Rentrée scolaire 2026. Quel cheminement m'amène à penser subitement à Célestin Freinet et à la méthode d'enseignement qui a fait le bonheur des (trop rares) enfants qui l'ont connue ? Peut-être cette colère intérieure qui me vient quand je lis les propos de ces ministres successifs pour qui l'enseignement devrait se limiter à formater les futurs robots de la société productiviste qui est leur modèle.
Je dois ma rencontre avec Freinet à mon premier poste d'instituteur à la sortie de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Quimper où, de 1959 à 1963, j'avais été "élève maître" (ainsi était notre désignation administrative). Une prise de contact inhabituelle avec le métier d'enseignant que j'ai consignée dans le texte dont je propose la lecture ici. Au delà de l'anecdote il m'a semblé être un témoignage qui pourrait présenter quelque intérêt concernant une institution qui a compté dans la "République".
Mon premier Poste.
Mon début dans l'enseignement a été plutôt abrupt. En ce début de septembre 1963 j'aurais dû être à Rennes au centre de formation de enseignants en collège. Le possibilité était offerte à quelques élèves des écoles normales de rejoindre ce centre dans lequel, après deux ans d'études, on obtenait le titre de professeur des collèges. Ce recrutement se faisait, en règle générale, après le baccalauréat, c'est à dire après la troisième année à l'E.N. J'étais du nombre mais notre directeur, qui pensait couver ses poussins, nous avait conseillé d'assurer nos arrières en accomplissant la quatrième année qui nous assurerait la fonction d'instituteurs au cas où. Vous pourrez rejoindre la formation des collèges plus tard nous avait-il affirmé. Sauf que en cette rentrée 1963 le ministère décidait subitement que ce n'était plus possible. Fini l'espoir des études supérieures et retour à la case instituteur avec recherche d'un poste. Tous nos collègues avaient déjà été nommés. Il y avait un classement en sortie d'E.N qui permettait aux meilleurs de choisir leur poste parmi ceux vacants. Pour nous il ne restait donc plus que les fonds de tiroir. Pour moi ce sera "classe de perfectionnement" à l'école de Traon Quizac à Brest.
L'école de Traon Quizac à Brest, je la connais. J'y ai fait ma maternelle. A l'époque elle était constituée de baraques, résultat de la guerre. Elle a été reconstruite en dur mais j'y retrouve quelques-unes de ces baraques, ajoutées avec l'afflux des enfants du "baby boom". Ma classe sera l'une d'entre elles.
"Classe de perfectionnement" ! Jamais entendu en parler pendant mes stages à l'E.N. Je me renseigne et apprend donc qu'il s'agit de classes pour "enfants en difficulté". Aujourd'hui grâce à wikipédia j'apprends que une Loi du 15 avril 1909 a créé des Classes de Perfectionnement annexées aux écoles élémentaires publiques "pour les enfants arriérés". A l'époque pas de novlangue, "enfants en difficulté" se disait "enfants arriérés" dans un autre texte je lis même "débiles". Mieux valait ne pas le savoir au moment d'affronter ces premiers élèves. Internet m'offre aujourd'hui toute une littérature très éclairante sur la question de ces classes.
J'arrive donc dans mon établissement et rencontre le directeur qui me dirige immédiatement et sans transition vers ma classe. Première récréation et rencontre dans la cour avec les vieux collègues à qui je fais part de mon ignorance totale de la question et à qui je demande des conseils. Je n'en reçois que des regards fuyants et un silence pesant. Avant que je prenne cette classe les enfants étaient dispersés dans les leurs, ils sont bien heureux que je les en débarrasse et ne craignent qu'une chose : leur retour chez eux. Quant au jeune collègue, qu'il se débrouille, à eux non plus on n'a pas fait de cadeau quand ils ont commencé. Une attitude hélas trop courante dans toute la gamme des établissements que j'ai fréquentés par la suite. Il ne me reste plus qu'à retourner sans défenses dans ma cage aux fauves.
Mes fauves sont effectivement peu domestiqués. J'en ai une quinzaine, c'est le maximum autorisé pour ces classes mais nuance : ce sont des "classes uniques". C'est à dire avec des niveaux qui vont du cours préparatoire (6 ans) où on apprend à lire jusqu'à la fin d'études (14 ans). Sont-ils "arriérés" ou même "débiles" ? La réalité est que ces enfants habitent pour la plupart dans les dernières baraques en bois du quartier du Bouguen. Ils y sont parce que leurs familles ont été jugées inaptes à intégrer les HLM construits pour la masse des autres. On les a ainsi concentrés dans un dernier ghetto que chacun s'empresse d'oublier. "Des cas sociaux" dirait-on dans le "politiquement correct" d'aujourd'hui. Pour l'essentiel ces enfants sont loin d'être "arriérés", ils se sont simplement adaptés à la vie qui leur est faite. L'école, c'est elle qui n'est pas adaptée à les recevoir. Et c'est à un jeune novice à peine sorti de l'E.N qu'on confie le soin de les y "perfectionner" !
Premier contact. Au premier rang le plus âgé, il a quatorze ans, j'en ai cinq de plus. Première provocation de sa part et première mise au point de la mienne. Réaction : il me sort un couteau à cran d'arrêt immédiatement confisqué. "Mes frères font du judo, ils vous attendrons à la sortie". Cela commence bien. Précision : ce garçon a eu la main droite estropiée en manipulant un détonateur trouvé dans une poubelle (accident encore courant à l'époque). Plus de doigts de la main droite. On lui a ouvert la paume pour en faire une pince qui lui permet de saisir quelques objets. Manifestement très intelligent, il sait lire et écrire. Il y aurait un avenir possible pour cet enfants révolté que je récupère parce qu'il perturbait les classes de mes bons collègues. Il écrit très bien de la main gauche mais quand il décide de me provoquer il coince son porte plume dans son reste de main droite et réussit même à griffonner. Si je lui demande de changer de main la réponse fuse : "je suis droitier". C'est le caïd de la classe, il faudra en permanence négocier, mais inutile de chercher à le "perfectionner". Ma pratique de Éclaireurs de France me sera bien utile, j'ai dû aussi y apprivoiser quelques loustics dans son genre.
Cet autre élève est dyslexique à un point tel qu'il n'est même pas capable de dire correctement son nom . Il s'en énerve et parfois devient hystérique. Un jour j'ai vu son frère, qui était dans la même classe, se saisir du seau plein d'eau, destiné à arroser le plancher le soir avant de balayer, et le lui verser sur la tête. "C'est comme ça qu'on fait chez moi", m'a-t-il dit.
Je me souviens aussi de ce jour où un cirque est arrivé dans le quartier. La moitié de la classe a déserté. L'habitude était d'aller se faire embaucher par les forains pour de menus travaux qui donnaient le droit à un billet d'entrée. L'un d'entre eux a tardé à revenir et le directeur a convoqué sa mère. Je la revois encore dans ma classe : "j'en ai assez, la prochaine fois appelez les flics pour qu'ils aillent le chercher". Le problème pour elle était le risque qu'on lui supprime ses allocations familiales, peut-être était-ce le seul revenu de la famille.
Je ne gardais pas d'élève en punition, le soir, après les cours, méthode pourtant conseillée par les anciens, mais celui là avait abusé. Laissez moi partir, m'a-t-il dit quand nous avons été seuls. "Quand on rentre de l'école ma mère met tout ce qu'il y a à manger pour le soir sur la table et si je rentre plus tard mes frères auront tout pris. Ruse d'élève puni ? Je l'ai relâché et je me suis renseigné. C'était vrai.
Mon plus mauvais souvenir. Le plus jeune de la classe, il a six ans et doit apprendre à lire et un peu à compter. Sa mère est venue me voir pour m'expliquer. Il a été atteint d'une tuberculose cérébrale et a pris du retard dès la maternelle. Elle met beaucoup d'espoir dans ma pédagogie. On lui a dit qu'il était dans une classe spécialement adaptée à son cas. Je sens l'affection maternelle mais je ne peux pas lui dire la vérité et j'en ai honte. Je fais de mon mieux mais que faire quand je vois cet enfant se prendre la tête à deux mains sous l'effet de la douleur et voir les larmes dans ses yeux quand l'effort dure trop longtemps. M'avoir confié cet enfant et avoir trompé cette mère est criminel.
Comment ai-je pu m'adapter, je ne le sais plus. Pour tenir cette classe j'ai dû travailler comme un forcené pour préparer des exercices adaptés à chaque niveau. Je ne pense plus qu'à la classe, même la nuit. J'habite chez mes parents qui commencent à s'inquiéter de ma fébrilité et me conseillent de voir notre médecin traitant. Pour lui c'est clair : il me propose de me mettre en congé. Mais je ne me vois pas déserter. Je décide de rencontrer l'inspecteur primaire et me pointe à son secrétariat Le voir sans rendez-vous ? La secrétaire est un peu interloquée. Quel est ce jeune chiot dans un jeu de quille. Je suis quand même reçu et mets le marché entre les mains du chef : une formation ou en congé de maladie comme le demande mon médecin.
Mon premier contact avec Freinet.
C'est ainsi que je me retrouve pour quinze jours dans l'école Algésiras avec un vrai enseignant de classe adaptée dans une vraie classe pour élèves en difficulté. C'est le centre ville, la plupart des élèves proviennent de familles aisées et ont un vrai handicap moteur ou intellectuel. L'enseignant fait un travail superbe adapté des méthodes Freinet. Essentiellement en ateliers avec des postes de travail aménagés sur lesquels chacun se dirige sans qu'il soit besoin de lui en donner la consigne. Les élèves semblent heureux, le maître aussi. J'apprends ce qu'enseigner veut dire et qu'il existe de tels enseignants. J'en rencontrerai quelques-autres par la suite, la plupart adeptes de Freinet.
De retour dans ma classe, j'ai compris : nous ferons des ateliers. A commencer par la menuiserie, je compte sur les conseils de mon père. D'abord il faut des outils et je propose aux élèves d'en récolter de vieux qu'on réparera. Je suis rapidement servi mais beaucoup sont neufs. Mieux vaut ne pas en demander la provenance et arrêter la collecte. Tout cela commence à se mettre en place. Bientôt arrive l'inspecteur. A l'improviste comme d'habitude. Sans doute attendait-il de moi que je le présente aux élèves en leur demandant de se lever (c'est ce qu'on nous a appris à l'E.N). Je n'en fais rien et le laisse s'installer au fond de la classe. Je continue mon travail là où j'en étais. Bientôt il se risque dans les rangs. Et fatalement cela devait arriver. "Monsieur, c'est qui celui-là qui vient voir ce que je fais". Effet réussi. Je ne dis rien, à lui de se présenter. Bientôt, sans un mot, il regagne le fond de la classe avant de s'éclipser. J'avais voulu voir son attitude face aux fauves. J'ai vu.
Je me suis peu à peu près adapté à mon nouveau rôle au point que j'ai l'impression d'être devenu le chef d'une meute à laquelle je me serais intégré. C'est alors que j'apprends que notre directeur de l'E.N ne nous a pas oubliés et a obtenu que, par dérogation, nous pouvons rejoindre le centre de formation des professeurs des collèges.
Nous y arrivons alors que l'année est déjà bien entamée et avec des cours à rattraper sur la petite table de l'hôtel que nous partageons à trois en attendant mieux. Nous trouvons heureusement deux âmes secourables qui nous indiquent une piaule au dessus de chez elles. La vie de fac commence. Objectif de fin d'année : le concours de l'IPES (Institut de préparation à l'Enseignement Secondaire) qui nous vaudra un salaire pendant trois ans et un poste de professeur de physique à la sortie si tout se passe bien.
Je reviendrai pourtant à Traon Quizac. N'étant encore qu'instituteur stagiaire je dois passer mon CAP (certificat d'aptitude professionnelle). Cela se passera dans la classe d'un collègue qui me reçois pendant une semaine. On ne m'a quand même pas imposé de le passer dans la classe de perfectionnement. Dans la cour je revois mes anciens élèves mais sans les contacter. Je les ai abandonnés et leur regard me le fait savoir. Je passe ce CAP sans trop de problèmes et même, m'a-t-on dit, avec un certain succès. Ceci grâce à une séance d'apprentissage de chant aussi plaisante pour moi que pour les élèves.
Avant de quitter cette histoire de Traon Quizac et donc des années École Normale, un souvenir me revient. Celui d'un collègue de quatre ans plus âgé que moi. Je l'ai connu à l'E.N. Il n'enseigne pas non plus depuis très longtemps car dès sa sortie de l’École il était embarqué dans la guerre d'Algérie. Chaque récréation que je passais avec lui, en allers et retours dans la cour de l'école, lui donnait l'occasion de se décharger sur moi du poids de ses souvenirs. Bombardé officier il avait été nommé dans un régiment chargé de l'entretien des véhicules. Si la fonction pouvait ne pas sembler très risquée vue de loin, la réalité était toute autre. Il me racontait ces nuits passées dans le désert en terrain hostile. Si un camion ne pouvait être réparé dans la journée son groupe devait rester sur place pour le protéger. Nuits terribles sous un harcèlement permanent. Au matin il lui est arrivé de retrouver le corps de sentinelles horriblement mutilées. Peut-on vraiment évacuer de tels souvenirs ?
La guerre d'Algérie a été la hantise de notre promotion. Nous avions pu en mesurer directement les effets. Chaque année était organisé un "bal de l’École Normale" destiné en particulier à récolter des fonds pour un voyage de promotion à la fin de la scolarité. Le nôtre a été splendide. Nous avions invité l'orchestre de Claude Luter, saxophoniste flamboyant à la tête du meilleur groupe de Jazz de l'époque. Un gros budget, un gros pari et une belle recette qui nous avait permis de nous payer un mois entre la Yougoslavie et Venise dont je retiens ces moments d'échanges passé dans un camp d'étudiants yougoslaves et cette amertume à la pensée de la guerre fratricide qui a divisé leur pays.
Au premier "bal des Norms" auquel j'ai assisté, plusieurs des "ancêtres" de l'année précédente, profitant d'une permission, sont venus en uniformes militaires. Leurs récits nous ont immédiatement éclairés sur notre possible avenir.
Nous devions nous préparer à prendre leur relève. D'où préparation militaire obligatoire. Fort heureusement la marche au pas et autres joyeusetés avait été confiée à notre prof de gym qui était officier de réserve. Je n'ai pas le souvenir qu'il nous ait un jour mis à la manœuvre. Au programme nous avions démontage et remontage du fusil. Ce sacré fusil, mis à notre disposition, nous a servi à bien des farces. Plus sérieux, l'épreuve de tir. Cela se passait sous la direction d'un vrai militaire à qui nous en faisions voir de toutes les couleurs, comme de tirer tous dans la même cible. Pour clore l'ensemble il y avait le parcours du combattant. Ramper, sauter, grimper. Tout cela chronométré. J'ai participé au concours de celui qui arriverait le dernier. J'ai perdu. Le copain un peu dodu qui me suivait a réussi à faire mine de se coincer dans le trou percé dans le dernier talus à travers lequel nous devions passer. Donc : avant-dernier mais la réputation d'antimilitaristes des normaliens était sauve.
Plus sérieusement nous avons été quelques uns à penser désertion. L'objectif était l'Angleterre où nous savions pourvoir être bien reçus. Cela s'est-il su ? Bientôt par des voies obscures on nous a fait savoir que désertion égale fin à vie de la fonction publique et surtout que nos parents auraient nos quatre années d'études à rembourser. Cruel dilemme que nous n'avons pas eu à trancher car nous n'étions qu'en troisième année quand les accords de paix ont été signés à Évian. Plus tard j'en ai côtoyé de ces enseignants à peine plus âgés que moi qui n'avaient pu se libérer du traumatisme de leurs années algériennes et j'ai pu mesurer notre chance.
Qui aurait pu imaginer une si longue canicule associée à une sécheresse généralisée amenant à une crise de l'eau potable en Bretagne. Les scientifiques du GIEC ne sont pas surpris. Les associations écologistes qui se battent depuis des dizaines d'années pour la préservation de la ressource non plus. leur combat mérite d'être rappelé.
En Bretagne, plus de 135 captages d'eau potable ont été abandonnés ou fermés depuis 2010. Ces fermetures découlent principalement de la baisse de la qualité de l'eau brute, polluée par des taux trop élevés de nitrates, de pesticides ou plus récemment par des composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS). Maintenir ces captages et les protéger a été le combat permanent des associations écologistes. Cela leur a valu des agressions à répétition des pollueurs qui refusaient toute mesure de protection des captages et poussaient à leur fermeture. (voir)
La crise de l'eau de cette année 2026 allait faire apparaître de nouvelles menaces.
Ce titre du journal Ouest-France avait de quoi faire bondir toutes celles et ceux qui depuis des années se mobilisent pour la protection des milieux aquatiques. Des forages n'importe où et n'importe comment pour alimenter l'irrigation de terres polluées et les élevages hors sol ? C'est assécher et polluer ce qui reste de nappe phréatique encore disponible pour l'eau potable.
Et ceci sans compter la multitude de forages illégaux déjà en activité et que ce titre de Ouest-France invite à multiplier.
Nous nous sommes alors souvenus de la question Question écrite n° 14846 au gouvernement "Lutter contre les forages illégaux" de la députée Lisa Belluco. Dès l'introduction, son texte qui date de 2024 semble s'appliquer, mot pour mot, à la situation actuelle :
"Mme Lisa Belluco attire l'attention de M. le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires sur la question des forages illégaux. En effet, le marché des forages est en plein essor : par peur de manquer d'eau, pour contourner les arrêtés, de nombreux acteurs économiques ou des particuliers installent ce type d'ouvrages sans en informer les autorités compétentes, ou dépassent les seuils de prélèvements autorisés. Est ainsi réduite la disponibilité de la ressource en eau. Mal réalisés, les forages peuvent polluer la nappe."
Une situation qui risque de s'aggraver face à l'activisme du lobby agro-industriel et à l'inertie des pouvoirs publics.
Christine Blondel présente la nouvelle vie pour les sites 'Ampère'
et 'Histoire de l'Électricité'.
Un remarquable exposé de Christine Blondel sur Ampère, tel qu'on peut le découvrir sur le site Histoire de l'électricité et du magnétisme dont elle a été l'initiatrice et la principale réalisatrice avec Bertrand Wolf. Un travail d'une valeur inestimable.
Quand le tire-bouchon de Maxwell rejoint le bonhomme d'Ampère.
Un remède à l'écoanxiété : l'action.
En conclusion de son exposé, Christine Blondel s'est interrogée. Qu'exprimerait le visage d'Ampère aujourd'hui au moment où la muse lui dévoile la marche du monde. De l'écoanxiété ? A l'évidence un message pour aujourd'hui auquel elle a répondu par l'action en tant que présidente de l’association Cachan Soleil.
"Aujourd’hui le problème majeur pour moi est le dérèglement climatique. En 2016, après la COP 21 et en fin d’une carrière professionnelle de chercheur, je me suis impliquée dans l’association qui a porté le projet de coopérative solaire citoyenne dans ma ville de Cachan. La coopérative Sud Paris Soleil est lancée début 2019 avec l’objectif d’équiper des toitures publiques de panneaux photovoltaïques dans le Sud parisien et de sensibiliser à la transition énergétique. On a commencé par équiper le toit de l’école élémentaire La Plaine, à Cachan, avec une installation d’une puissance de 100 kWc, qui produit 100 MWh par an. Cette installation a été mise en service au printemps 2021.
La production d’énergie renouvelable est évidemment importante pour nous mais la sensibilisation à la maîtrise de l’énergie l’est tout autant. L’enjeu crucial est de réduire individuellement et collectivement notre consommation d’énergie."
Une série d’articles raconte la longue marche qui a mené, depuis le tas d’ordures “au bout du quai” à Landerneau, jusqu’à la déchetterie et la recyclerie du TriPorteur. Une histoire locale qui illustre, entre autres exemples, le rôle des associations de protection de l'environnement dans la lente prise de conscience de la pollution par les déchets et de la nécessité d'y mettre fin.
Deux rapports sur la dépollution de l'eau potable.
D’abord mené en commun, le travail conduit par l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), le conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (Cgaaer), l’inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd) et l’inspection générale des finances (IGF), a débouché sur deux rapports distincts sur le même sujet – le premier endossé par l’IGF, le second par les trois autres inspections – qui ont été remis au gouvernement, en mai, avant le vote du projet de loi d’urgence agricole, qui a fortement limité le nombre de captages d’eau potable à protéger des pollutions agricoles.
Si les médias ont surtout titré sur une hausse du prix de l'eau, les rapports recommandent essentiellement des mesures préventives.
Financement de la dépollution des eaux destinées à la consommation humaine (PFAS, pesticides, nitrates) 30 juillet 2026
Des pollutions multiples affectent la qualité de l’eau en France. La principale source de pollution sont les pesticides et leurs métabolites. Les PFAS sont une pollution émergente, que l’on commence (2026) à mesurer sur l’ensemble du territoire. Un faisceau d’indices porte à croire que la situation pourrait se dégrader, avec une augmentation possible des non conformités dans l’eau distribuée.
Investir dans des interconnexions ou du traitement sera à la fois nécessaire pour respecter les limites de qualité de l’eau distribuée et coûteux. En outre, cela ne constituera pas une réponse efficace pour maitriser durablement les pollutions et réduire l’exposition. La prévention, peu mobilisée aujourd’hui, est indispensable pour garantir une eau de qualité dans la durée.
Une stratégie nationale, portée au plus haut niveau, combinant réglementation pour réduire les pollutions à la source, financements ciblés, principe pollueur‑payeur et pilotage interministériel est urgente. La mission estime son coût à environ 2 milliards d’euros par an à court terme, ce qui nécessitera une hausse du prix de l’eau de 25 à 30 %.
Notre remarque : "son coût à environ 2 milliards d’euros par an à court terme, nécessitera une hausse du prix de l’eau de 25 à 30 %.". Le texte qui fixe clairement les responsables de la pollution et qui demande l'application du principe "Pollueur payeur" est en totale contradiction avec un financement par la hausse des prix supportée par les "pollués", a savoir les consommateurs. Tout à fait d'accord avec la CLCV qui demande que "les pollutions soient réduites à la source et que les responsables en assument enfin les coûts".
Dépollution de l’eau potable : stratégies et pistes de financement
Publié le 30/07/2026 | Guillaume Choisy, Céline Debrieu-Levrat (IGEDD), Johanna Buchter, Anne-Caroline Sandeau-Gruber (IGAS), Gilles Crosnier, Eric Collin (CGAAER)
Face à la pollution de l'eau potable par les PFAS et les pesticides, la mission inter-inspections évalue l'ampleur des coûts potentiels et propose une stratégie d'actions graduée et territorialisée. Celle-ci combine actions préventives et curatives pour assurer la protection des populations. Elle s’appuie sur une participation accrue des principaux émetteurs de PFAS et de pesticides aux coûts de la dépollution, afin de contenir l’augmentation inévitable du prix de l'eau.
En 2024, un peu plus de 29 % de la population française a été exposée, dans les eaux destinées à la consommation humaine, à la présence de pesticides ou de composés per- et poly-fluoroalkylés (PFAS), polluants chimiques d’origine humaine, à des niveaux de concentration dépassant les limites de qualité européennes.
Les situations ayant nécessité une restriction de consommation de l’eau du robinet pour des raisons sanitaires restent rares. Toutefois, la difficulté à mesurer l’ensemble des pollutions, le caractère persistant et l’usage continu de certaines molécules, ainsi que l’élargissement du périmètre des substances détectées ou réglementées, laissent craindre une hausse des non-conformités de l’eau potable dans les années à venir.
Une situation préoccupante pour la santé
Cette situation est préoccupante pour la santé des populations (exposition chronique et effets cocktail). Outre l’impact direct des pollutions sur les personnes, elle fragilise l’accès à l’eau (fermeture de captages) et pèse, d’une part, sur les finances publiques, d’autre part, sur la confiance de la population dans l’eau potable.
Après avoir auditionné plus de 300 personnes, représentatives de tous les intérêts en jeux, en particulier des élus locaux et des habitants des territoires victimes de pollutions importantes, mais aussi des associations de consommateurs ou de protection de l'environnement et des professionnels du secteur de la gestion de l’eau, la mission a fondé ses conclusions sur un riche travail d'analyses de données ainsi que sur un benchmark international approfondi. Elle s'est ainsi attachée à formuler des constats contextualisés et des propositions réalistes et proportionnées.
Des pollutions historiques qui appellent de nouveaux investissements
Dans leur très grande majorité, les dépassements actuels des limites de qualité de l’eau potable proviennent de l’usage passé de substances polluantes désormais interdites. La réduction des émissions à la source et le renforcement de la protection des captages, qui demeurent indispensables pour protéger l’avenir, ne suffiront pas pour résoudre ces situations et rétablir à court-terme le respect des normes de qualité de l’eau potable. De nouvelles interconnexions et usines de traitements de l’eau vont devoir être construites pour faire face, notamment, à ces pollutions historiques.
La mission constate, cependant, la grande difficulté des collectivités pour engager les investissements nécessaires. Responsables de la qualité de l’eau, elles n’atteignent le plus souvent pas la taille critique pour mobiliser les financements nécessaires.
Une doctrine nationale pour anticiper, qualifier et intervenir
Anticipant l'accroissement des besoins en dépollution sous le double effet de l'accumulation des polluants et du durcissement du cadre réglementaire, la mission recommande de miser sur la complémentarité des leviers disponibles : réduction des émissions à la source, protection globale de la ressource en eau, sécurisation et reconquête des captages, mutualisations ou substitutions de ressource et traitements ciblés lorsque les situations le justifient.
La doctrine nationale d’anticipation, de qualification et d’intervention, conçue par la mission afin d’intervenir plus tôt et d’orienter les décisions des collectivités selon la nature des pollutions et la situation locale, vise à coordonner ces actions de façon plus efficace. Elle doit être accompagnée d'une aide renforcée des agences de l'eau aux collectivités en matière d'eau potable, d'une planification des investissements définie à l'échelle des bassins et d'une meilleure articulation entre politiques sanitaires et environnementales.
Quatre scénarios, des coût élevés et inévitables
Tirant les enseignements des premières évaluations des coûts réalisées en Europe et en France, le rapport propose quatre scenarios abordant la dépollution selon un périmètre croissant d'intervention.
Dans tous les cas, les coûts seront élevés avec un potentiel de surcoûts allant de 1,3 à 5,7 Mds€ 2026 par an pour financer la dépollution, et ce, d'autant plus qu'il faudra parallèlement renouveler de nombreuses installations et mettre à niveau les systèmes de gestion des eaux usées.
Financer la dépollution sans pénaliser les ménages fragiles
Le rapport propose en premier lieu de renforcer les leviers de financement fondés sur le principe pollueur-payeur (élargissement de la redevance PFAS et de la redevance pour pollution diffuse agricole, évolution de la fiscalité liée au grand cycle de l’eau), mais cela ne suffira pas. Il sera également nécessaire pour les collectivités de mutualiser les moyens pour faire face aux investissements et obtenir des prêts à long terme.
Une augmentation du prix de l'eau restera toutefois incontournable. Pour en amortir l'impact, la mission propose des dispositifs de solidarité territoriale ciblés vers les services les plus exposés ainsi que des mesures sociales d'accompagnement des ménages les plus vulnérables.
Agir en amont, sur les émissions à la source
Dans une approche complémentaire au plan interministériel sur les PFAS, aux politiques de transition agricole et aux mesures de sécurité alimentaire et de santé-environnement déjà engagés, par-delà la question de l’eau potable qui ne représente qu’une part limitée de l’exposome* humain, le rapport souligne la nécessité de réduire les émissions à la source des PFAS comme des pesticides.
Les initiatives européennes d’interdiction de production et d’usage de ces produits ou de limitation réglementaire des émissions doivent être soutenues autant que possible, de même que toutes les mesures de nature à prévenir la diffusion de ces substances dans l’environnement : recherche de substitution, réglementation de l’usage des produits sur certaines zones ou à proximité de populations sensibles, renforcement des technologies de filtration et destruction des rejets dans l’environnement tout au long de la chaîne de vie des produits.
Si cette transition imposera des coûts conséquents d’adaptation pour les acteurs économiques, il s’agit d’un investissement essentiel pour mieux protéger la santé des populations et l’environnement, ainsi que limiter les coûts futurs de dépollution, difficilement soutenables sans effort majeur de prévention dès à présent.
Notre remarque : Un texte tout aussi clair sur les responsables des pollutions et la nécessité de mesures préventives. Reste le financement et la très juste remarque de la nécessité de ne pas pénaliser les ménages fragiles. L'occasion nous est donnée de réfléchir au principe appliqué en France :"L'eau paient l'eau" qui fait payer au consommateur final tous les coûts de la gestion de l'eau.
Ce système n'a rien d'évident. Il existe des pays où l'eau pour les consommateurs individuels est un service public financé par les impôts locaux. Par exemple le Québec.
Comment payer l’eau domestique ? Par la taxe foncière.
"Pour facturer les services d’eau, on peut également opter pour une taxe, celle-ci peut être fixe ou modulée en fonction de certains critères qui sont généralement liés au type d’habitation (maison unifamiliale, immeuble à logements multiples, etc.).
La taxe fixe ne fait aucun sens puisqu’elle ne prend en compte ni le volume consommé, ni la capacité de payer.
La taxe modulée comme la taxe foncière est établie en fonction de l’évaluation de la résidence. Plus les résidences valent cher, plus la taxe est élevée. Ces résidences bénéficient généralement de terrains et d’équipements qui consomment beaucoup d’eau. Selon nous, la taxe foncière est la meilleure façon de tarifer l’eau.
Tarification équitable : OUI
La tarification par une taxe foncière, ou impôt foncier, permet de répartir les charges
en fonction de la capacité de payer des individus, en fonction du bénéfice reçu
(le branchement au réseau d’aqueduc et d’égout). De plus, elle est dans la plupart des cas proportionnelle à la consommation d’eau. En effet, le niveau de taxe foncière est généralement en fonction de la superficie du terrain, de la présence d’une piscine et de la superficie de la résidence (plus d’habitants), trois paramètres associés à une plus grande consommation d’eau. On parle alors d’équité horizontale, parce que les contribuables bénéficient également des mêmes avantages au même coût, et d’équité verticale combinée parce que les contribuables paient en fonction de leur capacité de payer.
Inclure le coût de l’eau dans une taxe foncière de cette nature, c’est en faire une taxe progressive et équitable. C’est d’ailleurs le mode de financement utilisé partout au Québec, à quelques exceptions près."
Au Québec, l'eau du robinet n'est toujours pas facturée aux consommateurs domestiques. Son coût de traitement et de gestion est inclus directement dans les taxes foncières municipales.
Alors, en France, compteurs ou pas compteurs ?
Chacun conviendra que des compteurs industriels pour faire payer l’eau qui génère des bénéfices à un juste prix est une excellente idée. En France où ces compteurs existent, il faudrait déjà obtenir que l’eau industrielle ne soit plus payée, pour l'essentiel, par le consommateur domestique. Les consommateurs industriels bénéficiant de façon générale de tarifs extrêmement bas.
L’eau domestique payée par la taxe ou l’impôt ? C’est certainement une des solutions pour conserver une gestion publique et surtout solidaire de l’eau.
Faut-il donc bannir les compteurs individuels ? La question se pose, en France, au moment où la loi impose le compteur individuel dans chaque appartement des immeubles collectifs.
Il est évident que l’objectif visé est une plus forte facturation et des gains supplémentaires pour les distributeurs en particulier en individualisant la part fixe (sans compter le bénéfice sur la pose et la gestion des compteurs). C’est pourquoi des associations s’opposent à cette mesure.
Cependant, un compteur installé, au libre choix de chacun, permet de contrôler sa consommation dans un simple objectif civique.
Le compteur ne doit pas être l’instrument d’une privatisation et d’une "marchandisation de l’eau" et la réflexion de nos amis québécois mérite qu’on s’y attarde.
L’eau paie l’eau ?
La réflexion de nos amis québécois doit nous amener à remettre en question ce qui est devenu un dogme de la gestion de l’eau en France, à savoir "L’eau paie l’eau".
C’est en vertu de ce dogme qu’il est impossible de financer une véritable politique sociale de l’eau par la contribution collective que constitue l’impôt.
C’est donc à un changement complet de notre conception de la gestion de l’eau que nous invitent nos amis du Québec au moment où nous vivons une véritable crise de l'eau.
Autre exemple.
"A Dublin, [.]l’eau n’est pas facturée aux individus ! Depuis le milieu du XIXe siècle, le choix politique a été de livrer gratuitement de l’eau à tous les citoyens, qui payent ce service via l’impôt municipal."(Thierry Ruff)
Qui aurait pu imaginer une si longue canicule associée à une sécheresse généralisée amenant à une crise de l'eau potable en Bretagne. Les scientifiques du GIEC ne sont pas surpris. Les associations écologistes qui se battent depuis des dizaines d'années pour la préservation de la ressource non plus. leur combat mérite d'être rappelé.
En Bretagne, plus de 135 captages d'eau potable ont été abandonnés ou fermés depuis 2010. Ces fermetures découlent principalement de la baisse de la qualité de l'eau brute, polluée par des taux trop élevés de nitrates, de pesticides ou plus récemment par des composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS). Maintenir ces captages et les protéger a été le combat permanent des associations écologistes. Cela leur a valu des agressions à répétition des pollueurs qui refusaient toute mesure de protection des captages et poussaient à leur fermeture.
Qui est responsable ?
Protection des captages et Guerre de l’eau en Bretagne :
Qui aurait pu imaginer une si longue canicule associée à une sécheresse généralisée amenant à une crise de l'eau potable en Bretagne. Les scientifiques du GIEC ne sont pas surpris. Les associations écologistes qui se battent depuis des dizaines d'années pour la préservation de la ressource non plus. leur combat mérite d'être rappelé.
En Bretagne, plus de 135 captages d'eau potable ont été abandonnés ou fermés depuis 2010. Ces fermetures découlent principalement de la baisse de la qualité de l'eau brute, polluée par des taux trop élevés de nitrates, de pesticides ou plus récemment par des composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS). Maintenir ces captages et les protéger a été le combat permanent des associations écologistes. Cela leur a valu des agressions à répétition des pollueurs qui refusaient toute mesure de protection des captages et poussaient à leur fermeture.
Pour échapper à l’amende européenne pour pollution de l’eau en Bretagne les ministres de l’agriculture et de l’environnement ont décidé de fermer un certain nombre de captages dont celui de l’Horn dans le Nord-Finistère. Où aller chercher l’eau ?
Chez le voisin de Landivisiau qui a abandonné ses propres captages pollués et qui pompe l’eau de l’Elorn à un endroit où elle est encore relativement propre.Celui-ci est prêt à leur en vendre les quantités nécessaires à condition de. pouvoir augmenter son prélèvement d’eau des 2/3. C’est à dire passer de 6000 mètres cubes par jour à 11000 mètres cubes par jour.
Encore une fois, les associations écologistes qui veulent le maintien et la protection des captages et refusent la marchandisation de l’eau, bien public, seront prises pour cibles.
Directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, membre du Haut Conseil pour le climat, longtemps coprésidente d’un groupe de travail du Giec, la climatologue est une pédagogue inlassable. Démonstration sous la coupole de l’Institut de France.
JusteJuste après la canicule de l’été 2022, Valérie Masson-Delmotte fut invitée à expliquer le changement climatique lors d’un séminaire gouvernemental, en présence du président de la République. Quatre ans plus tard, au sortir d’une nouvelle « fournaise », comme elle appelle ces épisodes de chaleur extrême, elle réitère dans ce numéro de « L’échappée » ce travail pédagogique à l’attention du plus large public, alors que n’a cessé de se creuser « un écart monumental entre l’urgence et l’action publique ».
Cette pédagogie est d’autant plus nécessaire dans une époque où la science doit faire face à de nouveaux obscurantismes dont Donald Trump est le porte-parole mondial, n’hésitant pas, dans son discours à l’ONU de septembre 2025, à nier le changement climatique, « une escroquerie » forgée par des « personnes stupides ». Un « scienticide », affirme Valérie Masson-Delmotte à propos d’un autre négationniste, le président argentin Javier Milei, qui qualifie les dérèglements climatiques de « mensonge socialiste ».
« C’est bien la solidité des travaux scientifiques permettant d’établir les relations de responsabilité entre émissions, réchauffement, fréquence et intensité d’événements extrêmes, et coût des dommages, qui est perçue comme la plus grande menace pour certains intérêts », écrit la climatologue en préface à un ouvrage collectif récemment paru au Seuil sur ce « moment orwellien », où une coalition de pétro-États, de multinationales et d’oligarques, relayés par les médias qu’ils contrôlent et manipulent, s’efforce de tuer la vérité.
Ils sont « le dos au mur, donc très dangereux », affirme Valérie Masson-Delmotte, faisant écho au propos du livre récent de Stefan C. Aykut et Amy Dahan, La Mutation climatique. La guerre de désinformation climatique et la croisade contre les institutions démocratiques et scientifiques s’expliquent, selon les deux auteurs, par le « double choc qu’ont subi les autocraties fossiles dans les années 2010 : d’un côté, les revendications démocratiques résonnant du Maïdan à la place Tahrir ; de l’autre, l’impératif de décarbonation émanant de la COP21 de Paris ». D’où ce « backlash [ou retour de bâton] démocratique et écologique », qu’il nous faut collectivement et résolument affronter.
C’est la raison d’être de cette rencontre. Sous la coupole parisienne de l’Institut de France, qui accueille les assemblées des cinq académies, dont l’Académie des sciences, Valérie Masson-Delmotte, qui en est membre depuis 2025, explique avec autant de clarté que de fermeté et de tranquillité les enjeux vitaux, aussi bien démocratiques que sociétaux, portés par nos réponses à un changement climatique dont l’activité humaine est la première responsable.
Cet entretien s’est tenu alors qu’avec ses collègues du Haut Conseil pour le climat, elle finalisait leur rapport annuel, qui est rendu public le 6 juillet.
Existe-t-il une région où les anciens mythes de l’eau aient laissé plus de traces qu’en Bretagne ? Chaque commune possède son ensemble de fontaines, chacune abritée par un édifice de granit, généralement dédiée à un saint ou à une sainte, souvent dotée de vertus magiques.
Cette pointe du continent européen a été régulièrement visitée. Plusieurs civilisations ont laissé des traces somptueuses sur son sol. Les plus visibles d’abord : les menhirs isolés ou dressés en alignements, les cairns aux chambres gravées de signes que seule l’imagination peut charger de sens.
Dans les labours proches, parfois, on découvre une pierre luisante au tranchant encore net, hache, herminette ou soc de charrue. Au siècle dernier cette trouvaille était jour de chance. La pierre, réputée pour être une « pierre de foudre », rendait son propriétaire maître de la pluie. Les marais, les tourbières, domaines de l’eau dormante et entrées supposées du pays des morts des mythologies celtiques, livrent d’autres témoignages. Les hommes de l’âge du bronze leur ont confié leurs épées, imités en cela par les premiers celtes. Ces cadeaux somptueux sont la marque de l’importance attribuée aux divinités qui habitaient ces lieux.
L’eau a porté les vaisseaux de pierre des « saints » chrétiens aux noms barbares venus, d’Irlande et du Pays de Galles, convertir les habitants de l’Armorique. Autour des sources, des rivières, des marais et des baies maritimes ils ont rencontré et combattu les vieux cultes druidiques. La littérature médiévale en a gardé le souvenir. Celui de Viviane éduquant Lancelot dans son palais de verre au fond du lac de Brocéliande ou encore de Merlin faisant pleuvoir à la fontaine de Barenton. Celui de Dahut, fuyant la ville d’Ys submergée et maudissant la foi nouvelle apportée par l’ermite Gwenole.
Le combat était inégal, le culte des sources a résisté à l’Evangile. Simplement s’est-on contenté de les placer sous la surveillance d’un saint ou d’une sainte dont le nom, heureux hasard, rappelait quelque consonance payenne. Christianisées, elles n’en ont pas moins gardé leur ancienne vertu magique.
Il y a moins de trente ans les vieux rites, assagis, avaient encore cours. Sans doute n’était-on pas certain que l’épingle jetée dans la fontaine allait décider du mariage espéré mais on avait encore le plaisir de se prêter au jeu. Il arrivait même encore qu’on recherche l’aide de la fontaine pour obtenir une guérison. Personne n’était vraiment dupe et cela n’empêchait pas de faire confiance au médecin et aux médicaments remboursés par la sécurité sociale mais, sans doute, le geste théâtral gardait-il sa vertu apaisante.
Au moins l’eau des fontaines y gagnait-elle le respect. Si elle n’était plus guérisseuse elle restait nourricière. Régulièrement récurée, protégée des feuilles mortes et des animaux, la fontaine était le lieu où l’on savait pouvoir s’abreuver sans trop de risques. Bien commun, elle était placée sous la sauvegarde de chacun. Ses plus sévères gardiens étaient les habitants des campagnes contraints souvent d’éduquer les citadins dont les enfants auraient facilement transformé les sources en pataugeoires.
Est-il si lointain le temps où Bachelard pouvait témoigner de cette conscience du paysan face à ces « Attila des sources » qui trouvaient une joie sadique à en remuer la vase après y avoir bu :
« Mieux que tout autre, l’homme des champs connaît le prix d’une eau pure parce qu’il sait que c’est une pureté en danger » ( L’Eau et les Rêves, 1942).
L’incompréhension est donc totale, comment les héritiers de cette tradition, pour ne pas dire de ce culte, de l’eau sont-ils devenus ses premiers ennemis ?
Mortes fontaines
Cela a commencé avec le remembrement. Les talus arasés ont parfois servi à combler chemins et zones humides. Si une source se trouvait dans le passage elle pouvait disparaître sous plusieurs épaisseurs de terre. Puis sont venus les drainages. Pour gagner quelques hectares de maïs, de vastes espaces ont été asséchés. Des fontaines autrefois généreuses n’ont plus laissé filtrer qu’un mince filet d’eau. Les engrais, les pesticides et les lisiers ont achevé le travail. Peut-on encore reconnaître des sources dans ces eaux stagnantes envahies par les mousses et les algues pourrissantes ?
Un panneau près de la prestigieuse fontaine de Saint-Anne la Palud, lieu majeur des cultes bretons, avertit le touriste ou le pèlerin : eau non potable. La vieille mythologie celto-chrétienne n’avait prévu aucun saint pour protéger des nitrates et des pesticides ! Bientôt les fontaines disparaissent sous les ronces. Pourquoi entretenir ce qui ne sert plus à rien. Parfois on en démonte la niche qui va servir de décor dérisoire sur la pelouse d’une résidence secondaire ou d’une place municipale. Des associations se sont créées pour préserver ce patrimoine mais la tâche est gigantesque. A quoi bon d’ailleurs sauver les pierres, une fontaine c’est d’abord de l’eau pure.
Douleurs secrètes.
L’abandon ne s’est pas fait sans regrets. Sur les marchés où ils proposaient leurs services, les militants de « Analyses et Environnement » recueillaient les confidences. Cette source par exemple, aujourd’hui polluée, faisait jadis la fierté de son hameau.
« On ne l’avait jamais vue se tarir, été comme hiver son débit avait la même abondance. Ce n’était pas de l’eau ordinaire, c’était de « l’eau de roche ». On venait de loin pour s’y approvisionner, on ne trouvait pas mieux pour le café et le « Kig ha Farz », (le fameux pot-au-feu dans lequel cuit le far en sac du Léon). Même quand « l’eau d’usine » est arrivée au robinet, les gens ont continué à venir, surtout quand il y avait de la maladie dans le quartier. »
Le croira-t-on ? la personne qui tenait ces propos avait les larmes aux yeux.
Sur un ton moins dramatique ce breton expatrié avait la nostalgie de l’eau puisée à la fontaine de la ferme familiale :
« C’était notre premier geste pour reprendre pieds au pays : boire un grand coup d’eau fraîche de la source où ma mère, et sa mère avant elle, allaient remplir leur seau. »
Ce faisant, il renouait avec une tradition ancienne : dans certaines régions de Bretagne, le fermier qui prenait possession d’une ferme scellait cette nouvelle alliance en buvant l’eau du puits qui trônait au milieu de la cour. Le puits, autant que le foyer était au centre de la vie des hommes et des animaux. La richesse et la fierté de son propriétaire pouvaient d’ailleurs y trouver un lieu où s’exposer : les puits sont souvent de superbes monuments. Ils le demeurent même quand ils n’abritent plus qu’une eau putride.
Beaucoup pourtant ne renoncent pas au rituel de la source. Certains qui ont un pied-à-terre ou de la famille dans les Monts d’Arrée, ou dans quelque autre lieu du Centre-Bretagne reviennent à la fin du week-end avec la provision d’eau pour la semaine.
Parfois telle source d’une zone polluée a gardé bonne réputation, on y rencontre des queues de personnes armées de bouteilles et de Jerricans. Certains viennent de très loin pour faire leur provision d’eau pure, une distance de cinquante kilomètres ne fait pas peur. Le comportement n’est pas très « écologique », l’eau consommée a coûté cher en essence brûlée et sa conservation pendant une semaine n’est pas garantie mais cette eau puisée à la source est un des derniers vrai contact avec la nature.
Il arrive pourtant souvent qu’une rapide analyse révèle un taux de nitrates déjà élevé. La mise en garde, même si elle est indispensable, vient briser un rêve et le porteur de la mauvaise nouvelle fait souvent office de bouc émissaire. Parfois aussi l’analyse fait découvrir une source miraculeusement épargnée. A l’orée d’un bois près de Landerneau, un agriculteur connaissait l’existence dans l’un de ses champs d’une source d’excellente qualité. Prenant sa retraite il décida d’offrir à ses concitoyens la possibilité de s’y approvisionner et aménagea en bord de route un espace pour le stationnement de une ou deux voitures. Le succès devait dépasser ses espérances, en semaine ou en week-end le défilé était continu. On y venait pour la cuisine, pour la boisson mais aussi pour l’eau des poissons rouges. Le lieu était mal adapté à une telle affluence, l’agriculteur a dû reconstruire une clôture au grand dépit des habitués.
Retour aux vieux mythes ?
Certains voudront voir dans ces comportements une nostalgie archaïque, voire même une fuite dans l’irrationnel et un retour aux vieux mythes.
Mais que proposent-ils ? Devons nous bannir tout rapport direct entre les hommes et leur milieu naturel ? Apprendre à nos enfants que la nature est définitivement dangereuse, que l’eau de cette fontaine peut au mieux leur servir à laver leur voiture, que ce fruit cueilli sur l’arbre garde les traces du dernier traitement, que ce coquillage ramassé à la plage est gavé de pesticides et empoisonné par les algues vénéneuses, que les mûres sur ce roncier apporteront dans les confitures les produits de traitement des maïs voisins, que ces champignons, ce thym, ont concentré les retombées radioactives des derniers Tchernobyl de la planète ?
Faut-il leur laisser croire que seul mérite la confiance ce qui est manufacturé, aseptisé, génétiquement manipulé, emballé, étiqueté et que les épisodes de la « vache folle » ou des poulets à la dioxine et aux boues de stations d’épuration ne sont que de banals accidents collatéraux de la guerre alimentaire menée par les multinationales.
Le mythe le plus dangereux n’est-il pas au contraire celui d’un monde totalement soumis à la technique. Les « sorciers » aujourd’hui ont des laboratoires. Ils manipulent molécules et gènes et acceptent le risque d’introduire dans la nature des mutations incontrôlables. Déjà ils donnent la vie à des êtres qu’aucune évolution n’a sélectionnés. On craint le maïs transgénique, il peut y avoir pire :
« Il est probable qu’on produit déjà en Thaïlande, en Israël, des dorades ou des saumons auxquels un gène de croissance prélevé sur le porc ou le bœuf permet d’atteindre des poids de plusieurs dizaines de kilos. Même la frontière entre espèces végétales et animales est crevée. Pour renforcer leur résistance au froid hivernal, on a fourni à des tomates des gènes de Flet, un poisson capable de synthétiser une forme d’antigel. Certaines pommes de terre contiennent maintenant des gènes de poulet. Des gènes de... luciole ont été introduits dans des variétés de maïs. Vous voulez pire ? Des chercheurs américains ont inséré dans le code génétique d’embryons de porc...le gène de l’hormone de croissance de l’homme ! Les animaux étaient monstrueux, velus, arthritiques et atteints de strabisme. » (Michel Treguer, Le Télégramme 4 Aout 1998) .
Aux apprentis sorciers qui veulent faire de la nature entière leur laboratoire, aux industriels guidés par la seule recherche du profit, il est important d’opposer des convictions simples.
Comme celle, par exemple, qu’il faut respecter l’eau.
:
Comme l'art ou la littérature,les sciences sont un élément à part entière de la culture humaine. Leur histoire nous éclaire sur le monde contemporain à un moment où les techniques qui en sont issues semblent échapper à la maîtrise humaine.
La connaissance de son histoire est aussi la meilleure des façons d'inviter une nouvelle génération à s'engager dans l'aventure de la recherche scientifique.