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16 août 2024 5 16 /08 /août /2024 17:18


1er juin 2017.

 


Il fallait une phrase au nouveau président de la République pour marquer le premier mois de son quinquennat. Donald Trump qui venait de décider de quitter l’accord de Paris sur le climat et son « Make America great again », l’a soufflée à Emmanuel Macron :

 


« Make our planet great again. »

 


Pour bien marquer la portée du défi, ainsi adressé au président de la première puissance mondiale, la déclaration était assortie d’un appel à la résistance. Après « Ici Londres, 18 juin 1940 » place au « Ici Paris, 1er juin 2017 ».

 


 

https://youtu.be/LUAGNeKpzBE

 

Moi, Emmanuel Macron, « A tous les scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, citoyens engagés, que la décision du Président des Etats-Unis a déçus, je veux dire ceci : Vous trouverez dans la France une seconde patrie.

 


Je vous lance un appel : Venez travailler ici, avec nous, travailler sur des solutions concrètes pour le climat.

 

 

Ce soir, les Etats-Unis ont tourné le dos au monde. Mais la France ne tournera pas le dos aux Américains ».

 

 

Et pour compléter le message, en guise de Radio-Londres, ce sera un site Internet, « Make Our Planet Great Again », destiné à l’accueil des bataillons de chercheurs, entrepreneurs, O.N.G.... appelés à rejoindre le nouveau chef des « Français libres » dans sa lutte contre les tyrans climatiques.

 


15 novembre 2017. Bonn. COP23. Sauver les peuples menacés de disparition.

 


Après cette première déclaration de guerre, la COP23, à Bonn, allait être une nouvelle occasion, pour le nouveau champion du climat, de peaufiner son image. Après l’inévitable introduction sur le seuil de l’irréversible déjà franchi, sur les événements climatiques qui s’intensifient et se multiplient, sur les équilibres de la planète prêts à rompre, sur le réchauffement des océans, la disparition de nombreuses espèces menacées, vient le moment de rappeler l’accord de Paris et les responsabilités que prendraient celles et ceux qui (suivez mon regard) ne s’y tiendraient pas.

 


Alors que l’objectif de l’accord est de se limiter à 1,5 degré d’augmentation de la température en 2100, les scientifiques du GIEC le disent clairement : les engagements actuels des états amèneraient cette augmentation à plus de 3 degrés. Le constat donne au président français l’occasion d’une nouvelle leçon adressée à la Planète entière :

 

« cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici la disparition d’un bon nombre des populations ici représentées. Qu’à horizon 2100 nous acceptons aujourd’hui tacitement que nombre de peuples qui sont là représentés disparaîtront. Nous n’y sommes pas prêts. »

 


Et, à nouveau, Trump appelé comme faire-valoir.
 

 

Et voilà que Trump vient donner au « résistant » du climat une nouvelle occasion de monter au créneau. Le GIEC, composante majeure de la lutte contre le dérèglement climatique est menacé, déclare-t-il, « Menacé par la décision des États-Unis de ne pas garantir leur financement. Je souhaite donc que l’Europe se substitue aux Américains et je veux vous dire ici que la France sera au rendez-vous ! ».
 

 

Applaudissements nourris dans la salle. Effet réussi.Et enfin, la phrase qui devra, demain, être reprise par tous les médias.

 

« Au siècle dernier, les pays riches ont imposé au monde leur modèle industriel, aujourd’hui il leur est interdit d’imposer au monde leur propre tragédie. Nous n’avons donc qu’une obsession : l’action ; nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant. ».


L’action, maintenant ?

 


Tartuffe ? Plus encore que ses prédécesseurs, après ce départ en grandes pompes, étape après étape, l’hyperprésident s’est employé à mériter le César du meilleur Molière dans le rôle. Sans trop allonger la liste, rappelons quelques scènes de ce dernier acte de la pièce jouée au sommet de l’État.
 

 

16 mai 2017.

 

Cerise sur le gâteau, Nicolas Hulot a enfin répondu aux sirènes de ce nouveau président. Nommé ministre d’État chargé de la Transition écologique et solidaire, placé au troisième rang du gouvernement, juste après le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, il est supposé ne pas faire uniquement partie du décor.

 

Pourtant.


28 août 2018 sur l’antenne de France Inter :

 

 

https://youtu.be/YJZa90g9WSk

 


« Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, la réponse est non.
 

Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides. La réponse est non.
 

Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité. La réponse est non.
 

Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols. La réponse est non ».

 


On connaît la suite et sa démission fracassante. Ses propos étaient-ils excessifs, comme ses ex-amis du gouvernement se sont empressés d’affirmer ? Les années passent et le constat est bien là.
 

 

Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ?

 


25 avril 2019. Une diversion : la « Convention citoyenne pour le climat » La proposition aurait été soufflée à l’oreille d’Emmanuel Macron par Cyril Dion et Marion Cotillard, personnes reconnues de l’écologie médiatique.

 

150 citoyennes et citoyens vont donc être tirés au sort pour proposer des actions qui seront reprises dans des textes législatifs, « sans filtre », promet le Président.


 

Le 29 juin 2020, les 150 citoyens de la Convention sont reçus à l’Élysée pour l’entendre annoncer qu’il retient les 149 propositions de la Convention à l’exception de trois :


- rejet de la proposition de réécrire le préambule de la Constitution pour y indiquer que « la conciliation des droits, libertés et principes ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité ».


- rejet de la proposition, bien modeste, de limiter la vitesse sur autoroute à 110 km/h.


- rejet de la taxation à 4 % des dividendes des entreprises supérieurs à 10 millions d’euros pour « participer  à l’effort de financement collectif de la transition écologique ».
 

 

Le message est clair : l’environnement ne peut pas être un obstacle constitutionnel à la « liberté » de produire des gros pollueurs. Et donc pas touche au lobby de l’automobile. Pas touche aux fortunes des super riches.
 

 

Quant au reste des propositions, on pouvait compter sur la majorité de l’Assemblée nationale, d’emblée hostile au procédé, pour les détricoter.

 

 

Résultat : Invités à évaluer, sur une échelle de 0 à 10, si les décisions gouvernementales allaient permettre de « s’approcher de l’objectif de diminuer d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans un esprit de justice sociale ». La majorité des 119 citoyens présents pour le vote leur a adjugé un royal 2,5 sur 10.

 

 

« On se retrouve aujourd’hui exactement dans la situation qu’on redoutait : le gouvernement transforme les mesures pour satisfaire certains intérêts économiques [.] La parole présidentielle n’est pas respectée », déclare Cyril Dion, en lançant une pétition pour « sauver la Convention citoyenne pour le climat ».

 


3 février 2021. Suite à la plainte du monde associatif, le tribunal administratif de Paris constate «  la carence de l’État à adopter des mesures publiques contraignantes », dont il résulte « un surplus annuel d’émissions de gaz à effet de serre qui aggrave le préjudice écologique ». Il enjoint donc à l’État de prendre « toutes les mesures permettant d’atteindre les objectifs que la France s’est fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre », et ce « afin de faire cesser pour l’avenir l’aggravation du préjudice écologique constaté ».

 


28 juin 2023. « Baisse non significative des émissions de gaz à effet de serre, absence d’une réelle politique fiscale pour l’écologie » titre le journal Reporterre. L’État est, en effet, mis à mal dans le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat. », « On constate que l’action publique n’est pas suffisante pour garantir les objectifs de 2030 [.] Le rythme de réduction d’émissions brutes de la France doit presque doubler », résument les auteurs du rapport.

 


Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides et à enrayer l’érosion de la biodiversité ?

 


3 mai 2023. A nouveau, suite aux plaintes des associations, le Conseil d’État juge illégales les dérogations accordées en 2021 et 2022 en France à des insecticides néonicotinoïdes pour protéger les semences de betteraves sucrières. « Aucune dérogation n’est en effet possible si la Commission européenne a formellement interdit un pesticide », souligne-t-il en se référant à l’arrêt de la Cour de justice européenne du 19 janvier 2023 sanctionnant la France.

 


https://www.conseil-etat.fr/actualites/neonicotinoides-pas-de-derogation-possible-a-l-interdiction-europeenne

 

29 juin 2023. L’État est à nouveau condamné. Le tribunal administratif de Paris reconnaît l’existence d’un préjudice écologique résultant de la contamination généralisée, diffuse, chronique et durable des eaux et des sols par les substances actives de produits phytopharmaceutiques, du déclin de la biodiversité et de la biomasse  et de l’atteinte aux bénéfices tirés par l’homme de l’environnement. Il enjoint à l’État de le réparer d’ici le 30 juin 2024.


1er février 2024. La FNSEA a mobilisé ses troupes. A partir d’une mobilisation initiée par des agriculteurs du sud-ouest, pris à la gorge par la baisse de leurs revenus accentuée par les effets du dérèglement climatique, elle a pris le train en marche. Barrages, épandages de lisier, feux de pneus, mises  à sac de bâtiments publics… la routine donc.
 

 

Comme toujours, il lui faut un bouc émissaire, ce sera au choix, l’écologie, l’Europe, les normes environnementales. Un cadeau pour le nouveau premier ministre Gabriel Attal. Inutile de chercher à répondre à la véritable crise qui traverse le monde agricole. La réponse, pour faire rentrer chacun à la maison avec la bénédiction des cadres de la FNSEA, sera simple et immédiate : suspension du plan Ecophyto qui visait à réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2030. Signal clair en direction de l’agro-industrie et de l’agrochimie : finis les discours. La défense de la biodiversité et la lutte contre le dérèglement climatique attendront.

 


L’ennemie : l’écologie.

 


Emmanuel Macron n’a plus à préparer une future réélection, place au monarque « jupitérien ». Réforme anti-sociale des retraites, durcissement de l’indemnisation chômage… telle est l’image qu’il ne craint pas de laisser de son second mandat. Quant à l’écologie : mobilisation des forces de répression et de la justice contre celles et ceux qui s’opposent aux projets destructeurs du milieu naturel. Ces résistantes et résistants  à destination desquels son ministre de l’Intérieur a inventé l’étiquette « d’écoterroristes ».
 

 

Terroristes ! Le qualificatif que tous les pouvoirs forts attribuent à celles et ceux qui ont le courage de leur résister. Car, fort heureusement, résistance il y a !

 

Pour aller plus loin.

 

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15 juillet 2024 1 15 /07 /juillet /2024 15:42


Le 17 novembre 2016 dans la nuit, et dans un hémicycle quasiment vide, une poignée d’élus de l’Assemblée nationale débattent du projet des finances 2017. Au programme : l’écotaxe prévue pour s’appliquer aux poids lourds. Richard Ferrand, député breton, encore alors du parti socialiste, prend la parole pour présenter un amendement rédigé en accord avec le gouvernement. Il affiche la mine réjouie de celui qui se prépare à sortir une bonne blague :

 

 


« Cet amendement, dit-il, propose de donner l’extrême onction législative à la défunte écotaxe ». Et  pour s’assurer que chacun a bien compris : « Voilà donc l’objet de cet amendement qui doit permettre de solder les comptes législatifs de cette funeste idée qui n’avait d’ailleurs pas prospéré »
 

 

Marc Le Fur, député « Les Républicains » dont le parti, depuis Sarkozy, est à l’origine de cette écotaxe, lui-même élu breton, tient à enfoncer le clou : « Il faut y mettre un terme. Ne serait-ce que pour que personne, quelles que soient les sensibilités des uns et des autres, n’ait la funeste idée de la reprendre. Donc pour clôturer cela j’accompagnerai sans difficulté mon excellent collègue et voisin Ferrand. »

 


Cette scène occupe les premières images du film présenté dans l’émission « Le monde en face », sous le titre « Autopsie d’un scandale politique : l’Écotaxe ». Cette nuit de novembre, en catimini, les quelques députés présents enterraient donc l’écotaxe, une loi votée à l’unanimité huit ans auparavant et que Richard Ferrand lui-même avait défendue en dénonçant les manifestations des bonnets rouges bretons qui s’y opposaient.
 

 

Un vieux serpent de mer.

 


Rappelons l’histoire de l’écotaxe qui débute officiellement en 2007 avec la récente euphorie  écologiste pendant la campagne présidentielle. Nicolas Hulot, très courtisé, demande aux principaux candidats de signer son Pacte écologique dont une des propositions est une taxe sur les poids lourds. Une telle éco redevance est déjà en service en Suisse, en Autriche et en Allemagne où elle rapporte à l’état fédéral 4 milliards d’euros par an.

 


Problème : les routiers de ces états voisins ont tendance à faire un crochet par les voies nationales françaises qui sont exemptes de cette taxe. D’où cette proposition très attendue, en particulier par les régions frontalières dont les routes sont saturées et dont l’air devient irrespirable. Ségolène Royal signe de même que Nicolas Sarkozy qui, dans un meeting à Chamonix, se montre très clair : « Ma proposition est simple. Prélever sur le trafic de fret routier une redevance proportionnelle au nombre de kilomètres parcourus sur le réseau routier national de France »

 


Contre-attaque immédiate du lobby des transporteurs et premier recul. Ils obtiennent de Sarkozy, dans le secret et avant même son élection, le principe de la répercussion de l’écotaxe sur le prix facturé au client. Ce qui revient à faire du pollué (le client final) le payeur et ne modifiera en rien la densité du transport routier.


Unanimes pour taxer les poids lourds.

 


Nicolas Sarkozy est élu, place au « Grenelle de l’Environnement ». Sous la pression des associations, le transport routier s’est installé dans le débat. La France ne peut faire moins que ses voisins. Nicolas Sarkozy, lors de la grande messe finale prend à témoin ses invités de marque, en particulier le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

 


« Je propose que l’on taxe les camions qui traversent la France et utilisent notre réseau routier. José Manuel, il n’y a aucune raison pour que la France accueille tous les camions qui évitent les routes de nos voisins. Cette taxe servira au financement des transports collectifs.... Mais je dis une chose : ce que je dis ce soir, nous le ferons. » Un vote de principe à l’Assemblée nationale, dans un hémicycle pour une fois plein, recueille une quasiunanimité.

 


Nous le ferons ? En coulisse le lobby routier se rappelle au bon souvenir du président et lui demande le respect de sa promesse de campagne : l’inscription dans la loi de la répercussion de la taxe sur le client.

 


La fronde des patrons.

 


Cette fois ce sont les chefs d’entreprises, les premiers concernés dans la chaîne des clients, qui se mettent en mouvement. La fronde part de Bretagne. Le lobby breton contacte Marc Le Fur et Pierre Méhaignerie, députés de la majorité de droite. Deux semaines après le vote unanime ils présentent un amendement pour exempter la Bretagne, présentée comme périphérique. Toutes les régions sont périphériques à part l’Île de France, fait remarquer Yves Cochet, député et breton lui-même. En plus, ajoute-t-il, en Bretagne les autoroutes sont gratuites. Que demander de plus ? Les députés bretons obtiennent cependant de payer 25 % de moins d’écotaxe que les autres régions. « 25 % c’est une charité, 35 % ça devient raisonnable » marchande encore Marc Le Fur.
 

 

Pour le lobby breton, le compte n’y est pas. Un grand rassemblement est organisé, contre la « Taxe Borloo », au péage de la Gravelle, dernier péage avant l’entrée des autoroutes gratuites en Bretagne. L’appel est lancé par leschambres de commerce et d’industrie, les chambres d’agriculture, les chambres de métiers, l’association « Produit en Bretagne », toutes regroupées dans un « Collectif des acteurs économiques contre la taxe Borloo en Bretagne ». Le ministre recule et propose une exonération à hauteur de 40 % pour la Bretagne. Décote portée ensuite à 50 % par un amendement de députés bretons.

 

 

 


Pendant ce temps l’État est passé à la réalisation. L’appel d’offres pour l’installation de portiques et leur utilisation pendant 13 ans a été remporté par la société italienne « Autostrade per l’Italia » qui crée, pour la France, sa filiale Écomouv. Des boîtiers GPS permettront le contrôle des camions par 173 portiques fixes, sur 15 000 km de routes nationales et départementales. La recette fiscale attendue est de 1,2 milliard d’euros par an. 800 millions pour l’État, 160 millions pour les collectivités, 240 millions pour Écomouv. Le chantier prend du retard et l’élection présidentielle approche. Mieux vaut ne pas prendre de risques : la mise en œuvre est reportée à 2013 après l’élection. Pourtant un décret est signé entre les deux tours par François Fillon qui fixe la façon de reporter l’écotaxe du transporteur au client. Cadeau empoisonné laissé au successeur. Frédéric Cuvillier ministre des Transports, du gouvernement socialiste, en hérite et accepte de majorer les factures de 5,2 %. Les transporteurs expriment leur accord.

 

 

Le cadeau laissé à la gauche.

 


Pendant ce temps, le siège d’Écomouv s’installe à Metz et les portiques apparaissent dans le paysage. C’est alors que les Bretons semblent découvrir les 15 portiques qui balisent leurs routes nationales. Au même moment le secteur agroalimentaire vit une de ses crises cycliques. Crise dans la volaille avec les entreprises Doux et TillySabco. Crise dans la filière porcine. Souvenons-nous de la tirade de Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie et de l’Industrie, au sujet des « femmes illettrées » de l’abattoir GAD. Il n’en fallait pas plus pour faire monter la température. Le député Marc le Fur n’était pas le dernier à s’y employer : « M. Macron qui travaillait avant chez Rothschild, n’a sans doute jamais rencontré une ouvrière de l’agroalimentaire. Comment un ministre peut-il ainsi reprendre des clichés aussi méprisants et méprisables ? N’y a-t-il pas là, finalement la révélation de la façon déplorable dont les bobos parisiens voient la Bretagne, les Bretonnes et les ouvriers ? » (journal Ouest-France)

 


La crise est inhérente au modèle productiviste breton. Pendant les périodes de vaches grasses, les plus gros, qui sont aussi les plus subventionnés, engrangent des pactoles. Derrière eux, les modestes cherchent à se placer à coup de crédits accordés par les banques qui poussent à l’investissement dans de nouveaux  ateliers et de nouvelles serres. Arrivent la surproduction et la chute des cours et avec elle la menace de la faillite pour ceux qui sont coincés entre les banques, les fournisseurs, les coopératives, les industries de la transformation et les grandes surfaces. Vient alors le temps des manifestations.


- Règle numéro un : canaliser la colère vers une cible extérieure : l’Europe, les producteurs hollandais, espagnols, ceux des pays de l’Est, le gouvernement, les écologistes.Cette fois l’écotaxe se présente  comme une synthèse idéale.


- Règle numéro deux : ne pas faire dans la dentelle. Il faut des bâtiments saccagés, de préférence des  mairies, des centres des impôts, des préfectures. Quand elles sont trop bien gardées on s’attaque aux trains, on barre les routes.Ici les portiques sont des cibles évidentes. Et cette fois, avant même les agriculteurs, ce sont les patrons de l’industrie et du commerce qui donnent le tempo.

 


Les « gros bonnets » voient rouge.

 


Le titre d’un article du Monde, « Ces patrons à l’origine de bonnets rouges », signé par le journaliste Philippe Euzen qui connaît sa région, résume bien la situation. Il nous fait connaître le Comité de Convergence des Intérêts bretons (CCIB) et l’appel qu’il lance le 18 juin 2013 sous le nom d’Appel de Pontivy, la ville où la fine fleur  du patronat breton s’est réunie pour l’occasion.

 

 

 


« L’heure des méthodes douces est révolue » affirment-ils, « pour obtenir des réponses concrètes et immédiates, il va falloir livrer bataille ».

 


L’appel est relayé par les dirigeants des grandes surfaces commerciales et un certain nombre d’industriels médiatiques. On y trouve celui du célèbre pâté Hénaff ou celui d’Armor Lux dont Arnaud Montebourg a fait connaître la marque à la France entière en portant l’une de ses marinières. Il n’y manquait plus que le syndicat agricole FNSEA et son leader finistérien, Thierry Merret,bien connu pour les actions musclées de  ses troupes.

 


Le 2 août 2013, un premier portique est abattu à Guiclan, sur la RN 12 qui relie Brest à Rennes. Aucune réaction de l’État sinon l’annonce d’un report de la mise en service du dispositif au 1er janvier 2014. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Un deuxième rassemblement est annoncé le 12 octobre 2013, à Pont-de-Buis, entre Brest et Quimper. Cette fois la mise en scène est soignée. Christian Troadec, maire de Carhaix, ville célèbre pour son festival des Vieilles Charrues, se souvient que c’est desa ville qu’est partie la célèbre révolte bretonne de 1675 ayant eu pour point de départ les taxes que Louis XIV voulait imposer à  la Bretagne. Révolte rapidement transformée en une lutte contre la noblesse locale. Révolte populaire dont les « codes paysans », ont préfiguré, un siècle plus tôt, les cahiers de doléance de la révolution de 1789.

 


Ces révoltés se reconnaissaient à leur bonnet rouge traditionnel dans cette région du Poher. Le souvenir de la révolte de ces premiers « bonnets rouges » est resté vivace en Bretagne. D’où l’idée d’exploiter cette référence. Thierry Merret explique : « j’ai appelé Jean Guy le Floch d’Armor lux. Écoute j’ai besoin de 900 et quelques bonnets rouges est-ce que tu peux me les faire pour le samedi 26 ». Effectivement, le samedi 26 octobre 2013 un millier de bonnets rouges coiffent les manifestants qui sont au rendez-vous. Les bonnets rouges de 1675 s’attaquaient aux châteaux, faute de mieux on s’attaquera aux portiques.

 


 

 

L’affrontement avec les forces de police est violent. Comme à Malville, comme à Plogoff, comme à Sivens, comme à Sainte-Soline, les grenades offensives entrent en action. Un manifestant veut relancer celle qui est tombée au sol, il a la main arrachée.

 


Le Drian entre en scène.

 


Cette fois l’affaire est prise au sérieux et c’est Jean Yves Le Drian qui reçoit une délégation au ministère de la Défense. Elle est menée par Christian Troadec, maire de Carhaix. Celui-ci a choisi de s’afficher politiquement comme le nouveau leader du mouvement breton. Pourquoi une rencontre chez le ministre de la défense, à priori pas concerné par ces problèmes de taxes et de transports ? L’ancien président de la Région Bretagne, qui se flatte d’être le seul a avoir refusé toute alliance avec les écologistes aux élections de 2015, est connu pour être proche des plus grandes fortunes bretonnes organisées dans un des lobbies les mieux structurés d’Europe. La porte de son bureau au ministère leur est grande ouverte.

 


Cécile Duflot, alors ministre du Logement, a gardé en mémoire un conseil des ministres. Frédéric Cuvillier, ministre des Transports y faisait remarquer à Jean Yves Le Drian que les problèmes de l’agriculture bretonne n’avaient rien à voir avec l’Écotaxe.

 

 

« En gros, se souvient-elle, il répondait au ministre, non pas de la Défense, mais de la Bretagne, qui systématiquement se mêle de ce sujet. C’était son sujet de prédilection, la Bretagne, les sujets bretons, sur à peu près toutes les questions. Ça crée une ambiance un peu particulière parce qu’il y a une espèce d’opération de lobbying qui de fait, et on le verra de plus en plus, n’est pas un lobbying pour les entreprises de transport de la Bretagne, mais pour les gros chargeurs dont les entreprises agroalimentaires bretonnes ». C’est le moment, dit-elle, où elle sent que tout bascule concernant l’écotaxe et qu’elle mesure le poids de la Bretagne avec un grand B à travers ses ministres et députés bretons.

 


Elle ne s’est pas trompée. Le week-end d’échanges chez Le Drian se termine par la décision de report sine die de l’écotaxe. Ce qui sera rendu officiel par Jean Marc Ayrault le 29 octobre 2013. Le député Le Fur s’en amuse : « quand on annonce la suspension d’une réforme on n’ose pas dire qu’on la supprime… à partir de ce moment-là j’ai compris que c’était gagné ».

 


Le début de la fin.

 


Tout naturellement, les meneurs patronaux et agricoles, eux aussi, ont compris que la victoire est proche. Pour obtenir la suppression pure et simple de la mesure, les manifestations doivent monter d’un cran. Cette fois c’est à la préfecture qu’il faut se faire entendre. La manifestation est prévue pour le 2 novembre  à Quimper. A cette date, dans une ville en état de siège, ils sont plus de 20 000. Les drapeaux « gwen ha du » flottent au dessus d’une marée de bonnets rouges. Qu’on ne parle pas d’un report de l’écotaxe il faut obtenir sa disparition. Naturellement la journée se termine par une guérilla urbaine.

 

 


Eric Cuvillier, le ministre des Transports le constate « tout était devenu incontrôlable et irraisonnable ». A l’assemblée la droite attaque en règle la suspension et demande la suppression immédiate. « L’écotaxe c’est vous qui l’avez décidée, alors un peu de courage et de dignité si vous voulez être respectés par les Françaises et les Français », leur répond Jean Marc Ayrault.

 


Début novembre 2013. Ségolène Royal présidente de Poitou-Charente s’emploie à jeter de l’huile sur le feu : « Tout n’est pas négatif dans cette révolte citoyenne. Moi je préfère toujours des peuples qui sont en mouvement que des peuples apathiques et qui se disent on n’a plus rien à faire ni même à revendiquer. La vue des Bretons, il y a quelque chose qui est quand même assez réconfortant parce qu’il y a une identité régionale forte, parce qu’il y a une mesure totalement absurde ».

 

 


Pendant ce temps les derniers portiques bretons sont détruits mais aussi des radars. Résultat ? Les représentants du mouvement sont reçus pour négocier une sortie politique. Un Pacte d’Avenir pour la Bretagne leur allouera 2 milliards d’euros dont la moitié destinée au secteur agroalimentaire. Une façon de nous acheter, diront les plus radicaux, qui ne devraient pourtant pas oublier que c’est ainsi, en espèces sonnantes et trébuchantes, que se terminent généralement les « crises » bretonnes de l’agroalimentaire.

 


Quant au projet, le ministre Cuvillier n’arrive pas à croire que quelqu’un puisse avoir l’idée de l’arrêter : « est-ce que les Français vont accepter que nous puissions sacrifier 800 millions d’euros pour dénoncer un contrat qui a été signé par un autre gouvernement ». Des députés décident de prendre le relais d’un gouvernement défaillant. Une mission d’information parlementaire est décidée. Au même moment Ségolène Royal est nommée ministre de l’Environnement du gouvernement Vals.

 


L'écologie permissive de Ségolène Royal.

 


Dès le lendemain la nouvelle ministre déclare son opposition au principe même de la taxe au nom de son slogan devenu son image de marque : « l’écologie ne doit pas être punitive ». La Fédération Nature Environnement (FNE), qui regroupe l’essentiel des associations environnementales, est consternée : « le message qu’elle a passé à la société est vraiment un message très négatif ». Pour Cécile Duflot « elle a dit n’importe quoi. Ce n’est pas une fiscalité punitive c’est une fiscalité écologique qui vise à faire en sorte qu’on ne gaspille pas du gasoil sur les routes pour des marchandises qui font des trajets inutiles ou qui pourraient le faire sur des trains. Voilà c’est aussi simple que cela ».

 


Le 23 juin 2014 Ségolène Royal, mesurant la difficulté de la rupture du contrat avec Écomouv, présente une nouvelle mouture qui ne reprend rien des propositions de la commission parlementaire. La taxe change de nom et devient le « péage transit poids lourds ». C’est le même dispositif mais réduit à quelques axes très fréquentés par les poids lourds. Encore une fois les patrons routiers montent au créneau : « cette deuxième mouture de l’écotaxe a concentré, démultiplié, tous les défauts de la première mouture », estiment-ils. Ils annoncent leur intention de manifester à l’automne 2014 si maintien.

 


Octobre 2014 Ségolène Royal retire son dispositif. Encore une fois : sine die... Les salariés de Écomouv sont sidérés. Pour beaucoup d’entre eux c’était la sortie d’une longue période de chômage. Ils obtiennent d’être reçus au ministère des Transports et c’est dans la salle même de la réunion qu’ils apprennent que la résiliation du contrat qui lie l’État à leur entreprise vient d’être annoncée au Sénat. Bilan : 190 employés licenciés, 150 douaniers réaffectés. L’État doit verser 958 millions d’euros d’indemnités auxquels s’ajoutent 300 millions réclamés par les sous-traitants qui ont fabriqué les boîtiers des camions. Facture totale 1,2 milliard d’euros.

 


Le puni : l’automobiliste du quotidien.

 


Le budget de l’AFIS (agence de financement des infrastructures), qui comptait sur les recettes de l’écotaxe, est asséché. 120 projets sont privés du financement partiel de l’écotaxe et sont menacés. Pour y répondre, Alain Vidalis secrétaire d’État aux transports annonce, le 16octobre 2014, une taxe de 2 centimes sur le gasoil. Les payeurs ne sont plus les mêmes, les particuliers seront les premiers taxés mais pas les camions étrangers qui ne font pas le plein en France. Les transports routiers continueront à polluer. Les transports collectifs, alternative à la voiture individuelle, attendront encore leur financement.

 


Toute cette histoire se terminera donc par une nouvelle taxe qui visera en premier lieu ces automobilistes qui n’ont pas d’autre moyen de transport que leur voiture. Une punition collective.

 

 

 


La réforme n’avait été que reportée sine die. Il fallait l’enterrer définitivement. C’est ainsi que Richard Ferrand, dans la nuit du 17 novembre 2016 se faisait un plaisir de lui faire donner l’extrême onction.

 


« Un gâchis patrimonial, social et industriel »

 


Quel est l’écologiste en colère qui parle ainsi de l’affaire de l’écotaxe ? L’appréciation est des très sérieux magistrats de la Cour des comptes dans leur rapport publié en octobre 2017 sous le titre « L’écotaxe poids lourds : un échec stratégique, un abandon coûteux ». Le rapport mérite une lecture totale. Contentons-nous de quelques extraits :

 


La ministre est personnellement épinglée : « La ministre chargée de l’écologie a réuni, le 9 octobre 2014, les organisations professionnelles de transporteurs routiers pour constater l’échec du péage de transit et pour annoncer sa suspension sine die. Cette nouvelle décision n’a pas été davantage préparée que la précédente, un an plus tôt. »

 

Voir : Ecotaxe, un fiasco qui nous coute 1 milliard

 

Et la Cour des comptes de chiffrer les pertes pour l’État : une perte de recettes de 10 milliards d’euros sur la durée du contrat à laquelle il faut ajouter le milliard d’euros de dédommagement pour écomouv et ses partenaires. Quant à l’appréciation plus générale : « Une occasion manquée de mettre en place un instrument pertinent de politique des transports. L’abandon de l’écotaxe poids lourds laisse sans réponse les constats économiques et les objectifs qui avaient présidé à sa conception :


. transférer le financement de charges d’infrastructures du contribuable vers l’usager.


. faire contribuer les poids lourds étrangers à hauteur de leur usage du réseau routier français.


. réduire l’écart de coûts entre le transport routier de marchandises et les autres modes pour inciter au report modal du trafic de transit notamment vers le fret ferroviaire.

 


Outre l’effet de report attendu vers des modes de transport alternatifs, l’écotaxe poids lourds pouvait constituer, à terme, un outil efficace de fiscalité environnementale, en incluant progressivement dans  son barème le coût des externalités négatives produites par le transport routier de marchandises ».

 


Et en guise de conclusion :

 


« Coûteux pour les finances publiques et dommageable pour la cohérence de la politique des transports et son financement, l’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un gâchis ».

 

Ou encore : « L’abandon de l’écotaxe poids lourds constitue un échec de politique publique dont les conséquences sont probablement très durables. »

 


Conséquences très durables ? Ces magistrats annonçaient-ils déjà la révolte des gilets jaunes ?

 

 

Février 2024 : Abandon de l'écotaxe. L’État devra verser plusieurs dizaines de millions d'euros à des sociétés de télépéage

 

 

Dix ans après l'abandon de l'écotaxe, l'Etat a été condamné à verser plusieurs dizaines de millions d'euros d'indemnités à trois sociétés de télépéage ayant subi un préjudice. Le projet de taxe poids lourds avait été retiré face à la fronde des "Bonnets rouges"

L'État a été condamné à verser plusieurs dizaines de millions d'euros d'indemnités à trois sociétés de télépéage ayant subi un préjudice après l'abandon de l'écotaxe poids lourds en 2014, a indiqué le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Ces trois sociétés, Total Marketing Services, Eurotoll et DKV Euro Services étaient censées équiper les véhicules poids lourds sujets à l'écotaxe en boîtiers de télépéage. L'écotaxe avait finalement été abandonnée par le gouvernement en 2014 devant la fronde des "Bonnets rouges" déclenchée en Bretagne.

Pour percevoir cette nouvelle taxe, le gouvernement avait mandaté la société Ecomouv', chargée d'installer et d'exploiter les portiques sur les routes. Cette entreprise avait elle-même conclu des contrats avec plusieurs sociétés de télépéage.

En 2018, "le tribunal a estimé que l'Etat avait commis une faute en résiliant le contrat conclu avec Ecomouv'", a rappelé le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Dans une autre décision, en appel cette fois-ci, la justice a estimé en 2021 que les sociétés de télépéage avaient "subi des préjudices anormaux et spéciaux", notamment en raison de l'achat de matériel pour équiper les camions, finalement jamais utilisé.

Le tribunal administratif a donc condamné l'Etat à indemniser Total Marketing Services à hauteur de 15,8 millions d'euros. DKV Euro Services devra recevoir pour sa part 13,6 millions d'euros. L'indemnité d'Eurotoll n'a elle pas été précisée dans le jugement.

La société Ecomouv' avait elle obtenu de l'Etat une indemnité nette de 403 millions d'euros dès 2015 en conséquence de la résiliation du contrat qui la mandatait pour mettre en place et collecter l'écotaxe.

 

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10 juillet 2024 3 10 /07 /juillet /2024 18:45


« Je vais vous dire qui est mon adversaire. Mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu. Et pourtant il gouverne. »

 


« Cet adversaire, c’est le monde de la finance. »

 


La phrase allait propulser François Hollande, lors de son meeting du Bourget, vers la victoire aux présidentielles. Chacun pouvait alors imaginer que les lobbies, en particulier ceux de l’énergie, allaient devoir compter avec le nouveau président.

 


https://youtu.be/ZE8pE2t__pc

 

Quatre mois après son élection à l’Élysée, le 14 septembre 2012, il inaugurait la première des conférences environnementales dont il annonçait la reconduction chaque année. Plus fort que Sarkozy ! Il ne s’agissait surtout pas, insistait-il, de refaire un Grenelle où « l’ambition initiale a été perdue au fil du temps et une nouvelle fois l’économie a été opposée à l’écologie ».

 

https://youtu.be/504-k9dBUbE

 


On n’allait pas faire dans la demi-mesure !
 

 

« L’enjeu, celui qui nous rassemble, c’est de faire de la France la Nation de l’excellence environnementale.

C’est un impératif pour la planète. Comment admettre la dégradation continue des ressources et du patrimoine naturel du monde, comment ne pas voir les effets du réchauffement climatique  qui n’est pas une opinion ou une hypothèse, mais un fait scientifique ? Comment ne pas comprendre que le creusement des inégalités entre les plus riches et les plus pauvres constitue à l’échelle du monde un risque majeur ? Comment rester impassible face aux atteintes irréversibles à la biodiversité ? Comment laisser croître notre dette écologique envers les autres ? La question se résume finalement ainsi : serons-nous solidaires des générations à venir ou trop cupides, trop avides pour laisser à nos enfants un fardeau encore alourdi du poids de nos égoïsmes ? »

 


L’Europe s’est engagée à réduire à l’horizon 2020 les émissions de gaz à effet de serre de 20 %, à porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie et à réduire la même consommation d’énergie de 20 %. Insuffisant ! Je suis prêt, déclare-t-il à aller plus loin : « Une stratégie ambitieuse sur un objectif de réduction de 40 % en 2030 puis de 60 % en 2040, telle est la position que je défendrai dans le cadre des prochaines discussions au sein des instances européennes. » A nouveau, donc, la France et son président allaient donner des leçons au Monde !
 


L’excellence environnementale, version Hollande/Ayrault.
 

 

En mai 2012, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait nommé Nicole Bricq ministre de l’Écologie, une sénatrice connue pour son combat contre le gaz de schiste. Un signe positif vis-à-vis de ses alliés écologistes entrés au gouvernement. Mais la lune de miel n’allait pas durer longtemps. Un mois plus tard elle était débarquée. La raison : elle avait voulu geler les permis de forages pétroliers en Guyane et réformer le code minier.

 


Immédiatement, les lobbies pétroliers, les élus guyanais et le Medef étaient montés au créneau. Elle était rapidement exfiltrée vers le ministère du Commerce extérieur. Mauvais départ pour le champion de « l’excellence environnementale ».

 


Place à Delphine Batho.

 


Nommée à son tour à l’écologie, Delphine Batho était présente au moment de la première conférence environnementale. Inévitablement le problème des gaz de schiste se devait d’être à l’ordre du jour : « Reste le sujet des hydrocarbures non conventionnels : le gaz de schiste, qui soulève bien des passions, bien des questions. J’entends les arguments économiques, ils existent et les considérations, souvent exagérées, sur l’ampleur des gisements. Mais soyons clairs, dans l’état actuel de nos connaissances, personne, je dis bien personne, ne peut affirmer que l’exploitation des gaz et huile de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd’hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et pour l’environnement.
 

 

C’est pourquoi, j’ai demandé à Delphine Batho, ministre de l’Écologie, de prononcer - sans attendre davantage - le rejet des sept demandes de permis déposées auprès de l’État, et qui ont légitimement suscité l’inquiétude dans plusieurs régions de France. S’agissant de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, telle sera ma position durant le quinquennat. »

 

Delphine Batho prend bonne note du mandat que lui a donné le chef de l’État.


Munie d’une telle feuille de route, Delphine Batho n’avait pas à hésiter : finis les gaz de schiste. Cependant la presse faisait déjà état d’informations indiquant que le gouvernement pourrait « entrouvrir la porte » à l’exploration expérimentale de gaz de schiste et qu’il pourrait « donner un gage à Total et aux  industriels » en créant une commission réunissant toutes les parties prenantes, qui serait chargée de définir les conditions d’une telle exploration expérimentale. « Ce sont des spéculations imaginaires qui sont sans fondement » avait tranché Delphine Batho.

 


Brefs tours de piste au ministère de l’Écologie.

 


Les lobbies des énergies fossiles n’avaient pourtant pas renoncé à leur projet et restaient très actifs dans les couloirs ministériels. En juillet 2013 elle était à son tour débarquée. Officiellement pour avoir contesté publiquement le budget de son ministère. Argument peu crédible car bien avant elle d’autres ministres, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot, avaient tenu des propos bien plus irrespectueux de la solidarité gouvernementale. En réalité elle dérangeait. Interrogée par le journal en ligne Reporterre elle s’interrogeait sur le rôle qu’avait joué sur son licenciement Philippe Crouzet, patron de l’entreprise Vallourec fortement impliquée dans le gaz de schiste, et dont l’épouse, Sylvie Hubac était directrice du cabinet du Président de la République. Elle faisait état des propos tenus par celui-ci, quinze jours avant son limogeage, devant des patrons américains, qui évoquaient déjà son départ. Rumeur largement commentée dans les milieux parisiens « bien informés ».

 


Elle est brièvement remplacée par Philippe Martin, député du Gers, qui s’emploiera à détricoter le travail de sa prédécesseure avant d’être remplacé, le 2 avril 2014,par Ségolène Royal qui n’arrive pas au ministère avec l’intention de faire figuration.

 


 L’écologie permissive de Ségolène Royal.
 

 

Pour frapper les esprits et se démarquer de ces écologistes antinucléaires, antipesticides, antibagnoles, il lui fallait un slogan et elle l’a trouvé : « non à l’écologie punitive ». AREVA, EDF, Monsanto, Total... ne pouvaient qu’applaudir, ils n’en demandaient pas tant. Place donc à « l’écologie permissive ». Même si officiellement les recherches de gaz de schiste étaient abandonnées, on apprenait qu’en septembre 2015 les ministres de l’Écologie, Ségolène Royal, et de l’Économie, Emmanuel Macron, accordaient trois nouveaux permis de recherches d’hydrocarbures liquides ou gazeux en Seine-et-Marne, dans le Bas-Rhin et dans la Marne. Dans le même temps ils prolongeaient deux autres autorisations jusqu’à fin 2018, en Moselle et sur l’île de Juan de Nova, entre Madagascar et le Mozambique.

 


Mais le moment fort du ministère de Ségolène Royal sera sa gestion calamiteuse de la crise de l’écotaxe. Interrogée pendant la crise des gilets jaunes, elle ne manquait pas de rappeler son refus de cette écologie consistant à augmenter les taxes sur les carburants et en particulier le gasoil.

 

voir la vidéo

Fort heureusement, les médias lui rappelaient le temps où elle se félicitait d’avoir été la ministre à l’origine de l’augmentation de ces mêmes taxes, en particulier celles sur le gasoil.

 


Quand Ségolène Royal taxait le gasoil.

 


« Diesel et “écologie punitive” : les amnésies de Ségolène Royal », titrait le journal Le Monde du 24 octobre 2018. Celui-ci se souvenait que, en janvier 2016, interrogée à l’Assemblée nationale sur sa politique énergétique, elle avait rappelé que, en 2015, étant ministre de l’Écologie, elle avait étendu la taxe carbone à l’ensemble des produits pétroliers avec une augmentation plus importante pour le gazole que pour l’essence et une hausse supplémentaire, spécifique au gazole, de 2 centimes d’euros par litre afin de financer les investissements dans les transports propres. Au total, concluait-elle, « la hausse s’élève, pour le gasoil, à 4 centimes par litre ». Cette évolution, ajoutait-elle,« amorce une convergence entre la  fiscalité du gasoil et celle de l’essence ».

 


Ces gilets jaunes que, trois ans plus tard, elle s’emploie à flatter, se souviennent-ils qu’elle est la responsable de la taxe sur l’essence et le gasoil contre laquelle ils manifestent. Cette taxe qu’elle avait instaurée pour remplacer la fameuse « taxe poids lourds » qu’elle avait supprimée. C’est ce que nous allons leur rappeler dans les pages suivantes.

 

Les Tartuffes et le climat. Des bonnets rouges aux gilets jaunes.

Un scandale politique et environnemental : l’affaire de l’Écotaxe.

 

Les années Hollande c'est aussi Sivens et la mort de Rémi Fraisse.

Voir : Rémi Fraisse, 10 ans après : l’État meurtrier n’a pas étouffé le feu de la révolte

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Pour aller plus loin voir :

 

De Chirac à Macron. Les Tartuffes et le Climat.

 

 

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9 juillet 2024 2 09 /07 /juillet /2024 12:51


Celui qui a suggéré à Nicolas Sarkozy cette idée d’un Grenelle de l’Environnement a senti le bon coup à jouer. Le mythe semblait pouvoir encore marcher même si on commençait à en savoir un peu plus de la réalité de ce soidisant moment de « concorde nationale ». L’histoire de la rencontre clandestine entre Jacques Chirac et Henri Krasucky, numéro 2 de la CGT, a maintenant été rendue publique. « Dans une chambre de bonne et avec un revolver dans ma poche » prétendra même Jacques Chirac. Le grand vent de liberté de mai 1968, si inattendu dans cette France que certains croyaient endormie, avait soulevé un vent de panique dans les rangs du patronat et du gouvernement gaulliste mais tout autant aux sommets des partis de gauche et à celui du syndicat alors dominant. L’ennemi, soudain, c’était ce « gauchiste » qui refusait le « boulot, métro, dodo » de la société productiviste et revendiquait une liberté qui secouait les vieux dogmes. Ces gauchistes qui avaient entraîné 10 millions de salariés dans la plus massive des grèves. Le « Grenelle » avait permis un retour inespéré à l’ordre. La même méthode ne pourrait-elle pas calmer ces écologistes dont l’agitation commence à devenir trop visible. Dans l’opinion publique, le Grenelle apparaît encore comme une victoire populaire, alors pourquoi  ne pas récupérer ce mythe dans un «Grenelle de l’Environnement » qui ferait une excellente publicité pour un début de mandat.

 


De Hulot à Sarkozy. Du Pacte écologique au Grenelle.

 


L’idée ne sortait pas du néant. En novembre 2006, Nicolas Hulot avait présenté son « Pacte écologique » qui réclamait, entre autres, un poste de « vice-premier ministre chargé du développement durable ». Présenté aux candidates et candidats aux présidentielles de 2007 il était signé par cinq d’entre eux dont les deux finalistes, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le 16 mai Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac. Nicolas Hulot refuse le poste de ministre de l’Environnement qui lui est proposé, ce sera donc Alain Juppé, rapidement démissionné pour cause de défaite aux législatives, puis Jean-Louis Borloo. En septembre 2007 débutait donc ce « Grenelle Environnement » qui affichait, lui aussi, la prétention de vouloir nous faire entrer « dans le monde d’après ».

 


On n’avait pas lésiné sur le spectacle. Deux prix Nobel de la Paix distingués pour leur engagement en faveur de l’environnement viendraient apporter leur caution. En tête d’affiche, Al Gore, vice-président des USA, après sa fameuse mise en scène dans le film « Une vérité qui dérange ». A ses côtés Wangari Maathai biologiste à l’initiative du « Mouvement de la ceinture verte » en Afrique.

 



Paroles, paroles...
 

 

En clôture de l’événement, le discours de Nicolas Sarkozy mérite la relecture. Il s’adresse d’abord à José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, présent dans la salle : « La France n’est pas en retard. Mais la France veut maintenant être en avance. Et c’est tout le changement, José Manuel, que nous voulons proposer aujourd’hui en France »

 

 

https://www.dailymotion.com/video/x9qbej

 


Puis vient la plus extravagante des déclarations : « Notre ambition n’est pas d’être aussi médiocre que les autres sur les objectifs, ce n’est pas d’être dans la moyenne. Notre ambition c’est d’être en avance, d’être exemplaires. » (voir à 3:00)

 


Et, afin que ces autres médiocres qui écoutent retiennent bien la leçon : « Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’une nouvelle politique, d’un New Deal écologique en France, en Europe, dans le Monde ».
 

 

Le plus alarmiste des climatologues du GIEC n’oserait pas prononcer la moitié du discours apocalyptique qui va suivre cette introduction : « Les changements climatiques, nos concitoyens ne doivent pas les réduire à la fonte des neiges sur les pistes de ski. Les changements climatiques, ce sont des centaines de millions de réfugiés climatiques. Les changements climatiques, c’est une accélération des grandes catastrophes, des sécheresses, des inondations, des cyclones, d’une certaine façon, c’est le Darfour où des millions de pauvres gens sont poussés par la faim et la soif vers d’autres régions où ils entrent en conflit avec des populations qui étaient installées de façon séculaire. Les changements climatiques, ce sont des épidémies nouvelles. Ce sont des conflits exacerbés pour accéder à l’eau et à la nourriture. Il faut donc avoir le courage de dire que la hausse des prix des hydrocarbures sera permanente. Il faut avoir le courage de dire qu’il n’y aura plus de pétrole avant la fin du siècle. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne connaissons pas tous les effets à long terme des 100 000 substances chimiques commercialisées. Il faut avoir le courage de reconnaître que nous n’avons pas toujours été exemplaires. »

 


Alors cette fois, ça y est ? On y va ? Fini le soutien à nos champions des énergies fossiles, à Total, à Engie. Finis les copinages avec les potentats du pétrole ?

 


De Al Gore à Kadhafi.

 


Deux mois ne se sont pas écoulés que la France sidérée découvre que le Président de la République a invité le Libyen Mouammar Kadhafi en visite officielle. Oubliés les prix Nobel de la Paix, place au plus sanguinaire des dictateurs. Chacun se souvient qu’il est le responsable de l’attentat contre le vol UTA-722 qui a fait 170 victimes dont 54 Français en 1989. Mais que refuser à celui qui règne sur un champ de pétrole parmi les plus riches de la Planète…

 


Kadhafi arrive en France en terrain conquis, exigeant de planter sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny, résidence des chefs d’État étrangers en visite en France. Stupeur, y compris parmi les proches de Nicolas Sarkozy : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort » déclare Rama Yade, secrétaire d’État chargée des Droits de l’homme, au journal Le Parisien, avant de se faire recadrer par l’Élysée.

 


Mais pourquoi cette visite ? Simplement pour le business ? L’argent du pétrole libyen devrait alimenter les industries de l’armement et du nucléaire en France. On annonce des commandes d’avions Rafale, d’hélicoptères Tigre, de navires de guerre et même des réacteurs nucléaires. L’Élysée se plaît à afficher des contrats représentant une dizaine de milliards d’euros. Contrats qui ne seront jamais honorés par Kadhafi car trois ans plus tard l’ami de la France est devenu son ennemi numéro un. Les Rafales français iront anéantir le régime du « guide » libyen dans une guerre éclair qui aboutira à sa mort, en octobre 2011, suite à une attaque, par des avions français, du convoi de véhicules par lequel il tentait de s’échapper.

 

Vers l'affaire Sarkozy/ Kadhafi.


Cette histoire de visite du dictateur libyen en France aurait pu être oubliée si les médias français n’avaient pas révélé l’affaire dont nous suivons encore les rebondissements : celle du « financement occulte » de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy et des valises de billets ayant circulé entre Tripoli et Paris. Le tapis rouge déployé pour Kadhafi semblait apparaître alors comme la contrepartie d’une aide providentielle pour l’élection du président français. (voir : « Cash Investigation ». Affaire Sarkozy-Kadhafi : soupçons sur des millions). Procès annoncé pour janvier 2025 « dans le cadre des soupçons de financement libyen de sa campagne de 2007 » (Le Monde). Affaire à suivre.

 

25 septembre 2025. 

 

Nicolas Sarkozy : cinq ans de prison avec mandat de dépôt différé, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.


https://youtu.be/szkqMBZ80is

 

15 mai 2026.

Procès libyen en appel : une peine « en haut du spectre » requise contre Nicolas Sarkozy
Au dernier jour de ses réquisitions, le parquet général a demandé une peine de sept ans de prison ferme contre l’ancien président afin de sanctionner « le pacte corruptif scellé au plus haut niveau » avec la dictature libyenne. (Médiapart)

 

 

 

 

 

Un livre chez L'harmattan.

Premières pages.

 

 

 

 

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8 juillet 2024 1 08 /07 /juillet /2024 18:20


 

Gauche plurielle.

 

 

L’écologie sous surveillance.

 


Après la victoire de la « gauche plurielle » aux législatives de 1997, Lionel Jospin, invite Dominique Voynet à le rencontrer pour lui proposer le ministère de l’Environnement. Il est accompagné de son directeur de cabinet Olivier Schrameck mais aussi de Claude Allègre, adversaire déclaré de tout ce qui peut ressembler à de l’écologie. Lionel Jospin ne pouvait pourtant pas ignorer quel loup il introduisait dans sa bergerie ministérielle. En 1995, l’année du deuxième rapport du GIEC et du traité de Kyoto, celui-ci écrivait, dans Le Point, une chronique intitulée « Fausse alerte ». Pour lui, l’effet de serre était tout simplement un danger imaginaire inventé par des « lobbys d’origine scientifique qui défendent avec acharnement leur source de crédits ».

 


Pourtant le personnage tient une place de choix dans l’entourage de Lionel Jospin qui lui confie un poste clé, celui de ministre de l’Éducation nationale. Inutile donc de trouver une sensibilisation à la défense de l’environnement dans les programmes scolaires sous le ministère Allègre. Impossible, par contre, d’oublier son agressivité vis-à-vis des enseignants avec pour résultat de remobiliser un milieu passablement anesthésié par le retour de la gauche au pouvoir. Une mobilisation qui obligera Lionel Jospin à le remplacer par Jack Lang afin d’appliquer aux enseignants une cure de câlinothérapie.
 

 

La parole libérée de l’ami de trente ans.

 


De son expérience ministérielle, Claude Allègre aura quand même retenu le fait que ses provocations répétées lui attiraient une publicité médiatique dont il éprouvait une évidente jouissance. Sa plus belle réussite aura été son fameux « il faut dégraisser le mammouth », visant le service de l’éducation nationale. Il retiendra la leçon dans sa campagne contre ce qu’il qualifiera « d’imposture climatique ». Quel meilleur moyen de faire la joie des médias que de qualifier Nicolas Hulot « d’imbécile » ou encore de qualifier le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, de « système mafieux ».

 


Ces saillies tournant en boucle dans les médias lui ont valu d’être l’invité régulier des plateaux de télévision. Les journalistes ne manquant pas à chaque occasion de rappeler sa qualité d’ancien ministre de Jospin.

 


Promesses d’écologie version Jospin.

 


Oublions Allègre pour retrouver Lionel Jospin. Accord électoral de « gauche plurielle » oblige, il a choisi  la Verte Dominique Voynet comme ministre de l’Environnement. En novembre 2000, elle devra représenter la France à la conférence de La Haye sur les changements climatiques (la COP6). Le 19 janvier 2000 Lionel Jospin tient donc une conférence de presse pour présenter les grandes lignes de son programme de lutte contre l’effet de serre.

 


En introduction, une figure imposée, faire valoir le « rôle éminent » de la France dans la lutte contre l’effet de serre : « dès 1992, notre pays a joué un rôle décisif qui a toujours été inspiré par la préoccupation des conséquences du réchauffement de la terre ». 1992 ? La date n’est pas anodine. Elle nous ramène à l’ère Mitterrand. La ministre de l’Environnement du gouvernement Bérégovoy était alors Ségolène Royal. En clair : on n’a pas attendu Chirac ni les Verts pour agir.

 


Encore une fois le cocorico national se doit, lui aussi, d’être au rendez-vous. Mon plan, déclare-t-il, est caractérisé « par la réaffirmation d’une forte volonté politique, qui devrait placer pour les prochaines années notre pays parmi les plus “responsables” face aux nouveaux risques qui menacent les grands équilibres écologiques ». Et d’énoncer :


 - Une politique des transports donnant la priorité au rail.


- Un alignement progressif de la taxation du gazole sur
celle de l’essence.


- Une « TGAP énergie ».

 


Cette « TGAP énergie » est une écotaxe qui entrera dans le cadre de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes qui jusqu’à présent ne concerne pas les émissions de gaz à effet de serre : « Nous avons tranché avec les politiques précédentes en rejoignant la plupart des pays de l’Union européenne qui avaient décidé de créer une écotaxe ou de consolider leur fiscalité énergétique. Depuis six mois, nous avons procédé à une consultation des industriels, qui n’est d’ailleurs pas terminée, sur les modalités d’une “TGAP énergie”, c’est à-dire d’une écotaxe dont nous avons adopté le principe dès 1998, et qui s’esaccompagnée  d’ailleurs, selon le principe du double dividende, d’une diminution significative des charges sociales. », tient à préciser Lionel Jospin.

 


L’Écotaxe, une bonne idée.

 


Cette écotaxe faisait partie des engagements signés entre les Verts et le Parti Socialiste. Deux projets : la taxe sur le diesel et la taxe CO2. La première rétablirait une égalité entre diesel et essence. Elle s’appliquerait aux particuliers mais aussi aux poids lourds. Son produit servirait à développer les transports en commun et les modes de transports propres. La deuxième serait proportionnelle à la consommation d’énergie à base de pétrole, de charbon, de gaz, par les entreprises et les particuliers.

 


Dominique Voynet, dès le début de son mandat, en avait annoncé le contenu. Il s’agissait « de mettre en place un ensemble de taxes qui soient des signaux dissuasifs pour les pollueurs et qui orientent les choix des consommateurs et des industriels vers des comportements moins nocifs pour l’environnement. En même temps, cette taxation doit permettre de baisser les charges qui pèsent sur le travail et freinent l’embauche. Ce n’est pas un impôt supplémentaire, c’est une modernisation du système fiscal. On prépare ainsi les grands débats européens ». Le projet est ambitieux et devrait dynamiser l’ensemble de la gauche réunie. La nouvelle ministre de l’Environnement ignore encore le long combat qui l’attend et les  chaussetrappes qui seront placées sur son chemin, en particulier par certains de ses « partenaires » de la majorité.

 


Décembre 2000. « La nouvelle écotaxe retoquée »

 


Ce titre est celui d’un article du journal Libération. L’écotaxe ne sera pas étendue aux entreprises. Ainsi en a décidé le Conseil constitutionnel. Il a estimé que « l’objectif de la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) appliquée aux entreprises ne correspondait pas aux objectifs recherchés par le gouvernement, à savoir inciter ces dernières à maîtriser leur consommation de produits énergétiques afin de lutter contre l’effet de serre ».
 

 

Le journal rappelle surtout que « Pour faire admettre cette nouvelle écotaxe, les députés verts avaient dû batailler fort contre leurs alliés socialistes, souvent sensibles aux pressions des lobbies industriels et agricoles ». Et de noter qu’en privé « Laurent Fabius, ministre de l’Économie et des Finances, taxait la TGAP d’impôt « imbécile ». « Les parlementaires PS l’avaient vue d’un très mauvais œil », note encore l’auteur de l’article. « Il avait fallu de nombreuses réunions, des conciliabules sans fin, des négociations au cordeau avec les écologistes pour qu’elle voie le jour. De concessions en compromis, ces derniers ont eu du mal à retrouver leur bébé. »

 


Juillet 2001. Yves Cochet. Écotaxe le retour ?

 


Dominique Voynet quitte le gouvernement. Elle est remplacée par Yves Cochet qui compte bien reprendre le chantier de l’écotaxe. « Tenir des discours sur la lutte contre l’effet de serre c’est bien, l’action c’est mieux. Le plus urgent, chronologiquement, pour moi est d’obtenir un accord gouvernemental sur l’extension de la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) aux consommations d’énergie. Si l’on  souhaite que cette mesure puisse être inscrite dans le projet de budget de 2002, la décision doit être prise dans les jours qui viennent », déclare-t-il lors de sa première conférence de presse (journal Les Échos).

 


C’était compter sans Fabius.

 


Le ministre des Finances de Lionel Jospin, le même qui se fera gloire de sceller, par son coup de marteau, la COP21 à Paris, ne veut pas entendre parler de fiscalité écologique. Pas question de s’attaquer au diesel, pas touche au charbon ou au gaz qui pour le moment ne sont pas taxés. Pas question de nuire aux entreprises grosses consommatrices d’énergie. Toujours dans Les Échos on peut lire que le projet du ministre de l’Environnement a peu de chances de voir le jour avant les élections de 2002. « Soucieux du moral des ménages et des entreprises, le ministre des Finances ne veut pas entendre parler d’un tel projet, qui risquerait de faire repartir l’inflation et, surtout, ruinerait le message de baisse des impôts dont il a fait son cheval de bataille. L’écotaxe est donc pour Laurent Fabius un casus belli politique majeur. » Protestation des écologistes mais le temps presse et les élections présidentielles approchent.

 


Septembre 2001. L’Écotaxe enterrée.

 


« Lionel Jospin enterre la fiscalité écologique », titre le journal Le Monde du 1er septembre 2001. Le journal rapporte son intervention télévisée du mardi 28 août dans laquelle il explique que : « Au moment  où les Français ont vu clairement que la baisse des impôts va être effective, je pense qu’il serait contre-productif et inintelligent que de donner un message d’augmentation de la fiscalité par ailleurs ».

 


Placer « notre pays parmi les plus responsables face aux nouveaux risques » avait annoncé Lionel Jospin. Oublions. L’idée de l’écotaxe resurgira pourtant avec éclat, quelques années plus tard. Mais ceci est une histoire à suivre dans les chapitres suivants.

 


Avant de quitter Jospin faut-il rappeler que c’est sous son gouvernement qu’a été réactivé le projet oublié  depuis 1963 de « réaliser un nouvel aéroport, en remplacement de Nantes-Atlantique, sur le site de Notre-Dame-desLandes afin de valoriser la dimension internationale et européenne des échanges de l’Ouest-atlantique ».

 

Un livre chez L'harmattan.

Premières pages.

 

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8 juillet 2024 1 08 /07 /juillet /2024 14:07

De Chirac à Macron. Les Tartuffes et le Climat.

 

Ils parlent, ils parlent, nos présidents.

 

L’un après l’autre ils nous décrivent l’apocalypse à venir. Les canicules, les sécheresses, les inondations, les tornades dévastatrices, la montée des mers, les larges régions de la Terre devenues invivables, l’eau devenue rare, les famines, les épidémies, les migrations, les guerres pour la survie...

 

Et chacun à son tour d’afficher la France comme le phare qui éclairera la Planète dans sa lutte contre le dérèglement climatique.

 

Et chacun de reculer dès qu’un lobby, celui des pétroliers, celui des transporteurs, celui de l’automobile, celui de l’agro-industrie, menace.

 

2 septembre 2002. Sommet mondial de la Terre des Nations Unies, à Johannesburg en Afrique du Sud.

 

 

https://www.dailymotion.com/video/x80sm2x

 

Jacques Chirac, à la tribune, scande son discours par de larges mouvements des bras. Une pause, un coup d’œil sur les notes, préparées par l’un de ses collaborateurs, et vient la phrase :
 

 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »


 

Et pour frapper encore plus fort :


 

« Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie. »
 

 

Effet garanti devant les soixante mille délégués et présidents, venus de cent quatre-vingt-sept pays, au premier rang desquels Nelson Mandela. Les médias français, le lendemain, auront compris le message du jour et ne manqueront pas de le diffuser en boucle.
 

 

Les délégués à ce sommet de Johannesburg se retrouvaient pour faire le point sur l’application des engagements pris dix ans plus tôt à la « Conférence des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement » qui s’était tenue à Rio de Janeiro, au Brésil, pendant le mois de juin de 1992. Cette conférence est restée dans les mémoires comme le « Sommet de la Terre de Rio ». 178 pays y étaient représentés, 110 chefs d’État et de gouvernement, 2000 représentants d’ONG (organisations non gouvernementales) et surtout des milliers de personnes au forum organisé en parallèle par les ONG. Un vrai succès qui s’est conclu par une « Déclaration de Rio sur l’Environnement et le Développement » énonçant 27 principes dont celui de « développement durable ». Même s’il a été depuis largement détourné par tous ceux qui ne retenaient que le « développement » oubliant le « durable », il incluait le droit reconnu à chaque humain à une vie saine en harmonie avec la Nature, l’élimination de la pauvreté, la  priorité accordée aux .pays les plus vulnérables.
 

 

Plus concrètement était adopté par les chefs d’État présents un « Agenda 21 », plan d’action pour le 21e siècle énumérant 2500 principes précisant l’application de la déclaration. Son chapitre 9 consacré à la « Protection de l’atmosphère » alertait déjà sur le bouleversement climatique.
 

 

Oui, déjà, en 1992, à Rio, on le savait. La Planète brûlait !
 

 

10 ans plus tard à Johannesburg, le point doit être fait sur la mise en application des engagements de Rio. Les représentants des États producteurs et consommateurs de combustibles fossiles qui se succèdent à la tribune ont bien retenu le vocabulaire des militants écologistes. Après le président français soudainement inspiré, chacun se doit de participer à la surenchère verbale.
 

 

La réalité de leur engagement se révèle pourtant tout autre. Le sujet le plus épineux est l’énergie : quelle part pour les renouvelables ? Les ONG se battent pour qu’un objectif chiffré et un calendrier soient fixés pour leur miseen œuvre. La montagne de discussions accouche finalement de la proposition de les accroître « substantiellement » de façon « urgente ». Il urgeait surtout de ne s’engager sur rien. De même, alors qu’il était question de supprimer toutes les subventions aux énergies fossiles, on ne parle plus dans le texte final que de faire la promotion des énergies fossiles « propres ». Propres ? Les lobbies du pétrole et du gaz ont su traduire : carte blanche pour ne rien changer tout en adoptant une novlangue écolo. Place au greenwashing !
 

 

Quant aux deux milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services énergétiques satisfaisants et qui seront les premières à subir les effets du dérèglement climatique, le texte final n’en  disait rien. Les véritables gagnants étaient les États-Unis, l’Arabie saoudite, le Japon, le Canada, l’Australie, qui avaient réussi à protéger leurs intérêts dans le domaine des combustibles fossiles.
 

 

Dehors les ONG manifestaient leur colère. Yves Cochet, député des Verts ironisait : « Jacques Chirac parle  d’or mais ne parle pas d’argent ». Dans l’ombre, Nicolas Hulot, le récent conseiller pour l’environnement du président français, cherchait à limiter les dégâts. De « cette immense montagne » qui, ajoutait-il, « va probablement accoucher d’une souris », il réussissait à extraire un élément positif : « sur un plan psychologique, c’est quand même important parce que là, les derniers doutes sont levés. »
 

 

Effectivement, pour les ONG, les derniers doutes avaient été levés à Johannesburg. On savait à présent qu’il n’y avait rien à attendre de ces sommets mondiaux où chacun se livre à une surenchère d’envolées lyriques sur la protection de l’environnement sans l’intention de mettre en œuvre un seul des engagements publiquement annoncés.


 

Aux armes citoyens !


 

Retour de Johannesburg, chacun a pu constater que Jacques Chirac s’est bien employé à mettre en sourdine ses déclamations écologistes. Pourtant, le 3 février 2007, l’occasion lui était donnée de récidiver. C’est par un « Appel de Paris » qu’il concluait la réunion de travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, qui se tenait dans la capitale française. Les rapports des experts se font de plus en plus précis. Ce rapport, le quatrième depuis la création du GIEC, est particulièrement alarmiste. Il constate que la fonte complète de l’inlandsis du Groenland pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres. Résultat : les terres de basse altitude seraient submergées. De nombreuses régions et même des États disparaîtraient de la carte.
 


Jacques Chirac semble trouver les rapporteurs du GIEC bien trop timides. En nouveau prophète de  l’écologie, il n’hésite pas à faire de la surenchère. « Le jour approche où l’emballement climatique échappera à tout contrôle : nous sommes au seuil de l’irréversible », assène-t-il. Cette fois le mot qui devra rester dans les annales sera : Révolution !
 

 

« Face à l’urgence, le temps n’est plus aux demi-mesures : le temps est à la Révolution. La Révolution des consciences. La Révolution de l’économie ».
 

 

Qui se souvient des « Bastilles économiques » prises par Jacques Chirac ? Les lobbies de l’automobile, de l’agrochimie et du pétrole, ont-ils eu à se plaindre de son passage au pouvoir ? Ont-ils été mis hors d’état de nuire ces ci-devant pyromanes dénoncés par ce nouveau Robespierre ?
 

 

Elf et l’argent du pétrole

 


Au moment même où, à Johannesburg, Jacques Chirac lançait sa célèbre imprécation, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d’Elf, préparait son procès en appel dans ce qui est devenu « l’affaire Elf ». Il a fallu toute la persévérance et le courage des juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky pour mettre à jour l’une des affaires de corruption les plus tristement célèbres de la fin du 20e siècle : les marchés du pétrole acquis par Elf en échange de somptueux dessous de table remis aux différents chefs des États concernés. Avec à la clé une partie du butin rapatrié et partagé entre les responsables politiques du moment en France.
 

 

« Cette fois je vais tout dire » déclare Loïk Le FlochPrigent dans une interview au journal Le Parisien le 26 octobre 2002. Chirac savait, dit-il. Il a ainsi l’intention de produire une lettre « signée de la main de Jacques Chirac », établissant que ce dernier « était parfaitement au courant des commissions versées par Elf ». Interrogé par le Journal du dimanche en septembre2011, l’avocat Robert Bourgi, successeur de  Jacques Foccart, révélait à son tour « vingt-cinq ans de pratiques occultes sous Chirac ». Il a des comptes à régler et raconte les transferts de fonds entre les chefs d’État africains et Jacques Chirac. « Moi-même, j’ai participé à plusieurs remises de mallettes à Jacques Chirac, en personne, à la mairie de Paris » dit-il,  citant en particulier la présidentielle de 2002 avec les liasses de billets, trois millions de dollars, remis à Dominique de Villepin de la part de Omar Bongo.

 

 

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i09036599/jacques-chirac-une-histoire-abracadabrantesque

 

Propos « abracadabrantesques » ? L’Histoire le dira mais à Johannesburg, comme plus tard à Paris, les chefs de gouvernements et diplomates, bien informés des dessous de la politique française en matière de pétrole et de corruption, ont dû être admiratifs devant l’aplomb du chef de l’État français.
 

 

La maison brûle ?
 

 

Reste pourtant la phrase-choc. Elle réapparaît à chaque nouvelle grand-messe concernant le climat. Elle a été, fort justement, détournée par l’ironie de celles et ceux qui ne peuvent que subir le double langage des grands de cemonde. Ils constatent que ce « nous » qui « regardons ailleurs » s’applique, à l’évidence en premier lieu, à laplupart des chefs d’État.

 


 - L e climat se détraque... et ils regardent ailleurs.


- Les océans s’étouffent sous les plastiques... et ils regardent ailleurs.
 

- Les oiseaux, les insectes, disparaissent... et ils regardent ailleurs.
 

- La famine menace des millions de personnes... et ils regardent ailleurs.
 

- Les canicules, les inondations, les ouragans, les incendies, font des milliers de morts... et ils regardent ailleurs.

 

 

Pour aller plus loin.

 

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8 juillet 2024 1 08 /07 /juillet /2024 13:32

 

Ils parlent, ils parlent, nos présidents.

 

L’un après l’autre ils nous décrivent l’apocalypse à venir. Les canicules, les sécheresses, les inondations, les tornades dévastatrices, la montée des mers, les larges régions de la Terre devenues invivables, l’eau devenue rare, les famines, les épidémies, les migrations, les guerres pour la survie...

 

Et chacun à son tour d’afficher la France comme le phare qui éclairera la Planète dans sa lutte contre le dérèglement climatique.

 

Et chacun de reculer dès qu’un lobby, celui des pétroliers, celui des transporteurs, celui de l’automobile, celui de l’agro-industrie, menace.

 

Et les rapports de se succéder rappelant que la France ne tient pas les engagements qu’elle prétend exiger des autres nations.

 

Un discours présidentiel télévisé a pour fonction essentielle de marquer l’opinion par des phrases-chocs, suivies d’engagements dont on sait, une actualité remplaçant la précédente, qu’ils seront vite oubliés. J’ai choisi, dans cet ouvrage, de retranscrire des passages significatifs des diverses interventions des présidents français, en particulier au début de leur mandat. Ceci de Jacques Chirac à Emmanuel Macron.

 

Relire leurs transcriptions, les unes après les autres, et les comparer à la réalité des actions menées, suffit à vérifier que tous ces discours ne sont que figures de théâtre soigneusement mises en scène. Quel mot vient alors tout naturellement à l’esprit sinon celui de « Tartuffes ».

 

En l’absence de volonté des politiques, c’est fort heureusement la société civile qui se mobilise pour tenter de maintenir une planète vivable pour les générations présentes et futures et pour l’ensemble du monde vivant. En conclusion, j’ai souhaité présenter un état des lieux de cette résistance, à la fois active, joyeuse, et constructive,qui se manifeste contre la poursuite de ces trop nombreux projets destructeurs du climat et de la biodiversité.

 

*Alors que je relis une dernière épreuve de ce texte, avant publication, Emmanuel Macron a décidé d’écrire un nouvel acte du théâtre qui se joue au sommet de l’État. Le rappel des épisodes précédents, rassemblés dans cet écrit, devrait participer à éclairer notre futur proche.(Landerneau le 01/07/2024)

 

Un livre chez L'Harmattan.

Premières pages

 

Table des matières


Préface ............................................................................... 5
 

Acte 1. 2002. Chirac. Johannesburg ............................... 7

2 septembre 2002. Sommet mondial de la Terre des
Nations Unies, à Johannesburg en Afrique du Sud ............ 7
 « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ............ 7
Aux armes citoyens ! ....................................................... 10
Elf et l’argent du pétrole .................................................. 11
La maison brûle ? ............................................................. 12

 

Acte 2. Jospin-Fabius. Oubliez cette écotaxe… ........... 15
L’écologie sous surveillance ............................................ 15
La parole libérée de l’ami de trente ans ........................... 16
Promesses d’écologie version Jospin ............................... 16
L’Écotaxe, une bonne idée ............................................... 18
Décembre 2000. « La nouvelle écotaxe retoquée » ......... 19
Juillet 2001. Yves Cochet. Écotaxe le retour ? ................. 20
C’était compter sans Fabius ............................................. 20
Septembre 2001. L’Écotaxe enterrée ............................... 21

 

Acte 3. Sarkozy, du Grenelle à Kadhafi ....................... 23
De Hulot à Sarkozy. Du Pacte écologique au Grenelle ... 24
Paroles, paroles… ............................................................ 25
De Al Gore à Kadhafi ...................................................... 26
Guerre humanitaire et pétrole .......................................... 28

 

Acte 4. Hollande et l'écologie permissive
du « président normal »
................................................. 29
L’excellence environnementale version Hollande/Ayrault 31
Place à Delphine Batho .................................................... 31
Brefs tours de piste au ministère de l’Écologie ............... 32
L’écologie permissive de Ségolène Royal ....................... 33
Quand Ségolène Royal taxait le gasoil ............................ 34

 

Un scandale politique et environnemental : l’affaire de
l’Écotaxe .
......................................................................... 37
Un vieux serpent de mer .................................................. 38
Unanimes pour taxer les poids lourds .............................. 39
La fronde des patrons ....................................................... 40
Le cadeau laissé à la gauche ............................................ 42
Les « gros bonnets » voient rouge ................................... 43
Le Drian entre en scène .................................................... 45
Le début de la fin ............................................................. 46
L’écologie punitive version Ségolène Royal ................... 48
Le puni : l’automobiliste du quotidien ............................. 49
« Un gâchis patrimonial, social et industriel » ................. 50

 

Paris. COP21 .................................................................. 53
Avant la COP21 ............................................................... 53
COP21. Le grand jour ...................................................... 55
La fronde des pays vulnérables ........................................ 58
2017, fin de mandat. Cherchez l’erreur ! ......................... 59

 

Acte 5. Macron : « Ici Paris, 1er juin 2017 » ................ 61
1er juin 2017 ..................................................................... 61
15 novembre 2017. Bonn. COP23. Sauver les peuples
menacés de disparition ..................................................... 62
Et, à nouveau, Trump appelé comme faire-valoir ............ 63

L’action, maintenant ? ...................................................... 63
L’ennemie : l’écologie ..................................................... 68

 

Résister ............................................................................ 69
Résister, de ZAD en ZAD ................................................ 69
Résister avec Les Soulèvements de la Terre .................... 70
Résister en rebelles .......................................................... 72
Résister dans les écoles et les universités ........................ 73
Résister dans les labos ..................................................... 79
Résister avec les scientifiques du GIEC .......................... 80
Résister et annoncer le monde à venir ............................. 84

 

Références ....................................................................... 87

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6 juillet 2024 6 06 /07 /juillet /2024 14:35

 

« Le programme du RN est une imposture »

 

 

https://x.com/i/status/1806669097196835285

 

 

Quand je regarde le programme du Rassemblement National qui aborde les questions d'écologie j'y vois une imposture.

 

Première imposture. C'est de prétendre défendre l'indépendance et la souveraineté tout en proposant des mesures qui vont acter une plus lourde dépendance à l'approvisionnement en énergie fossile, notamment en pétrole et en gaz et donc une dépendance par rapport à d'autres puissances qui, on l'a vu avec la Russie, ne nous sont pas favorables.

 

Et puis par ailleurs, une deuxième imposture qui est de prétendre protéger les personnes sachant que ne pas agir en  fonction du changement climatique que ce soit de la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou l'anticipation pour l'adaptation et la gestion de risques, c'est un énorme facteur d'inégalité, c'est la pire action à mener pour protéger les plus fragiles.

 

Et la dernière chose c'est que pour un parti qui prétend mettre en avant la transmission, ignorer les enjeux de transmission et de protection des écosystèmes, c'est une forme de patrimoine aussi, ne rien proposer pour le faire quand on voit les questions posées sur les coraux, sur le forêts, sur les glaciers, sur le littoral avec la montée du niveau de la mer, évidemment c'est se mettre la tête dans le sable. C'est du déni, non pas nécessairement du problème, mais du constat scientifique de la capacité à agir, des leviers d'action. Et une chose qui est certaine avec la changement climatique, si on se met la tête dans le sable les problèmes ne se résoudront pas, ils risquent d'être beaucoup plus, beaucoup plus difficiles à gérer.

 

 

Voir aussi la déclaration du conseil scientifique du CNRS.

 

Le Conseil scientifique du @CNRS rappelle son attachement aux principes à vocation universelle de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité, de solidarité, de tolérance et d’hospitalité.

 

 

 

 

 

Message bien reçu.

L'imposture du Rassemblement National a été rejetée.

 

 

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23 mai 2024 4 23 /05 /mai /2024 13:57

 

 

Traditionnellement l'eau est traitée, dans les programmes scolaires, sous les formes liquide ou solide. Pourtant c'est sous forme de gaz (la vapeur d'eau) qu'elle est primordiale dans le cycle de l'eau sur la planète. Le dérèglement climatique nous en fait prendre une conscience aigüe. En particulier par les pluies diluviennes des récents printemps. Pourquoi ces phénomènes ?

 

 

 

"À l’augmentation de température de 1 °C, correspond une augmentation de l’humidité de l’atmosphère de 7 %" nous informe le climatologue Robert Vautard, directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace. "Autrement dit, à mesure que le climat se réchauffe, la vapeur d’eau stockée au-dessus de nos têtes se multiplie. » Or, l’air ayant une certaine capacité à contenir celle-ci, une fois le seuil dépassé, elle finit par se condenser, former des nuages et se transformer en pluie. « Résultat : le cycle de l’eau est accéléré par le changement climatique et les précipitations sont plus fréquentes. » (Reporterre)

 

Un oubli dans la composition de l'air : l'eau.

 

Traditionnellement il est enseigné que l'air est composé de 78% de diazote N2 de 21% de dioxygène O2 et de 1% de gaz divers. Une précision est rarement apportée : cette proportion est celle de l'air "sec". Mais l'air, ce gaz que nous respirons et qui constitue l'atmosphère, n'est jamais sec. Ainsi, à 18°C, un air saturé en humidité contient, en volume, environ 2% de vapeur d'eau et 98% d'"air sec" (diazote, oxygène...).

 

Comment oublier que cette eau à l'état de gaz se condense en ces nuages, maillon essentiel du cycle terrestre de l'eau. Sans eux pas de pluie, pas de neige, pas de sources ni de rivières et pas de vie à la surface du globe. Mais son rôle va bien au delà.

 

 

 

L'eau vapeur protège la terre du froid intersidéral.

 

Comment ne pas signaler aussi que le gaz "eau" est d'abord essentiel au maintien d'une température qui rend notre Terre  habitable. Un propriété découverte il y a plus de 150 ans.

 

John Tyndall (1820-1893), le découvreur des gaz à "effet de serre".

 

John Tyndal est né en Irlande et y a vécu sa jeunesse. Autodidacte, comme Faraday dont il a été l'élève, ses travaux scientifiques lui valent une solide renommée, tant en Europe que dans les Etats d'Amérique. Excellent vulgarisateur, il donne, en 1864 à Cambridge, une conférence, sous le titre "La radiation", dans laquelle il expose ses travaux sur l'absorption des rayons lumineux par différents gaz. Sa traduction par l'Abbé Moigno est publiée en France dès l'année suivante. Son traducteur est enthousiaste : "Le motif de sa dissertation lui était imposé par par l'immense retentissement des ses admirables découvertes dans le domaine des radiations lumineuses et caloriques. Il l'a traité avec une lucidité, une sobriété, une élégance, une aisance magistrales ; et nous ne nous souvenons pas d'avoir lu avec plus de plaisir d'autres dissertations scientifiques".

 

Le texte est court (64 pages) et l'éloge justifié. Il mérite d'être lu dans sa totalité. Qui le lirait y trouverait l'essentiel de ce que nous enseignent les climatologues aujourd'hui. Son exposé s'attache d'abord à établir l'existence de lumières invisibles à l'oeil. Il est acquis, depuis Fresnel, que la lumière solaire est composée de multiples radiations. En particulier il s'intéresse à celle qu'il désigne sous le terme "d'ultra-rouge" et que nous désignons aujourd'hui comme "infra-rouge". Il expose comment son existence a été révélée par l'astronome britannique Wiliam Herschel. L'expérience est belle, elle mérite d'être rappelée.

 

"Forçant un rayon solaire à passer à travers un prisme, il le résolu dans ses éléments constituants, et le transforma en ce qu'on appelle techniquement le spectre solaire (souligné par lui). Introduisant alors un thermomètre au sein des couleurs successives, il détermina leur pouvoir calorifique, et trouva qu'il augmentait du violet, ou du rayon le plus réfracté, au rouge ou rayon le moins réfracté du spectre. Mais il ne s'arrêta pas là. Plongeant le thermomètre dans l'espace obscur au delà du rouge, il vit que, quoique la lumière eût entièrement disparu, la chaleur rayonnante qui tombait sur l'instrument était plus intense que celle que l'on avait mise en évidence à tous les points du spectre visible."

 

Mentionnant les travaux de Ritter et Stokes sur les "ultraviolets" Tyndall pouvait alors présenter le rayonnement solaire comme composé de "trois séries différentes".

  1. des rayons ultra-rouges d'une très grande puissance calorique, mais impuissants à exciter la vision.

  2. Des rayons lumineux qui déploient la succession suivante de couleurs : rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet

  3. des rayons ultra-violets, impropres à la vision comme les rayons rouges, dont le pouvoir calorifique est très-faible, mais qui en raison de leur énergie chimique, jouent un rôle très important dans le monde organique.

 

Suit un exposé sur la nature des radiations. Quel est le lien entre la chaleur dégagée dans un fil de platine chauffé au rouge ou au blanc par un courant électrique le traversant et la perception de cette lumière par l'oeil ? Son compatriote Maxwell a émis récemment l'hypothèse selon laquelle la lumière serait une onde électromagnétique se déplaçant dans un hypothétique éther. Sa réponse est conforme au modèle. Il existe dit-il un "éther lumineux" qui comme l'air transmet les sons, est "apte à transmettre les vibrations de la lumière et de la chaleur". Ainsi "chacun des chocs de chacun des atomes de notre fil excite en cet éther une onde qui se propage dans son sein avec la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde". C'est cette onde, reçue par la rétine, qui provoque chez nous la sensation de lumière.

 

Le chapitre qui suit a pour titre "Absorption de la chaleur rayonnante par les gaz". Son objet concerne particulièrement notre sujet, à savoir ce que nous désignons par "effet de serre".

 

"Limitant tout d'abord nos recherches au phénomène de l'absorption, nous avons à nous figurer une succession d'ondes issues d'une source de rayonnement et passant à travers un gaz. Quelques-unes de ces ondes viennent se heurter contre des molécules gazeuses et leur cèdent leur mouvement ; d'autres glissent autour des molécules, ou passent à travers leurs espaces intermoléculaires, sans obstacle sensible. Le problème consiste à déterminer si de semblables molécules libres ont à un degré quelconque le pouvoir d'arrêter les ondes de la chaleur, et si les différentes molécules possèdent ce pouvoir à différents degrés".

 

Le montage expérimental consiste en un plaque de cuivre chauffée jusqu'à incandescence. La lumière produite est transmise à un tube fermé par deux plaques de sel gemme "seule substance solide qui offre un obstacle presque insensible au passage des ondes calorifiques". Le tube peut être rempli de gaz divers sous la même pression de 1/30 d'atmosphère. La température y est mesurée par une "pile thermo-électrique", instrument d'une invention récente.

 

 

 

Les résultats sont publiés dans un tableau qui exprime les quantités de radiations absorbées respectivement par les différents gaz, "en prenant pour unité la quantité absorbée par l'air atmosphérique".

 

 

On y retrouve la plupart des gaz dont la nuisance nous préoccupe aujourd'hui. En particulier le dioxyde de carbone (acide carbonique), le protoxyde d'azote, l'acide nitreux.

 

Un dernier résultat "incroyable" !

 

Une dernière partie vient compléter ce tableau. Elle concerne l'étude "des vapeurs aqueuse de l'atmosphère dans leurs rapports avec les températures terrestres". L'importance des résultats mérite une mise en scène. Après les premières mesures effectuées sur différents gaz, "nous voici préparés à accepter un résultat qui sans ces préliminaires serait apparu complètement incroyable", annonce le conférencier.

 

Le nouveau gaz étudié n'est autre que la vapeur d'eau. C'est "un gaz parfaitement impalpable, diffusé dans toute l'atmosphère même les jours les plus clairs". La quantité de cette vapeur est infinitésimale comparée à la composition de l'air en oxygène et azote. Pourtant les mesures effectués montrent que son effet est 200 fois supérieur à celui de l'air qui la contient. Ce fait, note-t-il, "entraîne les conséquence les plus graves relativement à la vie sur notre planète".

 

Conséquences les plus graves ? C'est exactement ce que seraient tentés de dire la plupart de nos contemporains mais John Tyndall y voit en réalité une chance. La chaleur du sol échauffé par les rayons du soleil se communiquent à l'atmosphère sous formes de ces ondes de lumière "ultra-rouges" de grande puissance calorique. L'air seul serait insuffisant pour les retenir. Heureusement, constate Tyndall "les vapeur aqueuses enlèvent leur mouvement aux ondes éthérées, s'échauffent et entourent ainsi la terre comme d'un manteau qui la protège contre le froid mortel qu'elle aurait sans cela à supporter".

 

La vapeur d'eau protège la terre du froid des espaces célestes.

 

Plus tard, dans sa conclusion, le texte de Tyndall prend des proportions lyriques. "La toile d'araignée tendue sur une fleur suffit à la défendre de la gelée des nuits ; de même la vapeur aqueuse de notre air, tout atténuée qu'elle soit, arrête le flux de la chaleur rayonnée par la terre, et protège la surface de notre planète contre le refroidissement qu'elle subirait infailliblement, si aucune substance n'était interposée entre elle et le vide des espaces célestes". Il en veut pour preuve que partout où l'air est sec (déserts, sommets des hautes montagnes) cela entraîne des températures diurnes extrêmes. Inversement "pendant la nuit, la terre rayonne sans aucun obstacle la chaleur vers ses espaces célestes et il en résulte un minimum de température très-basse".

 

La découverte est d'importance et il la revendique. S'il reconnaît à ses prédécesseurs, de Saussure, Fourier, Pouillet, Hopkins, d'avoir "enrichi la littérature scientifique" sur ce sujet, il fait le constat que ce n'est pas, à présent, à l'air, comme ils l'ont fait, qu'il faut s'intéresser mais à la vapeur d'eau qu'il contient. Ceci d'autant plus que, dans un air saturé d'eau, à 18°c sous la pression de 1 atmosphère, l'eau "gaz" peut occuper 2% du volume de l'air..

 

 

 

Ainsi donc la terre est protégée par la vapeur d'eau ? Nous sommes dans la première période du développement industriel de l'Europe, comment Tyndall pourrait-il imaginer que cet équilibre qui dure depuis des milliers d'années sera rompu dans le siècle suivant. Non pas par la vapeur d'eau mais par le CO2 (l'acide carbonique).

 

Que dit-il de ce gaz ? Il a déjà mesuré que son pouvoir d'absorption des rayons lumineux est près de 1000 fois supérieur à celui de l'air. Il constate également qu'il existe un nombre de rayons "pour lesquels l'acide carbonique est impénétrable". Il en fait même un moyen de mesure du taux de CO2 dans l'air expiré par les poumons. Il ne percevra pas son rôle prépondérant dans le réchauffement de l'atmosphère. Ce sera la contribution de Svante Arrhenius.

 

 

 

 

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4 mai 2024 6 04 /05 /mai /2024 13:17

Complément d'enquête

Juillet 2022. La France suffoque et connaît l'été le plus chaud jamais enregistré. Au même moment, une vague de climatoscepticisme inonde les réseaux sociaux. Glaciologues, climatologues et experts du GIEC subissent un tel déversement de haine et de menaces qu'ils prendront la décision de quitter les réseaux. Au pied des glaciers des Alpes, qui reculent année après année, "Complément d'enquête" a rencontré des Français qui ne voient dans ce phénomène que la main de la nature, comme le prétendent des "experts" "climato-réalistes" qui détournent les résultats d'études scientifiques pour servir leur contre-discours sur le climat. Aux Etats-Unis, où l'industrie fossile opère dans l'ombre pour troubler l'opinion, rencontre avec ceux qui considèrent le réchauffement climatique comme une "opportunité" de business.

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