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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 17:21

L’Homme est la Nature
prenant conscience d’elle-même.

 

Cette Phrase annonce la préface du premier tome de "L'homme et la terre" de Elisée Reclus publié en 1905 année de sa mort. Phrase qui m'avait étonné chez celui qui est considéré comme l'un des premiers écologistes. De quel homme parle-t-il ? De celui qui vient de faire entrer la nature terrestre dans cet anthropocène de tous les dangers ?  

 

Cette phrase était-elle de lui, citait-il un autre auteur, ou l'idée était-elle dans l'air du temps ? Avant de lire Elisée Reclus, je l'avais déjà trouvée presque mot pour mot, avec le même étonnement et le même sentiment critique, chez Friedrich Engels en introduction de sa "Dialectique de la Nature" rédigée vers 1875 mais publiée après sa mort en 1925 et que j'ai retrouvée dans une publication des Editions Sociales datée de 1971.

 

Citant la publication de Copernic comme l'acte révolutionnaire par lequel la science de la Nature a proclamé son indépendance vis à vis des religions, Engels constate que le développement des sciences avança dès lors à " pas de géant". Et il ajoute :

 

"Il fallait, semble-t-il, démontrer au monde que, désormais, le produit le plus élevé de la matière organique, l'esprit humain, obéissait à une loi du mouvement inverse de celle de la matière organique".

 

Et pour être plus précis, plus loin dans le texte :

 

"A partir des premiers animaux se sont développés essentiellement par différenciation continue, les innombrables classes, ordres, familles, genres et espèce d'animaux, pour aboutir à la forme où le système nerveux atteint son développement le plus complet, celle des vertébrés, et à son tour, en fin de compte, au vertébré dans lequel la nature arrive à la conscience d'elle même : l'homme".

 

Et, en conclusion de cette introduction, après avoir évoqué l'inévitable fin du Soleil et de la Terre, si la Nature, écrit-il :

 

"doit sur terre exterminer un jour, avec une nécessité d'airain, sa floraison suprême, l'esprit pensant, il faut avec la même nécessité que quelque part ailleurs et à une autre heure elle le reproduise"

 

Je me promets, si le temps s'y prête, d'en faire un commentaire avec l'éclairage de notre actualité.

Jeudi 7 mai 2002. Pendant le confinement pour cause coronavirus.

Cette pandémie qui touche l'humanité dans son ensemble est en elle même matière à réflexion sur la place des humains dans la "Nature". S'y ajoute une publication que j'ai sous les yeux : un numéro de Science et Vie de mars 2020 qui titre en couverture "Et si la Terre était vivante... Pourquoi les scientifiques y croient".

Retour sur Engels.

Pourquoi cette irritation en le lisant. Sa présentation de l'évolution ne serait donc pas le résultat de l'adaptation à une suite de hasards naturels mais la mise en oeuvre d'un plan aboutissant à l'homme. Quelle différence avec et les théories du "Dessein intelligent" diffusées par les sectes néo-chrétiennes qui justifient ainsi l'existence d'un dieu créateur ? Ou pour remonter plus en avant, quelle différence avec le démiurge de Platon régnant sur le monde des Idées ?

Et puis cette arrogance : L'homme étant l'aboutissement de l'évolution de la Nature, la naissance de sa "conscience". Quel homme d'abord ? De quel continent, de quelle époque, de quel bagage culturel, de quelle classe sociale ? Cette conscience serait-elle uniquement celle portée  à son plus haut niveau par cette nouvelle catégorie de penseurs, les tenants du "matérialisme historique" ?

Et suprême orgueil : Cette conscience portée par le seul homme terrestre avec la seule nuance matérialiste du "rien ne se perd, rien ne se crée" qui induirait que si l'homme disparaissait cette conscience devrait renaître "quelque part ailleurs et à une autre heure".

 

Plus sobre Reclus, l'anarchiste.

Sans doute sa proposition qui est restée sa marque de fabrique a-t-elle pour objectif de faire comprendre que l'homme n'est pas externe à la Nature mais qu'il n'est qu'un élément de cette Nature. sur laquelle il agit qui le façonne lui même. Il n'en demeure pas moins qu'elle pose questions à un moment où l'humanité prend conscience qu'elle est responsable du bouleversement qui attend la vie sur Terre dans les prochaines décennies.

 

Plus récent : la Terre organisme vivant.

Cet article de Sciences et Vie revient sur "l'hypothèse Gaïa" formulée il y a 50 ans par le très controversé James Lovelock. La Terre serait donc un être vivant.  L'humanité y serait une sorte de système nerveux, apparu tardivement, qui permettrait à cet organisme de se penser et même de se voir. Cet être vivant mérite une identité. Lovelock a le sens de la publicité : ce sera Gaïa, déesse grecque de la Terre.

Plus modestes, les scientifiques nous ont habitués à la notion de biosphère. Mais le mythe n'est pas mort. Je lis : "A l'heure de l'anthropocène, et puisque l'humanité fait partie de Gaïa, Bruno Latour estime même qu'on peut désormais parler d'une Planète consciente d'elle même : une Gaïa 2.0". Car si Gaïa des origines "a opéré pendant toute son histoire sans anticipation ni projet" nous avons aujourd'hui suffisamment d'instruments , de connaissances et de leviers d'action pour que notre planète s'auto-régule par l'intermédiaire des humains dont elle a permis l'apparition.."

Nous en sommes donc là ? Les humains seraient le dernier organe apparu sur cet animal/planète au cours de son évolution : son organe de régulation ! Étrange proposition au moment où les humains apparaissent comme la cause principale de l'extinction de nombreuses espèces et celle du dérèglement du climat. 

 

 

 

 

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