Loin de l'agitation du monde, il existe toujours un lieu où se poser.
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photo Annaïck Chauvet.
Loin de l'agitation du monde, il existe toujours un lieu où se poser.
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Alors qu'avec les classes de seconde du lycée de l'Elorn de Landerneau, nous avions engagé un travail autour de la chimie des algues, nous avons eu connaissance, par la voie du rectorat, de l'existence d'un concours européen autour de l'enseignement des sciences chimiques. Après un premier essai infructueux le second a valu à la classe de seconde C d'être classée première au niveau français en 1999 et donc de représenter la France au niveau européen. Leur travail valait alors le deuxième prix à cette classe
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Commentaire du jury : "Un projet très bien organisé couvrant la chimie dans la vie quotidienne. Bonne coopération industrielle avec une industrie chimique à proximité de l'élève. Classe entière impliquée dans les travaux pratiques du projet. Bonne présentation incluant une excellente vidéo."
En complément de l'article Histoire de la chimie des algues en Bretagne. De la soude à l'iode jusqu'aux alginates.
nous présentons ici les caractérisations et dosages des éléments présents réalisés au laboratoire.
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Newton est l'un des mathématiciens les plus illustres au monde. On ne sait pas forcément qu'il est aussi philosophe, alchimiste, ami des "Platoniciens de Cambridge" et qu'il s'intéresse aussi, dans son 18e siècle, à la théologie et à la religion. Autant d'aspects à découvrir dans ce documentaire.
Avec
Michel Blay Philosophe et historien des sciences
Bernard Joly Professeur émérite de philosophie et d'histoire des sciences à l'université de Lille 3
Jean-François Baillon Professeur de civilisation britannique à l’Université Bordeaux Montaigne
Isaac Newton, né en 1642 et mort en 1727, est une figure emblématique des sciences, s'inscrivant dans la lignée de Galilée. Alchimiste, philosophe de la nature, il fait partie de la deuxième génération des physiciens qui vont construire la nouvelle physique, celle qui va remplacer la physique aristotélicienne.
Fondateur de la mécanique classique, de la gravitation universelle, créateur du calcul infinitésimal, de la théorie de la décomposition de la lumière par un prisme, ses travaux sont à la base de bien des piliers de notre monde moderne. Il existe toutefois un Newton plus méconnu : qui lit ses œuvres littéraires ? Sait-on qu'il fut le contemporain et l'ami des "Platoniciens de Cambridge", l'un des courants les plus réactionnaires et les plus audacieux du 17e siècle européen ? Qu'il a développé tout au long de sa vie des réflexions théologiques ? Pour en parler, ce documentaire réunit quatre spécialistes de Newton : Jean-François Baillon, Michel Blay, Jean-Louis Breteau et Bernard Joly.
L’entourage intellectuel de Newton : Les Platoniciens de Cambridge
Jean-Louis Breteau rappelle les caractéristiques de la pensée des Platoniciens de Cambridge : "Ils popularisent en Angleterre les idées de Descartes, en qui ils voient un penseur et un philosophe, qui va permettre de rendre de façon satisfaisante des pensées scientifiques. Ils s'en écartent par la suite, mais leur intérêt pour les sciences les pousse à s'impliquer dans la création de la Royal Society, en 1660, dont Newton sera ensuite le président."
Les principes mathématiques de la philosophie naturelle
En 1687, Newton publie l'un des textes les plus importants de toute l’histoire mondiale de la pensée scientifique, Philosophiae naturalis principia mathematica. Michel Blay résume son contenu : "Le livre se compose de trois parties. La première est consacrée à la théorie des forces centrales ; la deuxième, à ce qu’on appellerait aujourd’hui la mécanique des fluides et la troisième, au système du monde, avec la loi de la gravitation universelle."
Newton alchimiste ?
Comment un pilier de la science moderne a-t-il pu consacrer une partie de sa vie à l'alchimie ? Bernard Joly remet les choses en perspective : "L’alchimie, au 17e siècle, c’est tout simplement la chimie de l’époque. Les chimistes ou alchimistes travaillent dans des laboratoires et se livrent à toutes sortes de recherches sur ce qu’on appelle les acides, sur les alcalis, sur les métaux. Ce sont des "natural philosophers" comme on dit en anglais, des philosophes de la nature, qui veulent comprendre comment marche la matière, trouver comment elle est constituée. C’est pourquoi on parle de la pierre philosophale : ce sont des philosophes tout simplement. Les alchimistes se considèrent eux-mêmes comme appartenant au clan de la "philosophie naturelle" c’est-à-dire la philosophie qui veut comprendre la matière, la nature. Et Newton s’intéresse à la chimie de son temps, parce qu’il s’intéresse à tout."
Gérard Borvon
Extrait de : refuser l'arme nucléaire.
Quand les premières pages de ce livre ont été écrites, rien ne laissait penser que le président de la Russie, Vladimir Poutine, allait déclarer la guerre à l’Ukraine. Qui pouvait imaginer de voir à nouveau des populations écrasées sous les bombes et subissant les exécutions sommaires, tortures, viols, qui accompagnent toutes ces guerres modernes qui visent d’abord les civils. Encore moins était-il envisageable que le président Russe menace d’utiliser son armement nucléaire. Une menace qui s’adressait à l’Ukraine, mais aussi aux pays qui avaient choisis de répondre à la demande d’aide du Président Ukrainien Zelensky.
Les objectifs annoncés des frappes nucléaires russes étant les sites militaires adverses, nous voilà revenus aux premières pages de cet écrit quand les habitants de la presqu’île de Crozon refusaient d’être la cible d’une frappe nucléaire « préventive ». Que penser de la réponse faite au président Russe par le ministre français des affaires étrangères, Jean Yves Le Drian : « Je pense que Vladimir Poutine doit aussi comprendre que l’alliance atlantique est une alliance nucléaire ». Comment ne pas s’interroger sur le fait que ce soit un ministre français, pas particulièrement bien placé pour le faire, qui choisisse d’évoquer une possible réponse nucléaire de l’OTAN. N’était-ce pas plutôt de sa part une façon de rappeler que la France est elle même une puissance nucléaire qui affiche régulièrement sa prétention à être le « parapluie » nucléaire de l’Europe ? Être ainsi remis en lumière n’avait rien de rassurant pour la population du « bout du monde ».
Le 5 mars 2022 la chaîne de télévision Tébéo, liée au journal Le télégramme, rendait compte de cette inquiétude dans une émission titrée : « Menace nucléaire, la Bretagne en première ligne ». « Depuis le début de la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine agite la menace nucléaire. Un signal qui résonne fort en Bretagne, puisque l'un des sièges stratégiques de la dissuasion nucléaire se trouve à l'Île Longue », annonçait le préambule de l’émission. L’invité était le président de « l’Université Européenne de la Paix », une association qui milite activement depuis trente ans pour le renoncement par la France à son armement nucléaire et qui est membre du Collectif finistérien pour l’Interdiction des Armes Nucléaires (CIAN 29).
Si on peut comprendre une sensibilité particulièrement forte dans cette pointe de Bretagne, l’agression de l’Ukraine par la Russie a été ressentie comme une menace par l’ensemble de la population en France qui a vu s’effondrer le dogme de la dissuasion : la preuve est faite que la paix n’est nullement garantie par l’équilibre de la terreur. Comme le signale Benoît Pelopidas, fondateur du programme d’étude des savoirs nucléaires de Sciences Po, dans son livre « Repenser les choix nucléaires », en situation de crise, une escalade incontrôlée ou un tir non autorisé peuvent aboutir à une explosion nucléaire dont les conséquences sont facilement imaginables.
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Il note surtout que, en dehors même des périodes de tension, une catastrophe nucléaire d’origine militaire est toujours possible. Il met ainsi en évidence le rôle de la chance dans le fait qu’aucune explosion nucléaire accidentelle n’ait encore eu lieu. Parmi plusieurs exemples, il cite cette dislocation d’un B-52 en 1961 dans le ciel de Caroline du Nord au moment d’un ravitaillement en vol. Deux bombes de 3,8 mégatonnes – plus de 250 fois Hiroshima – se sont trouvées en chute libre. Un simple interrupteur a empêché l’explosion. Il aurait suffit d’une simple décharge électrique pour que la bombe explose en arrivant au sol.
C’est encore en 1980 l’incendie du moteur d’un B-52 sur une base du Dakota du Nord. A bord se trouvaient des armes nucléaires, très sensibles au feu, qui auraient pu exploser si, après trois heures d’intervention des pompiers, l’incendie n’avait pas été arrêté avant qu’il atteigne le compartiment contenant les armes.
C’est aussi le cas largement médiatisé de l’officier radar Stanislav Petrov, « l'homme qui a sauvé le Monde d'une guerre nucléaire ». Après avoir vu apparaître sur ces écrans ce qui semblait être la marque de cinq missiles ennemis, il a décidé de ne pas déclencher la procédure d’alerte qui aurait pu mener à une réplique nucléaire immédiate. A côté de ces quelques cas connus, combien d’autres restent dissimulés sous le « secret défense », y compris en France ? Alors que faire face à ces risques incontrôlés.
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Un autre exemple retrouvé dans d'anciennes archives personnelles.
Voir
« Exigez de vos gouvernements un désarmement nucléaire total ». Tel est l’appel que nous adressaient Stéphane Hessel et Albert Jacquard dans le court ouvrage qu’ils ont publié en 2012. Qui mieux qu’eux a mis en lumière le non-respect par les états signataires du TNP, dont la France, de leurs engagements en matière de désarmement nucléaire, en particulier de l’article VI du TNP, entré en vigueur en 1970 : « chacune des parties du traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires et au désarmement nucléaire à une date approchée ».
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Désarmement nucléaire à une date approchée ? Un demi siècle plus tard avons nous vu des progrès ? Le traité n’a été qu’un leurre, constatent les deux auteurs, car fondé sur une base « d’une part, injuste et, d’autre part, perverse ». Base injuste car quelle justice y a-t-il, de la part des états détenteurs d’armes nucléaires, de demander aux autres pays d’y renoncer quand eux-mêmes présentent leur possession comme l’indispensable garantie de leur sécurité. Base perverse quand le TNP prévoit, en contrepartie de ce renoncement, d’aider les pays signataires à développer chez eux le nucléaire « civil », proposition qui est une excellente opportunité pour les pays nucléarisés d’ouvrir des marchés lucratifs à leur propre industrie nucléaire. Ce faisant ils ne peuvent ignorer que ce nucléaire « civil » est la voie vers le « militaire » car, comme l’a reconnu explicitement le président français Emmanuel Macron le 8 décembre 2020, « Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil » . C’est ainsi que l’Inde, le Pakistan, Israël, la Corée de Nord ont développé leur propre force de frappe nucléaire, rendant de ce fait le monde encore plus dangereux. Alors, « exiger » de nos gouvernements un désarmement nucléaire total ? Que pouvons nous exiger de présidents de la république française dont le premier geste après leur élection est de venir se faire adouber, à bord d’un sous-marin nucléaire, à l’Île-Longue dans la presqu’île de Crozon.
Face à l’inaction des « politiques », ce sont donc des organisations non-gouvernementales qui se sont regroupées en 2007 dans une « Campagne Internationale pour l’Abolition des Armes Nucléaires (ICAN) ». Loin d’être utopique, leur action, qui a été reconnue par un prix Nobel de la paix en 2017, est à l’origine de l’adoption par 122 pays, en juillet 2017, d’un traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Après sa ratification par 50 pays, le traité est entré en vigueur le 22 janvier 2021.
Son premier article résume à lui seul l’esprit du traité. « Chaque État partie s’engage à ne jamais, en aucune circonstance [.] mettre au point, mettre à l’essai, produire, fabriquer, acquérir de quelque autre manière, posséder ou stocker des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires ». Réaction des puissances nucléaires ? Le gouvernement français affiche sa réponse sur le site du ministère des affaires étrangères. La France ne le signera pas car, ose affirmer son communiqué, le TIAN « ne servira [.] pas la cause du désarmement, puisqu’aucun État disposant de l’arme nucléaire ne le signera ». Aucun ne le signera ? Faudra-t-il attendre que les USA et la Russie se mettent d’accord pour se dénucléariser alors que nous voyons leur rivalité se réveiller à chaque occasion ?
« Nos parents et grands-parents nous ont laissé les bombes nucléaires en héritage. Nous ne voulons pas laisser ce cadeau empoisonné à nos enfants » écrivaient quatre étudiants dans la préface de « Nucléaire, un mensonge français », le livre de l’ancien ministre de la défense Paul Quilès. Alors que nous laissons déjà à nos descendants le poids du dérèglement climatique et celui de la perte de la biodiversité, comment accepter, sans agir, que s’y ajoute la menace permanente de l’apocalypse nucléaire.
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Que faire ? Pour renouer avec la tradition humaniste qui a été la sienne dans une période de son histoire, la France peut donner le signal de la marche vers un monde débarrassé de la menace nucléaire en étant le premier pays à renoncer volontairement à son armement nucléaire.
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photo Nicole et Félix le Garrec
Après-guerre, en Bretagne surtout, et dans une moindre mesure dans les zones moins bocagères, les haies ont été arrachées à coups de bulldozer, les talus arasés, et les vergers réduits à néant. C'est ce qu'on a appelé le remembrement et voici son histoire oubliée racontée dans une BD.
Avec Inès Léraud Journaliste
En mai 1978, Gildas Le Coënt, emprisonné neuf mois en hôpital psychiatrique, est libéré. Cette affaire marque un nouvel épisode de la bataille bretonne contre le remembrement. Elle reflète une réalité vécue par des milliers de paysans à travers la France pendant les décennies de modernisation agricole. Inès Léraud est journaliste, et lanceuse d’alerte en 2019 face à l’omerta des algues vertes. Elle publie aujourd'hui « Champs de bataille, l'histoire enfouie du remembrement », sa deuxième BD, une enquête avec Pierre van Hove, publiée chez La Revue Dessinée et les Éditions Delcourt.
Des blessures toujours vives dans la mémoire collective
Les témoignages recueillis révèlent des traumatismes profonds. Comme le rapporte Jacqueline Goff née en 1953 : "Je revois l'apparition des bulldozers, ce saccage qui détruit tout, les arbres, les talus. Ce n'était pas un remembrement, un démembrement, c'était le chaos." sur France Culture. Cette mémoire douloureuse se transmet encore dans les villages, où certaines familles ne se parlent plus depuis cette époque.
Une modernisation imposée qui a divisé les campagnes
Le remembrement, lancé après la Seconde Guerre mondiale, visait à adapter l'agriculture française aux enjeux de productivité et de concurrence internationale. "C'était une société paysanne qui n'était pas dans une logique de l'argent" explique Inès Léraud, "il s'agissait de regrouper les parcelles, d'arracher les arbres, les talus, pour avoir des champs facilement cultivables par des machines". Cette politique crée alors des tensions durables, opposant les "gagnants", appelés "profiteurs" et les "lésés" du remembrement.
Ce qui frappe Inès Léraud et Léandre Mandard en travaillant sur le sujet du remembrement, c'est l'ampleur des résistances et des conflits liés à cette question. Un mouvement contestataire qu'on aurait difficilement imaginé vu le peu de cas qu'en ont fait les sociologues ruraux et les historiens jusque-là. "Or, dans les archives départementales, les cartons de réclamation, de recours, de lettres, de mécontentement. Il y en avait partout, dans toutes les archives départementales où je suis allée sur le territoire français. Les bulldozers du remembrement ont dû être accompagnés des forces de l'ordre pour intervenir" explique Inès Léraud.
Un impact environnemental majeur qui persiste
Les conséquences de cette transformation radicale des paysages se font encore sentir aujourd'hui. "Il y a 23 000 kilomètres de haies qui disparaissent chaque année, il y en a 3 000 qui sont replantées, donc on perd 20 000 kilomètres de haies chaque année", souligne Inès Léraud. Cette destruction massive du bocage, associée à la diminution drastique du nombre d'agriculteurs (passé de 7 millions en 1946 à 400 000 aujourd'hui), illustre l'ampleur des changements opérés. "Certains chercheurs parlent même d'éthnocide, on a perdu 90% des paysans." explique Inès Léraud.
Inès Léraud et Léandre Mandard, agrégé d’histoire et doctorant au Centre d’histoire de Sciences-Po (CHSP). Après avoir étudié le mouvement militant gallo au XXe siècle, il s’intéresse à l’histoire sociale, culturelle et environnementale de la modernisation agricole en Bretagne.
Sa thèse, qu’il soutiendra en 2025, sous la direction d'Alain Chatriot, s'intitule « Révolution dans le bocage. Genèse, exécution et contestations du remembrement rural en Bretagne (1941-2007) ». Il a travaillé avec Inès Léraud comme « conseiller historique ». Il avait également collaboré à l’ouvrage « Algues Vertes, l’histoire interdite » en proposant une version en gallo, titrée « Limouézeries, l’istouère defendue » Inès Léraud, et Léandre Mandard sont tous deux membres de « Splann ! » (« clair », en breton), un média en ligne indépendant consacré à l'investigation en Bretagne (Inès Léraud en est cofondatrice).
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Ils reconstruisent les paysages détruits par le remembrement.
extrait de S-eau-S, l'eau en danger.
Ils sont quelques « fêlés » à vouloir remonter le cours du temps :
Décembre 1992, dans un champ au dessus de la rivière Elorn une trentaine de personnes s’occupent à reconstruire un talus à l’ancienne dans un champ travaillé par Goulven Thomin, agriculteur bio. Le maître d’œuvre, Mikael Madec, est bien connu en Bretagne comme le collecteur assidu des gestes et des mots de la vie traditionnelle. Auteur d’un livre en breton sur la construction des talus, il a su mettre la main à la pâte et retrouver les méthodes anciennes. Sous sa direction donc, une équipe découpe les mottes, une autre les véhicule avec précaution, la troisième se livre au délicat travail de l’assemblage. En trois heures, malgré la pluie fine, une centaine de mètres d’un beau talus arrondi est monté. Il ne reste plus qu’à s’attabler devant le solide casse - croûte qui est de tradition quand Goulven invite ses amis à un « grand chantier ».
Naturellement l’opération est symbolique. Cette parcelle avait jadis été remembrée de force. Son propriétaire, Jean Tanguy, s’était placé devant les engins venus araser ses talus, il avait fallu faire intervenir la gendarmerie.
Il s’agissait donc de rappeler à tous ceux qui semblaient les avoir oubliées, les multiples fonctions des talus : remparts contre les vents dominants, barrières contre le ruissellement, pièges pour les nitrates et les pesticides, refuges pour les plantes et les animaux « sauvages », facteurs d’équilibre biologiques.
Bien sûr, 100m de talus reconstruits n’allaient pas inverser à eux seuls la tendance. Les bulldozers du remembrement en avait détruit 200 000 km !
Sur la parcelle voisine, pour parfaire la démonstration, un tracto-pelle travaillait lui aussi à remonter un talus. Chacun pouvait apprécier la meilleure qualité esthétique du talus « fait main » mais reconnaissait cependant que le travail mécanique faisait quand même moins mal aux reins. Il ne s’agissait pas de « retourner à la marine à voile », comme le faisait remarquer Jean-Yves Kermarrec, un des pionniers de la lutte pour la protection de l’environnement dans le secteur. Les nouveaux paysans ont une vision très « nouvelle » de la vie. L’informatique, internet, ne leur font pas peur, pas plus que le tracteur, quand il est manié de façon conviviale. Ce qu’un engin a démoli, un autre engin peut le reconstruire !
Restait à espérer que la course engagée entre ceux qui redressent les talus et ceux qui les détruisent tournerait à l’avantage des premiers.
https://x.com/i/status/1856814797477597281
A l'échelle de l'histoire humaine il est minuit moins quelques secondes. Lorsque minuit sonnera, dans quelques décennies, nous entrerons dans un monde qu'aucun humain n'aura jamais connu. Mais dont quelques-uns dans les bidonvilles du Sud on commencé à expérimenter les effets. Les mauvaises nouvelles ne cessent de tomber. L'organisation météorologique mondiale annonce que, contrairement aux engagements pris lors de la COP21 de limiter les émissions de gaz à effet de serre, leur niveaux ont encore augmenté en 2023. Avec une hausse de plus de 10% de CO2 en deux décennies.
L'objectif de limiter à 2° le réchauffement climatique à la fin du siècle est devenu tout à fait irréaliste. Les projections raisonnables tablent désormais sur une augmentation de 4°. Et même le double comme c'est de plus en plus probable si on exploite et brûle dans les prochaines décennies la totalité des réserves d'énergies fossiles connues.
Il est presque minuit et nous avançons vers l'abîme comme des somnambules balbutiant les pauvres mots de nos faux semblants, transition écologique, développement soutenable, crédits carbone, ignorant les Cassandre, les insultants parfois, ces porteurs de mauvaises nouvelles rendus responsables des malheurs qu'ils annoncent.
Et n'oublions pas que l'empreinte carbone des 1% des habitants les plus riches de la Terre représentent 175 fois l'empreint carbone des 10% les plus pauvres. Tous les terriens ne sont pas également responsables de la catastrophe à venir.
Voir aussi :
Grand entretien avec Philippe Descola : Je suis intéressé par les ZAD.
Le philosophe, sociologue et anthropologue Bruno Latour, considéré comme l'un des plus grands intellectuels contemporains français, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l'âge de 75 ans."
Tel est le titre de l'article que lui consacre France-info.
Pluie d'éloges après des décennies de silences dans les médias français. En janvier 2022 il nous offrait sa dernière pensée dans un "Mémo sur la nouvelle classe écologique" aux éditions "les empêcheurs de tourner en rond". Il en parlait dans "La Terre au Carré".
Écouter sur la Terre au Carré.
Sur France Inter
Il était aussi interrogé sur France-Inter. Une superbe illustration de l'actualité et de l'avenir possible de l'écologie politique malgré la multiplication des questions pièges du journaliste.
https://www.youtube.com/watch?v=SgUWKUPKm-g&ab_channel=FranceInter
Sa réponse aux attaques du journaliste contre les écologistes : "je ne m'adresse pas aux activistes, eux il font un boulot magnifique".
Effectivement, son livre ne s'adresse pas aux journalistes en attente de "bons mots" propres à alimenter la médiasphère mais aux "Membres des partis écologiques et leurs électeurs présent et à venir".
A l'évidence le journaliste ne fait pas partie de cette catégorie.
Plus d'informations sur le site de La Découverte :
Écouter sur la Terre au Carré.
Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même ? Avec le philosophe Bruno Latour.
Dans son dernier livre "Mémo sur la nouvelle classe écologique. Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même " Bruno Latour appelle les écologistes à tirer toutes les conséquences politiques du Nouveau Régime Climatique.
Écouter les entretiens avec Bruno Latour sur ARTE.TV
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Un bémol cependant ?
Faut-il vraiment imaginer une "lutte des classes" sur le modèle marxiste avec toutes les dérives observées depuis (voir la Chine et la Corée du Nord qui prétendent s'en réclamer encore) ? L'avenir ne serait-il pas plutôt aux démarches "libertaires" qui naissent spontanément ici et là. Et, ceci, sans besoin de théoriser.
Ne pas oublier que, dans cette éventuelle "lutte des classes", l'arbitre ne sera pas un groupe humain quelconque mais la Nature terrestre dans son ensemble.
Voir aussi :
"L'Homme est la Nature prenant conscience d'elle même". Vraiment ?
Autre bémol :
Bruno Latour n'a rien à dire sur la relance du nucléaire !!!
Ce qui donne à son discours un côté "hors sol".
Certaines victoires sont porteuses des luttes à venir. Celle de Notre-Dame-des-Landes, à l’évidence, en est une.
Pour la littérature officielle, une ZAD est une « zone d’aménagement différée ». L’humour est souvent la plus efficace des armes. ZAD : « Zone à défendre » ont traduit les militants et militantes de Notre-Dame-des-Landes. Alors se sont ravivés les souvenirs d’autres luttes pour d’autres lieux à défendre. Celle du Larzac contre l’extension du camp militaire. Celle de Plogoff contre le projet de construction d’une centrale nucléaire à la pointe du Raz. Sainte-Soline, autoroute A69... qui pourrait s’étonner de voir se multiplier les ZAD quand le pouvoir politique, au sommet de l’État, se fait le relai des lobbys du vieux monde et tient à répondre par la force à toute contestation.
Les ZAD, le pouvoir en a peur.
Alors que le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, peut donner l’ordre aux forces de l’ordre de rester inertes face aux exactions des troupes agricoles menées par la FNSEA, c’est un véritable guet-apens qui attend, à Sainte-Soline, les militantes et militants invités à manifester pacifiquement, à l’appel des Soulèvements de la Terre.
Résister avec Les Soulèvements de la Terre.
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A nouveau l’imagination en actes. En 2021, à l’occasion d’une rencontre sur la ZAD de Notre-Damedes-Landes, naît un manifeste « Contre l’apocalypse climatique, les Soulèvements de la Terre ». Qui sont ses signataires ?
Nous sommes des habitant·es en lutte : « attaché·es à leur territoire. Nous avons vu débouler les aménageurs avec leurs mallettes bourrées de projets nuisibles. Nous nous sommes organisé·es pour défendre nos quartiers et nos villages, nos champs et nos forêts, nos bocages, nos rivières et nos espèces compagnes menacées. Des recours juridiques à l’action directe, nous avons arraché des victoires locales. Face aux bétonneurs, nos résistances partout se multiplient. »
Nous sommes des jeunes révolté·es : « qui avons grandi avec la catastrophe écologique en fond d’écran et la précarité comme horizon. Nous sommes traversé·es par un désir croissant de déserter la vie qu’ils nous ont planifiée, d’aller construire des foyers d’autonomie à la campagne comme en ville. Sous état d’urgence permanent, nous avons lutté sans relâche contre la loi Travail, les violences policières, le racisme, le sexisme et l’apocalypse climatique. »
Nous sommes des paysan·nes : « La France n’en compte presque plus. Avec ou sans label, nous sommes les dernier·es qui s’efforcent d’établir une relation de soin quotidien à la terre et au vivant pour nourrir nos semblables. Nous luttons tous les jours pour produire une nourriture saine à la fois financièrement accessible et garantissant une juste rémunération de notre travail. »
« Parce que tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais, nous avons décidé d’agir ensemble. »
Agir ensemble.
Cette convergence des luttes, tant de fois espérée, est enfin réalisée. Sainte-Soline en sera la première manifestation à caractère national. Ce pouvoir qui a déjà manifesté sa violence contre cet autre soulèvement qu’ont été les gilets jaunes ne peut le supporter. La répression devra à nouveau être violente et suivie d’une campagne de presse visant à discréditer le mouvement. La machination ourdie pour pouvoir déclarer la dissolution du collectif, a été bien orchestrée.
On ne dissout pas un soulèvement, lui répondent quarante voix, d’origines diverses, dans un ouvrage publié au Seuil. Depuis l’hiver 2001, un mouvement s’est levé, écrivent-elles, « contre l’accaparement et l’empoisonnement de la terre et de l’eau par le complexe agro-industriel. Contre la métropolisation et la bétonisation des terres agricoles nourricières et des derniers espaces naturels. Un mouvement pour résister de toutes nos forces au ravage en cours. ».
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Un mouvement « Pour reprendre, mettre en commun et choyer les terres. Y déployer des expériences communales et coopératives. Réinventer des formes de vie qui imbriquent subsistance paysanne et symbiose avec l’ensemble du vivant ».
Ces voix rappellent Sainte Soline et les 30 000 personnes qui ont marché contre les mégabassines. « Ce jour-là, l’État a voulu écraser la lutte, en tirant massivement sur une foule diverse, mais déterminée à mettre un terme au chantier. Il était prêt à tuer. »
On n’a pas dissout le Soulèvement de la Terre. Suite aux plaintes des associations, le Conseil d’État a annulé la décision du ministre de l’Intérieur. Retour du bâton : des dizaines de comités voient le jour sur l’hexagone.
Résister en rebelles.
2018. Un logo apparaît sur les tracts, les affiches, les murs. En vert, pour le combat écologique, un cercle représentant la Terre. A l’intérieur un sablier rappelle l’urgence à agir. En noir, une signature : XR, pour « Extinction Rébellion ». Leurs revendications sont celles de l’ensemble des associations écologistes : la reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles - la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre - l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant.
Le mode d’action de ces rebelles rejoint celui des nombreux groupes visant le même objectif : attirer l’attention par une action spectaculaire. Certaines font date comme celle de cette jeune militante de « Dernière Rénovation » qui a interrompu la demi-finale de Roland Garros en s’attachant au filet. Sur son t-shirt une inscription en anglais « Il nous reste 1028 jours ». 1028 jours c’est le temps qu’il reste pour « déterminer le futur de l’humanité » annonce l’organisation. L’État « a été condamné par ses propres tribunaux pour manquement à ses propres lois. C’est désormais à nous, citoyens et citoyennes ordinaires, de faire appliquer les engagements auxquels notre gouvernement refuse de se plier. C’est à nous d’entrer en résistance civile ».
Résister dans les écoles et les universités.
Décembre 2018. En visite sur le campus de l’École Polytechnique à Paris-Saclay, Patrick Pouyanné, Président-directeur général de Total, annonçait le projet d’ouverture d’un nouveau centre d’Innovation et de Recherche sur le plateau de Saclay au cœur de l’École Polytechnique. Ce centre, dont l’ouverture officielle était prévue pour 2022, aurait pour objectif de placer le groupe « au cœur d’un écosystème mondial d’innovation ».
Le chantier devait démarrer dès l’été 2019 quand, comme le relate le journal Le Monde du 6 juillet 2021, « Le mardi 1er juin 2021 à 19 heures, un événement tout à fait inhabituel s’est produit dans la cour Vaneau de l’École polytechnique [.] une action militante à des années-lumière de la tradition militaire. ».
illustration Le Monde
Ce sont 350 élèves ingénieurs qui se sont regroupés pour former un« X » géant, symbole de l’école et de ses élèves. Leur objectif : montrer leur opposition au projet de construction du groupe Total (devenu TotalEnergies) sur leur campus. Bientôt ces premiers francs-tireurs étaient rejoints par Greenpeace France, Anticor et l’association Sphinx, qui rassemble plusieurs dizaines d’anciens élèves de l’X. Ces organisations déposaient une plainte pour prise illégale d’intérêt contre Patrick Pouyanné. Les plaignants lui reprochant d’avoir profité de sa position de membre du conseil d’administration de Polytechnique pour influencer, au nom de Total, la décision finale de valider le projet d’implantation.
Janvier 2022. Après deux ans d’une lutte intelligemment médiatisée, Total jetait l’éponge. Les étudiants étaient les premiers à savourer leur victoire. Ils n’en restent pas moins vigilants. « Nous continuerons à nous battre pour que les relations entre l’École polytechnique et les entreprises partenaires s’inscrivent dans un cadre transparent et soient accompagnées de garanties concernant l’indépendance de la recherche et de l’enseignement », faisait savoir Thomas Vezin, secrétaire général de Sphinx. La leçon sera effectivement retenue.
Juin 2022. A nouveau Polytechnique.
Ils sont huit, étudiants et étudiantes, sur la tribune lors de la remise des diplômes des dernières promotions. Leur discours, d’une rare radicalité, rompt avec l’affichage « élitiste » de leur école. D’abord le constat : « Les rapports du GIEC sont sans appel : nous devons résoudre en trente ans le défi écologique. Un défi existentiel et civilisationnel dont l’enjeu est la possibilité même de soutenir la vie. Malgré de multiples appels de la communauté scientifique, malgré les changements irréversibles d’ores et déjà observés, nos sociétés continuent leur trajectoire vers une catastrophe environnementale et humaine.»
Ensuite la mise au point : « Plus encore, la question écologique ne peut être dissociée de la question sociale. Il paraît inimaginable que la sobriété, qui est nécessaire, soit portée par ceux qui, en France aussi, ont déjà du mal à se loger, se chauffer, se nourrir. On nous a enseigné les théories économiques néo-libérales tout comme la physique du climat [.] On nous a bombardés de présentations de cabinets de conseil tout en nous vantant les services de l’État. Nous rappelons d’abord que non, les règles du jeu ne sont pas immuables. »
Il va falloir innover. « Non pas à la manière des greentech ou autres technologies que le capitalisme et ses startups qualifient de vertes. Mais innover dans notre manière de vivre [.] quitter nos phantasmes sur la technique comme unique et magique source de salut face aux périls écologiques ».
« Nous avons besoin de nouveaux récits ».
Message adressé à leur jeune génération : « Nous avons besoin de nous raconter des histoires qui rendent désirable le futur qu’il nous faut à présent construire. D’avoir des imaginaires qui nous donnent envie de s’y engager non par peur mais avec enthousiasme et avec passion. Partout des gens s’éveillent, partout des gens s’engagent »
« Engageons-nous maintenant car il est déjà si tard. »
Autre discours remarqué : celui des étudiants et étudiantes de l’Agro à l’occasion de la réunion des diplômé.es de 2022. Un message adressé aux nouvelles et nouveaux diplômés : « Nous sommes plusieurs à ne pas vouloir faire mine d’être fières et méritantes d’obtenir ce diplôme à l’issue d’une formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours. Nous ne nous considérons pas comme les “Talents d’une planète soutenable”. Nous ne voyons pas les ravages écologiques et sociaux comme des “enjeux” ou des “défis” auxquels nous devrions trouver des “solutions” en tant qu’ingénieur.es. »
Une analyse lucide du « modèle » agricole dominant :
« Nous ne croyons pas que nous avons besoin de “toutes” les agricultures. Nous voyons plutôt que l’agro-industrie mène une guerre au vivant et à la paysannerie partout sur terre. »
La Technique ne nous sauvera pas : « Nous ne voyons pas les sciences et techniques comme neutres et apolitiques. Nous pensons que l’innovationtechnologique ou les start-up ne sauveront rien d’autre que le capitalisme. Nous ne croyons ni au développement durable, ni à la croissance verte ni à la “transition écologique”, une expression qui sous-entend que la société pourra devenir soutenable sans qu’on se débarrasse de l’ordre social dominant. »
« Ne perdons pas notre temps ! ».
Invitation adressée à leurs amies et amis présents dans la salle. « Désertons avant d’être coincés par des obligations financières.
N’attendons pas que nos mômes nous réclament des sous pour faire du shopping dans le métavers, parce que nous aurons manqué de temps pour les faire rêver à autre chose.
N’attendons pas d’être incapables d’autre chose qu’une pseudo-reconversion dans le même taf, mais repeint en vert.
Remarqué : leur appel à la bifurcation.
« N’attendons pas le 12e rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n’ont jamais fait qu’aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
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dessin dans la "Revue Dessinée"
Juin 2023. Le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, rencontrant les étudiants et étudiantes de Sciences Po, ne leur dit pas autre chose. « Certains d’entre vous travaillent déjà et se rendent peut-être compte à quel point il peut être difficile de bouleverser le statu quo. Je vous exhorte à ne jamais abandonner.
N’abandonnez jamais les idéaux de compréhension mutuelle, de coopération et de sens du bien commun.
Permettez-moi une observation personnelle : lorsque vous décidez de votre carrière, résistez aux appels des sirènes des entreprises qui détruisent notre planète ; qui volent notre vie privée ; et font le commerce des mensonges et de la haine. »
Novembre 2023. Message reçu par les étudiantes et étudiants.
Après Total, c’est BNP Paribas qui est dans leur collimateur. « Nous sommes étudiant·es et jeunes diplômé·es d’universités et d’écoles françaises [.] Nous constatons que BNP Paribas tente d’instrumentaliser nos craintes et nos convictions et cible notre génération avec son greenwashing, dans sa publicité et sur nos campus (stands vantant ses offres bancaires et jobs à impact, par exemple). Nous ne sommes pas dupes. »
Ils et elles dénoncent ces banques qui financent les destructeurs de la planète. « Nous prenons ici l’engagement de ne pas travailler pour des banques qui, comme BNP Paribas, refusent de regarder la vérité climatique en face et continuent de financer des entreprises qui prévoient de nouveaux projets d’énergies fossiles. Ces bombes climatiques menacent directement notre futur, et nous affirmons haut et fort que nous ne participerons pas à une telle destruction. »
Résister dans les labos.
Février 2020. Constatant l’inaction des gouvernements face à l’urgence écologique et climatique, plus de 1000 scientifiques de toutes disciplines, parmi lesquels une trentaine de médaillé·es du CNRS ou de l’Académie d’Agriculture et plus de cent anciennes directrices ou directeurs d’unités, appellent les citoyens à la désobéissance civile et au développement d’alternatives.
D’abord le rappel : « Les observations scientifiques sont incontestables et les catastrophes se déroulent sous nos yeux. Nous sommes en train de vivre la 6e extinction de masse [.] les niveaux de pollution sont alarmants à tous points de vue [.] nous avons déjà dépassé le 1°C de température supplémentaire par rapport à l’ère préindustrielle, et [.] un réchauffement global de plus de 5°C ne peut plus être exclu. À ces niveaux de température, l’habitabilité de la France serait remise en question par des niveaux de température et d’humidité provoquant le décès par hyperthermie ».
Ensuite le constat : « depuis des décennies, les gouvernements successifs ont été incapables de mettr e en place des actions fortes et rapides pour faire face à la crise climatique et environnementale dont l’urgence croîttous les jours. Cette inertie ne peut plus être tolérée. [.] Nous refusons que les jeunes d’aujourd’hui et les générations futures aient à payer les conséquences de la catastrophe sans précédent que nous sommes en train de préparer et dont les effets se font déjà ressentir. »
Enfin l’appel : « nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes, qu’ils soient historiques (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace...) ou formés plus récemment (Action non-violente COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate...).
Nous invitons, à se mobiliser [.] en agissant individuellement, en se rassemblant au niveau professionnel ou citoyen local [.] ou en rejoignant les associations ou mouvements existants (Alternatiba, Villes en transition, Alternatives territoriales...) ».
Les observations scientifiques sont incontestables, nous rappellent ces scientifiques rebelles. Incontestables effectivement sont les connaissances accumulées, rapport après rapport, par les scientifiques du monde entier rassemblés dans le GIEC.
Résister avec les scientifiques du GIEC.
Premiers lanceurs d’alerte, les scientifiques français Claude Lorius et Jean Jouzel, ont publié en 1987 la première étude établissant un lien formel entre concentration de CO2 dans l’atmosphère et réchauffement climatique. A leur suite toute une génération de climatologues a pris le relai. Plusieurs ont tenu un rôle premier dans les travaux du GIEC. Certains et certaines ont décidé de descendre dans l’arène.
15 Novembre 2017. Déclaration d’Emmanuel Macron, à Bonn, lors de la COP23.
La France a décidé « l’interdiction de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans notre pays. C’est la première fois qu’un pays développé décide pour son propre territoire d’une telle politique ; nous l’assumons parce que c’est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée ».
Et pourtant…
11 février 2024. Christophe Cassou, climatologue auteur principal du 6e rapport du GIEC, était avec Greta Thunberg aux côtés des manifestantes et manifestants qui s’opposaient au projet de forage pétrolier dans le bassin d’Arcachon. « Je quitte ici mon habit de scientifique », leur dit-il. « Je vois ici des gens de tous âges, unis dans un combat non violent pour un futur climatique viable. » Indignation, engagement, résistance, ne sont pas des crimes, leur dit-il.
« 1. L’indignation n’est pas un crime : c’est le signe de la conscience qui fait de nous des êtres humains.
2. L’engagement n’est pas un crime. C’est ce qui fait l’honneur du citoyen.
3. La résistance à l’absurdité d’un projet climaticide et emblématique d’une bifurcation impossible n’est pas un crime.
Au contraire, le GIEC dans son évaluation de la littérature scientifique, montre que les mouvements citoyens aident à la prise de conscience et à faire évoluer le droit,aujourd’hui obsolète par bien des aspects, face aux enjeux du moment. »
Christophe Cassou est l’un de ces scientifiques qui, après avoir fait connaître les différents scénarios possibles d’évolution du climat et leur effet sur la Planète, ont décidé d’agir en citoyens libres. Ses messages didactiques, très suivis sur X (twitter), lui ont valu des tombereaux d’insultes qui l’ont amené, pendant une période, à suspendre ses publications.
Libre et courageuse également Magali Reghezza-Zitt,géographe, auteure de Anthropocène (éditions CNRS). Les insultes et menaces, qu’elle reçoit sur les réseaux sociaux, ne la font pas renoncer à sa volonté d’informer.
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Également sur X, Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA et coprésidente du groupe n°1 du GIEC de 2015 à 2023, informe inlassablement. Le 12 avril 2023 elle intervenait à la soirée de soutien aux Soulèvements de la Terre organisée par Reporterre, Blast, Socialter et Terrestres.
« Je veux dire très clairement mon rejet de toute forme de violence. Je ne me reconnais pas dans une société où le dialogue est impossible, et où la violence mène à la violence », tenait-elle à dire en introduction tout en affirmant, tout aussi clairement, que les actions de résistance non violentes sont des catalyseurs de changement.
Son intervention était placée sous le signe de la gravité.« La contestation de la légitimité de certains projets est perçue comme une menace à l’ordre public, conduisant à des interdictions de manifestations, mobilisant des milliers de gendarmes, et menant à des affrontements violents et graves. Mais sommes-nous réellement engagés aujourd’hui vers des transformations de fond favorables à l’intérêt général, accélérant la baisse des émissions de gaz à effet de serre, renforçant la résilience face au climat de demain, préservant la biodiversité ? »
Quelle est la menace la plus grave ?
« Est-ce la poursuite de tendances non soutenables ?L’aggravation des impacts du changement climatique qui touche de plein fouet les plus fragiles, la dégradation des écosystèmes, la perte de biodiversité, leurs conséquences pour le bien-être, les droits humains des générations actuelles et futures ? »
Ou est-ce cette contestation qui dérange ? « Face à l’inertie, face à l’inadéquation des réponses institutionnelles et politiques [.] Les mouvements sociaux pour la justice climatique qui prennent, dans les régions rurales comme dans les centres urbains, de nouvelles formes d’actions de résistance non violentes, parfois perturbatrices, font partie des catalyseurs. »
Résister et annoncer le monde à venir.
Résister est une priorité quand il faut mettre en échec les projets destructeurs du climat et du vivant qui se multiplient. Résister, c’est aussi, et peut-être d’abord, mettre en œuvre, sans attendre, ces actions qui « bifurquent ».
La population d’insectes, d’oiseaux s’effondre. Les cancers, les maladies neurodégénératives, les problèmes de développement des jeunes enfants se multiplient. Responsables : les pesticides.
Issus, comme les nitrates, de la chimie de guerre des explosifs et des gaz de combat, l’industrie leur a trouvé un débouché massif dans l’agriculture. Seule une poignée d’agriculteurs ont alors choisi de prendre une autre voie, celle d’une agriculture sans chimie, l’agriculture biologique.
Ces pionniers, au début peu nombreux, ont su aller au devant des autres résistants de la société de consommation, ces protecteurs d’espaces naturels, ces empêcheurs de bétonner en rond, ces semeurs de solidarités locales et planétaires. Des magasins coopératifs se sont montés, des marchés se sont mis à revivre, des échanges équitables ont lié producteurs et consommateurs. Contre l’accaparement des terres, des associations ont créé les liens qui permettent à de jeunes agriculteurs et agricultrices de pouvoir s’installer.
Malgré les pressions du lobby agro-industriel et le manque de soutien des pouvoirs publics, toutes ces initiatives progressent et annoncent l’agriculture et l’alimentation du futur.
Les transports.
C’est une des premières causes de l’émission de gaz à effet de serre. C’est aussi la cause principale de l’émission de particules fines qui causent, en France, de l’ordre de 50 000 décès prématurés par an.
Il a fallu bien des manifestations cyclistes, des « vélorutions », pour que le vélo soit devenu une évidence. Les premières municipalités à rendre gratuits les transports en commun ont, d’abord, été regardées de façon suspicieuse. Elles ont fait la preuve de l’intérêt environnemental et social de leur choix. Ce sont les mobilisations citoyennes qui ont sauvé des voies ferrées secondaires menacées et obtenu la reprise des trains de nuit. Pour suppléer au manque de transports en commun, le covoiturage a d’abord été mis en place de façon « sauvage » avant que les autorités en voient l’intérêt et commencent à l’organiser.
L’habitat.
L’autre cause principale de l’émission de gaz à effet de serre. Les premiers éco-villages, écoquartiers, éco-immeubles, ont été, eux aussi, à l’initiative de pionniers.
L’énergie.
Les premiers panneaux solaires, thermiques ou photovoltaïques, les premières éoliennes, ne sont pas nés en Chine. Si les gouvernants français n’avaient pas fait le choix du tout nucléaire et bridé toutes les initiatives de ces autres pionniers qui, dès les années 70 du siècle passé, les avaient déjà mises en œuvre à leur échelle, nous aurions aujourd’hui, en France, les fabricants et artisans capables de produire localement les énergies de demain.
Pour autant tous ces acteurs et actrices savent que les changements ne viendront pas d’une « transition » écologique, terme derrière lequel les partisans du statu quo s’abritent pour prolonger le plus longtemps possible les énergies fossiles et les polluants chimiques. Il n’est plus le temps de faire uniquement appel à la « conscience individuelle » ou de promouvoir une politique des « petits pas ».
Il y a urgence.
« Gaïa se soulève », nous dit Isabelle Stengers, philosophe des sciences, l’une des « 40 voix pour les soulèvements de la Terre ». Nommer ainsi la Terre, explique-t-elle, c’est, « plutôt que d’en parler d’un phénomène climatique », faire sentir qu’il ne s’agit pas d’une simple crise mais que « quoi qu’il arrive, nous allions désormais devoir apprendre à vivre avec elle en tant que puissance ». Le capitalisme mondialisé a déclenché un bouleversement climatique et biologique qui met en péril la vie même de nombreuses populations.
Seule une mutation qui touche à toutes les dimensions de la vie en société peut y répondre. Malgré la répression, les résistants et résistantes d’aujourd’hui, qui font revivre les valeurs de partage et de solidarité, la préparent.
Pour aller plus loin.