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7 juin 2026 7 07 /06 /juin /2026 18:00

 

Les goémoniers bretons sont devenus un mythe qui se célèbre quand reviennent les touristes. Charles le Goffic (1863-1932), avec « Les faucheurs de la mer », nous fait connaître ce qu'était réellement la rude vie de ces hommes et de ces femmes.

 

 

De même le témoignage de Marie Riou (Tamie pour ses nièces et neveux, notée T), goémonière de Lilia, qui accompagnait son père, Stevan Riou, aux îles pour la coupe et le brûlage du goémon dans les années 1920-1930. Elle est ici interrogée par sa nièce Michèle (dite Michou, notée M), son neveu Gérard (noté G), sa sœur Jeanne (notée Je) et son beau-frère Julien (noté Ju).

 

Goémonières au repos devant le phare de l'Île Vierge ('Mathurin Méheut)

 

M : 17 janvier 1988, Tamie, je voudrais que tu nous racontes comment tu allais avec pépé aux îles à la pêche aux goémons, qui il y avait, comment vous voyagiez, où vous alliez.

 

T : Comment on voyageait ? En bateau.

 

M : Alors sur le bateau, combien il y avait de personnes, qui il y avait ?

 

T : Il y avait mon père, le mousse et puis moi.

 

M ; Et le bateau il faisait quelle longueur à peu près ?

 

T : Cinq mètres ?

 

G : Plus que ça peut-être, vous partiez avec la charrette.

 

Je : La civière, le grand râteau.

 

M : Mais tu avais le cheval ?

 

T ; Le cheval on le mettait au milieu Michou.

 

M : Et la charrette au bout ?

 

T : La charrette sur l’autre bord. Il y en avait un à bâbord et l’autre à tribord. Et nous autres on était à l’arrière pour guider le bateau. Tous les trois nous étions à l’arrière.

 

M : Au gouvernail ?

 

T : Papa au gouvernail et nous on assistait et quand il fallait hisser la voile ou baisser la voile, c’était moi ou c’est le mousse qui le faisaient. Il y avait le foc aussi qu’il fallait mettre quand il y avait du vent, alors c’était formidable. On n’avait pas à aller à la rame. C’était loin, on mettait parfois une journée.

 

G : Quand il n’y avait pas de vent il fallait aller à la rame ?

 

T : Tout à la rame oui.

 

M : Avec le cheval et tout ?

 

T : Oui et les vivres pour au moins quinze jours.

 

bateau goémonier de Lilia vers 1920.

 

M : Vous partiez pour quinze jours ?

 

T : On partait pour des mois mais tous les quinze jours on faisait le ravitaillement. Il y avait le courrier. Chacun avait son tour. Au début de l’année, avril, mars même. Avant la marée de mars on commençait jusqu’en septembre, à l’équinoxe quoi. Et tous les quinze jours il y avait une famille qui allait chercher la nourriture pour tout le monde, à la maison. Il y avait des sacs où on mettait le pain, un pot, le pot rouge pour le beurre. Un peu de lard bien sûr. Mais on faisait quand même la grande réserve de lard au départ. Et c’était notre seule nourriture. On n’avait jamais une goutte de lait. Café noir le matin, chicorée bien sur. Et puis pommes de terre au lard à midi et une soupe poireaux-pommes de terres, quand il y avait des poireaux, le soir.

 

M: donc tu partais six mois comme ça ?

 

T : On revenait pour Pâques, et pour la moisson aussi.

 

G : A quelle époque vous partiez ?

 

T : En mars.

 

M : Donc en mars et les pâques c’est avril.

 

T : Oui avril.

 

M : Vous reveniez pour Pâques et vous repartiez après ?

 

T : Pour le week-end oui.

 

M : Rien que le week-end de Pâques ?

 

T : Ah oui, on pouvait pas, il y avait la marée qui marchait tout le temps. Là bas on travaillait tout le temps, tout le temps. Avec la grande marée comme avec la marée mortes eaux.

 

G : Toit le monde revenait à Pâques ?

 

T : Oui, il fallait.

 

G : Alors toute la flottille revenait, tout le monde repartait ?

 

M : Et vous reveniez après pour la moisson ?

 

T : Pour la moisson. En juillet à peu près. En ce temps là il faisait plus beau que maintenant. Si on pouvait faire en huit jour. Papa avait pas le temps de manger et hop aller au champ et on repartait après.

 

G : Et qui avait travaillé la terre pendant ce temps là ?

 

T : Papa faisait le plus lourd avant de partir et puis moi. Puisque après il y avait tout le brûlage de goémon.

 

Je : Mais mon père n’y allait pas tous les ans.

 

T : C’est après quand maman a dit, y en a marre d’être séparés comme ça. On pouvait vivre. Jean avait fini ses études en étant militaire. Moi qui restait à la ferme. Et puis Michel à l’école à Lilia, ça coûtait pas cher je veux dire. Alors maintenant ça suffit et on sera ensemble.

 

M : Donc Tamie tu est partie et tu allais sur quelle île alors ?

 

T : Là c’était Balanec, à côté de Ouessant.

 

M : Alors il y avait quoi sur cette île ?

 

T : Il y avait une ferme. Je pensais que c’était madame Masson. Jeanne Masson qui était de Molène.

 

Je : Son père était maire de Molène.

 

T : Elle était là avec le "clochard" comme nous on disait. Elle avait quelques vaches.

 

M : Elle vivait pour elle quoi.

 

T : Ah oui.

 

M : Alors vous étiez là bas et comment vous viviez. Comment vous organisiez votre pêche.

 

T : Quand il y avait grande marée on faisait deux pêches par jour. Une le matin et le soir une autre. C'était formidable parce que c’était quand même le gagne pain. On coupait le goémon, on le ramassait, on faisait des grands tas quand c’était sec bien sûr. On brûlait tout ce goémon pour faire la soude. C’était bien quand on en avait beaucoup bien sûr et comme on était toujours mal payés. On gagnait pas grand-chose car il fallait nous envoyer toute la nourriture qu’on faisait là bas et on rentrait pas toujours dans son argent.

 

M : Comment vous faisiez alors Tamie. Vous aviez des faucilles ?

 

T : Des grandes faucilles.

 

M : Vous alliez dans l’eau jusque…

 

T : On restait dans le bateau. La mer s’était bien retirée, on allait le plus loin mais on avait encore six sept mètres de profondeur. Alors on voyait là, ta faucille était arrivée en bas et on était contents d’avoir eu les racines et de faire des paquets, des paquets. Et après toc toc toc tu remontais et hop dans le bateau. Il y avait un devant et l’autre sur le côté. On pouvait pêcher comme ça.

 

M : Côte à côte ?

 

T : Non, un de chaque côté.

 

G : Il n’y avait pas une fourche ou quelque chose comme ça pour attraper le goémon ?

 

T : C’était avec la guillotine. ("ar c'hilhotin" en breton, une faucille au bout d’un manche de 5 mètres)

 

La "guillotine "

 

M : Quel genre de goémons vous preniez.

 

T : Du Tali. On prenait que ça.

 

M : Cela se présentait comment alors ?

 

T: Des feuilles. Des longues feuilles.

 

M : Comme un pinceau ?

 

T : Non Michou, il y avait une queue qu’il fallait couper. Le Tali c’était le meilleur pour faire la soude. C’était plus riche tu comprends. La feuille c’était comme une toile cirée. Tu aurais pas pu le couper comme ça.

 

laminaires (Mathurin Méheut)

 

M : Donc vous attendiez que la bateau soit plein ?

 

T : On mettait un coup pour avoir le plus possible. Tant que la marée est base.

 

M : Et vous reveniez quand l’eau montait ?

 

T : Oui.

 

M : Et votre cheval il vous servait à quoi ?

 

T : A décharger le bateau. Quand le bateau était rentré au port il fallait descendre à terre, prendre le cheval et décharger le bateau.

 

M : Alors après vous le séchiez, vous l’étaliez sur les dunes ?

 

Je : Il y avait une chose qu’il fallait voir aussi. Le cheval, la charrette arrivant près du bateau. Quelque fois le cheval avait le ventre dans l’eau.

 

T : Toujours, toujours. Les chevaux étaient formidables. Intelligents...

 

 

G : D’où venaient les chevaux, où vous alliez les acheter ?

 

T : Chez nous, ils étaient élevés à la ferme.

 

G : Il y avait des juments qui…

 

T : Oui, nous c’était pas la grande ferme.

 

G : Mais il y avait des fermes à Lilia où il y avait des juments qui…

 

Je : Non il fallait aller à Plouguerneau. Il y avait des marchés à Landivisiau surtout.

 

G : Il fallait des chevaux spéciaux quand même c’étaient pas les gros chevaux de labour…

 

Ju : Non, beaucoup plus nerveux.

 

T : des chevaux ordinaires quoi.

 

Je : Mais chez nous Marie, il n’y a pas eu longtemps de cheval. Papa fournissait le bateau et le mousse fournissait le cheval.

 

T : Oui et chacun avait sa part à la fin de la marée.

 

Je : Les parts étaient divisées en deux et donc le mousse, on l’appelait le mousse parce que le patron c’était le propriétaire du bateau, et le mousse fournissait le cheval et la charrette.

 

Ju : Je vous ai entendu quand même parler de Guel.

 

T : Il restait toujours à la maison celui là. Il n’allait pas à la mer.

 

G : Mais le mousse était un agriculteur alors ?

 

Je : Non c’était un pêcheur. Tout Lilia était pêcheur.

 

G : Mais pourquoi celui là avait une charrette et un cheval. Parce qu’il n‘avait pas les moyens d’avoir un bateau ? Cela coûtait plus cher un bateau qu’un cheval et une charrette ?

 

T : Il était trop jeune pour avoir un bateau.

 

T : Michel Laurent, celui là a été un mousse formidable pour papa. Et Michel Hervé, il y avait deux ans entre eux. Il les a pris une année et papa a dit, il faut que ces gosses là ils aient un bateau neuf, que l’année prochaine soient patrons. L’année suivante il les a laissés se débrouiller seul tout en les surveillant. Et eux ils avaient la charrette le cheval et le bateau. Ses mousses étaient bien arrivés et Michel m’a dit, on n’a jamais oublié ce que papa leur a fait parce que quand ils allaient au mail il fallait engraisser toute la terre avant de partir. Alors on allait à Moguéran.

 

Je : Cela était au mois de mai Marie ?

 

T : Non c’était l’hiver, c’était tout l’hiver qu’on engraissait la terre. Il fallait chaumer la terre avant de partir. Le goémon épave. Pour pas que Michel et son frère tombent dans l’eau, que leurs pieds soient mouillés, papa enlevait ses sabots, retroussait son pantalon et les mettait sur le dos chacun son tour pour les envoyer tous les deux au frais. Pour que leurs sabots soient secs. Parce que dans leurs sabots il n’y avait que de la paille. Michel a dit, on n’oubliera jamais ce que ton père a fait pour nous.

 

G : Parce que il n’y avait pas de bottes en ce temps là ?

 

T : On avait toujours de la paille dans le « Tickette », on disait. la pointe du bateau, et on avait toujours de la paille là pour en changer parce que souvent on tombait dans l’eau.

 

M : Toi aussi tu avais que de la paille ?

 

T : Avec des bas en laine.

 

M : Ah tu avais des bas en laine.

 

G : Et des fois sur les sabots il n’y avait pas des espèces de guêtres ?

 

T : Non

 

Ju : Il y avait une façon de tortiller un bout de paille.

 

T : Du foin

 

M : Et après vous étaliez le goémon sur la plage ?

 

T : Sur les dunes, chacun sa place. Sur les mézous, chacun sa place. Quand c’était bon on mettait la récolte deux fois par jour. On étalais alors le premier pour qu’il soit bien sec et on faisait un tas énorme. Sur la base on mettait plein de cailloux et là on mettait la récolte. Et tous les jours on ajoutait là dessus. Dimanche comme jour de semaine. Tout le temps, tout le temps.

 

G : Alors le dimanche il y avait pas de messe ?

 

T : Quand la mer était basse on allait à la messe à Molène. C’était la rigolade pour nous. Et quand il n’y avait pas, il y avait Michel Laurent, notre copain là, il nous faisait passer en bateau. Quand la mer était basse on allait à pieds et on revenait à pieds. On chantait. Et le dimanche soir alors, on dansait et on chantait. Et on n’étais pas beaucoup de femmes et beaucoup d’hommes alors.

 

G : Quel genre de danses, des danses bretonnes ?

 

T : Le jabadao et on chantait « ma tontone », je me rappelle plus les paroles.

 

G : Vous dansiez et il y avait des personnes qui jouaient de la musique ?

 

T : Ah non

 

M : Autour du feu vous dansiez ?

 

T : Non Michou il n’y avait pas de bois Michou pour faire du feu, il fallait faire notre café déjà tu vois.

 

Ju : Et la maison comment c’était fait ?

 

T : On allait à la grève, on mettait une rangée de galets puis une rangée d’herbe avec plus de sable en plus. Une rangée de pierres, une rangée d’herbe et puis c’étaient les murs. Et le toit c’était quelques planches et encore herbe et sable et quand il y avait vraiment trop de vent on recevait le sable dans les hamacs.

 

M : Vous dormiez dans des hamacs ?

 

T : La cuisine c’était une cheminée dans un coin, on faisait du feu de bois bien sûr et il y avait un coffre. Le coffre de papa pour garder notre linge. Et une table, elle avait deux pieds et le reste dans le mur.

 

M : On faisait un trou pour passer la table ?

 

T : Oui et un coffre de chaque côté et on pouvait manger comme ça.

 

M : Et vous ameniez la table de Lilia ? Dans le bateau en partant ?

 

T : On laissait d’une année à l’autre et quand on changeait d’île parce que le mousse avait parfois une place payée à l’année. Papa il n’a jamais eu de place comme ça, définitive. Le mousse avait le cheval et la charrette, mon père n’avait que son bateau et on a fait beaucoup d’îles. Chacun amenait son coffre.

 

maison de goémonier à Molène.

 

Ju : A quelles îles vous êtes allés en fin de compte ?

 

T : Papa a commencé à Béniguet Jean n’est pas allé. Jean quand il a eu son certificat d’études il est allé brûler le goémon. Il hésitait un peu. Soit rester à la maison avec son père, papa comme ça n’aurait pas eu besoin de mousse. Papa qui se dévouait pour ses enfants disait toujours que je voudrais pas que mes enfants fassent un métier de crève-la-faim comme on fait nous autres. Quand jean a eu son certificat d’étude il a dit tu verras. Tu choisiras soit poursuivre à l’école soit choisir la pêche. Et il a choisi et il a bien fait de choisir de partir. Papa il s’est crevé plus car il aurait pu se décharger sur Jean.

 

Je : Heureusement c’est monsieur Le Goff qui un beau soir est venu chez nous et il a dit à mon père, allons monsieur Riou qu’est ce que vous allez faire de vos enfants ? Et bien comme moi ! Ah non ça c’est pas des enfants à faire goémoniers et c’est comme ça que nous sommes partis.

 

G : Et vous nous avez raconter aussi quand vous étiez toutes petites il y avait des enfants qui allaient à la plage pour faire les parts.

 

Je : Et ça c’était le goémon noir et ça se fait une fois par an au mois de mai. On nous réveillait à cinq heures du matin.

 

T : Ça c’était le goémon d’épave qu’on partageait sur la plage.

 

Je : Oui mais c’était quand même à la marée descendante car il fallait attendre que le phare de l’Île Vierge s’éteigne.

 

T : Ça c’était le goémon d’épave Jeanne

 

Je : On y allait avant d’aller à l’école, car on nous comptait. Il y aurait eu des bébés on les aurait comptés comme part.

 

T : Oui mais on coupait pas. Ça c’était encore nous avec des petites faucilles, les pêcheurs.

 

M : Gérard demandait pourquoi on amenait les jeunes sur la plage pour les compter. Il fallait que toute la famille soit là ?

 

T : Il fallait que le phare de l’Île Vierge s’éteigne pour qu’on nous dise combien on avait de parts et on allait à l’école après. On avait cinq parts.

 

G : Donc avant que le phare de l’Île Vierge s’éteigne vous étiez sur la plage. Et tout le monde faisait ça, tous les enfants pratiquement.

 

T et Je : ah oui, c’était comme ça.

 

M : Et tous les matins il fallait…

 

T : Oh non ça ne durait pas longtemps, un mois peut-être

 

Je : On n’avait pas le droit autrement.

 

G : et le pioka vous le ramassiez aussi ?

 

Je : moi je suis allée au pioka. Mais je sis allée au pioka du côté du Castelac’h. Entre le Castelac’h et l’Île Vierge. Je me rappelle à mi-marée à peu près on était jusqu’au ventre dans l’eau, moi j’avais peut-être 10 ans et on me donnais un sac de serpillière, mon frère avait douze ans

 

T : Un boutok aussi, on mettait dans un boutok aussi.

 

Je : Et on commençait dans l’eau avant que la mer soit retirée. Et quand elle était basse on prenait notre sac et on prenait le boutok à ce moment là. On arrachait le pioka des rochers à la main et on mettait ça dans le boutok, quand le boutok était plein… en général on était à deux mon frère et moi car on était jeunes… et on remplissait le sac. Et on était fiers quand on en avait beaucoup. Et à ce moment-là il fallait faire sécher et blanchir ce goémon là. Maintenant on le vend tout mouillé, les gens vont directement de la grève chez celui qui récolte le pioka. C’est à dire qui rassemble les sacs et qui paye. Tandis qu’à ce moment là il fallait étaler le pioka sur les dunes. On attendait un jour deux jours et on le remettait dans les sacs de serpillière, on allait le replonger dans l’eau, dans le sac quoi. On le remontait sur les dunes, on l’étalait à nouveau et on faisait ça à peu près trois fois pour qu’il soit blanc. Il devenait blanc comme la neige. On attendait qu’il soit sec et on le remettait dans des sacs et on allait chez, comment elle s’appelait celle là ? Qui avait un grand hangar, elle avait une grande bascule et on était payés suivant le poids. Il y en a qui font ça encore, les petits étudiants de Mesquéo ils font ça pendant les vacances, c’est comme ramasser des pommes de terre ou des fraises.

 

Ju : Mais ce pioka il servait à faire des gâteaux et des flans. Madeleine faisait ça à toutes les vacances.

 

G : Alors comment elle faisait ça Madeleine ?

 

Je : Elle faisait bouillir dans le lait et ça devenait gélatineux comme un flan.

 

T : Elle envoyait un sac pour sa mère à la Rochelle et un sac pour chez elle à Paris.

 

G : On pourrait faire ça maintenant.

 

T : Je vais le blanchir et je vous le donnerai.

 

G : Vos parents faisaient du flan aussi quelques fois, ou c’était plutôt les gens de la ville ?

 

T et Je : C’est plutôt les gens de la ville.

 

Je : Moi j’avais une tante qui le faisait, tante Perrine, parce qu’elle avait servi en ville.

 

Ge : Et alors ce goémon vous le brûliez sur l’île ?

 

T : On faisait des fours, ça ça restait toujours sur place, j’ai dans l’idée que ça y est toujours. Ça y a six cases.

 

G: Et combien de temps ça durait à brûler ?

 

T : On brûlait toute la journée pour que les pains soient épais.

 

Je : Et construire le four c’était quelque chose, d’abord on creusait un fossé. C’était pas rectangulaire, c’était plutôt un trapèze. On mettait des gravillons dessous, des plus gros cailloux après, des dalles, sur les côtés aussi et comme tu dis marie on faisait six cases, c’est vrai.

 

 

M : Et pourquoi on faisait six cases ?

 

T : Pour les sortir Michou, c’est lourd à soulever. Il fallait quatre homme pour soulever chaque pain.

 

M : Ça faisait des pains quand ça brûlait ?

 

T : Oui ça devenait dur, gris compact. Ça bout, ça bout, il fallait le tourner.

 

Ju : Avec le pifoun.

 

M : Quand il bouillait il fallait le tourner ?

 

T : Comme si tu faisais la bouillie un peu là.

 

G : La soude devenait liquide quoi.

 

M : Le goémon devenait liquide, vous ne mettiez rien avec ?

 

T : Ah rien du tout.

 

G : Avec quel outil vous faisiez cela ?

 

T : avec le pifoun. Une barre à mine avec un dégradé un peu, un peut comme une pelle au bout. Il y en a encore un à Lilia, vous pourriez le voir.

 

Ju : Ça devient comme un grand pain de ciment.

 

Je : J’ai vu mon père, dès le matin de bonne heure, il mettait plein de goémon dans son four, il l’allumait.

 

M : Avec une allumette ?

 

Ju : Il mettait quelque chose dessous quand même…

 

T : Du foin tressé dans chaque trou Jeanne.

 

Je : Et puis il fallait alimenter le four pendant toute la journée. On venait lui apporter à manger dans le grand pot rouge qu’il y a toujours à Lilia. On lui amenait de la soupe, du lard, son pain, du gros beurre, un peu de vin. Et en général ils étaient à deux.

 

T : Il fallait être à deux pour brûler le goémon parce que pendant que l’un mangeait l’autre travaillait.

 

Je : Mais il fallait aussi aller chercher les civières de goémon pour alimenter le four parce le goémon n’était pas à côté du four.

 

transport du goémon à la civière.

 

T : Parce qu’on mettait ce gros tas de goémon dans un coin où ça ne gênait pas les charrettes et ça ne diminuait pas la place pour sécher. On n’avait jamais trop de place.

 

Ju : En fin de compte, il n’y avait pas tellement de flammes, c’était toujours rougeoyant mais il n’y avait pas de flamme.

 

T : Il fallait pas qu’il y ait de la flamme.

 

Ju : A l’usine on leur a dit ne brûlez pas à trop grande chaleur parce que ça élimine l’iode.

 

T : Papa il ne faisait pas tu vois, c’est pour cette raison. C’est des gens qui ont appris leur métier seuls, sans être instruits.

 

Ju : Ce sont les ingénieurs de l’usine qui leur disait ça justement. Plus votre cuisson sera douce et plus votre soude conservera d’iode et mieux vous serez payé.

 

Je : Ils prenaient un échantillon. Je suis allée avec mon père parlementer …Ce qui est important c’est qu’ils commençaient à brûler leur goémon tous en même temps si bien que vous voyiez le Castelac’h, Lilia, il y avait des fours un peu partout et il y avait de la fumée qui sortait des fours partout. Moi je trouvais ça joli, je trouvais que ça vivait. Et on nous disait que la fumée était bénéfique et on nous disait de passer et repasser dans la fumée…

 

G : Vous tombiez jamais dans le four au moins.

 

Je : Les paysans étaient en colère quand on brûlait le goémon parce qu’ils disaient eux que la fumée était nocive pour leur plantes. A la fin de la journée le brûlage était terminé. C’est là qu’on travaillait le plus la matière en ébullition avec le pifoun et c’est à ce moment là qu’on allait chercher des brénics, on mettait sur la soude nos brénics la pointe en bas. On taillait un morceau de bois en pointe car on ne pouvait pas approcher. C’était bon, c’était bon.

 

Ju : avec du pain beurre sans doute.

 

Je : Oui bien sûr. Et bien pour revenir à la soude, petit à petit elle devenait grise, parce qu’elle était rouge au début quand elle était chaude, et mon père faisait à peu près six pains à la fois. Le lendemain on revenait quand c’était dur.

 

Ju : Comme du mâchefer à peu près d’épaisseur six centimètres…

 

T : Ça dépendait…

 

Je : Alors il mettait cela dans sa charrette et on allait à l’usine ; Soit à l’usine de l’Abervrac’h soit à l’usine de Plouescat. Parfois c’était le Conquet.

 

usine de goémon de l'Aberwrach.

 

M : Mais c’était loin, combien de temps il mettait pour aller là bas ?

 

Je : Il partait à cinq heurs de matin et il revenait tard le soir. A cheval, oui à cheval. Et je me rappelle qu’il m’avait dit un jour ils sont en train de nous voler. C’était au moment où la soude du Chili qui venait. C’était la concurrence qui commençait.

 

G : Ils avaient trouvé de l’iode dans les nitrates du Chili.

 

Je : Ils vont me raconter des histoires alors toi qui parle bien le français vient avec moi discuter. J’ai pris ma bicyclette, mon père était parti depuis le matin. J’ai pris ma bicyclette vers les huit heures et demi. Je suis allée à Plouescat. J’ai parlé comme je pouvais mais le directeur avait l’air de se fiche de moi. Qu’est-ce que c’est que cette fille qui n’y connaissait rien. Mais j’avais été voir le syndic de Saint Michel avent de partir, j’avais été me documenter auprès de lui mais le directeur ne m’avait pas pris au sérieux.

 

Ju : Je crois me souvenir de certains prix, 200, 300,400 francs la tonne suivant la qualité.

 

T : Parfois il y avait des voleurs, ils mettaient des pierres dans leur pain de soude mais ma foi c’était bien fait pour ces voleurs !

 

 

Pour aller plus loin.

 

Histoire de la chimie des algues en Bretagne.

De la soude à l'iode jusqu'aux alginates.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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