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30 novembre 2023 4 30 /11 /novembre /2023 19:15

https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/cop28-douze-ministres-environnement-racontent-40-ans-de-tergiversations-tout-le-monde-se-foutait-du-climat.html#premiers_pas_de_ecologie

 

 

"On me disait que c'était complètement exagéré"

 

"L'écologie était secondaire par rapport à l'économie"

"J'étais la cinquième roue du carrosse"

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récit

Douze ministres de l'Ecologie racontent 40 ans de tergiversations face à la crise climatique

Par Marie-Adélaïde Scigacz, Thomas Baïetto, Thibaud Le Meneec, Clément Parrot

 

Pour cet article, franceinfo a sollicité dix-sept anciens ministres de l'Environnement ou de l'Ecologie, restés plus de six mois en poste. Douze ont accepté de répondre et cinq ont décliné : Huguette Bouchardeau, Ségolène Royal, Nathalie Kosciusko-Morizet, Delphine Batho et Nicolas Hulot.

 

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs", disait Jacques Chirac en 2002. Deux décennies plus tard, de nombreux records de chaleur ont été battus à travers le monde et "garantir un avenir vivable et durable pour tous", comme le demande le dernier rapport du Giec (document PDF), paraît de plus en plus difficile. Mais qu'ont fait nos dirigeants politiques depuis que la menace climatique est connue ? Alors que s'ouvre, jeudi 30 novembre, la COP28 à Dubaï, destinée à dresser le bilan des engagements pris lors de l'Accord de Paris, franceinfo donne la parole à celles et ceux qui, au sein du gouvernement, ont tenté de porter l'enjeu de lutter contre la crise climatique : les ministres de l'Environnement. Ils nous racontent l'émergence progressive du problème, les blocages, mais aussi les réussites de ce ministère atypique depuis plus de quarante ans.

 

1970-1992

"Ce n’était la préoccupation de personne"

 

Les balbutiements de l’écologie en politique

 

Nous sommes le 28 février 1970. Dans un discours prononcé à Chicago, Georges Pompidou met en garde l'humanité : "L'emprise de l’homme sur la nature est devenue telle qu’elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même." Le président de la République crée, l'année suivante, le tout premier ministère de l'Environnement et le confie à Robert Poujade. "C'est une tâche nouvelle et très nécessaire", réagit dans sa première interview celui que l'on bombarde "ministre délégué chargé de la Protection de la nature et de l'Environnement". "Mon problème, c'est celui des moyens qu'il faudra trouver et dégager, et ce ne sera pas facile", anticipe-t-il. Plus tard, dans un livre, il surnommera son portefeuille "le ministère de l'impossible". Déjà.

 

Tandis qu'aux Etats-Unis, en 1979, le président Jimmy Carter reçoit sur son bureau un rapport (document PDF) qui fera date sur les conséquences des activités humaines sur les températures, en France, la question de la menace climatique n'approche guère le perron du pouvoir. Ce sont la lutte contre la pollution et l'amélioration globale du cadre de vie des Français qui animent le jeune ministère. Pourtant, à la télévision, le volcanologue Haroun Tazieff alerte : le gaz carbonique rejeté par nos voitures, nos chaudières et nos industries "risque de faire de l'atmosphère une espèce de serre". "Vous êtes en train de paniquer les populations, là", rétorque au scientifique le journaliste d'Antenne 2, perplexe.

 

Le vulcanologue Haroun Tazieff désigne l'Antarctique sur un globe terrestre, le 1er novembre 1978, dans sa maison à Mirmande (Drôme).
Le vulcanologue Haroun Tazieff désigne l'Antarctique sur un globe terrestre, le 1er novembre 1978, dans sa maison à Mirmande (Drôme).

 

"Quand Tazieff faisait ses déclarations sur le réchauffement, il était considéré comme un hurluberlu. (...) Ses thèses étaient très marginales et très contestées", confirme Alain Carignon, ministre délégué à l'Environnement qui entre dans le gouvernement Chirac en 1986. Cette année-là, la catastrophe de Tchernobyl met les risques naturels et technologiques tout en haut de la pile des dossiers prioritaires. "Les politiques sont quand même prisonniers de leur époque", regrette Alain Carignon. Le climat "n'est alors la préoccupation de personne, affirme-t-il. Les associations environnementales et écologistes étaient très puissantes. Mais aucune n'est venue se battre sur cet impératif." Toutefois, il remarque – et déplore – que, déjà, "l'écologie était secondaire par rapport aux préoccupations économiques".

 

En mai 1988, l'élu du RPR quitte son poste et il est remplacé par Brice Lalonde, qui intègre le gouvernement Rocard comme secrétaire d'Etat chargé de l'Environnement. Qu'en est-il de l'état des connaissances à ce moment-là ? "Les scientifiques font déjà le lien entre la consommation des énergies fossiles et le réchauffement. On savait tout, il n'y a pas de problème", évacue l'écologiste. Mais ce savoir reste confidentiel. Le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) naît de ce constat. Dès 1990, l'organisme publie son premier rapport (document PDF) alertant sur des vagues de chaleur plus nombreuses et "des conséquences sur tous les secteurs d'activité".

 

Brice Lalonde dans la centrale nucléaire de Gravelines (Nord) lors du tournage d'une émission de TF1, le 10 juin 1991. (FISTER / TF1 / SIPA)
Brice Lalonde dans la centrale nucléaire de Gravelines (Nord) lors du tournage d'une émission de TF1, le 10 juin 1991. (FISTER / TF1 / SIPA)

 

En France, Michel Rocard prend l’initiative de lancer l’appel de La Haye, signé par 24 pays en 1989, prémices de la diplomatie environnementale. "Les conditions mêmes de la vie sur notre planète sont aujourd’hui menacées", alerte le texte. Pour autant, l'heure n'est pas encore aux mesures concrètes. Devenu ministre, Brice Lalonde a beau être convaincu de la menace, sa marge de manœuvre est limitée.

 

"Ministre de l'Environnement, à l'époque, c'était quand même la cinquième roue du carrosse. (...) Le changement climatique n'avait pas le même degré de gravité et d'urgence qu'aujourd'hui."

 

Brice Lalonde à franceinfo

 

Le ministre se "bagarre" tout de même contre le plomb dans l'essence et "pour des pots catalytiques", présente un "plan pour l'environnement" (jugé alors décevant par les militants écologistes) et convainc ses collègues de créer une mission interministérielle de l'effet de serre. "J'ai essayé d'être un écolo de gouvernement. C'est toute une affaire d'avancer, d'accepter des compromis, d'avoir des étapes… La tâche est énorme." Ni les politiques, ni les Français ne le savent, mais le début des années 1990 marque un tournant. Si les émissions de gaz à effet de serre commencent à se stabiliser en France, elles vont encore exploser au niveau de la planète, portées par une consommation d'énergies fossiles qui s'emballe dans le monde entier.

 

1992-2003

 

"Certains ont tout fait pour qu’on n’agisse pas"

 

En 1992, les grandes nations de ce monde organisent un sommet de la Terre et accouchent du document à l'origine des COP, ces conférences qui rythment la vie de la diplomatie climatique tous les ans. "La première pensée globale est là", assure Michel Barnier, en poste au ministère de mars 1993 à mai 1995.

 

Michel Barnier, entouré par des enfants, plante un arbre, le 25 novembre 1993, à Saint-Fulgent (Vendée).
Michel Barnier, entouré par des enfants, plante un arbre, le 25 novembre 1993, à Saint-Fulgent (Vendée). (FRANK PERRY / AFP)

 

Le ministre RPR tente de faire émerger une écologie de droite, où se conjuguent défense de l'environnement et capitalisme. Il lance un débat sur le mix énergétique français, dominé par le nucléaire, mais à la traîne en matière de renouvelable. Il doit composer avec des collègues pas franchement coopératifs : "Le ministère de l'Environnement n'agit qu'en embêtant, pour rester poli, les autres", résume-t-il. Un enquiquineur qui plus est éphémère : "Nous ne sommes que le maillon d'une chaîne. Vous n'êtes que le successeur d'un ministre et le prédécesseur d'un autre."

 

Corinne Lepage, qui lui succède en 1995, est plus critique. Pour elle, les historiens regarderont les responsables politiques de son époque comme des "égoïstes incroyables", voire des "criminels, pour ceux qui étaient conscients et qui ont tout fait pour qu'on n'agisse pas." Le problème, pour l'avocate, réside dans une prise de conscience très limitée du changement climatique quand elle était au ministère. "Franchement, j'étais une Martienne. (...) On me disait que c'était complètement exagéré, que c'était ridicule. Quand vous parliez de notre responsabilité à l'égard des générations futures, tout le monde s'en foutait et, en fait, on a commencé à s'intéresser au climat quand notre génération a été concernée."

 

 

Corinne Lepage dans le bureau de son cabinet d'avocat, le 9 mai 2023, à Paris.

 

Si les politiques publiques tardent à se saisir du sujet de l'écologie, en dehors de la loi Barnier sur la protection de l'environnement et de la loi Laure sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie, les connaissances dans ce domaine progressent : le Giec dévoile un nouveau rapport en 1995, insistant toujours plus sur le rôle de l'effet de serre dans le réchauffement de la planète. Un phénomène naturel que peu comprennent. "J'en parlais régulièrement dans mes discours. Je l'avais instauré comme un élément de langage incontournable. Sauf que ça n'entrait pas du tout, ça n'imprimait pas", se souvient avec amertume Corinne Lepage.

 

"On en parle peu", confirme Dominique Voynet, qui prend sa suite en 1997. Et ce désintérêt ne concerne pas que les politiques. En arrivant au sommet de Kyoto, la ministre écologiste se rend compte "qu'il y a des dizaines de journalistes allemands, anglais, américains, chinois, etc. Il doit y avoir deux journalistes français. Ce n'est pas un sujet grand public". C'est pourtant au Japon que le monde se fixe, pour la toute première fois, des quotas de limitation des émissions de gaz à effet de serre.

 

L'indifférence vis-à-vis des mesures prises à l'international se mue en méfiance, dès lors qu'elles doivent se concrétiser en France. Dans le gouvernement de gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin, Dominique Voynet doit ferrailler avec le ministère de l'Economie au sujet d'une taxe sur les activités polluantes des entreprises. Ce projet d'"écotaxe" est "activement torpillé" par Bercy et Laurent Fabius, enrage encore aujourd'hui l'écologiste. Elle finit par jeter l'éponge et quitte le gouvernement en juillet 2001, après quatre ans aux responsabilités. Sur son bilan, l'ancienne candidate des Verts se dit "super critique" : "On n'était pas prêts", lâche-t-elle, en raillant les mesures de l’époque.

 

Dominique Voynet dans les locaux de France Télévisions, le 17 mai 2023, à Paris.

 

L'année de son départ, le Giec publie un troisième rapport (document PDF) et les Etats-Unis de George W. Bush piétinent une décennie de négociations climatiques en sortant du protocole de Kyoto. Si elle veut le respecter, la France dispose d'une dizaine d'années. Objectif : stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990. Mais "pour Jacques Chirac ou pour Lionel Jospin, c'est la moindre des préoccupations", juge l'écologiste Yves Cochet, en poste de juillet 2001 à mai 2002.

 

Yves Cochet, le 8 octobre 2001, lors d'une conférence de presse devant l'usine d'engrais AZF
Yves Cochet, le 8 octobre 2001, lors d'une conférence de presse devant l'usine d'engrais AZF du Grand-Quevilly (Seine-Maritime). (MEHDI FEDOUACH / AFP)

 

Aux résistances rencontrées au sein de l'exécutif s'ajoutent, selon lui, les pressions des lobbies, notamment nucléaire et agricole. "Tout de suite, ils vous prennent à la gorge", décrit-il. Et l'actualité fait passer la cause écologique au second plan. En septembre 2001, l'explosion de l'usine AZF à Toulouse fait 31 morts et près de 2 500 blessés. "C'était le risque technologique qui primait", se souvient aujourd'hui Yves Cochet.

 

"Avec les suites d'AZF, je n'ai pas su, ou pas pu, m'occuper, par exemple, des dérèglements climatiques ou de la biodiversité."

 

Yves Cochet à franceinfo

 

Après la cohabitation puis l'élection présidentielle de 2002, l'exécutif dirigé par Jacques Chirac s'ancre de nouveau à droite, et Roselyne Bachelot décroche le portefeuille de l'Ecologie. Mais c'est le chef de l'Etat qui restera dans l'histoire avec cette phrase, prononcée en 2002, au sommet de la Terre de Johannesbourg (Afrique du Sud) : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs."

 

"J'ai eu l'impression qu'il s'était presque converti, s'amuse Roselyne Bachelot. Après tout, la foi des convertis est bien plus forte que celle de la plupart de ceux qui ont baigné dans cela depuis la naissance." La réalité des faits est moins reluisante. "On était à l'époque, à l'Ecologie, l'avant-dernier budget ministériel", soupire-t-elle. Côté thermomètre : 40°C à Lyon, 41°C à Carcassonne, 42°C à Orange… La longue canicule de l'été 2003 et ses 15 000 morts concrétisent, en ce début de siècle, la menace du réchauffement climatique, et révèlent que la France n'est pas préparée à affronter ses conséquences.

 

2003-2015

 

"J’ai eu le sentiment d’une grande inutilité"

 

Cette vague de chaleur est-elle un électrochoc dans l'esprit des politiques ? Saisissent-ils le lien entre flambée des températures et activités humaines ? Pas vraiment. "Ce qui va emporter l'intérêt, et c'est dommage, c'est la question sanitaire. On parle de l'effet plutôt que de la cause", regrette Roselyne Bachelot, deux décennies plus tard. "Quand, après la canicule, je dis [dans une interview au Monde] qu'à la fin du siècle, l'été 2003 paraîtra frais, il faut voir les injures et les moqueries que j'ai reçues, de la part des journalistes et des politiques." Les années suivantes vont pourtant lui donner raison.

 

Roselyne Bachelot observe une carte sur un écran du Service central d'hydrométéorologie
Roselyne Bachelot observe une carte sur un écran du Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations, le 5 septembre 2003, à Toulouse. (ERIC CABANIS / AFP)

 

Au niveau international, les COP se succèdent et, sans les Etats-Unis, consacrent une forme d'impuissance collective. Cinq ans après l'élan de Kyoto, "j'ai eu le sentiment d'une grande inutilité", confie Roselyne Bachelot.

 

"Franchement, à ces COP, les gens étaient atones, on avait l'impression de vivre une queue de comète."

 

Roselyne Bachelot à franceinfo

 

A Paris, la préoccupation climatique n'est plus une boussole politique pour le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. "A l'automne 2003, raconte la ministre, Jacques Chirac me dit : 'Tu sais, il faut arrêter de parler d'écologie, ça emmerde tout le monde'. Et là, je me dis 'mes jours sont comptés'", raconte celle qui est à l'origine de la Charte de l'environnement. Adossé à la Constitution, ce texte consacre le "principe de précaution" et "le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé".

 

Serge Lepeltier la remplace en mars 2004 et fait de ce sujet, qu'il connaît bien, sa priorité. L'auteur du tout premier rapport parlementaire sur le changement climatique achève, dès son arrivée, le Plan national santé environnement (PNSE) qu'avait élaboré sa prédécesseure. "J’ai été celui qui a lancé la multiplication des biocarburants, des quotas [sur les émissions de gaz] à effet de serre pour l’industrie et la recherche de voitures propres", se targue aujourd'hui l'ancien ministre.

 

Serge Lepeltier s'apprête à plonger dans la réserve sous-marine de Banyuls-sur-Mer
Serge Lepeltier s'apprête à plonger dans la réserve sous-marine de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), le 5 juillet 2004, pour observer les conséquences du réchauffement climatique sur le milieu marin. (RAYMOND ROIG / AFP)

 

Dans les faits, les échecs ne manquent pas. Son projet de "bonus-malus", un dispositif fiscal sur l'achat de véhicules neufs, reste au point mort : des députés de son propre camp auront la peau de la mesure. La stratégie nationale de développement durable, dont il est chargé, prend également du retard. "Pour des raisons politiques – le risque de perdre certains électeurs – on a fait en sorte qu’il n’y ait plus une mobilisation générale sur ce thème", explique l'ancien ministre, parti en 2005.

 

Il lance toutefois un tout premier Plan climat (lien vers un fichier pdf), calqué sur l'ambition française établie à Kyoto. Habitat, transports, "Etat exemplaire", industrie, agriculture… Le document ne fait pas mystère des leviers à activer pour faire baisser les émissions. A mesure que se rapproche l'élection présidentielle de 2007, le sujet revient sur le devant de la scène, à la faveur de la sortie du documentaire Une vérité qui dérange, où l'ancien vice-président américain Al Gore alerte sur l'imminence d'une catastrophe climatique. Au même moment, un certain Nicolas Hulot fait signer aux douze candidats à la présidentielle un Pacte écologique, pour que chacun s'engage à appliquer "cinq propositions concrètes" et "dix objectifs" pour la planète.

 

Sitôt installé à l'Elysée, Nicolas Sarkozy reprend une des idées de ce Pacte : créer un super-ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables. Jean-Louis Borloo récupère ce portefeuille inédit, dont l'ambition s'incarne dans le déploiement d'une "machine de guerre" : le Grenelle de l'environnement. Grâce à un périmètre étendu, le rapport de force de Jean-Louis Borloo avec le ministère de l’Economie va tourner à son avantage.

 

Jean-Louis Borloo dans son bureau, le 30 mai 2023, à Paris.

(JEAN-MARIE LEQUERTIER / FRANCE TELEVISIONS)

 

Pour la première fois, de juillet à octobre 2007, un ministre français met autour de la table les syndicats, les ONG, les collectivités locales et l'Etat pour discuter publiquement de biodiversité, d'alimentation, d'énergie et de transports, en vue d'inscrire dans la loi la baisse des émissions de gaz à effet de serre. "La nation le voulait, il y avait une prise de conscience très, très forte, se souvient l'intéressé. On avait les moyens, on avait une puissance incomparable en Occident, et on a eu, au fond, assez peu de résistances."

 

Une nuit, Jean-Louis Borloo est attendu à Bruxelles, où se négocie en parallèle un ambitieux "paquet énergie-climat". A l'Assemblée nationale, l'opposition défend ses amendements sur le Grenelle. "Je leur dis : 'Ecoutez, ça serait tellement simple que j'arrive à Bruxelles en disant qu'on a voté la loi Grenelle.' Ils ont retiré tous leurs amendements, qui étaient, au fond, secondaires." La loi est votée à la quasi-unanimité, gauche comprise, avec 526 voix pour et seulement quatre contre. "L'ambiance est euphorique, dans les territoires, entre les ONG et les agriculteurs, les syndicats…" Cet élan fait espérer de grandes avancées à la COP15 de Copenhague (Danemark) en 2009. Au lieu de cela, les négociations achoppent sur la répartition des efforts, et le rendez-vous sera présenté comme un échec. Jean-Louis Borloo, à la table des négociations, relativise : "La France a fait tout ce qu'il fallait pour qu'il y ait un engagement des pays riches à l'égard des pays pauvres."

 

La dynamique du Grenelle s'essouffle aussi en France. "Une politique comme celle-là a besoin d'évaluation et de suivi permanent", analyse le ministre d'alors. En plein essor, une partie du secteur des énergies renouvelables va ainsi subir "un coup d'arrêt" dans les années suivantes. Jean-Louis Borloo cite l'exemple de l'énergie solaire, d'abord encouragée financièrement par l'Etat, puis freinée par un moratoire en 2010, après l'arrivée de Nathalie Kosciusko-Morizet au ministère de l'Ecologie. Victimes de leur succès, les subventions sont abandonnées face au risque de plomber les comptes de l'Etat. S'il "comprend" cette décision budgétaire, Jean-Louis Borloo considère que "ça a démoralisé complètement le secteur photovoltaïque".

 

Jean-Louis Borloo dans son bureau, le 30 mai 2023, à Paris.

 

L'élection de François Hollande à l'Elysée, en 2012, ne marque pas une rupture. Rapidement, l'écologiste Delphine Batho torpille le "mauvais" budget de son portefeuille ; elle est limogée en juillet 2013 et remplacée par Philippe Martin. Pour conserver le soutien d'écologistes échaudés, l'ancien député du Gers annonce une "contribution climat-énergie", la fameuse "écotaxe". L'idée de faire payer les pollueurs, déjà défendue par Dominique Voynet, refait surface.

 

Cette fois, l'initiative se heurte directement à la colère de certains Français, inquiets pour leur portefeuille. L'automne suivant, la protestation violente des "bonnets rouges", en Bretagne, fait reculer le gouvernement. "Il y a eu un défaut d'explication, de pédagogie, de compensation peut-être, aussi, pour les plus modestes", reconnaît aujourd'hui Philippe Martin. "Vous savez, les gens sont aussi sur le court terme. Il y a l'idée de ne pas avoir d'engagement au-delà de sa propre vie, en quelque sorte. Et ça, c'est un vrai danger." De son passage éphémère au gouvernement, il retient que le ministre de l'Ecologie idéal, "c'est un homme ou une femme qui se fait élire à la présidence de la République". François Hollande n'est peut-être pas ce président-là, mais il se laisse convaincre d'organiser une COP cruciale à Paris.

 

2015-2023

 

"L’idée y est, la réalité non"

 

La COP21 fait basculer le ministère de l'Ecologie, occupé par Ségolène Royal, dans une autre dimension. La préparation de l'événement donne au sujet un poids inédit au sein de tout le gouvernement. Même face à Bercy, champion toute catégorie des bras de fer ministériels, l'Environnement arrache des arbitrages, comme l'interdiction des passoires thermiques ou l'objectif de rénover 500 000 logements par an. Ceux-ci viennent muscler sa future loi "sur la transition écologique et pour la croissance verte". "Comment j’ai fait ? COP21 ! COP21 ! COP21 ! Il fallait que l’on soit à la hauteur de la COP21", se souvient la ministre au cours d'une audition devant le Sénat. "L’idée était d’être exemplaire et d’anticiper les conclusions de la COP dans notre propre stratégie." Attendue au tournant, la France inscrit dans la loi son objectif de diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050. Elle se dote également d'une feuille de route pour y parvenir : la stratégie nationale bas-carbone.

 

La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, salue le président des Etats-Unis, Barack Obama
La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, salue le président des Etats-Unis, Barack Obama, le 30 novembre 2015, à la COP21 au Bourget (Seine-Saint-Denis), aux côtés de Laurent Fabius, François Hollande, Ban Ki-moon et Christiana Figueres. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

 

L'Accord de Paris consacre dans la liesse un nouvel objectif : "Contenir la hausse des températures nettement en dessous de 2°C" d'ici à la fin du siècle. Tout juste élu, en 2017, Emmanuel Macron choisit, pour incarner cet "esprit de Paris", une figure médiatique, le très populaire Nicolas Hulot. Son plan climat doit "mobiliser l’ensemble du gouvernement sur les mois et années à venir pour faire de l’Accord de Paris une réalité". Mais l'ancien animateur claque la porte onze mois plus tard en dénonçant "les petits pas" de la France sur le sujet.

 

En cette année 2018, les Français sont plus que jamais au fait de la menace climatique. La COP21 est passée par là, mais aussi les ouragans Irma et Maria, qui ont balayé les Antilles. Dans les lycées et dans la rue, des adolescents appellent à l'action, galvanisés par la jeune militante suédoise Greta Thunberg, reçue à l'Assemblée nationale. Mais les Français ne sont pas prêts à tout accepter au nom du climat. Dans un contexte de hausse des prix du carburant et de pouvoir d'achat en berne, une augmentation de la taxe carbone, décidée de longue date, votée par les parlementaires et défendue par l'exécutif, déclenche le mouvement des "gilets jaunes", qui investissent rues et ronds-points.

 

"J'ai eu le sentiment que les ‘ministres budgétaires’ – on va les appeler comme ça – ont un peu oublié de défendre la taxe carbone, qu'ils avaient pourtant fait augmenter fortement", grince François de Rugy, qui succède à l'animateur. La politique climatique doit désormais s'expliquer. "Certains se sont un peu planqués", lâche-t-il à l'intention d'anciens collègues. La mesure est si impopulaire que même les défenseurs de cette fiscalité, des ONG aux écologistes, prennent leur distance avec la proposition. Elle est abandonnée en 2019.

 

"Il y a des gens qui poussent, qui disent qu'on n'en fait pas assez. Et puis, le jour où il y a des résistances dans la population, eh bien, ils n'assument pas devant les citoyens en colère."

 

François de Rugy à franceinfo

 

Et l'ex-ministre de reprendre à son compte l'antienne du tout premier ministre de l'Ecologie. "Ce n'est pas que c'est le 'ministère de l'impossible' : c'est le ministère des contradictions, entre une aspiration à faire plus, plus vite, plus fort, et une résistance au changement, qui est sans doute un peu en chacun de nous", résume-t-il.

 

François de Rugy dans les locaux de France Télévisions, le 15 mai 2023, à Paris.

 

Réconcilier les Français en colère et l'écologie, mission impossible ? Alors que les pouvoirs publics sont sommés de redoubler d'efforts, le "ministère des contradictions" sous-traite l'impossible à un panel de Français, réunis dans la Convention citoyenne pour le climat. "On leur a donné comme mission, au départ, de changer du tout au tout notre politique économique, sociale, politique, fiscale, etc. Bref, de changer de monde", résume Barbara Pompili, qui hérite en juillet 2020 du suivi de cette réflexion inédite, menée par 150 citoyens tirés au sort.

 

Cette mission tentaculaire se traduit par 150 propositions, qu'elle a pour objectif d'inscrire dans un texte de loi. "Dès les premières rencontres, j'ai dit aux membres de la Convention citoyenne : 'Je vais vous décevoir, c'est sûr.'" Et pour cause, certaines de ces mesures "sont d'ordre réglementaire ou international", constate Barbara Pompili, invitée par son Premier ministre à travailler plus étroitement avec ses autres collègues. Elle se casse encore les dents : "Jean Castex avait quand même dit que tous les ministères devaient s'investir dans la transition, et pas seulement le ministère de la Transition écologique. L'idée y était. La réalité, non."

 

"J'avais le plus souvent en face de moi des gens qui voulaient abaisser l'ambition plutôt que d'essayer de trouver des moyens d'y arriver."

 

Barbara Pompili à franceinfo

 

Les industriels ont beau être invités à la table des discussions, ils n'hésitent pas à "s'émouvoir auprès de divers ministères" pour tuer dans l'œuf les mesures de sobriété nées de la Convention citoyenne, continue-t-elle. Elle cite l'idée d'un malus sur le poids des véhicules, écrasée par un secteur automobile qui pèse lourd sur les décisions. "J'aurais aimé aller plus vite, pouvoir faire plus de choses, casser plus de barrières", assure Barbara Pompili, qui se décrit en "éternelle frustrée". "Mais je suis arrivée en sachant où je mettais les pieds. Je savais que ce serait dur, qu'il y aurait plein de lobbies."

 

Barbara Pompili visite une exploitation agricole qui cherche à réduire son impact environnemental
Barbara Pompili visite une exploitation agricole qui cherche à réduire son impact environnemental, le 25 octobre 2021, à Eole-en-Beauce (Eure-et-Loir). (PATRICK GELY / SIPA)

 

Ces dernières années voient le climat s'inviter dans tous les cercles, tous les débats. Elles voient aussi une première baisse, spectaculaire, des émissions de gaz à effet de serre quand le monde entier se confine, au printemps 2020, pour tenter d'enrayer la pandémie de Covid-19. Mais le "monde d'après" tant attendu ne survit pas à cette parenthèse, et les émissions mondiales de gaz à effet de serre flambent. Le défi est désormais "effectivement colossal", reconnaît Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique depuis mai 2022, à quelques jours de la présentation du nouveau plan du gouvernement. Celui qui doit permettre, une nouvelle fois, de diviser par deux les émissions de la France d'ici à 2030... quatre fois plus rapidement qu'avant.

 

De cinquième roue du carrosse, l'écologie va devenir le moteur du véhicule gouvernemental, promet le chef de l'Etat, en campagne pour sa réélection. "Nous devons réconcilier le pays par un changement de paradigme, par une ambition nouvelle" sur l'environnement, clame le président-candidat. Une fois réélu, Emmanuel Macron revoit l'attribution du dossier climatique en chargeant la Première ministre, Elisabeth Borne, de porter la planification écologique, avec un secrétariat général dédié. A ses côtés, un binôme se partage la Transition écologique et la Transition énergétique. Impensable en effet, au regard des urgences, de laisser l'enjeu climatique au seul "ministère de l'impossible". Cette énième nouvelle méthode changera-t-elle la donne ? La "maison" continue de brûler, en France comme ailleurs. Nous regardons désormais les flammes, mais le défi reste d'éteindre l'incendie.

Crédits

 

  • Rédaction : Marie-Adélaïde Scigacz, Thomas Baïetto, Thibaud Le Meneec, Clément Parrot
  • Vidéos et montage : Mathieu Dreujou, Jean-Marie Lequertier, Billie Comte
  • Conception et design : Maxime Loisel
  • Développement : Grégoire Humbert
  • Illustration : Pauline Le Nours
  • Relecture : Louis Boy
  • Supervision éditoriale : Ilan Caro, Simon Gourmellet, Julie Rasplus

 

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30 novembre 2023 4 30 /11 /novembre /2023 12:40

Les pieds sur terre.

 

Balade sur l'île de Sein aux côtés de Léa, Justine et Lili Rose, les trois seules collégiennes de ce petit caillou du Finistère d’un demi-kilomètre carré. On y rencontre Julien et Camille, leurs professeurs, et Loïc, un pêcheur. Par Fabienne Laumonier.

 

En chemin avec les trois collégiennes de l’île, on espère apercevoir le dauphin Randy, qui longe les côtes bretonnes. Là, on s’arrête devant le monument qui rend hommage aux marins de l’île qui ont rejoint la résistance les premiers, juste après avoir écouté l’appel du 18 juin. Plus loin, on constate tristement les arbres arrachés par la dernière tempête.

"C'est un peu compliqué à expliquer, mais j'aime bien l'atmosphère qui règne sur l'île"

 

On évoque leurs inquiétudes quant à l’avenir de l’île : “Je pense que l'île de Sein va disparaître avec la montée des eaux et le réchauffement climatique. C'est ma maison. Je l'aime beaucoup”. Difficile de contenir ses émotions : “Il y a de la tristesse, un peu de colère et une émotion que je n'arrive pas à décrire.”

 

Julien, professeur au collège des îles du Ponant depuis vingt ans, partage leur angoisse : “Depuis 20 ans, il y a déjà des morceaux de l’île qui sont tombés à l'eau. C'est inexorable, et toujours un peu douloureux d’y songer.  La mer est puissante, l'île est fragile, comme une crêpe sur la mer.”

 

Il se rend à Sein tous les vendredis, si la météo le permet : “Je vais entamer ma 20ᵉ année sur l'île de Sein. Je connais ces enfants depuis qu’ils sont bébés”. En très petits effectifs, les élèves ne peuvent ni tricher, ni se planquer. Il ne cache rien, à la grande joie de leur professeur : “Je me souviens de la manifestation de l’émerveillement d’une élève qui venait d’avoir compris quelque chose. C'est sacrément précieux.”

 
Les Pieds sur terre
29 min

"Ici, on enseigne d'une autre manière"

 

Autre particularité : la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux conditions météo et naviguer d’une matière à l’autre : “Je m'occupe de l'art plastique, de la science de la vie et de la terre et de l'éducation physique et sportive. Faire des ponts entre les disciplines, décloisonner les savoirs, je trouve ça très intéressant d'un point de vue professionnel et personnel. Ça me demande de me tenir au courant, d'être créatif”

 

Camille, jeune institutrice installée à Sein depuis la rentrée scolaire, apprécie l’ambiance chaleureuse qui y règne et est fière d’avoir obtenu ce poste : “Je crois que l'État se doit d'apporter le service public dans ces endroits-là, où il n'y a pas beaucoup de gens”. La vie insulaire rend humble : “Ce n'est ni envahissant, ni étouffant, mais ça fait vraiment se sentir petit. Quand même, c'est fort, d'être un petit être humain sur un bout de caillou.”

 

Au détour du port, on rencontre Loïc, un pêcheur, qui aime rappeler : “On est une des seules communes en France à avoir le droit de déterrer et d’enterrer nos morts. Depuis que je suis tout petit, je fais des trous au cimetière. Ça fait partie de la vie de l’île. L’île de Sein ne t’appartient pas, c’est toi qui appartient à l’île.”

 
La Fabrique de l'Histoire
52 min
  • Reportage : Fabienne Laumonier
  • Réalisation : Agnès Cathou
  • Mixage : Alexandre Dang

 

Merci à Léa, Justine et Lili Rose. Merci à Julien, à Camille et aux élèves de l’école primaire. Merci à Cathy, Loïc, à Thomas, Carla et à l’équipe de Longueur d’ondes. Enfin merci à la DRAC Bretagne et au fond Territoire Numérique Éducatif.

Pour aller plus loin

 

Sur d’autres îles…
Kristos est l’unique et le dernier élève de l'école d'Arki, une île du Dodécanèse grec. Va-t-il quitter sa famille et sa terre pour aller au collège ? Une chronique délicate et touchante d'un adieu à l'enfance, à retrouver en intégralité ici.
Timothée dirige la seule école de l’île d’Ouessant, un choix qu’il ne regrette pas. Portrait d’un professeur atypique juste là.

Musique de fin : Nantes, Beirut - Album : The Flying Club Cup (2007)

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29 novembre 2023 3 29 /11 /novembre /2023 19:28

 Nous apprenons avec tristesse le décès de Michèle Rivasi ce 29 novembre 2023.

Elle fut fondatrice et présidente de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) créée en 1986 après l’accident nucléaire de Tchernobyl.

 

https://twitter.com/i/status/1729840261834981664

 

"C'était un roc, on n'imagine pas qu'une femme comme elle puisse décéder un jour. Elle ne baissait jamais la garde".

Un témoignage de ses amis d'Auvergne-Rhône Alpes.

 

Ses amies et amis de la CRIRAD se souviennent de Michèle Rivasi.

 

La France en Vrai - Grand Est

Écologie, la méthode Rivasi

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17 novembre 2023 5 17 /11 /novembre /2023 16:03

Un livre qui a guidé bien des scientifiques en herbe.

 

https://archive.org/details/ThuillierPSI

 

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16 novembre 2023 4 16 /11 /novembre /2023 12:38

Dans une lettre ouverte, 1 240 étudiants issus d’universités et de grandes écoles (AgroParisTech, Ecole polytechnique, HEC…) s’engagent à ne pas rejoindre les rangs de la banque française en raison de son soutien à de nouveaux projets d’extraction de pétrole et de gaz.
 

Publié le 15 novembre 2023.

Nous sommes étudiant·es et jeunes diplômé·es d’universités et d’écoles françaises (AgroParisTech, CentraleSupelec, Ecole polytechnique, Sciences-Po, HEC…). Nous constatons que BNP Paribas tente d’instrumentaliser nos craintes et nos convictions et cible notre génération avec son greenwashing, dans sa publicité et sur nos campus (stands vantant ses offres bancaires et jobs à impact, par exemple).

 

Nous ne sommes pas dupes. Nous prenons ici l’engagement de ne pas travailler pour des banques qui, comme BNP Paribas, refusent de regarder la vérité climatique en face et continuent de financer des entreprises qui prévoient de nouveaux projets d’énergies fossiles. Ces bombes climatiques menacent directement notre futur, et nous affirmons haut et fort que nous ne participerons pas à une telle destruction.
 

La science est sans appel

 

Le consensus scientifique ne laisse aucune place au débat : les énergies fossiles doivent appartenir au passé.

 

Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (Giec) et l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) sont formel·les sur la nécessité d’arrêter de développer de nouveaux champs pétroliers et gaziers pour respecter l’Accord de Paris et limiter le réchauffement à 1,5 °C. Alors que nous nous éloignons chaque jour un peu plus de cet objectif, il faut prendre des mesures radicales à la hauteur des enjeux.
 

Enquête sur le « climato-je-m’en-foutisme » qui règne au sommet de l’Etat

Cet impératif absolu doit dessiner une ligne rouge claire pour les banques, comme le répétait récemment le secrétaire général des Nations unies, António Guterres :
 

"« Les institutions financières doivent s’engager à mettre fin à leurs financements et investissements dans l’exploration et l’expansion de nouveaux gisements de pétrole et gaz. »"

 

C’est la demande qui a été adressée à plusieurs reprises par 600 scientifiques, dont des membres du Giec, au conseil d’administration de BNP Paribas, sans trouver à ce jour une réponse satisfaisante.
 

Des activités lourdes de conséquences

 

Après avoir financé pendant des décennies un monde carboné devenu insoutenable, les banques ont le pouvoir et la responsabilité de nous sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, en réorientant leurs financements vers une transition écologique juste. Ce n’est malheureusement pas le cas des principales banques françaises : Crédit agricole, Société générale, Banque populaire Caisse d’épargne et, en tête du classement, BNP Paribas.

Les chiffres en attestent. Au cours des sept années qui ont suivi l’adoption de l’Accord de Paris, BNP Paribas a accordé 165 milliards de dollars aux énergies fossiles. Son rôle est majeur : elle a été entre 2016 et 2022 le premier financeur européen et le quatrième au niveau mondial du développement des énergies fossiles.
 

Climat : ce qu’il faut retenir du rapport de synthèse du Giec

 

Ces activités ont déjà de lourdes conséquences climatiques : l’empreinte carbone de BNP Paribas en 2020 est à elle seule supérieure à celle du territoire français. Les annonces faites en mai dernier par BNP Paribas ne changent pas cette donne : la banque n’a mis fin qu’à une part très restreinte de ses nombreux soutiens à l’industrie fossile. Ainsi, ses décisions financières actuelles contraignent encore nos vies futures.

 

Cela lui a valu d’être assignée en justice cette année pour non-respect de son devoir de vigilance en matière climatique par trois ONG (Les Amis de la Terre France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France).
 

Premier financeur des majors du pétrole

 

Face à une jeunesse déterminée devant les périls climatiques, BNP Paribas expérimente des difficultés de recrutement. La banque explique qu’elle a changé et qu’elle œuvre pour le climat et promet de merveilleux « jobs à impact ». Mais comment la croire ?

 

Entre 2016 et 2022, la banque française a été le premier financeur des neuf majors du pétrole et du gaz, parmi lesquelles la française Total Energies. Ainsi, quand BNP Paribas annonçait d’une main ne pas financer directement le tristement célèbre projet Tilenga-EACOP en Ouganda et Tanzanie, elle continuait de l’autre à accorder de larges soutiens à Total Energies. BNP Paribas, dont le président siège au conseil d’administration de Total Energies, ne peut ignorer la stratégie dangereuse menée par son client.
 

Climat : trois ONG assignent BNP Paribas en justice pour manquement à son devoir de vigilance

 

La banque est également l’un des principaux financeurs du mastodonte Saudi Aramco, l’entreprise qui prévoit le plus de nouveaux projets de pétrole et de gaz de la planète. A ce titre, elle a reçu, en cet été de tous les records caniculaires, une alerte sans précédent des Nations unies : ses financements pourraient constituer une atteinte aux droits humains.
Notre décision est prise

 

Il est pourtant possible d’en finir avec ces soutiens toxiques. La Banque postale l’a fait, elle n’octroie désormais des financements qu’aux entreprises qui ont un plan de sortie des énergies fossiles d’ici à 2040 et ne développent plus de nouveaux projets dans ce domaine. BNP a le devoir de se désolidariser radicalement des géants pétro-gaziers.

 

Pour l’heure, la banque choisit pourtant de nous condamner : tout déni ou toute omission équivalent à un soutien clair à la destruction des conditions d’habitabilité de notre monde.

 

Face à la violence des dérèglements climatiques qui frappent déjà nos quotidiens, nous ne pouvons imaginer un avenir professionnel autrement que mis au service d’une transformation rapide et juste de nos sociétés. Nos compétences et nos vocations sont prêtes à nourrir les prochaines stratégies climatiques, à condition que celles-ci soient à la hauteur de l’urgence.

 

Notre décision est prise, c’est désormais aux dirigeant·es de BNP Paribas de choisir : incarner le sursaut dont nous avons besoin ou nous maintenir sur l’autoroute de l’enfer climatique. La banque d’un monde qui change, en bien ou en mal.

 

Cette tribune a été signée par plus de 1 240 étudiants. La liste complète des signataires peut être trouvée ici.

 

Premiers signataires :

 

Victoria Constantini (Mines de Paris), Anastasia Léauté (université Paris Cité), Hermès Couturier (CentraleSupélec), Louis Fidel (HEC), Anaïs Vansteene (Paris Nanterre), Salma Chaoui (université Paris Dauphine PSL), Noémie Elgrably (ESSEC), Marion Vittet (ESCP Busines School), Lucie Sarthre (Ecole des Ponts et Chaussées), Philémon Matray (Ecole polytechnique), Mathis Fidaire (Dauphine PSL), Clara Bolac (AgroParisTech), Auriane Meiller (AgroParisTech), Tiphaine Langlois (Sciences-Po Paris)

 

Par Un collectif d'étudiants

 

Voir aussi : « Lycéens, nous sommes en grève contre l’A69 »

 

 

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7 novembre 2023 2 07 /11 /novembre /2023 11:25

 

 

 

"Quelle claque de réaliser et vivre que les pensées magiques et les intérêts personnels, ou ceux d'un petit groupe, priment sur l'intérêt général, alors que nous allons dans le mur et que nous le savons."

 

https://twitter.com/i/status/1718951174223675753

 

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28 octobre 2023 6 28 /10 /octobre /2023 11:16

Par Gérard Borvon. (première publication 13 avril 2015)

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Le texte ci-dessous est une retranscription d'un document rédigé en 1985 à l'occasion d'une expérience pédagogique menée au lycée de l'Elorn à Landerneau.

 

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Age du bronze

Complément à l'étude du groupe de Rosnoën.

 

 

1943 : Monsieur Yves Rosmorduc est agriculteur à Rosnoën dans le Finistère. Il est occupé à poser des drains dans une prairie marécageuse du hameau de Pen ar Vern. Son fils Gabriel l'aide. Bientôt, à une profondeur estimée à 1,30m, juste avant une couche d'argile, des fragments métalliques apparaissent : des armes de bronze dont plusieurs dans un état parfait de conservation, ni ébréchées, ni tordues, à peine oxydées. Ce sont environ cinquante lames d'épées avec leurs rivets, 18 fers de lance, des haches à talon et quelques autres pièces de forme moins caractéristiques. Monsieur Yves Rosmorduc qui a servi dans la cavalerie pendant la guerre 14-18 croit reconnaître un objet qu'il désigne par le nom de "porte lance". Les cavaliers le plaçaient à leur botte pour laisser reposer leur lance. Les lames d'épées pourraient passer pour des baïonnettes et, justement, en cette période les troupes d'occupation allemandes fouillent les fermes à la recherche d'armes parachutées. M. Rosmorduc juge plus prudent de dissimuler sa découverte. Certaines armes ont même été enterrées sous une haie de cyprès. S'y trouvent-elles encore ?

 

Après la libération : M. Rosmorduc déclare cette découverte à la mairie et y dépose une partie des pièces récoltées. Celles-ci seront remises à P.R Giot alors directeur-adjoint de la quatrième corconscription préhistorique. Elles donneront lieu à une première publication de sa part dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère (1949-2). Le lot décrit comprend 29 pièces dont les plus caractéristiques sont : un petit marteau à douille quadrangulaire servant au battage du tranchant des lames et rasoirs, un rasoir à double tranchant, 2 haches à talon avec anneau latéral et nervure médiane bien marquée, 4 pointes de lance à longue douille. Des dagues et des rapières aux caractères bien marqués : une lame étroite à bords parallèles et au tranchant remarquable dont les poignées étaient fixées par des rivets passant dans des encoches latérales ou à travers de trous ménagés dans une languette rectangulaire légèrement trapézoïdale. Des objets de facture voisine sont présents dans plusieurs dépôts armoricains (Coray-Plomodiern-Saint Jeau Trolimon-Hénon...). Ils constituent ce qu'il est convenu d'appeler "Groupe de Rosnoën".

 

P.R. Giot rattache ces objets à une période intermédiaire entre le bronze III et le bronze IV (chronologie Montélius-Déchelette) soit encore entre le Middle Bronze Age et le Late Bronze Age de la chronologie britannique. J. Briard (1965) confirme cette appréciation. Le groupe de Rosnoën, inspiré à la fois par les types britanniques de la fin du bronze moyen et par les nouvelles formes d'armes issues de l'Est de la France (épées de Rixheim), se serait développé dans la période 1100-1000 avant J.C, période intermédiaire entre le bronze moyen et le bronze final.

 


 

Une expérience pédagogique au lycée de l'Elorn à Landerneau.

 

1983 : Enseignant les sciences physiques au Lycée de l'Élorn à Landerneau, il m'arrive assez souvent d'introduire les premiers cours sur les métaux en classe de 1ere par un court exposé sur les âges du Bronze et du Fer, en particulier dans nos régions. Cette année là un élève me signale que ses parents possèdent quelques armes de bronze qu'il se propose d'apporter en classe. La semaine suivante il nous présente 5 épées (4 entières et 1 tronçon) que je reconnais comme caractéristiques du groupe de Rosnoën : le grand-père de cet élève était M. Rosmorduc auteur de la découverte de Pen-ar-Vern.

 


 

J'ai ensuite eu l'occasion de rencontrer les enfants de M. Rosmorduc qui m'ont aimablement permis d'étudier plusieurs autres objets conservés chez eux. Les précisions qu'ils m'ont données sur les circonstances de la trouvaille confirment ce qui a déjà été publié à ce sujet. M. Gabriel Rosmorduc qui aidait son père à creuser la tranchée du drainage se rappelle avoir trouvé ces armes sous deux branches de chêne disposées en croix. Il interprète alors ces deux branches comme un repère et se souvient également d'avoir trouvé dans l'excavation des noisettes qui semblaient encore fraîches. Le lot était bien rangé, perpendiculaire à la tranchée et comme posé à la surface de la couche de tourbe. Il y avait là un nombre important de pièces. M. Rosmorduc avait alors décrit 68 des plus caractéristiques dans un carnet égaré depuis. Si on se rappelle que seulement 29 pièces du dépôt ont pour le moment été répertoriées, il faut constater qu'il en comprenait en réalité plus du double, ce qui fait certainement l'un des plus importants du genre. J'ai pu observer 10 épées, une hache à talon et deux superbes pointes de lance.


 

Pour l'essentiel ces pièces confirment ce qui est déjà connu du Groupe de Rosnoën. Les deux types caractéristiques d'épées à languette étroite sont représentés (à encoches ou à trou à rivet). Les haches à talon sont du type massif déjà décrit, à forte nervure médiane et à anneau latéral. M. Rosmorduc me signale cependant une hache très décorée qui n'est plus en sa possession. Les pointes de lance sont à aileron large et à longue douille. Bien que classiques, les épées à languette étroite méritent d'être décrites, ne serait-ce qu'à cause de leur belle taille et de leur parfait état de conservation.

 


 

Je décrirai ensuite une épée à languette trapézoidale dont j'ai observé deux exemplaires et dont le modèle, à ma connaissance, n'a pas encore été noté dans les gisements du groupe de Rosnoën (voir planche I).

 


 

Épées à languette étroite et à quatre encoches :

Ce premier modèle est typique du groupe. J'ai pu observer une arme en parfait état et étudier un tronçon bien conservé (voir planche II). Le tronçon a une longueur de 32,2cm, ce qui suggère une longueur totale de l'ordre de 50cm. La languette légèrement trapézoïdale a la section d'une lentille biconvexe. Quatre encoches permettent le passage des rivets. Une trace de ricasso crénelé apparaît sur sa tranche. La lame est à bords parallèles, d'une largeur moyenne de 21mm et d'une épaisseur centrale d'environ 6mm. Le plat de la lame est légèrement biconvexe, les tranchants nettement biconcaves. L'aspect est robuste.

Épées à languette étroite et à trous de rivets :

Autre type caractéristique du groupe, celles qui m'ont été présentées ont une longueur de l'ordre de 50cm. La languette rectangulaire est légèrement trapézoïdale avec une section de la forme d'un losange. Un ricasso très bien dessiné évite de se blesser les doigts en maniant la lame. Les quatre rivets d'un diamètre de 6mm au centre peuvent atteindre 10mm à leurs extrémité. Un des exemplaires possède 6 rivets. La lame présente une nervure centrale large de 3cm et de forme légèrement biconvexe. Le tranchant est biconcave. Les lames sont à bord parallèles avec un léger rétrécissement vers le premier tiers supérieur. L'allure générale est celle d'une lame robuste. Certains fils ébréchés laissent supposer une utilisation éventuelle (voir planche III).

 

Les épées à soie rectangulaire et à trous de rivets sont réputées assez rares dans l'Ouest de la Bretagne. Les exemples que nous publions joints à ceux déjà publiés viennent légèrement corriger cette appréciation. Ils confirment d'autre part l'aire de répartition déjà définie pour ce type : un triangle dont les trois sommets sont la pointe de Bretagne, l'embouchure de la Seine (dragage de la Seine à Rouen) et l'embouchure de la Tamise (Tamise à Kingston). Voir planche IV.

 


 

Épées à languette trapézoïdale :

Une très belle lame de ce type faisait partie du premier lot qui m'a été communiqué. J'ai eu l'occasion d'en observer ensuite une seconde toute aussi élégante quoique plus robuste (voir planche V).

 


 

La languette est un trapèze présentant deux encoches à sa base (large de 50mm) et deux gros rivets à sa partie supérieure (large de 30mm). Aucun ricasso, la forme ne s'y prête pas. Le plat est légèrement biconvexe et les tranchants faiblement biconcaves. La lame est longue de 47cm, à bords parallèles, se raccordant à la languette trapézoïdale par deux arcs d'une ligne parfaite. Les rivets sont importants : de 8 à 8,5mm au centre et 10mm à la périphérie.


 

L'allure générale est très élégante, en excellent état. L'impression qui se dégage est celle d'un objet de cérémonie, cette arme serait bien fragile. On imagine un très beau manche comme celui de l'épée de Saint-Genouph (Indre et Loire). Voir planche VI.

 

 

Ces courtes épées généralement décrites sous le nom de rapières occupent une position particulière. En Bretagne on les trouve principalement à l'embouchure de la Loire. Elles sont considérées comme très rares dans les Côtes d'Armor et le Finistère, un jugement que ces deux exemplaires permettent de nuancer. Elles présentent une parenté très nette avec des rapières trouvées en Angleterre et sont souvent désignées comme "rapières britanniques". Les corrélations déjà notées entre les types à languette étroite du dépôt de Rosnoën et les épées britanniques (type de "Penard"), viennent conforter l'idée d'un groupe présent sur les deux rives de la Manche.


 

Les rapières à base trapézoïdale ont généralement été trouvées hors de tout gisement, souvent lors de dragages, ce qui a pu rendre leur datation délicate. J. Briard les situe dans la troisième période du bronze moyen, immédiatement après le groupe de Rosnoën. L'élégance de la lame, la technique de fixation du manche, le voisinage géographique, plaident effectivement pour une relation avec le groupe de Tréboul. Leur présence dans le gisement de Rosnoën modifie à peine cette appréciation, on pourrait cependant considérer l'épée à languette trapézoïdale comme l'un des types du groupe de Rosnoën plutôt que comme une forma intermédiaire.


 

Une offrande faite aux dieux :

Le nombre et la beauté des pièces trouvées à Rosnoën nous laissent imaginer un lieu d'exception. Les tourbières ont toujours été des endroits privilégiés pour les offrandes aux dieux, de même que les embouchures des rivières. Les belles lames à languette trapézoïdales, en particulier, excitent l'imagination. Leurs parentes du Bronze moyen, les rapières du groupe Tréboul-St Brandan ont été décrites comme des épées cérémonielles. Elles mêmes sont présentes dans les lieux liés au culte de l'eau et du soleil. Il est dommage que le dépôt de Rosnoën n'ait pas livré les manches accompagnent ces lames. Celui de l'épée de Saint-Genouph (7) pourrait s'y adapter à la perfection et nous donner une idée de la beauté de l'ensemble.


 

J. Briard (9) suppose que, comme le sabre d'Arthur des cérémonies druidiques, elles ont pu être brandies par les prêtres de l'âge du bronze en direction des quatre points cardinaux. Si on se souvient que ces lames de bronze poli pouvaient avoir la couleur et l'éclat de l'or, on les imagine brillant dans le ciel comme autant de rayons arrachés au soleil.

 

 

Les lames des épées cérémonielles, comme un rayon arraché au soleil.


 

Bibliographie :

1- Joseph Déchelette. Archéologie celtique tome II Paris 1924.

2- P.R. Giot. Bulletin de la Société Archéologique du Finistère 1949.

3- Le Télégramme 9 Mars 1949

4- J. Briard. Travaux du laboratoire d'Anthroplogie et de Préhistoire de la Faculté des Sciences de Rennes 1958 "Le dépôt de penarvern en Rosnoën (Finistère)".

5- J. Briard. "Les dépôts bretons et l'âge du Bronze Atlantique" Rennes 1965.

6- C.B. Burgess. The later bronze age in the british isles an north-western france-Archeological journal- 1968.

7- G.Gaucher et J.P Mohen typologie des objets de l'âge du bronze en France 1972.

8- R. Giot, J. Briard, L. Pape. Protohistoire de la Bretagne. Ouest-France Université 1979.

9- J. Briard. Mythes et Symboles de l'Europe préceltique – Les religions de l'âge du bronze (2500-800 Av JC) 1987.

 

Une suite : Du lycée à l'université.

 

Un fascicule de ce travail a été remis à la famille de Marie Cabon, fille de M Rosmorduc, dont le fils avait apporté ce dépôt dans notre classe.

 

1990, quarante ans après.

 

Il a également été adressé à Jacques Briard, directeur de recherche au CNRS à l'université de Rennes I qui fait mention manuscrite de notre apport sur le tiré à part de son article de 1990 qu'il nous a adressé : "Tréboul et Rosnoën 40 ans après". Il y note que "le présent article fait l'inventaire des découvertes récentes qui montre la stabilité de ces ensembles avec des éléments nouveaux : plus forte poussée orientale du groupe de Tréboul et plus fortes composantes continentales du groupe de Rosnoën.".

 

2008. 60 ans après.

 

A nouveau, en 2008 paraît un article de Renaud Nallier et Michel Le Goffic : "Rosnoën 60 ans après. Compléments et révisions concernant le dépôt de l'âge du bronze final de Penavern (Finistère)". Il confirme ce que nous avions développé en 1985 sur les circonstances de la découverte, sur le nombre réel des objets découverts, et sur une possible révision de la typologie, en particulier dans le domaine des épées à languette trapézoïdale.

 

Ainsi le hasard d'une expérience pédagogique aura apporté sa contribution à la connaissance de l'Age du Bronze en Bretagne.

 

 

Une reproduction d'épée de l'âge du bronze.

 

Après une visite de son atelier situé rue des Boucheries à Landerneau par notre classe, Joël Beyou, bronzier d'art, a reproduit cette superbe épée de Saint Brandan.

Souvenir d'Excalibur, l'épée du roi Arthur.

 

 

 

 

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4 octobre 2023 3 04 /10 /octobre /2023 14:59

Une publication importante au moment où les chercheurs sont régulièrement attaqués dans certaines presses et réseaux sociaux.

 

 Le COMETS publie un nouvel Avis «  Entre liberté et responsabilité : l’engagement public des chercheurs et chercheuses  » (n°2023-44), approuvé le 23 juin 2023.

 

Interview de Christine Noiville, présidente du Comets, sur l’avis 2023-44

 

extrait :

 

RÉSUMÉ – Que des personnels de recherche s’engagent publiquement en prenant position dans la sphère publique sur divers enjeux moraux, politiques ou sociaux ne constitue pas une réalité nouvelle. Aujourd’hui toutefois, face aux nombreux défis auxquels notre société est confrontée, la question de l’engagement public des chercheurs s’est renouvelée. Nombre d’entre eux s’investissent pour soutenir des causes ou prendre position sur des enjeux de société – lutte contre les pandémies, dégradation de l’environnement, essor des technologies de surveillance, etc. – selon des modalités variées, de la signature de tribunes à la contribution aux travaux d’ONG ou de think tanks en passant par le soutien à des actions en justice ou l’écriture de billets de blog. Par ailleurs, le développement des médias et des réseaux sociaux a sensiblement renforcé l’exposition publique des chercheurs engagés.

 

Dans le même temps, de forts questionnements s’expriment dans le monde de la recherche. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les modalités de l’engagement public, son opportunité et son principe même. Ils se demandent si et comment s’engager publiquement sans mettre en risque leur réputation et les valeurs partagées par leurs communautés de recherche, sans déroger à la neutralité traditionnellement attendue des chercheurs, sans perdre en impartialité et en crédibilité. Ce débat, qui anime de longue date les sciences sociales, irrigue désormais l’ensemble de la communauté scientifique.

 

C’est dans ce contexte que s’inscrit le présent avis. Fruit d’une auto-saisine du COMETS, il entend fournir aux chercheurs des clés de compréhension et des repères éthiques concernant l’engagement public.

 

Le COMETS rappelle d’abord qu’il n’y a pas d’incompatibilité de principe entre, d’un côté, l’engagement public du chercheur et, de l’autre, les normes attribuées ou effectivement applicables à l’activité de recherche. C’est notamment le cas de la notion de « neutralité » de la science, souvent considérée comme une condition indispensable de production de connaissances objectives et fiables. Si on ne peut qu’adhérer au souci de distinguer les faits scientifiques des opinions, il est illusoire de penser que le chercheur puisse se débarrasser totalement de ses valeurs : toute science est une entreprise humaine, inscrite dans un contexte social et, ce faisant, nourrie de valeurs. L’enjeu premier n’est donc pas d’attendre du chercheur qu’il en soit dépourvu mais qu’il les explicite et qu’il respecte les exigences d’intégrité et de rigueur qui doivent caractériser la démarche scientifique.

 

Voir le suite : https://comite-ethique.cnrs.fr/avis-du-comets-entre-liberte-et-responsabilite-engagement-public-des-chercheurs-et-chercheuses/

 

voir aussi :

 

 

https://scientifiquesenrebellion.fr/

 

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3 octobre 2023 2 03 /10 /octobre /2023 18:35

Une émission sur France Culture.

A écouter absolument.

 

 

 

Claude Lorius, explorateur polaire, pionnier de la glaciologie, a compris, dès les années 60 les relations les gaz à effet de serre et les climats. Lanceur d’alerte sur l’origine humaine sur les dérèglements actuels, il est décédé en mars 2023.

 

Le documentaire commence par l’écoute d’un enregistrement de glace de mer enregistré par Aline Pénitot, il y a dix ans, dans le fjord gelé d’Illulissat au Groenland. Avec la disparition progressive du glacier, ce son ne pourrait actuellement plus être enregistré. Le documentaire se termine par l’écoute de bulles d’air qui s’échappent d’une carotte de glace de 100 000 ans. Une carotte d’Antarctique étudiée au laboratoire des géosciences de l’environnement de Grenoble, fondé par Claude Lorius.

 

Claude Lorius est l’un des scientifiques les plus intuitifs de sa génération. Tout jeune chercheur, avide d’aventures, il répond à une annonce placardée sur les murs de Besançon. Il se retrouve sur le Norsel, un phoquier puant… en direction de l’Antarctique. Il savait alors à peine où se trouvait le continent blanc dont on connaissait d’ailleurs que très peu de choses. Il participe ainsi au premier hivernage en Antarctique lors de l’année géophysique internationale en 1957. Sa première grande découverte aura été de permettre de reconstituer la température de la neige au moment de sa chute. Nous ne savions alors rien de la température des pôles.

 

Pionnier de la recherche sur les glaces des pôles, il participera ensuite à plus de 22 expéditions dans les milieux extrêmes. Lors de son second hivernage, il va avoir une intuition déterminante pour la compréhension de la machine climatique. En plongeant des glaçons dans un Whisky, il observe que des bulles d’air se mettent à pétiller. La glace ancienne qui se trouve en Antarctique capture donc l’atmosphère du passé. Il faudra attendre plusieurs décennies de recherche pour que trois articles sortent dans Nature : les liens entre l’évolution du dioxyde de carbone et l’évolution des climats sur 150 000 ans sont sans ambiguïtés. Il démontre alors l’influence humaine sur l’évolution du climat depuis le début de l’air industrielle.

 

Comme en témoignent ses compagnons de route, Jean Jouzel ou Jérôme Chappellaz, il est aussi un scientifique des plus attachants, il a su rassembler autour de lui une communauté de scientifiques polaires internationaux.

 

« Il y a deux façons de raconter cet épisode-là. L’aventurière d'abord : le froid incroyable, les sacs de couchage couverts du givre de nos respirations, les pensées bloquées par le gel, 2 500 kilomètres à travers l’inlandsis, découvrant une chaîne de montagnes inexplorées (…) Et puis il y a la manière scientifique de raconter tout ça : géodésie pour fournir les repères géographiques, mesure des altitudes, détermination des épaisseurs de glace par prospections gravimétriques et sismiques, stations glaciologiques, données météorologiques... » Raconte-t-il dans Voyage dans l’Anthropocène co-écrit avec le journaliste Laurent Carpentier.

 

Claude Lorius a disparu à 91 ans, au lendemain de la publication du rapport du Giec 2023.

 

Un documentaire d’ Aline Penitot , réalisé par Gilles Blanchard .

 

Avec :

 

Jean Jouzel, glaciologue, paléoclimatologue, figure emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique, vice-président du groupe d'expert n°1 du Giec, membre de l’académie des sciences de France, d’Italie, de d’Europe et des Etats-Unis. Lauréat du prix Vetlesen, considéré comme l’équivalent du prix nobel pour les sciences de la Terre.

 

Jérôme Chappellaz, paléoclimatologue, directeur de recherche au CNRS, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, ancien Directeur de l’Institut polaire Paul Emile Victor, Président de la fondation Ice Mémory

 

Laurent Carpentier, journaliste au Monde, co-auteur avec Claude Lorius de Voyage dans l’Anthropocène, publié chez Actes Sud.

 

Anne-Christine Clottu-Vogel, Ancienne secrétaire générale de l’Académie suisse des sciences naturelles, Présidente de nombreuses institutions pour développement durable et social, compagne de Claude Lorius.

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25 septembre 2023 1 25 /09 /septembre /2023 12:43

 

Il a cru en la possibilité d’un changement avec l’élection d’Emmanuel Macron, il en est revenu. Pour Reporterre, le climatologue Jean Jouzel confie son soutien à « toutes les formes d’engagement ».

 

Jean Jouzel, 76 ans, est un infatigable porte-parole de la lutte contre le changement climatique. Climatologue et glaciologue, il s’est fait connaître en 1987 en publiant, avec Claude Lorius, la première étude établissant formellement le lien entre concentration de CO₂ dans l’atmosphère et réchauffement climatique.

 

Il a été vice-président du Groupe 1 du Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) de 2002 à 2015. En février dernier, il a reçu le prix Vetlesen, considéré comme l’équivalent pour les sciences de la Terre du prix Nobel. Reporterre l’a rencontré, une heure durant, dans un jardin du XIIᵉ arrondissement de Paris.




Reporterre — Ce lundi 25 septembre, Emmanuel Macron doit détailler le plan de « planification écologique » du gouvernement. Qu’attendez-vous de ces annonces ?

 

Jean Jouzel — À vrai dire, elles me préoccupent peu. Je sais qu’elles ont été préparées sérieusement par l’équipe d’Antoine Peillon [le secrétaire général à la Planification écologique].

 

Elles iront dans le sens de la feuille de route du pays, qui est ambitieuse : la France s’est engagée à réduire de 55 % ses émissions à l’horizon 2030 [par rapport à 1990], et souhaite atteindre la neutralité carbone en 2050. J’adhère à ces objectifs.

 

Mais on connaît bien le problème actuel : il y a un fossé entre les annonces et leur mise en œuvre. Il manque un gouvernement qui ait de l’entrain, qui se décide à entraîner franchement les citoyens, les élus et les entreprises dans ce grand défi. Pour cela, il faudrait déjà qu’à la tête de l’État, Emmanuel Macron cesse de semer la confusion en déclarant, par exemple, que « la France, c’est 1 % des émissions mondiales ».

 

Ce faisant, le président minimise la responsabilité historique de la France dans le changement climatique, tout en relativisant l’importance et l’ampleur du travail qu’elle doit fournir. [Il marque une pause] Cette déclaration m’a agacé. C’est démotivant, ce n’est pas comme ça qu’on va réussir à emmener tout le monde sur le chemin de la sobriété : il offre une porte de sortie rêvée à celles et ceux qui ne souhaitent pas bouger. Et ce n’est pas une bonne façon de vendre le travail qui est fourni par ailleurs.



Vous avez rencontré la majorité des présidents de la Vᵉ République. On vous sent particulièrement déçu par Emmanuel Macron…

 

Oui, parce qu’au moment de son élection, j’avais placé pas mal d’espoir en lui. J’étais confiant. Je l’ai rencontré il y a pile dix ans, en 2013, après que le Giec a adopté le rapport du Groupe 1 à Stockholm. J’étais invité par le président François Hollande pour présenter ces travaux, et il était là [Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint du cabinet du président de la République].

 

J’ai échangé quelques mots avec lui et je l’ai senti sincèrement intéressé. Quand il s’est présenté à la présidentielle de 2017, j’étais prêt à lui apporter mon soutien. Il venait quand même d’un gouvernement de gauche et — c’est de notoriété publique — ma sensibilité est à gauche. J’étais à l’Élysée le jour de son intronisation en 2017.

« Emmanuel Macron venait quand même d’un gouvernement de gauche. [...] J’étais à l’Élysée le jour de son intronisation. » © Mathieu Génon / Reporterre

 

Depuis, même si je sais la difficulté de gouverner, j’ai eu des déceptions. Récemment, il y a eu l’épisode de ses vœux aux Français pour l’année 2023 et sa phrase « Qui aurait pu prédire […] la crise climatique aux effets spectaculaires, cet été dans notre pays ? » Je ne comprends toujours pas comment il a pu dire cela, alors qu’il me citait en 2016 dans son livre « Révolution », en disant que Jouzel ne peut pas se tromper.

 

Mais mon enthousiasme avait déjà été bien entamé au moment de la Convention citoyenne pour le climat. J’ai vécu cette initiative de l’intérieur : le processus était remarquable et les propositions établies par les citoyens tirés au sort étaient vraiment ambitieuses. Emmanuel Macron aurait pu — et dû — prendre ces mesures à bras-le-corps. Mais à la fin, la plupart n’ont même pas été prises en compte. Je reste persuadé qu’il est passé à côté d’un grand effet d’entraînement de la société.

 

« J’ai le sentiment qu’Emmanuel Macron aimerait réussir, mais sans prendre les décisions nécessaires »

 

Le gouvernement s’y était déjà pris comme un manche avant le mouvement des Gilets jaunes. La taxe carbone, telle qu’elle était envisagée, était injuste : cette réforme aurait mis à genoux les personnes aux revenus les plus modestes, en leur demandant de contribuer trois fois plus que celles aux revenus les plus élevés. C’est une platitude, mais sans justice sociale, on ne pourra pas y arriver.

 

Quand le rapport de Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz est sorti — celui qui a évalué à 66 milliards d’euros supplémentaires par an, d’ici à 2030, les sommes à investir pour atteindre la neutralité carbone — la recommandation qui consistait à taxer les riches a été balayée avec empressement par l’exécutif. C’est comme s’il s’était promis de ne pas demander plus d’efforts aux riches ; ce qui est quand même assez incompatible avec la lutte contre le changement climatique. En résumé, j’ai le sentiment qu’Emmanuel Macron aimerait réussir, mais sans prendre les décisions nécessaires, parce qu’elles heurtent sa pensée ultra libéraliste.



Le 29 août 2023, vous avez participé à un débat à l’université d’été du Medef, à l’hippodrome de Longchamp. Vous avez rappelé, devant des chefs d’entreprise et face à Patrick Pouyanné, PDG de TotalÉnergies, qu’il fallait cesser d’investir dans les énergies fossiles. La réponse de Patrick Pouyanné : « Cette transition, je suis désolée Jean, mais elle prendra du temps. J’assume de poursuivre mes investissements pétro-gaziers car la demande croît. Je respecte l’avis des scientifiques, mais il y a la vie réelle ». Vous vous en êtes ému dans plusieurs sorties médiatiques. Pourquoi ce moment vous a-t-il tant remué ?

 

Ce jour-là, je n’ai rien dit d’exceptionnel. J’ai rappelé des faits désormais bien connus, qui se trouvent dans le rapport du Giec. J’ai mentionné l’écrasante responsabilité des combustibles fossiles dans l’augmentation de l’effet de serre. J’ai dit qu’au regard de ces connaissances, j’étais totalement en phase avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, qui appelle à cesser les investissements dans le secteur fossile.

 

Ce n’est pas la première fois que j’interagis avec Patrick Pouyanné et sa réaction ne m’a pas surprise. Il est dans son rôle. Il est PDG d’une entreprise pétrolière qui a intérêt à ce que la transition prenne du temps. Et quand il parle de « la vie réelle », il n’a pas forcément tort : nos modes de transport sont encore très largement fossiles, pareil pour le chauffage domestique. Même si des choses se passent, aujourd’hui, nos sociétés dépendent largement des énergies fossiles.

« Le capitalisme actuel est fort incompatible avec ce qui est nécessaire si on veut prendre la mesure du réchauffement climatique. » © Mathieu Génon / Reporterre

 

Mais la différence entre lui et moi, c’est qu’il s’accommode bien de cette « vie réelle » et des profits qu’elle lui permet de réaliser. De mon côté, je dis que ça ne doit pas durer : cette « vie réelle », ce sont aussi les incendies au Canada qui brûlent l’équivalent d’un quart de la surface de la France, les plus de 10 000 morts en Libye, les pluies torrentielles en Grèce, les canicules à répétition, l’Iran qui se met à l’arrêt pendant deux jours parce qu’il fait 55 °C…

 

En ayant pris 1 degré supplémentaire, force est de constater que ce que nous avions anticipé au cours des cinquante dernières années se réalise sous nos yeux. Dans ce contexte, ce qui m’a chiffonné, c’est d’avoir reçu un accueil glacial, et que le discours de Patrick Pouyanné puisse être applaudi chaudement — même au Medef, car je considère la transition écologique comme une grande opportunité pour les entreprises.



N’est-il pas temps d’entrer en rupture avec Pouyanné et le capitalisme fossile, d’arrêter de négocier ?

 

Le capitalisme actuel est, en effet, fort incompatible avec ce qui est nécessaire si on veut prendre la mesure du réchauffement climatique. Pouyanné incarne ce capitalisme ultralibéral. La libéralisation de l’économie a eu des effets assez terribles.

 

« Si on ne donne pas de limites au capitalisme, on ne s’en sortira pas »

 

Aujourd’hui, les entreprises sont moins au service de la société qu’aux actionnaires. Leur vision, c’est la rentabilité à court terme et elles continuent d’orienter la demande future vers les fossiles.



Quand vous parlez du capitalisme « actuel », c’est que vous pensez qu’il peut être réformé ? Une récente étude publiée dans la revue Lancet Planetary Health, indique que la croissance est incompatible avec la préservation d’un climat vivable sur Terre.

 

Si on ne donne pas de limites au capitalisme, on ne s’en sortira pas. Est-ce qu’on pourrait avoir un capitalisme plus assagi, qui prendrait mieux en compte les problèmes environnementaux ? J’aimerais, même si je ne suis pas naïf.

 

J’aimerais que le capitalisme se mette au service de la société, tienne compte des gens, de ses externalités, que l’État ait plus de poids. Il faudrait que l’OMC, l’épine dorsale du capitalisme, donne un prix sérieux au carbone. Ce serait moins mal que l’ultralibéralisme actuel. C’est peut-être un vœu pieux, mais je n’ai pas d’autre proposition.



Le 14 septembre dernier, vous avez signé avec plus de 300 scientifiques une tribune, publiée dans « Le Monde », appelant le gouvernement et l’Assemblée nationale à soutenir un traité de non-prolifération des énergies fossiles. Faut-il démanteler l’industrie fossile avant qu’elle ait épuisé ses actifs ?

 

Du point de vue des sciences du climat, oui. Nous sommes à un moment de bascule pour préserver les conditions d’habitabilité de notre planète et, comme l’a souligné le dernier rapport du Groupe 3 du Giec, respecter l’objectif fixé par l’accord de Paris d’un réchauffement de 1,5 °C ou de 2 °C nous impose d’abandonner de façon prématurée les infrastructures utilisant des énergies fossiles.

 

Pareil pour les nouveaux projets, évidemment. C’est pourquoi nous avons demandé à TotalÉnergies d’abandonner, par exemple, le projet d’oléoduc de pétrole géant East African Crude Oil Pipeline (Eacop), en Ouganda et en Tanzanie.

« Respecter l’objectif fixé par l’accord de Paris d’un réchauffement de 1,5 °C ou de 2 °C nous impose d’abandonner de façon prématurée les infrastructures utilisant des énergies fossiles. » © Mathieu Génon / Reporterre

 

Après, je reconnais que derrière, ça pose plusieurs problèmes. Pour que ça marche, il faut que ce soit acceptable notamment pour le continent africain qui cherche à se développer avec l’argent de son pétrole. Cela implique de déployer massivement les énergies renouvelables, et aussi d’être à la hauteur du point de vue de la solidarité.

 

Je suis révolté par le temps qui est pris par les pays développés pour réunir les « 100 milliards de dollars par an » qu’ils se sont engagés, en 2009 à Copenhague, à fournir aux pays en développement à partir de 2020, pour financer leurs actions de lutte contre le changement climatique. On n’y est pas, alors qu’on a bien vu pendant la pandémie de Covid-19 qu’on était capable de faire des plans Marshall pour des crises majeures.

 



Ces derniers temps, comme l’a analysé le journaliste du « Monde » Stéphane Foucart, l’aggravation des effets du réchauffement coïncide avec un retour du climatoscepticisme. Avez-vous vu venir ce phénomène ?

 

Le climatoscepticisme a muté, parce qu’il était dos au mur. Plus personne ne peut décemment dire que « le Giec exagère » et même le député RN Thomas Ménagé est revenu sur sa déclaration. On les entend moins sur le déni de la réalité scientifique du changement climatique ou de la responsabilité humaine, où ils ont perdu la bataille.

 

Mais ils ont trouvé d’autres voies pour s’exprimer. Ils versent, notamment, dans le « rassurisme » : ils nous rassurent sur le fait qu’on va pouvoir s’adapter, même en conservant nos modes de vie actuels grâce à des solutions technologiques. Ce qui m’inquiète, c’est que ces discours sont assez généralisés, et notamment dans le monde politique.

 

La porte de sortie qu’on voit venir gros comme une maison, c’est la géoingénierie, avec l’ensemencement des nuages ou l’injection de particules de soufre dans la stratosphère. Ce ne sont pas des solutions, ce sont des épées de Damoclès sur les générations futures.



Que pensez-vous des actions menées par des collectifs comme les Soulèvements de la Terre ? Après toutes ces années à tenter d’alerter les décideurs, à les pousser à changer de braquet, défendez-vous l’idée qu’on s’oppose frontalement à la machine ?

 

Je respecte et je soutiens toutes les formes d’engagement, dont les actions des Soulèvements de la Terre. J’ai été extrêmement choqué par l’utilisation du terme d’« écoterrorisme » par Gérald Darmanin. Je suis assez proche du monde agricole et, même quand les agriculteurs mènent des manifestations qui se terminent par de la casse, on ne parle jamais d’« agriterrorisme ». J’espère que Gérald Darmanin sera débouté une seconde fois dans l’affaire de la dissolution des Soulèvements de la Terre.

« J’ai dû faire à peu près toutes les marches climat. Je regrette qu’il n’y en ait plus. » © Mathieu Génon / Reporterre



Est-ce qu’on vous retrouvera un jour dans une action de désobéissance civile aux côtés des Scientifiques en rébellion, la main collée à une BMW ?

 

[Il rit] Je me trouve un peu vieux pour faire tout ça, donc je ne vous promets rien, mais les Scientifiques en rébellion ont toute mon amitié et mon soutien. En revanche, j’ai dû faire à peu près toutes les marches climat. Je regrette qu’il n’y en ait plus.



Avez-vous l’espoir que la COP28, à Dubaï, mène à des avancées importantes ?

 

Chaque continent a le droit d’organiser la COP, il faut que ça tourne. Évidemment, on ne peut pas aller à Dubaï sans que pratiquement tous les ministres aient le bras dans le pétrole jusqu’au coude. Mais je suis un éternel optimiste et je pense qu’on ne peut pas discuter de la fin des fossiles sans les producteurs. Il faut essayer de mettre une date sur la fin des énergies fossiles.

 

Ma principale crainte, c’est que la COP28 se transforme en grande promotion de la capture et du stockage du carbone, voire de la géoingénierie. Elle sera, en tout cas, très importante, car elle doit permettre de mesurer le retard pris par rapport aux objectifs de l’Accord de Paris, et doit permettre d’avancer sur l’indemnisation des pertes et dommages.

 

J’ai participé à toutes les COP depuis 2000 ou 2001 et on me demande souvent à quoi riment les COP et le Giec. J’estime que la communauté scientifique a joué son rôle et, même si on est encore loin du compte, je n’imagine pas un monde sans COP. On n’en serait nulle part.

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