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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 11:26

 


 

Les beaux discours sur le climat à destination des médias nationaux comme les déclarations vertueuses sur la scène internationale offrent un contraste saisissant avec la réalité vécue, ici ou là, dans les régions.

 

Gérard Borvon

extrait de : Les faux-culs et le climat.

 

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Quelle mouche avait piqué Jean-Yves Le Drian en cette année 2010 ou plutôt quel lobby était venu lui susurrer ce projet à l’oreille ? Toujours est-il qu’il a décidé qu’il fallait absolument une centrale électrique à gaz de 450Mw en Bretagne et plus précisément le plus à l’Ouest possible. Le tout enveloppé dans un “Pacte Électrique Breton” destiné à faire passer la pilule. Et pour illustrer ce programme il lui fallait une image forte, un triskell !


 

Le triskell, symbole des civilisations celtiques, n'a pas toujours eu bonne presse quand l'afficher était synonyme de revendication régionaliste. C'était le temps où le "Front de Libération de la Bretagne", le FLB, appuyait sa lutte pour l'indépendance par quelques gendarmeries plastiquées. Le temps où Gilles Servat déclenchait l'enthousiasme avec sa "blanche hermine" et son appel à faire "la guerre aux Francs". Le temps où on considérait avec suspicion ces militants qui prétendaient faire vivre la langue bretonne en la pratiquant dans les écoles Diwan.


 

Aujourd'hui, ces utopies des années 70-80 du siècle passé sont entrées dans l'Histoire et ne sentent plus le soufre. A présent la celtitude est mise au service du business. C'est à Paris que se tiennent ces "dîners celtiques" où la fine fleur bretonne du commerce, de l'industrie et de l'agro-alimentaire invite ce qui compte comme "décideurs" politiques en Bretagne.

 

Extrait de "Algues vertes l'histoire interdite" de Inès Léraud. Une excellente analyse du lobby breton. (avec le petit homme bleu : Jean-Yves Le Drian)

 

Jean Yves le Drian ou Pierre Méhaignerie peuvent y croiser Vincent Bolloré ou Loïc le Floch-Prigent. Une "mafia" gretonne avait ironisé Emmanuel Macron quand il avait été reçu par le pape en compagnie de Jean Yves le Drian.

 

Le triskell est devenu une de leur marque de fabrique. .En particulier celle de Jean-Yves le Drian qui l'affichait sur le jaune de sa cravate, une couleur prémonitoire, pendant sa campagne électorale pour les régionales de 2010. D'où ce "triskell électrique" et ses trois branches : verte pour les économies d'électricité, bleue pour les renouvelables, noire pour la "sécurisation".

 

 

Ce triskell qui cache un cadeau fait au lobby des énergies fossiles.

 

Il ne fallait pas être particulièrement attentif pour constater que dans ce triskell les branches "écolos", vertes et bleues, n'étaient pas la part essentielle du programme. Le point fort consistait en "l’implantation d’un nouveau moyen de production classique au nord-ouest de la Bretagne, de type cycle combiné gaz (CCG), à haute performance énergétique, fonctionnant dans le cadre du marché électrique, d’une puissance d'environ 450 Mw, avec une localisation la plus pertinente se situant dans l'aire de Brest".


 

La raison ? La Bretagne, déclarait-on, ne produisait alors que 8% de sa consommation électrique. Le discours n'était pas nouveau. En Bretagne on n'a pas oublié la lutte victorieuse contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff dans la Pointe du Raz. A l'entrée de la commune le visiteur est accueilli par la statue du berger dont la fronde tendue rappelle les heures chaudes de la guerre des pierres contre les fusils si magnifiquement illustrée par le film de Nicole et Félix Le Garrec.

 

Déjà, nous disait-on, sans centrale nucléaire, pas de travail pour vos jeunes qui devront continuer à s'expatrier vers les chantiers de la capitale. Quarante ans plus tard, "la Bretagne reste au 1er rang des régions ayant le plus faible taux de chômage de la population active", se faisait gloire, en 2019, la préfecture de région, sur son site internet. Ceci alors que la population y croît de façon régulière.

 

Pourtant, depuis Plogoff, le discours n'a pas varié. Il faut culpabiliser ces Bretons qui consomment l’énergie des Français en parfaits égoïstes. A noter que, pour les besoins de la démonstration, on réduit la Bretagne à ses quatre départements administratifs, ce qui permet d'éliminer la centrale de Cordemais dans la Loire Atlantique, cinquième département de la Bretagne historique. Oublié aussi ce "plan alter breton" élaboré par un groupe de scientifiques dans les années 80 et qui détaillait la méthode pour une Bretagne, autonome en électricité, sans nucléaire ni effet de serre, dès le début de notre siècle. Oublié surtout le sabotage de toutes les expériences d'énergies alternatives menées à cette époque.

 

Plus grave nous disait-on ! Vous risquez de faire disjoncter tout le système de distribution français par vos pics de consommation en hiver. Le risque existait, en Bretagne comme ailleurs, avec l’incitation au chauffage électrique généralisé pour consommer l’électricité massivement produite par des centrales nucléaires qui, cependant, avaient l'inconvénient de répondre mal aux variations subites de consommation. C’est pourquoi avant même le début des travaux programmés à Plogoff avaient été construites, pour répondre aux pointes d'hiver, des turbines à combustion dans les communes de Brennilis et Dirinon. L'ensemble totalisant une puissance de 465Mw. Depuis cette date ces centrales ne fonctionnent que quelques journées, voire quelques heures, pour répondre à la demande. RTE, l'entreprise publique qui gère le réseau de transport de l'électricité, rappelle régulièrement que chaque hiver il y a de la marge. Comme encore dans son rapport de 2018 (page 26) :

 

"La consommation électrique ayant cessé de croître, la situation électrique de la Bretagne peut aujourd’hui être considérée comme stabilisée. Fin février 2018, pendant la période de froid, l’équilibre sur le réseau a été respecté en utilisant les outils "normaux" du système électrique (mécanisme d’ajustement), sans recours à des procédures d’alertes ou de sauvegarde."

 

Et pour mettre fin aux rumeurs lancées par le président de EDF en personne devant une commission d'enquête parlementaire : "Aucun élément objectif ne permet ainsi d’étayer la thèse selon laquelle la Bretagne aurait été dans une situation critique en février 2018."

 

Alors, on n'en parle plus de ce projet de centrale électrique à gaz en Bretagne ? C'est mal connaître l'obstination du lobby breton. Les patrons finistériens regroupés sous l'appellation " Investir en Finistère" ne s'en cachent pas. La décision du Conseil Régional et de son président est le résultat de l'efficacité de leur lobbying. Leur projet initial était d'implanter la centrale sur un site à cheval sur les communes de Guipavas et Saint-Divy, proches de Brest. cette réserve foncière avait été constituée, dans les années 1970, pour le projet avorté d'une raffinerie associée à un terminal pétrolier au port de Brest. La zone est actuellement gérée par le Syndicat mixte Brest Iroise dont les actionnaires sont le Département, la Région, la communauté urbaine de Brest et... la chambre de commerce, qui ne demandent qu'à s'en débarrasser. De plus le site est proche de la conduite de gaz naturel provenant du port de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique).

 

L'affaire semblait donc entendue. Mais c'était sans compter sur la mobilisation des associations locales, déjà sensibilisées aux problèmes de la pollution de l'air et du dérèglement climatique. Rapidement elles ont su rassembler des milliers de personnes sur le site et remplir des salles lors de réunions d'information. La prudence électorale exigeait donc qu'un endroit moins proche de Brest et moins sujet à de telles mobilisations soit choisi. Un appel d'offre était lancé.

 

Des trois concurrents en lice, l'entreprise Direct Énergie, depuis rachetée par Total, était retenue pour une centrale qui serait construite à Landivisiau. Le choix de la commune ne pouvait qu'étonner. Pour alimenter la centrale il faudrait construire 130km d'un gazoduc la reliant au site de Montoir de Bretagne dans la Loire Atlantique ainsi qu'une ligne à haute tension pour l'évacuation du courant. A l'évidence, le choix était plus politique que technique ou économique. Le député UMP de la circonscription, Jacques le Guen ne cachait pas s’être "personnellement engagé dans ce dossier" pour que la commune soit finalement choisie par le ministre de l'énergie, Eric Besson, ancien élu socialiste rallié au sarkozisme. L'annonce de ce choix était faite le 29 février en présence de jean Yves le Drian et conclue par une chaleureuse poignée de main entre anciens camarades.

 

 

Pourquoi Direct Énergie ? D'une part cela correspondait à la volonté politique d'ouvrir le marché de l'électricité aux entreprises privées. Officiellement, cependant, ce choix était justifié par le montant de la prime demandée par l'entreprise pour cette opération. Car l'appel d'offre était assorti d'une carotte offerte à l'éventuel candidat. Pour l'attirer dans ce lointain Finistère il lui était proposé une subvention dont il devait fixer lui même le montant. Direct Énergie, devenu Total par la suite, était retenu comme étant le moins gourmand.

 

Subventionner le pollueur.

 

Cette prime constitue le côté le plus scandaleux de la transaction. Alors qu'une taxe sur le carburant, touchant tout un chacun, a été instaurée pour remplacer la défunte "Taxe poids lourds", Direct-Énergie recevrait une prime de 40 millions d'euros par an pendant 20 ans pour émettre un million de tonnes de CO2 chaque année dans l'atmosphère soit l'équivalent de la pollution annuelle de plus de 400 000 voitures parcourant en moyenne 20 000km par an.

 

 

Financement d'autant plus scandaleux qu'il serait prélevé sur la contribution au service public de l'électricité (CSPE). Cette taxe prélevée sur chaque usager ne devrait être utilisée que pour le développement des énergies renouvelables, le soutien aux zones non raccordées au réseau métropolitain continental (Corse, départements d'outre-mer, Saint-Pierre et Miquelon, îles bretonnes de Molène, Ouessant et Sein), ainsi que l'aide sociale aux personnes de faible revenu.

 

7 ans de lutte.

 

Dès l'annonce du projet une forte opposition s'organisait dans la commune de Landivisiau et le Nord-Finistère. Elle s'exprimait massivement pendant l'enquête publique qui précède ce genre de projet, dénonçant en particulier une somme de contre vérités dans l'étude d'impact. On sait ce qu'il en est de ce type d'enquête. L'avis classiquement favorable des commissaires enquêteurs y est suivi, inévitablement, de celui tout aussi favorable du préfet. Restent les tribunaux administratifs. De recours en appels allant jusqu'au Conseil d’État et au Conseil Constitutionnel, la lutte entre le pot de terre et le pot de fer n'est pas encore arrivée à sa conclusion mais sept ans ont été gagnés.

 

 

Sept ans qui ont totalement changé la donne en Bretagne, ce qu'ont fait valoir 17 associations parmi les plus représentatives dans une lettre adressée au président de région, au ministre de l'écologie et au président de la république. Le Pacte électrique breton signé en 2010 envisageait une augmentation régulière de la consommation électrique or depuis cette date elle s'était stabilisée et se révèle de 10% inférieure à celle envisagée dans le scénario initial.

 

 

Quant au risque de black out, plus personne ne peut sérieusement l'évoquer. Un "filet de sécurité" (une ligne souterraine de 225 000 volts) a été établi par une liaison rejoignant Lorient et Saint-Brieuc. S'y ajoute le "celtic interconnector", un projet bien engagé de liaison électrique par câble sous-marin entre l'Irlande et le Finistère. Sans compter la production locale d'énergie renouvelable en constante augmentation et les projets d'éoliennes offshore en voie de finalisation. Une évidence s'impose : cette centrale électrique à gaz fossile serait à la fois polluante, coûteuse et totalement inutile.

 

 

Du local au global.

 

 Depuis 2010, date de signature du "pacte", bien des choses ont changé en France et dans le Monde. Les rapports du GIEC sur l'urgence climatique se sont faits à la fois plus précis et plus alarmistes. Plus personne ne peut ignorer l'avenir qui menace la Planète. Les États sont poussés à réagir par leur opinion publique. La France, organisatrice de la COP 21 en 2015, s'est particulièrement illustrée en s'affichant devant le monde entier comme un phare dans la lutte contre le changement climatique. Cet engagement a été repris avec éclat sur le plan international par le président de la république, Emmanuel Macron. Celui-ci s'est engagé à ce que son "make our planet great again" passe en France par l'arrêt de la construction de toute nouvelle centrale thermique. Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, ayant même précisé "donc centrales à gaz". Tous ces éléments ne peuvent conduire qu'à une certitude : le projet de Landivisiau sera abandonné.

 

 

Est-ce cette évidence qui a incité Total à engager un coup de force ?

 

Du coup de force de Total à la répression policière.

 

Depuis juillet 2018, Direct Énergie a été rachetée par Total. La multinationale, qui peut annoncer un bénéficie de 13,6 milliards de dollars pour l'année, a décidé de concurrencer EDF et Engie (ex GDF) dans le domaine de l'électricité et du gaz. Le projet de Landivisiau est un beau coup à jouer. Les centrales électriques au gaz ont du plomb dans l'aile. Nombreuses sont celles qui sont déjà à l'arrêt. Siemens, le partenaire de Direct-Énergie dans l'opération, a commencé à licencier dans son secteur turbines électriques. Alstom, devenu General Electric, se prépare à le faire à son tour. Pour Total, pas de problème. L’état à travers les factures des consommateurs, s'est engagé à lui verser 40 millions d'euros par an pendant 20 ans. Même si la centrale ne devait jamais fournir d'électricité, en 10 ans son coût estimé à 400 millions d'euros serait remboursé. Les dix années restantes seraient tout bénéfice. Difficile de renoncer à ce pactole.

 

Mais il faut aller vite, les opposants ne lâchent rien. Ils ne manquent pas de rappeler la promesse de Emmanuel Macron de ne plus construire de centrale thermique et font valoir les 46 000 signatures sur la pétition pour l'arrêt du projet qui lui a été adressée. Alors que pendant 7 ans aucun travaux n'ont été entrepris, début janvier 2019 des engins de chantier arrivent sur le site et commencent à ravager tout ce qui peut y rester d'espace naturel. Les militantes et militants, qui ont fait le choix de l'action non violente, réussissent avec succès à retarder les travaux en se plaçant devant les tractopelles. Ceci jusqu'à ce qu'ils découvrent que pendant la nuit l'espace a été ceinturé d'un grillage et occupé par des vigiles. Cela ne les dissuade pas et ils maintiennent leur présence journalière à l'entrée du chantier.

 

 

Une manifestation est appelée pour le 23 février. Une colonne de plus de mille manifestants rejoint le site depuis Landivisiau. L'ambiance est bon enfant, beaucoup d'humour sur les pancartes et dans les costumes. Les barrières métalliques sont le signe fort de la provocation mise en scène par Total. Elles ne sont pas fixées au sol et ne demandent qu'à être renversées. Bientôt plusieurs centaines de manifestantes et de manifestants réoccupent le site et y improvisent quelques danses bretonnes avant de rejoindre le centre ville dans le calme. Ce qui n'empêche pas les gendarmes de tenter d'appréhender un manifestant bien pacifique en fin de manifestation.

 

 

Une chasse à l'opposant était en effet à leur programme. En arrivant sur les lieux le vendredi 25 janvier pour entraver les travaux, la poignée de militants présents avaient été accueillis par des forces de gendarmerie qui leur remettaient une missive de la part du procureur de la république de Brest.

 

A en croire le procureur, la région de Landivisiau était menacée d'actes qui nécessitaient des mesures relevant au minimum de "l'urgence attentat", le niveau 3 du plan Vigipirate. Le procureur invitait donc les forces de gendarmerie à des contrôles d'identité, des visites de véhicules, des inspections visuelles et des fouilles de bagages, afin, précisait-il "de rechercher les personnes susceptibles de commettre les infractions suivantes":

 

  1. actes de terrorisme.

  2. Infraction en matière de prolifération d'armes de destruction massive...

  3. infraction en matière d'armes...

  4. infraction en matière d'explosifs...

  5. infraction de vol

  6. infraction de recel

  7. faits de trafic de stupéfiants

 

La loi anticasseurs suscitée en réponse à la mobilisation des gilets jaunes était alors en débat à l'Assemblée. Manifestement elle avait inspiré le procureur ! Dès lors, carte blanche était donnée aux forces de gendarmerie pour un harcèlement bien ciblé des opposants. Ils étaient des centaines à avoir occupé le terrain après le renversement des grilles le 23 février mais les gendarmes ont sélectionné quelques prétendus "auteurs des faits" qui seront perquisitionnés à domicile et convoqués au commissariat. On inflige des PV pour klaxon abusif, pour distribution de tract sur la voie publique. On convoque au commissariat pour des prises ADN, ce qui donnera l'occasion d'inculper ceux qui les refusent. La visite sur le site de Damien Carême, maire de Grande-Synthe et candidat aux européennes, est qualifiée de "manifestation non déclarée". Le président de l'association "Force 5" qui porte le dossier judiciaire de l'affaire est sur place car invité par le candidat. Il est désigné par les gendarmes comme l'organisateur du rassemblement et inculpé. Ce n'est qu'un début. Présent dans un groupe pratiquant un "sit-in" à l'entrée du site, il est arraché du groupe, menotté et gardé plusieurs heures en gendarmerie. Début juillet, ils était parmi les 21 convoqués au tribunal à Brest pour un procès finalement reporté à novembre.

 

 

Et pendant ce temps la propagande continue. En Bretagne le Conseil Régional annonce sa COP 21 locale. Ce sera la "Breizh COP". Thème de sa réunion de clôture : "La Bretagne s'engage pour le climat". Naturellement les associations écologistes rappellent à Loïg chesnais-Girard, le président de la Région, que pour la moment il s'engage, avec Total, à financer la destruction du dit climat. Peine perdue, le successeur de Jean-Yves le Drian n'ira pas s'opposer à la marotte de son mentor. Les futures régionales sont déjà dans le collimateur et celui-ci est pour le moment très présent dans la région, occupé à débaucher ses ex amis socialistes pour les amener dans le giron macroniste aux prochaines élections.

 

Sur le terrain, les opposants historiques sont maintenant rejoints par toute une jeunesse qui a répondu, en particulier, à l'appel de Greta Thunberg, cette jeune suédoise qui fait grincer les dents des climato-sceptiques de tout poil. Collégiens, lycéens, étudiants formaient la base des 4000 participants de la marche du climat à Brest le 15 mars 2019. Plusieurs d'entre eux seront ensuite parmi les organisateurs des rassemblements à Landivisiau. Quelle est leur motivation ? Le dérèglement climatique n'est plus, pour eux, une hypothèse à long terme. Ils en constatent chaque jour les effets. Ils mesurent les défis qui les attendent. Le mensonge les révolte. Celui de ces dirigeants économiques, de ces responsables politiques, qui agissent dans le sens inverse de leurs tonitruantes déclarations. Si au moins ils se taisaient !

C'est une nouvelle génération qui s'emploie, dans une action de résistance non violente, à rompre l'omerta qui pèse sur le projet. On ne compte plus les mémoires et les lettres adressées à ce tout ce qui compte dans la sphère politico-médiatique. Combien d'appels au secours restés sans réponse vers les scientifiques qui régulièrement se font lanceurs d'alertes(*). Faudra-t-il attendre que la centrale soit construite et que les premiers chèques soient encaissés par Total pour que le scandale leur saute aux yeux ?

 

Personne ici n'imagine que l'affaire puisse se terminer ainsi et qu'un jour Jean Yves le Drian vienne, à Landivisiau, inaugurer en grandes pompes la dernière des centrales thermiques à énergies fossiles construite en France.

 

 

(*) 20 février 2020, 1000 scientifiques appellent à la désobéissance civile, seront-ils enfin entendus ?

 

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Qui pourrait s'en étonner ?

 

Le conseiller spécial de Le Drian rejoint le groupe Total

Des ventes d'armes au pétrole, il n'y a qu'un pas.

 

Jean-Claude Mallet, conseiller spécial du chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, et son plus proche collaborateur, a rejoint lundi 3 juin le géant pétrolier français Total après 43 années au service de l'Etat comme spécialiste des questions stratégiques et de défense. "Jean-Claude Mallet est arrivé aujourd'hui chez Total en tant que directeur des Affaires publiques", a annoncé un porte-parole de la compagnie à l'AFP.

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28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 12:43

Notre collectif AIR-SANTE-CLIMAT composé de médecins, de chercheurs et de responsables associatifs a pour objectif d’alerter sur l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé et de proposer des solutions pour améliorer la qualité́ de l’air.  Notre combat est celui de la vérité scientifique.

Cette tribune a été adressée à tous les Préfets et aux Ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Agriculture, de la Transition écologique et au Premier Ministre.

https://www.asef-asso.fr/actualite/tribune-du-collectif-air-sante-climat-la-pollution-de-lair-comme-vecteur-du-covid-19/

Dans le contexte sanitaire lié à l’épidémie Covid-19 que nous traversons, notre collectif AIR-SANTE-CLIMAT se doit de vous alerter rapidement sur la nécessité  de  limiter drastiquement  les épandages agricoles  afin de tout mettre en œuvre pour limiter la propagation du virus.

La pollution de l’air, en plus de fragiliser notre système immunitaire et de nous rendre plus sensibles aux infections notamment virales,permet également une meilleure diffusion et donc une meilleure transmission des agents pathogènes tels que le coronavirus

Cela est connu depuis longtemps pour le SARS et les virus de la bronchiolite mais a également été récemment démontré pour le coronavirus en Italie avec davantage de transmission et de propagation du virus en fonction des taux de particules fines. Les particules fines servent donc de vecteur, de transporteur au virus qui se déplace d’autant plus facilement lorsque l’air est chargé de particules fines. 

Fort heureusement les mesures de confinement font coup double à la fois en limitant le risque de transmission entre les individus mais également en diminuant la pollution notamment aux particules fines du trafic routier et ainsi les effets sanitaires associés.

Néanmoins, comme on le voit actuellement dans de nombreux départements français le printemps est la période d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines.

En effet, lors des épandages, le gaz ammoniac (NH3) va, en passant dans l’atmosphère, réagir avec les oxyde d’azote (NOx) pour former des particules de nitrate d’ammonium et de sulfate d’ammonium

Tous les ans, à la même période, les épandages agricoles sont responsables de pics de pollution printaniers durant les mois de mars à mai

Ces particules printanières sont, de par leur composition, moins toxiques que des particules de combustion issues par exemple du trafic routier néanmoins elles vont également servir de vecteur de transmission au virus.

Ces particules peuvent voyager sur plusieurs kilomètres et donc transporter également le virus sur de longues distances!

On ne choisit pas l’air que l’on respire, et il est possible dans chaque département de protéger les populations de ce risque supplémentaire de contamination au Covid-19 en limitant drastiquement les épandages agricoles, et en imposant des alternatives moins émettrices de NH3 dans l’air (technique d’enfouissement de l’engrais).

 

Professeur Isabella Annesi-Maesano, Directrice de recherche INSERM  / Directrice d’équipe labellisée INSERM et Sorbonne Université EPAR ; 

Docteur Mallory Guyon, Collectif Environnement Santé 74 ;

Docteur Thomas Bourdrel, Collectif Strasbourg Respire 

Docteur Gilles Dixsaut, Fondation du souffle contre les maladies respiratoires 

Docteur Pierre Souvet, Association Santé Environnement France (ASEF) ;

Docteur Jean-Baptiste Renard, Directeur de recherche LPC2E-CNRS 

Guillaume Muller, association Val-de-Marne en Transition.

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 08:54

https://youtu.be/w3qbkV-SdxQ

Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.Certes.

Mais nous y sommes. A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 14:37

 

© Étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes

 

Les étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes analysent, dans une web-série, les impacts du changement climatique en Bretagne. Au centre des préoccupations: le probable manque d’eau. Sécheresse, pollution... L'inquiétude enfle à mesure que le climat se réchauffe.

Par les étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes (avec T.P.)


Avec sa réputation de région pluvieuse, difficile d’imaginer que la Bretagne pourrait se retrouver à court d’eau d’ici à 2040. Pourtant, le réchauffement climatique s’accompagnera de son lot de sécheresses, fortes pluies et montée du niveau de la mer. Ces phénomènes auront pour conséquence la mise en péril des réserves d’eau de la région.

Les Bretons auront-ils assez d’eau en 2040 ? La réponse dans « En quête d’eau », une web-série de quatre épisodes réalisée par les étudiants en journalisme de Sciences Po Rennes.

 

Les réserves d'eau potable menacées


Le premier épisode d’ « En quête d’eau » explique les phénomènes qui toucheront la Bretagne dans quelques années.

" Il y a fort à parier qu’à l’avenir, dans les années 2040-2050, on soit en situation de sécheresse tous les deux ou trois ans " , alerte le météorologue Franck Baraer.

Cette hausse des températures aura un impact direct sur nos cours d’eau, qui verront leur taux d’évaporation augmenter de façon non négligeable. Pour la Bretagne, cela pourrait être désastreux, car la région tire 75 % de son eau potable à partir des cours d’eau, rivières et retenues, appelées « eaux de surface ». Si rien n'est fait pour trouver de nouvelles sources d'eau, nos réserves diminueront.

 



Des besoins en eau accrus


Le deuxième épisode aborde la question de la ressource. Avec une activité économique plus importante et des Bretons plus nombreux dans les années à venir, la demande va grimper. Si la tendance se poursuit, la Bretagne aura besoin de 320 millions de mètres cubes d’eau annuels en 2040, contre 284 millions en 2017.

Dans le même temps, à cause du changement climatique, la quantité d’eau disponible en Bretagne sera, elle, sur une tendance à la baisse. Pour gérer ce décalage, chacun devra y mette du sien, de l’initiative locale aux changements globaux :

" Tout le monde est concerné, explique Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du Giec. Il n'y a pas un seul secteur d'activité qui puisse se dire 'Le réchauffement climatique n'est pas mon affaire' ", prévient-il.
 



La Bretagne en quête de cours d'eau de qualité


Cette ressource en eau potable menacée par les sécheresses, il va en outre falloir se la partager entre de plus en plus d’habitants… Le constat dressé dans les deux premiers épisodes d’ « En quête d’eau » est sans appel : la gestion de l’eau sera un enjeu central en Bretagne dans les années à venir face aux effets du réchauffement climatique. Pourtant, ce dernier n’est pas le seul à mettre en péril notre approvisionnement.

Ce troisième épisode nous place face à un constat inquiétant : en Bretagne, près de 60 % des cours d’eau et rivières sont en mauvais état écologique ou chimique. Et la dépollution de ces cours d’eau demande du temps.

" À l’échelle de la Bretagne, on n’y arrivera pas, on part de trop bas. "

Thierry Burlot, vice-président de la région Bretagne, est catégorique : dépolluer la totalité des rivières bretonnes avant 2027, comme l’impose la directive-cadre européenne sur l’eau, sera impossible.
 



Des pratiques agricoles à repenser


Parmi les substances présentes dans les cours d'eaux bretons, on retrouve notamment des produits issus des activités agricoles : nitrates, phosphore, résidus de pesticides... Selon les associations de protection de l’environnement, la préservation des rivières dans lesquelles la Bretagne puise son eau potable doit passer par un changement des pratiques de l’agriculture conventionnelle. Mais pour beaucoup d’agriculteurs, une inflexion brutale de leurs modes de production est difficilement envisageable.

" C’est d’autant plus injuste de simplement pointer du doigt les agriculteurs que ça correspond à des choix politiques et économiques " , nuance Yannick Nadesan, président de la Collectivité Eau du Bassin Rennais.

Pour savoir quels changements sont possibles, et qui doit les impulser, rendez-vous dans le dernier épisode de la web-série « En quête d’eau ».
 


Cette web-série s'insère dans une grande enquête sur l’impact du réchauffement climatique en Bretagne à l'horizon 2040.

« +1,5°C », la Bretagne dans l'urgence climatique

+1,5°C à la surface de la terre à l’horizon 2040. Ce degré supplémentaire pourrait bien changer notre mode de vie.

Nous sommes quatorze étudiant·e·s en journalisme à Sciences Po Rennes et, pendant trois mois, nous avons mené l’enquête. Nous avons sillonné la Bretagne, de Guipry-Messac à Brest, de l’Île-Tudy à Saint-Malo, nous vous avons rencontré·e·s pour comprendre comment l’on vit l’impact du réchauffement climatique aujourd’hui, et comment on le vivra demain.

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 13:57

Dominique Agniel nous fait le cadeau de proposer son film en lecture libre pendant cette période de confinement coronavirus.

https://www.youtube.com/watch?v=38OjYPAXxL8

 

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9 février 2020 7 09 /02 /février /2020 09:57

J’avais trente ans et je n’ai rien oublié nous dit le journaliste Théo Le Diouron dans un article de Ouest-France.

cliquer sur les images pour agrandir

 

 

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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 13:00

Par Gérard Borvon

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Lors de la COP 21 le public à retenu le nom de plusieurs intervenants à juste titre médiatisés. On a peu parlé de celui qui a été véritablement le pionnier de la prise de conscience des causes du dérèglement climatique : Claude Lorius.

 

"On recherche jeunes chercheurs pour participer aux campagnes organisées pour l’Année géophysique internationale".

 

C'est cette annonce, lue un jour de 1955 sur les murs de la Faculté de Besançon, qui allait fixer son goût pour le Grand Sud, nous renseigne sa biographie sur le site du CNRS.

 

C'est lui qui a le premier l'idée d'étudier l'évolution du climat en analysant les bulles d'air enfermées dans des carottes de glace.

 

En 2015, un film lui est consacré par Luc Jacquet dont le journal du CNRS rend compte. Son titre : 'La glace et le ciel".

 

 

Voir la vidéo.

 

 

Nous invitons chacune et chacun à consulter ces sites ainsi que celui de Claude Lorius lui-même.

 

Nous en retiendrons cette parole d'un scientifique engagé :

 

"Il est urgent de répondre à l’alerte lancée, il y a trente ans, en déchiffrant l’histoire de notre environnement dans les glaces de l’Antarctique : l’Homme est devenu un acteur majeur dans l’évolution du climat, liée à la hausse incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre détériorant les conditions de vie sur notre planète. Agissons dès maintenant tous ensemble pour relever ce défi.


Pour rendre vivable notre planète, les actions à entreprendre au niveau international sont nombreuses tout comme les choix à faire : par exemple privilégier les sources d’énergies peu polluantes, une agriculture plus respectueuse de l’environnement, des transports avec le train qui remplace la voiture.


Et puis il y a des nécessités plus ambitieuses : réduire les inégalités et pourvoir aux besoins des plus pauvres, faire que tous aient accès à l’éducation mais aussi que chacun d’entre nous s’engage.


Et moi, comme vous, qu’allons-nous faire ?"

 

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En janvier 2011, Claude Lorius était l'invité de Ruth Stégassy sur Terre à Terre.

Après de la publication de son livre : Voyage dans l'anthropocène.

 

Un livre sans concession, à lire absolument.

 

 

Un mot :

Crépuscule : lueur atmosphérique due à la diffusion de la lumière solaire lorsque le soleil vient de se coucher ( crépuscule du soir) ou va se lever (crépuscule du matin). Larousse.

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 17:21

L’Homme est la Nature
prenant conscience d’elle-même.

 

Cette Phrase annonce la préface du premier tome de "L'homme et la terre" de Elisée Reclus publié en 1905 année de sa mort. Phrase qui m'avait étonné chez celui qui est considéré comme l'un des premiers écologistes. De quel homme parle-t-il ? De celui qui vient de faire entrer la nature terrestre dans cet anthropocène de tous les dangers ?  

 

Cette phrase était-elle de lui, citait-il un autre auteur, ou l'idée était-elle dans l'air du temps ? Avant de lire Elisée Reclus, je l'avais déjà trouvée presque mot pour mot, avec le même étonnement et le même sentiment critique, chez Friedrich Engels en introduction de sa "Dialectique de la Nature" rédigée vers 1875 mais publiée après sa mort en 1925 et que j'ai retrouvée dans une publication des Editions Sociales datée de 1971.

 

Citant la publication de Copernic comme l'acte révolutionnaire par lequel la science de la Nature a proclamé son indépendance vis à vis des religions, Engels constate que le développement des sciences avança dès lors à " pas de géant". Et il ajoute :

 

"Il fallait, semble-t-il, démontrer au monde que, désormais, le produit le plus élevé de la matière organique, l'esprit humain, obéissait à une loi du mouvement inverse de celle de la matière organique".

 

Et pour être plus précis, plus loin dans le texte :

 

"A partir des premiers animaux se sont développés essentiellement par différenciation continue, les innombrables classes, ordres, familles, genres et espèce d'animaux, pour aboutir à la forme où le système nerveux atteint son développement le plus complet, celle des vertébrés, et à son tour, en fin de compte, au vertébré dans lequel la nature arrive à la conscience d'elle même : l'homme".

 

Et, en conclusion de cette introduction, après avoir évoqué l'inévitable fin du Soleil et de la Terre, si la Nature, écrit-il :

 

"doit sur terre exterminer un jour, avec une nécessité d'airain, sa floraison suprême, l'esprit pensant, il faut avec la même nécessité que quelque part ailleurs et à une autre heure elle le reproduise"

 

Je me promets, si le temps s'y prête, d'en faire un commentaire avec l'éclairage de notre actualité.

Jeudi 7 mai 2002. Pendant le confinement pour cause coronavirus.

Cette pandémie qui touche l'humanité dans son ensemble est en elle même matière à réflexion sur la place des humains dans la "Nature". S'y ajoute une publication que j'ai sous les yeux : un numéro de Science et Vie de mars 2020 qui titre en couverture "Et si la Terre était vivante... Pourquoi les scientifiques y croient".

Retour sur Engels.

Pourquoi cette irritation en le lisant. Sa présentation de l'évolution ne serait donc pas le résultat de l'adaptation à une suite de hasards naturels mais la mise en oeuvre d'un plan aboutissant à l'homme. Quelle différence avec et les théories du "Dessein intelligent" diffusées par les sectes néo-chrétiennes qui justifient ainsi l'existence d'un dieu créateur ? Ou pour remonter plus en avant, quelle différence avec le démiurge de Platon régnant sur le monde des Idées ?

Et puis cette arrogance : L'homme étant l'aboutissement de l'évolution de la Nature, la naissance de sa "conscience". Quel homme d'abord ? De quel continent, de quelle époque, de quel bagage culturel, de quelle classe sociale ? Cette conscience serait-elle uniquement celle portée  à son plus haut niveau par cette nouvelle catégorie de penseurs, les tenants du "matérialisme historique" ?

Et suprême orgueil : Cette conscience portée par le seul homme terrestre avec la seule nuance matérialiste du "rien ne se perd, rien ne se crée" qui induirait que si l'homme disparaissait cette conscience devrait renaître "quelque part ailleurs et à une autre heure".

 

Plus sobre Reclus, l'anarchiste.

Sans doute sa proposition qui est restée sa marque de fabrique a-t-elle pour objectif de faire comprendre que l'homme n'est pas externe à la Nature mais qu'il n'est qu'un élément de cette Nature. sur laquelle il agit qui le façonne lui même. Il n'en demeure pas moins qu'elle pose questions à un moment où l'humanité prend conscience qu'elle est responsable du bouleversement qui attend la vie sur Terre dans les prochaines décennies.

 

Plus récent : la Terre organisme vivant.

Cet article de Sciences et Vie revient sur "l'hypothèse Gaïa" formulée il y a 50 ans par le très controversé James Lovelock. La Terre serait donc un être vivant.  L'humanité y serait une sorte de système nerveux, apparu tardivement, qui permettrait à cet organisme de se penser et même de se voir. Cet être vivant mérite une identité. Lovelock a le sens de la publicité : ce sera Gaïa, déesse grecque de la Terre.

Plus modestes, les scientifiques nous ont habitués à la notion de biosphère. Mais le mythe n'est pas mort. Je lis : "A l'heure de l'anthropocène, et puisque l'humanité fait partie de Gaïa, Bruno Latour estime même qu'on peut désormais parler d'une Planète consciente d'elle même : une Gaïa 2.0". Car si Gaïa des origines "a opéré pendant toute son histoire sans anticipation ni projet" nous avons aujourd'hui suffisamment d'instruments , de connaissances et de leviers d'action pour que notre planète s'auto-régule par l'intermédiaire des humains dont elle a permis l'apparition.."

Nous en sommes donc là ? Les humains seraient le dernier organe apparu sur cet animal/planète au cours de son évolution : son organe de régulation ! Étrange proposition au moment où les humains apparaissent comme la cause principale de l'extinction de nombreuses espèces et celle du dérèglement du climat. 

 

 

 

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:08

Gérard Borvon

Ils parlent, ils parlent, nos ministres, nos présidents...

L’un après l’autre ils nous décrivent l’apocalypse climatique à venir. Les canicules, les sécheresses, les inondations, les tornades dévastatrices, la montée des mers, les larges régions de la Terre devenues invivables, l’eau devenue rare, les famines, les épidémies, les migrations, les guerres pour la survie...

Et chacun à son tour d’afficher la France comme le phare qui éclairera la Planète dans sa lutte contre le dérèglement climatique.

Et chacun de reculer dès qu’un lobby, celui des pétroliers, celui des transporteurs, celui de l’automobile, celui de l’agro-industrie, menace.

Et les juges de faire émerger peu à peu les affaires de financements occultes des campagnes électorales liées au pétrole.

Et les rapports de se succéder montrant que la France ne tient pas les engagements qu’elle prétend exiger des autres.

Alors quand nous relisons les déclarations de nos présidents, de nos ministres, parmi tous les synonymes que nous offre la langue française, un seul sonne juste : faux-culs !

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 11:07

2 septembre 2002. Sommet Mondial de la Terre des Nations Unies à Johannesburg en Afrique du Sud. Jacques Chirac à la tribune scande son discours par de larges mouvements des bras.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs."

https://youtu.be/WgrHr-MOVBI

 

Et pour frapper encore plus fort :

"Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas pour les générations futures, celui d'un crime de l'humanité contre la vie."

Effet garanti devant les soixante mille délégués et présidents, venus de cent quatre-vingt-sept pays, au premier rang desquels Nelson Mandela. Les médias, le lendemain, auront matière à commenter et ne manqueront pas de la faire.

Les délégués à ce sommet de Johannesburg se retrouvaient pour faire le point sur l’application des engagements pris dix ans plus tôt à la "Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement" qui s'était tenue à Rio de Janeiro, au Brésil, pendant le mois de juin de 1992. Cette conférence est restée dans les mémoires comme le "Sommet de la Terre de Rio". 178 pays y étaient représentés, 110 chefs d’État et de Gouvernement, 2000 représentants d'ONG (organisations non gouvernementales) et surtout des milliers de personnes au forum organisé en parallèle par les ONG. Un vrai succès qui s'est conclu par une "Déclaration de Rio sur l'Environnement et le Développement" énonçant 27 principes parmi lesquels étaient introduites les notions de "développement durable" et de "principe de précaution". Plus concrètement était adopté par les chefs d’État présents un "Agenda 21", plan d'action pour le 21ème siècle énumérant 2500 principes précisant l'application de la déclaration. Son chapitre 9 consacré à la "Protection de l'atmosphère" alertait déjà sur le bouleversement climatique.

Oui, déjà à Rio, on le savait. La Planète brûlait !

10 ans plus tard à Johannesburg, le point doit être fait sur la mise en application des engagements de Rio. Les représentants des États producteurs et consommateurs de combustibles fossiles qui se succèdent à la tribune ont bien retenu le vocabulaire des militants écologistes. Après le président français soudainement inspiré, chacun se doit de participer à la surenchère verbale.

C'est pas moi qui l'a brûlée...

La réalité de leur engagement se révèle pourtant toute autre. Force est de constater la maigreur du bilan de Johannesburg. Le sujet le plus épineux, objet de longs marchandages fut l’énergie. Les négociations se sont principalement focalisées sur la part d’énergies renouvelables. Les ONG se battaient pour qu'un objectif chiffré et un calendrier soient fixés pour leur mise en œuvre. La montagne de discussions accouchait de la proposition finale de les accroître "substantiellement" de façon "urgente". Il urgeait surtout de ne s'engager sur rien. De même, alors qu’il était question de supprimer toutes les subventions aux énergies fossiles, on ne parle plus dans le texte final que de faire la "promotion des énergies fossiles propres". Propres ? Les lobbies du pétrole et du gaz ont su traduire : carte blanche pour ne rien changer tout en adoptant la novlangue écolo. Place au "greenwashing" !

Quant aux deux milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services énergétiques satisfaisants et qui seront les premières à subir les effets du dérèglement climatique, le texte final n'en disait rien. Les véritables gagnants étaient les pays comme les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Japon, le Canada, l’Australie, qui avaient réussi à protéger leurs intérêts dans le domaine des combustibles fossiles.

Dehors les ONG manifestaient leur colère. Yves Cochet, député des Verts ironisait : "Jacques Chirac parle d'or mais ne parle pas d'argent". Dans l'ombre, Nicolas Hulot, le conseiller pour l'environnement du président français, cherchait à limiter les dégâts. De "cette immense montagne" qui, ajoutait-il, "va probablement accoucher d'une souris", il réussissait à extraire un élément positif : "sur un plan psychologique, c'est quand même important parce que là, les derniers doutes sont levés. "

Effectivement, pour les ONG, les derniers doutes avait été levés à Johannesburg. On savait à présent qu'il n'y avait rien à attendre de ces sommets mondiaux où chacun se livre à une surenchère d'envolées lyriques sur la protection de l'environnement sans en croire un seul mot.


 

Cinq ans plus tard, deuxième couche.


 

Retour de Johannesburg, Chirac s'est bien employé à mettre en sourdine ses déclamations écologistes mais, le 3 février 2007, l'occasion lui était donnée de récidiver. C’est par un "Appel de Paris" qu'il concluait la réunion de travail du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le Giec, qui se tenait dans la capitale française. Les rapports des experts se font de plus en plus précis. Ce rapport, le quatrième depuis la création du Giec, est particulièrement alarmiste. Il constate que la fonte complète de l’inlandsis du Groenland pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres. Résultat : les terres de basse altitude seraient submergées. De nombreuses régions et même des États disparaîtraient de la carte.


 

Jacques Chirac, en nouveau prophète de l'écologie, n'hésite pas à faire de la surenchère. "Le jour approche où l'emballement climatique échappera à tout contrôle : nous sommes au seuil de l'irréversible", assène-t-il. Cette fois le mot qui devra rester dans les annales sera : Révolution ! "Face à l'urgence, le temps n'est plus aux demi-mesures: le temps est à la révolution. La révolution des consciences. La révolution de l'économie".


 

Qui se souvient des "Bastilles climatiques" prises par Jacques Chirac ? Les lobbies de l'automobile, de l'agrochimie et du pétrole, ont-ils eu à se plaindre de son passage au pouvoir ? On-t-ils été mis hors d'état de nuire ces ci-devant pyromanes dénoncés par ce nouveau Robespierre ?


 

Elf et l'argent du pétrole. Il ne pourra pas dire qu'il ne savait pas.


 

Au moment même où, en 2002 à Johannesburg, Jacques Chirac lançait sa célèbre imprécation, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d'Elf, préparait son procès en appel dans ce qui est devenu "l'affaire Elf". Il a fallu toute la persévérance et le courage des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky pour mettre à jour l'une des affaires de corruption les plus tristement célèbres de la fin du 20ème siècle : les marchés du pétrole acquis par Elf en échange de somptueux dessous de table remis aux différents chefs des État concernés, avec à la clé une partie du butin rapatrié et partagé entre les responsables politiques du moment en France.


 

"Cette fois je vais tout vous dire" déclare Loïk Le Floch-Prigent dans un interview au journal Le Parisien le 26 octobre 2002. Chirac savait, dit-il, "j'ai donc décidé de produire un document signé de la main de Jacques Chirac qui prouve qu'il était parfaitement au courant des commissions versées par Elf et d'un certain nombre de choses".

Interrogé par le Journal du Dimanche en septembre 2011, l'avocat Robert Bourgi, successeur du sulfureux Foccart, révélait à son tour "vingt-cinq ans de pratiques occultes sous Chirac". Il a des comptes à régler et raconte les transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. "Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris" dit-il, citant en particulier la présidentielle de 2002 avec les liasses de billets, trois millions de dollars, remis à Dominique de Villepin de la part de Omar Bongo. Propos "abracadabrantesques" ? L'histoire le dira mais à Johannesburg, comme plus tard à Paris, les chefs de gouvernements et diplomates, bien informés des dessous de la politique française en matière de pétrole et de corruption, ont dû être admiratifs devant le culot du chef d’État français.


 

La maison brûle ?


 

Reste pourtant le souvenir de la phrase choc, détournée par l'ironie de celles et ceux qui ne peuvent que constater le double langage des grands de ce monde


 

Le climat se détraque... et ils regardent ailleurs.

Les océans s'étouffent sous les plastiques... et ils regardent ailleurs.

Les oiseaux, les insectes, disparaissent... et ils regardent ailleurs.

La famine menace des millions de personnes... et ils regardent ailleurs.

Les canicules, les inondations, les ouragans, les incendies, font des milliers de morts... et ils regardent ailleurs.

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