Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 11:35

Par Gérard Borvon

 

 

"Dans ce temps-là, il n'y aura plus dans le monde ni agriculture, ni pâtres, ni laboureurs : le problème de l'existence par la culture du sol aura été supprimé par la chimie ! " (Marcellin Berthelot, 1894)

 

 

 

 

 

Marcellin Berthelot (1827-1907), chimiste et homme d'État  fut ministre de l'Instruction publique, puis des Affaires étran­gères.  Il prononça ce discours au banquet de la Chambre syndicale des Produits chimiques, le 5 avril 1894 (voir page 62).

 

L'historien des Sciences Pierre Thuillier qualifiait Marcellin Berthelot de "pontife du scientisme républicain". Ce discours en est une parfaite illustration. Voir en particulier le passage sur la nourriture en l'an 2000.

 

 

 

Messieurs,

 

Je vous remercie d'avoir bien voulu nous inviter à votre banquet et d'avoir réuni dans ces agapes fraternelles, sous la présidence de l'homme dévoué au bien public qui est assis devant moi, les serviteurs des laboratoires scientifiques, parmi lesquels j'ai l'honneur de compter depuis bientôt un demi-siècle, et les maîtres des usines industrielles, où se crée la richesse nationale. Par là vous avez prétendu affirmer cette alliance indissoluble de la science et de l'industrie, qui caractérise les sociétés modernes. Vous en avez le droit et le devoir plus que personne, car les industries chimiques ne sont pas le fruit spontané de la nature : elles sont issues du travail de l'intelligence humaine.

 

Est-il nécessaire de vous rappeler les progrès accomplis par vous pendant le siècle qui vient de s'écouler ? La fabrication de l'acide sulfurique et de la soude artificielle, le blanchiment et la teinture des étoffes, le sucre de betterave, les alcaloïdes thérapeutiques, le gaz d'éclairage, la dorure et l'argenture, et tant d'autres inventions, dues à nos prédécesseurs ? Sans surfaire notre travail personnel, nous pouvons déclarer que les inventions de l'âge présent ne sont certes pas moindres : l'électrochimie transforme en ce moment la vieille métallurgie et révolutionne ses pratiques séculaires ; les matières explosives sont perfectionnées par les progrès de la thermochimie et apportent à l'art des mines et à celui de la guerre le concours d'énergies toutes-puissantes ; la synthèse organique surtout, oeuvre de notre génération, prodigue ses merveilles dans l'invention des matières colorantes, des parfums, des agents thérapeutiques et antiseptiques.

 

Mais, quelque considérables que soient ces progrès, chacun de nous en entrevoit bien d'autres : l'avenir de la chimie sera, n'en doutez pas, plus grand encore que son passé. Laissez-moi vous dire à cet égard ce que je rêve : il est bon d'aller en avant, par l'acte quand on le peut, mais toujours par la pensée. C'est l'espérance qui pousse l'homme et lui donne l'énergie des grandes actions ; l'impulsion une fois donnée, si on ne réalise pas toujours ce qu'on a prévu, on réalise quelque autre chose, et souvent plus extraordinaire encore : qui aurait osé annoncer, il y a cent ans, la photographie et le téléphone ?

 

Laissez-moi donc vous dire nos rêves : le moment est propice, c'est après boire que l'on fait ses confidences. On a souvent parlé de l'état futur des sociétés humaines ; je veux, à mon tour, les imaginer, telles qu'elles seront en l'an 2000: au point de vue purement chimique, bien entendu ; nous parlons chimie à cette table.

 

Dans ce temps-là, il n'y aura plus dans le monde ni agriculture, ni pâtres, ni laboureurs : le problème de l'existence par la culture du sol aura été supprimé par la chimie ! Il n'y aura plus de mines de charbon de terre, ni d'industries souterraines, ni par conséquent de grèves de mineurs ! Le problème des combustibles aura été supprimé, par le concours de la chimie et de la physique. Il n'y aura plus ni douanes, ni protectionnisme, ni guerres, ni frontières arrosées de sang humain ! La navigation aérienne, avec ses moteurs empruntés aux énergies chimiques, aura relégué ces institutions surannées dans le passé ! Nous serons alors bien prêts de réaliser les rêves du socialisme... pour que l'on réussisse à découvrir une chimie spirituelle, qui change la nature morale de l'homme aussi profondément que notre chimie transforme la nature matérielle !

 

Voilà bien des promesses ; comment les réaliser ? C'est ce que je vais essayer de vous dire.

 

Le problème fondamental de l'industrie consiste à découvrir des sources d'énergie inépuisables et se renouvelant presque sans travail.

 

Déjà nous avons vu la force des bras humains remplacée par celle de la vapeur, c'est-à-dire par l'énergie chimique empruntée à la combustion du charbon ; mais cet agent doit être extrait péniblement du sein de la terre, et la proportion en diminue sans cesse. Il faut trouver mieux. Or le principe de cette invention est facile à concevoir : il faut utiliser la chaleur solaire, il faut utiliser la chaleur centrale de notre globe. Les progrès incessants de la science font naître l'espérance légitime de capter ces sources d'une énergie illimitée. Pour capter la chaleur centrale. par exemple. il suffirait de creuser des puits de 4 à 5 000 mètres de profondeur : ce qui ne surpasse peut-être pas les moyens des ingénieurs actuels, et surtout ceux des ingénieurs de l'avenir. On trouvera là la chaleur, origine de toute vie et de toute industrie. Ainsi l'eau atteindrait au fond de ces puits une température élevée et développerait une pression capable de faire marcher toutes les machines possibles. Sa distillation continue produirait cette eau pure, exempte de microbes, que l'on recherche aujourd'hui à si grands frais, à des fontaines parfois contaminées. A cette profondeur, on posséderait une source d'énergie renouvelée. On aurait donc la force partout présente, sur tous les points du globe, et bien des milliers de siècles s'écouleraient avant qu'elle éprouvât une diminution sensible.

 

Mais revenons à nos moutons, je veux dire à la chimie. Qui dit source d'énergie calorifique ou électrique, dit source d'énergie chimique. Avec une telle source, la fabrication de tous les produits chimiques devient facile, économique, en tout temps, en tout lieu, en tout point de la surface du globe.

 

C'est là que nous trouverons la solution économique du plus grand problème peut-être qui relève de la chimie, celui de la fabrication des produits alimentaires. En principe, il est déjà résolu : la synthèse des graisses et des huiles est réalisée depuis quarante ans, celle des sucres et des hydrates de carbone s'accomplit de nos jours, et la synthèse des corps azotés n'est pas loin de nous. Ainsi le problème des aliments, ne l'oublions pas, est un problème chimique. Le jour où l'énergie sera obtenue économiquement, on ne tardera guère à fabriquer des aliments de toutes pièces. avec le carbone emprunté à l'acide carbonique, avec l'hydrogène pris à l'eau, avec l'azote et l'oxygène tirés de l'atmosphère.

 

Ce que les végétaux ont fait jusqu'à présent, à l'aide de l'énergie empruntée à l'univers ambiant, nous l'accomplissons et nous l'accomplirons bien mieux, d'une façon plus étendue et plus parfaite que ne le fait la nature : car telle est la puissance de la synthèse chimique.

 

Un jour viendra où chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azotée, sa petite motte de matière grasse, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit flacon d'épices aromatiques, accommodés à son goût personnel ; tout cela fabriqué économiquement et en quantités inépuisables par nos usines ; tout cela indépendant des saisons irrégulières, de la pluie, ou de la sécheresse, de la chaleur qui dessèche les plantes, ou de la gelée qui détruit l'espoir de la fructification ; tout cela enfin exempt de ces microbes pathogènes, origine des épidémies et ennemis de la vie humaine.

 

Ce jour-là, la chimie aura accompli dans le monde une révolution radicale, dont personne ne peut calculer la portée ; il n'y aura plus ni champs couverts de moissons, ni vignobles, ni prairies remplies de bestiaux. L'homme gagnera en douceur et en moralité, parce qu'il cessera de vivre par le carnage et la destruction des créatures vivantes. Il n'y aura plus de distinction entre les régions fertiles et les régions stériles. Peut-être même que les déserts de sable deviendront le séjour de prédilection des civilisations humaines, parce qu'ils seront plus salubres que ces alluvions empestées et ces plaines marécageuses, engraissées de putréfaction, qui sont aujourd'hui les sièges de notre agriculture.

 

Dans cet empire universel de la force chimique, ne croyez pas que l'art, la beauté, le charme de la vie humaine soient destinés à disparaître. Si la surface terrestre cesse d'être utilisée, comme aujourd'hui, et disons-le tout bas, défigurée, par les travaux géométriques de l'agriculteur, elle se recouvrira alors de verdure, de bois, de fleurs ; la terre deviendra un vaste jardin, arrosé par l'effusion des eaux souterraines, et où la race humaine vivra dans l'abondance et dans la joie du légendaire âge d'or.

 

Gardez-vous cependant de penser qu'elle vivra dans la paresse et la corruption morale. Le travail fait partie du bonheur : qui le sait mieux que les chimistes ici présents ? Or, il a été dit dans le livre de la Sagesse : « Qui accroît la science accroît le travail. » Dans le futur âge d'or, chacun travaillera plus que jamais. Or, l'homme qui travaille est bon, le travail est la source de toute vertu. Dans ce monde renouvelé, chacun travaillera avec zèle, parce qu'il jouira du fruit de son travail ; chacun trouvera dans cette rémunération légitime et intégrale, les moyens pour pousser au plus haut point son développement intellectuel, moral et esthétique.

 

Messieurs, que ces rêves ou d'autres s'accomplissent, il sera toujours vrai de dire que le bonheur s'acquiert par l'action, et dans l'action poussée à sa plus haute intensité par le règne de la science.

 

Telle est mon espérance, qui triomphe du monde, suivant le vieux mot chrétien ; tel est notre idéal à tous ! C'est celui de la Chambre syndicale des Produits chimiques. Je bois au travail, à la justice et au bonheur de l'humanité !

 

MARCELLIN BERTHELOT

__________________________________________________________________

 

"Un jour viendra où chacun emportera pour se nourrir sa petite tablette azotée, sa petite motte de matière grasse, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit flacon d'épices aromatiques, accommodés à son goût personnel ; tout cela fabriqué économiquement et en quantités inépuisables par nos usines..." (Marcellin Berthelot)

 

 

 

 

Ci dessous la réponse de Robida.

 

Se nourrir en 2000, par Robida

 

 

 

Et en l'an 2000 ?

 

 

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 12:52

En 1876, un article de la revue La Nature annonce un événement de première importance dans le domaine de la chimie. Le chimiste Lecoq de Boisbaudran a isolé un corps auquel il a donné le nom de gallium. En référence au coq, ce gallinacé dont il porte le nom ou pour honorer sa patrie, la Gaule ? La controverse n'est pas tranchée.

 

A l'occasion de cette annonce le chimiste rend hommage à Mendeleev :

 

"il n'est pas besoin d'insister, dit-il, sur l'extrême importance qui s'attache à la

confirmation des vues théoriques de M. Mendeleev concernant la densité du nouvel élément.

On reste en effet frappé d'étonnement quand on compare les propriétés du métal que M. Mendeleev décrivait comme devant exister, avec celle du gallium actuellement mis à jour."

Ce métal, Medeleev l'avait prévu dès 1869 et il lui avait donné le nom de ekaaluminium. Gaston Tissandier qui signe l'article relève l'importance de l'événement : 

 

"Cette découverte prend donc actuellement un caractère  d'une importance capitale. L'apparition du gallium, ainsi comprise, ouvre à la science de nouveaux horizons. de même que l'astronomie révèle, par le calcul, l'existence de planètes ignorées, la chimie, s'appuyant sur des conceptions purement théoriques, peut également dévoiler celle des éléments, avant qu'on ait imaginé les réactions destinées à les faire connaître". 

__________________________________________________________________________

 

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 15:35

 

JPEG - 77.7 ko

Dérèglement climatique, fonte des glaces, cyclones, sécheresses…coupable : le dioxyde de carbone.

 

Pourtant sans ce gaz il n’y aurait aucune trace de vie sur Terre.

 

Histoire du carbone et du CO2.

 

Un livre chez Vuibert.

 

feuilleter

 

L’auteur nous fait suivre la longue quête qui, depuis les philosophes de la Grèce antique jusqu’aux chimistes et biologistes du XVIIIe siècle, nous a appris l’importance du carbone et celle du CO2.

 

L’ouvrage décrit ensuite la naissance d’une chimie des essences végétales qui était déjà bien élaborée avant qu’elle ne s’applique au charbon et au pétrole.

 

Vient le temps de la « révolution industrielle ». La chimie en partage les succès mais aussi les excès.

 

Entre pénurie et pollutions, le « carbone fossile » se retrouve aujourd’hui au centre de nos préoccupations. De nombreux scientifiques tentent maintenant d’alerter l’opinion publique.
 

Seront-ils entendus ?


contact : gerard.borvon@wanadoo.fr

02 98 85 12 30


L’introduction :

 

CO2, fatal ou vital ?

 

« CO2 - Élixir de vie et tueur du climat » est le titre d’une exposition présentée au musée Naturama de Aarau en Suisse à la charnière des années 2012 et 2013.

 

Élixir… le mot est fort. Il a été emprunté à l’arabe médiéval « al iksīr » désignant la liqueur d’immortalité des alchimistes ou la pierre philosophale supposée transformer le plomb en or.

 

Dans une première partie nous choisirons ce côté lumineux de l’histoire.
 

Nous découvrirons la suite de tâtonnements, de réussites et aussi parfois d’échecs, qui a fait prendre conscience de l’existence et du rôle de cet « élixir », le dioxyde de carbone et de ce joyau minéral, le carbone.

 

Tueur de climat. Qui peut encore le nier ? Et qui peut refuser de voir que la dangereuse augmentation du CO2 dans l’atmosphère, loin d’être une malédiction portée par ce gaz, est le résultat de l’emballement d’un monde industriel développé qui gaspille les ressources fossiles accumulées sur la planète au cours de millions d’années et les disperse sous forme d’objets inutiles et de polluants multiples.

 

Élixir ou poison, amour ou désamour… Le carbone et le dioxyde de carbone sont symboliques de cette chimie aux deux visages qui sont aussi ceux de la science en général.

 

D’une part, une science « pour comprendre », qui enthousiasme les scientifiques comme les esprits curieux par ses extraordinaires avancées dans la connaissance des phénomènes naturels. Une science qui donne la liberté de penser le monde en dehors des dogmes et qui, en même temps, peut apporter du confort à la vie quotidienne de chacune et chacun.

 

De l’autre côté, une science au service d’une « croissance infinie », décrétée par un système économique qui impose ses choix techniques et politiques. Une science et une technique dont les bénéfices pour la société sont de plus en plus occultés par les nuisances sociales et environnementales qu’elles provoquent.

 

Qui s’intéresse à l’histoire des sciences et des techniques ne peut échapper à ce double sentiment :

 

- L’émerveillement devant l’ingéniosité de l’esprit humain et les constructions intellectuelles et matérielles qu’il met en oeuvre pour comprendre son environnement et améliorer son cadre de vie.

 

- La lucidité devant le redoutable pouvoir des sciences et des techniques entre les mains de ceux pour qui elles représentent d’abord un outil pour posséder ou dominer.

 

À travers cette histoire du carbone et du CO2, nous n’échapperons pas à ces allers et retours.

 

Depuis l’Antiquité grecque jusqu’à Lavoisier nous suivrons une science dans laquelle nous serons tentés de ne reconnaître que la curiosité de l’enfance et l’enthousiasme de l’adolescence. Cette première partie nous apprendra ce que sont le carbone et le CO2 et comment ils contribuent à la vie sur cette planète.

 

Nous verrons ensuite une accélération extraordinaire des connaissances scientifiques et une multiplication de leurs applications techniques, au cours d’un xixe siècle qui s’achève avec les ondes électromagnétiques, les rayons X, la radioactivité, les premières automobiles, etc. Viendra ensuite le xxe siècle qui exploitera ces découvertes, pour le confort des sociétés développées, en même temps que se développeront leurs usages les plus redoutables.

 

Un développement qui amène à s’interroger sur la fonction des sciences dans nos sociétés. Car les scientifiques en font eux-mêmes le constat : alors qu’elle est depuis longtemps un indiscutable synonyme de progrès, à la fois pour les connaissances et pour la vie quotidienne, un désamour s’installe entre la science et la société.

 

C’est dans ces moments de doute qu’un retour aux sources peut faire revivre, à travers les écrits des auteurs des époques antérieures, les élans et les joies des premiers succès. Peut-être trouverons-nous également, dans ces expériences passées, des aides pour imaginer un nouvel avenir des sciences dans une société qui fonctionnerait sur d’autres bases que celles d’une croissance matérielle effrénée.

 

Note : nous avons choisi de scinder ce texte en cinq parties qui s’enchaînent mais qui pourraient également se lire de façon séparée.


 


Table des matières

 

CO2, fatal ou vital ?.

 

Première partie. D’Empédocle à Lavoisier, des quatre éléments à la naissance du carbone.

 

Au début étaient les quatre éléments. (voir)

Un modèle d’une grande puissance évocatrice.

Des quatre éléments aux quatre humeurs.

L’intermédiaire alchimique.

 

Jean-Baptiste Van Helmont, l’eau, la croissance des végétaux
et le « gas silvestre ». (voir)

L’alchimiste blasphémateur.

Les Anciens se sont trompés : il n’existe qu’un seul élément !.

Lavoisier et la contestation de la transmutation de l’eau en terre.

Au sujet du « gas silvestre » et de la naissance du mot « gaz ».

Hommage rendu à Van Helmont : l’adoption du mot « gaz ».

 

Georg Ernst Stahl, de l’élément feu jusqu’au phlogistique. (voir)

De l’alchimie à la chimie.

Du « principe sulfureux » au « principe inflammable » : le phlogistique.

Le charbon et les métallurgistes.

Un modèle diffusé par les chimistes français.

Quand Lavoisier était encore phlogisticien.

 

La course aux airs.

Stephen Hales (1677-1761). Quand l’air se transforme en pierre !. (voir)

Joseph Black (1728-1799) et l’air fixe.(voir)

Henry Cavendish (1731-1810), de l’air fixe à l’air inflammable
et autres airs factices.(voir)

Joseph Priestley (1733-1804), air fixe, air nitreux, air déphlogistiqué
et autres airs.(voir)

Les plantes ne fonctionnent pas comme prévu !.

Priestley mesure l’importance de l’observation..

Priestley et l’air fixe : poison ou remède ?.

Vraiment bizarre ?.

 

Priestley, Scheele, Lavoisier. De l’air déphlogistiqué à l’air du feu
et à l’oxygène. . .

Priestley (1733-1804), le phlogistique et l’air déphlogistiqué.

Carl Wilhelm Scheele (1742-1786) et l’air du feu.

Lavoisier (1743-1794), de l’air vital au principe oxygine et à l’oxygène.

1774-1777 : l’air est un mélange de deux fluides.

1777 : le phlogistique n’existe pas.

Quand l’air vital devient « air acidifiant » : le principe oxygine.

Quand naît l’oxygène.

 

Lavoisier. De l’air fixe à l’acide crayeux aériforme
et au gaz carbonique. . .

Quand l’air fixe devient acide crayeux aériforme..

De l’acide crayeux aériforme à l’acide charbonneux.

Quand l’acide charbonneux devient gaz acide carbonique
et quand naît le carbone.

 

De l’offensive anticarbone à la victoire de CO2.

Une réception « nuancée » de la part des académiciens français.

Des mots durs, barbares, qui choquent l’oreille. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

La guerre est déclarée.

Oubliez ces carbonates, ces carbures….

Et pourtant carbone, carbonique et carbonates se sont imposés.

Symboles et équations chimiques.

 

O2 et CO2 : le jour et la nuit des plantes. . . (voir)

Charles Bonnet et l’alimentation des plantes par leurs feuilles. . . . . . . .

Jan Ingenhousz : le soleil rythme la vie des végétaux.

La vie nocturne des plantes.

Comme les animaux, jour et nuit, les plantes respirent.

Senebier, ou comment les plantes s’alimentent.

Lavoisier et l’apport de la chimie.

Aujourd’hui.

Et avant-hier ?.

 

O2, CO2 et la respiration des animaux. . .

Lavoisier et la respiration animale.

Savoir mesurer la chaleur.

Après l’unité, l’appareil de mesure. .

Les cochons d’Inde et la respiration.

Lavoisier, Seguin et la respiration humaine.

 

Deuxième partie. Quand la chimie était verte. . .

 

Quand la chimie naissait des plantes. . . (voir)

Distiller les bois, les feuilles, les graines, les racines.

Les produits précieux des résines.

Une résine élastique : le caoutchouc.

Retour aux sources.

 

Au sujet des charbonniers et du charbon de bois. . .

L’antiquité du charbon de bois.

L’industrie métallurgique et la grande époque des charbonniers.

Les chimistes et le charbon.

Lavoisier, le charbon et la poudre noire.

Coup d’oeil sur le charbon de bois aujourd’hui.

Mais alors, où est le problème ?.

 

Du bois pour les gazogènes. . .

Philippe Lebon invente le gazogène.

Gazogène à bois, le retour.

Retour aux sources ?.

 

Des plastiques sans houille et sans pétrole. . . (voir)

Du coton-poudre au collodion.

Du collodion au Celluloïd.

Le succès de la soie artificielle.

Et aujourd’hui ?.

 

Troisième partie. Quand le charbon sort de terre. . .


Le charbon et la vapeur au siècle de l’industrie. . . (voir)

Avec Denis Papin, le siècle de la vapeur commence en Angleterre.

Newcomen, Watt : de la « pompe à feu » à la machine à vapeur.

En France, de la révolution sociale à la révolution industrielle.

Le versant noir du progrès.

De la mine aux tranchées.

La colonisation, l’autre guerre.

 

Quand le gaz de houille éclairait la ville. . . (voir)

Les pionniers britanniques.

L’éclairage au gaz en France.

Quand les « becs de gaz » investissent le paysage urbain.

Le gaz menacé par l’électricité.

La lumière électrique à Châteaulin quand Paris l’attend encore :
beau symbole !.

 

Le goudron de houille et le grand oeuvre des chimistes du 19ème siècle. (voir)

Le merveilleux goudron.

L’affaire de la garance.

La conquête de l’indigo.

La suprématie allemande.

Une industrie « précieuse pendant la guerre ».

 

Quatrième partie. Asphalte, bitume et pétrole.

 

Asphalte, bitume et pétrole avant l’automobile. (voir)

Asphalte et bitume sous Louis XV.

L’asphalte dans les villes de la Belle Époque.

Le pétrole, huile de la pierre.

Quand le pétrole était un médicament.

Quel usage pour ce pétrole ?.

Le pétrole du Caucase.

Le pétrole d’Amérique.

Et en Europe ?.

Le pétrole dans le monde en 1889.

La querelle des plutoniens et des neptuniens.

 

Premiers pipe-lines, premiers pétroliers, premières raffineries,
premiers accidents.

Le pétrole, un produit d’avenir ?.

 

Et l’automobile fut. (voir)

L’automobile et la vapeur.

Quand la fée électricité animait les tramways, les fiacres et les
automobiles.

L’autre moteur.

La victoire du pétrole.

1900 : le big-bang automobile.

 

Le pétrole d’après.

 

Pour conclure.

 

Le carbone et la vie. (voir)

La chimie devient « organique ».

De la synthèse organique à la génétique.

Le carbone, du big-bang à l’Homo sapiens.

Naissance de la Planète bleue.

Quand s’assemblent les molécules du vivant.

 

La science face au désamour. (voir)

Un débat à la Sorbonne.

Débattre de la science et de la vie il y a cent ans ?.

Débattre il y a cinquante ans ?.

Lanceurs d’alerte.

Retour à la Sorbonne.

Un problème de démocratie.

Cultiver les sciences.

Rapide plaidoyer pour l’histoire des sciences.

Les sciences, remède à la technocratie ?.


Bibliographie.

 

Index des noms propres.

 

_______________________________________________________________________

 

Où le trouver :

 

* Catalogue SUDOC  http://www.sudoc.fr/171894286

 

* Catalogue http://www.worldcat.org/title/histoire-du-carbone-et-du-co2/oclc/859443343

 

* http://www.espace-sciences.org/explorer/idees-lecture/histoire-du-carbone-et-du-co2

 

* Mines Paristech : http://rocks.ensmp.fr/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=160978

 

* Musée d'Histoire des Sciences Genève : http://www.ville-ge.ch/mhs/pdf/bib_acq_mhs_2013.pdf

 

* Centre universitaire de Mila-Alger : http://www.centre-univ-mila.dz/a/bibliotheque/pages/Accueil/pdf/chimie-fr.pdf

 

* http://cibleplus.ulb.ac.be/recorddetails/996965?1

 

* Université du Québec à Chicoutimi : http://decouverte.uquebec.ca/primo_library/libweb/action/search.do?fn=search&ct=search&vid=UQAC&vl%28freeText0%29=231101191X

 

* Université Laval Québec : http://decouverte.uquebec.ca/primo_library/libweb/action/search.do?fn=search&ct=search&vid=UQAC&vl%28freeText0%29=231101191X

 

*   http://lms01.harvard.edu/F/GME5YUYRLCGEC89S3MAKG5QIU4BF6NICF8NUUFL5GP36QLJXSB-15237?func=full-set-set&set_number=080151&set_entry=000001&format=999

 

* http://searchworks.stanford.edu/view/10757176

 

* Cité des Sciences et de l'industrie Paris :

http://med.cite-sciences.fr/F/7H1H5U8NIVK4X9N3C3BSHDN6S223NGNBRS1F2977QFA3JHCE79-02992?func=full-set-set&set_number=632093&set_entry=000001&format=999

 

*   http://catalogue.bpi.fr/tout/document?search_group=g1&filter=&sort_value=relevance&search_type=keyword&search_input=borvon%20gerard&page=1&page_size=50&log_ctx=async_search&search_operator1=AND&search_input2=&search_type2=keyword&search_operator2=AND&search_input3=&search_type3=keyword&index=4

 

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
25 août 2017 5 25 /08 /août /2017 12:38

"Connais premièrement la quadruple racine de toute choses : Zeus aux feux lumineux, Héra mère de vie, et puis Aidônéus, Nestis enfin, aux pleurs dont les mortels s'abreuvent"

 

Ainsi parlait Empédocle.

 

Empédocle (-490 ; -430), né dans la ville grecque d'Agrigente en Sicile, ne peut laisser indifférent. D'abord par la forme poétique des fragments qui nous sont parvenus de ses paroles. Par leur contenu ensuite. 

 

La légende a surtout retenu sa mort. Il aurait choisi dit-on de se jeter dans l'Etna ne laissant en témoignage, sur le bord du cratère, que ses sandales. Des sandales "d'airain" précise même la légende. Le mythe a alimenté une abondante littérature. Dans "La psychanalyse du feu", Bachelard, appelant la mythologie grecque à son secours ne pouvait manquer de rencontrer Empédocle.

 

Bachelard et le "complexe d'Empédocle".

 

Dans le chapitre intitulé "Feu et rêverie, le complexe d'Empédocle", Bachelard explore la "rêverie au coin du feu".  "Le feu enfermé dans le foyer fut sans doute pour l’homme le premier sujet de rêverie, le symbole du repos, l’invitation au repos. On ne conçoit guère une philosophie du repos sans une rêverie devant les bûches qui flambent".

 

Il nous entraîne alors dans la contemplation de l'enfant devant la cheminée "les coudes aux genoux et la tête dans les mains". Puis, rompant avec cette image,  il poursuit :

 

"Mais la rêverie au coin du feu a des axes plus philosophiques. Le feu est pour l’homme qui le contemple un exemple de prompt devenir et un exemple de devenir circonstancié. Moins monotone et moins abstrait que l’eau qui coule, plus prompt même à croître et à changer que l’oiseau au nid surveillé chaque jour dans le buisson, le feu suggère le désir de changer, de brusquer le temps, de porter toute la vie à son terme, à son au-delà. Alors la rêverie est vraiment prenante et dramatique ; elle amplifie le destin humain ; elle relie le petit au grand, le foyer au volcan, la vie d’une bûche et la vie d’un monde. L’être fasciné entend l’appel du bûcher. Pour lui, la destruction est plus qu’un changement, c’est un renouvellement.

 

Cette rêverie très spéciale et pourtant très générale détermine un véritable complexe où s’unissent l’amour et le respect du feu, l’instinct de vivre et l’instinct de mourir. Pour être rapide, on pourrait l’appeler le complexe d’Empédocle."

 

Il est certain qu'Empédocle a transmis à Bachelard son talent poétique. Se serait-il reconnu dans cette "rêverie très spéciale", dans cette lutte entre instinct de vivre et instinct de mourir dont Bachelard l'a fait le porte flambeau ?

 

Qui pourrait l'affirmer ?

 

Naissance des quatre éléments.

 

Mais revenons à Empédocle et aux dieux, Zeus, Héra, Aidônéus, Nestis. Que penser des "quadruples racines de toutes choses" dont ils sont les dépositaires et qu'il nous somme de connaître. Faut-il nous engager dans le dédale des dieux grecs, de leur généalogie, de leur vie et de leurs pouvoirs pour interpréter cette si poétique injonction ? Fort heureusement, Empédocle a lui-même décrypté son message. 

 

Le dialogue étant une forme prisée dans le monde grec, il s'adresse à "Pausanias, fils du prudent Anchitos".

 

"Ecoute d'abord les quatre racines de toutes choses, le feu, l'eau, la terre et l'éther immensément haut ; c'est de là que provient tout ce qui a été, est et sera".

 

Tout a été dit. Platon, Aristote et la majorité des lettrés des siècles à venir ne feront que commenter, développer ou agrémenter la proposition. Seule modification, l'air remplaçant l'éther.

 

Chez les anciens grecs, Ether est d'abord un dieu à la généalogie complexe qui, entre autres attributions personnifie le ciel. Plus tard l'éther sera la matière emplissant les espaces au delà de la lune (supralunaires) occupés par les astres et les dieux immortels tandis que, dans les parties inférieures de l'univers (sublunaires), se trouvera l'air respiré par les mortels. Les "quatre racines de toute chose" deviendront alors : le feu, l'air, l'eau et la terre.

 

Mais Empédocle ne peut ignorer que, bien avant lui, Thalès de Millet (VII° - VII° siècle av JC) considérait l'eau comme premier et seul élément. Que pour Anaximène (-585 ; -525), cet unique élément était l'air et que pour Héraclite d'Ephèse (-544 ; -480) le feu était le principe de toute chose. Aussi en appelle-t-il aux dieux et aux muses pour trancher le différent entre lui et ces autres prétendants.

 

"Détournez, ô dieux, cette folie de ma langue, faites couler une source pure de mes lèvres sanctifiées. Et toi, vierge au bras blanc, Muse que poursuivent tant de prétendants, je ne demande que ce qu'il est permis d'entendre aux éphémères humains. Prends les rênes du char sous les auspices de la piété. Le désir des fleurs brillantes de la gloire, que je pourrais cueillir auprès des mortels, ne me fera pas dire ce qui est défendu".

 
 
Empédocle ne peut en douter : les dieux l'ont jugé seul digne de recevoir leur message.
 
 
 
Rien ne se crée, rien ne disparaît, tout se transforme.
 
Et ce message est :
 
 
"Il n'y a pas de naissance d'aucune des choses mortelles, il n'y a pas de fin par la mort funeste, il n'y a que mélange et dissociation de mélange".
 
 
Pas de naissance, pas de fin... A l'évidence, bien avant Lavoisier était énoncée la "loi de conservation de la matière" qui lui a été faussement attribuée.
 
 
Et pour être plus précis :
 
 
"Allons, considère ce qui confirma mes premières paroles, vois s'il y a, dans ce que j'ai dit, quelque forme omise : le soleil, brillant à voir source de toute chaleur. L'éther épandu que baignent les blanches lueurs, la pluie, sombre et froide entre toutes choses, la terre d'où provient tout ce qui est solide et pesant.
 
 
Dans la Haine, ils sont tous isolés et défigurés, mais l'Amour les réunit par un désir réciproque.
 
 
C'est d'eux que se forme tout ce qui a été, est ou sera jamais, que poussent les arbres, les hommes et les femmes, les bêtes, les oiseaux, les poissons que l'eau nourrit, et les dieux à la longue vie, à qui appartiennent les suprêmes honneurs. Tous ces êtres sont ces mêmes choses, qui circulent au travers les unes des autres, apparaissent sous divers aspects, que la dissociation fait varier".
 
 
"Mélange et dissociation" préfigurent déjà synthèse et analyse. Noter les agents de ces transformation : l'Amour et la Haine.
 
 
C'est par l'Affinité que les chimistes du 18ème siècle ainsi que leurs successeurs du siècle suivant désignaient l'attirance entre deux corps chimiques et leur tendance à se combiner pour créer un corps nouveau. Amour, Affinité, même dans le vocabulaire de la chimie, les mots et les idées qu'ils illustrent, naissent, disparaissent pour renaître transformés.
 
 
Ainsi en est il de la théorie des quatre éléments d'Empédocle. Plus de deux millénaires plus tard elle inspire encore les philosophes, les poètes, les artistes et même parfois les scientifiques.
 
__________________________________________________________________
 
Note de lecture :
 
 
Pour rencontrer Empédocle il me fallait un guide. J'ai choisi de suivre Paul Tannery.
 
 
 
 
"Il y a dix ans que ce livre est commencé" écrit-il en introduction. "j'en ai poursuivi l'écriture au milieu des occupations d'un métier qui ne le favorisait guère, et, en même temps, je me laissais aller à consacrer de plus en plus mes loisirs à des recherches spéciales touchant à l'histoire des mathématiques".
 
 
Paul Tannery (1843-1904) n'est pas un helléniste universitaire. C'est un polytechnicien, ingénieur des tabacs. C'est d'ailleurs ainsi qu'il signe son livre : "Paul Tannery, Directeur des Tabacs de Lot-et-Garonne" Tonneins le 7 juin 1887. Ce qui n'empêche pas qu'il soit considéré, aujourd'hui, comme un des premiers historiens des sciences.
 
 
Paul Tannery n'est pas un enfant de Tonneins, village du Lot-et-Garonne. Il n'y est pas né. Sa tombe ne s'y trouve pas. Il n'y est pas cité parmi les personnalité locale. C'est pourtant dans ce village qu'un inspecteur des tabacs a réalisé une oeuvre magistrale.
 
__________________________________________________________________
 
 
Une librairie à Besançon.
 
 
Besançon est une ville où il fait bon flâner. Le promeneur ne peut manquer de remarquer, dans la rue principale, une librairie au nom étrange : "Les sandales d'Empédocle".
 
Le site internet de la librairie nous explique : 
 
Claire Grimal fonde sa librairie en 1973 au 138 de la Grande Rue à Besançon. Elle a été formée par Francois Maspéro éditeur engagé et libraire parisien à  La joie de Lire. Elle est la fille de l’historien de l’antiquité Pierre Grimal et de la critique littéraire Claude Edmonde Magny. En baptisant la librairie « les Sandales d’Empédocle » titre d’un de ses essais, Claire rend hommage à sa mère.
 

 

Pour en savoir un peu plus sur l'auteure : 
 
" Pour elle, une oeuvre, loin d'être une fin en soi-même, fait partie d'une expérience qui dépasse infiniment la littérature, et qu'elle n'hésite pas à appeler une "expérience spirituelle" : d'où cette métaphore des sandales d'Empédocle pour désigner la production de l'esprit. De même qu"Empédocle abandonna ses sandales sur les pentes de l'Etna avant de se lancer dans sa dernière aventure, de même tout livre, pour Claude Edmonde Magny, n'est qu'une simple trace, un repère, un témoignage de la vie spirituelle de son auteur."
 
 
 
Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 14:38

Nous poursuivons notre chemin à la rencontre de tous ces hommes habités par la même obsédante question de l’origine de la vie sur Terre.

Nous y avons rencontré Empédocle, le poète, le prophète. Puis Platon, le géomètre. Nous allons à présent rencontrer Aristote dont la pensée a traversé les siècles.

Les guides sont nombreux pour cette partie du trajet et leurs traductions se recoupent pour ce qui est de l’essentiel de notre sujet. Nous emprunterons ce qui nous semblera le plus pertinent à chacun de ceux que nous avons rencontrés au gré de nos lectures.

Aristote (-384 ; -322) est un personnage immense qu'on ne peut évoquer en quelques lignesRetenons qu'il a été le disciple de Platon à l’Académie et le précepteur de Alexandre le Grand. Avoir eu un tel maître et un tel élève indique assez sa position dans la société de son temps.

Il expose ses idées sur les propriétés de la matière dans son traité "de la Génération et de la corruption". Nous retiendrons, de la longue réflexion qui introduit ce texte, l'affirmation que dans le monde réel "la génération de tout objet particulier équivaut à la destruction de tel autre, et réciproquement". Une affirmation qui annonce déjà le "tout de transforme" attribué à Lavoisier.

Des quatre éléments aux quatre qualités :

Bien que considérant, comme ses prédécesseurs Empédocle et Platon qu'il existe quatre corps simples fondamentaux, il critique la façon dont ils les conçoivent. Rechercher les principes des corps, affirment-il, c’est rechercher ceux qui sont sensibles aux sens. Et parmi ceux-ci seul le toucher peut parvenir à une bonne information. Qu’apprenons nous en touchant un corps ? Les sensations que nous recevons se décrivent toujours, dit-il, par des oppositions. Ce corps est-il "chaud ou froid, sec ou humide, lourd ou léger, dur ou mou, visqueux ou friable, rugueux ou lisse, épais ou fin" ? De tous ces couples, Aristote demande de ne retenir que le chaud et le froid ainsi que l’humide et le sec car, dit-il, "les autres oppositions dérivent de ces premiers contraires". Il est évident pour lui que "le visqueux relève de l’humide, puisque le visqueux est une sorte de liquide ayant subi une certaine action, comme par exemple l’huile. Mais le friable relève du sec, puisqu’il est complètement sec, au point que sa rigidité peut être considérée comme un effet du manque d’humidité". De même le mou relève de l’humide et dur du sec.

Ainsi conclut-il : "Il est donc évident que toutes la autres différences peuvent être ramenées aux quatre première qui, elles, cependant, ne peuvent pas être réduites à un plus petit nombre car le chaud n’est pas la même chose que l’humide et le sec, ni l’humide la même chose que le chaud ou le froid, pas plus que le froid et le sec ne sont subordonnés ni entre eux ni au chaud ou à l’humide. Il n’y a donc nécessairement que ces quatre différences premières".

Ainsi décrète Aristote.

Et il ajoute que six couples de ces qualités premières sont possibles  mais qu'on ne peut en retenir que quatre car, dit-il, "Comme il y a quatre éléments, et que les combinaisons possibles entre quatre termes sont au nombre de six ; comme, cependant, les contraires ne peuvent pas être combinés entre eux, le chaud et le froid, le sec et l’humide ne pouvant se confondre en une même chose, il est évident qu’il n’y aura que quatre combinaisons d’éléments, à savoir celle du chaud et du sec, du chaud et de l’humide, du froid et de l’humide, de froid et du sec. 

Ceci est une conséquence logique de l’existence des corps qui apparaissent simples, le feu, l’air, l’eau et la terre. Le feu, en effet, est chaud et sec, l’air est chaud et humide, étant une sorte de vapeur, l’eau est froide et humide, le terre est froide et sèche".

La "croix" d’Aristote rencontrera un succès durable.

Tout se transforme.

"Il faut dire maintenant de quelle manière s’opère la transformation réciproque et s’il est possible que tout corps simple naisse de tout corps simple, ou si cela est possible pour certains corps et impossible pour d’autres. " poursuit Aristote.

Et il ajoute qu'il considère comme "évident qu’en général tout élément peut être engendré naturellement de tout élément, et il n’est pas difficile désormais d’observer comment le phénomène a lieu pour chaque élément particulier. Tous viennent en effet de tous

Illustration : "Ainsi le feu se transformera en air par le changement de l’une des deux différences. L’un est en effet chaud et sec, l’autre chaud et humide, de façon qu’il suffit que le sec soit dominé par l’humide pour qu’il y ait de l’air. L’air à son tour se transformera en eau quand le chaud est dominé par le froid, puisque l’un est chaud et humide et l’autre froid et humide, de telle sorte qu’il suffit que le chaud change pour qu’il y ait de l’eau. Retour ligne automatique
 

De la même manière l’eau peut se transformer en terre et la terre en feu, car les deux couples d’éléments ont des rapports réciproques. L’eau est en effet froide et humide, la terre froide et sèche, de façon qu’il suffit que l’humide soit dominé par le sec pour qu’il y ait de la terre. D’autre part le feu étant sec et chaud, la terre froide et sèche, si le froid est détruit, du feu viendra la terre.Retour ligne automatique

 

Un modèle qui rencontre le succès.

Si les polyèdres de Platon qui, comme nos modernes "mécanos" ou légos", se démontent et se recombinent en d’autres figures, peuvent prêter à sourire, les éléments d'Aristote peuvent sembler décrire une réalité observable. Chauffer de l’eau, c’est à dire y faire agir le feu, ne donne-t-il pas de l’air (la vapeur d’eau invisible dont on voit les bulles rejoindre l'air) puis de la terre (le dépôt solide et sec qu’on ne manquera pas de trouver à la fin de l’opération dans le vase ayant contenu le liquide). Nous verrons que le modèle traversera les siècles et qu’il a fallu Lavoisier, plus de deux millénaires plus tard, pour prouver que l’eau ne peut pas se transformer en terre. Ce qui avait continué à être accepté jusqu'alors. Parfois, d'ailleurs, et nous le verrons, avec ce qui pouvait sembler être de solides arguments.

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 08:26

 

A class of the lycée de l’Elorn, in Landerneau, Brittany, France, has chosen to discover that ancient, rich and varied industry of seaweed, while dealing with different parts of its curriculum. We present the result of that work in the following pages


Northern Finistère, in Brittany, is not really welknown for its chemical industry. Yet, since the 17th century, that is to say when chemistry started to develop, a chemical industry was carried out, non stop, around seaweed.

In the past

The industry of « soda » (sodium carbonate) first developed. This product is extracted from ashes of dried seaweed. It is necessary to make glass and soap. That activity came to an end at the end of the 18th century when new ways were discovered.

It resumed in 1829 after Bernard Courtois, the chemist, had discovered in 1812 a new an useful product in seaweed ashes : iode. It is mainly used in photo-making and medecine. Its production in Brittany stopped in 1952, because of the competition of iodine, extracted from nitrates in Chili.

Today

Today, the extraction of alginates contained in big laminaria has taken over. In 1883, Edward Stanford isolated the algine of seaweed, later Axel Kefting, a Norvegian, extracted algine acid. Its production on a large scale started in 1930. Brittany produces about 2000 tons in its factories in Lannilis and Landerneau. Alginates are thickening and stabilying agents, that are used both in the pharmaceutical industry and food industry, or in that of paper, colouring or moulding products.

The use of seaweed in food, pharmacy or cosmetics is less known., though worthy of interest. Many laboratories in Finistere work in that field for « top quality » products, often meant for export.

The seconde C of the lycée de l’Elorn, in Landerneau, has chosen to discover that ancient, rich and varied industry of seaweed, while dealing with different parts of its curriculum. We present the result of that work in the following pages.


Our work on the seaweed industry


The story of the seaweed industry, that of soda and iodine, is made lively thanks to the museum of seaweed gatherers in Plouguerneau, which supplied us with the ash from ovens, operated for shows during the summer, so as to analyse it.

The « Centre for the Study and Promotion of Seaweed (C.E.V.A) » in Pleubian looks for the properties of seaweed and implements new uses. We contacted them for the food applications (the making of a « flan »)

Today, many factories work on seaweed. It’s the case for DANISCO and TECHNATURE, which agreed to help us.

DANISCO deals with laminar collected in North-Finistere, it’s one of the largest European producers of alginates. We visited the factory. It supplied us with refined alginate of sodium for our experiments.

TECHNATURE packages alginates and other seaweed extracts, to make casting products, cosmetics, or food products. Its customers are in the U.S.A, as well as in Japan, Spain, or France. The company allowed us to test its products and to prepare new ones, following its advice (face creams).

Our school syllabus is well adapted to a study of seaweed. In a first part, the study of ionic compounds can be made on the seaweed ash. In a second part, the study of organic molecules can be made on alginates. The appliances are varied and entertaining.

We have divided the form into four groups, each responsible for a part of the work and for the links with one of the companies concerned.

- Seaweed ashes. Analysis, extraction of iodine.(in connection with the museum of the seaweed gatherers)

- Extraction of alginates. (in connection with Danisco company)

- The use of alginates for castings . (with Technature).

- The making of a new face cream.(with Technature)

- The making of a flan (a pudding) (with C.E.V.A Pleubian)

- Translations into English ( documentation and reports).

- A video report on our project ( and the making of a poster).


Seaweed in the past

Treating the « soda loaves »


The burning of seaweed

Each year, the museum of seaweed gatherers, in Plouguerneau, on the Northern coast of Finistère organises the burning of seaweed in its old furnaces so as to get ashes with a large amount of soda. We went on the spot, to extract a « soda loaf », in a compact shape. The hot cinders seem to be melting, and are cast in the cells of the furnace, while they are cooling.

The mechanical processing of the ashes :

We first roughly broke the « soda loaf » with a hammer. We, then, crushed the ashes in a mortar with a pestel. Then, we sifted them, to obtain a thin powder.

The washing of the ashes

We left to boil 20g of the ashes in 100 cm3 of water for about 5 min. We filtered it. A solid deposit of about 9g was left (weighed after drying). The solution contains soluble substances, mainly carbonate and iodur ions.


 

The search for carbonate ions

The carbonate ions, CO32- , represent the main active principle of soda and gives it its basic character.(in the present the word « soude » ,in French, refers to sodium hydroxide).

Experimental file

measure of the pH using pH paper and pHmeter : The solution has a pH=11, so that, its basic character is obvious.

Characterisation of the CO32- ions :

(first method) : action of the calcium chlorur. You get a precipitate of insoluble calcium carbonate according to the reaction :

Ca2++ CO32- -> CaCO3

(second method) : action of the concentrate chlohydric acid. You can notice an important emission of carbon dioxide, according to the reaction :

CO32-+ 2H+-> CO2 + H2O

The extraction of iodine

We extracted iodine from the solution, through the action of Hydrogen Peroxide H2O2 in acid surrounding.

experimental File

- Acidification of the solution using concentrated hydrochloric acid : The first result of the acidification of the solution is to let out carbon dioxide coming from carbonate ions.

- Iodine is let out using hydrogen peroxide : The hydrogen peroxide oxidises iodide ions, iodine appears and turns the solution brown. One can also see a light precipitate of iodine.

- Getting the gassy iodine to appear by heating the solution : a light heating lets out purple vapours of iodine.

Measuring the iodine : this experiment is part of the curriculum of the 1ere S form, so we asked them to measure the iodine in the solution. The iodine is measured with the thiosulphate of sodium. They found 1,29g of iodine in 100g of ash.


Seaweed Today


A visit to two factories processing alginates

In the Landerneau area, two firms process seaweed for theit alginates. The Danisco firm has specialized in extracting alginic acid from raw seaweed. The Technature firm uses alginates to elaborate finished goods.

Danisco :

Mr Pasquier, the manager, conducted our guided tour of the factory. Every year the plant (9000 m2 of workshops and laboratories) processes 6000 tons of dried seaweed to produce 3000 tons of alginates.

The alginates supply numerous industries all over the world. Used as binders and thickeners, they can be found in inks, creams, glues, rubbers, toothpastes. As gelling agents they come in useful to make jams, custards, impression powders. These products ar marketed under the brand name SOBALG.

The Danisco firm provided us with a smal quantity of purified alginic acid so that we could study its properties. The danisco manager also explained to us a great length how they extract the alginates from the seaweed.

We conducted that experiment in our scholl laboratory.

Technature :

We were welcomed by the manager, Mr Le Fur, and the commercial manager, Mr Winckler (today manager of Lessonia). The firm packages the alginates for its different uses : casts, cosmetics, foodstuffs.

The firm has clients all over the world (Euope, the USA, Japan...). The breton products ar renowned for their quality and their purity.

The firm gave us some casting alginates so that we could make a cast.

They also offered us to elaborate a new "beauty mask". We will give more details about these two experiments in the following pages.


How to create a beauty mask

Technature entrusted us with the creation of a beauty mask. It is a new product the company wishes to launch. It’s a product made with tropical fruits, based on casting alginate.

The formula of the « tropical fruit » mask.

Product usedQuantityproperties
Bioprunte (alginate of sodium, sulfate of calcium, salt of phosphorus, neutral charge of diatomees earth.)30gWhen in close contact with the skin, it creates a film. The mask sets into action active agents, and also has a mechanical effect ( it eliminates the dead cells of the skin).
Pinaple Pouder 

Papaye powder
0,15 g

0,15 g
The cells of the skin are constantly replaced (every one to two months). With age, the process slows down, and the dead cells accumulate, which cause the skin to thicken. The dead cells are retained by a ciment of proteins ; it has to be hydrolysed to eliminate the dead cells.
Papaye contains papaïn, an enzym, which acts on the hydrolysis of proteins. Pinaple contains bromeline which plays the same role.
yellow pigment n°5
yellow pigment n°6
0,03g
0,03g
Naturel pigments are used to obtain a pleasant colour of fruit.
Flavours : fruit de soleil, papaye0,015gThey are natural extracts from fruit, with very concentrated effects.

Our work

First, we tested an alginate mask, with no additive, so as to watch the « casting » effect of that product. 
We then tried several formulas, by varying the colours and flavours.
At last, we tested the resulting cast.

How to operate

Dose : 30g of powder for 100g of water

Dilution of the product : Pour the water quickly on the powder. Mix briskly until you get a smooth paste.
Important : water must be at 20°C

How to apply it : Apply it immediately over the face, avoid the eyes. It sets after about six minutes.

It takes about 15 mn to use

Résult

your skin is finer

your complexion 
brighter


Agar-Agar and the formation of colloids

Agar-Agar is a Malaysian word. That product used in Malaysia, was also often used in Japon and the Far East. Agar-Agar comes from various seaweed, in particular from the gelidum species. Those seaweed, after frequent washings, are dried and boiled. The colloid we get is then dehydrated and turned into powder.

Agar-agar has a stong gelling power. If you add two gramms into a quarter of a litre of water, and boil it for five minutes, you get a hard gel, if tou leave it to cool.

At the biology laboratory, Agar-Agar is used to prepare nutrient supports for plants.
At the chemistry laboratory, it can be used to prepare conducting electrolytic bridges in the study of batteries.

We prepared Agar-Agar colloid, coloured with helianthine. Agar-agar is also used to prepare pudding, but for that we used a seaweed from Brittany, Pioka, which contains carrageenans.

Agar-Agar : an excellent gelling agent extracted from red algae


« Pioka » and carrageenans

Pioka is the Breton name of a seawweed that is also called sea « lichen ». It is collected at every low tide, its high price attracts seasonal pickers. Its scientific name is chondrus crispus. The active principle extracted from it is made up of carrageenans. It has a real gelling power in milk. In the traditionnal way, it is used by people along the Northern coast of Brittany to make puddings named « flans ».

The préparation of seaweeds.
After the gathering of seaweeds, they are spread on the dunes, and dried by often turning them. They can be also washed with fresh water to clear them of salt at various remains. At the end of treatment, the seaweeds are white and dry, and can then be preserved.

Just before use. 
One can improve the rising process with several soakings ans rinsings. The seaweeds must completely get rid of their « sea » smell.
Seaweeds today, in food

A recipe of pioka pudding

We have prepared the recipe of this dessert. It was given to us by an elderly person from the Brignogan area in North-Finistere. She herself had seen her parents make it.

N.B : carrageenans of pioka easily give a gel with milk, it gives no gel with water. For that, on should use the agar-agar we also tested (it is also used for puddings).

Our recipe

Take a handful of dried seaweeds per quarter of a litre of milk. Rinse them. Make them boil for five minutes stirring them. Filter the hot milk with a strainer or a skimming ladle. Make it boil again for five minutes with the flavour choose, either chocolate or vanilla ( for exemple, three sponfils of Nesquick per quarter of litre of milk). Pour into bowls. Leave it cool and place it into a fridge.


Conclusion

When we started working on this project, we were not aware chemistry had been concerned with seaweed for so long.

We now, know, that here, people make products that are used all over the world.

Our impression is that the chemists who do that work really enjoy it, they extract from nature the best it can offer. The issue will be to increase the stock of seaweed and no doubt to plan its culture.

As far as our school project is concerned, it developed without our knowing it. The theorical study, the search for information, the experiments at the laboratory, the visit of factories, the elaboration of a new product, the test of an old recipe...all that was part of our project.

By writing this project, we intend to keep track of our work.

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 12:56

Par Gérard Borvon.

 

Décembre 2016, Jean Michel Jarre célèbre 40 ans d'Oxygène.

 

1976. En Bretagne débutait la mobilisation contre un projet de centrale nucléaire à Plogoff dans la Pointe de Raz.

 

Et voilà ce titre qui nous parle d'écologie. Et voilà ces vagues de sons électroniques qui rompent avec tout ce qui a été entendu jusqu'alors. Et voilà cette pochette de Michel Granger, ce crâne encore saignant sortant du bleu de la Planète Terre.

 

Avec Jean Michel Jarre un mot de la chimie entrait dans le domaine du rêve, de la poésie. Je m'en suis souvenu en écrivant une "Histoire de l'Oxygène, de l'alchimie à la chimie". Le livre s'ouvre sur Empédocle, philosophe grec du 4ème siècle avant notre ère, qui initie la théorie des quatre éléments sous une forme poétique. Il se termine, ci dessous, avec Jean Michel Jarre qui, peut-être sans que j'en sois conscient, m'a servi de fil conducteur dans ce récit.

 

 

 

1976. Les harmonies électroniques d'un compositeur français s'envolent à travers la Planète. "Oxygène" fait connaître Jean Michel Jarre.

 

Le titre n'est pas anodin, pas plus que l'illustration de la pochette du disque : un crâne humain perçant l'épiderme de la planète bleue.

 

Inutile de s'interroger, un message écologique est contenu dans ce titre. Ce que revendique le compositeur lui-même. Dans un interview publié dans un journal parisien, il confirme que l'écologie est pour lui "une préoccupation quotidienne, qui inspire ses plus grands succès". Une préoccupation qu'il manifeste dans ses œuvres elles-mêmes mais aussi dans les lieux où il les produit : au pied des pyramides, au Mont Saint-Michel ou au Danemark dans un champ de 45 éoliennes. A l'évidence sa musique est faite pour les grands espaces aériens.

 

Le succès de Jean Michel Jarre nous fait savoir que le mot "oxygène" habite déjà l'inconscient collectif.

 

 

De Lavoisier à Jean-Michel Jarre.

 

"Le mot doit faire naître l'idée" déclarait Lavoisier. Incontestablement, le mot "oxygène" fait naître des idées.

 

Mais, ajoutait-il, "ce sont les mots qui conservent les idées et qui les transmettent". L'affirmation était hasardeuse, peu de gens se souviennent encore de l'idée, éphémère, à l'origine du mot oxygène.

 

En choisissant le nom de leur troupe, les acteurs du "Théâtre Oxygène" ne souhaitent certainement pas nous faire savoir qu'ils veulent "générer de l'acidité". Pas plus que les danseurs de la "Compagnie oxygène" qui promettent "de l'Humour, de la Nostalgie, du Rythme…". Ou que les membres de l'association Bulles d'oxygène qui déclarent vouloir rapprocher les cultures et les générations.

 

Leur oxygène est, comme celui de Jean Michel Jarre, générateur de vie, celle du corps comme celle de l'esprit.

 

Voyage en Oxygénie.

 

L'Oxygène, pour nos contemporains, est encore l'air vital des premiers chimistes. On peut vivre plus d'un mois sans nourriture, plus d'une semaine sans boire mais seulement quelques minutes sans oxygène. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'on le gratifie d'une multitude de qualités.

 

De l'Oxygène on attend qu'il prévienne ou guérisse la plupart des maux de notre civilisation. Il donnera son nom à un centre de santé, un club de gymnastique, un fabricant de cycles, un parc aquatique, un sauna, un club de ski, un club de saut en élastique, un camping…

 

Ce nouvel élixir fait rêver à l'éternelle jeunesse. Des publicités nous invitent à aller consommer le "carburant indispensable pour faire fonctionner les cellules de votre corps" dans des "bars à oxygène".

 

L'Oxygène aère les poumons mais aussi l'esprit.

 

On ne compte plus les romans qui comportent le mot Oxygène dans leur titre.

 

Oxygène est le nom d'une station radiophonique, d'un atelier de création graphique, d'un organisme spécialisé dans des séminaires, d'une agence de communication.

 

"Donnez-moi de l'oxygène" est le cri de révolte de la chanteuse québécoise Diane Dufresne contre l'univers oppressant des villes.

 

Pour la chanteuse islandaise Björk "Chanter, c'est comme honorer l'oxygène".

 

L'Oxygène inspire les poètes. "Au seuil du millième millénaire nous nous nourrissons d’oxygène pur et de poésie." est le début d'un poème relevé sur internet.

 

L'oxygène inspire les cinéastes. Kislorod (Кислород, oxygène), est le titre d'un film russe présenté au public en 2008. Il se veut l'expression d'une nouvelle génération qui enfin respire. "L'oxygène pur" y est personnalisé par "une jeune fille rousse, libre et belle", une flamme vivante qui, nous dit le commentateur enthousiaste, "en imprégnant l'air d'amour, fait battre le cœur plus vite, respirer plus profondément et purement".

 

Oxygène recouvre aussi des fonctions bien plus "matérielles" : une agence de travail intérimaire, une agence immobilière, un salon de coiffure, un cabinet de recrutement en ressources humaines, un cabinet de marketing, un élevage de poissons d'eau douce, une entreprise de transports, une marque de chaussures. Bleu oxygène est une association pour l'insertion professionnelle. Le bleu de l'habit au travail se combinant à l'oxygène d'une deuxième chance.

 

A Lyon, la "Tour Oxygène" affiche orgueilleusement ses 115 mètres de haut, ses 28 étages, ses 28 794 m2, et sa surface à 80% vitrée.

 

La marque se vend bien. Des partis politiques prennent oxygène comme signe de ralliement, même s'ils ne sont pas toujours très "verts".

 

Où est le nouveau Bachelard qui écrira une psychanalyse de l'oxygène ? S'il existe il devra, aussi, s'interroger sur l'exception que ce corps constitue au sein d'une chimie devenue, pour beaucoup, sujet d'inquiétude.

 

Peur de la chimie ?

 

"Faut-il avoir peur de la chimie" est le titre du livre publié par la philosophe et historienne de la chimie, Bernadette Bensaude-Vincent (Les empêcheurs de penser en rond/Le Seuil, 2015).

 

Le texte en quatrième de couverture est sans ambigüité :

 

"De toutes les sciences modernes la chimie a le triste privilège d'être celle qui fait le plus peur. C'est sur elle que la crise de confiance du public envers la science semble se cristalliser."

 

Si l'industrie nucléaire a marqué l'opinion avec les catastrophes de Three Mile Island, de Tchernobyl et récemment de Fukushima, l'industrie chimique n'est pas en reste. Minamata, Bhopal, Seveso, AZF à Toulouse… sont autant de repères présents dans toutes les mémoires.

 

Aussi spectaculaires et dramatiques que soient ces accidents, il ne font pas oublier d'autres nuisances plus diffuses : les pesticides largement répandus et dont on connaît aujourd'hui les effets dévastateurs sur l'environnement et la santé humaine, les sacs plastiques qui s'accumulent en ilots flottants dans les océans et étouffent dauphins ou tortues Luth, les boues toxiques déversées dans les décharges africaines, les composants de l'électronique dont on se débarrasse dans les pays de l'Afrique et de l'Asie et qui empoisonnent les enfants qui les brûlent pour en extraire les métaux. On pourrait encore allonger cette liste.

 

Mais ce n'est pas la chimie qui en est responsable, répondent les promoteurs de l'industrie chimique, c'est l'usage que l'on fait de ses produits !

 

Est-il si simple de s'exonérer ? Quand la recherche des profits immédiats prime sur l'intérêt collectif tous les excès sont possibles. La résistance de l'industrie chimique et son activisme auprès des pouvoirs publics pour contrer toute tentative de limiter l'impact de ses produits sur l'environnement et la santé ne peut qu'inquiéter. La récente affaire du Médiator, "médicament" soupçonné d'avoir occasionné la mort de centaines de personnes, est sur ce point exemplaire.

 

Besoin d'oxygène ?

 

Devant ce constat l'envie nous vient de rappeler la déclaration de Lavoisier dans son mémoire de 1789 au moment où il établit la place essentielle de l'oxygène dans la vie animale.

 

Dans le silence de son laboratoire et de son cabinet, le scientifique peut, dit-il, "espérer, par ses travaux, de diminuer la masse des maux qui affligent l’espèce humaine ; d’augmenter ses jouissances et son bonheur, et n’eût-il contribué, par les routes nouvelles qu’il s’est ouvertes, qu’à prolonger de quelques années, de quelques jours même, la vie moyenne des hommes, il pourrait aspirer aussi au titre glorieux de bienfaiteur de l’humanité."

 

On peut imaginer que nombreux sont les chimistes qui souhaiteraient que cette image de leur discipline soit celle retenue par l'ensemble de leurs contemporains. Encore faudrait-il qu'ils et elles ne se sentent pas agressé(e)s à la moindre remise en cause. Ainsi, nous dit Bernadette Bensaude-Vincent, "les chimistes devraient-ils être les mieux préparés à prendre quelque distance par rapport aux réflexes de défense de leur spécialité pour s'ouvrir au débat politique" la chimie, ajoute-t-elle, "pourrait fournir désormais le modèle d'une science ouverte au politique, qui respecte le public autant que l'environnement".

 

Et si la chimie, comme notre société, avaient besoin d'oxygène ?

 

 

 

écouter

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 18:27

Suivre le parcours de l’oxygène depuis les grimoires des alchimistes jusqu’aux laboratoires des chimistes, avant qu’il n’investisse notre environnement quotidien.

 

Aujourd’hui, les formules chimiques O2, H2O, CO2,… se sont échappées des traités de chimie et des livres scolaires pour se mêler au vocabulaire de notre quotidien. Parmi eux, l’oxygène, à la fois symbole de vie et nouvel élixir de jouvence, a résolument quitté les laboratoires des chimistes pour devenir source d’inspiration poétique, picturale, musicale et objet de nouveaux mythes.

 

À travers cette histoire de l’oxygène, foisonnante de récits qui se côtoient, s’opposent et se mêlent, l’auteur présente une chimie avant les formules et les équations, et montre qu’elle n’est pas seulement affaire de laboratoires et d’industrie, mais élément à part entière de la culture humaine.

 

Ainsi l’ouvrage propose de de suivre le parcours de l’oxygène, depuis les grimoires des alchimistes jusqu’aux laboratoires des chimistes, avant qu’il n’investisse notre environnement quotidien.


L’oxygène, une histoire ?

 

La chimie n’est pas uniquement affaire de formules et d’équations. Cette histoire, qui nous mènera de l’Extrême-Orient à l’Europe en passant par l’Égypte, est foisonnante de récits qui s’y côtoient, s’y opposent et s’y fusionnent.

 

Au temps des alchimistes et de leurs hermétiques grimoires, ce savoir sentait le soufre. Il dégageait encore les mêmes effluves associés aux mêmes mystères dans les laboratoires des chimistes des XVIIIe et XIXe siècles, leurs successeurs.

 

Aujourd’hui, les formules H²O et CO² se sont échappées des laboratoires et des livres scolaires pour se mêler au vocabulaire du quotidien. Frapper « H²O » sur un moteur de recherche internet, c’est se voir proposer trente millions de liens qui vont d’une société de nettoyage à une adresse de discothèque, en passant par un fabricant de parapluies ou un groupe musical américain de punk-hardcore.

 

Parler de CO² dans notre début de XXIe siècle gaspilleur d’énergies fossiles, c’est désigner l’ennemi n° 1 de notre climat, en oubliant parfois que c’est aussi l’aliment nécessaire aux plantes et à la vie animale.

 

Ces formules, devenues banales, sont - nous le verrons - l’aboutissement d’une histoire ancienne et mouvementée.

 

Chacun de la centaine d’éléments chimiques qui composent le tableau périodique pourrait donner lieu à un récit. Nous avons choisi de parler de l’oxygène, le nouvel élixir qui a résolument quitté le laboratoire du chimiste pour devenir le symbole de la vie. Celle du corps, mais aussi celle de l’esprit.

 

Ce récit sera, dans le même temps, l’occasion de tracer, à grands traits, une histoire de la chimie, à laquelle notre personnage central servira de fil conducteur.

 

Avec les philosophes grecs du Ve siècle avant notre ère - Empédocle, puis Platon et Aristote -, nous rencontrerons les quatre éléments - l’air, l’eau, le feu et la terre -, qui sont toujours très présents dans notre inconscient collectif. Ce récit nous mènera, ensuite, dans les laboratoires des alchimistes et ce jusqu’au XVIIe siècle, avec les recettes de l’un des derniers d’entre eux, l’Allemand Johann Rudolph Glauber.

 

Plus tard, nous rencontrerons ceux qui se sont affichés comme étant les premiers véritables chimistes, les Stahl, Macquer, Priestley, Cavendish... avant d’arriver à la « révolution lavoisienne ». Au fil de leurs découvertes, les quatre éléments des philosophes sembleront alors définitivement anéantis, mais, naissant de leurs cendres, sortira un nouveau Phénix : l’Oxygène.

 

L’Oxygène, conçu par Lavoisier comme le pilier d’une science académique capable, par sa rigueur, de rivaliser avec la physique et les mathématiques. Une science se voulant dépouillée de toute la magie des chimies précédentes.

 

L’Oxygène qui, cependant, échappera à son créateur et deviendra source d’inspiration poétique, picturale, musicale, et même objet de nouveaux mythes.

 

La chimie est parfois perçue comme menaçante. Elle peut l’être, elle l’est souvent. Pouvoir et savoir ne font pas toujours bon ménage. Tout au long de cette « histoire de l’oxygène », nous souhaitons évoquer cette chimie qui cherche d’abord à interroger la Nature. Une chimie qui n’est pas seulement affaire de laboratoires et d’industrie, mais élément, à part entière, de la culture humaine.


Histoire de l’oxygène. De l’alchimie à la chimie.

 

JPEG

Feuilleter


 

Table des matières

Word - 31 ko
 
 

 

Voir aussi sur le site Culture Sciences Chimie :

Histoire de l’oxygène

 

__________________________________________________

Histoire de l'Oxygène

De l'alchimie à la chimie

 

Table des matières

 

L'oxygène, une histoire ?

 

Empédocle, Platon, Aristote… et les quatre éléments.

Empédocle (490-435 av JC)

Platon (428-348 av JC)

Aristote (384-322 av JC)

Un modèle d'une grande puissance évocatrice

Des quatre éléments aux quatre humeurs

Les quatre éléments un modèle durable

 

L'alchimie et les quatre éléments

Le temps des alchimistes.

Le creuset d'Alexandrie

Le feu et l'Athanor, "fourneau des Philosophes"

De la "manière de distiller"

La chasse aux "esprits" acides

 

Recette, selon Glauber, pour obtenir "l'esprit de sel"

Bains-marie, cornues, retortes, alambics,

pélicans et autres cucurbites

 

Le soufre, le mercure, le sel des philosophes et la transmutation des métaux.

Le soufre, le mercure et le sel des philosophes

Le soufre

Le mercure

Le sel

Les symboles

Au moment de quitter l'alchimie

 

Georg Ernst Stahl (1659-1734), de l'élément Feu jusqu'au Phlogistique.

Le sel, le mercure, le soufre, de l'alchimie à la chimie.

Du "principe sulfureux" au "principe inflammable" : le Phlogistique L'importance de l'expérience des métallurgistes

Un modèle diffusé par les chimistes français

 

 

Des chasseurs d'air téméraires

Jean-Baptiste Van Helmont (1577-1644) et le Gas sylvestre

Stephen Hales (1677-1761) et l'air "amphibie"

Joseph Black (1728-1799) et l'air fixe.

Henry Cavendish (1731-1810) de l'air fixe à l'air inflammable

Joseph Priestley (1733-1804), air nitreux, air déphlogistiqué et autres airs Karl-Wilhelm Scheele (1742-1786) et l'air du feu

 

La composition de l'eau : des éclaireurs habiles sur une piste sans issue

 

Lavoisier (1743-1794). De l'air vital au principe oxygine.

1774-1777 : chasseur d'airs et phlogisticien

L'air est le mélange de deux "fluides élastiques"

1777. Le Phlogistique n'existe pas.

Quand l'air vital devient "air acidifiant" : le principe oxygine

 

Lavoisier. De l'offensive antiphlogistique aux trois états de la matière.

Le phlogistique n'existe pas mais la chaleur existe. Laplace et Lavoisier l'ont mesurée

La matière dans ses trois états

 

L'eau n'est pas un élément. Lavoisier le prouve.

L'eau n'est pas un élément. Sa synthèse

L'eau n'est pas un élément. Sa décomposition

Les quatre éléments ont vécu

 

Perfectionner la langue des chimistes pour perfectionner la chimie. Guyton de Morveau (1737-1816), l'initiateur.

Guyton de Morveau pour une chimie européenne

L'intervention des chimistes français

 

La Nomenclature. Un manifeste pour une révolution chimique.

Le groupe des "chimistes français"

La nomenclature de Guyton de Morveau revisitée par Lavoisier

Lavoisier : du passé faire table rase.

Les cinq premiers principes et la naissance de l'oxygène,

de l'hydrogène et de l'azote.

.Quand l'air déphlogistiqué devient gaz oxygène.

.Quand le gaz inflammable devient hydrogène

.Quand l'air phlogistiqué devient azote

L'oxygène, les acides, les sels et la langue française

.Soufre, sulfurique, sulfureux, sulfate, sulfite, sulfure

.Le Phosphore

.L'Azote

.Le Carbone

Les métaux et leur longue histoire

.Quand le nom d'un métal rappelle une vieille légende

.Après 1800 : le temps des métaux en "ium"

Les acides et les oxydes

Les terres

Les alcalis

Derrière la Nomenclature une méthode

 

L'offensive anti-oxygène

Lavoisier, la chimie et les langues

Une réception "nuancée" de la part des académiciens français

Des mots durs, barbares, qui choquent l'oreille

La guerre contre l'oxygène est déclarée

Oubliez ces carbonates, ces carbures…

La nomenclature se défend

La victoire de l'Oxygène

 

L'oxygène, l'hydrogène, l'eau et l'électricité.

La naissance du courant continu : la pile de Volta.

La pile, l'eau, l'oxygène et l'hydrogène

Davy (1778-1829), la pile, la chimie, l'oxygène et la course

aux nouveaux éléments.

 

Faraday (1791-1867), l'électrolyse, les ions

Quand l'oxygène et l'hydrogène mesurent le courant électrique

 

Oxygène : L'atome, la molécule et l'ion.

L'atome

De l'atome à la molécule. Quand l'eau devient H2O et le gaz oxygène O2 Comme l'oxygène, l'atome doit s'imposer

J.J Thomson et l'électron

La structure de l'atome de Thomson à Rutherford

 

Symboles, formules, tableaux… les nouveaux signes de la chimie.

L' électronégativité absolue de l'oxygène

L'Oxygène base des masses atomiques Nomenclature : le chef-d'œuvre français revu par le "génie" suédois. Symboles et équations chimiques

Le tableau de Mendeleïev

En classe avec Mendeleïev

 

La chimie un esperanto ?

Au Japon, le tableau de Mendeleïev à l'école maternelle

La chimie est-elle une science française ?

 

Oxygène, oxydation. Le mot décrit-il encore l'idée ?

L'oxygène, le mal nommé

L'hydrogène, le vrai générateur d'acides Des oxydations sans oxygène

Dialogue imaginaire

Oxygène, oxydation… les mots se sont émancipés

 

Oxygène, Hydrogène, Carbone, Azote. Les quatre nouveaux éléments de la vie. Lavoisier et le début d'une chimie organique

Une "loi" ou un "principe" ?

Lavoisier, Séguin et la chimie de la vie.

Du fonctionnement du corps humain à celui de la société, ou de l'oxygène à la révolution

A la base des être vivants : le carbone

L'Azote, bien ou mal nommé ?

L'Azote générateur de vie

 

L'élément universel : l'hydrogène

 

L'oxygène, entre Big-bang et homo-sapiens.

L'apparition des éléments

Naissance de la Planète bleue

Quand s'assemblent les molécules du vivant

 

Oxygène. Quand naît un nouveau mythe.

De Lavoisier à Jean-Michel Jarre

Voyage en Oxygénie

Peur de la chimie ?

Besoin d'oxygène ?

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:23

Par Gérard Borvon.

 

_________________________________________________________

 

 

Dans un mémoire, publié après sa mort, Lavoisier dresse le tableau des observations et conclusions antérieures à la théorie de la combustion dont il revendique la paternité.

 

Ci-dessous sa conclusion.

 

 

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article
14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 10:20

Par Gérard Borvon

_______________________________________________________________________

 

L'inventeur de la soie artificielle.

 

C'est d'abord un article de la revue "La Nature" datée de 1898 qui nous avait révélé l'existence de Hilaire de Chardonnet. L'article "Quand la chimie des plastiques était verte" le situe dans toute une chaîne d'inventeurs.

 

"Cette curieuse industrie, dont la France a droit d’être fière, atteint à la période de grande fabrication. Une puissante société a établi à Besançon une usine colossale dont les produits s'emploient de plus en plus dans l'industrie de la soie"

 

 

Son inventeur, Hilaire de Chardonnet (1839-1924) est un ingénieur et industriel de Besançon. En 1884 il dépose un brevet pour une soie artificielle à base de collodion ou nitrocellulose et crée une usine pour sa production, en 1892, à Besançon.

 

Le procédé est décrit avec détails : fabrication du coton poudre par action d’un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique sur le coton, lavage et séchage du fulmicoton obtenu, dissolution dans un mélange d’alcool et d’éther sous forte pression, filtration du collodion obtenu, envoi sous forte pression dans une filière, moulinage et retordage pour constituer des fils de diamètre voulu et, pour finir, dénitratation des fils. En effet, avant cette dernière opération, les fils ne sont encore que du coton-poudre, c’est-à-dire un explosif. En plongeant les écheveaux terminés dans une solution de sulfure d’ammonium, qui élimine l’essentiel de l’acide nitrique, on obtient une soie artificielle qui, nous dit l’auteur de l’article, "est aussi belle et aussi brillante que les soies naturelles les plus estimées", même si, reconnaît-il, elle est moins résistante.

 

L'oeuvre de Hilaire de Chardonnet est développée par Jean-Marie Michel dans "Chardonnet et le premier textile industriel"

 

On peut lire ecore le discours prononcé par Gabriel Bertrand, membre de l'Académie des Sciences sur "Les découvertes scientifiques du Comte de Chardonnet et l'invention de la soie artificielle", lu le jeudi 28 mai 1936 à l'occasion du cinquantenaire de la soie artificielle à Besançon.

 

Le révolutionnaire et l'aristocrate.

 

Abandonné par ses actionnaires Franc-Comtois, Hilaire de Chardonnet crée de nouvelles usines dont l'une à Rennes. Dans son livre "On chantait rouge", Charles Tillon, le mutin de la Mer Rouge, licencié dès que ses employeurs connaissent son passé militant, rend hommage à celui qui l'a embauché dans son usine de Rennes. L'amour partagé de la technique aura fait se rencontrer le jeune ouvrier ajusteur de 25 ans et révolutionnaire déclaré, et le vieil ingénieur, âgé de 83 ans, polytechnicien, aristocrate et nostalgique de la royauté.

 

 

Nous reproduisons ici le texte de Charles Tillon qui décrit en connaisseur la technique et l'ambiance de ces premiers ateliers de textile industriel dont la matière première était encore un produit naturel : la cellulose.

 

En introduction il regrette l'oubli trop général des inventeurs de dispositifs techniques à l'origine de puissantes industries. La voiture s'est banalisée mais qui sait, écrit-il, que l'inventeur du carburateur est le mécano de Clermont-Ferrand Laforest ?

 

"Les actionnaires des industries chimiques et textiles connaissent-ils mieux M. de Chardonnet, le vétitable inventeur de la soie artificielle ? Je voudrais rendre hommage à sa mémoire, en évoquant ici les souvenirs d'un maître d'industrie que je n'ai connu qu'indulgent. Mais qui fut dévoré par ses frères.

 

M. de Chardonnet était né à Besançon, trente-sept ans après Victor Hugo. Un de ses grands-pères avait été élu député de la noblesse aux Etats généraux comme mon grand-oncle le père Gérard l'avait été comme paysan, et ils avaient ensemble, avec Robespierre et les Jacobins, en juin 1991, voté la loi cynique du Rennais Le Chapelier contre le droit de grève des ouvriers, en croyant supprimer les corporations et aider au progrès !

 

Louis de Chardonnet, sorti de Polytechnique, fixa surtout sa curiosité sur les études naturalistes. Ce fut alors qu'il se passionnait pour l'étude de la maladie des vers à soie qu'une intuition le poussa à rechercher l'origine de leurs sécrétions, puis par la suite à tenter d'imiter le travail de la nature. Il vécut ainsi trente années préoccupé de l'idée de fabrique de la soie artificielle au bénéfice de l'industrie.

 

Son biographe l'avait connu grand de taille. Je ne le vis que tassé par l'âge, sous une forêt de cheveux blancs. Son visage, mangé par des favoris neigeux à l'autrichienne, s'éclairait d'yeux gris où brûlait toujours cette "fierté gaillarde" dont nous parle A. Demoment (Auguste Demoment, Un grand inventeur : le Comte de Chardonnet 1839-1924, Paris, édit. La Colombe, 1953).

 

J'ignorais alors la longue patience d'une partie de sa vie passée à répéter pour son tourment : "Le ver à soie a deux filières... le bombyx file aussi le coton... Or, la feuille de mûrier est riche en cellulose... Mais comment reproduire la cellulose liquide ? ". Le problème résolu après mille déboires, il monta sa première usine à Besançon en 1891. Incendies à répétition, puis un malaxeur de pâte, en sautant, éparpille le tout dans le Doubs... ! Les fournisseurs d'argent veulent alors déposséder l'inventeur. Il doit s'entendre avec des Suisses pour une autre usine : on lui vole son brevet ! C'est que la guerre des soies commence, animée par la haine perfide des soyeux de Lyon. Viennent alors les procès, les dettes... Le savant dédaignera l'argent et se laissera plumer, d'abord par des princes espagnols en mal de trône, puis par des concurrents sans scrupules, hargneux de voir sa production prendre commerce. Jamais il n'abandonnera ses recherches qui lui procureront quarante-huit brevets d'invention, dont un pour "un moteur léger à pétrole" destiné à l'aérostation ! En France, un concurrent se dresse devant lui en 1913 : la société La Viscose. Et la guerre le surprend, ruiné par les revers.

 

La paix revenue, M. de Chardonnet va placer son dernier espoir dans la création à Rennes d'une soirie qui lui permette d'utiliser un nouveau procédé de nitration pour la fabrication du collodion dont il devrait tirer une production plus compétitive. J'allais être témoin de la peine qu'il prit.

 

Tout commençait dans l'usine de Rennes par la fabrication du collodion avec du coton malaxé au sein de vastes cuves dans un mélande d'acides. On obtenait ainsi une mixture explosive, du fulmicoton, que l'on dissolvait dans un dosage d'alcool et d'éther, ce qui donnait une lourde pâte de nitro-cellulose couleur de miel, que des presses hydrauliques allaient pousser jusqu'aux ateliers de filature par des tuyauteries aboutissant à leur extrémité à des milliers de de filières en agate... Chaque filière secrétait ainsi un collodion qui, par l'évaporation de ses dissolvants, s'anoblissait en fil de soie plus ténus que les cheveux des toutes jeunes ouvrières alignées debout dans cette magnanerie chimique, devant de longs bancs parallèles où s'animait un mouvement mécanique très simple. Leur attention toujours à vif devait éviter, d'un doigt agile, que le fil ne se rompe plus d'une seconde avant de se ressouder aux autres, en s'enroulant par retors sur des bobines qu'on emportait rapidement vers de multiples opérations d'où sortirait rapidement vers de multiples opérations d'où sortirait la soie en écheveaux.

 

Je partageais mon temps entre cette filature et l'atelier mécanique. Dans cette usine poudrière, une atmosphère méphitique imprégnée de vapeurs formées à l'instant de la transmutation du collodion en soie intoxiquait les ouvrières. Chardonnet aurait voulu aboutir à n'employer à cette fabrication que des équipes accomplissant six heures par jour et ce problème de la production l'angoissait : comment améliorer la viscosité du collodion et parvenir à multiplier mécaniquement le filage d'une soie qui mettrait à la portée de toutes les femmes un tissu encore plus désirable et plus aimable à caresser...

 

L'entretien courant des machines laissait du bon temps. Par contre, si le vif-argent Simon, patron de la mécanique, m'annonçait la visite de M. de Chardonnet, je devenais fébrile. Crainte et admiration. Il avait alors quatre-vingt trois ans. Je le verrai toujours se découvrir quand il entrait sous la verrière de la filature comme pour saluer la compagnie et s'avancer vers mon établi sur un coin duquel il posait son antique gibus.

 

- Eh bien, monsieur, comment va la malade ?

 

Il s'approchait alors d'un long bâti de fonte allongé comme un monstre sur la largeur de la filature, surmonté d'un mécanisme conçu pour recevoir le mouvement par un jeu d'arbres à came et transmettre son animation à des sortes de cadrans mobiles plantés de filières minuscules. D'autres mécanismes encore et le tout compliqué d'un fourmillement de tuyaux de laiton. Depuis un an déjà, "la malade" gisait là, immobile, entre deux consultations et toujours aussi rétive à répondre aux ambitions de son inventeur. En faisant appel au concours de capitaux bretons pour l'édification de la Soierie artificielle française, Chardonnet avait promis aux actionnaires alléchés qu'ils bénéficieraient de cette nouvelle invention mécanique. Mais le premier prototype s'était en partie brisé dès la mise en route. Et depuis...

 

A chacune de ses visites, l'inventeur se débarrassait de sa jaquette, et se mettait à tourner autour de la gisante. Discrètement, j'attendais, après avoir une fois de plus remis la courroie de transmission qui l'animerait, à vide bien sûr, dans un effort de tension toujours redouté.

 

Jamais encore nous n'avions osé lui envoyer dans le ventre du collodion à filer. Après chaque expérience nouvelle, il me fallait démonter, modifier, remonter tel organe. Les manches de sa chemise empesée maculée d'huile, infatigable, le comte aux mains diaphanes prenait des notes, ébauchait un croquis. J'ignorais que j'assistais à son dernier combat contre une engeance qui l'allait vaincre. J'en connaissais comme lui les vices. L'énigme pour moi ce n'était pas la machine, mais cet homme acharné à la dominer et dont je ne savais alors presque rien si ce n'est que j'aurais acompli au besoin pour lui double journée.

 

Jusqu'alors, en s'en allant, il formulait de nouvelles instructions, assuré que lors d'une prochaine visite... Simon l'écoutait et esquissait un mouvement d'épaule. Il devait connaître l'humeur des actionnaires las d'attendre que la providentielle fileuse de soie donne des certitudes palpables. Mais pour l'altier vieillard seule la patience apportait la chance ! Comme en 1883, quand ses expériences sur la technique de la photographie lui permirent de discerner, dans une bavure arachnéenne de collodion, la réalité magique d'un fil soyeux, étirable.

 

La dernière fois qu'il vint à l'usine, l'inventeur me parut d'un allant moins sûr. Il se mit à piétiner autour de la "malade". Une auscultation méticuleuse... Je m'agitais pour préparer la mise en route. Aussitôt qu'elle commença à démarrer en grondant, je le vis qui posait pour la première fois la main sur le volant de la vanne destinée à introduire du collodion sous pression dans la tuyauterie. Etonné qu'il ne m'eût pas prévenu d'un tel essai  à plein, je m'avançais près du vieil homme pour aider à la manoeuvre. Il resta figé. Un long moment. Puis, sa main blanche retomba et je vis qu'elle tremblait... Pathétique hésitation... ultime renoncement, je vivais le dernier attachement à son rêve !

 

Le comte de Chardonnet  se tint encore un instant sans mouvement. Je voyais battre les veines de son front et redoutais qu'un malaise l'eût saisi. Mais non. Il se reprit, se tourna à demi pour me dire presque bas : "Je vous remercie, monsieur." Mon trouble s'accrut encore de le voir se contraindre à esquisser un sourire navré en jetant un dernier regard vers la machine qu'il abandonnait pour toujours. Il s'éloigna en se couvrant de son chapeau du passé. Je retournais à mon étau, bouleversé.

 

Il se trouva vingt-trois ans plus tard que, dinant un soir chez Jules Jeanneney alors ministre d'Etat et Franc-Comtois comme Chardonnet son ancien ami, j'eus la joie de pouvoir dire quels souvenirs je gardais de son compatriote. Mon hôte m'apprit alors qu'à la fin de sa vie ses revenus étaient devenus si modestes que des amis durent agir pour lui procurer une pension. Jamais le comte ne revint à l'usine de Rennes.

 

Il mourut en avril 1924 et fut conduit en terre par le Maréchal Foch.  J'écrivis dans La Bretagne communiste du 8 avril : "L'inventeur de la soie artificielle est mort. Ceux qui à Rennes ont travaillé avec Chardonnet regretteront ce vieillard qui, à plus de 80 ans, cherchait encore avec acharnement à perfectionner une machine que les sales combines des profiteurs de son intelligence ne lui ont pas permis de sauver. Il ne craignait pas de retrousser ses manches et de prendre l'outil des mains du compagnon." (note de bas de page)

 

Son invention qu'un Lyonnais voulait baptiser "la Chardonne" allait devenir "la Rayonne" et sa production prendre en Amérique un gigantesque essor. Après la rayonne viendront les nylons. Quant à l'usine de Rennes... "

 

Le comte de Chardonnet aurait-il pu imaginer, lui l'aristocrate royaliste, recevoir pareille déclaration d'amour filial de la part du jeune ouvrier communiste qui avait partagé sa passion pour la mécanique et qui allait être un acteur majeur de la lutte contre le nazisme à la tête  des Franc-Tireurs et Partisans (FTP) avant de devenir ministre du premier gouvernement de la France libérée.

 

A Rennes, une avenue porte son nom. Elle longe une friche industrielle qui montre encore des traces de son usine.

 

Avenue Chardonnet à Rennes.

 

L'enseignement technique a gardé la mémoire de ces deux hommes. Des établissements portent leur nom. En particulier un lycée professionnel à Rennes et un Centre de formation par alternance à Besançon.

 

Faut-il y voir un  symbole ? Le Lycée Hilaire de Chardonnet de Chalon sur Saône est présenté comme un "lycée de la nouvelle chance" qui se propose d'accueillir des élèves de 18 à 26 ans, issus de l'enseignement général, technologique ou professionnel, qui ont quitté le système scolaire depuis un an avec l'objectif de leur faire obtenir un baccalauréat en alternance en deux ans.

__________________________________________________________________

Sur l'usine de Besançon, voir le remarquable documentaire de FR3 Franche-Comté.

 

Des ouvrières et des ouvriers parlent de leur ancien métiers. Des artistes font parler les vieux murs.

 

VOIR. Rhodiacéta : "Tant que les murs tiennent"

__________________________________________________________________________________

 

 

 

Repost 0
Gérard Borvon - dans Chimie
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog d'histoire des sciences
  • Le blog d'histoire des sciences
  • : Comme l'art ou la littérature,les sciences sont un élément à part entière de la culture humaine. Leur histoire nous éclaire sur le monde contemporain à un moment où les techniques qui en sont issues semblent échapper à la maîtrise humaine. La connaissance de son histoire est aussi la meilleure des façons d'inviter une nouvelle génération à s'engager dans l'aventure de la recherche scientifique.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens