Une statuette de bronze est, depuis 1972, une pièce maîtresse du Musée de Bretagne à Rennes. Son histoire nous a été rapportée par l’archéologue René Sanquer, en 1973, sous le titre « La grande statuette de Bronze de Kerguilly-en-Dinéault (Finistère) ».
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« Au mois de mai 1913, M. Jean Labat, jeune agriculteur demeurant au hameau de Kerguilly en Dinéault, au cours d’un labour profond dans une lande nommée Gorré-ar-C’hoad (le haut du bois), nouvellement défrichée et jamais cultivée de mémoire d’homme, recueillit, sous sa herse, une petite tête de bronze en très bon état de conservation, éraflée seulement à la pointe du nez et sous l’œil gauche par le soc de la charrue. ».
Quinze ans plus tard, M. Labat entreprit de vérifier si le reste de la statue n’était pas testée en terre. « Il découvrit une cavité cylindrique, creusée dans la glaise. Large de 50cm, profonde 1m, elle était soigneusement aménagée, les bords lissés, le fond en forme de cuvette et, semble-t-il, recouverte d’une galette d’argile. A l’intérieur se dressait, debout, un corps féminin en bronze, revêtu d’une longue robe à plis, sans ceinture, avec, selon de témoignage de J. Labat, « des épaulettes et sur la poitrine, une sorte de collier de la Légion d’honneur. Deux bras nus, encore en place, et des pieds chaussés de sandales, complétaient l’ensemble ». Au fond de la cavité, l’inventeur recueillit un casque, un oiseau et un cimier brisé ».
Au musée de Bretagne, la statuette et présentée comme la « Brigitte du Menez-Hom ». Pour comprendre cette dénomination il faut de reporter à une étude de René Sanquer et Donatien Laurent publiée en 1971 sous le titre : « La déesse celtique du Menez-Hom ». Beaucoup d’affirmations dans ce titre qui méritent d’être éclairées. D’abord, déesse ou dieu ? Ensuite, pourquoi celtique ? Et pour finir, pourquoi Brigitte ?
Déesse ou Dieu ?
Pour René Sanquer (1971), aucun doute : « le visage est celui d’une jeune fille de 15 à 16 ans. Je crois qu’il n’y a pas à en douter, malgré certains avis contraires qui veulent y voir un jeune homme, et même le « chevalier au cygne ». Dans sa publication de 1973 il y reconnaît même « le portrait, au réalisme, à peine idéalisé, d’une jeune fille de l’Armorique antique ».
Des avis contraires ? Les principaux viennent de la coiffure de la statuette : « La présence de mèches sur le devant de la tête a pu faire penser qu’il s’agissait d’une coiffure masculine. Nous ne doutons pas que ce soit une coiffure de femme, mais nos recherches ne nous ont pas permis de trouver, dans toute la sculpture antique, un agencement identique ». Et si les avis contraires avaient raison. En l’absence d’autres modèles, le « doute scientifique » ne devrait-il pas s’imposer ? Ne serait-il pas plus rigoureux, au vu de sa coiffure, de retenir l’hypothèse d’une statuette représentant un jeune dieu ?
Celtique ou Hellénistique ?
Dans sa publication de 1971, René Sanquer a choisi : « Pour un fois, cependant l’identification ne pose pas de problèmes et nous pouvons dire immédiatement quelle est la divinité méditerranéenne dont on a pris l’habit [.] La divinité casquée, guerrière, portant l’égide, c’est évidemment l’Athéna grecque, la Minerve Romaine. Mais, en Armorique, dans la première moitié du premier siècle après J.C, il est fort peu probable que l’on ait déjà vénéré la Minerve romaine, quand on connaît, sur le plan archéologique, la faible pénétration des influences latines à l’époque. [.] L’assimilation, qui est évidente, a joué plutôt en faveur d’Athéna, car, au début de l’ère chrétienne, l’influence civilisatrice du monde hellénistique est certainement plus forte que l’influence romaine ».
Est-il nécessaire de rappeler la richesse, plusieurs millénaires avant notre ère, de l’âge du bronze dans la pointe de l’Armorique. Les superbes épées du site de Rosnoen, proche de Dinéault, en témoignent. Les routes du cuivre méditerranéen et de l’étain britannique se croisaient alors au niveau de la presqu’île de Crozon. Dans son voyage vers les sources de l’ambre de la baltique, en 325 avant J.C, le grec Pythéas de la colonie de Massalia (Marseille) a rencontré ces populations, que les grecs nommaient celtes. Jean-Jacques Hatt, Historien de l'antiquité gallo-romaine, note, à partir du IXème siècle avant J.C, l’introduction de motifs religieux grecs dans l’art celtique. Même si René Sanquer modère ses propos dans sa publication de 1973, le modèle grec reste une hypothèses crédible. Reste la question : quelle divinité celtique sous cette représentation.
Une Minerve celtique ?
Dans sa publication de 1971, René Sanquer a confié à Donatien Laurent le soin d’identifier la déesse ainsi représentée. Pour celui-ci également, il ne fait aucun doute, la divinité représentée est féminine. C’est dans le panthéon romain, plutôt que grec, qu’il cherche une référence. Il note ainsi que, aux quatre grands dieux celtes masculins, que César désigne par leur homologue romain, Mercure, Apollon, Mars et Jupiter, il n’ajoute qu’une seule divinité féminine : Minerve. Il lui faut donc choisir une équivalente celte à Minerve qui, selon César « enseigne les rudiments des arts et des métiers ». Il la trouve chez la déesse Brigit des irlandais dont le culte se serait prolongé en Bretagne sous la forme christianisée de Brigitte.
Reste une question, cette statuette est-elle réellement la représentation d’une divinité celtique ? Un indice, le casque porté et son cimier.
Une divinité au cygne ?
L’élément le plus remarquable de la statuette est son casque qui, pour René Sanquer, rappelait à l’évidence l’Athéna grecque. Et sur le cimier du casque ce cygne sauvage prenant son envol. Faut-il y voir un élément simplement décoratif ? Le cygne est un symbole important de plusieurs mythes religieux.
S’il ne faut en citer qu’un, le cygne est consacré à Apollon. Ce sont des cygnes sacrés qui le transportèrent, après sa naissance, jusqu’au pays des Hyperboréens et le ramenèrent ensuite à Delphes.
Les hyperboréens ?, « Ceux qui vivent « par-delà les souffles du froid de Borée » (le vent du nord), nous informe un texte grec. Et parmi ceux-ci, les celtes, populations rencontrées dans les voyages maritimes vers les pays du Nord. Faudrait-il, alors, chercher dans le panthéon celtique l’équivalent d’un Apollon ? Un Apollon du Menez-Hom ?
La statuette ne pourrait-elle pas aussi avoir tout simplement une origine étrangère au lieu où elle a été trouvée ? Que savoir de la personne qui l’a soigneusement déposée dans sa cachette. Le fait d’avoir attribué à la statuette la fonction d’une Brigitte « gallo-romaine » (telle qu’elle est désignée dans la publication de 1973) n’a-t-il pas asséché toute recherche ultérieure ?
Un témoin du talent des fondeurs de Bronze.
Quel que soit le nom qu’on lui associe, la statuette de Dinéault est d’abord un témoignage du talent des sculpteurs et des fondeurs de bronze qui l’ont réalisée. Se contenter de la nommer « statuette du Menez-Hom » laisserait la porte ouverte à toutes les interprétations et serait aussi une lumière portée sur ce lieu emblématique de l’histoire de l’Armorique d’où elle est issue.