2026. Canicules, incendies, cyclones, inondations.
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2004. Le gouvernement se prépare à relancer le nucléaire à travers le programme EPR. Dans le "débat parlementaire" mis en scène à cette occasion, il faut noter l’irruption dans l’hémicycle de "l’effet de serre". En effet, veut on nous en persuader, le nucléaire ne serait-il pas la meilleure réponse au réchauffement de la Planète ?
2026, Le texte de "Plogoff, un combat pour demain", en réponse à ce débat, entre en totale résonnance avec ce nouvel été de tous les dangers.
Extrait de Plogoff un combat pour demain"
Les mêmes qui, il y a encore peu de temps, niaient l’effet de serre et qui, encore aujourd’hui, refusent toute réduction de la circulation automobile, principale responsable de l’émission de gaz carbonique, se découvrent subitement convertis dès lors qu’il s’agit de faire la promotion du nucléaire.
Alors, parlons de l’effet de serre.
Après quelques tempêtes et inondations récentes, l’été 2003 et les inondations de l’hiver qui a suivi semblent vouloir nous prouver que nous sommes entrés de pleins pieds dans l’ère du changement climatique. Les coupables on les connaît : les gaz à "effet de serre" accumulés, depuis un siècle, dans l’atmosphère par l’activité humaine. Premier d’entre eux : le dioxyde de carbone (CO2) résultant de la combustion du charbon puis du pétrole.
Aujourd’hui tous les spécialistes en conviennent : la température va considérablement augmenter pendant le siècle à venir. Le dernier rapport du GIEC (Groupe international d’étude du climat) qui fait autorité en la matière, prévoit une augmentation comprise entre 1,4 et 5,8 degrés. Déjà les dix dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Les climatologues prévoient, pour l’avenir, des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents : canicules, sècheresses, tornades, pluies diluviennes, inondations. Simples pronostics, nous dit-on. Hélas, le climat de ces toutes dernières années semble prendre un malin plaisir à les vérifier.
Les biologistes se mettent à leur tour à vouloir lire l’avenir. Déjà ils voient monter vers le Nord des plantes, des algues, des insectes, du Sud. On imagine des oliviers à Lyon, des palmiers sur les Champs-Elysées et des vignes dans le Sud de l’Angleterre.
Rêves de perpétuels étés qui doivent être tempérés par la montée de nouvelles maladies touchant aussi bien les hommes que les animaux et les plantes. Bref, un bouleversement que devront gérer les enfants qui naissent aujourd’hui et un impératif : agir. Car, nous prévient Michel Petit, président de la société météorologique de France : "même en agissant dès maintenant pour limiter l’émission de gaz à effet de serre, la température ne se stabilisera pas avant un siècle".
Agir, et vite !
Le 12 juin 1992, au Sommet de la Terre de Rio, 154 chefs d’état signent la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique. Elle a pour objectif de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre. Hélas cette bonne intention affichée se heurte immédiatement au désir de croissance illimitée des pays industrialisés. Au premier rang, les USA dont le président Georges Bush souffle le froid en annonçant d’emblée que "le mode de vie américain n’est pas négociable". Il faut attendre 1997 pour qu’un protocole fixant les conditions de mise en œuvre de la convention soit signé par 120 pays à Kyoto. Les pays industrialisés s’engagent, pour 2012, à réduire leur émission de gaz à effet de serre à un niveau inférieur de 5% à celui de l’année 1990. Chiffre modeste qui, pourtant risque fort de ne pas être atteint, d’autant plus que le protocole n’est toujours pas entré en vigueur. Il est prévu, en effet, qu’il ne fasse force de loi qu’à partir du moment où 55 pays représentant 55% des émissions mondiales de gaz carbonique l’auront ratifié. Or les USA responsables de 36% des émissions s’y refusent et la Russie (17%) se fait tirer l’oreille.
L’Europe a signé le protocole et s’est engagée à réduire l’émission de ses gaz à effet de serre à un niveau inférieur de 8% à celui de 1990. Hélas les faits ne répondent pas aux intentions et les USA, champions parmi les pollueurs, ont beau jeu de faire remarquer, avec cynisme, qu’il est plus facile de signer que d’appliquer. Un rapport de l’Agence Européenne de l’environnement (AEE) daté du 2 décembre 2003 indique, en effet, qu’à cette date la réduction n’est encore inférieure que de 2,3% à celle de 1990. Parmi les mauvais élèves : la France qui, si la tendance se poursuit, aura augmenté sa production de gaz à effet de serre de 9,5% entre 1990 et 2010. La France où la canicule de l’été 2003 a tué 15000 personnes et où les pluies de l’hiver qui a suivi ont provoqué des inondations dévastatrices.
Sècheresses, inondations, tornades, incendies… les catastrophes se succèdent à un rythme accéléré. Nous les constatons, nous en connaissons les causes mais, pétrifiés, nous agissons comme si nous refusions d’y croire.
Nous continuons à tracer des rocades autour des villes engorgées pour répondre à des prévisions de doublement de la circulation dans les dix ans à venir. Nous "modernisons" les voies express pour y autoriser la circulation à 130km/h, alors que la sagesse demanderait une réduction généralisée des vitesses qui économiserait l’énergie et réduirait tout autant le nombre de morts et de blessés sur les routes. Au nom d’une prétendue rentabilité commerciale, nous abandonnons des transports en commun alors que la "rentabilité" sociale et environnementale exigerait leur généralisation. Nous persistons à multiplier les objets "jetables" et les emballages inutiles. Parce que nous avons pollué notre eau, nous nous encombrons de bouteilles plastiques dont la fabrication, le transport et l’élimination engloutissent des tonnes de pétrole.
Qu’attendons nous ?
Que les incendies aient définitivement dévasté les forêts méridionales ? Que les villes riveraines des fleuves et des estuaires soient sous la menace permanente des inondations ? Que les côtes les plus basses, les îles à fleur d’eau, soient ravagées par les tempêtes d’hiver ? Voulons nous que nos petits-enfants maudissent ce "confort" que nous leur auront volé et dont il ne leur restera en héritage que des déchets et un monde bouleversé ?
Une chose est certaine : pendant ces cinquante dernières années, qui ne sont qu’une seconde au regard de l’histoire de l’humanité, nous avons laissé se développer dans les pays industrialisés un mode de vie sans avenir. S’il devait gagner la planète entière – et pourquoi ne le ferait-il pas si les pays industrialisés n’y renoncent pas – notre monde renouerait avec les crises des époques que nous avions qualifiées de barbares.
Mais nous pouvons sortir de cette boulimie de matière et d’énergie et conserver le même confort de vie. Nous pouvons, simplement, retrouver les gestes qui, il n’y a pas si longtemps, allaient de soi : préserver, économiser, entretenir, réparer, recycler. Pourquoi le gaspillage serait-il le signe de la "modernité" ?
Il ne s’agit pas de stagner, encore moins de régresser. Il reste tant de domaines à faire progresser : l’instruction, la culture, l’art, la créativité intellectuelle et manuelle, l’hygiène, la santé, la solidarité… Tout ce qui développe le bien-être collectif en respectant chacun et son environnement.
Oui, un autre monde est possible…