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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 12:37

 

 

Une statuette de bronze est, depuis 1972, une pièce maîtresse du Musée de Bretagne à Rennes. La statuette y est présentée comme la « Brigitte du Ménez-Hom ». Pour comprendre cette dénomination il faut se reporter à l'étude de René Sanquer et Donatien Laurent publiée  en 1971, dans le bulletin de la société archéologique du Finistère,  sous le titre : « La déesse celtique du Menez-Hom ». (René Sanquer, Donatien Laurent, Pages 85 à 108). Avec en sous titre : Athéna, Minerve ou Brigitte ?. Puis à nouveau en 1973 de René Sanquer dans : « La grande statuette de Bronze de Kerguilly-en-Dinéault (Finistère) ».

 

"La somme de hasards heureux qui ont été réunis pour que cette statue antique nous parvienne et soit connue en 1971 est assez impressionnante. En effet, il y a presque 60 ans, au mois de mai 1913, M. Jean Labat, cultivateur à Kerguilly en Dineault (Finistère), entreprit, en compagnie de son oncle, M. Jean-Marie Bauguen et M. Louis Mével, ouvrier agricole, de défricher une lande, au lieu-dit « Gorré·ar·C'hoat )), le haut du bois, qui n'avait jamais été travaillée de mémoire d'homme [.] Une fois les arbustes coupés, on laboura pour la première fois le terrain, et, après le travail, M_ Labat trouva en surface un masque de bronze que la charrue avait légèrement éraflé sur le nez. Il l'emporta et le rangea soigneusement." (René Sanquer 1971)

 

Quinze ans plus tard, M. Labat entreprit de vérifier si le reste de la statue n’était pas restée en terre.

 

"La cachette avait une forme cylindrique - « on pouvait facilement glisser un seau » dit M. Labat -, les côtés en terre glaise soigneusement lissée, le fond en forme de petite cuvette et, a-t-il semblé à M. Labat, une galette d'argile formant une sorte de couvercle. La profondeur était d'environ 1 mètre. Le reste de la statue s'y trouvait. D'abord un corps féminin, debout, revêtu d'une robe plissée tombant jusqu'aux pieds, sans ceinture. Elle avait, dit M. Labat, des « épaulettes » et, sur la poitrine, "une sorte de collier de la Légion d'Honneur". Deux bras nus et des pieds chaussés de sandales complétaient l'ensemble. Au fond de la cavité, M. Labat recueillit un casque, un oiseau, un cimier, le tout en bronze. Mais le corps de la statue était en très mauvais état : faite d'une tôle de bronze extrêmement mince, "comme du papier à cigarettes", en deux coques, la partie avant, relativement mieux conservée, formait encore une seule pièce, mais la partie arrière, très corrodée, n'était plus qu'une dentelle informe. Par contre, tout le reste, en bronze fondu, était d'une qualité parfaite."

 

La déesse celtique du Ménez-Hom .

ATHENA, MINERVE ou BRIGITTE ?

 

Beaucoup d’interrogations dans ce titre de l'article de 1971 qui méritent d’être éclairées. D’abord, déesse ou dieu ? Ensuite, pourquoi celtique ? Et pour finir, pourquoi Brigitte ? 

 

Déesse ou Dieu ?

 

Pour René Sanquer (1971), aucun doute : « le visage est celui d’une jeune fille de 15 à 16 ans. Je crois qu’il n’y a pas à en douter, malgré certains avis contraires qui veulent y voir un jeune homme, et même le « chevalier au cygne ». Dans sa publication de 1973 il y reconnaît même « le portrait, au réalisme, à peine idéalisé, d’une jeune fille de l’Armorique antique ». 

 

Des avis contraires ? Les principaux viennent de la coiffure de la statuette : « La présence de mèches sur le devant de la tête a pu faire penser qu’il s’agissait d’une coiffure masculine. Nous ne doutons pas que ce soit une coiffure de femme, mais nos recherches ne nous ont pas permis de trouver, dans toute la sculpture antique, un agencement identique (1973) ». Et si les avis contraires avaient raison. En l’absence d’autres modèles, le « doute scientifique » ne devrait-il pas s’imposer ?  Ne serait-il pas plus rigoureux, au vu de sa coiffure, de retenir l’hypothèse d’une statuette représentant  un jeune dieu ? 

 

Une Athéna grecque ?

 

Dans sa publication de 1971, René Sanquer a choisi : "Pour une fois cependant l'identification ne pose pas de problèmes et nous pouvons dire immédiatement quelle est la divinité méditerranéenne dont on a pris l'habit. Mais cela ne résout pas l'énigme de la divinité celtique sous-jacente.

 

La divinité casquée, guerrière, portant l'égide, c'est évidemment l'Athéna grecque, la Minerve romaine. Mais en Armorique, dans la première moitié du 1er, siècle après J.-C., il est fort peu probable que l'on ait déjà vénéré la Minerve romaine, quand on connaît, sur le plan archéologique, la faible pénétration des influences latines à l'époque. Faut-il rappeler que ce n'est pas avant Claude que la romanisation commence à s'exercer. Certes, César dit bien que les Gaulois vénéraient Minerve. C'est même la seule divinité féminine qu'il cite. Elle aurait enseigné le travail et les métiers, mais c'est, bien entendu, une assimilation, comme pour Jupiter, Mars ou Mercure, dont on sait que les noms latins essayaient de cerner, assez mal, la personnalité de Taranis, Teutatès ou Lug. L'assimilation, qui est évidente, a joué plutôt en faveur d'Athéna, car, au début de l'ère chrétienne, l'influence civilisatrice du monde hellénistique est certainement plus forte que l'influence romaine, Rome n'étant elle-même à bien des égards à cette époque qu'une province de la koinè hellénistique.

 

Nous avons déjà noté, au cours de la description, quelques rapprochements avec cette époque. Mme Biosse-Duplan, spécialiste de l'art hellénistique au Louvre, a bien voulu me dire qu'à son avis cette statue avait eu un modèle hellénistique plutôt que romain et que cela se notait beaucoup plus de face que de profil, comme si l'artiste, ne disposant que d'un modèle frontal, avait dû imaginer le profil. Il existe au Louvre une Athéna-Naith égyptienne où le casque athénien est surmonté de l'uraeus pharaonique : on peut se demander s'il n'y a pas un rapprochement à faire entre cet uraeus et le cou de l'oiseau, dont les petites plumes évoquent les écailles d'une peau de serpent. L'artiste celte, habitué par sa mythologie à l'image du cygne, aurait interprété ainsi l'uraeus de son modèle. La même comparaison peut être faite pour le casque lui-même.

 

Un héritage grec ? Est-il nécessaire de rappeler la richesse, plusieurs millénaires avant notre ère, de l’âge du bronze dans la pointe de l’Armorique. Les superbes épées du site de Rosnoen, proche de Dinéault, en témoignent. Les routes du cuivre méditerranéen et de l’étain britannique se croisaient alors au niveau de la presqu’île de Crozon. Dans son voyage vers les sources de l’ambre de la baltique, en 325 avant J.C, le grec Pythéas de la colonie de Massalia (Marseille) a rencontré ces populations, que les grecs nommaient celtes. Jean-Jacques Hatt, Historien de l'antiquité gallo-romaine, note, à partir du IXème siècle avant J.C, l’introduction de motifs religieux grecs dans l’art celtique. Reste la question : une divinité celtique sous cette représentation ?

 

Une déesse celtique ?

 

Dans sa publication de 1971, René Sanquer a confié à Donatien Laurent le soin d’identifier la déesse ainsi représentée. Pour celui-ci également, il ne fait aucun doute, la divinité représentée est féminine. C’est dans le panthéon romain, plutôt que grec, qu’il cherche une référence. Il note, à son tour, que, aux quatre grands dieux celtes masculins, que César désigne par leur homologue romain, Mercure, Apollon, Mars et Jupiter, il n’ajoute qu’une seule divinité féminine : Minerve. Il lui faut donc choisir une équivalente celte à Minerve qui, selon César « enseigne les rudiments des arts et des métiers ». Il la trouve chez la déesse Brigit des irlandais dont le culte se serait prolongé en Bretagne sous la forme christianisée de Brigitte.

 

Reste une question, cette statuette est-elle réellement la représentation d’une divinité celtique ? Un indice, le casque porté et son cimier.

 

Une divinité au cygne ?

 

 

L’élément le plus remarquable de la statuette est son casque qui, pour René Sanquer, rappelait à l’évidence l’Athéna grecque.  Et sur le cimier du casque ce cygne sauvage prenant son envol.

"l'oiseau est à lui seul un chef-d'œuvre: représenté à l'envol, au moment précis où il décolle de l'eau, le cou tendu, les ailes redressées et serrées, mais pas encore déployées, c'est une petite merveille d'observation naturaliste. Les plumes sont finement ciselées : les unes courtes et arrondies, les autres, au bout des ailes, longues et fines, sont hachurées de chevrons"

Faut-il y voir un élément simplement décoratif ? Le cygne est un symbole important de plusieurs mythes religieux et en particulier dans l'univers celtique.

 

S’il ne faut en citer qu’un, le cygne est consacré à Apollon. Ce sont des cygnes sacrés qui le transportèrent, après sa naissance, jusqu’au pays des Hyperboréens et le ramenèrent ensuite à Delphes.
 

 

Les hyperboréens ?, « Ceux qui vivent « par-delà les souffles du froid de Borée » (le vent du nord), nous informe un texte grec. Et parmi ceux-ci, les celtes, populations rencontrées dans les voyages maritimes vers les pays du Nord. Faut-il aussi rappeler la représentation d'Apollon sur les monnaies celtiques dès le troisième siècle avant notre ère ?

figure d'Apollon sur une monnaie des Osismes.

 

Faudrait-il chercher dans le panthéon celtique l’équivalent d’un Apollon ? Un Apollon celtique du Ménez-Hom ? 

 

Un témoin du talent des fondeurs de Bronze.

 

Quel que soit le nom qu’on lui associe, la statuette de Dinéault est d’abord un témoignage du talent des sculpteurs et des fondeurs de bronze qui l’ont réalisée. La désigner comme statuette "du Ménez-Hom" est une lumière portée sur ce lieu emblématique de l’histoire de l’Armorique d’où elle est issue.

 

Une nouvelle figure de la légendaire celtique.

 

La légende initiée par Donation Laurent est belle, elle a pris racines. La Brigit du Ménez-Hom continuera à incarner de façon poétique la succession des civilisations qui ont laissé leurs traces dans cette extrémité du monde qu'est la presqu'île de Crozon.

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