Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
18 septembre 2025 4 18 /09 /septembre /2025 16:35

La France se prépare à soutenir la guerre d'indépendance américaine, Brest et sa région sont en pleine effervescence. Sébastien Le Braz, jeune chirurgien de marine, tient sont journal. Deux siècles plus tard, des fragments en sont retrouvés dans le grenier d'un manoir en cours de démolition dans sa ville natale de Landerneau.

 

Fragment du journal Journal de Sébastien le Braz, chirurgien de marine, à Brest, au temps de la guerre d'indépendance américaine.

 

Premier mai 1780.

 

Demain j'embarque pour ma première campagne. Depuis le début du mois d’avril nous avons senti que la guerre contre l’Angleterre prenait une autre dimension. Sur les routes menant à Brest, des troupes venues de diverses régions convergeaient. Le spectacle du passage des bataillons d’artillerie avait particulièrement attiré la foule. Chacun comprenait que l’affaire allait être sérieuse. A Brest les campements des différents régiments, sur les glacis extérieurs aux fortifications, constituaient la principale attraction du moment.

 

Les anciens modéraient l’enthousiasme général en rappelant ce mois de novembre 1756 qui avait vu le départ d’une flotte aussi nombreuse dans cette « guerre de sept ans » qui avait eu pour résultat un royaume de France dépouillé de sa province du Québec, si chère au cœur des bretons depuis l’époque du malouin Jacques Cartier. Et surtout revenait le souvenir de ce mois de novembre 1757 où le retour de la flotte avait amené une épidémie de typhus qui avait fait des milliers de morts dans la ville. Je notais ces propos qui méritaient d’être entendus par le chirurgien de marine qui risquait d’être bientôt affecté à l’un des navires présents dans la rade.

 

Le 10 du mois d’avril, j’ai reçu l’ordre de me rendre à bord du Jason, un vaisseau de 64 canons de construction récente. J’ai appris avec bonheur qu’il était  commandé par le capitaine Chadeau de La Clocheterie dont j’avais pu apprécier les qualités dans l’affaire de la « Belle Poule ». Je connais déjà le chirurgien que je serai amené à seconder. Il a suivi son capitaine lors de ses diverses promotions. Je l’avais rencontré à son bord lors de ce fameux combat devant Plouescat. Il m’a fait visiter le navire. Même si la destination finale reste encore officiellement ignorée, la quantité de nourriture embarquée laisse supposer une longue traversée. La rumeur se répand d’ailleurs que l’objectif est le continent américain et que le corps expéditionnaire, prêt à embarquer sous les ordres du comte de Rochambeau, serait fort de près de 6 000 hommes . 

 

J’ai assisté à la montée à bord du régiment de Saintonge au remarquable drapeau multicolore. La santé de ces soldats sera un nouveau défi. Combien d’entre eux seront malades et inaptes aux combats lors de notre arrivée ? Je crains surtout le scorbut qui affecte les équipages après les longues traversées. Mon oncle Guillaume m’a rapporté que le  médecin de la marine anglaise James Lind, dont il a traduit l’Essai sur les moyens les plus propres à conserver la santé des gens de mer, a proposé la consommation d’oranges et de citron pour combattre la maladie. Inutile d’espérer trouver le remède sous nos latitudes. Par contre certains marins rencontrés sur les quais de Landerneau m’ont dit avoir embarqué de fortes quantités de notre cidre local à l’occasion de longues traversées et avoir pu ainsi échapper à une forte atteinte de la maladie. J’ai obtenu qu’on en fasse monter plusieurs barriques à bord. J’y ai fait ajouter quelques tonneaux de choux macérés dans le sel. Nous verrons bien.

 

Que penser de cette aventure ? Au bout du chemin j'espère avoir l'occasion de rencontrer ces « insurgents » et d'échanger avec eux au sujet de la première phrase de leur déclaration d’indépendance : tous les hommes sont nés égaux.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog d'histoire des sciences
  • : Comme l'art ou la littérature,les sciences sont un élément à part entière de la culture humaine. Leur histoire nous éclaire sur le monde contemporain à un moment où les techniques qui en sont issues semblent échapper à la maîtrise humaine. La connaissance de son histoire est aussi la meilleure des façons d'inviter une nouvelle génération à s'engager dans l'aventure de la recherche scientifique.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens