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8 septembre 2023 5 08 /09 /septembre /2023 14:30

 

 

Dans le recueil des Mémoires de l’Académie des sciences pour l’année 1783, paraît un article de Lavoisier qui, lors de sa lecture publique, fait l’effet d’une bombe dans le monde confortablement installé des phlogisticiens.


Son mémoire est présenté comme une suite de la théorie de la combustion et de la calcination qu’il avait publiée en 1777 et dans laquelle il avait introduit la notion de « principe oxygine ». « Ce principe une fois admis, écrit-il, les principales difficultés de la chimie ont paru s’évanouir et se dissiper, et tous les phénomènes se sont expliqués avec une étonnante simplicité. »


Le phlogistique : « une erreur funeste »

 
Pour autant, la théorie du phlogistique, inspirée de Stahl, est encore dominante. Il importe donc d’en faire une critique serrée qui ne laisse plus aucune porte de sortie aux adversaires. Dès l’introduction, le ton est donné :

 

« Si tout s’explique en chimie d’une manière satisfaisante sans le secours du phlogistique, il est par cela seul infiniment probable que ce principe n’existe pas ; que c’est un être hypothétique, une supposition gratuite ; et, en effet, il est dans les principes d’une bonne logique de ne point multiplier les êtres sans nécessité. Peut-être aurais-je pu m’en tenir à ces preuves négatives, et me contenter d’avoir prouvé qu’on rend mieux compte des phénomènes sans phlogistique qu’avec le phlogistique ; mais il est temps que je m’explique d’une manière plus précise et plus formelle sur une opinion que je regarde comme une erreur funeste à la chimie, et qui me paraît en avoir retardé considérablement les progrès par la mauvaise manière de philosopher qu’elle y a introduite. Je prie mes lecteurs, en commençant ce mémoire, de se dépouiller, autant qu’il sera possible, de tout préjugé ; de ne voir dans les faits que ce qu’ils présentent, d’en bannir tout ce que le raisonnement y a supposé, de se transporter aux temps antérieurs à Stahl, et d’oublier pour un moment, s’il est possible, que sa théorie a existé. »


Si Lavoisier reconnaît à Stahl le mérite d’avoir montré, d’une part, que la calcination des métaux est une véritable combustion, et, d’autre part, que le charbon est nécessaire à la réduction des chaux métalliques en métaux, son mérite s’arrête là : « Si Stahl se fût borné à cette simple observation, son système ne lui aurait pas mérité sans doute la gloire de devenir un des patriarches de la chimie, et de faire une sorte de révolution dans la science. »


Aussi s’attaque-t-il non pas à Stahl, mais aux développements qu’ont donnés, à la théorie, les principaux chimistes européens. C’est d’abord à ses compatriotes Macquer et Baumé qu’il réserve ses critiques en démontant point par point leur argumentation. Et en guise de conclusion :

 

« Toutes ces réflexions confirment ce que j’ai avancé, ce que j’avais pour objet de prouver, ce que je vais répéter encore, que les chimistes ont fait du phlogistique un principe vague qui n’est point rigoureusement défini, et qui, par conséquent, s’adapte à toutes les explications dans lesquelles on veut le faire entrer ; tantôt ce principe est pesant, et tantôt il ne l’est pas ; tantôt il est le feu libre, tantôt il est le feu combiné avec l’élément terreux ; tantôt il passe à travers les pores des vaisseaux, tantôt ils sont impénétrables pour lui ; il explique à la fois la causticité et la non- causticité, la diaphanéité et l’opacité, les couleurs et l’absence des couleurs. C’est un véritable Protée qui change de forme à chaque instant. »

 

Reste maintenant à étayer la théorie adverse, celle du principe oxygine. Sans doute Lavoisier estime-t-il l’avoir suffisamment fait dans son mémoire de 1777 auquel il invite à se reporter, car il n’apporte aucun développement supplémentaire. La nouveauté de ce mémoire, daté de  1783, consiste en une réflexion « sur la nature de la chaleur et sur les effets généraux qu’elle produit ».


Le phlogistique n’existe pas, mais la chaleur si. Laplace et Lavoisier l’ont mesurée.

 

Après avoir prouvé que le phlogistique, matière du feu, n’est qu’une hypothèse inutile et même dangereuse, reste à expliquer la chaleur qui, elle, existe et s’observe à chaque moment de l’activité d’un chimiste. Impossible de ne pas en parler si on veut répondre à toutes les objections que fait naître la mort du phlogistique.À l’image du « fluide  électrique », Lavoisier imagine qu’il existe un « fluide igné » et qui serait la matière de la chaleur. Plus précisément, il distingue deux types de chaleurs. L’une, la « chaleur libre »,  est celle qui circule naturellement d’un corps chaud vers un corps froid en élevant la température de l’un et en abaissant celle de l’autre. La seconde, la « chaleur combinée », est celle qui, par exemple, va faire fondre la glace sans que sa température ne varie.

 

Le lien entre les deux ?

 

« La chaleur qui disparaît au moment où la glace se convertit en eau, est de la chaleur qui passe de l’état libre à l’état combiné ; cette quantité de chaleur est constante et déterminée. On a observé, en effet, que, pour fondre une livre de glace, il fallait une livre d’eau à 60 degrés d’un thermomètre à mercure divisé en quatre-vingts parties : il n’existe plus de glace quelques instants après ce mélange, et toute l’eau est exactement à zéro du thermomètre. Il est clair que, dans cette expérience, la quantité de chaleur nécessaire pour élever une livre d’eau, de zéro du thermomètre à 60 degrés, a été employée à fondre une livre de glace, ou, en d’autres termes, que cette chaleur a passé de l’état libre à l’état combiné. »

 

La fusion de la glace est donc un bon moyen de mesurer une quantité de chaleur, le thermomètre n’étant, lui, qu’un moyen de repérer une température. De là, un dispositif imaginé par Laplace :

 

« Lorsque le thermomètre monte, c’est une preuve qu’il y a un écoulement de chaleur libre qui se répand dans les corps environnants : le thermomètre, qui est au nombre de ces corps, en prend sa part en raison de sa masse et de la capacité qu’il a lui-même pour contenir la chaleur. Le changement du thermomètre n’annonce donc qu’un déplacement de la matière de la chaleur ; il n’indique tout au plus que la portion qu’il en a prise ; mais il ne mesure pas la quantité totale qui a été dégagée, déplacée ou absorbée.


Nous n’avons encore de moyen exact pour remplir cet objet que celui imaginé par M. de Laplace. (Voy. Mém. de l’Acad., 1780, page 364.) Il consiste à placer le corps et la combinaison d’où se dégage la chaleur au milieu d’une sphère creuse de glace : la quantité de glace fondue est une mesure exacte de la quantité de chaleur qui s’est dégagée. »

 

Le mémoire de 1780, cité ici, est un véritable cours de calorimétrie qui pourrait valoir à Laplace et Lavoisier le titre de fondateurs de cette discipline. Les travaux de leurs contemporains y sont rappelés, mais leur apport est déterminant. Des termes, encore utilisés, y sont définis : capacité de chaleur (aujourd’hui « capacité calorifique »), chaleur spécifique. Une unité de mesure est même proposée :

 

« Si l’on suppose deux corps égaux en masse, et réduits à la même tempé- rature, la quantité de chaleur nécessaire pour élever d’un degré leur température peut n’être pas la même pour ces deux corps ; et, si l’on prend pour unité celle qui peut élever d’un degré la température d’une livre d’eau commune, on conçoit facilement que toutes les autres quantités de chaleur, relatives aux différents corps, peuvent être exprimées en parties de cette unité. »

 

La chaleur spécifique de l’eau sera donc prise comme unité. C’est de cette façon que sera définie, au début du xixe siècle, la « grande » calorie, qui est la quantité de chaleur nécessaire pour élever de 1 °C la température de 1 kg d’eau, ou la « petite » calorie, qui élève la température de 1 g d’eau de 1 °C.

 

Après l’unité, l’appareil de mesure. Lavoisier lui donne le nom de « calorimètre » tout en s’excusant d’avoir ainsi réuni « deux dénominations, l’une dérivée du latin, l’autre dérivée du grec », se justifiant par le fait que « en matière de science on pouvait se permettre moins de pureté dans le langage, pour obtenir plus de clarté dans les idées ». Il est vrai que le mot de « thermomètre », issu du seul grec, était déjà pris.

 

 

Le calorimètre est dérivé de l’idée de la sphère de glace creuse. Une enceinte extérieure est remplie de glace. Elle sert de couche isolante constamment maintenue à zéro degré de température.

 

À l’intérieur, un volume lui-même rempli de glace comporte, en son centre, un espace grillagé pour contenir le corps qui apporte de la chaleur. Celle-ci sera mesurée par le volume de glace fondue.

 

Au préalable, les expérimentateurs auront déterminé la chaleur latente de fusion de la glace, c’est-à-dire la quantité de chaleur nécessaire pour faire fondre une masse donnée de glace : « La chaleur nécessaire pour fondre la glace est égale aux trois quarts de celle qui peut élever le même poids d’eau de la température de la glace fondante à celle de l’eau bouillante. » Nous laisserons, encore une fois, aux apprentis physiciens qui le souhaiteraient, le soin de vérifier que cette valeur est proche de nos mesures contemporaines.

 

Dans ce premier mémoire, ce sont ainsi onze chaleurs spécifiquesqui sont mesurées, en  prenant pour valeur unité celle de l’eau. Dans le traité qu’il publie en 1789, Lavoisier indique qu’il attend un tableau plus complet pour le publier, car, dit-il, « nous ne le perdons pas de vue & il n’y a point d’hiver que nous ne nous en soyons plus ou moins occupés ». C’est dire l’intérêt de Lavoisier pour cette nouvelle discipline. Mais il est vrai que les hivers qui suivront celui de 1789 lui seront certainement moins propres à de telles occupations. La liste s’arrêtera donc là.

 

Nous n’en dirons pas plus sur ces avancées vers le concept de « chaleur » (une théorie cinétique de la chaleur est même évoquée). Pour en rester à la chimie, il est important de noter que les réflexions de Lavoisier sur la chaleur seront à l’origine d’une clarification de la notion d’« état de la matière ».

 

La matière dans ses trois états.

 

Quel est l’effet physique de la chaleur sur les corps ? « Lorsqu’on échauffe un corps quelconque, solide ou fluide, écrit Lavoisier, ce corps augmente de dimension dans tous les sens, il occupe un volume de plus en plus grand ; si la cause échauffante cesse, à mesure que le corps se refroidit, il repasse par les mêmes degrés d’extension qu’il a parcourus ; enfin, si on le ramène au même degré de température qu’il avait dans le premier instant, il reprend sensiblement le même volume qu’il avait d’abord. »

 

Explication ? Le fluide igné aurait une propriété répulsive (n’oublions pas que la répulsion est aussi l’une des propriétés de ce fluidenouvellement étudié qu’est  l’électricité). Chauffer un corps, ce serait y faire entrer du fluide igné avec pour effet d’écarter ses molécules constitutives et donc de provoquer une dilatation. À l’inverse, le refroidissement s’accompagnerait d’une sortie du fluide, donc du rapprochement des molécules. Cette hypothèse est à même d’expliquer bien des phénomènes. En particulier, le passage du solide au liquide puis au gaz.

 

La distinction visible entre un solide, un liquide, un gaz, était certainement l’une des origines de la théorie des quatre éléments, la terre, l’eau et l’air étant des modèles parfaits de chacun de ces états. Lavoisier introduit une théorie du « changement d’état » qui participe à la ruine de cette ancienne doctrine.

 

Constater que l’eau qui devient de la glace est encore de l’eau et qu’elle le demeure quand elle devient vapeur est déjà une chose. Généraliser le phénomène à tous les corps est une autre étape que Lavoisier n’hésite pas à franchir. Imaginons, dira-t-il dans son Traité élémentaire de chimie publié en 1789, que la Terre se trouve tout à coup placée dans des régions très froides : « L’eau qui forme aujourd’hui nos fleuves et nos mers, et probablement le plus grand nombre des fluides que nous connaissons, se transformerait en montagnes solides, en rochers très durs. » L’air même et les substances aériformes qui le composent se présenteraient sous forme « de nouveaux liquides dont nous n’avons aucune idée ».

 

Penser que l’air puisse devenir liquide, et même solide, si on le refroidit encore plus, tout en restant de l’air, nécessite une sérieuse argumentation.

 

Qu’est-ce qu’un solide ? Lavoisier l’imagine formé de molécules qui, à la température ambiante, ne se touchent pas. En effet, quand le corps se refroidit, il se contracte sous l’effet du départ d’une partie du fluide igné accumulé entre ses molécules. Il faudrait donc un froid excessivement vif pour que les molécules se touchent. Mais alors, comment expliquer la cohésion d’un solide et son passage aux autres états ? La théorie de l’attraction gravitationnelle de Newton est mise à contribution :

 

« Tous les corps de la nature obéissent à deux forces : le fluide igné, la matière du feu, qui tend continuellement à en écarter les molécules, et l’attraction, qui contrebalance cette force. Tant que la dernière de ces forces, l’attraction, est victorieuse, le corps
demeure dans l’état solide ; ces deux forces sont-elles dans un état d’équilibre, le corps devient liquide ; enfin, lorsque la force expansive de la chaleur l’emporte, le corps prend l’état aériforme. »Plus tard, en particulier dans son Traité élémentaire de chimie publié en 1789, Lavoisier appellera « calorique » ce fluide igné et exposera avec précision cette théorie des trois états :

 

« Presque tous les corps de la Nature sont susceptibles d’exister dans trois états différents : dans l’état de solidité, dans l’état de liquidité, & dans l’état aériforme… Ces trois états d’un même corps dépendent de la quantité de calorique qui lui est combinée.»

 

Plus précisément, ajoute Lavoisier :

 

« Je désignerai dorénavant ces fluides aériformes sous le nom générique de gaz. »

 

Enfin, les gaz sont nés !

 

Les « trois états de la matière » – solide, liquide, gazeux – sont aujourd’hui enseignés dès les premières classes de l’école primaire. Il nous est difficile d’imaginer un temps où cela ne constituait pas une évidence. Pourtant, cette « évidence » n’a commencé qu’avec Lavoisier.

 

L’eau est la plus belle illustration de ces trois états. La température de la Terre est telle qu’elle y existe à la fois comme glace, comme liquide et comme vapeur. Parmi les « quatre éléments » de philosophes elle est la seule à avoir cette évidente propriété. Elle est aussi la dernière à être encore considérée comme un « principe ». Mais l’est-elle vraiment ? Il appartiendra à nouveau à Lavoisier de prouver qu’elle est un corps composé.

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6 août 2023 7 06 /08 /août /2023 08:36

Dans les campagnes, on se souvient du remembrement comme d’un épisode traumatique. À partir des années 1950, l’Etat français est passé outre la propriété privée pour redessiner et redistribuer les terres agricoles. Deux témoins racontent à hauteur d'enfant ce bouleversement qui les hante encore.

 

Photographie extraire du diaporama de Nicole et Félix le Garrec

Ecouter sur France Culture

 

La loi qui encadre le remembrement a permis à l’Etat français, à partir des années 50, de passer outre la propriété privée pour redessiner, remodeler, redistribuer les terres agricoles. L’objectif étant qu’elles soient plus grandes et cultivables par des tracteurs. À ce jour, aucun livre d’histoire ou de géographie critique n’a été produit sur le remembrement.

 

Jacqueline Le Goff est née en 1953 au Drennec, un village situé à vingt kilomètres de Brest. Fille d’un boulanger et d’une mère au foyer, elle vivait dans une petite ferme et passait son temps dans la nature.

 

“C'était un labyrinthe de petits chemins. On allait chercher des mûres, des châtaignes. C'était un terrain de jeu magnifique. Il y avait des bois, il y avait des clairières, des champs entourés de talus. Les talus sont des constructions humaines qui partagent les terrains, faites pour protéger les champs de l'érosion et aussi pour permettre à la faune et à la flore de se développer. Sur ces monticules de terre, il y avait des arbres.”

 

Alors qu’elle a neuf ans, elle voit sur la colline face à leur ferme des bulldozers détruire ces talus et ces arbres.

 

“C'était un remembrement, un démembrement. C'était le chaos. C'était un saccage qui m'a beaucoup marqué. C'étaient des choses que les hommes avant nous avaient fait patiemment, qu'on a détruit avec tellement de facilité.” Jacqueline

 

“Dès qu'on détruit le paysage, c'est une blessure qui s'ouvre.” Jacqueline.
 

 

Fils d’agriculteurs, Pierre Parvy est né en 1954 et a grandi dans le Limousin. Au début des années 1960, Pierre voit les tracteurs, dans les fermes alentours, remplacer les vaches qui tractaient les outils agricoles.

 

“Quand j'étais gamin, il fallait garder les vaches. Il n'y avait pas de clôtures électriques, automatiques. Donc on partait le matin avec le casse-croûte de la journée et on allait partager la journée avec les vaches. On retrouvait les autres gosses du village et on passait la journée ensemble. C'était vraiment le paradis.” Pierre

 

Avec l’arrivée des bulldozers, Pierre voit s’empiler les arbres coupés et les talus être détruits. Face à ce qui est vécu comme des actes d’une grande violence, des paysans s’allongent devant ces engins, d’autres, ayant perdu leurs terres, tentent de se suicider.

 

“Les paysans membres de la commission de remembrement étaient perçus par les autres comme des traîtres, comme ceux qui les abandonnaient.” Pierre

 

“La modification de la biodiversité a été considérable. Avant le remembrement, il y avait une vie, il y avait des oiseaux, il y avait des rongeurs, il y avait des insectes. Et là, après le passage des bulldozers, il n'y avait plus rien.” Pierre

 

“Mon père disait que le remembrement allait améliorer la vie du paysan. Cinquante ans après, quelle est la vie du paysan ? Dans mon petit village de cinquante habitants avec ses sept familles de paysans, aujourd'hui il n’y a plus qu'un seul paysan.” Pierre
 

Merci à Jacqueline Le Goff, Pierre Parvy, Yveline, Morgan Large, Valentin Lacambre, Léandre Mandard et Alice Sternberg.

    Reportage : Inès Léraud
    Réalisation : David Jacubowiez
    Mixage : Marie-Claire Oumabady

 

Lire également :

 


Projection du diaporama « Le Remembrement » de Félix et Nicole Le Garrec à Trébrivan. 29 septembre 2023.

 

L’association Les Amis de Nicole et Félix Le Garrec organise ce samedi 30 septembre, à 14 h 30, à la salle polyvalente de Trébrivan, une projection du diaporama sonore Le Remembrement, en présence des deux réalisateurs.
Ces photos et témoignages ont été réalisés en 1973 et 1974 à Trébrivan. À l’époque, la commune se déchire sur l’épineuse question du « remembrement », ce redécoupage des terres agricoles, dicté par le ministère de l’Agriculture pour augmenter les capacités de production du pays.

 

« Nicole et Félix Le Garrec se sont rendus à de multiples reprises en centre Bretagne, notamment à Trébrivan et Plonévez-du-Faou, et ont réalisé leur premier diaporama pour donner la parole à celles et ceux qui se mobilisaient contre le remembrement », explique Erwan Moalic, le président de l’association. « Par des manifestations, celle où les contestataires envahirent le conseil municipal de Plonévez-du-Faou et, celle, le 8 mai 1974, où ils obstruèrent l’accès à la mairie de Trébrivan pour tenter de bloquer une enquête d’utilité publique sur le remembrement », poursuit-il. Félix et Nicole Le Garrec se feront par la suite connaître avec leur film Plogoff, des pierres contre des fusils, sorti en 1980, tourné en plein cœur des événements qui secouèrent le cap Sizun, pressenti alors pour abriter une centrale nucléaire.

 

Un diaporama qui refait surface

 

Le diaporama sonore Le Remembrement a été acquis par le musée de Bretagne, à l’initiative de son premier directeur, Jean-Yves Veillard en 1976, principalement dans le but de le diffuser dans la salle contemporaine du musée, ouverte en 1975. À l’automne 2022, le musée retrouve dans ses collections ce diaporama et lance sa restauration et sa numérisation par les sociétés carhaisiennes Carrément à l’Ouest et Chuuttt Atelier sonore.

 

Quid, cinquante ans plus tard des vieilles rancunes, à Trébrivan, autour du remembrement ? « Loin de nous le désir de raviver des tensions, nous cherchons simplement à faire connaître cette page particulière de l’histoire de Trébrivan et espérons pour se faire, une participation importante de la population », explique le maire, Fabrice Even. « Cela permettra aux jeunes générations et aux nouveaux habitants, de découvrir et de comprendre cette période tumultueuse de l’histoire trébrivanaise. »

 

Sur tébéo :

 

https://www.tebeo.bzh/video/trebrivan-projection-dun-diaporama-de-felix-et-nicole-le-garrec-sur-le-remembrement-en-bretagne/

 

 

Sur le site de Félix et Nicole le Garrec.

 

Nous sommes en 1972, en plein remembrement. Le problème prend une acuité particulière dans un pays de bocage comme la Bretagne massivement agricole et en particulier à Trébrivan.

 

 

 

Extrait de S-eau-S, l'eau en danger. (Golias, 2000)

 

 Reconstruire les paysages

 

Décembre 1992, dans un champ au dessus de la rivière Elorn une trentaine de personnes s’occupent à reconstruire un talus à l’ancienne dans un champ travaillé par Goulven Thomin, agriculteur bio.

 

Le maître d’œuvre, Mikael Madec, est bien connu en Bretagne comme le collecteur assidu des gestes et des mots de la vie traditionnelle. Auteur d’un livre en breton sur la construction des talus, il a su mettre la main à la pâte et retrouver les méthodes anciennes. Sous sa direction donc, une équipe découpe les mottes, une autre les véhicule avec précaution, la troisième se livre au délicat travail de l’assemblage. En trois heures, malgré la pluie fine, une centaine de mètres d’un beau talus arrondi est monté.

 

Il ne reste plus qu’à s’attabler devant le solide casse - croûte qui est de tradition quand Goulven invite ses amis à un « grand chantier ».

 

 

Naturellement l’opération est symbolique. Cette parcelle avait jadis été remembrée de force. Son propriétaire, Jean Tanguy, s’était placé devant les engins venus araser ses talus, il avait fallu faire intervenir la gendarmerie.

 

Il s’agissait donc de rappeler à tous ceux qui semblaient les avoir oubliées, les multiples fonctions des talus : remparts contre les vents dominants, barrières contre le ruissellement, pièges pour les nitrates et les pesticides, refuges pour les plantes et les animaux « sauvages », facteurs d’équilibre biologiques.

 

Bien sûr, 100m de talus reconstruits n’allaient pas inverser à eux seuls la tendance. Les bulldozers du remembrement en avait détruit 200 000 km !

 

Sur la parcelle voisine, pour parfaire la démonstration, un tracto-pelle travaillait lui aussi à remonter un talus. Chacun pouvait apprécier la meilleure qualité esthétique du talus « fait main » mais reconnaissait cependant que le travail mécanique faisait quand même moins mal aux reins. Il ne s’agissait pas de « retourner à la marine à voile », comme le faisait remarquer Jean-Yves Kermarrec, un des pionniers de la lutte pour la protection de l’environnement dans le secteur. Les nouveaux paysans ont une vision très « nouvelle » de la vie. L’informatique, internet, ne leur font pas peur, pas plus que le tracteur, quand il est manié de façon conviviale. Ce qu’un engin a démoli, un autre engin peut le reconstruire !

 

Reste à espérer que la course engagée entre ceux qui redressent les talus et ceux qui les détruisent tournera à l’avantage des premiers.

 

 

 

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4 août 2023 5 04 /08 /août /2023 20:09

Le physicien polonais, Joseph Rotblat, quitta la prestigieuse équipe de scientifiques du Manhattan Project et se consacra toute sa vie à la lutte contre les armes nucléaires, en organisant notamment les conférences Pugwash pour encourager les scientifiques à se recontrer et à réfléchir au rôle de la science dans la société.. Portrait d'un homme de bien qui s'engagea dans l'Histoire à contre-courant, prix Nobel de la paix en 1995.

 

 

Voir le film qui lui est consacré.

 

https://www.arte.tv/fr/videos/114626-000-A/un-physicien-contre-les-armes-nucleaires/

 

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1 août 2023 2 01 /08 /août /2023 18:22

Installée pour quelques mois dans un hameau en Centre-Bretagne, la journaliste Inès Léraud découvre d'histoires en histoires, une Bretagne bien énigmatique...

Le journal Breton d'Inès Léraud est une série en deux saisons, un journal un peu intime, une enquête qui nous plonge dans l'univers de l'agroalimentaire breton, au milieu des algues vertes, des poulaillers et des abattoirs dans une région qui est la première région agroalimentaire de France. En Bretagne, 1 salarié sur 3 travaille dans l’agroalimentaire.

Installée au cœur de la Bretagne pour plusieurs mois, Inès voit de ses propres yeux les effets sur l'écologie, les animaux et le vivant du système agroalimentaire Breton. Une enquête qui mènera à la bande dessinée "Algues vertes, l'histoire interdite" (Delcourt) en 2019, par la journaliste elle-même et Pierre Van Hove, et puis à un film de Pierre Jolivet en 2023 : "Les Algues vertes".

Après la saison 1, vous pouvez écouter la suite de l'enquête d'Inès Léraud : Journal Breton - saison 2.

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1 août 2023 2 01 /08 /août /2023 12:40

En 1976, René Jentet part aux Antilles pour y réaliser un documentaire sonore... Avant que l'éruption du volcan de la Soufrière ne modifie substantiellement ce projet. Douze émissions pour une monographie de la Guadeloupe et de la Martinique avant et pendant un événement qui marque une génération.

 

 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-carnets-d-un-voyage-aux-antilles

 

16 degrés nord, 61 degrés 42 ouest : Karukera
14 degrés 36 nord, 61 degrés 5 ouest : Madinina


C’est par cette évocation des îles antillaises de la Guadeloupe et de la Martinique qui tient autant de la géographie que de la poésie, que débute chacun des volets des "Carnets d’un voyage aux Antilles", proposés par René Jentet.

 

Cette série en douze volets a été réalisée en 1976. Elle avait été pensée à l’origine comme une monographie très complète de ces îles françaises… Avant qu’un événement inattendu ne vienne chambouler ce programme radiophonique prévu de longue date. Cet événement, c’est l’entrée en éruption du volcan de la Soufrière, à la Guadeloupe, qui mobilise pouvoirs publics et scientifiques pendant plusieurs mois. Par précaution on décide même de l’évacuation de la population de Basse-Terre : plus de 70 000 personnes doivent quitter leur domicile dans la précipitation. La sécurité est à ce prix. Dans les Antilles on garde la terrible mémoire de la destruction totale de la ville de Saint-Pierre, à la Martinique, en 1902 : 30 000 personnes tuées par une nuée ardente créée par l’éruption de la montagne Pelée. On évacue donc la population… Mais l’éruption qui se déroule est mineure et ne présente qu’un danger très faible. Avec le recul des interrogations apparaissent : l’évacuation était-elle vraiment nécessaire ? La question se pose d’autant plus que les mesures prises ont sinistré l’économie de la Guadeloupe pour longtemps…

 

René Jentet assiste à ces événements particulièrement marquants, et il en rend compte dans ses "Carnets". Le douzième et dernier épisode est ainsi intitulé "Vingt jours de la vie d’un volcan". Ce volet conclut et éclaire une série documentaire que son auteur a choisi de - dernier épisode mis à part - de réaliser selon son plan initial.

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17 juillet 2023 1 17 /07 /juillet /2023 13:02

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/deboulonnages-en-terres-agro-industrielles-8188130

 

En Bretagne, Fabrice Hamon, riverain d’une mégaporcherie, Morgan Large, journaliste locale, et François Florenty, inspecteur du travail, ont tous les trois voulu enquêter sur l'agro-industrie et découvert un beau jour qu'on leur avait dévissé une roue de voiture… Un reportage signé Inès Léraud.

 

Stéphanie Hamon et son mari Fabrice habitent à Landunvez, une commune bretonne de moins de 1500 habitants,  dans le Finistère. Devant leur maison, une rivière passe pour se jeter dans la mer quelques mètres plus loin. Fabrice et Stéphanie déplorent avoir vu ce cours d'eau être maltraité au fil des années. Fabrice explique : "On est concernés par ces problèmes puisqu'on côtoie la rivière tous les jours. On l'a vu blanche, marron, noire aussi. Un petit ruisseau de campagne qui sillonne à travers les champs, ce n'est pas anormal qu'elle transporte de la terre, ce qui l'est, c'est l'odeur. C'était une odeur nauséabonde. Là, on a commencé à se poser des questions."

 

Le secteur dans lequel vivent Stéphanie et Fabrice héberge les plus gros élevages intensifs de porcs français. Leurs déjections sont répandues directement sur les champs pour servir d'engrais. Fabrice explique que le lisier des élevages intensifs n'est pas déversé comme il faudrait. "Il y a certains épandages de lisier qui sont faits respectueusement : la terre est d'abord retournée et le lisier coule dans les sillons creusés. Une fois le tracteur passé, la terre l'absorbe et il n'y a pas de surplus. À l'inverse, il y a ce que j'appelle 'l'hélicoptère à merde', où c'est simplement du fumier qui passe dans un gros ventilateur et qui projette le lisier partout. Il suffit qu'un terrain soit au dessus de la rivière pour que tout tombe dedans."

 

En juin 2022, Stéphanie et Fabrice s'aperçoivent de l'odeur nauséabonde qui se dégage de la rivière, proche de la plage où des gens se baignent. "Il avait plu toute la journée et au moment de traverser notre cours d'eau, on a senti une odeur infecte. On est allés voir le maire, pour l'alerter du problème. Il m'a dit que je pouvais discuter avec l'adjointe à l'environnement et lui demander de venir voir. Malheureusement elle ne pouvait pas. J'ai alors pris une bouteille vide et j'ai fait un prélèvement dans le but de faire analyser l'eau de la rivière. Elle a considéré mon prélèvement irrecevable. À mes frais, j'ai quand même fait analyser l'eau. On était à 80000 'e.coli' dans le ruisseau."

 

Conscient du problème, Fabrice continue de juin à septembre à prélever cette eau qui se déverse dans la mer et sur les plages à proximité. Les prélèvement révèlent par la suite la présence de matières fécales humaines et animales. "À la fin de l'année dernière, j'ai créé un compte Instagram qui s'appelle 'Beautifoul', pour faire référence à notre rivière appelée Foul. J'ai commencé à communiquer sur les tas de fumier au-dessus de rivière, ou leur liquide immonde qui s'écoule dans le cours d'eau en ligne droite. Je publie des photos de tout ça."
Stéphanie : "Ce sont des vies humaines qui sont mises en danger"

 

Un jour, Stéphanie et Fabrice prennent leur voiture pour une sortie familiale. Un bruit anormal les contraint à s'arrêter brusquement. "Notre voiture n'est pas neuve, donc je suis habitué à ce qu'elle fasse du bruit. Or, le son n'était pas normal. On s'est arrêtés sur le bas côté de la route et Stéphanie a eu une intuition et m'a dit : 'Va voir les roues.' Effectivement, un boulon m'est venu dans la main, il était sur le point de tomber. Il n'y avait qu'un seul boulon qui n'était pas desserré. Pour moi, c'était clair et net : c'est statistiquement impossible que quatre boulons se dévissent au même moment sur une voiture qui a été entretenue l'an dernier. Ce n'est pas le fait du hasard."

 

"On avait dit plusieurs fois en rigolant qu'on risquait de se retrouver avec un tas de fumier devant chez nous. Ça, on y avait pensé. Le déboulonnage ? Ça a atteint un autre niveau parce que ce sont des vies humaines qui sont mises en danger."
 

À réécouter : La fabrique du silence : les citoyens
Les Pieds sur terre
27 min

Comme Stéphanie et Fabrice, Morgan Large, journaliste dans le centre de la Bretagne, a subi un 'déboulonnage'. En 2019, Morgan publie un article pour Reporterre sur la construction de poulaillers géants, subventionnée par la région Bretagne. Elle est contactée par des documentaristes qui souhaitent faire du sujet un film. Ce documentaire rencontre un grand succès. Pour Morgan, cela ne fait aucun doute : l'action de déboulonnage a un rapport direct avec son métier de journaliste.un article pour Reporterre sur la construction de poulaillers géants, subventionnée par la région Bretagne. Elle est contactée par des documentaristes qui souhaitent faire du sujet un film. Ce documentaire rencontre un grand succès. Pour Morgan, cela ne fait aucun doute : l'action de déboulonnage a un rapport direct avec son métier de journaliste.

 

"En mars 2021, j'ai entendu du bruit en pleine nuit, et mon chien a aboyé. J'habite une toute petite maison au fond d'un cul-de-sac, dans un endroit qui n'est pas sur les GPS. C'est un endroit très tranquille. Mais bon, un aboiement de chien, ça peut être simplement parce qu'un chevreuil passe. Quelques jours après, je me promène chez moi et je remonte mon petit chemin. J'ai découvert un boulon par terre. J'ai alors fait le tour de ma voiture, et sur mes roues, à l'emplacement des boulons il n'y avait plus rien."

 

"J'ai appelé le garagiste en premier, qui m'a dit que je n'avais pas pu perdre ces boulons comme ça. Puis, j'ai appelé Reporters sans frontières et quelqu'un m'a dit qu'on ne voyait pas ce genre de pression sur les journalistes en France, mais plutôt dans les Balkans."

 

"À la suite du documentaire, une page entière est publiée dans le journal Le paysan breton*, signée Georges Gallardon. "Il s'agit du grand patron de Triskalia, une énorme coopérative bretonne qui fait 1,9 milliard de chiffre d'affaires et qui a 4800 salariés. Dans son article, il déplore une soit disant désinformation que je promulguerais. Il explique que je raconte n'importe quoi, que tout est faux, que la Bretagne est belle, et que la pollution n'existe pas…"

 

Après les mots de Georges Gallardon, Morgan commence à recevoir des coups de téléphone en pleine nuit, les portes de la radio pour laquelle elle travaille sont forcées et sa chienne est gravement intoxiquée. Elle décide d'agir juridiquement. "J'ai porté plainte directement auprès du procureur de la République à Saint-Brieuc. Je me disais qu'il y avait plus de chances que ça aboutisse à l'ouverture d'une enquête. Il y a eu une enquête qui semblait avoir été bien faite. Elle a aboutie en décembre 2022 à un 'non-lieu, faute de preuves.'"

 

Deux ans après le premier 'déboulonnage', Morgan est victime à nouveau d'un dévissage de boulons des roues de sa voiture. "J'étais tellement désespérée que je me suis mise à pleurer. Je me suis rendue à la gendarmerie avec le président de la radio et la coordinatrice de la radio qui ont eu la gentillesse de m'accompagner. Puis, comme deux ans auparavant, la police me dit qu'il allait être difficile de trouver les responsables, mais que je devrais installer une caméra de chasse chez moi."

 

Morgan souhaite déménager rapidement. Sans protection policière, elle affirme ne pas se sentir en sécurité.
 

Fabrice : "On le sentait très froid, très agacé"

François Florentiny est inspecteur du travail agricole dans les Côtes d'Armor, et militant au sein du syndicat Sud. Lorsqu'il se rend avec sa collègue chez un producteur de tomates, il est victime d'un déboulonnage, tout comme Fabrice, Stéphanie et Morgan. "Lorsqu'on arrive sur place, le patron ne nous reçoit pas de bon cœur. On lui fait comprendre qu'il n'a pas le choix. Il nous fait rentrer dans le bureau et, à cet instant, il dit : 'Vous m'excuserez, il faut que je sorte. J'ai un coup de fil à passer.' Il s'absente pendant une dizaine de minutes, puis revient à côté de sa femme, qui s'occupe de l'administratif."

 

"On le sentait très froid, très agacé, il mettait un temps infini pour trouver un document lorsqu'on demandait un contrat de travail par exemple."
À réécouter : En Bretagne, la course à l’abîme de l’industrie agroalimentaire
Les Enjeux territoriaux
16 min

 

François et sa collègue décident de se rendre au village le plus proche pour déjeuner. "On se rend au village à proximité en voiture et là j'entends un bruit bizarre, comme un claquement métallique au niveau de la voiture. Arrivés à un feu rouge, une dame nous dit que notre roue bouge de gauche à droite. On décide de s'arrêter chez le garagiste qui nous dit que le boulon qui tient la roue est en partie dévissé. On téléphone alors à notre administration pour savoir s'il n'y a pas eu un entretien sur le véhicule. Ils nous confirment que non. Ça veut dire que ce problème mécanique a été créé le temps qu'on fasse notre contrôle chez l'exploitant."

 

François et sa collègue portent plainte car ils considèrent cette action comme une tentative d'atteinte à leurs vies. "L'exploitant a été entendu le surlendemain des faits et a nié. Puis plus rien… Après ça, les syndicats du ministère du Travail ont manifesté sous les fenêtres du tribunal de Saint-Brieuc afin d'évoquer le dossier du déboulonnage de la roue. Sous cette pression, ils ont tout de même procédé aux relevés d'empreintes sur les enjoliveurs. Mais le test a été fait aux environs de juin, quasiment six mois après. Les résultats n'étaient pas exploitables en matière d'empreintes. Au mois de juillet 2015, ma collègue et moi avons reçu un courrier stipulant que l'affaire était classée puisqu'ils n'avaient pas trouvé les coupables."

 

    Reportage : Inès Léraud
    Réalisation : Etienne Gratianette

Musique de fin : "Never Forget" par Elbé

 

Merci à Morgan Large, Stéphanie, Fabrice Hamon, François Florenty, Alain Méheut, Le média breton "Splann!" et Alice Sternberg.

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14 juillet 2023 5 14 /07 /juillet /2023 12:59

 

 

 

Enquête en deux épisodes. Installée pour quelques mois en centre-Bretagne, la journaliste Inès Léraud découvre les algues vertes : une pollution qui infeste les plages de Bretagne depuis un demi-siècle. Ultra toxique, elle fait fuir les touristes et a déjà tué.

 

Une enquête tirée de la première saison du Journal breton d'Inès Léraud, un journal un peu intime, une enquête qui nous plonge dans l'univers de l'agroalimentaire breton, au milieu des algues vertes, des poulaillers et des abattoirs dans une région qui est la première région agroalimentaire de France.

 

La même série qui mènera à la bande dessinée "Algues vertes, l'histoire interdite" (Delcourt) en 2019, par la journaliste elle-même et Pierre Van Hove, et puis à un film de Pierre Jolivet en 2023 : "Les Algues vertes".

 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-algues-vertes-le-deni

 

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13 juillet 2023 4 13 /07 /juillet /2023 13:11

Lors d'une période à Bruxelles, durant laquelle elle prend notamment des cours de mathématiques avec le mathématicien Samuel König, Émilie du Châtelet travaille sur son nouvel ouvrage.

 

Les Institutions de physique sont l'œuvre majeure d’Émilie du Châtelet. L'érudite utilise et confronte les points de vue de Descartes, Isaac Newton et Leibniz afin d'enseigner les nouvelles idées en physique à son fils alors âgé de treize ans.

 

Cette œuvre, parue au printemps de 1741, fut saluée notamment par Maupertuis, mais fut aussi attaquée par le mathématicien, astronome et géophysicien de Mairan, alors secrétaire cartésien de l’Académie des Sciences, ce qui renouvela la « querelle des forces vives » déclenchée en 1686.

 

Trois ans après sa parution, ce traité est traduit dans plusieurs langues, dont l'italien. En mai 1746, Émilie du Châtelet devient membre associé de l’Académie de Bologne. (wikipédia)

 

 

 

 

Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75646k/f11.item

 

 

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75646k/f304.item

 

 

 

Voir encore la "Dissertation sur la nature et la propagation du feu".

 

 

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3 juillet 2023 1 03 /07 /juillet /2023 14:28

Extrait du texte publié dans " On ne dissout pas un soulèvement, 40 voix pour les soulèvements de la Terre":

 

"Il est difficile et peut-être inutile, de savoir ce qui se passe dans la tête de nos gouvernants. Mais il est devenu assez clair que, en France en tout cas, ils considèrent que leur tâche première est de maintenir l'autorité de l’État ; c'est à dire notre docilité crédule, synonyme d'ordre public. Et qu'il faut gagner du temps, c'est à dire de l'argent pour ceux qu'ils servent. C'est sans doute ce que Macron voulait dire lorsqu'il s'est excusé : qui pouvait prévoir le réchauffement climatique et les sécheresses " ? il faut sans doute entendre : "Qui pouvait prévoir qu'ils se feraient sentir si tôt ? Avant la fin de mon mandat, avant que je n'aie à rendre des comptes ! ". Malheureusement pour lui, la temporalité de Gaïa ne se soumet pas à l'agenda des gouvernements. Gaïa n'attend pas. C'est ce que les scientifiques du GIEC supplient que l'on n'oublie pas"

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28 juin 2023 3 28 /06 /juin /2023 11:38

 

Newsletter Notre Planète (Ouest-France)

 

 

Thermomètre qui s’affole, sols assoiffés, rivières à sec, 70 000 hectares carbonisés… L’été 2022 a planté un jalon dans l’histoire de France du climat. Un avant-goût de ce que nous réserve le changement climatique, alertent les scientifiques. Les activités humaines, émettrices des gaz à effet de serre, en sont responsables. Désormais, la probabilité que l’été présent soit plus froid « est hautement improbable », prévient Magali Reghezza-Zitt.
 

 

 

 

L’horizon que dépeint l’enseignante géographe à l’École normale supérieure de Paris et membre du Haut Conseil pour le climat créé en 2018, n’est guère enviable.

 

La scientifique spécialiste de la prévention des catastrophes et de l’adaptation des territoires nous presse à nous y préparer. « Plus le climat change, plus les vagues de chaleur sont précoces, intenses, fréquentes et longues. Avec plusieurs jours au-delà des 35° C, des pics à plus de 40 °C. On fait comment pour vivre, habiter et travailler quand il fait près de 50° C, avec des nuits tropicales terribles pour les organismes des personnes vulnérables ? » Et quel sort réserve-t-on « aux invisibles : SDF, mal logés, prisonniers, patients des hôpitaux de santé mentale ? »

 

On peine à prendre la mesure des défis en cascade de ce bouleversement. D’autant qu’avec le réchauffement « on voit converger des événements contre-intuitifs, à la fois une chaleur et des sécheresses intenses, mais aussi des précipitations extrêmes qui provoquent des inondations. Car une masse d’air chaud contient davantage d’eau : 7 % en plus par degré supplémentaire. » Quand elle déferle, toute cette eau ruisselle. Résultat : malgré les orages du printemps, 66 % des réserves souterraines restent déficitaires. La période de recharge s’est raccourcie d’octobre à février. « Comme il fait plus chaud, l’eau s’évapore davantage. La végétation apparaît plus tôt et se met en sommeil plus tard. Les plantes et les arbres transpirent davantage et ont besoin d’eau ». Et plus il fait chaud, plus ont a besoin d’eau pour faire couler des robinets, irriguer les cultures et alimenter les usines.

 

La France doit se préparer à un climat à + 4 °C, estime le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. « C’est la traduction d’un réchauffement mondial à 3 °C », précise Magali Reghezza-Zitt. « Si on continue d’émettre du CO2 à ce rythme dans l’atmosphère, 2022 apparaîtra comme un été froid, devenu très rare en 2100. » Même avec zéro émission nette en 2050 « moi, vous, les lecteurs, leurs parents ou grands-parents, on ne connaîtra jamais plus le climat de notre enfance ». En limitant le réchauffement climatique en dessous de 2° C : «  On fige le thermomètre mais on ne revient pas en arrière. » Passé un certain seuil, « l’obésité devient létale », et nous avons abusé des énergies fossiles. En s’astreignant au régime, « on réduit les risques immédiats mais on ne les fait pas disparaître. À +1,5 °C, 70 % des coraux disparaissent. Dans un monde à +3°C, un cinquième du vivant s’effondre. »
 

 

Depuis l’ère industrielle, l’humanité a fait bondir le niveau CO2 dans l’atmosphère à celui qu’il était il y a 3 millions d’années. « Jamais nous n’avons fait face à un changement aussi brutal. »

 

Mesures contre la canicule, pour sauvegarder l’eau… Parce « qu’une accumulation de plans » gouvernementaux « ne font pas une stratégie », le Haut Conseil pour le climat appelle à lancer des réformes structurelles. « Vingt ans, c’est pile le temps qu’il faut pour transformer, souligne Magali Reghezza-Zitt. Mais d’abord « il faut arrêter de soutenir les énergies fossiles car financer l’essence, c’est comme brûler l’argent public. Il n’en reste rien. C’est mangé par les kilomètres. Cet argent doit servir à aider les ménages plus fragiles  à aller vers le bas carbone qui correspond, dans les faits, à un meilleur logement, une meilleure alimentation, une meilleure santé. »

 

Chroniqueuse à Libération, elle qui se remémore les postures « climatosceptiques » au cours de son cursus, s’est engagée pour former les parlementaires au climat. Criant à « l’écologie punitive », certains de ses opposants (du RN, NDLR) qui la taxent de militantisme et l’accusent d’être « hors sol » ont fomenté en coulisses, raconte-t-elle, pour l’éjecter du Haut Conseil pour le climat qui remet un nouveau rapport ce mercredi 28 juin 2023. Pas de quoi museler Magali Reghezza-Zitt, fille d’agents de la Sécu qui « n’avaient pas le bac ».

 

Elle qui s’est lancée dans la voie du professorat « pour s’affranchir » le martèle : « Quand on ne maîtrise pas les mots, on peut vous raconter n’importe quoi. » Comme « vouloir faire croire qu’avec les bassines, on n’aura pas besoin de baisser la consommation d’eau ou qu’avec de nouveaux réacteurs nucléaires, on évitera la sobriété énergétique. C’est faux. »

 

Quand à  « soutenir qu’avec les voitures électriques, on pourra continuer à circuler autant et comme avant »  : billevesées là encore ! «  Ce qu’il faut, c’est diviser par deux le parc, repenser l’urbanisme et les transports en commun, reconvertir les emplois et en créer de nouveaux. » Il n’est pas trop tard, insiste-t-elle en décrivant l’anxiété dont sont pris des collègues scientifiques « devant les résultats des simulations ». Vulgariser, mettre des mots sur le futur, c’est déjà faire bouger les lignes. « Oui, le monde n’est pas simple, mais la complexité ne peut être un prétexte à l’inaction. Ça doit être le point de départ d’un dialogue qui débouche sur des compromis qui ne sont pas des compromissions. Avec une répartition équitable des efforts, des aides et de l’accompagnement. Ça s’appelle la transition juste. Quel que soit le bord politique, c’est vers là qu’il faut aller. »

 

Ecouter : "depuis 2006 nous avons eu autant de canicules que pendant les quarante dernières années"

 

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-du-week-end/l-invite-du-week-end-du-samedi-16-juillet-2022-3439993

 

Lire aussi :

ACTER L’URGENCE ENGAGER LES MOYENS

RAPPORT ANNUEL 2023 DU HAUT CONSEIL POUR LE CLIMAT JUIN 20

 

 

 

 

 

Le changement climatique dû à l’influence humaine a entraîné des impacts graves en France en 2022, excédant la capacité de prévention et de gestion de crises actuelle. L’année 2022, emblématique de l‘intensification des effets du changement climatique, illustre le besoin d’acter l’urgence et d’engager les moyens nécessaires au rehaussement  de l’action pour l’adaptation et la décarbonation en France, en Europe, et à l’international.

 

La baisse des émissions se poursuit en France en 2022, mais à un rythme qui reste insuffisant pour atteindre les objectifs de 2030.

 

Le cadre d’action des politiques publiques pour le climat se construit, sans pour l’heure être accompagné d’une politique économique d’ampleur permettant de déclencher l’accélération nécessaire. L’adoption de la réglementation du paquet Fit for 55 de l’Union européenne doit rapidement se traduire en mesures concrètes et nouvelles sources de financements en France et en Europe. L’adaptation doit passer du mode réactif prévalent aujourd’hui pour devenir transformatrice, en s’appuyant sur les connaissances des conséquences pour la France, y  compris pour les saisons et les événements extrêmes.

 

Alors que la multiplication des politiques publiques à l’international commence à faire infléchir les émissions planétaires, la réponse de la France au changement climatique doit monter en puissance, sur la base de son cadre d’action straté- gique qui se construit, pour systématiser sa mise en œuvre opérationnelle, engager les moyens et les financements nécessaires, accompagner les plusvulnérables dans un esprit de transition juste, éviter la maladaptation, et œuvrer à soutenir la dynamique européenne et relancer la dynamique internationale en amont de la COP28.

 

Lire encore : Jean Jouzel : "Le capitalisme est incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique"

Le climatologue confie qu'il espérait vraiment que le dernier rapport du GIEC ferait davantage bouger les lignes face aux enjeux de la surconsommation. Il rappelle que c'est la définition même du capitalisme qui pose problème aujourd'hui : "Je constate que cette transition nécessaire n'imprime pas suffisamment chez les patrons d'entreprise. On a un problème de capitalisme. Le capitalisme tel qu'on le vit actuellement n'est pas compatible avec la lutte contre le réchauffement climatique. C'est vraiment un changement profond de mode de société auquel j'appelle. Si on reste dans le même cadre d'organisation de nos sociétés, je crains qu'on n'y arrive pas".

 

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