Une tragédie grecque.
Octobre 2018. Les délégués des États de l'ONU, réunis à Incheon en Corée du Sud avaient eu à se pencher sur le dernier rapport des scientifiques du GIEC consacré à la montée des dérèglements climatiques et au retard pris pour les contrer. A l'évidence, ce dernier rapport avait révélé aux scientifiques eux-mêmes l'étendue de la catastrophe prévisible.
Pour ne pas décourager ou démobiliser ceux et celles qui leur font confiance, ils préfèrent taire les pensées et les émotions qu'ils ne peuvent refouler quand ils quittent leur laboratoire. Plusieurs d'entre eux interrogés, par la chaîne « France Info », au moment où ils allaient publier leurs résultats, laissent pourtant parler le langage du cœur. Parmi ceux-ci Valérie Masson-Delmotte, qui a coprésidé la cession du Giec d'octobre 2018 en Corée. « C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps » confie-t-elle. « Il y a un peu parfois l'impression d'observer une tragédie grecque. Vous savez ce qu'il va se produire et vous voyez les choses se produire ».
« Quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps », telle est aussi la place du nucléaire pour beaucoup d’entre nous. J’en suis. Comment l’oublier quand, en France, qu’il soit civil ou militaire, pas un mois sans qu’il ne s’impose dans les médias comme un nouveau Jupiter dont la foudre risque à chaque moment de s’abattre sur nos têtes.
Pourtant l’histoire du nucléaire est d’abord celle d’une fabuleuse quête, depuis les premiers moments de la « fée électricité »jusqu'à à la découverte de la radioactivité qui a provoqué une véritable révolution dans la chimie, la physique, la biologie, la médecine. Enseignant les sciences physiques en lycée, la partie du programme relatif à la physique nucléaire, m’a donné l’occasion, chaque année, de redécouvrir, avec mes élèves, les hasards et les intuitions des hommes et femmes qui ont suivi ce long cheminement qui a mené aux découvertes majeures de Becquerel et de Marie Curie. C'est ce récit que je propose de partager ici.
Mais c’est aussi en France que le désir des physiciens d’en savoir plus sur l’organisation de la matière a ouvert la boîte de Pandore qui a amené Hiroshima et Nagasaki. Comment ne pas questionner cette folie qui a conduit une poignée de pays de la Planète, dont la France, à accumuler les armes nucléaires capables de détruire l’ensemble de l’humanité.
"On peut se demander si l'humanité a avantage à connaître les secrets de la nature, si elle est mûre pour en profiter ou si cette connaissance ne lui sera pas nuisible" s'interrogeait Pierre Curie à l'occasion de la remise de leur prix Nobel à Pierre et Marie Curie en 1903. Déjà sont posés les deux moments de la tragédie nucléaire que nous souhaitons exposer ici.
D’étranges lueurs dans le vide.
Des rayons cathodiques aux rayons X.
Henri Becquerel et Marie Curie. La découverte de la radioactivité.