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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:03

 

 

LA COP21, comme le Grenelle de Nicolas Sarkozy, est un repère dans la liste des grandes mises en scène environnementales. Une "COP" c'est une "Conférence des Parties" à la Convention de l’Onu sur le climat qui s'est tenue en 1992 à Rio. Pendant deux semaines, les COP rassemblent les 195 États ayant ratifié la Convention. Ils sont supposés y négocier, y adopter des décisions, et veiller à leur suivi. Les COP ont lieu chaque année depuis l’adoption de la Convention Climat, et toujours en novembre-décembre.


 

Sur proposition de la France, Paris a été choisi pour la tenue, en 2015, de la 21ème COP, la"COP 21". D'entrée de jeu, François Hollande veut en faire un événement qui marquera les esprits. Pour la préparer, fin novembre 2014, il réunit une "Conférence environnementale". Ces conférences font suite au "Grenelle de l'environnement" et doivent se réunir chaque année. Celle de 2014 est la troisième. François Hollande a décidé de frapper un grand coup : la conférence se tiendra sous les ors de la république : à l'Elysée.

 


 

Avant la COP 21.


 

"C'est la troisième conférence environnementale, c'est la première fois qu'elle se tient ici à l'Elysée", déclare-t-il en introduction à son discours d'ouverture. "Elle marque donc la volonté qui est la mienne, qui est celle de l'État, de faire de l'environnement non pas simplement une cause nationale, mais un enjeu européen et mondial.

C'est la tradition de la France de porter un message universel. Longtemps, elle a pensé que c'était sur les droits de l'Homme et les droits économiques qu'elle pouvait faire entendre sa voix. Aujourd'hui, consciente des risques et des menaces, la France veut être exemplaire."

Et pour poursuivre sur le même ton cocardier :

"La France doit être et doit porter un modèle[.]. Ce modèle, c'est celui de la transition, c'est-à-dire de la réconciliation entre le présent et l'avenir, entre la précaution et l'innovation, entre l'environnement et l'économie, entre les ressources naturelles et l'agriculture, entre le local et le mondial."

Suit, la liste habituelle des vœux pieux : la jeunesse à écouter (avec une évocation de la mort de Rémi Fraisse à Sivens), la démocratie participative, la simplification administrative, la participation des citoyens, l'école et l'éducation à l'environnement, la biodiversité, la lutte contre la pollution de l'air, la santé... Suivie d'une série d'annonces sur la future loi de transition vers la "nouvelle France énergétique".

La conclusion du discours est dans la tonalité du début :

"Il y a près de 70 ans, c'était le 10 décembre 1948, la France accueillait les Nations-Unies au Palais de Chaillot pour adopter la Déclaration universelle des droits de l'Homme. L'année prochaine, à Paris, la France va accueillir tous les pays du monde pour une nouvelle étape des droits humains. Après les droits de la personne, nous allons poser les droits de l'Humanité, c'est-à-dire le droit pour tous les habitants de la Terre à vivre dans un monde dont le futur n'est pas compromis par l'irresponsabilité du présent. "

La France nouveau pays des droits de l'Humanité, la France exemplaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Comment son président pouvait-il feindre d'ignorer, que deux mois plus tôt, sa ministre de l'écologie, Ségolène Royal, venait d'annoncer l'abandon de la taxe poids lourds, seule mesure rescapée du Grenelle de l'Environnement.

Moins d'un an plus tard, le 29 septembre 2015, à quelques semaines du lancement de la COP 21, Ségolène Royal, ministre de l'écologie, et Emmanuel Macron, ministre de l'économie, faisaient paraître, au journal officiel, trois arrêtés octroyant trois nouveaux permis exclusifs pour la recherche, en France, d’hydrocarbures liquides ou gazeux aux entreprises Vermilion, Lundin et Bluebach.

"Je me félicite maintenant que beaucoup de pays veulent être leaders en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Sur le plan verbal, il y a compétition ! Sur le plan des engagements, ce sera à voir." avait glissé François Hollande dans son discours, comme un défi à ceux qui oseraient parler pour ne rien faire. Effectivement sur le plan verbal, il n'y avait aucun doute, François Hollande venait de remporter la palme d'or.


 

COP21. Le grand jour.

Sur le plan de la mise en scène, l'événement est réussi. En ce décembre 2015, 150 chefs d'Etat sont présents sur le site du Bourget en présence du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon et de la secrétaire exécutive de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique Christiana Figueres. Laurent Fabius, ministre des Affaires Etrangères, assurant la présidence. Cette fois François Hollande a la sagesse de ne pas refaire le coup de "la France et son message universel" mais il ne résiste pas au plaisir de rappeler que c'est à son appel que la planète s'est rassemblée à Paris !

 

"Aujourd’hui, la France accueille le monde entier. 150 chefs d’Etat et de gouvernement. Et des milliers de délégués venus de tous les continents. Jamais une conférence n’avait accueilli autant d’autorités, venues d’autant de pays. Jamais l’enjeu d’une réunion internationale n’avait été aussi élevé puisqu’il s’agit de l’avenir de la planète, l’avenir de la vie".

 

https://youtu.be/XQjv8VLIgDw

La suite du discours est dans le droit fil de toutes ces conventions, colloques, conférences... où on déroule la liste des malheurs qui nous attendent. François Hollande rappelle que 2015 avait été une année de records : "record de température, record de concentration de CO2 dans l’atmosphère, record du nombre d’événements climatiques extrêmes, sécheresse, inondations, cyclones, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, acidification des océans. Les victimes de ces phénomènes se comptent par millions, et les dommages matériels par milliards."

Et puisque la règle veut que l'on dramatise à l'extrême :

"Le réchauffement annonce des conflits comme la nuée porte l’orage. Il provoque des migrations qui jettent sur les routes plus de réfugiés que n’en génèrent les guerres. Des Etats risquent de ne pas pouvoir satisfaire les besoins vitaux de leurs populations avec des risques de famine, d’exode rural massif et d’affrontement pour accéder à l’eau. Bref ce qui est en cause une fois encore, c’est la paix."

Comment ne pas s'engager devant le monde entier après un tel plaidoyer ? Pourtant, derrière la façade d'unanimité chacun tente d'en promettre le moins possible. Le vendredi 11 décembre, veille de la clôture de la COP, Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République, entre dans l’une des salles de presse. La mine est sombre. Dans la nuit, il avait eu le loisir de décortiquer la dernière version du texte qui doit servir de base à l’accord de Paris sur le climat. Les insuffisances et les blocages sont légion dans la dernière ligne droite. Il menace :  "Si les chefs d’Etat n’ouvrent pas le chemin, attention, leurs peuples le feront à leur place. Prenons garde à ce que la tentation du fatalisme ne nous conduise pas au fanatisme".

Le samedi 12 décembre, après une longue nuit, Laurent Fabius peut enfin faire sonner son marteau sur la table de la tribune. Les délégués des 195 états présents on adopté la déclaration finale les engageant à prendre les mesures nécessaires pour limiter à 2°C l'augmentation de la température du globe par rapport à l'ère préindustrielle. Un engagement qui n'a aucune valeur contraignante et que les principaux pollueurs savent déjà ne pas tenir. En effet, les contributions additionnées des premiers pays qui les avaient déposées amenaient déjà à un réchauffement probable de 3°C avant la fin du siècle c'est à dire à l'emballement irréversible prévu par les experts du GIEC. Personne ne pouvait d'ailleurs oublier que cette COP 21 était largement sponsorisée par les lobbies de l'énergie et des transports routiers et aériens : Engie (ex GDF Suez), EDF, Renault Nissan, Air France... et qu'ils y ont été à la fois très visibles et très influents !

 

En marge des débats, les représentants des pays qui se savaient les plus menacés, membres du partenariat créé en 2009 sous le nom de "Climate Vulnerable Forum (CVF)", s'étaient réunis pour rédiger en commun la "Déclaration de Manille-Paris". Remarquant que la limitation à 2°C exposerait toujours plus d'un milliard de personnes à la hausse du niveau des mers ainsi qu'à d'autres effets catastrophiques sur l'environnement, ils fixaient à 1,5°C le maximum acceptable pour limiter les effets dévastateurs du réchauffement qu'ils subissent déjà. Cela signifiait de s'engager à une véritable rupture : réduire de 70 à 95% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau actuel à l'horizon 2050 !

Que penser de la phrase de la déclaration finale et qui prévoyait de "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C" ? Rajoutée au dernier moment pour permettre aux délégations des pays menacés d'un désastre immédiat de "rentrer chez elles la tête haute", elle ne trompait personne, et en particulier les intéressés.

Deux ans après la COP21. 2017 en France.

La France qui, depuis la COP 21, s'affichait comme le champion mondial de la lutte contre le changement climatique se devrait d'être la première à suivre ses engagements. Et pourtant, l'observatoire Climat-énergie publiait un bilan éclairant : une augmentation de l'émission de CO2 de 6,7% par rapport à l'engagement de la France en 2015 à la COP21. "Est-ce que nous avons commencé à réduire notre émission de gaz à effet de serre ? La réponse est non ! " devait déclarer Nicolas Hulot en démissionnant, fin août 2018, d'un gouvernement dans lequel il avait servi de caution écologique. Au même moment le président de la république française, Emmanuel Macron, se voyait décerner le titre de "Champion de la Terre" par l'ONU en raison de son action en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Faut-il se contenter d'en sourire ?

 

Corée, Octobre 2018 : "on est maintenant à la croisée des chemins".

 

Les délégués des États de l’ONU, réunis à Incheon en Corée du Sud à partir du lundi 1er octobre 2018, ont eu à se pencher sur le dernier rapport des scientifiques du Giec consacré à la montée des dérèglements climatiques et au retard pris pour les contrer.

 

Ce texte, soumis à leur approbation, a été élaboré à partir de 6.000 études scientifiques. C’est à la COP21 à Paris fin 2015 que l’ONU avait chargé son Groupe des experts du Giec de produire un rapport sur l’objectif 1,5°C arraché en dernière minute par les états les plus vulnérables. "Il y a trois ans il n’y avait pas beaucoup de littérature scientifique sur un réchauffement à 1,5°C" devait expliquer Jim Skea, professeur à l’Imperial College de Londres et co-président du Giec.

 

Le rapport de 400 pages constatait un impact important dès une augmentation de 1,5°C de réchauffement. Le risque d'inondations fluviales pourrait augmenter de 100 % (le double de la fréquence actuelle). 46 millions de personnes seraient menacées par l'élévation du niveau de la mer qui pourrait atteindre 48cm en 2100. Avec un demi-degré de plus, deux fois plus d'hommes, de femmes et d'enfants seraient privés d'eau, y compris en Europe. De nouvelles sécheresses toucheraient environ 60 millions de personnes supplémentaires dans le monde. L'élévation de la température alliée à l'humidité de l'air rendrait invivable de larges régions de la Planète.

 

L'augmentation de la température est déjà de 1°C et augmente de 0,2°C par décennie. Stabiliser à 1,5°C est donc une exigence. Pour autant, est-il encore faisable de rester à 1,5°C alors que 2017 a vu les émissions mondiales repartir à la hausse ? Cela signifierait que notre consommation d’énergie finale devra être réduite de 40% au niveau mondial. L’agriculture devrait réduire de moitié ses émissions de méthane (élevage et riziculture) et des deux tiers ses rejets de protoxyde d’azote (engrais azotés). Réaliste ? "On ne donne pas de réponse simple", prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a co-présidé cette session. Mais ajoute-t-elle, "on est maintenant à la croisée des chemins. Regarder 1,5 °C, c’est regarder ce qui va nous arriver, dans notre vie, pas à la génération suivante".

 

Pourtant comme le remarque le sociologue Stefan Aykut de l'Université de Hambourg, les climatologues, pour ne pas tuer l'espoir, proposent des scénarios qu'ils présentent comme étant encore scientifiquement et techniquement faisables. Pourtant dit-il, "lorsqu'on regarde la vitesse avec laquelle les émissions doivent décroître pour maintenir le climat sous le seuil de 1,5°C, on voit que l'exercice est complètement déconnecté des réalités politiques et économiques du monde". Même constat chez le climatologue Hervé le Treut : "Si nous voulons encore stabiliser le réchauffement à 1,5 °C, nous devons immédiatement engager des efforts colossaux. Des efforts qui pourront ne pas plaire à tous les acteurs de nos sociétés".

 

Quand des scientifiques laissent parler leur cœur.

 

A l'évidence, ce dernier rapport a révélé aux scientifiques eux-mêmes l'étendue de la catastrophe prévisible. Pour ne pas décourager ou démobiliser ceux et celles qui leur font confiance, ils préfèrent taire les pensées et les émotions qu'ils ne peuvent refouler quand ils quittent leur laboratoire. Pourtant, plusieurs d'entre eux interrogés, par la chaîne "France Info", au moment où elles et ils allaient publier leurs résultats, laissent parler le langage du cœur.

 

"C'est sans doute la période la plus difficile que j'ai vécue dans mon travail" constate Andrew Rosenberg, biologiste marin américain et directeur du Centre pour la science et la démocratie au sein de l'Union des scientifiques inquiets. "On a l'impression d'être toujours annonciateurs de mauvaises nouvelles. En tant que citoyen, j'y crois plus trop en fait, je ne crois plus au fait qu'on va arriver à lutter contre le changement climatique et à éviter ce qu'on prédit", déplore Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). "C'est quelque chose qui prend une place importante dans ma vie quotidienne. C'est quelque chose qui nous tourne dans la tête tout le temps" confie Valérie Masson-Demotte, chercheuse en sciences du climat au laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de Paris-Saclay.

 

https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/video-on-a-l-impression-d-etre-annonciateur-de-mauvaises-nouvelles-des-climatologues-racontent-leur-quotidien_2956509.html

 

 

Tous déplorent un manque d'action de la part des pouvoirs publics.

 

"Depuis une trentaine d'années, rapport après rapport, les scientifiques montrent le changement climatique. A l'échelle globale, rien ne se passe", regrette Gilles Ramstein, directeur de recherche au CEA. "En tant que climatologue, on parle souvent des conséquences pour la fin du XXIe siècle et ça paraît loin. Finalement il y a peu de personnes qui s’intéressent ou qui veulent prendre des responsabilités sur un temps aussi long", explique Françoise Vimeux climatologue à l'IRD.

 

N'est-ce pas Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie belge et ancien vice-président du GIEC qui résume le mieux le sentiment général de ses collègues. "On n'a pas arrêté de lancer l'alerte ! Face à ça, il y a un manque d'action, d'ambition. Il y a une très grande frustration de voir qu'alors que l'on sait que le climat se dégrade, les décideurs et les citoyens n'agissent pas suffisamment".

 

 

 

 


 


 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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