Overblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 19:24
"Il y aurait bien des façons de raconter l’histoire de l’humanité ; mais il est certain que depuis le jour où l’un de nos ancêtres inconnu s’est emparé d’une flamme, l’histoire de l’humanité se confond avec celle de la domestication des énergies. Et parmi celles-ci, l’énergie électrique tient une place de premier plan.L’Histoire de l’électricité, c’est une histoire vieille comme le monde - ou presque : tout a commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, lorsque Thalès de Milet a découvert qu’en frottant un morceau d’ambre sur une peau de mouton, l’ambre se chargeait d’électricité statique... L’ambre : elektron en grec - l’électricité était née."

 

 

Une recherche documentaire intéressante. Des images animées attractives.
Parfois, hélas, quelques raccourcis hasardeux (Thalès n’a pas nommé l’électricité Elektron, mot qui est simplement le nom grec de l’ambre - Nollet ne distinguait pas deux sortes d’électricité, la découverte est de Dufay).
Éclairant cependant.
__________________________________________________________________________
Pour aller plus loin :

Partager cet article
Repost0
20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 12:33
Par Gérard Borvon

____________________________________________________________________________

L’arrivée de l’électricité à Plouguenast

Texte signé de Monsieur Joseph Hamon

 

Ayant eu la chance de fréquenter et de bien connaître celui qui fit de Plouguenast l’une des toutes premières agglomérations françaises à s’éclairer à l’électricité, je m’étais toujours promis d’écrire ce que je savais de cette aventure. Car c’est bien d’une aventure qu’il s’agit.

L’histoire amusera les Plouguenastais de moins de 50 ans, quant aux plus de 70 ans, cela leur rappellera quelques bons souvenirs.

Découverte de la dynamo

 

Commençons par le début : nous sommes en 1900 ; cette année-là, Paris avait organisé une grande exposition universelle qui avait attiré des visiteurs du monde entier et parmi ces visiteurs, deux Plouguenastais, deux frères : Pierre et Mathurin MOUNIER.

 

Ces deux hommes curieux et avides d’apprendre, décidèrent de se rendre à Paris afin de voir de leurs yeux ce qui se faisait de mieux dans le monde en ce qui concerne l’industrie, l’aviation naissante, l’automobile, les machines agricoles, etc.

 

Il faut dire que nos deux héros étaient des ouvriers aptes à tout faire : serrurier, forgeron, soudeur, maréchal-ferrant, tôlier et j’en passe. A cette époque, un déplacement à Paris était une expédition qui coûtait cher tant en transport qu’en hébergement et nourriture. C’est pourquoi nos voyageurs partirent avec de nombreuses provisions de bouche dans le but d’économiser le plus possible sur les notes de restaurant. Par contre, impossible de se passer de l’hôtel et il fallut débourser 3 francs pour chaque nuit d’hôtel.

 

C’était beaucoup d’argent. Je sais bien que cette somme fera sourire nos jeunes amis mais pour situer la dépense dans le temps, il faut savoir qu’à l’époque, un ouvrier maçon par exemple gagnait moins de cinq sous de l’heure, soit environ 20 centimes de maintenant. Au diable l’avarice, Pierre et Mathurin sont à Paris et bien décidés à profiter au maximum de leur séjour.

 

Ils se rendent immédiatement à l’exposition. Quel enchantement ! Tout est merveilleux. Ils veulent tout voir.

Des machines extraordinaires sont exposées. Le stand de l’électricité attire particulièrement leur attention.

Un technicien est là qui répond à toutes les questions que lui posent nos amis :

- Qu’est-ce que c’est cette machine ?

- C’est une dynamo, répond le technicien, ça sert à faire de l’électricité.

- Comment ça marche ?

- C’est simple, pour fabriquer de l’électricité, il suffit de faire tourner cette machine avec une source d’énergie quelconque (moteur à pétrole, machine à vapeur, moulin à eau, moulin à vent, etc.…)

- Est-ce que ça peut marcher longtemps sans entretien ?

- Oui, elle peut marcher plusieurs années sans difficulté.

- Combien coûte-telle ?

- Cher, très cher.........

- On verra, dit Mathurin, car déjà une idée a germé dans sa tête.

 

Le retour à Plouguenast se fera sans histoire.

Il est temps maintenant de faire plus ample connaissance avec nos deux personnages. Il s’agit de deux hommes tout à fait remarquables.

Pierre MOUNIER

 

Parlons d’abord de Pierre, l’aîné. Il naquit en 1868. Il fit quelques études à l’école primaire de Plouguenast. D’une santé fragile, il devra toute sa vie, suivre un régime draconien. Il sera toujours très maigre, légèrement voûté, même un peu bossu à la fin de sa vie. Ces lacunes physiques seront largement compensées par une vive intelligence, un enthousiasme sans pareil, une imagination débordante et un ardent désir d’apprendre qui l’amèneront à lire beaucoup. C’est ainsi qu’il s’intéressera à la physique, à l’aviation, à l’électricité bien sûr, mais aussi à la philosophie et à l’histoire.

 

A Plouguenast, Il était surtout connu sous le nom de Pierre Bondé. En effet, il avait l’habitude de dire Bondé à chaque phrase. Combien de fois l’ai-je entendu me dire pendant les longues conversations que j’ai eues avec lui « Ah bondé, si j’avais une bonne santé, je ferais ceci, je ferais cela. Ah bondé, si j’avais été à l’école, j’en aurais fait des choses ! » Nous verrons plus loin que malgré les handicaps signalés plus haut, il fit tout de même beaucoup de choses dans sa vie et en particulier le rôle qu’il tint dans l’installation et le fonctionnement de l’électricité à Plouguenast. Il mourra en 1935 miné par la tuberculose.

Mathurin MOUNIER

 

De Mathurin, je ne dirai pas grand chose car je ne l’ai pas connu. Je sais seulement qu’il était instruit car il avait envisagé d’entrer au séminaire, ce qui l’avait amené à faire des études secondaires. De 2 ans le cadet de Pierre, il mourra à 37 ans également de la tuberculose, la terrible maladie que l’on ne savait pas guérir à cette époque. Sur la fin de sa vie, Il s’adonnera au spiritisme, à la magie et aux sciences occultes.

 

Pierre disait de son frère « Mathurin, c’était un génie, il comprenait tout, je n’arrivais pas à suivre ses raisonnements ». Il semble en effet que c’est Mathurin qui prendra les initiatives qui amèneront l’installation de l’usine électrique de Plouguenast. Cet homme tout à fait exceptionnel avait une idée nouvelle chaque matin d’après ce que m’en a dit son frère. Il avait fait un nombre important d’inventions qui restèrent sans suite, faute de moyen de réalisation.

 

La principale de ces trouvailles fut sans conteste la conception et le début de réalisation d’une machine à coudre avec laquelle il n’était pas nécessaire de refaire la navette qui a toujours été le cauchemar des couturières. Aujourd’hui encore, des grands constructeurs de machines cherchent en vain une solution à ce problème.

 

Cette machine, je l’ai vue en 1931 dans le grenier de la maison où habite actuellement Lucien Serinet. Elle était très grossière et devait peser au moins 40 kgs. La maladie de Mathurin et sa mort mirent fin à la réalisation de l’engin. Pierre me dit un jour qu’il connaissait bien le principe que son frère voulait mettre en œuvre et donc qu’il aurait pu terminer la machine mais que ce travail lui abrègerait sa vie de 10 ans, ce qui ne l’intéressait évidemment pas.

 

Maintenant que nous connaissons bien les deux frères Mounier, revenons en 1905 ! Quatre ans s’étaient écoulés depuis la visite à l’exposition de Paris. Pierre et Mathurin avaient travaillé dur et amassé un peu d’argent. Mathurin n’avait pas oublié la dynamo de Paris.

Le moulin de Pontgamp

 

Il se trouva qu’un moulin fut à louer au Pontgamp, là où habite actuellement Albert Voyer. Ce moulin était alimenté en eau par une dérivation du Lié passant dans le parking actuel du Multiservice. La vanne d’alimentation était située sur le coté droit de la route allant vers Loudéac. Un canal souterrain traversait la route pour permettre l’écoulement de l’autre côté. Je dis ceci pour les plus jeunes de nos compatriotes car ce canal n’a été obstrué que depuis quelques années.

 

Mathurin vit tout de suite l’intérêt de ce moulin qui était placé au milieu du bourg et du Pontgamp. Il décida de le louer mais auparavant il s’informa des expériences déjà réalisées dans certaines grandes villes de France. Il faut savoir qu’à cette époque, on s’éclairait encore au gaz dans la plupart des villes françaises. Pensant avoir suffisamment d’arguments, Mathurin reprit le chemin de Paris, emportant toutes ses économies et un peu d’argent prêté par des amis. Il revenait quelques jours plus tard, ayant fait l’emplette de la fameuse dynamo.

 

Deux mois plus tard, Alexis Presse, le voiturier de Plouguenast attelait deux de ses solides percherons et allait prendre la livraison de la machine à la gare de Lamballe. A ce moment, les frères Mounier pensent qu’un grand pas a été fait. En effet, les hommes, le moulin, la machine sont à pied d’œuvre. Pourtant, c’est maintenant que les vrais problèmes vont se poser !

 

Tout d’abord, le vieux moulin va s’avérer inadapté à l’usage qu’on voulait en faire. La vieille roue à Aubes dut être refaite entièrement. Le bief d’arrivée d’eau dut être élargi et approfondi. Tout cela demanda du temps et de l’argent. Mais que dire du courage et de la persévérance dont firent preuve les deux frères pour résister aux critiques et aux moqueries des badauds qui assistaient aux travaux. Pensez-donc, voilà deux farfelus qui prétendaient éclairer les maisons sans chandelles.

 

Premiers essais

 

Malgré les difficultés, les travaux avançaient. Bientôt la dynamo fut installée dans l’ancien moulin qui devint pour les frères Mounier, "L’USINE". C’est ainsi que s’appellera désormais le bâtiment. Quelques essais furent effectués en cachette mais les résultats s’avérèrent médiocres pour ne pas dire décevants. La dynamo tournait trop lentement, si bien que le filament des ampoules rougissait à peine, ce qui ne donnait guère de lumière. On obtenait à peine 60 volts au lieu des 110 espérés. On changea la démultiplication des roues de transmission, on chercha toutes les combines possibles pour augmenter la vitesse de rotation de la dynamo. Après bien des tâtonnements, on obtint enfin une centaine de volts, ce qui donnait une lumière très convenable.

 

C’est alors que Mathurin décida de frapper un grand coup. D’abord, pour confondre ses détracteurs, ensuite pour montrer à la population de Plouguenast qu’il n’était pas aussi fou qu’on le disait, enfin pour faire en vraie grandeur un essai des possibilités de transport du courant électrique.

 

Pour ce faire, on tira deux fils qui partaient de l’usine pour aboutir à la maison de Mathurin qui se trouvait située au-dessus de la maison actuelle de Fernand Salmon. La distance était d’environ 350 mètres. Une lampe témoin fut fixée sur le mur extérieur de la maison et une équipe d’une dizaine d’hommes se posta, à distance respectueuse de l’ampoule, avec pour mission de contrôler l’allumage éventuel. Cette équipe pouvait être vue d’une deuxième équipe qui, elle, était postée sur la route près du moulin. Quand tout le monde fut en place, l’équipe du haut donna le signal de mise en route à l’aide de signaux à bras convenus à l’avance. On leva la bonde et le moulin se mit en route lentement, entraînant la fameuse dynamo. Au début, il ne se passa rien puis petit à petit, au fur et à mesure de l’augmentation de la vitesse du moulin, le filament de l’ampoule prit une petite teinte rosée et enfin une véritable luminosité.

 

Le pari était gagné !

 

Les deux équipes furent bientôt réunies chez Paul Georgelin, le cafetier d’en face où l’événement fut arrosé copieusement. Mon beau-père, Joseph Ruello qui faisait partie de l’équipe du haut m’a raconté cet événement.

 

Et la lumière fut...

 

Devant une telle réussite, on pourrait penser que tous les habitants de Plouguenast allaient se précipiter chez les frères Mounier pour demander l’installation d’une lampe chez eux ! Et bien, pas du tout. Au contraire, on regarde avec méfiance cette lumière qui passait dans des fils de fer. D’autant plus qu’un voyageur venant de Nantes affirmait qu’un homme qui avait touché un fil électrique était tombé raide mort. Il fallut attendre plusieurs mois avant qu’un courageux autorise l’installation d’une lampe dans sa maison. Chaque soir, les voisins venaient admirer le magnifique éclairage qui remplaçait avantageusement plusieurs lampes à « oriflamme ».

 

Aucun incident n’étant survenu, d’autres personnes demandèrent l’installation d’une lampe chez eux. C’est ainsi que petit à petit, tous les habitants du bourg et du Pontgamp eurent bientôt au moins une lampe dans leur habitation.

 

Tous ces travaux avaient coûté cher et les finances des frères MOUNIER étaient au plus bas, aussi décidèrent-ils de monnayer leur travail et leur matériel. Le problème n’était pas simple à résoudre. En effet, vendre de l’électricité n’est pas aussi aisé que de vendre du blé ou des pommes de terre. De nos jours, les employés de l’E.D.F passent dans nos maisons et lisent sur le compteur les quantités d’électricité dépensée depuis leur dernier passage. C’est très simple. A Plouguenast, en 1906, il n’était pas question d’installer un compteur dans chaque maison. Il fallut trouver autre chose. Les frères Mounier optèrent pour un abonnement annuel qui serait payé en fin d’année en fonction du nombre de lampes installées chez chaque abonné. Exemple : pour une lampe, 15 francs (en 1913), pour trois lampes, 45 francs.

Développement et résolution des problèmes

 

Le système semblait simple et fonctionna quelques années jusqu’à ce que certains abonnés, trouvant la note trop élevée, demandèrent une diminution du tarif, arguant du fait qu’ils n’utilisaient qu’épisodiquement certaines lampes. Pierre Mounier trouva la solution en installant des "va et vient" dans chaque maison. C’est ainsi que quand on éteignait une lampe dans une pièce, une autre lampe s’allumait dans une autre pièce. Je me souviens très bien que chez moi, la cuisine et la chambre de ma mère étaient couplées. Chaque soir, en allant se coucher, ma mère tournait un bouton qui bifurquait le courant de la cuisine vers sa chambre. Il n’y avait donc qu’une lampe à fonctionner en permanence, ce qui ne justifiait qu’une seule redevance annuelle. J’ai même vu 3 lampes alimentées par le même circuit.

 

Ce système permettait de ne payer qu’une fois plusieurs utilisations. Ce procédé astucieux avait tout de même un gros inconvénient. En effet, si l’on avait besoin d’éclairer deux pièces à la fois, il fallait en sacrifier une. C’est pourquoi les lampes à huile et les bougies restèrent toujours à portée de main. Les problèmes internes étant résolus, il restait à assurer le fonctionnement général de l’installation. Le Lié n’étant pas le Mississipi, il apparut rapidement aux frères Mounier qu’on risquait de manquer d’eau si le moulin marchait trop longtemps sans interruption. Il fallut régler les heures de marche en fonction des saisons et des disponibilités en eau.

 

Voici comment les choses se passaient. L’usine était mise en route le matin entre 5 heures et 5 heures 1 /2 suivant les saisons et arrêtée dès qu’il faisait jour. Le soir, on remettait en marche à la tombée de la nuit avec arrêt impératif à 22 heures jusqu’au lendemain matin. En fait, on ne se servait pratiquement pas des interrupteurs. Les lampes s’allumaient avec la mise en route de l’usine et s’éteignaient avec son arrêt. Ce qui explique que le pays vivait à l’heure de l’usine. On se levait quand la "chandelle" s’allumait et le soir, tout le monde était au lit à 22 heures.

 

La petite anecdote suivante montrera à quel point le pays était conditionné par l’usine. Un jour, Guillaume Serandour, qui était mitron chez Victor Presse à la Côterette, eut un travail de nuit à effectuer dans son pétrin. Comme il était très copain avec Pierre Bondé, il lui demanda l’autorisation de mettre lui-même l’usine en route afin d’avoir de la lumière pour faire son travail. Comme c’était en saison hivernale, l’eau ne manquait pas ; aussi, Pierre donna son accord. Serandour, qui habitait au Pontgamp, passait obligatoirement devant la bonde pour venir à la Côterette, aussi il n’eut aucun effort à faire pour lever la vanne d’alimentation du moulin, ce qui eut pour conséquence d’éclairer toutes les maisons du bourg et du Pontgamp.

 

Or, il n’était que 3 heures 1/2 du matin. Pierre Martin, le bedeau, réveillé en sursaut et encore à moitié endormi jeta un coup d’oeil sur son réveil, se trompa d’aiguille, lut 6 heures 1/4 au lieu de 3 heures 1/2, enfila son pantalon en vitesse et monta quatre à quatre l’escalier de la tour de l’église pour sonner une Angélus d’autant plus vigoureuse qu’il la croyait en retard d’une demi-heure. Ce carillonnement intempestif réveilla le curé, qui à peine habillé, se précipita à la sacristie et se mit en devoir de revêtir les ornements sacerdotaux.

 

Quelques pieuses paroissiennes mal réveillées, arrivaient à l’église quand quelqu’un vint dire qu’il devait y avoir une erreur quelque part puisque les deux horloges de sa maison, qui n’avaient pas fait la moindre erreur depuis 25 ans, annonçaient toutes les deux quatre heures. Ceux qui s’étaient levés se recouchèrent, les réveillés se rendormirent et cela donna un bon sujet de conversation pour le lendemain.

 

Cette petite parenthèse étant close, revenons à notre affaire. Le système, tel que nous l’avons vu plus haut, fonctionna pendant 30 ans, mais ce ne fut pas sans difficultés pour Pierre Bondé. Il eut à faire face à trois problèmes.

 

  1. Difficulté d’approvisionnement en eau surtout en été.
  2. Nécessité d’avoir quelqu’un tout au long de l’année pour assurer la mise en route et l’arrêt de l’usine.
  3. Assurer l’entretien des installations intérieures et extérieures.

 

Voici comment Pierre réussira à faire face à ces difficultés au prix de beaucoup de travail, d’astuce et d’imagination.

 

Pour l’approvisionnement en eau, nous savons que les réserves étaient très limitées. L’hiver, le Lié a un débit important, ce qui assurait la marche du moulin sans trop de problème malgré les besoins en électricité forcément plus grands en cette période de l’année. L’été, il en était tout autrement et il était fréquent de voir la luminosité des ampoules diminuer à la même fréquence que le débit du Lié. Les vieux Plouguenastais se souviennent certainement des baisses de tension en fin de soirée et que les 25 "bougies" annoncées sur l’ampoule étaient loin d’être atteintes.

 

Là où la situation devenait dramatique, c’est quand un événement important nécessitait la prolongation de l’électricité après 10 heures du soir ! Ce cas se produisait au moins une fois l’an à l’occasion des courses de Plouguenast qui avaient lieu sur deux journées fin août ou début septembre dans une période où le Lié était pratiquement à sec. Pendant ces deux soirées, la demande en électricité était grande. Pensez-donc, chaque bistro (il y en avait une quinzaine entre le bourg et le Pontgamp) organisait un bal public sur la route en face chez lui. Cela nécessitait l’installation d’au moins une lampe accrochée à un coin de mur dans le but de moraliser autant que faire se pouvait un bal pas mal décrié du fait qu’il avait lieu la nuit.

 

D’autre part, le comité des fêtes organisait lui aussi son bal annuel payant sur la place de l’église. Cette place, caillouteuse et mal nivelée, avait été recouverte au préalable d’une épaisse couche de "Frou", ce qui rendait les évolutions plus aisées mais nécessitait un sérieux brossage des costumes et des robes le lendemain. Ce grand bal absorbait à lui seul six lampes supplémentaires, deux pour l’orchestre et une aux quatre coins du bal. C’était la grande fête et toutes les jeunes filles étaient autorisées à aller danser car l’éclairage permettait aux parents parqués derrière les barrières, de garder un œil vigilant sur leur progéniture tout en devisant avec les autres parents.

 

Pierre Mounier ne voyait pas sans angoisse arriver ces deux fournées ! Il y avait deux moyens de faire face au problème posé. D’abord, faire des réserves d’eau et ensuite rechercher des appuis au moment de l’utilisation de cette eau. C’est ainsi que dans les huit jours précédant les courses, Pierre et quelques bénévoles mettaient des poteaux et des arbres en travers des "Errusses" dans le but de surélever la retenue d’eau et d’augmenter ainsi la capacité de stockage. L’ennui, c’est que ce procédé avait pour effet d’arrêter complètement le cours du Lié, ce qui n’arrangeait pas du tout les meuniers situés en aval du barrage. Par contre, il fallait composer avec ceux situés en amont pour leur demander de moudre à une heure bien déterminée le jour des courses de telle sorte que l’eau arrive au Pontgamp au meilleur moment, soit vers 10 ou 11 heures du soir.

 

C’est ainsi que grâce à une bonne entente entre tous, les choses s’arrangeaient au mieux. D’autant plus que les courses de Plouguenast étaient à cette époque un événement qui intéressait tout le canton. Le dimanche avait lieu les courses de chevaux qui étaient classées avec pari mutuel, tribunes, etc... Le lundi, les courses de bicyclettes étaient réputées parmi les plus importantes de Bretagne. Les prix nombreux et substantiels attiraient la crème du cyclisme breton, ce qui faisait dire qu’il s’agissait là d’un vrai championnat de Bretagne sans en avoir l’appellation officielle.

 

Nous nous sommes un peu éloignés de notre sujet, mais je pense qu’il n’est pas sans intérêt de faire un peu d’histoire du pays à l’occasion de ce récit. Revenons à notre moulin qu’il fallait mettre en route de bonne heure le matin et arrêter le soir comme nous l’avons vu plus loin. C’était une servitude énorme pour Pierre Bondé qui habitait à une certaine distance de l’usine. Pendant quelques années, le service fut assuré par Paul Alanet qui logeait dans une petite maison, maintenant détruite, située juste en face de l’usine.

 

A la mort de Paul, il ne se trouva personne pour le remplacer. "Bondé de Bondé" se dit Pierre, c’est moi qui vais être obligé de faire ce travail. Effectivement, c’est lui qui, été comme hiver régula la marche de l’usine. Le plus pénible pour Pierre était l’obligation d’attendre 10 heures du soir pour arrêter le moulin alors que, surtout l’hiver, il aurait aimé se coucher tôt. Cette servitude l’amena à rechercher un moyen mécanique qui le délivrerait de cette besogne. Il trouva la solution grâce à une installation complexe mais combien astucieuse. En gros, le principe était le suivant. Une horloge à poids génialement bricolée fut installée dans l’usine et réglée de telle sorte qu’à 10 heures pile, un poids de 2 kilos tombait sur un levier qui par son abaissement embrayait une poulie reliée elle-même à l’aide d’une courroie de transmission à la vanne d’arrivée d’eau au moulin. Cela semble simple à raconter mais ceux qui ont vu comme moi cette installation, ont envie de crier au génie. Ce procédé fonctionna parfaitement jusqu’à la fermeture de l’usine. Le problème de l’arrêt étant résolu, il restait à trouver un moyen de mise en route le matin. La solution était pratiquement trouvée quand l’E.D.F officielle vint kidnapper littéralement toute l’œuvre des Frères Mounier et réduire à néant 30 années de travail.

 

Ce véritable vol eut lieu en 1935, il y a un peu plus de 50 ans. C’est la Compagnie LEBON qui avait l’exclusivité de l’électricité dans cette partie de la Bretagne qui s’appropria le plus légalement du monde d’ailleurs, toutes les installations qu’elle s’empressa de démolir pour y mettre les siennes qui étaient évidemment beaucoup plus modernes.

 

Avant ce temps, Pierre assura seul tous les travaux d’installations intérieures et extérieures. C’est toujours la nuit qu’il venait faire les réparations et les installations nouvelles. Pourquoi la nuit ? Parce que ne disposant d’aucun appareil de mesure, c’est au toucher des fils qu’il pouvait différencier les fils conducteurs des neutres. Il prenait souvent de bonnes châtaignes mais cela ne semblait pas le gêner outre mesure. Les lignes extérieures étaient supportées par des poteaux en bois composés le plus souvent de jeunes arbres mal équarris et plantés un peu n’importe où.

 

Cette organisation avec ses défauts et ses lacunes fonctionna pendant 30 ans à la satisfaction générale. On pourrait penser qu’une telle infrastructure qui avait une valeur commerciale certaine, donnerait lieu à une indemnité compensatrice ou à un rachat, comme cela s’était produit dans certaines villes. Il n’en fut rien. La Compagnie LEBON, comme elle en avait légalement le droit, refusa toute indemnité prétextant qu’aucune licence d’exploitation n’ayant jamais été demandée, elle arrivait dans un pays où il n’y avait rien avant son arrivée. Pierre Mounier essaya bien de protester mais juridiquement, sa position était indéfendable et il dut s’incliner. Bien entendu, sa peine fut immense et pour manifester son amertume, il ne voulut jamais prendre un branchement à la Compagnie LEBON, si bien que jusqu’à sa mort il s’éclaira à la bougie. Quel paradoxe !!!

L’arrivée de l’électricité officielle

 

Bien évidemment, l’arrivée de l’électricité officielle était un progrès pour le pays puisqu’elle permettait l’électrification de toute la commune, ce qui n’était pas le cas avant. Je ne voudrais pas terminer cette histoire sans dire quelques mots de la vie de Pierre Mounier. Comme je l’ai dit plus haut, c’était un homme d’une santé fragile. Héréditairement tuberculeux semble-t-il (rappelons que Mathurin son frère était mort tuberculeux à l’âge de 36 ans en 1906), il réussira à vivre 30 ans de plus que son frère grâce à une hygiène de vie monastique. Pas d’alcool, pas de tabac, pas de femme (il ne se mariera jamais), une alimentation qui sans être particulière était tout de même rigoureuse, grâce à la surveillance constante de Mademoiselle Marie-Louise Mounier, sa cousine dont nous dirons un mot plus loin. Car c’était un personnage pittoresque et en quelque sorte une figure du vieux Plouguenast. Un élément important de la vie de Pierre Mounier était sa sieste journalière qu’il n’aurait manquée pour rien au monde. On le voyait été comme hiver, et quel que soit le temps, partir sur le chemin du Val après son déjeuner avec sous un bras L’OUEST ÉCLAIR et sur l’autre son imperméable couleur mastic. L’hiver il portait un pardessus et parfois il ajoutait une couverture sur ses épaules. Les passants pouvaient le voir allongé tranquillement sur le bord du chemin lisant son journal ou dormant tout simplement. Par temps de pluie, il trouvait une excavation sous un rocher ce qui ne manquait pas sur ce chemin qui n’était qu’une suite de carrière de pierres.

 

Comme je m’étonnais un jour devant lui de cette constance pour sa sieste, il me répondit que dans les sanatoriums, l’essentiel des soins consiste à exposer les malades le plus possible à l’air libre ! Après sa sieste qui durait parfois 2 heures, il rentrait dans son atelier et vaquait à son travail qui consistait surtout en réparation de petits appareils ménagers que personne d’autre que lui ne savait ou ne pouvait faire dans le pays. On lui recommandait aussi parfois des travaux de ferronnerie d’art pour des portes d’entrée ou des clôtures. Là où il était à son affaire c’est quand un cultivateur venait lui demander la confection d’une pièce introuvable dans le commerce pour une vieille machine agricole.

 

Comme promis, nous allons dire un petit mot de Marie-Louise, la cousine qui dégagea Pierre de toutes les contingences matérielles (ménage, cuisine, habillement, etc...). Ils vécurent l’un à côté de l’autre pendant de nombreuses années. Pourtant il est rare de rencontrer deux êtres aussi différents :

 

Elle : grande, élancée, distinguée, toujours tirée à quatre épingles, légèrement dominatrice, esprit critique s’il en fut, bonne chrétienne ; elle avait été au couvent quelque temps dans le but de devenir religieuse.

Lui : petit, courbé, bon enfant, pas coquet pour deux sous et un tantinet mécréant par-dessus le marché.

 

Avec deux tempéraments aussi opposés, les frictions étaient nombreuses. C’est ainsi qu’on pouvait entendre Marie-Louise reprocher à son cousin son manque de foi et lui prédire une damnation certaine. Pas si sûr, répondait Pierre. Dieu qui me connaît bien me choisira avant toi, ne serait-ce que pour ne pas t’entendre médire de ton prochain. Ah les hommes ! reprenait Marie-Louise, le meilleur ne vaut rien. Quoi ! rétorquait Pierre. Comment oses-tu dire des choses pareilles ! Toi qui avais choisi le meilleur d’entre eux, tu n’as pas pu le supporter plus de quelques mois. Comme on le voit, Pierre Mounier avait aussi de l’humour. Voilà brièvement racontée, l’histoire d’une vie mais aussi celle d’un homme qui fait honneur à notre commune. Je ne sais ce qu’est devenue la fameuse dynamo qui changea la vie des Plouguenastais. Je crois qu’elle fut achetée par Jean Hamon du Petit Moulin. Il serait peut-être intéressant de la rechercher et si on la retrouve, de l’exposer dans une sorte de petit musée avec une biographie de Pierre et Mathurin Mounier. Cela ne serait certainement pas sans intérêt pour les jeunes Plouguenastais d’aujourd’hui et ceux des générations à venir.

 

Plouguenast, août 1986

Joseph HAMON

 

Partager cet article
Repost0
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 15:02

Par Gérard Borvon.

_________________________________________________________________________

 

 

Une friche à l’oubli à l'entrée de la ville de Besançon (Doubs). Abandonnée depuis plus de 30 ans, elle attire graffeurs et historiens. Autrefois lieu de travail, aujourd'hui lieu d'expression, l'ancienne filature Rhône-Poulenc continue à fasciner les hommes.

  • Par Sophie Courageot
  • Publié le 29/03/2016 | 15:09 , mis à jour le 05/04/2016 | 12:05

 

© Marc Perroud - Vie des Hauts production L'intérieur de la friche de la Rhodiaceta à Besançon

 

Rhodiacéta 1967 : une filature en plein essor. Des grèves, une occupation de l’usine. Le cinéma ouvrier des groupes Medvedkine est né. Les ouvriers militent, et prennent la parole, racontent leur histoire, leur époque, leurs rêves. Une guérilla culturelle s’organise.

La démolition de ce qui fut une usine est proche, avec elle s'éloignent les mots, les souvenirs, les émotions des hommes et des femmes qui y ont travaillé quelques années parfois, toute une vie souvent. La fierté et la révolte s'y sont côtoyés: fierté du travail bien fait, de l'argent durement gagné, la révolte, le combat, les luttes pour un monde à réinventer.

 

 

Tant que les murs tiennent

 

Lundi 4 avril à 23h25

 

  • Documentaire 52 min
  • Réalisé par Marc Perroud
  • Une coproduction Vie des Hauts Production - France Télévisions

 

 

 

Extrait de "Tant que les murs tiennent"

La friche de la Rhodiaceta est interdite au public. Les graffeurs s'y risquent pourtant pour excercer leur art. Ils sont régulièrement délogés par la police. Un documentaire de Marc Perroud et une coproduction Vie des Hauts Production - France Télévisions

Un grand format numérique pour aller plus loin

 

 

XXXXXXXXXXXXXXX

Voir aussi

 

Le militant ouvrier et l'aristocrate. Quand Charles Tillon rendait hommage à Hilaire de Chardonnet.

Partager cet article
Repost0
5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 08:07

Par Gérard Borvon.

________________________________________________________________________

 

 

On connaît Yan' Dargent comme peintre. C'est pourtant comme illustrateur qu'il exprime tout son talent, en particulier dans le domaine des sciences. Chaque dessin est une mise en scène de personnages en mouvement ou dans des attitudes de la vie courante. A notre époque il aurait été un excellent auteur de bande dessinée.

 

 

William Gilbert dans son cabinet

 

 

Stephen Grey

 

 

Franklin dans son laboratoire.

 

 

Chapeau paratonnerre.

 

Mort de Richmann.

 

 

Volta et sa pile.

 

 

Niepce et Daguerre.

 

Salomon de Caus à Paris.

 

 

Expérience de Périer au Puy-de-Dôme.

 

 

Le désespoir de Papin.

 

 

Watt et le "cercle des lunatiques".

 

 

Olivier Evans.

 

 

La mort de John Fitch.

 

 

Fulton à Brest.

 

 

L'Elise premier navire à vapeur entre l'Angleterre et la France.

Partager cet article
Repost0
3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 08:05

Par Gérard Borvon.

Un article à classer dans la rubrique des souvenirs d'un prof de physique qui ne voulait pas s'ennuyer en classe.

____________________________________________________________________

 

Les Rayons X au lycée de l’Elorn à Landerneau.

 

Les élèves du lycée de l’Elorn avaient la chance de pouvoir consulter la revue "La Nature", revue de vulgarisation du 19ème siècle, qui se trouvait aux archives municipales proches du lycée. En 1995, ils ont répondu à un concours sur l’histoire des rayons X dans lequel la classe de 1ere L2 a été classée première et leur camarade Edwige Grigol première à titre de premier prix individuel.

 

 

 

 

Les articles de la revue "La Nature" consacrés aux rayons X.

 

1896 premier semestre :

129 Les rayons X de M. le professeur Wilhelm Conrad Röntgen

155 Les ombres radiographiques de M. le professeur W. Conrad Röntgen

157 Rayons invisibles (Rayons X) de M. W. C. Röntgen. Expériences de M. Puluj, de Prague

274 Application industrielle des rayons X (E. H.)

293 Les rayons X et le Diamant

327 Recherches récentes sur les rayons de Röntgen

367 Radiographies par les rayons X. Utilisation des écrans fluorescents à leur production rapide

143 La photographie des parties intérieures du corps

143 Photographie à travers des corps opaques

159 [idem]

351 [idem]

143 Propriétés des radiations de Röntgen

174 [idem]

191 La lumière noire

207 La lumière noire et les radiations de Röntgen

223 La pénétration de la lumière au travers des corps opaques

223 Application des rayons de Röntgen

239 Production commode des radiations de Röntgen

271 Propriétés des rayons de Röntgen

287 La perméabilité des corps aux différentes radiations

302 Les rayons de fluorescence et les rayons de Röntgen

1896 deuxième semestre :

26 Recherches récentes sur les rayons de Röntgen

49 Le fluoroscope d’Edison

190 Effets de la chaleur et de l’électricité sur certains corps soumis à l’influence des rayons X

406 Les méfaits des rayons X

207 Nouvelle application des rayons de Röntgen

239 Le mode d’émission des rayons X

286 Action dépilatoire des rayons X

287 La dernière application des rayons X

319 Les rayons X et l’authenticité des momies

415 Les radiations émises par l’uranium

1897 premier semestre

179 Les rayons Röntgen et les affections pulmonaires

218 Propriétés nouvelles des rayons X

47 La radioscopie appliquée à la pathologie

142 Une curieuse application des rayons X

159 Application nouvelle de la radiographie

190 Les enveloppes inviolables aux rayons de Röntgen

238 Les mouches et les rayons X

254 Une nouvelle application des rayons X

302 Apparitions lumineuses

303 Le passage de la lumière au travers des corps opaques

318 Propriétés d’un nouvel appareil générateur des rayons X

319 Propriétés nouvelles des rayons X

1897 deuxième semestre

103 Les rayons Röntgen et les momies

147 Les rayons X et les métaux. Les rayons X et la douane

180 La lumière du ver luisant et les rayons X

317 Application des rayons X à l’étude des tubercules de la pomme de terre

47 Lésions organiques occasionnées par les rayons X

94 Radio-cinématographie

141 Les rayons X et la douane

286 [idem]

142 Société Röntgen

351 Une nouvelle ampoule pour la production des rayons X

 

____________________________________________________________________

On peut trouver un développement de cet article dans ouvrage paru en septembre 2009 chez Vuibert : "Une histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron"

 

 

extrait du commentaire paru dans le Bulletin de l’Union des Physiciens.

Voici un ouvrage à mettre entre toutes les mains, celles de nos élèves dès les classes de premières S et STI de nos lycées, et entre les mains de tous les futurs enseignants de sciences physiques et de physique appliquée (tant qu’il en reste encore !).

 

L’auteur est un collègue professeur de sciences physiques, formé à l’histoire des sciences, et formateur des enseignants en sciences dans l’académie de Rennes.

Bref quelqu’un qui a réfléchi tant à l’histoire de sa discipline qu’à son enseignement et sa didactique, et cela se sent. Le style est fluide et imagé, bref plaisant au possible...

 

...voici donc un bon ouvrage permettant de se construire une culture scientifique sans l’âpreté des équations de la physique.

Commentaire lecteur :

Ce livre n’est pas du tout rigide et formel, il se lit très bien et c’est ce qui fait qu’on retient plus de choses ! Les anecdotes y sont très bien rapportées et on s’amuse à les lire. Ce livre casse la malheureuse idée rigide et complexe que l’on peut avoir des sciences, on apprend en s’amusant et ça réconcilie les gens avec la physique, tant mieux !!!

Partager cet article
Repost0
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 21:07

Par Gérard Borvon.

______________________________________________________________________

 

En cette année de 1984 des élèves du collège de Mescoat à Landerneau et leurs professeurs de physique et de technologie se sont lancés dans une ambitieuse opération : imaginer et construire 10 appareils photographiques équivalents à ceux qui étaient utilisés dans les premiers temps de la photographie.

 

 

A l'atelier

 

 

L'appareil

 

 

 

Premières photos réalisées avec l'appareil.

Un "plan film" transparent est utilisé comme négatif.

 

le collège

photo de groupe.

sans oublier la "meule" !

 

Visite de M. Simon.

 

Monsieur Simon est un célèbre collectionneur qui n'hésite pas à faire partager sa passion.

 

 

 

Sa collection est aujourd'hui présentée au musée breton de la photographie et du cinéma à Bourg-Blanc.

 

Voir la présentation du musée en video sur tébéo.

 

XXXXXXXXXX

Voir aussi : La méthode du calotype pour un cours de physique au lycée de l'Elorn à Landerneau.

Partager cet article
Repost0
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 08:21

Par Gérard Borvon.

Un article à classer dans la rubrique des souvenirs d'un prof de physique qui ne voulait pas s'ennuyer en classe

___________________________________________________________

 

Ce travail a été réalisé par des classes du lycée de l'Elorn à Landerneau. L'idée étant d'introduire des notions d'optique et de chimie à travers un cas concret : la naissance de la photographie. Il s'agissait ici de réaliser un calotype, la première photographie papier par négatif/positif  mise au point par William Henry Fox Talbot. (voir à ce sujet l'article de Wikipédia).

 

Ce travail a fait l'objet de l'annexe d'un article publié dans le bulletin de l'Union des Physiciens sous le titre : du phénakistiscope au cinématographe.

 

Nous le reproduisons ici.

 

L'appareil.

 

Il a été construit par la section ébènisterie du lycée et décoré aux armes de la ville de Landerneau par la section marqueterie.

 

Le résultat

 

10 secondes sans bouger, c'est long !

 

_________________________________________________________________

 

L'histoire de la photo à l'école primaire.

L'appareil a été utilisé par les élèves de CM2 de l'école du Tourous à Landerneau pour une initiation à la photographie.

 

D'une année à l'autre, chaque classe a apporté sa contribution

ce qui a débouché sur la réalisation d'une exposition.

 

 

En 1882, Jules Marey, qui a mis au point son "fusil photographique" écrit à sa mère : "je suis tout à mes expériences qui donnent des résultats étonnants. On en parlera dans Landerneau quand je publierai mes résultats. J'ai un fusil photographique qui n'a rien de meurtrier et qui prend l'image d'un oiseau qui vole ou d'un animal qui court en un temps moindre de 1/500e de seconde".

Juste 100 ans plus tard on parlait effectivement du fusil de Jules Marey à Landerneau.

 

 

Landernéens, à vos greniers !

 

 

L'appel des lycéens aux habitants de Landerneau a été entendu. Cela s'est traduit par une nouvelle exposition en collaboration avec le club photo de la Maison pour Tous.

 

 

 

 

 

XXXXXXXXXXXX

Voir aussi :

Histoire de la photographie. Un projet d'Action Educative au Collège de Mescoat à Landerneau.

 

 

XXXXXXXXXXXX

Pour la technique du collodion, voir :

Votre portrait sur verre au collodion humide par Nicolas Hergoualc'h

 

XXXXXXXXXXXX

Partager cet article
Repost0
29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:23

Par Gérard Borvon.

 

_________________________________________________________

 

 

Dans un mémoire, publié après sa mort, Lavoisier dresse le tableau des observations et conclusions antérieures à la théorie de la combustion dont il revendique la paternité.

 

Ci-dessous sa conclusion.

 

Cette théorie, à laquelle j’ai donné de nombreux développements, en 1777, et que j’ai 
portée, presque dès cette époque, à l’état où elle est aujourd’hui, n’a commencé à 
être enseignée par Fourcroy que dans l’hiver de 1786 à 1787 ; elle n’a été adoptée par 
Guyton-Morveau qu’à une époque postérieure ; enfin, en 1785, Berthollet écrivait 
encore dans le système du phlogistique. Cette théorie n’est donc pas, comme je 
l’entends dire, la théorie des chimistes français, elle est la mienne, et c’est une 
propriété que je réclame auprès de mes contemporains et de la postérité. 

D’autres, sans doute, y ont ajouté de nouveaux degrés de perfection, mais on ne pourra pas me 
contester, j’espère, toute la théorie de l’oxydation et de la combustion ; l’analyse et la 
décomposition de l’air par les métaux et les corps combustibles ; la théorie de 
l’acidification ; des connaissances plus exactes sur un grand nombre d’acides, 
notamment des acides végétaux ; les premières idées de la composition des 
substances végétales et animales ; la théorie de la respiration, à laquelle Seguin a 
concouru avec moi. Ce recueil (1) présentera toutes les pièces sur lesquelles je me 
fonde, avec leur date ; le lecteur jugera.
Partager cet article
Repost0
28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 19:21

Par Gérard Borvon

_______________________________________________________________

 

 

Leçon inaugurale de Gilles Boeuf au Collège de France

19 décembre 2013.

 

Voir la vidéo

 

Les grandes questions environnementales aujourd'hui sont celles de l'énergie, de l'eau, du changement climatique et de la biodiversité.

La biodiversité est née dans l'océan ancestral, bâtie sur la chimie pré-biotique issue d'une géo-diversité antérieure, vers 3850 millions d'années (Ma), quand les premières cellules se sont clonées par scissiparité. La vie s'est ensuite diversifiée dans l'océan durant des milliards et des centaines de millions d'années et se sont alors produits des évènements essentiels pour le vivant : l'émergence de la cellule eucaryote, la capture de bactéries qui deviendront les organites par symbiose (mitochondries et plastes), la pluri-cellularité et, enfin, le développement de la sexualité. Tout est en place quand la vie métazoaire organisée sort des océans vers 450 Ma. La biodiversité (arthropodes) explose sur les continents dans les forêts du Carbonifère et se répand partout, les espèces s'organisent en populations, écosystèmes, biomes... Depuis 570 Ma, il a été mis en évidence une soixantaine de « crises d'extinction », dont cinq particulièrement prépondérantes, la plus aigüe s'étant déroulée vers 251 Ma, entre Permien et Trias (charnière paléozoïque/mésozoïque), durant laquelle 96 % des grandes espèces se sont éteintes.

La biodiversité est bien autre chose que les seuls catalogues ou inventaires d'espèces qui ont été élaborés depuis quelques siècles, à partir de grandes expéditions ou de travaux sur de longues périodes sur le terrain. Elle est en fait l'ensemble des relations établies entre les êtres vivants et avec leur environnement. C'est tout simplement la fraction vivante de la nature !

 

Actuellement, la biodiversité est menacée par quatre grands phénomènes dans lesquels l'humanité a bien sa part : la destruction et la contamination des milieux naturels, la prédation en excès et la surexploitation des ressources naturelles, les introductions anarchiques d'espèces d'un milieu à un autre et, enfin, le réchauffement climatique. Après la conquête du feu (vers 800 000 ans), la fin du nomadisme au Néolithique (12-8000 ans) associée au développement de l'agriculture et de l'élevage et, plus tard, l'invention de la machine à vapeur (fin XVIIIe), l'humain a été de plus en plus impactant sur les milieux naturels et les a profondément transformés. En réalité, nous ne faisons aujourd'hui que prolonger et accélérer ce mouvement, amplifié par la démographie et l'idée délétère « d'asservissement » de la nature.

 

En trois-quatre siècles, l'humanité aura épuisé la totalité des ressources combustibles fossiles accumulées durant des centaines de millions d'années et, aujourd'hui, les espèces vivantes disparaissent de la planète à un rythme de 100 à 300 fois supérieur au taux d'extinction « naturel » attendu. Ceci a amené certains à se demander si l'humain n'était pas en train de mettre en place les conditions d'une sixième crise massive d'extinction ! Nous sommes confrontés à des prévisions de plus en plus précises d'un épuisement des ressources finies, dans le monde fini qui est le nôtre. Seules les ressources vivantes sont renouvelables mais, bien souvent, l'humain les surexploite et dépasse alors les « seuils de renouvelabilité ».

Les écosystèmes les plus riches en espèces sont, sur les continents, les forêts tropicales humides et, dans les océans, les récifs coralliens. Aujourd'hui, nous connaissons un peu plus de deux millions d'espèces (1,7 million d'espèces terrestres et 300 000 espèces marines), décrites et déposées dans les musées. Il en demeure plus de 80 % à découvrir.

Depuis 2007, l'humanité vit majoritairement dans les cités et, à l'heure actuelle, nous nous intéressons tout particulièrement au retour de la biodiversité en ville. Pourquoi faut-il impérativement enrayer cette érosion de la diversité biologique ? Tout simplement parce que nous ne pouvons pas nous en passer, nous en sommes constitués et la côtoyons en permanence ! Les services qu'elle nous rend sont incontournables. En 2002, à Johannesburg, les Nations Unies avaient fixé l'année 2010 pour l'arrêt de cette érosion. Pourtant, lors de la conférence d'introduction de l'année dédiée à la biodiversité à l'Unesco à Paris en janvier 2010, nous avons collectivement constaté que nous avions échoué. Nous avons alors décidé de repousser l'échéance à 2020 et de consacrer la décennie 2010-2020 au sauvetage de la biodiversité.

 

Mais pourquoi réussirions-nous mieux entre 2010 et 2020 quelque chose que nous avons été incapables d'organiser entre 2002 et 2010 ? Projet réaliste ou rêve insensé ? C'est une question que nous nous étions déjà posée lors du premier colloque du Collège de France à l'étranger, à Bruxelles, en 2006. Dans ce cadre, l'apport des sciences participatives est très substantiel, tant pour fournir des données aux chercheurs qui ne peuvent être présents partout et tout le temps, que pour responsabiliser grand public et « amateurs » et, collectivement, faire pression sur les acteurs d'un développement insoutenable.

De par les changements de tous ordres qu'il déclenche depuis deux siècles et en accélération croissante, l'humain crée certainement, en ce moment même, des conditions favorables à l'apparition d'espèces, mais, au fur et à mesure, il détruit également les écosystèmes. Le résultat risque d'être bien consternant. L'humain, avec son cortège d'activités, ses plantes et ses animaux domestiques, est devenu la plus puissante force évolutive s'exerçant sur la nature. Nous sommes entrés dans l'anthropocène. Nous réfléchissons aux limites d'adaptabilité des écosystèmes et de l'humain.

 

Pourra-t-il tout simplement s'adapter à lui-même ? Le capital naturel ne peut indéfiniment être appauvri et nous ne pouvons pas nous passer des services rendus par les écosystèmes. En estimant les vitesses d'évolution, en tentant de prédire les trajectoires possibles et en planifiant les mécanismes à l'avance, nous pourrions sans doute fortement réduire notre impact sur les espèces et les écosystèmes et sérieusement améliorer les coûts économiques et sociaux de nos activités sur la nature. Une prise de conscience généralisée est en cours mais le changement de nos habitudes suivra-t-il un rythme au moins aussi rapide que celui des changements environnementaux de tous ordres que nous déclenchons autour de nous ?

 

Ce n'est pas sûr. Saurons-nous pleinement justifier, et enfin mériter, au cours de ce XXIe siècle, ce terme de sapiens dont nous nous sommes affublés ?

 

XXXXXXXXXXXXX

 

Signe du temps : "en trois-quart de siècle l'humanité aura épuisé la totalité des ressources combustibles fossiles accumulées durant des centaines de millions d'années" nous dit très justement Gilles Boeuf qui par ailleurs considère que la "surexploitation des ressources naturelles" est une des menaces majeures à l'encontre de la biodiversité. C'est pourtant l'entreprise pétrolière Total qui sponsorise cette présentation !

Pendant ce temps ce sont les associations de protection de l'environnement qui se mobilisent pour l'arrêt des forages pétroliers en eau profonde projetés par cette entreprise.

 

XXXXXXXXXXXXX

 

Un très bon article dans Ar Men a été consacré à Gilles Boeuf.

 

Partager cet article
Repost0
19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 11:29

Par Gérard Borvon

_____________________________________________________________________

 

La France se prépare à soutenir la guerre d'indépendance américaine. Brest et sa région sont en pleine effervescence. Sébastien Le Braz, jeune chirurgien de marine, tient sont journal. Deux siècles plus tard, des fragments en sont retrouvés dans le grenier d'un manoir en cours de démolition dans sa ville natale de Landerneau.

 

Fragment du journal Journal de Sébastien le Braz, chirurgien de marine, à Brest, au temps de la guerre d'indépendance américaine.

 

 

Ce jour de juin 1777, je reçus, porté par un messager venu à Landerneau depuis Brest, une convocation du Chirurgien-Major de la Marine, Etienne Billard. Celui-ci m'avait pris en affection après que je l'aie assisté, en tant qu'aide chirurgien, dans une intervention délicate réalisée à l'hôpital maritime de Brest où il venait d'être affecté. Le nouvel hôpital était sommairement installé dans l'ancien séminaire des jésuites après le récent incendie qui avait ravagé les anciens bâtiments et il n'était pas toujours commode d'y opérer. Je devais, m'écrivait-on, rejoindre de toute urgence Brest dans le but d'accompagner le Chirurgien-Major auprès d'un illustre, et pour le moment anonyme, personnage en visite dans le port.

 

A Brest, le Chirurgien-Major me reçut avec cordialité et ne résista pas au plaisir de m'annoncer la qualité de notre visiteur dont le titre de "Comte de Falkenstein" servait de fragile incognito à l'Empereur Joseph II d'Autriche, beau-frère de sa majesté. Je laisse imaginer l'émotion qui fut la mienne à cette nouvelle. La chance qui m'était accordée était d'autant plus grande que le "Comte" avait bien précisé qu'il refusait toute suite trop nombreuse. Il nous était demandé d'accompagner discrètement sa visite pendant les trois jours de son séjour à Brest afin de pouvoir éventuellement porter secours à tel ou tel membre de sa suite, ou à lui même, si par malchance le besoin s'en faisait sentir.

 

Joseph II d'Autriche, "Comte de Falkenstein".

 

L'Empereur était arrivé à Brest le vendredi 6 Juin dans l'après midi et avait pris résidence chez le traiteur Aimé dans la Grande Rue, ce qui causa le dépit de maints personnages se disputant l'honneur de le recevoir. Le Comte d'Orvilliers, commandant de la marine, le marquis de Langeron commandant des troupes de terre et le Comte du Chaffault, chef de l'escadre, le trouvèrent lisant son courrier quand ils se rendirent à son domicile. La visite fut brève le "Comte" souhaitant se reposer avant sa visite du lendemain dont le programme était particulièrement copieux.

 

Journée du 7 juin.

 

Le 7 Juin à 7 heures précises nous attendions l'Empereur auprès du grand bassin, ainsi que nous l'avait demandé le Comte d'Orvilliers qui devait l'accompagner depuis son domicile. Le groupe du "Comte" et de ses accompagnateurs arriva à 8 heures et demie et fit le tour du bassin où était en carénage Le Conquérant. Il s'y est fait expliquer le fonctionnement des portes permettant l'entrée et la sortie du navire, le travail nécessaire à la refonte d'un tel navire et en particulier la façon de remplacer une pièce défectueuse. Passant par l'atelier de serrurerie il fit mention du goût et de l'habileté pour cette discipline de son célèbre beau-frère dont il avait eu l'occasion de visiter l'atelier à Versailles au dessus de l'appartement privé du roi. Il rapporta que celui-ci lui avait confié que ses deux principales passions étaient la mécanique et le marine.

 

Nous nous rendîmes ensuite dans les locaux de l'Académie de Marine proches du bassin. Un voisinage dont se plaignaient les Académiciens tant le bruit généré par l'activité de la forme de radoub nuisait à la tenue de leurs réunions. La promesse du ministre Sartines, lors de son voyage à Brest et de sa visite à l'Académie, de construire un établissement digne de la noble Institution n'avait pour le moment pas eu de suite. L'Empereur fut reçu par le directeur de l'Académie, le capitaine de vaisseau Comte Le Bègue auquel s'étaient joints l'enseigne de vaisseau de Marguerie, secrétaire. Après avoir rapidement exposé à l'Empereur l'historique de l'Académie, ses objectifs et sa composition, M. Le Bègue lui fit visiter la salle des maquettes jouxtant la salle de réunion de l'Académie. Devant les modèles des différentes machines utilisées à l'arsenal, le secrétaire de l'Académie, qui lui en décrivait le fonctionnement, fut étonné par la connaissance qu'en avait le Prince. Il se dit même que celui-ci alla jusqu'à proposer à l'académicien de réfléchir à un problème jusqu'alors non résolu. Intéressé par la visite, l'Empereur cacha cependant mal son étonnement de voir les Académiciens si mal logés. En marque de remerciement, le Comte de Falkenstein se vit offrir un volume des Mémoires de l'Académie, doré sur tranche, qui lui fut porté à son domicile.

 

La suite de la visite fut une course au pas de charge : la poulierie, la corderie, la tonnellerie, la brasserie, les hangars au bois, le quai des ancres. Elle se termina vers une heure et quart par la visite du Glorieux, un vaisseau de 74 canons réputé pour sa performance,  où l'Empereur se montra curieux du fonctionnement du moindre objet qui lui était présenté. Nous l'avons retrouvé après quatre heures à la cale de l'intendance où il s'embarqua sur le canot d'apparat portant les armes du roi pour rejoindre les ateliers de Pontaniou au fond de la rivière Penfeld. Il y a visité la salle des gabarits, les forges, les ateliers de menuiserie, d'avironnerie, de sculpture, de peinture, de mâture, de construction des chaloupes, pour retrouver le canot qui l'a transporté jusqu'à la cale de la pointe. Là, il est monté jusqu'aux batteries royales où il a pu admirer la disposition de l'escadre avant de redescendre au magasin des vivres. Il a demandé qu'on lui ouvre des barils de salaison. Après avoir vu les légumes et s'être fait expliquer les moyens de les conserver en mer, il voulu voir les pains et les biscuits de mer. Ayant voulu juger lui-même de leur qualité il se fit servir un assortiment de pains et de salaisons accompagné du vin servi à bord. Il était huit heures et demi quand il regagna son domicile. Si nous étions épuisés, le Comte semblait aussi vaillant qu'au début de la visite.

 

Cette visite m'avait fait découvrir un arsenal dont j'étais loin d'imaginer les richesses. Jamais à Paris je n'aurais pu observer tant de sciences et de techniques rassemblées. Jamais non plus je n'aurais pu imaginer de rencontrer, en une seule journée, tant de prestigieux capitaines.

 

Le port de Brest au temps de la guerre d'indépendance d'Amérique.

 

Dimanche 8 juin.

 

Nous avons retrouvé le Comte à bord du Robuste, un 74 canons commandé par La Motte Piquet. Le matin, après la revue des troupes sur le Champ de Bataille, il avait assisté à la messe célébrée par Monseigneur de La Marche, évêque de Léon, au Couvent des Dames où, nous a-t-on rapporté, il avait fait montre de sa piété en refusant le fauteuil et le prie-Dieu qui lui avaient été préparés pour rester agenouillé sur le pavé pendant toute la messe.

 

Après deux bords courus en rade, le vaisseau revint au mouillage. M. de la Motte Piquet avait invité à son bord quelques dames de qualité, curieuses de rencontrer le prince, pour animer la superbe collation qu'il avait fait servir dans la grande chambre. Grande fut leur déception en constatant que celui-ci n'y parut point, s'étant réfugié sur le gaillard d'avant qu'il ne quitta plus avant d'embarquer sur le Magnifique puis sur la Bretagne, le navire amiral de la flotte dont la taille le surprit.

 

 

0maquette de La Bretagne

 

Lundi 9 juin.

 

Le rythme de la visite ne s'est pas ralenti. Coup d'oeil au carénage à flot du Sphinx puis de celui du Zéphyr dans le bassin de Pontaniou. Ensuite passage à la forge où le travail sur une ancre de forte dimension lui fut présenté. Visite de l'hôpital du bagne suivi de celle de l'hôpital de la marine.

 

Après midi consacré à l'armement avec visite des ateliers de l'artillerie et participation à un exercice de tir réalisé par les soldats du corps royal de la marine et les apprentis canonniers. La rumeur a rapporté que l'Empereur lui-même aurait pointé un mortier avec succès.

 

 

Mardi 10 juin.

 

Le Comte de Falkenstein monta à cheval dès huit heures et se fit présenter, par le marquis de Langeron, les travaux des fortifications dont les plans lui avaient été présentés la veille. L'après midi fut consacré à l'observation de la célèbre machine à mâter travaillant à l'équipement du Glorieux qui, pour l'occasion, reçu ses mâts de misaine et de beaupré. Un canot l'attendait qui lui fit remonter la Penfeld pour une visite de la scierie et des forges de Villeneuve et des réserves des bois, immergés verticalement dans la vase, destinés à la confection des navires.

 

Au retour, le Comte, vraiment intéressé par les vaisseaux, voulu à nouveau contempler la Bretagne, la Ville-de-Paris et le Saint-Esprit en se faisant connaître les différentes fonctions de ces navires dans un combat naval.

 

Les fortifications de Brest.

 

 

 

Jeudi 11 juin.

 

Dernier jour de la visite. L'Empereur s'est rendu chez la Garde de le Marine où ces jeunes gens, pour une fois disciplinés, recevaient un cours de tactique navale en utilisant la "table d'évolutions navales" mise à leur disposition. Il souhaita également assister à la résolution, au tableau, des problèmes qui étaient soumis à ces futurs officiers.

 

L'après midi, à bord du Bizarre un 64 canons commandé par la Comte du Chaffault, il put assister à la mise en œuvre de l'enseignement théorique du matin. L'escadre entière, en manœuvre dans la rade, donnait le spectacle grandiose d'une flotte au combat.

 

C'est sur la dunette de l'Actif, le 64 canons du Comte d'Hector, major de la marine, que se termina la journée par un grand repas et un grand bal auxquels assistaient environ 150 personnes.

 

Avant son départ, le Comte reçu le comte d'Orvilliers, le marquis de Langeron et le Comte du Chaffault auxquels il fit part de sa satisfaction de constater qu'une si belle marine avait été mise entre de si bonnes mains.

 

Le Comte parti, les commentaires allèrent bon train. Même si on regrettait son peu de goût pour les mondanités, on s'étonnait de ses bonnes connaissances du milieu maritime et de sa soif d'en savoir encore plus. Chacun en profitait pour faire état des compliments qu'il avait reçus de l'empereur.

 

Pourtant, étant en retrait du cortège, j'avais perçu les inquiétudes de bien des ingénieurs et officiers craignant la visite d'ateliers où le matériel exposé était loin de répondre à la qualité et à la quantité nécessaires aux navires d'une flotte en état de marche. La vétusté de certains navires ne pouvait pas non plus échapper à un œil quelque peu éclairé et celui du Comte semblait l'être. Pourtant, à en croire Bougainville, dont les propos m'ont été rapportés par le Chevalier de Boufflers, Joseph II s'était répandu en compliments auprès de lui. Ce qu'il avait vu, disait-il " était encore bien supérieur à ce qu'il s'attendait à voir" ajoutant "qu'il ne se serait jamais figuré un assemblage pareils de forces actuelles et de moyens préparatoires pour de plus grandes encore".

 

Avait-il vraiment été dupe ? De Boufflers qui connaissait l'état d'impréparation de ses propres troupes, n'était pas loin de penser que ces propos avaient surtout été une marque de politesse vis à vis de personnes qui l'avaient reçu avec chaleur.

 

XXXXXXXXX

La visite de l’empereur d’Autriche a été largement décrite par Annie Henwood, alors Conservatrice des Archives municipales de Brest, sous le titre   : « L’empereur Joseph II à la découverte de la marine et de la France de l’Ouest (juin 1777) ». Je lui ai emprunté des éléments de sa riche narration.

 

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog d'histoire des sciences
  • : Comme l'art ou la littérature,les sciences sont un élément à part entière de la culture humaine. Leur histoire nous éclaire sur le monde contemporain à un moment où les techniques qui en sont issues semblent échapper à la maîtrise humaine. La connaissance de son histoire est aussi la meilleure des façons d'inviter une nouvelle génération à s'engager dans l'aventure de la recherche scientifique.
  • Contact

Recherche

Pages

Liens