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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 14:42
Par Gérard Borvon.

 

Un article de la rubrique des souvenirs d'un prof de physique qui ne voulait pas que l'on s'ennuie en classe

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Dans les dernières années de cette fin de 20ème siècle déjà lointain, j'accompagnais de façon régulière mes élèves du lycée de l'Elorn à Landerneau au centre des archives municipales voisin de l'établissement. Là, dans le reste de verdure d'un ancien parc, un manoir bourgeois, portant les marques de ses multiples remaniements, conservait les collections de revues de vulgarisation scientifique qui garnissaient l'ancienne bibliothèque. Elles avaient fait le bonheur des notables et lettrés landernéens de ce 19ème siècle où la ville était un prospère centre industriel. Elles allaient reprendre du service cent ans plus tard.

Le manoir de Keranden à Landerneau, ancien centre des archives municipales.

 

L'une de ces revues avait particulièrement du succès par ses articles écrits dans un style vivant et surtout pour ses nombreuses illustrations : La Nature. Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie. Le thème de nos recherches tournait généralement autour de : " Les Sciences, il y a 100 ans". Ainsi, année après année, ces lycéennes et lycéens ont découvert les premiers pas de leur actuelle "modernité". Les débuts, par exemple, des dessins animés puis du cinéma avec le "phénakistiscope".

 

Nous avons découvert le "phénakistiscope (alors orthographié "phénakisticope" ) dans un numéro de la Nature de 1880. On y parlait alors du "phénakisticope de Joseph Plateau".

 

 

Plus tard, dans la même revue datée de 1882 un article sur "l'enseignement par les jeux" décrivait l'appareil sous le terme de "zootrope".

 

 

L'idée nous vint alors d'apprendre en nous amusant, comme nous invitait à le faire l'auteur de l'article, et d'illustrer la notion de persistance rétinienne par la construction de phénakistiscopes.

 

L'article nous ramena à un article daté de 1879 où il était question des allures du cheval photographiées par Eadweard Muybridge.

 

Allures du cheval photographiées par Muybridge.

 

Restitution du mouvement par le phénakistiscope.

 

Nous retrouvions Muybridge dans un article daté de 1882 où était décrite sa méthode : 24 appareils disposés le long d'une piste où l'animal photographié coupait des fils déclenchant la prise de vue.

 

 

L'article annonçait également les publications de Etienne-Jules Marey au sujet de son "fusil photographique".

 

 

Le mouvement pouvait être observé par un phénakistiscope, ce que nous avons réalisé en classe en utilisant la reproduction ci-dessus.

 

 

Tout cela se terminait par l'article de 1895 qui annonçait la naissance du cinématographe des frères Lumière.

 

 

Pour aller plus loin.

L'ensemble de ce travail a fait l'objet d'un article publié dans le bulletin de l'Union des Physiciens sous le titre : Du phénakisticope au cinématographe un moment de physique amusante. La description de l'appareil y est détaillée.

 

 

Cet article détaille tout ce qui n'a été qu'évoqué ci-dessus.

Ce phénakistiscope a été réalisé en marqueterie par les élèves de la section marqueterie du lycée de l'Elorn à Landerneau

 

 

Un Phénakistiscope en mouvement.

 

 

 

Dans le musée des frères Lumière à Lyon.

 

 

On peut lire aussi :

 

L'histoire des sciences, un outil pour la classe :

quatre expériences pédagogiques.

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13 décembre 2025 6 13 /12 /décembre /2025 14:51

première mise en ligne 18/09/2017

 

 

2000 ans d'histoire.

Patrice Gélinet a consacré son émission de mercredi 9 décembre 2009 à l’histoire de l’électricité.

 

Invité : Gérard Borvon pour son livre publié chez Vuibert, "Histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron"


 

 

 

 

« Il est un agent puissant, obéissant, qui se plie à tous les usages : il m’éclaire, il m’échauffe, il est l’âme de mes appareils mécaniques. Cet agent, c’est l’électricité. »

Jules Verne Vingt Mille Lieues sous les mers

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Pendant des milliers d’années, l’humanité s’est contentée d’observer sans les comprendre les manifestations de ce qui allait devenir sa première source d’énergie. Emerveillés par les aurores boréales, ou terrorisés par la foudre, qui n’était croyaient-ils que l’expression de la colère des dieux, les hommes ont mis des siècles à comprendre et à domestiquer l’électricité pour qu’elle les éclaire, les réchauffe, leur permette de se déplacer, de communiquer, et pour faire tourner leurs machines. En 1780, un savant italien, Luigi Galvani, avait même réussi à faire bouger des cadavres de grenouille en y faisant passer de l’électricité. C’était l’époque où elle n’était encore qu’un objet de curiosité dans les salons du XVIII° siècle.

 

Ecouter l’émission

 

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De Thalès, fasciné par l'ambre et sa force d'attraction, à l'électricité de demain, l'énergie électrique a toujours été au coeur des préoccupations humaines. Aujourd'hui, loin des craintes premières des hommes face à la foudre et aux éclairs, c'est l'avenir de la planète, et la position de l'homme dans cet environnement en souffrance, qui font progresser la place et l'image de l'électricité dans la vie de chacun. De nouvelles voies ont été explorées, des énergies renouvelables proposées. De l'hydroélectricité à l'électricité verte obtenue à partir de déchets industriels et agricoles, en passant par les panneaux photovoltaïques, les éoliennes, la géothermie, le solaire hydraulique et les énergies marines, ces filières d'énergie « propre » commencent à se faire une place au côté de l'électricité traditionnelle, sans toutefois la détrôner.

 

De l'ambre à l'électron, cette histoire de l'électricité mérite que l'on s'y attarde, car si l'électricité est devenue pour tous un droit inaliénable, et s'affiche comme l'énergie de demain, elle le doit à des hommes, amateurs ou scientifiques reconnus, à des expériences heureuses ou hasardeuses, et à des erreurs aussi, sans parler du hasard omniprésent dans l'histoire des sciences.

 

Un parcours que nous vous proposons de retracer, aujourd'hui, en direct du studio 167 de France Culture, en compagnie de Gérard Borvon, ancien professeur de physique, formateur en Histoire des sciences techniques dans les IUFM (institut universitaire de formation des maîtres), et auteur du livre « Histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron », paru chez Vuibert à l'automne 2009. Et avec lui, Patrice Carré, qui a signé en 1991, avec Alain Beltran, un livre intitulé « La fée et la servante », paru chez Belin. Il est spécialiste de l'histoire culturelle et sociale des réseaux.

 

 

Aurélie Luneau

 

Ecouter l'émission

 

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Gérard Borvon a publié Histoire de l'électricité, de l'ambre à l'électron aux éditions Vuibert. Il y fait le récit de l'évolution de l'électricité, curiosité de la Grèce antique devenue une ressource essentielle à notre civilisation.

 

 

Ecouter l'émission

 

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Semences de Curieux est une émission animée par Jacques Olivier sur la radio belge RTBF.

 

Par définition, les sciences sont toujours en mouvement. Semences de Curieux se propose d’en suivre la marche en les mettant en perspective, entre les acquis du passé et les questions en suspens avec leur enjeu pour demain.

 


 

Pour réécouter les deux émissions voir :

 

 

1ere émission

 

2eme émission

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Athena. Recherche et d é v e l o p p e m e n t

t e c h n o l o g i q u e ... ... 2010 Le mag’ scientifique

 

 

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Bulletin de l'Union des Physiciens.

 

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La Recherche

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Il était une fois l’électricité. De l’ambre à la lumière.

 

"Il y aurait bien des façons de raconter l’histoire de l’humanité ; mais il est certain que depuis le jour où l’un de nos ancêtres inconnu s’est emparé d’une flamme, l’histoire de l’humanité se confond avec celle de la domestication des énergies. Et parmi celles-ci, l’énergie électrique tient une place de premier plan.L’Histoire de l’électricité, c’est une histoire vieille comme le monde - ou presque : tout a commencé au sixième siècle avant Jésus-Christ, lorsque Thalès de Milet a découvert qu’en frottant un morceau d’ambre sur une peau de mouton, l’ambre se chargeait d’électricité statique... L’ambre : elektron en grec - l’électricité était née."

 

Voir la vidéo

Une recherche documentaire intéressante. Des images animées attractives.

Parfois, hélas, quelques raccourcis hasardeux (Thalès n’a pas nommé l’électricité Elektron, mot qui est simplement le nom grec de l’ambre - Nollet ne distinguait pas deux sortes d’électricité, la découverte est de Dufay).

Éclairant cependant.

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Les commentaires sur Amazon.

 
Cet ouvrage est un exemple de ce que devrait être la vulgarisation de la science au sens noble de vulgarisation: action de rendre accessible aux non spécialistes la quête inlassable et collective du génie humain pour arracher à une nature terriblement complexe ses secrets
J'ai commandé ce livre car je suis professeur des écoles et je dois réaliser une séquence sur l'électricité.
Ce livre est très intéressant et très bien fourni. Enfin un moyen de connaitre véritablement l'histoire de l'électricité !

De plus, le livre est arrivé en très bon état et très rapidement.
 
Ce livre permet d'appréhender clairement les différents concepts historiques qui ont permis d'élaborer la théorie actuelle de l’électricité.
Je le recommande particulièrement à tous ceux qui ont été rebutés au cours de leur scolarité par l'enseignement de cette matière.Vous comprendrez par exemple pourquoi la charge de l'électron est négative et non positive, d’où vient les signes + et -...et beaucoup de chose qui ne sont malheureusement pas enseignées au collège ou au lycée.
Merci à l'auteur.
L'histoire de l'électricité est très bien racontée par Gérard Borvon. Ce livre n'est pas du tout rigide et formel, il se lit très bien et c'est ce qui fait qu'on retient plus de choses ! Les anecdotes y sont très bien rapportées et on s'amuse à les lire. Ce livre casse la malheureuse idée rigide et complexe que l'on peut avoir des sciences, on apprend en s'amusant et ça réconcilie les gens avec la physique.

Les Meilleurs Livres pour Maîtriser l’Électricité.

 

 

4. Histoire de l’électricité : de l’ambre à l’électron (Gérard Borvon)
 

À propos de l’auteur
 

Gérard Borvon est un historien passionné de sciences. Avec une carrière dédiée à l’enseignement et à la recherche, il combine rigueur académique et talent de conteur pour rendre l’histoire des sciences accessible et passionnante.

Ce livre propose un voyage fascinant à travers l’histoire de l’électricité, depuis les premières découvertes jusqu’aux avancées modernes. C’est une lecture captivante pour quiconque souhaite comprendre l’évolution des connaissances électriques et l’impact de ces découvertes sur notre monde.

 

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France Culture. La Méthode Scientifique.

par Nicolas Martin.

Faut-il réhabiliter Nicolas tesla ?

 

 

J’ai lu histoire de l’électricité, de l’ambre à l’électron de Gérard Borvon

Un livre écrit par un passionné d’histoire, de physique et d’électricité:

Un sympathique article d'un lecteur.

 

Quand on écrit un livre, il faut forcément être passionné par le sujet.

Je pense cela, car ce qui anime en partie les articles que je rédige dans ce blog, c’est la passion que j’ai pour mon métier et pour l’électricité en général.

Et après la lecture d’un livre comme celui ci, je peux vous certifier que l’auteur, Gérard Borvon, doit être un passionné.

Cette passion pour l’électricité, il l’a transmise dans ce livre mais aussi dans sa carrière: Enseignant en physique Chimie, formateur en histoire des sciences à l’IUFM et auteur de plusieurs livres dont celui que je vous propose dans cet article.

 

 

Histoire de l'électricité de l'ambre à l'électron (Gérard Borvon, Vuibert/de Boeck). La presse et les médias en parlent.
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12 décembre 2025 5 12 /12 /décembre /2025 12:31

Gérard Borvon

 

"pour contribuer à la culture générale et tirer de l'enseignement des sciences tout ce qu'il peut donner pour la formation de l'esprit, rien ne saurait remplacer l'histoire des efforts passés, rendue vivante par le contact avec la vie des grands savants et la lente évolution des idées." (Paul Langevin)

 

"Souvenirs d'un prof de physique qui ne voulait pas s'ennuyer en classes".

 

Ce titre est repris de l'introduction de plusieurs articles de ce blog. Ne pas s'ennuyer en classe est un préalable à toute acquisition des connaissances de la part des élèves. Un enseignant  peut-il atteindre pas cet objectif si lui même s'y ennuie ?

 

Enseigner la physique-chimie offre cette opportunité, en particulier avec les travaux pratiques. Enseignant la matière au lycée de l'Elorn à Landerneau puis formateur à l'IUFM de Bretagne, l'histoire des sciences m'a ouvert de nombreuses possibilités. J'en propose, à qui serait intéressé, quelques exemples dont le souvenir m'est resté vivant.

 

 

Ces séquences d'enseignement ont-elles évité un ennui prolongé en cours de physique-chimie ? Seuls et seules les élèves pourraient en témoigner. Une chose est certaine, le prof, lui, grâce à ses élèves particulièrement complices, ne s'est pas ennuyé. Qu'elles et ils en soient remerciés.

 

L'Histoire des Sciences, un outil pour la classe : quatre expériences pédagogiques.

"L’histoire des sciences ne doit pas être un simple ornement. Utilisée comme un outil pour faire progresser le cours elle évite le piège du dogmatisme qui est à l’opposé de la démarche scientifique dans le même temps qu’elle inscrit les sciences comme une part entière de la culture humaine."

 

 

Du Phénakistiscope au cinématographe.

 

"Dans les dernières années de cette fin de 20ème siècle déjà lointain, j'accompagnais de façon régulière mes élèves du lycée de l'Elorn à Landerneau au centre des archives municipales voisin de l'établissement. Là, dans le reste de verdure d'un ancien parc, un manoir bourgeois, portant les marques de ses multiples remaniements, conservait les collections de revues de vulgarisation scientifique qui garnissaient l'ancienne bibliothèque. Elles avaient fait le bonheur des notables et lettrés landernéens de ce 19ème siècle où la ville était un prospère centre industriel. Elles allaient reprendre du service cent ans plus tard."

 

 

Histoire de la chimie des algues en Bretagne. De la soude à l'iode jusqu'aux alginates.

"Ce texte est le résultat d'une recherche à la fois historique et pédagogique menée avec des classes de seconde du lycée de Landerneau entre les années 1995 et 2000.

 

C'est un travail historique : il montre l'évolution et la permanence d'une industrie liée aux algues en Bretagne depuis le début du 18ème siècle.

 

C'est un travail pédagogique avec pour objectifs :
- de sortir l'enseignement des murs de l'école.
- de faire participer les élèves à la construction de leur savoir.
- d'étudier un programme dans le cadre d'un projet.
- de situer une science et une technique, comme toute activité humaine, dans l'histoire et en particulier celle d'une région."

 

Paul Langevin et l'histoire des sciences pour enseigner les sciences.

"pour contribuer à la culture générale et tirer de l'enseignement des sciences tout ce qu'il peut donner pour la formation de l'esprit, rien ne saurait remplacer l'histoire des efforts passés, rendue vivante par le contact avec la vie des grands savants et la lente évolution des idées."

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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 12:44

Gérard Borvon.

 

Les scientifiques, climatologues, biologistes, sont, comme les écologistes, victimes d'une véritable chasse aux sorcières.  La préservation du climat ou de la biodiversité est un autre "champ de bataille" qui s'apparente à celui que nous décrit Nicolas Legendre.

 

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Voilà des mois que le contexte politique, en particulier le champ de bataille que sont devenues l'agriculture et l'écologie, me hante. Pour ne pas rester sans rien faire, j'ai écrit un texte qui, je l'espère, contribuera à éclairer les dynamiques fétides actuellement à l’œuvre. Merci d'avance pour vos partages.

 

 

En octobre dernier, un couple d’éleveurs bretons m’a raconté comment leur fille adolescente, durant ses études agricoles, a été moquée et dénigrée par des camarades de classe. Parce que ses parents sont des «bios», elle était, aux yeux de quelques-uns, la «sale pute d’écolo» (sic).

 

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Il y a quelques jours, le nouveau président de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole français, déclarait publiquement : «Les écolos, la décroissance veulent nous crever, nous devons leur faire la peau.»

 

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Début novembre, Mediapart et Libération révélaient des images filmées par les caméras-piétons des gendarmes lors de la manifestation organisée en mars 2023 contre l’implantation de méga-bassines à Sainte-Soline. «Je ne compte plus les mecs qu’on a éborgnés», se réjouit un militaire. «Faut qu’on les tue», s’exclame un autre. Les manifestants sont qualifiés en chœur de «pue-la-pisse», d’«enculés», de «chiens» ou de «résidus de capote».

 

L’aspect le plus notable, dans ce florilège, est selon moi la jubilation qui semble animer certains membres des forces de l’ordre à l’idée de briser, de violenter, d’anéantir, ceux d’en face.

 

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En mars 2025, une vidéo «humoristique» était diffusée lors de l’assemblée générale des Jeunes agriculteurs de la Manche, syndicat affilié à la FNSEA, en présence du préfet de département. On pouvait y voir un agriculteur excédé par la visite dans sa ferme d’un agent de l’«Office du complot de la biodiversité». Le fonctionnaire finissait assassiné à coup de pelle et enterré à la hâte.

 

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Début février 2025, l’ancien président de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique s’en est pris violemment à une technicienne naturaliste venue effectuer des relevés dans une parcelle. «Les personnes comme toi méritent d’être égorgées», aurait notamment déclaré l’intéressé.

 

***

 

Je pourrais multiplier les exemples. Chaque semaine charrie son lot de violences à l’encontre de celles et ceux qui, d’une façon ou d’une autre, se définissent comme «écologistes» ou sont identifiés comme tels.

 

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Pour certains, en France, les «écologistes» sont devenus des ennemis à abattre. Non pas seulement des adversaires politiques, mais des ennemis. Que l’on compare aux pires dictateurs sanguinaires (talibans, ayatollahs, khmers). Que l’on peut menacer. A qui l’on peut promettre la mort sans que cela déclenche l’activation de quelque cellule gouvernementale d’enquête et d’assistance. Sans que cela, non plus, suscite l’indignation des chroniqueurs les plus en vue.

 

Je rencontre depuis peu des hommes et femmes qui ont peur de revendiquer leur sensibilité «écologique». Je remarque, dans nos discussions, l’embarras, la honte, cette façon qu’ils ou elles ont de baisser le ton au moment d’évoquer leur «cause». Comme s’il s’agissait de criminalité organisée ! Comme s’ils pointaient chez Daech !

 

Entendons-nous bien : je ne parle même pas d’activistes pratiquant la désobéissance civile. Je parle de membres d’associations locales dédiées à la création d’un verger partagé. Je parle de bibliothécaires organisant des rencontres littéraires en lien avec le vivant. «Mais bon, disent-ils, nous, on n’est que des… écolos…»

 

Parfois même, ils utilisent, pour se désigner, l’insulte préférée de leurs détracteurs : «Ecolos-bobos.» Autant dire que les adversaires de l’écologie ont remporté la première bataille – peut-être la mère de toutes. Ils ont instillé le doute, l’effroi, la honte de soi.

 

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C’est ainsi que commencent les épurations – j’assume ce mot. C’est ainsi, du moins, que les épurations ont commencé, dans d’autres contextes. Le plat est indigeste, mais la recette est simple. Pour bien épurer, il faut d’abord essentialiser une catégorie sociale, ou ce qu’on considère comme tel.

 

Car «les écologistes», ça n’existe pas. L’écologie est un concept fourre-tout qui rassemble des citoyens sensibles à la faune, à la flore, à la fonge, aux paysages ou aux pollutions, ainsi que des scientifiques, des naturalistes, des membres de partis politiques (pas uniquement au sein du parti Les Ecologistes, puisqu’il y a des «écologistes» revendiqués ailleurs à gauche, de même qu’à droite et à l’extrême droite), mais aussi des militants (pacifistes ou non) ainsi que (c’est un comble)… bon nombre d’agriculteurs et d’agricultrices.

 

Pour bien épurer, il faut ensuite désigner cette catégorie comme responsable de maux en tous genres.

 

Éventuellement, tant qu’à faire, on peut la désigner comme responsable des maux contre lesquels se mobilisent une partie même des membres de cette catégorie : plus c’est gros, plus ça passe.

 

Une fois ces ingrédients réunis, il suffit de tirer à vue. Dans les discours, dans les médias, dans les livres : sulfater, cibler les nuisibles, nourrir leur honte d’être ce qu’ils sont, les laisser s’affaiblir eux-mêmes.

 

Alors, les dés sont jetés. Les hasards du temps et l’imprévisibilité des foules feront le reste.

 

***

 

Je ne compare pas les époques. Je n’affirme pas qu’une épuration a lieu actuellement en France. Je constate simplement que des planètes sont en cours d’alignement. Que la mécanique s’enclenche. J’entends des éditorialistes, des élus, des décideurs, qui expliquent que les «écolos» sont la cause de tout et son contraire, alors même que lesdits «écolos» ne sont parvenus nulle part en Occident à imposer quelque transformation politique d’ampleur depuis que le concept d’écologie existe (tout au plus ont-ils enfoncé quelques coins dans la doxa productiviste et extractiviste).

 

L’épuration, si elle a lieu, ne prendra pas nécessairement la forme des purges hitlériennes ou staliniennes. Elle pourrait être totale ou partielle, judiciaire ou sociale, culturelle, politique, policière.... Cela pourrait demeurer strictement symbolique – c’est déjà beaucoup. Cela, aussi, pourrait s’achever en bain de sang.

 

Aux USA, le coup d’envoi a été donné. Donald Trump a fait licencier des milliers de fonctionnaires et de scientifiques chargés notamment d’étudier l’évolution du climat, quand il ne les a pas publiquement calomniés. Des météorologues, accusés de «créer» (oui !) les ouragans qui ont dévasté certaines régions du pays, ont été menacés de mort. Etc.

 

***

 

Le processus s’est mis en place de façon insidieuse. Aucun lobby, aucune multinationale, aucun parti politique n’a publiquement déclaré la guerre à l’écologie. Évidemment que non. Ils auraient trop à perdre, notamment parce que la population mondiale se montre très concernée par ces questions. Selon le People’s Climate Vote 2024, la «plus vaste enquête d’opinion indépendante jamais réalisée sur le changement climatique», commanditée par les Nations unies, «80% des personnes dans le monde souhaitent que leur gouvernement mène une action plus forte face à la crise climatique.»

 

Dans ce contexte, les fossoyeurs de l’écologie ne peuvent qu’avancer à demi masqués.

 

Dans un double mouvement, ils bénéficient de l’inaction politique en même temps qu’ils l’encouragent. Cela crée de la confusion, qui nourrit des colères, qui elles-mêmes ajoutent à la confusion, le tout formant un magma lourd qui alimente la violence.

 

En France, l’agriculture et la ruralité sont devenues les terrains privilégiés de cette «expérience» sociale d’une grande explosivité.



***

 

J’ai la chance d’évoluer entre ces deux mondes (qui, dans l’absolu, n’en forment qu’un) : écologie d’un côté, agriculture de l’autre. Fils d’éleveurs laitiers, j’ai conservé un lien fort à la terre et aux gens qui en vivent. Je réside dans une commune rurale de Bretagne.

 

En tant que journaliste, je suis amené à échanger presque quotidiennement avec des agriculteurs et agricultrices aux quatre coins du pays. Certains sont devenus des amis. Parfois, le dialogue est rude. La plupart du temps, y compris lorsque nos diagnostics divergent, nous parvenons à nous entendre et, accessoirement, à bien nous marrer.

 

De longue date, en tant que journaliste mais aussi en tant que citoyen et, plus simplement, en tant qu’humain, j’ai développé un intérêt pour le vivant en général et pour la façon dont nous interagissons avec lui. On pourrait me qualifier d’écologiste. J’assume.

 

Depuis ce poste d’observation, je vois le Piège qui se referme.

 

Nous sommes tombés dedans collectivement, fleur au fusil, naïveté en bandoulière.

 

Le Piège n’est pas le fruit du hasard. Il constitue l’aboutissement d’un processus engagé il y a plusieurs décennies, et qui a pris une nouvelle tournure depuis le début des années «affreuses, sales et méchantes», pour reprendre les mots du philosophe Dominique Bourg, autrement dit les années 2020.

 

Le Piège ne porte pas de nom. Des historiens se chargeront peut-être, dans les années à venir, de le définir avec précision.
 

En attendant, il est possible d’en identifier quelques rouages.

 

Les choses se sont déroulées, selon moi, en quatre temps :

 

*Multiplication des périls écologiques et prise de conscience citoyenne

*Début d’une prise en compte politique des questions écologiques

*Contre-offensive des principaux bénéficiaires du statu quo, incluant la désignation de boucs émissaires

*Reculs politiques, confusion et colère généralisées, blocages idéologiques, chasse aux sorcières

 

***

 

Dans les années 2010, en France et en Europe, les vents soufflaient (timidement) en direction du changement. En matière d’agriculture, d’alimentation et plus globalement d’écologie, des prises de conscience avaient lieu. Les rapports de force évoluaient (un peu) en faveur d’une transformation de nos sociétés.

 

Ça n’était pas la révolution, ça n’était pas une rupture civilisationnelle, mais c’était suffisant pour faire vaciller le modèle agricole et alimentaire dominant, à savoir le productivisme agro-industriel, et ses principaux bénéficiaires, soit une partie de l’élite socio-économique au sein du monde agricole, ainsi que les multinationales de l’alimentation, des pesticides, des engrais, des semences et du machinisme.

 

***

 

La partie émergée de l’iceberg était la montée en puissance de l’Agriculture biologique. Rappelons que le «bio» répond à beaucoup d’impasses techniques et écologiques actuelles en matière d’agriculture – je ne développerai pas cet aspect ici, mais les sources sont nombreuses. Et qu’il pourrait parfaitement, moyennant une planification, un accompagnement des acteurs, ainsi qu’une évolution globale de notre alimentation, «nourrir le monde». Il nourrit déjà, d’ailleurs, une bonne partie de la planète. De nombreuses études ont démontré cela et l’Organisation des Nations unies l’a écrit noir sur blanc.

 

Mais l’Agriculture biologique a un défaut majeur : elle suppose, en cas de généralisation et d’articulation à une approche agricole «économe-autonome» territorialisée, une remise à plat des structures de domination inhérentes à nos systèmes agricoles et alimentaires. Qui plus est, elle ne fait pas les affaires des fabricants d’engrais et de pesticides, des vendeurs de soja, ni celles, entre autres, des conseillers en agriculture hyperconnectée. C’est même tout l’inverse : elle pourrait, à terme, tuer leur business (tout en créant des emplois par ailleurs).

 

Alors, le vieux lion a rugi. Le système, dans un réflexe d’autodéfense, a fourbi ses anticorps. Ce fut un mouvement brutal et opportuniste, une offensive bigarrée, à l’échelle européenne, avec pour effet plus ou moins direct, entre autres, d’alimenter l’offensive contre l’écologie et les écologistes.

 

***

 

En France, la FNSEA, comme à son habitude, a servi non pas de matrice, mais plutôt de ciment à cette contre-offensive. Par exemple en reprenant à son compte le concept d’agribashing, utilisé pour la première fois en 2016 par un consultant pro-agro-industrie.
 

L’agribashing était bien pratique : il permettait d’assimiler toute personne remettant en cause le système agro-industriel… à un ennemi des agriculteurs, voire de l’agriculture et, tant qu’on y était, de la ruralité dans son ensemble. Bien joué ! Les «écologistes», évidemment, faisaient partie des cibles.

 

A partir de 2019, le gouvernement français, fragilisé par la crise des Gilets jaunes, en mal de soutien dans le monde rural, s’est engouffré dans la brèche et a repris le narratif à son compte, allant jusqu’à créer… des observatoires départementaux de l’agribashing, sous l’égide des préfets.

 

Il a été démontré, quelques années plus tard, que lesdits observatoires n’avaient pas observé grand-chose, mais qu’importe. La manœuvre a permis à certains protagonistes d’entretenir la confusion, de calmer les ardeurs citoyennes et militantes et, ainsi, de GAGNER DU TEMPS.

 

***

 

L’«agribashing» était une sorte de feu d’artifice inaugural. Il préfigurait les joyeusetés à venir, en France et en Europe.

 

Pour faire dérailler le train fragile de la transformation écologique, l’industrie a utilisé des armes rustiques mais redoutables, déjà déployées pour repêcher l’amiante, le tabac et les énergies fossiles : déni, mensonge, manipulation, instrumentalisation, désinformation, utilisation de «relais» pseudo-scientifiques ou pseudo-journalistiques, désignation de boucs émissaires.

 

On peut se faire une idée de la sidérante ampleur de cette contre-offensive en consultant les enquêtes que les ONG Corporate Europe et De Smog ont consacrées au torpillage du Pacte vert européen par les lobbies agro-industriels, alliés à la Copa-Cogeca, le principal syndicat des agriculteurs et coopératives du continent, dont la FNSEA constitue l’un des fers de lance.

 

***

 

La stratégie de l’industrie a notamment consisté – vieille recette – à agiter le spectre de la famine. Il s’agissait de faire croire que si l’on changeait de modèle… nous allions mourir de faim.

 

C’était scientifiquement infondé, c’était gros, c’était dégoulinant d’opportunisme, mais ça faisait vibrer des cordes sensibles. C’était d’autant plus efficace que cela intervenait alors que des chocs géopolitiques de grande ampleur nous percutaient : épidémie de Covid, guerre en Ukraine, élection de Trump…

 

Ces chocs ont régulièrement été présentés comme les raisons pour lesquelles la transformation écologique, finalement, tout bien réfléchi, ne pouvait pas avoir lieu, ou bien pas aussi vite que prévu, pas aussi fort… Il me semble qu’en vérité, ils constituent des opportunités, des prétextes, permettant aux fossoyeurs de cette même transformation de sortir les bulldozers sans en donner l’air.

 

***

 

Dans ce contexte, beaucoup de décideurs se sont retrouvés, au choix, galvanisés ou tétanisés. Conseillés plus moins directement par les lobbies, influencés par la petite musique «anti-écologie» ou confortés dans leur propre vision productiviste, ils et elles ont choisi la méthode la plus «simple» à court terme, mais aussi, à mon sens, la plus dangereuse à moyen et long terme : ne rien changer, s’appuyer sur les entités dominantes, caresser la si complexe corporation agricole dans ce qui est communément admis comme étant son «sens du poil» et, accessoirement, désigner des boucs émissaires pour flécher les colères.

 

C’est ainsi qu’est née la cellule de gendarmerie Demeter, chargée notamment d’opérer un «suivi des actions de nature idéologique» des militants écologistes. C’est ainsi que des manifestants ont pu être qualifiés par un ministre de l’intérieur d’«écoterroristes».

 

C’est ainsi que le concept de «souveraineté alimentaire» a été dévoyé pour servir, précisément, la cause inverse de celle qu’il sous-tendait à la base. C’est ainsi qu’un label sans ambition ni objectif clair, trompeusement baptisé «Haute valeur environnementale», a été créé par le gouvernement, rajoutant à la confusion.

 

C’est ainsi que l’Agriculture biologique, considérée par certains comme un simple «marché», et non comme un objectif stratégique, a été livrée en pâture à toutes les prétendues «mains invisibles» du libre-échange mondialisé, en plus d’être attaquée par des figures médiatiques complaisantes.

 

C’est ainsi, selon la Cour des comptes, que les aides publiques aux démarches agroécologiques n’ont jamais atteint le niveau des ambitions affichées en la matière.

 

C’est ainsi que la loi Duplomb, qui vise davantage au renforcement de la fuite en avant productiviste qu’à la résilience de notre agriculture par temps de crise, a pu être votée.

 

C’est ainsi qu’aucun objectif en matière de réduction des pesticides n’a été atteint, ces dernières années, et que l’indicateur chargé de quantifier leur utilisation a finalement été remplacé par un autre, considéré par l’Inrae comme défaillant.

 

C’est ainsi, surtout, que le volet agricole du Pacte vert européen, probablement la politique la plus modestement ambitieuse jamais élaborée sur notre continent en matière d’évolution des modes de production et de consommation, a été dézingué par les lobbies agro-industriels et leurs complaisants relais à Bruxelles, Paris, Berlin ou Rome…

 

C’est ainsi que «les tenants d’une écologie punitive et décroissante» ont été désignés, entre autres, par le premier ministre français Jean Castex, comme des freins à l’avènement d’une écologie «à la française».

 

Enfin, c’est ainsi qu’une journaliste du Point, connue pour ses prises de position pro-agro-industrie, a pu écrire dans un livre : «L’écologie politique est le courant de pensée faisant courir le plus de risques à notre pays.»

 

Mesurons bien le poids de ces mots : «Le plus de risques»...

 

***

 

Bien entendu, les artilleurs de l’extrême droite, à commencer par les éditorialistes de l’empire Bolloré, ont participé à la mise au pilori. Plusieurs fois épinglée par l’Arcom pour avoir diffusé des propos climatosceptiques, la chaîne CNews est devenue le point de convergence d’un certain nombre de hurleurs qui, tels Pascal Praud, déplorent l’action de «toutes ces associations écologistes» qui «en permanence pointent du doigt ce monde agricole, veulent nous faire manger de l’herbe, du tofu et du quinoa, qui refusent tout».

 

Voilà l’«écologiste» assimilé à une sorte d’ennemi de l’intérieur. Un perturbateur qui voudrait imposer au peuple de devenir ce qu’il ne veut pas être, voire ce qu’il ne peut pas être.

 

Toute ressemblance avec d’autres catégories actuelles d’«ennemis de la Nation» n’est pas fortuite.

 

***

 

Il faut dire que les «écologistes» ont un profil idéal.

 

Avant même que le Piège se referme, leur cote de popularité n’était pas partout au beau fixe.

 

Beaucoup d’entre eux prônent de longue date un changement radical de nos modes de vie. Si l’on en croit les données scientifiques disponibles, un tel projet s’avère plutôt lucide, pour la simple raison qu’il faudrait l’équivalent d’environ trois planètes si tous les Terriens vivaient comme des Français, et cinq planètes si nous vivions tous comme des Etats-Uniens.

 

NOUS NE POUVONS DONC PAS CONTINUER AINSI : c’est matériellement, biologiquement, impossible.

 

Faire accepter cette réalité nécessite cependant de déconstruire la religion de l’abondance, du matérialisme, du consumérisme et de l’anthropocentrisme qui imprègne nos sociétés, ce qui n’est pas une mince affaire.

 

Par ailleurs, cette réalité dissimule de très importantes disparités sociales et d’énormes différences d’empreinte écologique au sein même des États, ainsi que des rapports de force extrêmement inégaux entre ceux qui subissent les conséquences des impasses actuelles et ceux qui en bénéficient le plus.

 

Dès lors, la «stratégie des petits pas» et des «gestes individuels», portée par une partie des sphères écologistes, a braqué beaucoup de citoyens, parmi lesquels des agriculteurs et agricultrices, qui y ont vu une approche injuste et inefficace.

 

Qui plus est, un certain nombre d’élus et de militants écologistes ont, par méconnaissance des réalités agricoles et rurales et/ou par manque de vision globale, eu le don d’utiliser des formules stigmatisantes et de défendre des propositions vagues qui ont nourri la défiance.

 

Le journaliste Eric Aeschimann a décrypté certains de ces écueils dans Les Vipères ne tombent pas du ciel, l'écologie au défi des classes populaires (Les Liens qui libèrent, 2025).

 

Tout cela justifie-t-il que «les écologistes» soient désignés comme des ennemis auxquels il faudrait «faire la peau» ? Chacun jugera.

 

***

 

Dans le même temps, beaucoup d’agriculteurs et agricultrices ont été pris en tenaille, d’un côté par l’impératif de production, de l’autre par les enjeux écologiques. Quand on travaille 60 heures par semaine, qu’on investit des centaines de milliers d’euros dans une infrastructure «aux normes», qu’on nourrit une partie du pays et qu’on est qualifié de pollueur et d’empoisonneur, la pilule est amère.

 

A cela s'ajoute le fait qu'une partie importante de la profession (quoiqu'on en dise, à nouveau) n'a pas, ou peu, été formée aux enjeux agroécologiques, écosystémiques et de biodiversité. Ça n'est pas un jugement de ma part. C'est factuel. Il n'est pas anodin que les structures de formation et d'encadrement des agriculteurs et agricultrices soient, depuis des décennies, liées de très près aux entités agro-industrielles. A ce sujet, l'enquête sur l'enseignement agricole en Bretagne publiée en novembre 2025 par Splann ! est édifiante.

 

En l’absence de choix politique et sociétal clair en matière d’agriculture, ceux et celles qui nous nourrissent ont été priés de faire, en même temps, des choses parfaitement contraires (par exemple, utiliser des pesticides de synthèse et sauver les insectes).

 

C’est ingérable. Cela s’appelle la dissonance cognitive.

 

Cela alimente un ressentiment que vient percuter l’instabilité provoquée par les chocs économiques et environnementaux, notamment les canicules et inondations (chocs accentués par le dérèglement climatique dont, rappelons-le, l’une des causes majeures à l’échelle mondiale est… l’agriculture industrielle elle-même).

 

Faute de débouchés politiques, la colère accumulée peut se diriger vers le premier épouvantail opportunément mis à disposition : «les écologistes», par exemple.

 

Cette non-politique, ces mensonges, ces manipulations, ces mises à l’index, ont à la fois pour conséquence de braquer les citoyens les moins favorables au changement et de démoraliser les pionniers des transformations écologiques. En matière d’intérêt général, c’est une affaire perdant-perdant.

 

***

 

Paysans engagés dans des démarches agroécologiques, restaurateurs, élus locaux, entrepreneurs, parlementaires, fonctionnaires des ministères de l’agriculture et de l’environnement... J’ai rencontré, ces derniers mois, beaucoup de protagonistes des transitions agricoles et alimentaires qui semblaient littéralement «sonnés», comme s’ils avaient pris un uppercut en pleine gueule sans avoir été informés au préalable qu'on les avait placés sur un ring.

 

Dans les années 2010, ils avaient entraperçu une évolution du rapport de force en leur faveur. Ils considéraient qu’une partie du chemin avait été fait. Ils constataient que leurs combats, hérités parfois de ceux de leurs parents, commençaient à porter leurs fruits. Et... paf. Ils se sont retrouvés, en l’espace de deux ou trois ans, entre 2021 et 2024, quasiment à la case départ, sans pouvoir expliquer comment tout avait déraillé.

 

Ils semblaient hagards. Déboussolés. 

 

Ça n’était pas, à l’évidence, parce que leurs rêves et leurs démarches n’avaient pas de sens ; ça n’était pas nécessairement parce que leurs projets n’étaient pas viables. Non. C’est qu’ils avaient pris une méchante torpille dans le dos. Victimes d’une contre-offensive délibérée s’ajoutant à une sorte de dilettantisme politique court-termiste, ils avaient été trahis et humiliés.

 

Parmi ces déboussolés figurent des adhérents et même des cadres de la toute-puissante FNSEA – j'en ai rencontrés – qui pointent au « grand syndicat » par tradition ou parce qu'ils considèrent qu'ils ont un rôle à jouer pour faire évoluer les choses de l'intérieur, mais qui se disent écœurés par la tournure récente des événements.

 

N'oublions pas que la FNSEA est en position hégémonique dans toutes les instances agricoles, en France, avec seulement 46% des voix du collège des chefs d'exploitations, pour environ 45% de participation. Soit, au final... 20% des agriculteurs et agricultrices inscrits sur les listes électorales.

 

Le premier «étendard» agricole de France est donc l'abstention. 

 

En 2024, le think-tank Shift Project révélait les résultats d'une très vaste enquête menée auprès de la profession agricole française. Ils montrent que «plus de 80% des répondants souhaitent adopter des pratiques agronomiques plus durables», et que et «seulement 7% déclarent ne pas souhaiter s’engager ou accélérer la transition de leur exploitation». Autre enseignement, qui n'est pas véritablement une surprise : 86% des répondants réclament, pour effectuer cette transition, des «objectifs clairs et stables.»

 

***

 

Nous en sommes là.

 

Plutôt que de reconnaître ses impasses et d’envisager lucidement sa propre transformation, le système a offert le spectacle balourd de son propre raidissement. Il s’est arc-bouté.

 

Qu’importent les dommages moraux, humains, environnementaux : à ce stade, le système semble avant tout préoccupé par sa propre survie.

 

En désignant des boucs émissaires, il est parvenu à opposer entre eux des groupes sociaux dont les intérêts s’avèrent pourtant, à bien des égards, parfaitement convergents : nourrir les humains, s’assurer que nos descendants pourront habiter la seule planète habitable à quelques milliards de kilomètres à la ronde.

 

***

 

Pendant qu’écologistes et paysans s’écharpent, pendant que les uns subissent les assauts des autres, les vrais bénéficiaires des vrais problèmes agricoles et écologiques récoltent les fruits de la discorde : ils gagnent du temps. Les affaires continuent comme si de rien n'était.

 

Le moment venu, les plus privilégiés d’entre eux pourront même échapper, un peu, pour quelque temps, aux conséquences écologiques et sociales de leur stratégie du chaos, depuis leurs villas bunkérisées de Suisse ou de Nouvelle-Zélande. Le problème – notre problème – est qu’ils ont enclenché au passage un processus d’une extrême inflammabilité.

 

Il me semble que les victimes malgré elles de ce théâtre d’ombres gagneraient à prendre conscience des véritables termes du rapport de force. Et que les deux «mondes», écologie et agriculture, finalement citoyens et citoyens, citoyennes et citoyennes, gagneraient à ouvrir des canaux de discussion sans concession mais loyaux, hors des chapelles habituelles, ainsi, pourquoi pas, qu’à conclure de nouvelles alliances autour de projets clairs. Plus facile à dire qu’à faire ? Certes. Mais il est rarement aisé de s’extraire d’un piège.

 

Nicolas Legendre, journaliste, auteur de Silence dans les champs, prix Albert-Londres 2023

Décembre 2025

 

Ma contribution pour une réponse à l'épuration : Résister, de ZAD en ZAD.

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28 novembre 2025 5 28 /11 /novembre /2025 11:55

C'est à la bibliothèque de l'ancienne Académie de la Marine à Brest que l'ouvrage de Mariotte où il traite de la compression de l'air m'est tombé entre les mains. L'expérience qu'il proposait m'a étonné à la fois par sa simplicité et son ingéniosité. L'idée d'en faire un exercice pour mes classes m'est apparue comme une évidence.

 

Depuis l’époque de ce premier article l’utilisation du mercure a été, à juste titre, interdite en classe. Son côté spectaculaire mériterait pourtant qu’elle soit présentée sous forme d’une vidéo.

 

 

Ce travail a fait l'objet d'un article dans le bulletin de l'Union des Physiciens sous le titre :

 

En direct avec MARIOTTE

 

 

Dessin réalisé par une élève de seconde pour illustrer l’expérience de Mariotte.

 

Mesures avec la règle graduée en pouces.

 

Une classe bien studieuse.

Noter sur le panneau, en haut à gauche, le compte-rendu de l'expérience.

Photo de classe autour de l'expérience de Mariotte.

 

Voir aussi l’ouvrage de Mariotte.

 

 

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27 novembre 2025 4 27 /11 /novembre /2025 18:52

Gérard Borvon

 

"pour contribuer à la culture générale et tirer de l'enseignement des sciences tout ce qu'il peut donner pour la formation de l'esprit, rien ne saurait remplacer l'histoire des efforts passés, rendue vivante par le contact avec la vie des grands savants et la lente évolution des idées." ( Paul Langevin en introduction de sa conférence sur "la valeur éducative de l'histoire des sciences", en 1926.)

 

 

Des exemples de l'utilisation de l'histoire des sciences en classe. Quelques uns de mes articles dans le Bulletin de l'Union des Physiciens.

 

En direct avec Mariotte.

 

Voir encore : En classe avec Mariotte.

XXXXXXXXXX

 

1789 dans le laboratoire de Lavoisier.

 

 

voir encore : Chimie au lycée. En classe avec Lavoisier.

 

XXXXXXXXXXXX

 

De Dufay à Ampère Des deux espèces d’électricité aux deux sens du courant électrique Un moment de l’Histoire de l’Électricité.

 

Voir encore : 

Jean-Mathurin et Guillaume Mazéas. Deux savants Landernéens au siècle des lumières.

Histoire du paratonnerre.

 

XXXXXXXXXX

 

Du phénakisticope au cinématographe un moment de physique amusante.

 

 

Voir encore :

 Du Phénakistiscope au cinématographe.

histoire de la photographie. La méthode du calotype pour un cours de physique au lycée de l'Elorn à Landerneau.

histoire de la photographie. La méthode du calotype pour un cours de physique au lycée de l'Elorn à Landerneau.

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24 novembre 2025 1 24 /11 /novembre /2025 09:55
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22 novembre 2025 6 22 /11 /novembre /2025 09:15

 

 

Introductions du compte rendu d'un forum organisé pas Ruth Stegassy et Médecins du monde en 2006 dont les constatations sont toujours d'actualité. 

 

 

 

Michel Brugière, directeur général de Médecins du Monde

 

Merci d’être présents à ce forum « Santé et environnement ». Ce forum, nous l’avons monté avec Ruth Stegassy qui est journaliste à France Culture et qui est spécialiste des questions d’environnement. C’est donc elle qui animera cette table ronde. Pourquoi ce sujet ? Depuis quelques années, la question de la santé en rapport avec des problèmes concernant l’environnement interroge Médecins du Monde. Nous avons eu quelques tentatives de mission en particulier sur les questions nucléaires mais il y a une mission par contre que nous menons depuis 1993 qui est celle du saturnisme infantile. Cette mission est, je pense, assez exemplaire par les résultats obtenus et par les progrès qui ont été faits au plan politique. Donc, ce soir, nous allons entendre une série d’experts que je vais rapidement vous présenter :

 

- Monsieur Roland Desbordes est président de la Criirad, une association qui a créé un laboratoire de contrôle de la radioactivité. Il nous parlera de l’uranium en France et au Niger,

 

- Monsieur Gérard Borvon est fondateur de l’association S-Eau-S qui s’occupe des problèmes de pollution de l’eau par différents organismes et pesticides,

 

- Monsieur Henri Pézerat est toxicologue, il est directeur de recherche honoraire au CNRS. C’est lui qui a été, je peux dire, l’homme de l’amiante ces dernières années,

 

- Le Docteur Frédéric Mauny est maître de conférence des universités, praticien hospitalier, épidémiologiste. Il nous parlera plutôt de l’approche méthodologique des problèmes de santé dans ces contextes là. Nous, les humanitaires, médecins humanitaires, nous savons ce qu’est l’urgence. Nous sommes capables d’aborder effectivement des problèmes de développement mais nous ne sommes peut-être pas très forts sur la question du diagnostic de santé dans ces contextes là,

 

- Monsieur Jean-Pierre Getti est magistrat, il est vice-président de l’association Sherpa de William Bourdon. Il amènera la dimension juridique concernant effectivement la prise en charge des victimes des intoxications d’origines diverses, - madame Annie Thébaud-Mony est sociologue, elle est directeur de recherche à l’INSERM et s’occupe de santé au travail. Elle est membre de l’association Ban Asbestos qui est un réseau international de lutte contre l’amiante.

 

Ruth Stegassy, journaliste à France Culture

 

Bonsoir, en fait, je ne sais pas très bien dans quelle mesure, vous, vous vous sentez informés sur ce lien entre santé et environnement. Donc, nous pourrions à la limite nous amuser à inverser les choses et commencer par vous demander si vous avez conscience des liens qui existent et si vous avez des idées de thèmes, nous en avons déjà évoqué et Michel en a évoqué plusieurs. Vous serez surpris d’entendre la diversité de témoignages, de récits. Ça, c’est la première chose. La seconde chose, c’est que les récits que vous allez entendre, très souvent, plongent dans le passé, c’est-à-dire qu’on commence aujourd’hui, depuis un an et demi, deux ans, à parler de santé/environnement et les gens qui sont à cette table, pour la plupart, sont des militants. Ils sont ce qu’on appelle aujourd’hui des lanceurs d’alerte, des gens qui depuis dix, vingt, trente ans, se battent pour faire reconnaître quelque chose qui a beaucoup de mal à arriver dans les médias et jusque dans les foyers. Il y a énormément de freins à la diffusion de l’information. Il y a des freins de divers ordres et je pense qu’ils seront évoqués. Le premier frein que je voudrais évoquer, parce qu’il me paraît important, c’est un frein qui vient de la part des médecins eux-mêmes. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de Gilles-Eric Séralini, qui est biologiste moléculaire et qui a coutume de dire qu’il faut sortir de la pensée pasteurienne, c’est-à-dire qu’il faut arrêter de penser qu’une cause produit un effet sur un organe. Ça, c’était vrai pour les maladies infectieuses. Aujourd’hui, nous sommes dans un cas de figure totalement différent. Si je peux vous donner une image, c’est vrai qu’une balle tirée à bout portant tue tout de suite, en revanche la première cigarette ne tue pas, elle met beaucoup plus longtemps à tuer et elle a des moyens beaucoup plus diversifiés d’arriver à tuer. Donc, c’est un peu dans ce cadre là qu’il va falloir vous mettre, dans ce cadre de pensée. Ensuite, l’autre chose que vous allez entendre, découvrir ou en tout cas approfondir, c’est l’énormité des pressions qui sont faites sur que ceux qui voudraient faire connaître les liens entre santé et environnement. Il y a de véritables freins parce qu’il y a de véritables conflits d’intérêt qui font qu’il est très difficile aujourd’hui de faire des analyses, de les publier, de faire des enquêtes, d’en parler et d’avoir des certitudes parce que tout simplement, on empêche à tous les niveaux et à tous les échelons de faire ces études là. Donc, nous allons peut-être commencer par l’ancêtre des questions et des liens entre santé et environnement, l’amiante, Henri Pézerat, l’amiante qui n’est pas encore dans ce cas de figure que je viens d’évoquer, c’est-à-dire que nous ne sommes pas encore sorti de la pensée pasteurienne : l’intérêt de l’amiante si je peux dire ou la chance de l’amiante, c’est qu’une cause produit un effet.

 

Voir la suite : https://www.medecinsdumonde.org/app/uploads/2022/04/sante-et-environnement.pdf.pdf

 

Mon intervention sur le chlordécone.

 

Je voulais rebondir un peu sur la Bolivie pour dire à Médecins du Monde que nous avons notre sud également avec les DOM-TOM, ce sont les départements et territoires d’outre-mer. La loi sur l’eau qui date de 1962 n’est pas appliquée dans ces territoires, elle commence seulement à l’être depuis 2000. Résultats : en métropole, nous avons des agences de l’eau censées s’occuper des problèmes de pollution de l’eau alors que dans ces territoires, il n’y en a pas. Certains comités de bassin viennent juste d’être mis en place pour s’occuper de l’eau à la Réunion, à la Martinique et à la Guadeloupe.

 

Résultats : depuis des années, des pesticides extrêmement violents ont été utilisés notamment sur les bananes. Ce pesticide, qui s’appelle le Chlordécone, a empoisonné tous les sols. Il provoque des cancers, le cancer de la prostate notamment, des maladies très particulières neurologiques, des Alzheimer très particuliers là-bas et des troubles de la reproduction. Mais nous ne savons pas comment nous allons nous en sortir parce que ce sont des pesticides très rémanents que l’on commence à peine à étudier. Les scientifiques, qui ont commencé à étudier leur rémanence, se rendent compte qu’ils sont là pour des centaines d’années.

 

En 2000, il a été interdit à la population de manger les patates douces et les ignames, les tubercules qui étaient sorties du sol. Mais maintenant pour permettre à ces populations de les consommer, on a calculé ce qu’on appelle une dose de résidus admissibles de façon de ce qu’on puisse continuer à les produire et à les vendre si bien qu’on va voir là-bas des populations qui vont s’empoisonner en toute connaissance de cause, et ici, personne ne réagit.

 

J’ai cité le cas de ces deux départements mais on pourrait citer ce qui se passe en Guyane. On a modifié nos lois françaises pour justement ne pas avoir à lutter contre la pollution par les orpailleurs en Guyane. C’est-à-dire qu’on a nous aussi notre sud et on est totalement incapable de régler ces problèmes chez nous malgré les moyens financiers dont nous disposons, les lois et les règlements que nous avons. Les habitants des territoires d'outremer se sentent doublement désavantagés avec l’Europe et avec la France dont ils se sentent délaissés. Il y a une certaine amertume car ils se sentent oubliés à la fois de l'état mais également des ONG et je profite de l’occasion pour vous le dire. Parmi ces populations parfois, ça explose, mais il y a des raisons à cela. Je traduis le sentiment que j’ai ressenti sur place là-bas.

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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 12:37

Une statuette de bronze est, depuis 1972, une pièce maîtresse du Musée de Bretagne à Rennes. Son histoire nous a été rapportée par l’archéologue René Sanquer, en 1973, sous le titre « La grande statuette de Bronze de Kerguilly-en-Dinéault (Finistère) ».

 

« Au mois de mai 1913, M. Jean Labat, jeune agriculteur demeurant au hameau de Kerguilly en Dinéault, au cours d’un labour profond dans une lande nommée Gorré-ar-C’hoad (le haut du bois), nouvellement défrichée et jamais cultivée de mémoire d’homme, recueillit, sous sa herse, une petite tête de bronze en très bon état de conservation, éraflée seulement à la pointe du nez et sous l’œil gauche par le soc de la charrue. ». 

 

Quinze ans plus tard, M. Labat entreprit de vérifier si le reste de la statue n’était pas testée en terre. « Il découvrit une cavité cylindrique, creusée dans la glaise. Large de 50cm, profonde 1m, elle était soigneusement aménagée, les bords lissés, le fond en forme de cuvette et, semble-t-il, recouverte d’une galette d’argile. A l’intérieur se dressait, debout, un corps féminin en bronze, revêtu d’une longue robe à plis, sans ceinture, avec, selon de témoignage de J. Labat, « des épaulettes et sur la poitrine, une sorte de collier de la Légion d’honneur. Deux bras nus, encore en place, et des pieds chaussés de sandales, complétaient l’ensemble ». Au fond de la cavité, l’inventeur recueillit un casque, un oiseau et un cimier brisé ».

 

Au musée de Bretagne, la statuette et présentée comme la « Brigitte du Menez-Hom ». Pour comprendre cette dénomination il faut de reporter à une étude de René Sanquer et Donatien Laurent publiée  en 1971 sous le titre : « La déesse celtique du Menez-Hom ». Beaucoup d’affirmations dans ce titre qui méritent d’être éclairées. D’abord, déesse ou dieu ? Ensuite, pourquoi celtique ? Et pour finir, pourquoi Brigitte ? 

 

Déesse ou Dieu ?

 

Pour René Sanquer (1971), aucun doute : « le visage est celui d’une jeune fille de 15 à 16 ans. Je crois qu’il n’y a pas à en douter, malgré certains avis contraires qui veulent y voir un jeune homme, et même le « chevalier au cygne ». Dans sa publication de 1973 il y reconnaît même « le portrait, au réalisme, à peine idéalisé, d’une jeune fille de l’Armorique antique ». 

 

Des avis contraires ? Les principaux viennent de la coiffure de la statuette : « La présence de mèches sur le devant de la tête a pu faire penser qu’il s’agissait d’une coiffure masculine. Nous ne doutons pas que ce soit une coiffure de femme, mais nos recherches ne nous ont pas permis de trouver, dans toute la sculpture antique, un agencement identique ». Et si les avis contraires avaient raison. En l’absence d’autres modèles, le « doute scientifique » ne devrait-il pas s’imposer ?  Ne serait-il pas plus rigoureux, au vu de sa coiffure, de retenir l’hypothèse d’une statuette représentant  un jeune dieu ? 

 

Celtique ou Hellénistique ?

 

Dans sa publication de 1971, René Sanquer a choisi : « Pour un fois, cependant l’identification ne pose pas de problèmes et nous pouvons dire immédiatement quelle est la divinité méditerranéenne dont on a pris l’habit [.] La divinité casquée, guerrière, portant l’égide, c’est évidemment l’Athéna grecque, la Minerve Romaine. Mais, en Armorique, dans la première moitié du premier siècle après J.C, il est fort peu probable que l’on ait déjà vénéré la Minerve romaine, quand on connaît, sur le plan archéologique, la faible pénétration des influences latines à l’époque. [.] L’assimilation, qui est évidente, a joué plutôt en faveur d’Athéna, car, au début de l’ère chrétienne, l’influence civilisatrice du monde hellénistique est certainement plus forte que l’influence romaine ». 

 

Est-il nécessaire de rappeler la richesse, plusieurs millénaires avant notre ère, de l’âge du bronze dans la pointe de l’Armorique. Les superbes épées du site de Rosnoen, proche de Dinéault, en témoignent. Les routes du cuivre méditerranéen et de l’étain britannique se croisaient alors au niveau de la presqu’île de Crozon. Dans son voyage vers les sources de l’ambre de la baltique, en 325 avant J.C, le grec Pythéas de la colonie de Massalia (Marseille) a rencontré ces populations, que les grecs nommaient celtes. Jean-Jacques Hatt, Historien de l'antiquité gallo-romaine, note, à partir du IXème siècle avant J.C, l’introduction de motifs religieux grecs dans l’art celtique. Même si René Sanquer modère ses propos dans sa publication de 1973, le modèle grec reste une hypothèses crédible. Reste la question : quelle divinité celtique sous cette représentation.

 

Une Minerve celtique ?

 

Dans sa publication de 1971, René Sanquer a confié à Donatien Laurent le soin d’identifier la déesse ainsi représentée. Pour celui-ci également, il ne fait aucun doute, la divinité représentée est féminine. C’est dans le panthéon romain, plutôt que grec, qu’il cherche une référence. Il note ainsi que, aux quatre grands dieux celtes masculins, que César désigne par leur homologue romain, Mercure, Apollon, Mars et Jupiter, il n’ajoute qu’une seule divinité féminine : Minerve. Il lui faut donc choisir une équivalente celte à Minerve qui, selon César « enseigne les rudiments des arts et des métiers ». Il la trouve chez la déesse Brigit des irlandais dont le culte se serait prolongé en Bretagne sous la forme christianisée de Brigitte.

 

Reste une question, cette statuette est-elle réellement la représentation d’une divinité celtique ? Un indice, le casque porté et son cimier.

 

Une divinité au cygne ?

 

 

L’élément le plus remarquable de la statuette est son casque qui, pour René Sanquer, rappelait à l’évidence l’Athéna grecque.  Et sur le cimier du casque ce cygne sauvage prenant son envol. Faut-il y voir un élément simplement décoratif ? Le cygne est un symbole important de plusieurs mythes religieux.

 

S’il ne faut en citer qu’un, le cygne est consacré à Apollon. Ce sont des cygnes sacrés qui le transportèrent, après sa naissance, jusqu’au pays des Hyperboréens et le ramenèrent ensuite à Delphes.
 

 

Les hyperboréens ?, « Ceux qui vivent « par-delà les souffles du froid de Borée » (le vent du nord), nous informe un texte grec. Et parmi ceux-ci, les celtes, populations rencontrées dans les voyages maritimes vers les pays du Nord. Faudrait-il, alors, chercher dans le panthéon celtique l’équivalent d’un Apollon ? Un Apollon du Menez-Hom ? 

 

La statuette ne pourrait-elle pas aussi avoir tout simplement une origine étrangère au lieu où elle a été trouvée ? Que savoir de la personne qui l’a soigneusement déposée dans sa cachette. Le fait d’avoir attribué à la statuette la fonction d’une Brigitte « gallo-romaine » (telle qu’elle est désignée dans la publication de 1973) n’a-t-il pas asséché toute recherche ultérieure ? 

 

Un témoin du talent des fondeurs de Bronze.

 

Quel que soit le nom qu’on lui associe, la statuette de Dinéault est d’abord un témoignage du talent des sculpteurs et des fondeurs de bronze qui l’ont réalisée. Se contenter de la nommer « statuette du Menez-Hom » laisserait la porte ouverte à toutes les interprétations et serait aussi une lumière portée sur ce lieu emblématique de l’histoire de l’Armorique d’où elle est issue.

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4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 17:21

 

 

 

Le Chevalier De Boufflers, colonel du régiment du Duc de Chartres était cantonné à Landerneau dans les années de préparation à la guerre d’indépendance de l’Amérique. Sa correspondance avec la comtesse de Sabran contient de nombreuses indications sur la préparation de cette guerre. Ce sont ces passages qui sont recueillis ci-dessous.

 

 

 

 

 

 

Février 1778.
Je suis arrivé en grande hâte pour ne rien faire. Il n’est pas plus question de se battre en Bretagne qu’au couvent de la Visitation, et il paraît que nous en serons quitte, non pas pour la peur, mais pour l’ennui.

 

Brest, 21 février 1778.
Ce pays-ci est plein d’ennuis, et nous n’en serons payé par aucune gloire. Je n’ai rien à vous mander : tout ce que nous y faisons dépend des nouvelles d’Angleterre que vous avez cinq jours avant nous, et suivant que vous les interprétez nous sommes en mouvement ou au repos. En tout nous prenons beaucoup de précautions dont une partie me paraît insuffisante et l’autre inutile.

 

Landerneau, 2 mars 1778.
Vous vous égayez un peu sur notre guerre de Bretagne : on voit bien que vous n’y êtes pas. Savez vous qu’il n’y manque que des ennemis ? Car d’ailleurs nous avons un général, un maréchal des logis, un état-major, un équipage d’artillerie et de vivres et nous nous appelons l’armée de Bretagne. Je vous prie dorénavant d’en parler avec les respect  qui convient à une armée, ou bien je proposerai pour vous punir de mettre quelqu’un de mon régiment à discrétion chez vous.

 

Landerneau 3 avril 1778.
Toutes mes nouvelles se bornent à celles que vous savez. Je ne crois pas plus à la guerre que vous. On dit que M. le duc de Chartres s’embarquera dans un mois. Il emmènent des détachements de son régiment sur ses vaisseaux : je demande et je crois être sûr de le suivre.

 

Landerneau avril 1778.
La guerre paraît s’allumer de tous les côtés, et j’ai encore bien de la peine à y croire. Il me semble que personne n’est assez fort pour l’entreprendre, ni assez faible pour y être forcé. Si elle à lieu je crois que je serai embarqué avec le duc de Chartes. Dieu veuille que ce soit pour une descente car sans cela il y a peu de gloire pour nous sur des vaisseaux. Mais il me semble qu’on ne songe guère à une expédition de cette nature. On verrait beaucoup plus de mouvement de troupes, on rappellerait les soldats et les officiers absents qui ne doivent rentrer que le 15 mai, on ferait des préparatifs de toute espèce que par malheur je ne vois pas faire et je serai toujours sans espérance.

 

Landerneau 28 avril 1778.
Il n’y a rien de pis que le prélude de la guerre que nous faisons. Mon régiment souffrirait moins en campagne. Il est fatigué, morcelé, ruiné, infecté de scorbut, de gale, etc. : il ne nous manque plus que la peste que j’attends. La guerre en personne serait bien moins fâcheuse que tout cela ; elle offrirait au moins quelque dédommagement. Mais je le crains bien, nous n’irons point en Angleterre, et l’Angleterre ne viendra point ici. Nous passerons des années dans l’attente de ce qui n’arrivera pas, et plutôt avec l’air de craindre la guerre que de la préparer. Au lieu d’avoir la fièvre, nous aurons le frisson, ce qui n'est point du tout héroïque. Les tristes colonels de Bretagne se flattent de revenir au mois de juin, mais je n’en crois rien. Il y avait beaucoup plus de raisons pour ne pas partir de Paris que pour y retourner.

 

Landerneau 6 mai 1778.
On dit ici beaucoup de nouvelles dont il faut attendre la confirmation, entre autres qu’il va sortir dix sept vaisseaux  de la rade pour aller à la rencontre d’un même nombre d’anglais dont on a connaissance.


Landerneau 1er juin 1778.
Envoyez moi donc le système de Pythagore. Il n’est point du tout en vigueur dans la rue ou je demeure : c’est celle des bouchers . Je ne sors et ne rentre jamais qu’entre deux haies de veaux palpitants ; je marche sur des entrailles sanglantes, « que des chiens dévorant se disputent entre eux ». Une odeur de carnage parfume toutes les approches de ma demeure.

 

Landerneau.24 juin 1778.

Je n'ai rien de plus pressé que de vous dire combien vous êtes aimable, chère sœur, et de vous remercier d'avoir pensé à moi sans y être forcée par l'importunité de mes lettres. Depuis la dernière, que vous auriez dû recevoir avant le 19, j'ai toujours été en l'air, tantôt à cause de M. le duc de Chartres que j'ai suivi dans différentes courses (1), tantôt à cause de M. de la Clochetterie dont le nom ne vous est sûrement pas inconnu à cette heure.
Après son glorieux combat, sa frégate, très maltraitée du canon et diminuée de la moitié de son équipage, avait été conduite la nuit par des scélérats, qui se donnaient pour connaître les côtes, dans un endroit plein de roches où elle avait touché et dont elle ne pouvait sortir sans les plus grands risques. A portée d'elle étaient mouillés des bâtiments anglais, qui paraissaient avoir intention de l'attaquer, et de faire passer des chaloupes entre elle et la terre pour la brûler. J'ai marché à la côte avec un de mes bataillons et cent hommes d'un autre régiment, j'ai rassemblé des chaloupes de six lieues au loin pour porter secours à la frégate et combattre les chaloupes ennemies au besoin, j'ai fait allumer grand nombre de feux sur toute la côte pour faire supposer un gros corps de troupes à portée. Soit que toutes ces précautions aient été utiles ou inutiles, il n'a rien paru, et votre pauvre frère Jean s'en alla comme il était venu, bien peiné de ne pouvoir pas faire un peu de bruit dans le monde.
 
Parlons de M. de la Clochetterie. Je l'ai vu deux ou trois fois sur son bord, blessé, tranquille, occupé de sa besogne et de son équipage, entouré de gens qui ne pensaient ni à leurs blessures, ni à leurs fatigues, ni à leurs exploits en le voyant. Son équipage, quoique diminué de moitié et accablé de travail depuis deux jours, ne songeait qu'à mettre le bâtiment en état de recommencer le combat, et ne voulait point prendre de nourriture ni de sommeil pour ne pas perdre un instant de travail. Les blessés que j'ai vus à un hôpital dont mon régiment a la garde ne se plaignaient point, et tous ne parlaient que de la manière dont ils s'étaient battus. Cependant il manquait à l'un une jambe, à l'autre un bras, à un troisième deux ; il y en avait un avec les deux cuisses emportées. J'ai vu panser tout cela, entre autres dix des plus maltraités qui étaient dans la même chambre; c'est un horrible spectacle ; mais ce qui console, c'est de voir qu'il y a au dedans des braves gens un baume intérieur qui adoucit tous leurs maux, c'est l'idée de la gloire et le contentement de soi-même.

 

Landerneau 7 juillet 1778.
Je vais à Brest voir partir une armée navale de trente-deux vaisseaux de guerre et de huit ou dix frégates ? C’est un spectacle qui n’a été vu qu’en 1704 et qui a si mal fini qu’on ne comptait pas le revoir du siècle. J’espère que cette flotte-ci part sous de meilleurs auspices et qu’elle va nous frayer le chemin de l’Angleterre. Jamais tant d’ardeur, de patriotisme et d’instruction n’ont été réunis. J’ai fait ce que j’ai pu pour suivre mon colonel  sur l’océan, mais son cousin s’y est opposé. Je suis bien fou d’aimer la gloire, elle ne veut pas de moi.

 

Landerneau 13 juillet 1778.
Je vais vous quitter pour aller à Brest, savoir des nouvelles de la mer. Il en vient tant de mensonges qu’on ne sait jamais que croire. Tantôt on dit que nous ramenons des prises, tantôt que nous sommes pris. Ce qu’il y a de sûr, c’est que d’ici à peu de jours on aura la paix ou la guerre. Les deux escadres sont en présence depuis longtemps, et des deux côtés on a bien envie de décider la question. Je souhaite toute sorte de gloire aux marins, mais je voudrais qu’elle ne fût pas pour eux seuls. 

 

Landerneau le 15 juillet 1778.
On vient de nous envoyer des recrues affreuses, de petits misérables qu’on gardait à l’île de Ré pour les faire passer en Amérique. Parmi les cent petits galeux qui me sont tombés en partage, j’ai trouvé le fils d’un excellent sculpteur, nommé Adam. Il sait assez bien dessiner, et je compte l’employer pour l’éducation de mes aspirants. Je lu ferai ainsi gagner sa vie , et peut-être dans quelque  temps le rendrai-je à sa famille. Je me sens de la fraternité pour tout ce qui dessine.  

 

Anizy début août 1778. La comtesse de Sabran au chevalier de Boufflers.
Comment mon frère, on se bat, on gagne presque une victoire, on fait du moins peur aux Anglais et vous ne me le mandez pas ! Il faut que ce soit la Gazette qui me l’apprenne ! (2)

Quoique vous ne vouliez pas absolument me parler de guerre, ma politique ne peut pas s’en taire, et je vous dirais que j’ai été extrêmement étonnée de retrouver dans le Courrier de l’Europe l’amiral Keppel ressuscité. On l’avait tué à Paris ainsi qu’à Anizy, et je m’étais arrangée en conséquence. Je ne saurais vous dire combien j’ai été choquées par son insolence : il s’attribue toute la gloire du combat. A l’entendre parler, il a fait fuir tous les français. Ce qu’il y a de charmant, c’est que les deux lettres des généraux anglais et français disent absolument la même chose. Il me paraît qu’on ne veut pas rester dans cette incertitude, car on nous annonce de grands préparatifs. Mais ce n’est pas assez : il nous faut de grands succès. 

 

Landerneau le 12 septembre 1778.
Concevez-vous que depuis plus de quinze jours nous n'avons plus de nouvelles de l’escadre ? A la première sortie on en avait tous les jours. Cette fois-ci on a envoyé frégates sur frégates , sans compter beaucoup de petits bâtiments : aucun n’a trouvé l’armée. En attendant je vois journellement transporter des malades de Brest, qui viennent séjourner à Landerneau pour se rendre à l’hôpital qu’on vient d’établir à Morlaix. Tout cela donne des idées, et des idées tristes. Il paraît qu’on s’attend à une grande affaire : c’est jouer bien gros jeu, et un jeu où l’on perd en perdant et où l’on perd encore en gagnant. J’aime beaucoup ce qu’une femme de mes amies me disait à Brest, à la première sortie : « Nous autres femmes de marins après le malheur ce que nous craignons le plus, c’est le bonheur ». je trouve que ce mot-là est tendre et profond.
J’emporte ma lettre à Brest pour vous mander de là les nouvelles que j’apprendrai. Elles m’importent beaucoup, parce que d’elles dépend notre sort cet hiver. Si on cherche toujours à se battre sans le faire, nous attendrons la décision ; si on est assez battu pour que les anglais puissent tenter quelque entreprise, nous resterons ; si on est assez battant pour que nos troupes de terre puissent entreprendre quelque-chose, nous resterons encore ; et nous ne partirons , je crois, que dans le cas où une fatigue égale des deux côtés et une égale disposition à la conciliation feront tomber pendant l’automne et l’hiver les armes des mains.

 

Brest 12 septembre 1778.
Je suis à Brest. Il est arrivé aujourd’hui des nouvelles de l’armée, mais seulement au commandant de la marine, et l’officier qui les apporte est impénétrable. Il jure ses grands dieux qu'il n’a pas vu les Anglais, et il paraît qu’au lieu d’être sur les côtes d’Angleterre on est sur les côtes d’Espagne. Plusieurs vaisseaux et frégates partis d’ici, après l’escadre, n’ont pu la rejoindre. Le Réfléchi, entre autres, aurait été pris si les Anglais avaient risqué le combat. Il est mauvais voilier, il porte soixante-quatre canons, et il avait affaire à un bon voilier de quatre-vingts qui le tenait à petite portée. Il est rentré et va retourner avec d’autres, conduits par l’officier qui repart.

 

Landerneau 28 septembre 1778.
Je pars dans trois jours pour vous aller chercher, sœur plus aimable qu’Antigone. J’attends toujours de vos nouvelles, et la crainte d’aller où vous ne seriez pas m’a fait rester où j’étais. Il m’est d’ailleurs venu une foule d’affaires, surtout le départ imprévu et précipité de mon régiment, qui est éparpillé sur terre et sur mer, et qu’il faut mettre sous trois jours en marche pour Douai. 

 

 

(1). Parmi les "courses" du duc de Chartres,  la visite des mines de plomb de Poullaouen où la présence du chevalier de Boufflers est notée par Lavoisier. (voir)

 

(2). A Brest, le duc de Chartres est considéré comme le responsable de la "presque victoire" ou du "semi-échec"  du combat d'Ouessant. Le silence du Chevalier de Boufflers, colonel du régiment du Duc, s'explique aisément. 

 

XXXXXXXXXX

 

On parle aussi du Chevalier de Boufflers dans :

 

Sébastien Le Braz. Journal d'un chirurgien de marine, à Brest au temps de la guerre d'indépendance américaine.
 

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