtres inconnu s’est emparé d’une flamme, l’histoire de l’humanité se confond avec celle de la domestication des énergies. Et parmi celles-ci, l’énergie électrique tient une place de premier plan.L’Histoire de l’électricité, c’est une histoire vieille comme le monde - ou presque : tout a commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, lorsque Thalès de Milet a découvert qu’en frottant un morceau d’ambre sur une peau de mouton, l’ambre se chargeait d’électricité statique... L’ambre : elektron en grec - l’électricité était née."

Voir la vidéo

Une recherche documentaire intéressante. Des images animées attractives.

Parfois, hélas, quelques raccourcis hasardeux (Thalès n’a pas nommé l’électricité Elektron, mot qui est simplement le nom grec de l’ambre - Nollet ne distinguait pas deux sortes d’électricité, la découverte est de Dufay).

Éclairant cependant.

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Les commentaires sur Amazon.

 
Cet ouvrage est un exemple de ce que devrait être la vulgarisation de la science au sens noble de vulgarisation: action de rendre accessible aux non spécialistes la quête inlassable et collective du génie humain pour arracher à une nature terriblement complexe ses secrets
J'ai commandé ce livre car je suis professeur des écoles et je dois réaliser une séquence sur l'électricité.
Ce livre est très intéressant et très bien fourni. Enfin un moyen de connaitre véritablement l'histoire de l'électricité !

De plus, le livre est arrivé en très bon état et très rapidement.
 
Ce livre permet d'appréhender clairement les différents concepts historiques qui ont permis d'élaborer la théorie actuelle de l’électricité.
Je le recommande particulièrement à tous ceux qui ont été rebutés au cours de leur scolarité par l'enseignement de cette matière.Vous comprendrez par exemple pourquoi la charge de l'électron est négative et non positive, d’où vient les signes + et -...et beaucoup de chose qui ne sont malheureusement pas enseignées au collège ou au lycée.
Merci à l'auteur.
L'histoire de l'électricité est très bien racontée par Gérard Borvon. Ce livre n'est pas du tout rigide et formel, il se lit très bien et c'est ce qui fait qu'on retient plus de choses ! Les anecdotes y sont très bien rapportées et on s'amuse à les lire. Ce livre casse la malheureuse idée rigide et complexe que l'on peut avoir des sciences, on apprend en s'amusant et ça réconcilie les gens avec la physique.

 

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France Culture. La Méthode Scientifique.

par Nicolas Martin.

Faut-il réhabiliter Nicolas tesla ?

 

 

J’ai lu histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron de Gérard Borvon

Un livre écrit par un passionné d’histoire, de physique et d’électricité:

Un sympathique article d'un lecteur.

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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 10:02

 

 
MEGE est une association régie par loi de 1901. Elle a été créée en 1992 par des agents et anciens agents d’EDF et de Gaz de France. Elle bénéficie du soutien de EDF, de ERDF, de GrDF et de la Fondation EDF.
 
L’objet de l’Association est de promouvoir la recherche, la conservation et la présentation des matériels et documents mis en œuvre pour assurer la distribution de l’électricité et du gaz en région parisienne, la première utilisation de ces énergies ayant été l’éclairage public.
 
Initialement dénommée « Musée de l’Electricité, du Gaz et de l’Eclairage Public », elle a échangé en 2002 « Musée » par « Mémoire » pour indiquer clairement que l’Association se veut support de la mémoire, aussi bien de l’évolution des technologies que celle des organisations et des conditions de travail, et que l’ambition de ses membres est de maintenir un fil conducteur entre le passé et un présent bien vivant.

 

L’Association MEGE, grande conservatrice, est inlassablement à l’affût de tous les documents et matériel d’hier (et d’aujourd’hui) concernant l’éclairage public et les distributions d’électricité et de gaz en région parisienne.
 
Ces « Trésors », glanés de toutes parts, sont rassemblés sur notre site du 18ème arrondissement de Paris, au 29 rue Doudeauville. Sur environ 1 000m², est exposé ce patrimoine historique et technique où se mêlent livres, affiches, outillage et matériels. Ce site accueille des groupes de visiteurs uniquement sur rendez-vous.

 

Le site de l'association mérite la visite.

http://megedoudeau.free.fr/index.html

 

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 12:33

En 1956, année du centenaire de sa naissance, le nom de Tesla, Serbe né à  Smiljan dans l'actuelle Croatie, est donné à l'unité d'induction magnétique (symbole T) à l'occasion d'un congrès international des électriciens tenu à Munich. Il rejoint ainsi le groupe prestigieux des Volta, Ampère, Faraday, Ohm, Coulomb, Joule, Watt, Henry, Weber... Cet honneur posthume, certainement ne l'imaginait-il pas au moment de sa mort, seul et oublié dans un hôtel de New York. Pourtant, la mesure des champs magnétiques ayant pris une telle importance dans le monde contemporain, qui peut, aujourd'hui, ignorer le nom de Tesla ?

Ses compatriotes ne l'ont pas oublié et le musée Tesla à Belgrade est l'un des plus fréquentés de Serbie.

Salle du musée Tesla à Belgrade.

Quel héritage retenir ?

La plupart des savants dont le nom a été retenu par l'Histoire ont eu une multitude d'intérêts et sont à l'origine de plusieurs découvertes, pourtant chacun symbolise un moment de l'histoire de sa discipline. La pile pour Volta qui était aussi un chimiste de renom. Les effets magnétiques des courants pour Ampère qui a pourtant consacré plus de son temps à des écrits de nature philosophique. La notion de résistance pour Ohm et la fameuse loi connue de tous : U=R.I, l'équivalence travail/chaleur pour Joule... deux savants qui ont abordé bien d'autres sujets.

Que retenir de Tesla ? Bien sûr Tesla s'est illustré dans le domaine des ondes électromagnétiques ouvert par Hertz. Oui, dans d'autres circonstances on aurait dû lui reconnaître le titre d'inventeur  de la transmission sans fil attribué à Marconi. Il a acquis une extraordinaire mais éphémère notoriété par la création des courants à haute fréquence et les démonstrations extraordinaires qui font encore sa célébrité.

 
La découverte qui l'a réellement révélé et que personne ne lui a jamais disputée est celle des "champs tournants" et de leur application aux moteurs fonctionnant aux courants alternatifs biphasés et triphasés. A juste titre, la superbe statue de Zénobe Gramme reçoit les visiteurs du Musée des Arts et Métiers à Paris mais n'oublions pas que ce sont les moteurs inventés par Tesla qui sont aujourd'hui les plus utilisés.

 
Se souvenir de Tesla, c'est d'abord associer son nom à cette belle et si utile découverte. Il reste aux enseignants, au moment où ils introduisent l'unité de champ magnétique dans leur programme, ou, dans les classes techniques quand ils abordent la notion de "champ tournant" et découvrent les génératrices et moteurs à courants alternatifs triphasés, de rappeler qui était Tesla et ce que notre civilisation électrique lui doit.

Alternateur polyphasé de Tesla à l'exposition de Chicago en 1893.

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Voir aussi :

Faut-il réhabiliter Nikola Tesla ?

Alternatif ou continu ? Produire et transporter l'électricité.

Textes et documents.

Document pédagogique.

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Pour aller plus loin

Émanation, fluide, particule, onde… quelle est l’identité de cette chose insaisissable mais bien présente dont la quête remonte à vingt-cinq siècles et dont la réalité nous échappe dès qu’on pense l’avoir cernée ?

 

 

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 08:07

                   Une émission de France Culture.                         La Méthode scientifique

 
"Qui était Nicolas Tesla ? Quelles ont été ses grandes inventions à l’époque ? Comment a t-il fait évoluer le contexte industriel électrique et changé radicalement l’industrie électrique ? Quelle a été la nature de sa relation avec le célèbre Thomas Edison ? "
 
Telle est la question que posait Nicolas Martin en introduction de son émission  du 26 janvier 2017 consacrée à Tesla.
 

 

" Si l’on en croit les biographies qui lui sont consacrées, il était « L’homme qui a éclairé le monde », voire carrément « l’homme qui inventa le XXème siècle ». Il est l’inventeur du courant alternatif, de l’électricité moderne, certainement des premières ondes radio, de la notion de télécommande et même d’une certaine façon de l’idée du wifi et des armes à énergie dirigées. Savant fou, perclus de TOCs, insomniaque chronique, profond humaniste, il a terminé sa vie ruiné et misérable dans une chambre d’hôtel à New York. Bref, Nikola TESLA a tout du savant maudit et un destin proprement shakespearien.

Pourquoi faut-il réhabiliter Nikola Tesla ? C’est le problème qui va occuper La Méthode scientifique dans l’heure qui vient.

Et pour effectuer cette entreprise de réhabilitation, La Méthode scientifique a le plaisir d’accueillir Ilarion Pavel, ingénieur en chef des Mines, chercheur au laboratoire de physique théorique de l’École Normale Supérieure et Gérard Borvon, enseignant en physique, vous avez publié « L’histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron » aux éditions Vuibert.

« L’homme qui a éclairé le monde », « L’homme qui inventa le XXème siècle », est-ce que, comme souvent dans des entreprises de réhabilitation, on ne va pas un peu trop loin dans le sens inverse ? Ou est-ce que Nikola Tesla est vraiment un génie de cette envergure, trop longtemps tombé dans l’oubli ? "

Voir la suite et écouter ...

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Et si nous répondions à la question : Faut-il réhabiliter Nikola Tesla ?

Y avons nous clairement répondu au cours de cette émission ?

Et tout d'abord, n'est-il pas déjà réhabilité ?

En 1956, année du centenaire de sa naissance, son nom est donné à l'unité d'induction magnétique (symbole T) à l'occasion d'un congrès international des électriciens à Munich. Il rejoint ainsi le groupe prestigieux des Volta, Ampère, Faraday, Ohm, Coulomb, Joule, Watt, Henry, Weber... La mesure des champs magnétiques ayant pris une telle importance dans le monde, qui peut ignorer le nom de Tesla ? Honneur posthume  certes mais c'est aussi le cas pour ses prédécesseurs et certainement n'imaginait-il pas, au moment de sa mort, qu'il serait ainsi distingué.

Ses compatriotes ne l'ont pas oublié et le musée Tesla à Belgrade est l'un des plus fréquentés de Serbie.

Salle du musée Tesla à Belgrade.

Quel héritage valoriser ?

La plupart des savants dont le nom a été retenu par l'Histoire ont eu une multitude d'intérêts et sont à l'origine de plusieurs découvertes, pourtant chacun symbolise un moment de l'histoire de sa discipline. La pile pour Volta qui était aussi un chimiste de renom. Les effets magnétiques des courants pour Ampère qui a pourtant consacré plus de son temps à des écrits de nature philosophique. La notion de résistance pour Ohm et la fameuse loi connue de tous : U=R.I, l'équivalence travail/chaleur pour Joule... deux savants qui ont abordé bien d'autres sujets.

Que retenir de Tesla ? "Quelles ont été ses grandes inventions à l’époque ? Comment a t-il fait évoluer le contexte industriel électrique et changé radicalement l’industrie électrique ?" Telle était la question initiale à laquelle nous étions invités à répondre. Bien sûr Tesla s'est illustré dans le domaine des ondes électromagnétiques ouvert par Hertz. Oui, dans d'autres circonstances on aurait pu lui reconnaître le titre d'inventeur  de la transmission sans fil attribué à Marconi. Une découverte que personne ne lui a jamais disputée est celle des "champs tournants" et de leur application aux moteurs fonctionnant au courant alternatif. A juste titre, la superbe statue de Zénobe Gramme reçoit les visiteurs du Musée des Arts et Métiers à Paris mais ce sont les moteurs inventés par Tesla qui actionnent aujourd'hui les TGV qui nous font traverser la France à 300km/h. Pourquoi ne pas associer son nom à cette belle et si utile découverte.

Se souvenir de Tesla.

Il reste aux enseignants, au moment où ils introduisent l'unité de champ magnétique dans leur programme, ou, dans les classes techniques quand ils abordent la notion de "champ tournant" et découvrent les génératrices et moteurs à courants alternatifs triphasés, de rappeler qui était Tesla et ce que notre civilisation électrique lui doit.

Alternateur polyphasé de Tesla à l'exposition de Chicago en 1893.

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Voir aussi :

Alternatif ou continu ? Produire et transporter l'électricité.

Textes et documents.

Document pédagogique.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 15:52

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le site Ampère s'enrichit et fait peau neuve.

La première partie du nouveau site, consacrée à André-Marie Ampère (1775-1836) et encore en phase de finition, donnera bientôt accès à l'ensemble, jusqu'ici dispersé et peu accessible, des écrits d'Ampère. Ses publications, sa correspondance et ses archives personnelles qui traitent de mathématiques, de physique, de sciences naturelles, de philosophie, de poésie, de questions d'enseignement, etc. ont été intégralement numérisées et une grande partie du corpus a été transcrite. Un outil d'annotation permettra au lecteur d'effectuer des annotations sémantiques sur l'ensemble du corpus.


La deuxième partie Histoire de l'électricité et du magnétisme est d'ores et déjà accessible en ligne.

D'où sort la pile électrique ? Ampère a-t-il vraiment inventé le télégraphe et l’électroaimant ? Comment a-t-on pu penser devant les premiers moteurs électriques, dans les années 1840, que ceux-ci n'avaient aucun avenir ?

Pour répondre à ces questions, et à bien d'autres, le Parcours historique De la boussole à la Fée électricité de la nouvelle partie Histoire de l'électricité et du magnétisme propose une cinquantaine de dossiers multimédia. Son objectif n'est pas de fournir une histoire suivie de l'électricité mais plutôt de braquer le projecteur sur une série de moments importants de cette histoire. Partant du travail de William Gilbert sur la boussole en 1600 – un début plus raisonnable que l'antiquité grecque pour l'histoire de l'électricité – le Parcours historique parvient avec l'Exposition universelle de 1900, à un moment où la science et la technique de l'électricité classique ont atteint une certaine maturité et où l'industrie électrique fait rêver à un monde nouveau, de lumière et de puissance.

De nombreuses vidéos comportant des reproductions d'expériences historiques permettent de mieux comprendre la délicate genèse des lois scientifiques et les multiples facettes de l'invention technique. Des vidéos comme celle sur les expériences de Galvani et Volta sont utilisables avec des classes de collège. D'autres, comme Faraday : créer de l'électricité avec le magnétisme ? s'adressent plutôt aux lycéens. Un enseignant peut s'appuyer sur le contenu des pages dans lesquelles les vidéos sont insérées.

La partie Histoire de l'électricité et du magnétisme du site Ampère comporte également un Laboratoire historique où sont discutées des expériences historiques qui posent encore aujourd'hui des questions à la fois aux historiens et à la science contemporaine. C'est le cas notamment de certaines des expériences les plus anciennes et les plus connues d'électrostatique.

Christine Blondel & Bertrand Wolff

Pour une présentation sur l'histoire de l'électricité s'appuyant sur le Parcours historique et ses vidéos – du collège aux classes préparatoires scientifiques en passant par les stages de formation de professeurs de sciences physiques ou les Fêtes de la science – s'adresser à wolffbe[at]wanadoo.fr.

--
Christine Blondel (CNRS)
Centre Alexandre Koyré
27 rue Damesme
75013 - Paris
christine.blondel2@cnrs.fr
06 5000 7992

Bertrand Wolff
Centre Alexandre Koyré
27 rue Damesme
75013 - Paris
wolffbe@wanadoo.fr

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 06:33

Par Gérard Borvon

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Science et magie semblent deux adversaires irréconciliables. A y regarder de près ils peuvent aussi s’alimenter l’un et l’autre.

 

Quoi de plus "magique" que la découverte des "lois" auxquelles semblent répondre les phénomènes "naturels" ?

 

C’est, aussi parfois, l’observation et l’analyse de pratiques "magiques" qui aboutit à des découvertes scientifiques.

 

La magie, à son tour, se colore du vocabulaire et du prestige de la science pour renforcer et étendre son territoire.

 

Ce va-et-vient est particulièrement visible dans le domaine de l’électricité et du magnétisme. Nous essaierons de le mettre en lumière à différents moments du développement de ces sciences.

 

Premier exemple : l’ambre.

 

 

 

Thalès, l’ambre et l’aimant.

 

L’Ambre, matière mythique de la Grèce antique, a été traditionnellement associée à Thalès (625-547 av JC), grec de la ville de Milet. A la fois physicien, astronome et géomètre, il est souvent désigné comme le premier électricien, voire même le premier "magnétiseur". C’est par Aristote et Hippias que nous apprenons qu’il " communiquait la vie" aux choses inanimées au moyen de l’ambre jaune désigné sous le terme grec « ήlectron », êlektron et de la "pierre de magnésie" ( μαγνήτις λιθος), l’aimant naturel.

 

Communiquer la vie aux êtres inanimés…dès sa naissance l’électricité, le magnétisme, s’entourent de mystère. Nous parlerons ici de l’ambre.

 
L’ambre

 

Un rapide coup d’œil sur un dictionnaire contemporain nous apprend que l’ambre est une " résine dure et cassante, dont la couleur varie du jaune pâle au rouge et dont on fait des colliers, des articles pour fumeurs, etc.… ". La photographie qui accompagne ce texte nous montre un insecte prisonnier d’une pierre blonde à la transparence de cristal.

 

L’ambre nous vient du froid.

 

Depuis des millénaires, les habitants des côtes de la Baltique recueillent ce don précieux de la mer, déposé sur le sable après chaque tempête. Son origine est-elle marine ou terrestre ? Depuis l’antiquité jusqu’à la fin du 18ème siècle, de longues controverses se succèdent avant qu’il soit admis que l’ambre est une résine fossilisée.

 

Il y a 40 à 50 millions d’années, dans une période que les géologues désignent par le nom d’Eocène, un climat tropical régnait sur l’Europe et la Scandinavie. Les pins producteurs de la résine, source de l’ambre, poussaient au milieu de palmiers dattiers, de séquoias, de thuyas, de cyprès, de cèdres et de la plupart des feuillus que nous trouvons encore dans nos contrées : chênes, hêtres, châtaigniers. Des nuées de moustiques, de mouches, de guêpes emplissaient l’air de leurs bourdonnements. Les fourmis, les scarabées, les scorpions grouillaient sous la mousse. Tout ce petit peuple venait s’engluer dans la résine encore fraîche. Au printemps, les magnolias et les rhododendrons fleurissaient au-dessus des tapis de genévriers et, même, de théiers qui poussaient là où le sol n’était pas inondé. L’eau, en effet, était partout présente. C’est elle qui a protégé la résine d’une oxydation qui l’aurait détruite. Cette eau alimentait des fleuves qui concentraient l’ambre à leurs embouchures, créant ainsi de riches dépôts.

 

Puis le climat s’est refroidi. Les glaciers qui ont recouvert l’Europe du Nord, ont transporté et déposé ces terres sédimentaires. L’ambre s’y trouve encore aujourd’hui. Quand, par chance, les gisements bordent les mers actuelles, l’érosion libère les blocs. La densité de l’ambre étant très peu supérieure à celle de l’eau de mer, les courants et les tempêtes l’amènent facilement sur les plages où il est commode de le pêcher.


Une matière attirante

 

Douce, chaude au toucher, écrin mystérieux d’insectes étranges, douée du don extraordinaire d’attraction à distance, cette pierre a certainement provoqué chez nos plus anciens ancêtres, la fascination qui est encore la nôtre.

 

Un morceau d’ambre perforé âgé de 30 000 ans, sans doute un talisman, est considéré comme le premier objet de cette matière associé à l’homme. Des ours, des chevaux sauvages, des sangliers, des élans y ont été façonnés par les hommes qui habitaient le Nord de l’Europe 7000 ans avant notre ère. Les agriculteurs du néolithique qui peuplaient les mêmes régions trois mille ans plus tard, se faisaient enterrer avec des colliers et des amulettes d’ambre. Durant les deux millénaires suivants, l’ambre se répand peu à peu dans toute l’Europe, jusqu’à la Méditerranée. Par les mêmes voies circulent le cuivre et l’étain qui feront s’épanouir les civilisations de l’âge du bronze.

A cette époque, de véritables routes commerciales sillonnent l’Europe. Depuis le Jutland, elles prennent la route de l’Elbe ou celle du Rhin et du Rhône. De la Baltique orientale elles descendent l’Oder et la Vistule pour rejoindre la Méditerranée à travers la mer Noire. Une route maritime existe également qui descend de la Mer du Nord à travers la Manche et contourne l’Espagne pour rejoindre la Méditerranée.

Les tombes sous Tumulus des princes et princesses de l’âge du bronze fouillées dans le sud de l’Angleterre et sur les rivages des côtes armoricaines nous ont transmis de fabuleux trésors. L’ambre s’y associe à l’or pour exalter la puissance de leurs propriétaires.

 

En Grèce, l’ambre de la Baltique arrive vers 1600-1500 avant J-C. Les tombes de cette époque trouvées à Mycènes en contiennent des centaines de perles qui semblent avoir été importées déjà taillées. Peu de temps après, on trouve ce même ambre en Egypte dans les tombeaux royaux. Ce commerce semble avoir été la spécialité des Phéniciens. Il a fallu attendre le 4ème siècle avant J-C pour que Pythéas, grec de la colonie de Marseille, nous donne le récit de son voyage vers les mers de la Baltique où il aurait lesté son navire par des blocs d’ambre.

 

 

 

Les routes de l’ambre. Courrier de l’Unesco. Mars 1966, p 20

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L’antique magie de l’ambre.

 

Dans la mythologie grecque, l’ambre est de nature divine. Ce sont les rayons d’Hélios, dieu du soleil, pétrifiés quand l’astre s’enfonce dans les flots. Ce sont les larmes des Héliades, nymphes mortelles, qui pleurent, chaque soir, la mort de leur frère Phaéton.

 

Phaéton, fils d’Hélios, avait obtenu la permission de conduire le char du soleil. Hélas, il ne sut pas maîtriser les chevaux ailés de l’attelage. Celui ci se rapprocha de la terre. Des montagnes commencèrent à brûler, des incendies dévastèrent les forêts, la sécheresse gagna de vastes zones qui devinrent des déserts. Zeus, dans sa colère, lança sa foudre sur Phaéton et le fit s’abîmer dans les flots du fleuve Eridan (souvent associé au Pô, l’une des voies d’entrée de l’ambre mais désignant également les mers bordées par le pays des celtes et des germains). Accourues sur les rives du grand fleuve, les Héliades, sœurs de Phaéton, restèrent inconsolables. Les dieux, par compassion, les transformèrent en peupliers pour qu’elles puissent éternellement accompagner de leurs pleurs, la disparition du soleil couchant. Leurs larmes, figées en perles dorées, deviennent la plus belle parure des femmes grecques.

 

" ήlectron ", êlektron, tel est donc le nom qui nous vient des grecs et qui a donné son nom à une nouvelle science quand le médecin anglais William Gilbert (1540-1603) a désigné par le terme d’électricité la propriété d’une multitude de matières à manifester, comme l’ambre, la propriété d’attraction à distance après avoir été frottées.

 

Mais que nous rapportent les auteurs grecs en dehors du mythe ? Peu de choses en vérité. Ils savent, au mieux, que l’ambre attire mais n’indiquent pas toujours qu’il faut d’abord le frotter.

 

Le phénomène reste donc très superficiellement étudié. Rien n’évoque le début d’une pratique ou d’une réflexion qui s’apparente à un comportement "scientifique".

 
L’ambre banalisé : la longue histoire du succin.

 

L’amélioration des transports, alliée à la richesse des gisements baltes, fait perdre progressivement à l’ambre sa valeur marchande. Inévitablement, son caractère "magique" s’en trouve amoindri. Il se prolonge cependant sous la forme des propriétés médicinales qui lui sont attribuées sous le nom de succin, terme dérivé de sucus (jus, sève), que les latins nous ont transmis pour désigner ce corps.

 

Présent dans la plupart des remèdes médiévaux, le siècle des lumières le regarde cependant avec un regard plus critique. Un article de l’Encyclopédie ou Dictionnaire Universel raisonné des Connaissances Humaines daté de 1770 indique encore qu’il est conseillé pour les "affections vaporeuses et hystériques", que son sel est "rangé parmi les céphaliques" et son huile "regardée comme un spécifique dans les affections hystériques". Mais, précise l’auteur de l’article, " Les vertus médicinales du succin étaient autrefois très vantées ; on les regarde aujourd’hui comme moins certaines, ou exagérées". L’auteur note cependant un intérêt pratique : "la vapeur de sel de succin fait fuir les rats" !

 

Plus radical encore est John Fothergill (1712 – 1780), du collège des médecins de Londres dans un article publié en 1744 dans les Transactions Philosophiques de la Société Royale de Londres. Considérant la résistance de l’ambre à la plupart des solvants ordinaires, il estime qu’une telle substance "ne peut probablement pas produire de grands effets sur le corps humain" et en effet, ajoute-t-il, "on a peu d’exemples de ses effets". Alors pourquoi cette longue période de succès ?

"Une imagination préoccupée peut d’abord en avoir introduit l’usage ; le préjugé l’a soutenu & a engagé des personnes qui avaient quelque autorité à le recommander à leurs successeurs".

 

Comment mieux décrire la diffusion du mythe ? Et comment le combattre ? John Fothergill plaide pour une entreprise d’assainissement de la science médicale :

" Si des personnes habiles et expérimentées voulaient consacrer leurs loisirs à nous instruire de l’inefficacité des méthodes et des remèdes semblables à celui-ci, la Médecine serait renfermée dans des bornes plus étroites ".

 
Dans le laboratoire du chimiste. De l’ambre à l’acide succinique.

 

Avec Lavoisier et ses contemporains le succin entre dans le laboratoire du chimiste qui y reconnaît, entre autres composés, un acide auquel il sera donné le nom d’acide succinique. Le chimiste moderne le caractérisera comme acide butane-1,4-dioïque, acide organique de structure simple et de formule développée : HOOC-CH2-CH2-COOH. Cet acide a été trouvé dans la plupart des organismes végétaux et animaux où il intervient dans de nombreux métabolismes cellulaires.

 

Le succin serait donc bien un remède ?

 

En réalité la concentration en acide succinique est bien plus forte dans la laitue vireuse, la grande chélidoine que dans le succin à partir duquel, comme le remarquait John Fothergill, il est par ailleurs difficilement assimilable.

 

Il n’y a pas de continuité médicale entre l’ambre et l’acide succinique. Synthétisé aujourd’hui à partir de produits pétroliers, cet acide est plus utilisé pour des peintures et des vernis que pour des remèdes médicaux. Parmi ces remèdes, aucun n’est d’ailleurs supposé guérir des douleurs céphaliques ou de l’hystérie.

 

Une légende se terminerait donc dans le laboratoire du chimiste ? On n’achève pas aussi facilement un ancien mythe !

 
Retour du vieux mythe.

 

L’aspect merveilleux de l’ambre réside avant tout dans son action à distance, un phénomène qui a, de façon régulière, alimenté les débats des scientifiques de Descartes et Newton à Einstein et qui continue à le faire. Comment s’étonner qu’il puisse encore inspirer les pratiques des mages et guérisseurs de notre époque désorientée.

 

Les colliers de perles d’ambre gardent particulièrement toute leur faveur. On trouve couramment dans la littérature académique du 18ème siècle, la mention de colliers portés pour guérir des migraines, des maladies des yeux ou de la gorge.

 

Les rives de la Baltique voyaient se prolonger cette tradition jusqu’aux périodes récentes. Un morceau d’ambre y était donné à mâcher aux enfants pour les soulager des maux de dents. On y voyait se maintenir, aussi, la coutume de faire porter des colliers d’ambre protecteurs aux enfants en bas âge au risque de provoquer de dangereux accidents par strangulation.

 

La séparation de l’Europe par le "rideau de fer" de la "guerre froide", en plaçant la Baltique à l’Est, avait tari la circulation de l’ambre. Les habitants de la Pologne se hasardant dans l’Ouest "capitaliste", étaient les premiers à le ramener avec eux comme moyen de troc. Ce temps est oublié et l’ambre de la Baltique se marie à nouveau à l’or et l’argent sur les bijoux du monde entier.

 

Sa qualité esthétique aurait pu suffire à son succès mais comment résister à l’opportunité d’enrôler les vieux mythes dans l’arsenal de la publicité commerciale ?

 

A en croire la publication d’un magasin spécialisé dans le collier d’ambre, l’ambre :

"apporte calme, force et équilibre.

améliore la circulation sanguine et son PH (le rendent plus alcalin).

régule le système nerveux, améliore les réflexes.

active le métabolisme et combat les inflammations.

freine l’oxydation des cellules et favorise leur régénération."

 

PH alcalin, métabolisme, oxydation des cellules… la publicité, qui avait déjà recruté Thalès, n’hésite pas à faire également appel à l’assaisonnement des mots de la science "moderne".

 

Les nouveaux "mages" et les marchands de minéraux qui leur sont associés connaissent le poids du prestige scientifique. On baptisera du terme de "lithothérapie" un amas de recettes, à base de cristaux minéraux, supposées ancestrales et parfois même extraites de vieux grimoires quand elles ne sont pas tout simplement inventées.

 

L’ambre est naturellement l’une des bases de leur "science" et de leur commerce. Exemple de littérature néo-magique :

 

"Des études ont permis d’utiliser l’ambre pour soulager les douleurs des articulations dues aux rhumatismes. Par exemple, l’ambre jaune produit des ions négatifs par frottements, ce qui a pour conséquence d’améliorer la circulation des énergies dans l’organisme.
L’ambre est condensateur de courant : en se chargeant lui-même, il décharge de leurs propres excès ceux qui le portent
."

 

Ions négatifs, circulation des énergies, condensateur de courants… Autant de mots entendus dans les cours de physique suivis par une majorité de celles et ceux qui ont accompli la "scolarité obligatoire" de nos sociétés modernes. Autant de mots, aussi, dont le sens réel a eu le temps de se perdre au grand désespoir du professeur de la discipline qui voit ainsi sa pédagogie mise au service d’une forme de charlatanisme.

 

Celui-ci pourrait rappeler que, dès l’an 1600, l’Anglais William Gilbert avait montré que la propriété "électrique" de l’ambre avait été trouvée, avec une bien plus forte intensité, dans des matières aussi banales que le verre et le soufre.

 

Il pourrait aussi faire constater que les tissus synthétiques, les revêtements de sol et les objets plastiques produits par la chimie moderne sont si sensibles à la production de charges électriques par simple frottement qu’il faut même en protéger les appareils électroniques. Qui n’a pas reçu une décharge électrique le soir en se déshabillant ?

 

Caresser un morceau d’ambre peut incontestablement alimenter un rêve poétique, surtout s’il enferme l’insecte auquel il a fait franchir cinquante millions d’années et qui à peut-être cohabité avec ces dinosaures objets de tous les fantasmes.

 

Le rêve a de nombreuses vertus, acceptons l’idée qu’il puisse même en avoir de thérapeutiques.

 

Par contre, concernant la production "d’ions négatifs par frottement" , le moindre morceau de plastique ferait bien mieux l’affaire à moindre prix. D’ailleurs, à y regarder de près, de prétendus colliers d’ambre sont souvent, en réalité, réalisés à base de perles synthétiques.

 

Que des adultes se laissent convaincre et achètent le bijou ou le morceau d’ambre qui les rassurera, comme le faisait la peluche ou le chiffon de leur enfance, soit ! Mais que penser du produit vedette : le collier d’ambre pour bébé supposé le soulager des douleurs de dents.

 

Le site de vente par internet, déjà cité, publie des témoignages :

 

"Je suis conquise ! Ma fille porte son collier nuit et jour depuis ses 6 mois. Les dents la font un peu souffrir (joues rouges, fesses rouges) mais jamais de pleurs, jamais trop bougon. Je ne lui ai jamais rien donné d’autre et elle a déjà 6 dents. Les deux seules fois ou on a oublié de le lui remettre elle s’est réveillée la nuit en hurlant…"

 

A lire les échanges sur internet on constate pourtant que beaucoup d’entre eux ne portent pas sur l’efficacité de tels colliers. Celle-ci semble être admise sans aucun débat. La preuve : on les vend même en pharmacie !

 

Ce qui alimente la discussion c’est leur danger éventuel : bébé ne risque-t-il pas de s’étrangler ?

 

Etonnant ! Ces parents sont bien conscients du risque qu’il font courir à leur enfant, s’inquiètent et veulent être rassurés. Certains affirment ne jamais laisser le collier pendant la nuit ou la sieste. D’autres garantissent avoir acheté celui "de marque" qui cassera au moindre effort de bébé et dont chaque perle est attachée de façon à ce qu’il ne les avale pas. A les lire il semblerait que le collier-talisman serait l’équivalent d’un vaccin anti-mal-de-dents absolument nécessaire mais non exempt de dangers. L’étranglement possible s’apparenterait alors à ce que les notices pharmaceutiques présentent comme un "effet" secondaire.

 

Argument souvent entendu : si c’était dangereux ils l’interdiraient. Ce "ils" anonyme, qui a si longtemps autorisé l’amiante ou encore récemment le fameux "médiator", médicament, dénoncé par Irène Frachon, fait souvent office de garantie.

 

 

Pas prouvé efficace contre les maux de dents mais à l’évidence dangereux au même titre que tous les colliers pour bébés.

 

Des médecins ont pourtant lancé des alertes, tel le professeur Olivier Reinberg du service de chirurgie pédiatrique de l’université de Lausanne :

 

Extrait :

"Il semble utile de rappeler que le port de collier chez les petits enfants constitue un danger permanent de strangulation. Si le collier ne se rompt pas, l’enfant peut rester accroché à une branche ou à un montant de lit par exemple. Le plus souvent, l’enfant strangulé ne peut pas appeler. S’il n’est pas immédiatement délivré, les conséquences sont très sévères, puisque si l’enfant n’est pas trouvé mort, le pronostic des réanimations
cardio-respiratoires après ce genre d’accident est mauvais, avec un taux important
de séquelles neurologiques liées à l’ischémie cérébral
e."

 

Mais pour certains fabricants pas de problème, les accidents c’est de l’histoire ancienne :

" Le collier d’ambre est régulièrement montré du doigt par ceux qui estiment qu’il comporterait un risque de strangulation, au cas où l’enfant l’accrocherait par mégarde à un objet, à une branche ou à un montant de lit… Les accidents de la sorte restent fort heureusement très rares, et sont principalement survenus il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui les fabricants redoublent de vigilance pour que les produits à destination des bébés soient sans danger".

 

Certains, cependant, veulent se garantir de ce risque de "strangulation" aussi "rare" soit-il : " Par précaution, retirez le collier pendant les siestes et les nuits : vous pouvez alors en profiter pour le laisser se recharger en ions négatifs, en le laissant sur une table. Autre option : le nouer à la cheville de bébé, bien au chaud dans sa turbulette"

 

Un collier qu’on achète mais qu’on ne porte pas autour du cou pendant le sommeil et qu’il vaut mieux nouer à la cheville. Des perles qui, contrairement à la célèbre pile électrique qui " ne s’use que si on s’en sert", se "rechargent en ions négatifs" quand on ne s’en sert pas !

 

Ces invitations aux "précautions" d’usage, dont on mesure le peu de sérieux, sont-elles suffisantes pour blanchir les diffuseurs de tels produits ?

 

On assiste à juste titre à la mise en cause de fabricants de médicaments ou de pesticides qui empoisonnent les humains et leur environnement. A lire la multitude de sites internet consacrés aux colliers d’ambre il ne serait pas étonnant, dans l’avenir, de voir instruire des procès en publicité mensongère voire même en mise en danger de la vie d’autrui à l’encontre de ceux qui font la promotion de cette médecine dont l’efficacité est largement contestable et les dangers loin d’être négligeables.

 

Contrairement à ce qu’imaginent ses utilisatrices et utilisateurs, la "médecine" de l’ambre peut se révéler, elle aussi, une médecine dure.

 

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Pour aller plus loin :

 

 

 

Cet ouvrage retrace l’histoire de l’électricité et des savants qui ont marqué son évolution.

 

L’électricité paraît être une énergie évidente et n’étonne aujourd’hui plus grand monde ; son utilisation est très banale, et pourtant un nombre incalculable de nos actes et modes de vie ne sauraient se passer de son indispensable compagnie. L’électricité est une science récente… mais, des Grecs de l’Antiquité qui, en frottant l’ambre, s’émerveillaient de ses propriétés électrostatiques aux Curie étudiant la radioactivité, de découvertes heureuses en expériences dramatiques, portés par des hommes et des femmes qui ont tout sacrifié à la compréhension des phénomènes électriques, plus de vingt-cinq siècles ont défilé avant que l’on perçoive, peut-être, l’essence de cette force naturelle.

 

Au fil d’un récit imagé - celui d’une succession de phénomènes généralement discrets qui, sous le regard d’observateurs avertis, débouchèrent sur des applications spectaculaires - nous croiserons des dizaines de savants, d’inventeurs et de chercheurs dont les noms nous sont déjà familiers : d’Ampère à Watt et de Thalès de Milet à Pierre et Marie Curie, ce sont aussi Volta et Hertz, Ohm et Joule, Franklin et Bell, Galvani et Siemens ou Edison et Marconi qui, entre autres, viennent peupler cette aventure. On y verra l’ambre conduire au paratonnerre, les contractions d’une cuisse de grenouille déboucher sur la pile électrique, l’action d’un courant sur une boussole annoncer : le téléphone, les ondes hertziennes et les moteurs électriques, ou encore la lumière emplissant un tube à vide produire le rayonnement cathodique. Bien entendu, les rayons X et la radioactivité sont aussi de la partie.

 

De découvertes heureuses en expériences dramatiques, l’électricité reste une force naturelle qui n’a pas fini de susciter des recherches et de soulever des passions.

 

 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 19:24
 
"Il y aurait bien des façons de raconter l’histoire de l’humanité ; mais il est certain que depuis le jour où l’un de nos ancêtres inconnu s’est emparé d’une flamme, l’histoire de l’humanité se confond avec celle de la domestication des énergies. Et parmi celles-ci, l’énergie électrique tient une place de premier plan.L’Histoire de l’électricité, c’est une histoire vieille comme le monde - ou presque : tout a commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, lorsque Thalès de Milet a découvert qu’en frottant un morceau d’ambre sur une peau de mouton, l’ambre se chargeait d’électricité statique... L’ambre : elektron en grec - l’électricité était née."

 

 

 
Une recherche documentaire intéressante. Des images animées attractives.
Parfois, hélas, quelques raccourcis hasardeux (Thalès n’a pas nommé l’électricité Elektron, mot qui est simplement le nom grec de l’ambre - Nollet ne distinguait pas deux sortes d’électricité, la découverte est de Dufay).
Éclairant cependant.
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Pour aller plus loin :

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